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Émérite Université Paris-Cité | |
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Rédactrice à | Revue d'histoire moderne et contemporaine,Revue belge de philologie et d'histoire,Droits(d),Mouvements,Mélanges de l'École française de Rome,Société française d'histoire des outre-mers,Le Monde diplomatique,Guerres Mondiales et Conflits Contemporains(en),Austriaca(d),Annales. Histoire, Sciences sociales,La Pensée,Revue historique ![]() |
A travaillé pour | Université Paris-Diderot( - Université Toulouse-Jean-Jaurès( - Lycée Auguste-Renoir(d)(- Université Paris-Diderot(- Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne(- ![]() |
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Parti politique | |
Maître | Pierre Vilar(- ![]() |
Directeur de thèse | Jean Bouvier(- ![]() |
Site web |
Industriels et banquiers français sous l'Occupation(d),CGT et revendications ouvrières face à l'État, de la Libération au début du plan Marshall, 1944-1947(d),Autour d'Irving Brown: l'A.F.L., le Free Trade Union Committee, le Département d'État et la scission syndicale française (1944-1947)(d),Les Origines du plan Marshall(d),Le choix de la défaite(d) ![]() |
Annie Lacroix-Riz (/anilakʁwa.ʁis/[a]), née Riz[1] en, est unehistoriennemarxistefrançaise.Ancienne élève de l'École normale supérieure de jeunes filles, élève dePierre Vilar, elle estprofesseur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris VII - Denis Diderot. Ses travaux portent sur l'histoire politique, économique et sociale de laTroisième République et durégime de Vichy, sur lacollaboration pendant la Seconde Guerre mondiale, sur les relations entre leVatican et l'Allemagne nazie, ainsi que sur la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et après le conflit mondial. Elle s'est également intéressée auPlan Marshall et aux origines de l'Union européenne.
En tant qu'enseignante, elle émet des critiques sur l'état de l'historiographie en France.
Ses publications sur les années 1930 et sur la période 1939-1945, au sujet notamment de l'influence des grands intérêts financiers et industriels, ont suscité des lectures critiques contrastées. L'ampleur de sa documentation et son recours systématique aux archives sont relevés. En revanche, plusieurs historienscontemporanéistes ainsi que le siteConspiracy Watch remettent en cause saméthodologie historique en lui reprochant d'appliquer une grille de lecture qui subordonne la déduction à ses convictions idéologiques, notamment son parti prisanticapitaliste, sa négation du caractère intentionnel de l’Holodomor et sa croyance en lathéorie du complot de la « Synarchie ».
Avec d’autres enseignants, elle est membre fondatrice en 2004 dumouvementPôle de renaissance communiste en France (PRCF) d'obédiencemarxiste-léniniste.
Annie Lacroix-Riz[N 1] est née dans le département de laSeine. Ses parents sont français d'originejuive polonaise etlithuanienne ; plusieurs membres de sa famille ont été déportés ou sont morts dans descamps de concentration (Auschwitz)[3],[4]. De 1967 à 1971, elle étudie à l'École normale supérieure de jeunes filles (ENSJF) et suit également des études d'histoire à l'université Paris I. En 1970, elle devientagrégée d'histoire. De 1970 à 1972, elle est chargée de cours aux universités de Paris I et deParis VII[5] puis, de 1972 à 1984, est professeur d'histoire-géographie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières-sur-Seine.
Elle soutient une thèse d'État (commencée avec Pierre Vilar) sous la direction deJean Bouvier et devientdocteur-ès-Lettres en 1981[6]. De 1983 à 1984, elle est chargée de cours d’agrégation à l'ENSJF. Entre janvier 1985 et septembre 1997, elle est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse II-Le Mirail, puis, de 1997 à 2010, à l’université Paris VII. Devenueprofesseur émérite à l'Université Paris-Cité[N 2], elle continue depuis lors ses activités de chercheuse.
Ses deux premiers ouvrages publiés, issus de sa thèse de doctorat intituléeCGT et revendications ouvrières face à l'État, de la Libération aux débuts du Plan Marshall (septembre 1944-décembre 1947) - Deux stratégies de la Reconstruction, étudient le processus d'intégration de l'État français dans la zone d’influenceaméricaine entre laLibération et le lancement duPlan Marshall à travers les luttes revendicatives dessyndicats, les négociations et les rapports conflictuels au sujet des modalités de lareconstruction de la France.
Le premierLa CGT de la Libération à la scission (1944-1947) insiste sur les aspects intérieurs de la Reconstruction[7].
Le second,Le Choix de Marianne : les relations franco-américaines de 1944 à 1948 mène l'étude jusqu'à la première étape duplan Marshall ou « aide intérimaire » de 1948[8].
Les lectures critiques deFrançois Roth etPierre Mélandri soulignent l'énorme travail de recherche. Pour ce dernier, l'ouvrage a le mérite de s'appuyer sur les archives diplomatiques françaises, qui rappellent notamment la façon dont les États-Unis considèrent la France, non sans méfiance par rapport à l'influence communiste dans le pays. Selon Mélandri,« le livre éclaire de façon incisive, la nature, souvent très dure, des négociations financières [...] quand les Français cherchent précisément, avec un succès mitigé, à assurer un large soutien de Washington à leur programme de reconstruction et de modernisation ». Les deux commentateurs divergent quant aux thèses défendues estimant tous deux que le parti pris et les conclusions de l'auteure leur semblent à nuancer.
L'historien américain d'origine allemandeFritz Stern estime, en 1986 dans la revueForeign Affairs (subventionnée par laFondation Rockefeller[9]), que l'analyse des relations franco-américaines de la Libération au plan Marshall, ayant pour thème les États-Unis contraignant la France à la soumission et favorisant systématiquement les intérêts allemands par rapport aux intérêts français, donne une image trop sévère de « l'impérialisme » américain. Comme les deux précédents critiques, il regrette que l'éditeur n'ait pas jugé utile de reporter les notes et sources d'archives figurant dans la thèse. Il estime néanmoins qu'un nouveau regard sur les relations politico-économiques à cette époque pourrait être utile[10].
L'universitaire et journalisteBernard Cassen voit dans le livre une« réécriture de l'histoire d'une période décisive pour la France », ainsi que« la chronique d'une aliénation — l'atlantisme »[11].
Ces travaux sont complétés par l'exploration du rôle du syndicaliste américainIrving Brown, un des dirigeants de laFédération américaine du travail (American Federation of Labor ou AFL) en France ; l'auteure y souligne l'alliance tactique de l'AFL au service de la politique deNon Communist Left de Washington pour« rendre définitive la rupture politique de la gauche qui consacrait la restauration des classes dirigeantes françaises »[12].
