Après la victoire relative de la droite auxélections fédérales de 2005, Angela Merkel est investie chancelière fédérale et devient ainsi la première femme à accéder à cette fonction en formant unegrande coalition alliant la CDU/CSU et leParti social-démocrate (SPD). Elle est reconduite dans ses fonctions à la tête d'ungouvernement CDU/CSU-FDP en 2009, puis d'un nouveau gouvernement de coalition CDU/CSU-SPD en 2013 et 2018. Si elle bénéficie de résultats économiques jugés satisfaisants, elle est cependant fragilisée par sa politique d'ouverture des frontières lors de lacrise migratoire en Europe et par le score historiquement faible recueilli par la CDU/CSU lors desélections fédérales de 2017. Ces élections débouchent sur une crise politique de six mois – une situation inédite dans l'Allemagne d'après-guerre. Ne se représentant pas auxélections fédérales de 2021, Merkel quitte la chancellerie et la vie politique active, le social-démocrateOlaf Scholz lui succédant.
Désignée à quatorze reprisesfemme la plus puissante du monde par le magazineForbes (de 2006 à 2020, sauf en 2010), Angela Merkel est durant ses années au pouvoir perçue comme étant la personnalité politique la plus puissante de l'Union européenne.
Angela Dorothea Kasner, née le 17 juillet 1954, est la fille deHorst Kasner (1926-2011),pasteur d’originepolonaise dont le nom de famille de naissance était Kazmierczak, et de Herlind Jentzsch (1928-2019), originaire dePrusse-Occidentale,professeure d'anglais et de latin[1]. Horst Kasner avait étudié lathéologie protestante àHeidelberg et àHambourg. Elle a un frère cadet, Marcus, né le 7 juillet 1957, et une sœur cadette, Irene, née le 19 août 1964.
À l'automne 1954, alors qu'Angela est âgée de trois mois, lafamille quitteHambourg pour laRépublique démocratique allemande (RDA)[2], car le premier poste depasteur de Horst Kasner se situe à Quitzow, un petit village près dePerleberg dépendant de l'Église protestante régionale. Elle grandit au séminaire de Waldhof, à 90 km du nord deBerlin-Est. En 1957, Horst Kasner part pourTemplin dans leBrandebourg pour se consacrer à la fondation d'un centre pastoral de formation continue. Angela, Marcus et Irene ne fréquentent pas lacrèche durant leur enfance, car leur mère Herlind, femme au foyer, n'a pas réussi à intégrer le système scolaire de laRDA.
La religion étant considérée comme le « premier ennemi » de l'État socialiste et du fait de la profession d'Horst Kasner, la famille est d'abord étroitement surveillée. Cependant, devenu proche du régime, il est surnommé « Kasner le Rouge » et jouit de certains privilèges, dont une voiture de fonction et une ligne téléphonique. Le père est ainsi autorisé à se rendre plusieurs fois en Allemagne de l'Ouest et en ramène des livres interdits en RDA. Chose atypique et rare en Allemagne de l'Est, la jeune Angela Kasner porte des jeans importés et regarde des émissions politiques captées de l'Ouest[1].
Angela Kasner suit sa scolarité à l'école polytechnique (une forme d’école secondaire enRDA) deTemplin à partir de 1961. Ses enseignants la décrivent comme une élève réservée mais bien intégrée. Elle obtient d'excellents résultats scolaires, notamment enmathématiques et enlangues étrangères (elle parle aujourd'hui couramment l'anglais[3] et lerusse[4]).
Jeune fille, elle participe en 1969 à laJugendweihe (une célébration du passage de l'âge jeune à l'âge adulte, célébrée vers l'âge de 14 ans, particulièrement promue en RDA, notamment pour lutter contre l'influence de l'Église, chose assez mal perçue par les fidèles mais qu'Angela Kasner effectue pour être intégrée socialement[5]). Elle reçoit laconfirmation en 1967[6] en l'Église évangélique de Templin. Pendant son enfance et sa jeunesse, elle est membre de l'organisation des pionniers Ernst Thälmann puis de laJeunesse libre allemande.