Entre-temps, Annie Lacroix-Riz réalise une étude intituléeUn ministre communiste face à la question des salaires: l'action d'Ambroise Croizat de novembre 1945 à mai 1947, consacrée aux luttes de ce ministre du travail pour le développement de la protection sociale en France[13], dans laquelle, elle confirme son statut de ministre « sous tutelle » à partir de l'automne 1946[14].
Puis dans un ouvrage intituléLes protectorats d'Afrique du Nord entre la France et Washington, du débarquement à l'indépendance, Maroc et Tunisie, 1942-1956, l'auteure, selon l'historienne Denise Bouche, met en lumière les dynamiques complexes des relations franco-américaines et leur impact sur le processus dedécolonisation enAfrique du Nord rappelant au passage l'intérêt ancien des États-Unis pour la doctrine de laPorte ouverte[15].
L'ouvrage intituléL'Économie suédoise entre l'Est et l'Ouest 1944-1949 analyse« comment la Suède, que sa neutralité avait enrichie pendant laSeconde Guerre mondiale, fut contrainte, par les […] pressions américaines, d'adhérer à un plan Marshall dont, selon l'auteure, elle pouvait fort bien se passer »[16],[17]. Hubert Bonin confirme la qualité d'une « démonstration [faite] avec maestria », « mobilisant la moindre bribe d'archive » « complétée par la riche correspondance envoyée auQuai d'Orsay » pour restituer avec précision les systèmes de relation bilatéraux[18].
Dans les années 1980, elle oriente ses travaux sur lesrelations internationales dans la première moitié duXXe siècle, de laguerre de 1914-1918 à laguerre froide.
En 1983, dans le cadre d'une recherche sur les nationalisations d'après-guerre, elle commence à travailler sur les archives de la Commission nationale interprofessionnelle d'épuration, un travail dont elle tire, en 1986, un article sur « Les grandes banques françaises de la collaboration à l'épuration, 1940 - 1950 »[19],[20].
Industriels et banquiers français sous l'Occupation paraît en 1999[N 3]. L'auteure étudie lacollaboration des élites, économiques notamment. Pour l'édition de 2013[22], son préfacierAlexandre Jardin — petit fils deJean Jardin,directeur de cabinet dePierre Laval —, décrit l'auteure comme une historienne libre qui travaille « sans détourner les yeux », loin des « faux semblants sédatifs », des « omissions salvatrices », avec une « lucidité vouée à horripiler toutes les puissances établies, toutes les universités qui regardent là où il convient de regarder ». Dans ses ouvrages, poursuit-il, « l'indicible est dit, l'irregardable est observé, l'inaudible entendu sans filtre, l'oublié restitué, le tu hurlé, l'omis rappelé à la barre, le document dissimulé exhibé, scruté, essoré »[23].
Dans cet ouvrage, est étudié, en particulier, le cas de la grande chimie française (Kuhlmann,Rhône-Poulenc et Ugine), et la création de la firme franco-allemande Francolor[24] (IG Farben[N 4]). L'historienGeorges Bensoussan, qui commente l'ouvrage, indique qu'Annie Lacroix-Riz cite les industriels commePeugeot,Berliet, Renault[26],[N 5] ouSchueller (L'Oréal) qui financent des groupes clandestins telsla Cagoule œuvrant à se débarrasser de « l'ennemi intérieur » que représentent les soutiens duFront populaire. Benssoussan indique aussi qu'Annie Lacroix-Riz montre« l'empressement des entreprises françaises à collaborer en 1940-1941, sûres de la victoire finale de l'Allemagne : l'aéronautique, l'automobile, comme la sidérurgie tourneront à plein régime (et dans certains cas à 100 %) pour le Reich en 1944. Tandis que l'État français, prêt à céder, n'est pas forcément demandeur »[30]. Annie Lacroix-Riz étudie également la confiscation des biens juifs (aryanisation)[31] et note« qu'à la Libération, d'énormes sommes d'archives patronales ont été détruites qui rendent l'écriture de cette histoire plus difficile »[30],[32],[33],[34],[35]. Pour l'historien allemand Arne Ratdke-Delacor, l'ouvrage« a le mérite incontestable d'apporter une masse de nouveaux détails surtout sur la collaboration industrielle au jour le jour et une exploitationin extenso du fonds du Majestic aux Archives nationales, mais ne dépasse toujours pas, au point de vue de la documentation, l'Hexagone »[36].Rendant compte de la nouvelle édition d’Industriels et banquiers français sous l'Occupation (2013), l'historienHubert Bonin, — qui travaille transitoirement au service d'entreprises et de banques —, salue la première partie de l'étude,« tableau approfondi des cercles d'hommes d’affaires (...) impliqués [dans la collaboration économique] », mais se montre plus critique devant le reste de l'ouvrage, estimant que l'auteure affaiblit ses justes observations par des amalgames, des analyses fondées sur un « anticapitalisme » que l'on peut juger « primaire » et des données ne reflétant pas l'ensemble du patronat, divers[37].
La juriste américaine Vivian Curran indique que pour Lacroix-Riz les banques françaises sont allées jusqu'à donner la priorité à leur propre agenda, indépendamment et parfois contrairement à l'objectif du régime de Vichy. Selon Lacroix-Riz, les banques n'ont eu aucun scrupule à agir dans le seul but d'accroître leurs propres profits. Elle conclut également qu'en raison de l'empressement du secteur bancaire français à faire des affaires avec les nazis, non seulement les banques ont gagné de grosses sommes d'argent, mais l'Allemagne a également profité beaucoup plus de ses transactions avec les banques françaises que de ses transactions avec les banques d'autres pays occupés[38].
Dans un article examinant les analyses de différents auteurs sur le sujet de la collaboration économique du patronat français durant l'administration dirigiste à rhétoriquecorporatiste de Vichy, l'économiste nord-américain Kenneth Mouré oppose et rapproche plus particulièrement celle de l'historien François Marcot qui tend à déterminer et différencier la « collaboration » à partir du terme d'« intention » opposé à celui d’« accommodation » — afin de préserver l’économie française en vue de la reconstruction d’après guerre —, à l'analyse intransigeante et« agressivement marxiste »[N 6] d'Annie Lacroix-Riz dans laquelle elle considère que les intérêts de classe constituent les déterminants essentiels de la politique et des pratiques commerciales. Elle estime ainsi que le comportement capitaliste est facilement transférable entre le fascisme et un régime républicain tant que les intérêts du patronat sont maintenus au-dessus de ceux des travailleurs[39],[N 7].
Annie Lacroix-Riz poursuit ensuite ses recherches et fait paraitre en 2006Le Choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930 et en 2008De Munich à Vichy : l’assassinat de la Troisième République qui traitent de la décennie précédant l'Occupation[40].
Rendant compte du livreLe Choix de la défaite,Gilles Perrault note que l'historienne est« ennemie des prudentes bienséances et peu encline à la nuance » et souligne qu'« Annie Lacroix Riz accomplit [...], à sa manière énergique, le vœu formulé naguère parMarc Bloch », tel qu'énoncé à la fin d'un article de l'historien publié anonymement en avril 1944 dans la revueLes Cahiers politiques et ajouté en annexe dans l'édition Gallimard deL'Étrange Défaite en 1990 (pages 246-253)[41]:
« Le jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l'Europe en détruisant de nos propres mains tout l'édifice de nos alliances et de nos amitiés. Les responsabilités des militaires français ne peuvent se séparer sur ce point de celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d'affaires comme ceux du Creusot, des hommes de mains comme les agitateurs du 6 février, mais elles ne sont pas les seules elles n'en apparaissent que comme plus dangereuses et plus coupables pour s'être laissées entraîner dans ce vaste ensemble. [..] [à porter à] l'instruction du procès de la vaste entreprise de trahison. »
Des révélations d'archives confirment ainsi les intuitions de l'historien fusillé par les nazis : la volonté de vaincre faisait cruellement défaut, ce que démontre l'auteure, mais il n’y eut sans doute pas choix délibéré de la défaite[42].Jacques Pauwels en fait une lecture socio-économique de classe[34]. D'Allemagne, une critique de l'historienne Elisabeth Bokelmann valorise un texte inhabituel issu d’un énorme travail « saturé de matériel, de multiples citations et sources », et rappelle le propos du général allemandWalter von Reichenau : « la France nous fut donnée ». À propos de l'auteure décrite comme une « historienne pugnace » mais communiste, elle estime qu'« il serait erroné de stigmatiser en bloc le présent ouvrage […] ; certains enseignements y sont trop importants », bien que le cas de la France généralisé à tout le continent soit discutable, conclut-elle[43],[44]. PourJean-Joseph Boillot,« la lecture de ce livre d'histoire s'avère particulièrement utile pour comprendre comment naissent les idéologies économiques en France. Et comment de puissants réseaux d’influence et de financement les portent en avant sur la scène médiatique »[45].
Annie Lacroix-Riz approfondit ses recherches avecDe Munich à Vichy : l’assassinat de la Troisième République, paru en 2008. La thèse du livre est simple : la défaite de 1940 et la fin de laIIIe République s’expliquent par un « plan visant à liquider les institutions démocratiques de la France en installant sur son territoire les vaincus de 1918, désormais garants de l’ordre européen », à l'instigation d'une « mouvance synarcho-cagoularde ».Philippe Pétain, « chef suprême de la Cagoule », est l’instrument d’un « groupe dirigeant » qui rassemble les patrons des principales banques et entreprises industrielles[46]. Le sociologueAlain Bihr résume ainsi la thèse« radicale et iconoclaste » : la défaite française de 1940,« planifiée », s'explique par un complot ourdi par les élites patronales, politiques et militaires, associant la « Synarchie » etla Cagoule, visant à détruire la République. La« plus grande partie du personnel politique français », à l'exception des communistes, a été complice de cette conspiration, avec des hommes politiques comme le socialisteLéon Blum,Paul Reynaud ouLouis Marin. Cette« thèse complotiste » est, juge-t-il, fondée sur une « montagne d’archives » de toutes origines et sur une énorme bibliographie[47].
Dans son compte-rendu publié dans lesCahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, l'historien Maurice Genty (1925-2020), engagé au PCF depuis 1946[48], remarque aussi que l'ouvrage est un« nouveau brûlot contre l'histoire « consensuelle » » ; qu'à partir d’archives, bien qu’épurées et lacunaires, néanmoins« éclairantes sur la politique française et accablantes pour les responsables de cette politique qui conduisit la France à la défaite et la IIIe République à sa disparition en juin-juillet 1940 », l'auteure décrit une« politique, faite de complaisances, voire de compromissions et de complicité, à la fois à l'extérieur vis-à-vis de l'Allemagne hitlérienne, et à l'intérieur vis-à-vis des intrigues visant à liquider le régime parlementaire, jugé trop sensible à l’occasion aux revendications populaires, au profit d’un régime autoritaire en sympathie avec les dictatures, fasciste d’abord, nazie et franquiste ensuite, plus aptes à assurer l’ordre politique et social »[49]. Pour l'historien Samuel Tomei, la thèse de l'ouvrage« sort des sentiers battus »[50].
Thibault Tellier, biographe dePaul Reynaud, confirme la richesse du corpus « provenant notamment de certaines archives pas ou peu exploitées » qui mettent en évidence selon l'historienne le plan de liquidation des institutions démocratiques et républicaines afin de mieux se fondre dans l'ordre européen nazi, avec la complicité de toutes les élites. Ce glissement de la République à Vichy, déjà traité parGérard Noiriel, est ici doté de nouveaux « éléments nécessaires au débat ». Pour autant, Thibault Tellier souligne que« le parti pris doctrinaire adopté par l'auteur fragilise son argumentation », notamment lorsqu'elle évoque Paul Reynaud dont il réfute les affirmations à son sujet[51].
L'historienneChloé Maurel, dans son compte-rendu publié dans lesCahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, juge que les travaux d'Annie Lacroix-Riz (Industriels et banquiers sous l'Occupation en 1999 etLe Choix de la défaite en 2006) montrent un ralliement précoce à la politique économique duTroisième Reich, dès les années 1930, des représentants du haut patronat français sous la tutelle duComité des forges et de laBanque de France. Annie Lacroix-Riz a été« attaquée de manière virulente pour ses conclusions ». Le patronat français promeut, de son côté,« une histoire plus flatteuse, et s'appuie en cela sur des historiens plus favorables à son image ».[...]« L'historienneSonia Combe montre en 1994 dansArchives interdites, que les archives permettant de faire l'histoire du patronat sont souvent difficilement accessibles, les chercheurs se heurtant à des « mécanismes de censure invisible et d'autocensure » »[52],[N 8], ou encore à des refus de publication d'études, comme rapporté parLe Monde[54].
Lesjournalistes d'enquêteBenoît Collombat,David Servenay, avecMartine Orange et notammentFrédéric Charpier, dans les chapitres qu'il signe dans la première partie (I. De la collaboration à l’anticommunisme, la reconstruction d’un système (1945-1968)) de l'ouvrageHistoire secrète du patronat de 1945 à nos jours - Le vrai visage du capitalisme français[55], reprennent les descriptions d'Annie Lacroix-Riz mais aussi d'autres historiens.