Angela Kasner obtient en 1973 son baccalauréat (Abitur) au lycée de Templin (Erweiterte Oberschule Templin) avec la note maximale de 1 (note qui dans le système allemand signifiesehr gut, soit« très bien »[7]). Elle risque cependant d'être refusée à l'université pour avoir lu un poème contestataire deChristian Morgenstern, écrivain considéré comme « bourgeois » par le régime, au lieu d'effectuer un exposé à la gloire duVietcong comme prévu, puis d'avoir chanté avec ses camaradesL'Internationale en anglais ; cet incident la convainc de ne plus manifester publiquement ses opinions durant ses études[8]. Elle souhaite au départ devenir professeur en langue russe et en physique, mais cela lui est impossible en RDA en raison de son appartenance religieuse. Au terme de sa scolarité, elle choisit de suivre des études dephysique à l'université Karl-Marx de Leipzig qu'elle poursuivra jusqu'en 1978. Durant ses études en 1973, elle participe en tant que volontaire à la rénovation dubastion Maurice[9].
En, elle passe avec succès son examen de fin d'études universitaires (Diplomarbeit en allemand) en physique. L’intitulé est « influence de la corrélation spatiale sur la vitesse de réaction dans les réactions élémentaires bimoléculaires en milieu dense » et Angela Merkel est notée« très bien » par le jury. Son travail de thèse est un apport au thème de recherche « Physique statistique et chimique des processus de recherche sur isotopes et rayonnements » dans le projetchimie physique et statistique de l'Institut central de recherche sur les isotopes et les rayonnements de l'Académie des sciences.
Après ses études, elle part pourBerlin avec son époux. Elle est admise comme collaboratrice à l'Institut central de chimie-physique de l'Académie des sciences deBerlin-Est. Sous la direction de Lutz Zülicke, elle prépare sathèse de doctorat (intitulée « Étude du mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple et calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques »[10]) enchimie quantique, qu'elle soutient en 1986. Elle obtient la mention« très bien » (magna cum laude). Pour pouvoir obtenir le grade universitaire de docteur en sciences de la nature (Dr. rer. nat. : Doctor rerum naturalium), il était obligatoire en RDA de joindre à la thèse de doctorat un travail écrit prouvant que les connaissances enmarxisme-léninisme du postulant avaient été approfondies durant ses études. Elle rédige un texte intitulé :Qu'est-ce que le mode de vie socialiste ? qui reçoit la mention« correct » (rite).
Durant cette période, elle n'est pas membre duSED ni d'aucun autre parti affilié, et elle ne montre pas non plus d'activité dans l'opposition civile ou religieuse. Pour la journaliste spécialiste de l'AllemagneOdile Benyahia-Kouider, elle a choisi des études scientifiques« pour limiter les contentieux idéologiques avec le régime »[11].
En 1977, Angela Kasner épouse lephysicien Ulrich Merkel. Ils habitent alors dans un appartement àBerlin-Est. Après sondivorce en 1982[6], elle décide de conserver le nom de Merkel. Elle se remarie le avec leprofesseur dechimieJoachim Sauer. Elle n'a pas d'enfant[12],[13]. Le couple réside au numéro 6 duKupfergraben[14], canal bordant l'île aux Musées, àBerlin.
Comme la plupart des élèves de la RDA, Angela Merkel participe à laJeunesse libre allemande (Freie Deutsche Jugend). Elle déclarera en 2010 qu'elle y a adhéré car la FDJ offrait la possibilité de s'investir dans des activités de loisirs pour la jeunesse[15]. Par la suite, elle devient secrétaire dudépartement pour l'agitation et la propagande à l'Académie des sciences[réf. nécessaire]. Merkel ne collabore au mouvementDemokratischer Aufbruch que fin. Auparavant, elle n'appartenait à aucun des mouvements d'opposition, même si, en 1978, elle avait refusé une offre pour travailler au ministère de la Sécurité d'État (laStasi). Dans son dossier de laStasi, police politique de la RDA, sont mentionnées ses positions contre la RDA et lecommunisme (« diversions politico-idéologiques »), et son appui au syndicat polonaisSolidarność[8],[2]. Son biographe, Gerd Langguth, indique[11] que beaucoup de ses amis et de ses connaissances des années 1970 et 1980 ont montré leur irritation lorsqu'elle a finalement rejoint la CDU, alors que certains d'entre eux s'attendaient à voir en elle des conceptions plus proches de celles des Verts. En, cependant, la question de l'orientation politique future deDemokratischer Aufbruch n'est nullement tranchée. Angela Merkel travaille au siège, à Berlin-Est, où elle élabore les tracts et a une fonction proche de celle d'attachée de presse[2].