L'historiencontemporanéisteOlivier Dard observe en 2010 que l'historiographie française des années 1930 a« beaucoup tourné ces trente dernières années autour du thème des élites et de leurs influences, les études ayant été principalement dominées par un questionnement sur la relation entre argent et politique ».« Aucune synthèse n’a cependant été produite et les années 1930 servent régulièrement de repoussoir » [...] mais il convient de tenir compte« des représentations, largement négatives, portées sur des élites qui se caractériseraient par leur incompétence, leur veulerie et leur corruptibilité. Ainsi, toutes ces dernières années, une historienne, isolée dans le monde universitaire, Annie Lacroix-Riz, a prétendu démontrer dans différents ouvrages, notamment dans l'un intituléLe Choix de la défaite, que les élites françaises, largement corrompues et gangrenées, avaient délibérément provoqué ladéfaite de 1940, présentée comme une « divine surprise » dont elles auraient profité. La thèse n'est pas nouvelle et se retrouve illustrée dans une prose abondante des années 1930 et 1940[56]. »
Les historiensJean-François Muracciole etFrançois Broche critiquent« une longue tradition d'historiographie militante, d'Henri Guillemin à Annie Lacroix-Riz, [qui] s'est efforcée d'établir des similitudes entre les épisodes de défaite militaire suivis d'une occupation étrangère (1814-1819 et surtout1870-1873 et1940-1944) pour dénoncer la tendance défaitiste, capitularde, voire purement et simplement « collaboratrice » des élites françaises qui auraient ainsi cherché dans les armées étrangères le rempart contre le péril de la subversion intérieure (de laCommune de Paris en 1871 à la poussée sociale duFront populaire en 1936). [...] Ces analyses relevant avant tout d'une histoire engagée, pour ne pas dire partisane, n'aident pas vraiment à saisir ce qui se joue en France entre 1940 et 1944[57]. »
La Non-épuration (2019) constitue une suite logique des précédents ouvrages d'Annie Lacroix-Riz. Selon Claude Grimal, professeur de littérature américaine, l'ouvrage répond à l'avertissement du philosopheVladimir Jankélévitch en 1948 :« Demain la Résistance devra se justifier pour avoir résisté ». Pour Annie Lacroix-Riz, l'épuration sous le gouvernement gaulliste a été« pratiquement inexistante », les collaborateurs ont bénéficié d'indulgence ou de clémence comme lesmagistrats eux-mêmes, tandis que lesrésistants ont été accusés des pires crimes, avec pour écran l'image desfemmes tondues. L'épuration « juste et mesurée » prônée par l'État de droit gaulliste après laLibération, à laquelle il aurait ensuite mis un terme pour le plus grand bien du pays, ne fut pourCharles de Gaulle et les Américains que favorable austatu quo général des élites[58],[59].
En 1996, Annie Lacroix-Riz publie une première version de l'ouvrage intituléLe Vatican, l'Europe et le Reich (réédité et enrichi dans l'édition suivante) dans lequel est explorée la politique étrangère de l'État duVatican pendant la période allant du début duXXe siècle aux lendemains de laSeconde Guerre mondiale. Dès l’introduction l’auteure indique les limites de son propos :« l’étude de la stratégie européenne d’une « institution politique italienne », sans jamais considérer sa dimension spirituelle, qui échapperait « à la compétence de l’historien lecteur d’archives[60] ».
PourAlain Bihr, l'auteure y soutient qu'en dépit de bouleversements historiques, le Vatican a poursuivi uneRealpolitik cohérente d'alliance durable avec l'Allemagne, quelles que soient les idéologies officielles de ses dirigeants. Initialement, le Vatican favorise l'Empire austro-hongrois, mais change d'allégeance au profit duReich pendant laPremière Guerre mondiale. Il soutient les ambitions territoriales de l'Allemagne et contribue plus tard à son programme expansionniste, notamment à l'Anschluss et aux invasions militaires. Le Vatican ne dit rien sur les atrocités nazies, notamment ladestruction des juifs d'Europe[61], ni sur les atrocités commises par lerégime oustachi en Croatie. Pour l'historien germaniste Paul Pasteur,« elle s'intéresse aux pressions exercées par le Vatican sur les hiérarchies locales ou nationales pour faire avancer son propre point de vue tout en exacerbant, si nécessaire, les tensions entre les peuples. Elle étudie à travers les rapports des diplomates français, qui ne peuvent être que choqués, « l’obsession anti-serbe » de l'Église autrichienne et de la coalition liant les deux empires, l'allemand et l'austro-hongrois, contre la Serbie depuis 1878 »[62]. Selon Pasteur,Eugenio Pacelli (futur Pie XII) et le Vatican,« au nom de la lutte contre le libéralisme et le socialisme, encouragent des tendances autoritaires et l'alliance des catholiques avec des mouvements fascistes, voire avec les nationaux- socialistes »[63].
Lorsque l'Allemagne est vaincue sur le front de l'Est, le Vatican facilite la fuite de nazis de haut rang par la voie d'exfiltrations[64] vers l'Amérique du Sud, vers l'Argentine, ou la Bolivie notamment (comme le futKlaus Barbie, bourreau deJean Moulin). Il recherche également des alliances avec les États-Unis pour garantir une position favorable à l'Allemagne après guerre. Le Vatican joue un rôle dans la renaissance du paysage politique de l'Allemagne de l'Ouest en rétablissant le Parti catholique du centre sous le nom deCDU etCSU, qui domine la politique allemande jusque dans les années 1970. L'ouvrage méticuleusement documenté soulève des questions sur les méthodes diplomatiques et les intérêts financiers du Vatican, suggérant qu'ils ont fortement influencé ses actions[65].
Selon Francis Latour en 1996, les travaux d'Annie Lacroix-Riz sur la politique étrangère duVatican s'inscrivent dans une tradition historiographique qui postule que les papes servent avant tout les intérêts de l'Allemagne et de l'Autriche auXXe siècle, par exempleBenoit XV durant la Première Guerre mondiale[66]. SelonJean-Marie Donegani, l'historienne soutient dans son livreLe Vatican, l'Europe et le Reich De la Première Guerre mondiale à la guerre froide que l'antibolchevisme de laCurie ne rend pas compte d'une stratégie vaticane dictée par des considérations avant tout territoriales et qui s'est largement confondue avec celle du Reich : promotion dugermanisme contre le slavisme à l'Est et contre divers adversaires à l'Ouest. La continuité de la ligne politique, financière et territoriale du Vatican est soulignée[67]. Jean-Marie Donegani ne semble pas nier quePie XII« partageait avec ses intimes allemands unantisémitisme toujours assimilé aujudéo-bolchévisme »[67].Gilles Perrault note, quant à lui, que l'ouvrage est un« réquisitoire » et un« livre de combat » et s'il loue son« implacable argumentation documentée », il n'en souligne pas moins quelques limites. Ainsi l'historienne ne prend pas en compte (volontairement) la dimension spirituelle de la politique du Vatican et n'analyse pas assez l'encyclique (en allemand) dePie XIMit brennender Sorge, qui date de 1937. Perrault critique l'analyse de la protestation de l'archevêque de ToulouseJules Saliège en faveur des Juifs[68].
Dans une tribune duMonde du intitulée « Pie XII, « pape de Hitler » », Annie Lacroix-Riz déclare qu'avec l'appui dePie XII, « l'Église s'engagea activement à l'est de l'Europe dans l'extermination[69] ». Le quotidien publie ensuite des lettres de protestation contre cette tribune[70],[N 9].
Dans une analyse portant sur l'historiographie de l'Église catholique et la Seconde Guerre mondiale, l'historienÉtienne Fouilloux, spécialiste d'histoire du catholicisme, évoque la « lourde charge unilatérale d'Annie Lacroix-Riz » contre le pape, aussi « partisane » selon l'historien, mais en sens contraire, que les travaux de certains défenseurs de PieXII tels quePierre Blet,Jean Chélini et Vesna Drapac[71].
Ce sont les « silences » prêtés àPie XII entre 1939 et 1945 qui ont surtout suscité des controverses[72], notamment depuis la pièceLe Vicaire en 1963. Mais les ouvrages publiés après l'ouverture en 2020 des archives du Vatican, voulue parPaul VI et autorisée par lepape François, ne révèlent rien de vraiment nouveau, pas même celui d'Andrea Riccardi, déclareFabrice Bouthillon[73].
L'ouvrageLes origines duPlan Marshall - Le mythe de l'« aide américaine » (2023), selon plusieurs commentateurs, notammentRoland Pfefferkorn,« bouscule les représentations erronées, mais fort répandues, sur « l'aide » désintéressée que les États-Unis auraient accordée aux pays d'Europe de l'Ouest entre 1948 et 1952 »[74],[75],[76],[77]. Ce sociologue remarque également que son enquête historique s'appuyant sur les archives françaises et étatsuniennes remonte aux années 1941-1945, notamment auPrêt-bail à l'Angleterre de 1941-1942 et auxaccords de Bretton Woods de 1944. L'objectif originel du Plan Marshall consistait moins à aider l'Europe qu'à sauver l'Amérique de la récession qui menaçait. Il s'agissait d'assurer aux États-Unis des sources d'approvisionnement en matières premières (souvent contrôlées par les puissances coloniales européennes) et des débouchés pour leurs exportations (dans les pays européens et leurs colonies). La priorité du Plan était le relèvement de l'Allemagne. En France, le capital financier et la haute fonction publique sontatlantistes, de même que des partis politiques comme leMRP et laSFIO ;de Gaulle, isolé, est plus ambigu. L'objectif ultime du Plan était de consolider l'hégémonie des États-Unis, à la fois financière, commerciale, politique et culturelle (Accord Blum-Byrnes sur le cinéma)[N 10], et le renvoi des ministres communistes du premier gouvernement Ramadier, conditions posées avant la signature de l'accord définitif. Hubert Bonin note également qu'« elle reconstitue clairement comment la perception d'une menace soviétique a conduit nombre de courants élitaires à rejoindre une alliance transatlantique de plus en plus articulée autour d'axes de coopération financière et commerciale »[82],[83], évoquant notamment la création duFonds monétaire international, de laBanque mondiale ainsi que la « mission » deJean Monnet et au niveau académique l'influence critiquée par l'auteure de l'historien des relations internationalesJean-Baptiste Duroselle[82].Jacques Pauwels le résume en parlant d'une opération de « vassalisation de la France »[84],[85]. Anaclet Pons, historien à l'université de Valence (Espagne), abonde dans le même sens, en soulignant que l'auteure anticonformiste ne peut laisser indifférent[86].Éric Branca parle d’une avancée majeure de « la connaissance des rapports secrets franco-américains », d'un ouvrage essentiel pour remonter aux sources de la « servitude volontaire », sur la base d’archives exhumées qui n’intéressent guère les historiens, mais « d’une actualité brûlante »[85],[76].
DansL'Histoire contemporaine toujours sous influence, Annie Lacroix-Riz analyse les pratiques de la nouvelle génération d'historiens et souligne les risques de l'histoire sur commande :« en effet être payé par une firme pour écrire l'histoire de celle-ci, ou bien être chargé d'expertise dans une commission créée par l'État pour résoudre un problème politique (comme par exemple pour leRapport Mattéoli destiné à calmer les esprits au sujet de la liste supposée détruite des Juifs de France) peut comporter des tentations ». Elle estime que« les travaux nés de la collaboration entre scientifiques et donneurs d’ordres financiers semblent se tenir à distance des archives originales et éviter la confrontation aux sources[87] ». Elle« dénonce des mensonges orchestrés [et] voit des histoires sciemment réécrites »[88].Catherine Coquery-Vidrovitch citantGérard Noiriel rappelle que « l'important, c'est de clarifier les différents types d'exercice auxquels nous participons, car ce qui est inadmissible dans une société démocratique, c'est la confusion des rôles et la confusion des genres »[89].
Le sociologueRoland Pfefferkorn dans une recension de la première version de l'ouvrage écrit que l'auteure y pointe les pressions qui cherchent à orienter la recherche historique et l'enseignement de la discipline[90]. SelonCatherine Coquery-Vidrovitch, Annie Lacroix-Riz « possède un point fort incomparable : elle pratique les archives de façon intensive et régulière » ce qui« lui fournit des arguments imparables pour critiquer ou inverser des analyses ou des rapports récents dont elle est en mesure de démontrer certaines légèretés »[89].
Claude Liauzu complète en indiquant qu'Annie Lacroix-Riz « soulève aussi le problème de lacensure d'État sur lesarchives, rendue possible par la complaisance des historiens, comme c'est le cas pourla guerre d'Algérie »[91],[N 11]. Catherine Coquery-Vidrovitch indique également que Lacroix-Riz ne supporte pas« le constant souci de médiation modérée » deRené Rémond, qu'elle décrit comme le« symbole de l'histoire institutionnelle française[87] »[N 12].
Par ailleurs, elle conteste l'état de l'écriture de l'histoire en France, en particulier les orientations bibliographiques données aux futurs professeurs et chercheurs[94],[95].
L'historienClaude Mazauric critique de l'ouvrage deFrançois Furet sur laRévolution française, tout comme Annie Lacroix-Riz[89], estime dansL'Humanité que« depuis le dernier tiers duXXe siècle, Annie Lacroix-Riz poursuit avec persévérance un combat méritoire et nécessaire contre les tentatives inlassablement réitérées d'exempter la grande bourgeoisie française de son essentielle responsabilité politique et morale dans la collaboration avec le nazisme, après la défaite de 1940 » et« aura dû affronter l'une des pires accumulations d'embûches qui se puissent imaginer contre un parcours scientifique : silence médiatique prolongé, médisances quant à ses intentions, manœuvres et polémiques impitoyables visant à minimiser ou circonscrire l'effet de ses travaux, ou à les discréditer au plan académique »[96].