Au début de l'année 1990, les personnalités politiques d'Allemagne de l'Ouest participent à la première élection démocratique de laChambre du peuple, qui a lieu le. En tant que secrétaire général de la CDU,Volker Rühe crée, le, l'Alliance électorale pour l'Allemagne.Demokratischer Aufbruch, mouvement citoyen qui vient d'être fondé, occupe alors une position clé :Helmut Kohl, président de la CDU etchancelier fédéral, ne veut pas limiter le bloc qu'il entend constituer à la CDU de l'Allemagne de l'Est et à la DSU, proche de la CSU bavaroise. En, Merkel est autorisée par l'Académie des sciences à entrer dans la compétition électorale pour le bureau politique deDemokratischer Aufbruch. Quelques jours avant l'élection, la collaboration de son présidentWolfgang Schnur(de) avec laStasi est établie. Il incombe alors à Angela Merkel de diriger laconférence de presse au cours de laquelle les dirigeants expriment leur consternation au sujet de ce qu'ils viennent d'apprendre.
Après la dernière élection à la Chambre du peuple de la RDA, en 1990, Angela Merkel devientporte-parole adjointe dudernier gouvernement de la RDA, dirigé parLothar de Maizière. En août, du fait de la fusion de DA avec laCDU, elle devient membre de la formation chrétienne-démocrate de RDA. En décembre, elle est élue en mandat direct auBundestag, dans la circonscription 267.
Moins de deux semaines plus tard, le,Wolfgang Schäuble propose la candidature d'Angela Merkel au poste de secrétaire générale de la CDU lors du congrès fédéral deBonn. Elle recueille 874 voix favorables contre 68, soit une majorité de 92,8 % des suffrages exprimés[18]. Si le parti a déjà compté plusieurs vice-présidentes, y compris Merkel elle-même, c'est la première fois qu'une femme atteint un tel niveau de responsabilité dans l'appareil chrétien-démocrate.
Le, Angela Merkel est élue pour la succession deWolfgang Schäuble à la présidence de la CDU avec 95,9 % des voix[19]. Durant l’affaire du financement du parti dans laquelleHelmut Kohl est compromis, Angela Merkel se détourne de celui-ci, alors que personne au sein du parti n'osait l'attaquer[2]. Elle exige du parti qu'il entame un nouveau départ sans Helmut Kohl. Le, alors cheffe du parti, elle écarte toutefois l'option d'une plainte contre Helmut Kohl, contre-productive pour l'image du parti. Elle laisse sa place pour la candidature à l'élection à la chancellerie de 2002 àEdmund Stoiber (CSU), leministre-président duLand deBavière, lorsqu'elle est élue présidente dugroupe parlementaire CDU/CSU auBundestag, pour la succession deFriedrich Merz qu'elle a fait évincer de cette fonction. Elle devient ainsi cheffe de l'opposition.
Au printemps 2003, Merkel s'oppose à la prise de position de son parti sur la question de latroisième guerre du Golfe. Elle a en effet déclaré qu'il était irresponsable d'exclure « la force militaire en tant que dernier moyen catégorique. Elle est et restera un dernier moyen dans tout conflit, donc dans celui-là aussi ». Pour soutenir l'attitude desÉtats-Unis, elle y prévoit un voyage qu'elle annule en raison desélections anticipées de 2005. En, elle effectue un séjour de trois jours enTurquie, afin de promouvoir le modèle de « partenariat privilégié » en tant qu'alternative à l'intégration complète à l'Union européenne. Merkel se prononce en faveur de l'élection de l'économisteHorst Köhler à laprésidence fédérale au début de l'année 2004, à la suite d'une alliance CDU/CSU/FDP. Köhler est élu par l'Assemblée fédérale le23 mai 2004 auchâteau de Bellevue dès le premier tour de scrutin.