En juillet 2015, après une exposition sur les cinquante ans de recherche historiographique sur la collaboration « La Collaboration (1940-1945) » aux archives nationales, Annie Lacroix-Riz fait le point dans la sectionLes livres du mois duMonde diplomatique. Dans son article intituléTroublante indulgence envers la collaboration, elle regrette des silences et omissions, sur les élites notamment, et un glissement de l'historiographie vers des études psychologiques, citantBénédicte Vergez-Chaignon, Bernard Costagliola ou Claude Barbier, elle note, d'une part une sorte de réhabilitation et d'autre part, une édulcoration du rôle de la Résistance. Selon elle, Bénédicte Vergez-Chaignon« réhabilit[erait] les « vichysto-résistants[97] » et« poursui[vrai]t sans faiblir sa longue normalisation deVichy avec [sa biographie sur]Pétain[98]. »
Bernard Costaglia, cité dans l'article et auteur d'une biographie deFrançois Darlan[99], n'est pas satisfait et adresse un droit de réponse au journal, dans lequel, il justifie son analyse psychologique deFrançois Darlan, chef du gouvernement de Vichy et ses conclusions relatives à la lourde implication personnelle de l'amiral dans la politique de collaboration du régime avec l'Allemagne nazie. L'historien rappellein fine que ses conclusions sont reprises dans les recensions duMonde, duFigaro et duCanard enchaîné, sa plume ayant de surcroît été jugée« sévère » envers Darlan,« en contraste frappant, donc, avec la critique d'Annie Lacroix-Riz qui, en une douzaine de lignes, cumule des fautes, dont une de taille, et un jugement d’ensemble tout à fait erroné[100]. »[N 13].
Georges Bensoussan, qui commente l'ouvrageIndustriels et banquiers sous l'occupation, cite les industriels commePeugeot,Berliet, Renault ouSchueller (L'Oréal) qui financent des groupes clandestins telsla Cagoule œuvrant à se débarrasser de « l'ennemi intérieur » que représentent les soutiens duFront populaire[30],[26],[N 15].
L'historienDominique Lejeune rappelle qu'« à la Libération,Louis Renault, suspecté de collaboration, est emprisonné, ses usines sont d’abordréquisitionnées puisnationalisées ». Pour l'historien« les soupçons reposent en bonne part sur des symboles », en effet« Louis Renault incarne le patron autocratique de l’entre-deux-guerres [...], le capitaliste profiteur de guerre, l’opposant au Front populaire et aux syndicats ». Plus concrètement il y a : la réparation dechars pour le compte de laWehrmacht,« peut-être le financement dans les années 1930, du mouvement d'extrême droitela Cagoule[103] ».
Cette nationalisation-sanction [est] jusqu’au début duXXIe siècle matière à controverse. Après un jugement en faveur des héritiers de l'industriel contre le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane en 2010[104], l’année suivante, huit petits-enfants de Louis Renault demandent, en vain[29], à la justice de réviser la nationalisation de 1945[27].
Deux positions s’opposent ; l’une portée notamment par l'historienne qui dénonce une « vaste entreprise de réhabilitation de Louis Renault et du haut patronat français sous l'Occupation », l’autre portée parLaurent Dingli, mari de la petite-fille de Louis Renault, et auteur en 2000 d'une biographie consacrée à l'industriel[105] qui, dans un article publié sur son site dédié à Louis Renault, accuse Annie Lacroix-Riz d' « erreurs historiques majeures », conteste la proximité de Renault avec l'extrême droite, admettant toutefois qu’ont eu lieu des négociations avec les Allemands et que pour ce qui est des réparations de chars, les usines Renault travaillaient sous la contrainte, et sous contrôle allemand[104]. Il dédouane Louis Renault, aux dépens du directeur général de l’entrepriseFrançois Lehideux et des Allemands[103]. À le lire, le dossier est bien mince pour justifier la nationalisation-sanction de 1945[104], estiment dans un article duMondePascale Robert-Diard et Thomas Wieder.
En[106], « Les élites françaises et la collaboration économique », une contribution d'Annie Lacroix-Riz commandée, selon elle[107] par la revueÉtudes et Documents et qui, selon Vivian Curran, met au jour la complicité de banquiers et industriels français avec les nazis au seul motif du profit suivie d'une « falsification » après-guerre[38],[N 16], est refusée par le comité de lecture de cette revue[108], ce que l'historienne interprète comme une censure[109]. La fabrication française de Zyklon B (cyanure d’hydrogène) et le refus de publication de l'article de Lacroix-Riz sont révélés par deux articles publiés fin 1996[108],[21]. La publication du second de ces articles, dansL'Humanité du, lance la controverse publique, dont la presse internationale se fait l'écho[54],[106]. S'appuyant sur des archives allemandes, britanniques et américaines, l'auteur y soutenait que le groupeUgine avait investi dans sa filiale à 51 % Durferrit-Sofumi, codétenue à 49 % par la société allemandeDegesch du groupeIG Farben[106],[110], pour produire du gazZyklon B. L'historienne tire argument de l'intervention de techniciens allemands et d'un« accroissement disproportionné » de la production qui, selon elle, ne pouvait être expliqué par celui de la demande d'insecticide[108]. Dans un article publié en 1997[111], Annie Lacroix-Riz soutient que le Zyklon B ainsi produit en France était« entièrement destiné à l'Allemagne et à des fins exclusivement militaires » déclare la journaliste du journalLibération Annette Levy-Willard[112]. Elle reconnaît cependant que« nous n'avons pas encore de documents prouvant formellement que le Zyklon fabriqué dans l'Oise était destiné aux camps »[21].
Dans uninterview[N 17] publié dansLibération et signé de lajournaliste Annette Levy-Willard , l'historien américainRobert Paxton déclare qu'Annie Lacroix-Riz« a sûrement raison de souligner [...] l'empressement de certains industriels français, dès l'été 1940, à conclure des contrats de production avec des autorités allemandes, sans attendre un Diktat allemand ou un ordre de Vichy » mais qu'« elle a tort de suggérer que ces industriels sont typiques de tous les entrepreneurs français ». Il poursuit en soulignant que« les secteurs qu'elle étudie[...], sont exceptionnels. Ils fournissent des produits de haute valeur militaire dont certains manquent à l'Allemagne ». Il lui reproche de s'être principalement appuyée sur les archives de la Délégation française auprès de laCommission d'armistice (CA) àWiesbaden, jugeant que celles-ci sont incomplètes. Il estime que l'historienne est« plus portée à blâmer qu'à analyser ». Il conclut en affirmant :« Avant d'accréditer l'hypothèse de Madame Lacroix-Riz sur la production de gaz Zyklon-B en France, il faut attendre une étude de sources beaucoup plus complètes que les siennes, et l'application d'une méthode historique beaucoup plus analytique »[113]. En revanche, selon les journalistes britanniques Paul Webster et Stella Hughes, elle s'est appuyée sur des sources allemandes, britanniques et américaines[53],[108].
Elle reprend sa thèse dans son livreIndustriels et banquiers sous l'Occupation (1999). Elle y étudie en particulier le cas de la grande chimie française (Kuhlmann,Rhône-Poulenc et Ugine), et la création de la firme franco-allemande Francolor (IG Farben[N 18] et Kuhlmann), comme le renforcement de l'alliance d’avant-guerre entre la Degussa-Degesch et Ugine via la création de Durferrit possédée depuis 1941 à 49 % par Degesch[30],[N 19],[N 20].
L'historienDenis Peschanski rapproche la production de Zyklon B de l'usine française, qui aurait atteint37 tonnes en[21], de la consommation du camp d'Auschwitz, qui« n'en avait commandé que 14 tonnes en 1943 et n'avait pas eu de difficultés d'approvisionnement auprès d'usines allemandes »[115]. Il considère que la réponse à la question de l'éventuelle fourniture par Ugine de Zyklon B à Auschwitz« se trouve sans doute dans les archives de la Degesch (qui a fabriqué le Zyklon B pour les chambres à gaz) difficiles d'accès, mais qu'[Annie Lacroix-Riz] n'a pas essayé d'avoir et, surtout, dans les archives d'Auschwitz, qui, elles, sont accessibles »[115]. Selon Hervé Joly,« le rapprochement fait par Annie Lacroix-Riz entre les augmentations de capital de la Durferrit-Sofumi intervenues en 1943 et les nouveaux débouchés du Zyklon B dans les camps d'extermination n'a donc pas de sens » :« seule la société mère [Degesch] aurait directement vendu 50 tonnes de cyanure de sodium aux Allemands entre 1940 et 1944, ce qui correspondrait à 1,9 % de la production totale »[112]. Selon cet auteur,« d’après toutes les indications concordantes […] la préoccupation des Allemands est seulement de développer la structure de commercialisation et d'application des antiparasites gazeux en France » pour réaliser« les nombreuses fumigations commandées par les troupes d'occupation », l'activité de la filiale commune avec Ugine étant« expressément limitée à la France, aux colonies françaises et aux pays de protectorat et sous-mandat […] À un moment où leurs capacités de production nationales sont encore excédentaires, la motivation des Allemands n’est évidemment pas de faire pénétrer Ugine sur leur propre marché »[110], ce qu'il rectifiera dans une note infrapaginale, page 395, notant qu'après tout on a pu exporter vers l’Allemagne du Zyklon B[114]. Annie Lacroix-Riz fait observer toutefois que les étiquettes du Zyklon B produit dans l'usine Ugine de Villers-Saint-Sépulcre« étaient en allemand »[116].
L'Ukraine, devenue indépendante de la Russie avec la chute de l'URSS en 1991, tient à faire reconnaitre l'« extermination par la faim » (Holodomor en ukrainien) qu'elle a connue au début des années 1930 comme uncrime contre l'humanité. Ainsi après laRévolution orange, le présidentViktor Iouchtchenko a déposé un projet de loi qualifiant la famine de 1932-1933 de génocide, dont la négation sera[it] punie[117]. Au Canada[118] et en France, la diaspora ukrainienne agit dans le même sens[119].
La gravité de la famine et son caractère intentionnel sont toutefois contestés par quelques historiens revendiquant leur fidélité communiste comme la française Annie Lacroix-Riz, écrit le journaliste Benoît Hopquin. Plutôt qu'une famine, l'historienne préfère évoquer « une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement » et dénonce une « opération de propagande », « un bobard »[117]. Selon l'historienne en sciences sociales Valérie Kozlowski, Annie Lacroix-Riz« soutient la thèse selon laquelle la famine de 1933 n'a jamais existé et ne serait qu'une invention du Vatican, assisté en la circonstance des services secrets américains »[119]. Cette présentation est qualifiée de« négationnisme pur » par l’historienThomas Chopard[120], spécialiste de l'histoire des violences contre les Juifs d’Europe centrale et orientale. Ce pour quoi, elle obtient légalement undroit de réponse publié parMediapart[121].
Des parlementaires du groupeUMP saisissent la présidence de l’université Paris VII de demandes de sanctions contre Annie Lacroix-Riz[122] et selon Valérie Kozlowski,« un véritable bras de fer est engagé entre l'historienne et la communauté ukrainienne de France et les principaux responsables des associations ukrainiennes ».« Ces derniers lui reprochent des écrits particulièrement virulents à l'encontre deSymon Petlioura »[N 21], mais aussi ceux« visant (...)André Cheptytsky,métropoliteukrainien au moment de la Seconde Guerre mondiale, l'historienne les qualifiant notamment tous deux d'antisémites. Une action en justice pour diffamation [a eu lieu] à l'encontre des groupements ukrainiens qui ont demandé au recteur de l'université Paris-VII d'intervenir pour modérer les propos de l'historienne »[119].
SelonStéphane Courtois[N 22], coordinateur duLivre noir du communisme, Lacroix-Riz s'appuie sur des dizaines de dépêches duQuai d'Orsay mais sans jamais s'interroger sur les conditions de production de ces dépêches, ne tenant « aucun compte des règles de travail élémentaires de l'historien ». De plus, Stéphane Courtois, qui cite notamment un ouvrage regroupant six mille témoignages de survivants, affirme que Lacroix-Riz « ignore les témoignages de base », et, de surcroît, « ignore tout autant les nombreux travaux tirés des archives soviétiques synthétisés parNicolas Werth (…) elle ignore tout autant les nombreux ouvrages en anglais »[125].
Plus généralement, l'historienRené Rémond considère qu'Annie Lacroix-Riz « en est restée à la problématique politique de laGuerre froide. Elle continue à évoluer dans une perspective manichéenne, où un camp représente le bien, la liberté, la paix, c’est celui de Moscou ; et l'autre, qui est le contraire, l'empire du Mal (…)[126] ». En 2019, l'historien Gilles Morin de laFondation Jean-Jaurès la qualifie d'« ultime défenseur en France dupacte germano-soviétique »[127].
Dans ses travaux sur la collaboration économique de la France avec l'Allemagne pendant l'Occupation, Annie Lacroix-Riz soutient la véracité de la « Synarchie »,théorie du complot tenue pour un mythe par les historienscontemporanéistes[128],[129],[130],[131],[132],[133],[134],[135]. Dans uninterview en 1997, l'historienRobert Paxton déclare que l'historienne est« visiblement attirée par la thèse du complot » puisqu'elle revient« au vieil épouvantail de la « Synarchie », contredisant par ces histoires de sociétés secrètes ses propres remarques très pertinentes sur la logique marchande à court terme »[113].