Durant sa présidence, elle intensifie les relations avec les autres partis de la droite européenne. Après lesélections européennes de 2004, elle profite du poids de la CDU dans leParti populaire européen (PPE) pour participer au choix du futur président de la Commission européenne. C'est une innovation car habituellement, c'était uniquement une prérogative des chefs de gouvernement en exercice. Ainsi,Gerhard Schröder etJacques Chirac s'étaient mis d'accord sur le choix du BelgeGuy Verhofstadt mais Angela Merkel réussit finalement à imposer le PortugaisJosé Manuel Barroso, constituant pour elle une première grande victoire politique à l'échelle de l'Union européenne[20].
Elle est réélue présidente de la CDU en 2002 (93,7 %)[21], 2004 (88,4 %)[22], 2006 (93 %)[23], 2008 (94,8 %)[24], 2010 (90,4 %)[24], 2012 (97,9 %)[25], 2014 (96,7 %)[26] et 2016 (89,5 %)[27]. Alors qu'elle envisage de briguer un nouveau mandat en 2018, elle y renonce, dans un contexte difficile, sa défaite étant jugée probable. Cette décision est interprétée comme un renoncement à la chancellerie, un poste qu'elle a toujours dit considérer comme allant de pair avec la présidence du parti majoritaire[28],[29].Annegret Kramp-Karrenbauer lui succède[30],[31].
Angela Merkel est candidate à la chancellerie pour lesélections auBundestag du 18 septembre 2005. L'union CDU/CSU qu'elle conduit obtient 35,2 % des suffrages, devant le SPD à 34,2 %, mais loin derrière l'objectif de majorité absolue des sièges qu'elle s'était fixée. Angela Merkel est elle-même élue dans la circonscriptionno 15 deMecklembourg-Poméranie-Occidentale par 41,3 % des suffrages exprimés. Le, lors de la première réunion dugroupe parlementaire de l'Union depuis le scrutin, elle est réélue présidente du groupe par 98,6 % des voix (219 voix sur 222). Cependant, la presse allemande affirme que Merkel est sous pression, et ce en raison du refus deGerhard Schröder qu'elle devienne chancelière fédérale dans lagrande coalition. Au Bundestag, le SPD dispose en effet de 222 sièges, seulement quatre de moins que le groupe CDU/CSU.
Le, après cinq semaines de difficiles négociations, le SPD et la CDU/CSU concluent un accord par lequel Angela Merkel est désignéechancelière fédérale (Bundeskanzlerin). Elle présente songouvernement de coalition le, et est élue par le Bundestag le avec 397 voix sur 611 parlementaires, 202 contre et 12 abstentions. Angela Merkel est la première femme chancelière d'Allemagne ; à 51 ans, elle est aussi la plus jeune personnalité politique de l'histoire allemande d’après-guerre à occuper ce poste. Elle a obtenu le plus grand nombre de voix auBundestag de toutes les élections à la Chancellerie, bien queKurt Georg Kiesinger et surtout la grande coalition de 1966 aient constitué des majorités parlementaires plus larges. La grande coalition de 2005 représente 73 % des sièges, soit 443.
Selon le programme politique proposé lors de l'élection de 2005, Angela Merkel souhaite intensifier le cours des réformes engagées parGerhard Schröder, en particulier dans le domaine du marché du travail. Quelques réformes de la coalition rouge-verte sont toutefois annulées, comme la mesureIch-AG qui subventionnait l'installation à son compte de personnes au chômage, mesure qui avait été violemment critiquée. Angela Merkel veut permettre l'embauche de travailleurs en dehors du cadre des conventions collectives. Avant même l'élection de 2005, elle a exprimé son intention de ne pas appliquer toutes les réformes fiscales radicales proposées par le professeur Paul Kirchhof. Cependant, elle propose une simplification du système fiscal, et une réduction des dépenses publiques. Par exemple, elle souhaite supprimer les réductions fiscales au travail de nuit et à la propriété privée. La CDU avait jusqu'à maintenant toujours refusé une telle mesure, quand la coalition rouge-verte était au pouvoir. Angela Merkel est également en faveur d'une prolongation de la période précédant l'arrêt de la production d'énergie nucléaire ; toutefois, elle s'oppose à la relance des programmes nucléaires civils. Sur le plan international, elle s'oppose à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, préférant unpartenariat privilégié[32]. Merkel était également opposée à ce que leKosovo devienne un État indépendant de laSerbie.
Angela Merkel en 2008.