PourRudy Reichstadt, avecLe Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Annie Lacroix-Riz relance l'intérêt pour cettethéorie du complot, et ses conférences filmées sur ce thème connaissent un certain succès sur leWeb[136]. S'appuyant sur les travaux d'Olivier Dard, il reproche à Lacroix-Riz« la faible diversité [de ses] sources » ainsi que l'interprétation sans distance critique des archives policières de l'époque, qui comportent leur part d'inexactitudes et de fantasmes, notamment le rapport« truffé d’erreurs factuelles » que remetHenry Chavin, directeur de la Sûreté nationale deVichy, au ministre de l'Intérieur à l'été 1941, point de départ des dénonciations visant le prétendu « complot synarchiste[136]. »
Pour l'historienOlivier Dard, auteur deLa Synarchie, le mythe du complot permanent, les travaux d'Annie Lacroix-Riz sur le sujet relèvent d'un discours anticapitaliste d'extrême gauche qui instruit à travers la synarchie le procès traditionnel du« grand capital » et des élites. Il conclut que« l'intention d'Annie Lacroix-Riz est d'historiciser cette affaire à des fins idéologiques en reprenant nombre d'accusations déjà portées en leur temps par le parti communiste […] Son usage des sources est celui d'une instruction exclusivement à charge dont la conclusion est écrite à l'avance par des postulats idéologiques clairement énoncés[131] ». L'historienNicolas Lebourg la décrit dès lors comme une« historienne conspirationniste »[138].
L'historienJean-Louis Panné relève queLe Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930 paraît dépeindre une« République fantomatique [où] tout semble [se] tramer dans des coulisses ténébreuses, des couloirs de banques et des cabinets occultes ». Il juge qu'« Annie Lacroix-Riz use sans retenue de ce queMichel Foucault appelait le « privilège de véridiction » (...) en s'instituant exploratrice des secrets de l'histoire de la France contemporaine qu'elle seule serait en mesure de cerner par sa lecture des archives. (...) En corollaire, n'ignorant rien des travaux d'autres confrères qui contredisent ses thèses, elle n'en discute nullement les arguments et les voue simplement aux « poubelles de l'histoire » ». Il souligne qu'elle se place« sous le magistère du grand historien » Marc Bloch alors qu'elle ne respecte pas les« règles élémentaires du travail d’historien » et déplore de ce fait une« captation malhonnête, simplement destinée à justifier une démarche aux antipodes de la pensée et du travail de Marc Bloch »[139].Selon Jean-Louis Panné, Annie Lacroix-Riz prétend s'appuyer sur des archives mais« elle les passe à la moulinette de sa conviction préconçue. Nous avons soit de longues citations jamais remises dans leur contexte, soit des bribes de citations enchâssées dans ses propres phrases, dans une accumulation sans fin, hâchée, sans hiérarchie, et qui finit par rendre toutes questions abordées obscures ». À cela s'ajoute un« culte de l'archive policière - tel le fameux rapportChavin sur la Synarchie - prise pour valide à 100 % ». Dès lors, elle« renonce à toute analyse critique du document et même à toute critique (marxiste) de l'appareil d'État qui préside à la constitution des archives » et avalise« les erreurs ou les imprécisions de ces fameux rapports ». Selon Panné, le livre de l'historienne« se tient au carrefour de l'histoire et dupamphlet politique, à destination d'un public militant (...) satisfait sans doute de trouver là confirmationtautologique de ses dispositions idéologiques, une représentation simpliste du capitalisme qui s'apparente plus à la caricature (haut de forme et gros cigares) qu'à une réelle analyse, même marxiste[139] ».
Un compte rendu du livreDe Munich à Vichy. L’assassinat de la Troisième République 1938-1940 souligne aussi que la« manière d’écrire l’histoire » de l'historienne« pose problème ». Si Annie Lacroix-Riz a« compulsé d’abondants fonds d’archives et une non moins abondante bibliographie » et si elle« apporte parfois d’incontestables éclairages », il n'en reste pas moins que les« documents d’archives (ou plutôt les fragments qui en sont extraits, les citations étant le plus souvent très brèves) sont mobilisés pour une instruction exclusivement à charge, quitte à les prendre pour argent comptant, du moment qu’il s’inscrivent dans les présupposés de l’auteure », ce qui empêche de la suivre dans sa démonstration[140].
Toutefois, quelques historiens admettent plus[141] ou moins[142] l'existence de la Synarchie, sans pour autant relier celle-ci à la Cagoule, à l'ensemble du haut patronat et à tous les milieux politiques non-communistes, tandis que le journalisteJean-Claude Valla décrit la Cagoule comme« un complot contre la République »[143].
Annie Lacroix-Riz est engagée politiquement auParti communiste français (PCF) puis auPôle de renaissance communiste en France (PRCF). Selon les historiensMarc Lazar etStéphane Courtois« en 2004, des désaccords au sein de la Coordination communiste[N 23] entraînent la création du PRCF dirigé par les enseignants Georges Gastaud, Fadi Kassem et Annie Lacroix-Riz[144] ».
En 2005, en tant que débatteur, elle participe à la conférence« Axis for Peace » organisée par leRéseau Voltaire[145] et qualifiée parConspiracy Watch de« who’s who des auteurs conspirationnistes les plus en vue de l’époque[146]. » Elle intervient par ailleurs dans le cadre d'un documentaire diffusé par le Réseau Voltaire et réalisé parBéatrice Pignède,État de guerre[147],[148],[149],[150]. L’historien et éditeurJean-Louis Panné relève qu’Annie Lacroix-Riz intervient dans ce documentaire aux côtés deThierry Meyssan et deDieudonné et qu’elle annonce le déclenchement d’une guerre contre laRussie par les puissances occidentales dans un délai de deux à trois ans[139].
Annie Lacroix-Riz participe en à l'université d'automne de l'Union populaire républicaine (UPR) deFrançois Asselineau[151],[152].
En 2019, l'essayisteThierry Wolton présente l'historienne comme une nostalgique du stalinisme à l'instar d'autres auteurs édités par les éditions Delga, une« figure de proue dunégationnisme de gauche dans les milieux universitaires français » dont le« jugement historique est mis au service de ses idées politiques qu'elle exprime par ailleurs au Pôle de renaissance communiste en France »[153].
En tant qu'historienne, Annie Lacroix-Riz est sollicitée par la réalisatriceBéatrice Pignède pour participer à plusieurs de ses documentaires, notammentPropagande de guerre, propagande de paix (2004) qui« présente des extraits d’émissions et de journaux télévisés sur les interventions militaires enIrak de 1991 et 2003, et en démonte le traitement médiatique tout en le comparant à d’autres conflits »[148],[149]. Elle participe également à un documentaire réalisé par Sébastien Tézé etBertrand Delais,La Centrale (copyright les Films d'un jour : Histoire), 2018, surGeorges Albertini[156] et à d'autres enregistrements vidéo réalisés parMaria Koleva.
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