Angela Merkel effectue sa première visite diplomatique enFrance le, au lendemain de son investiture officielle, pour y rencontrer leprésident de la RépubliqueJacques Chirac et lePremier ministreDominique de Villepin. Dans son discours, le premier insiste sur l'importance de l'axe franco-allemand au sein de l'Union européenne. Elle accorde une importance particulière à ce premier voyage, afin de souligner son attachement à l'amitié avec la France, alors qu'elle songe à raffermir les liens de l'Allemagne avec l'Europe centrale et l'Europe de l'Ouest. Après son entretien avec Jacques Chirac, elle rencontre les dirigeants européens àBruxelles, ainsi que le secrétaire général de l'OTAN,Jaap de Hoop Scheffer. Le, elle reçoit son premier invité, le président de laNamibie (ancienne colonie allemande),Hifikepunye Pohamba, qui visiteBerlin pendant cinq jours. Dans son discours du, elle annonce son objectif de développer l'économie allemande et de réduire lechômage.
Dans le cadre d'une visite enAsie en, Angela Merkel se rend pour la seconde fois enChine et pour la première fois auJapon. Le, àPékin, la chancelière rencontre son homologueWen Jiabao. À cette occasion, elle appelle la Chine à renforcer les relations commerciales sino-germaniques, mais aussi à respecter les règles du jeu international dans la lutte contre leréchauffement climatique. Le même jour, elle rencontre également le présidentHu Jintao, et déclare après cette entrevue :« j'ai parlé desdroits de l'Homme avec les dirigeants chinois. J'ai spécialement insisté sur le fait qu'avecles prochains Jeux olympiques, le monde regarderait la Chine de près »[33]. Le, elle reçoit le14e Dalaï-Lama en exil depuis 1959 ; elle est la première à le recevoir officiellement à la Chancellerie[34]. En, elle signe en tant que présidente duConseil de l'Union européenne l'accord visant à établir leConseil économique transatlantique[35]. En2008, elle reçoit lePrix International Charlemagne.
Angela Merkel avec la présidente brésilienneDilma Rousseff (6 mars 2012).
En, le président fédéral,Christian Wulff, démissionne. La chancelière prend la décision d'engager des pourparlers avec l'opposition de centre-gauche pour désigner un candidat de consensus à l'élection présidentielle anticipée. LeSPD, qui refuse l'éventuelle candidature d'une personnalité politiquement marquée, propose de nouveau la candidature de l'ancien pasteur est-allemand, ex-commissaire desArchives de la Stasi et militant des droits de l'homme,Joachim Gauck, qui reçoit également le soutien desVerts, puis duFDP. La chancelière se range finalement derrière cette candidature. Le, il est élu président fédéral par 88,5 % des suffrages exprimés lors de la session de l'Assemblée fédérale.
Angela Merkel avec le premier ministre indienManmohan Singh (11 avril 2013).
Elle fait savoir, en, qu'elle compte être candidate à sa propre succession auxélections fédérales prévues en 2013[48]. Réélue présidente fédérale de la CDU pour la septième fois le, par 97,9 % des suffrages, sa cote de popularité atteint alors un niveau record de 81 % d'opinions favorables et les enquêtes d'opinion indiquent que les Allemands sont satisfaits de sa gestion de lacrise de la dette dans la zone euro[49]. Souvent qualifiée de travailleuse, de rassurante et de pondérée, voire de discrète par nature[50],[51],[52], Angela Merkel reste très populaire auprès des Allemands, et cela de manière assez constante et inédite dans le pays pour un chef de gouvernement[53] alors que son programme, son parti ou le travail de ses gouvernements ne suscitèrent guère d'enthousiasme[54].
À l'issue des deux premiers mandats d'Angela Merkel, l'Allemagne s'en sort globalement mieux que les autres pays européens dans le contexte de lacrise financière de 2009 et de lacrise de la zone euro. Le politologue Gero Neugebauer, de l'université libre de Berlin, note que« la chancelière a instauré leKurzarbeit (un mécanisme de chômage partiel cofinancé par l'État fédéral), qui a permis d'éviter les vagues de licenciement massives, préservant l'emploi et permettant aux entreprises de redémarrer plus fort lorsque la tempête était passée. Le résultat est une économie florissante », tout en relevant que« les inégalités se sont creusées sous Merkel. Les disparités entre les plus riches et les plus pauvres sont plus profondes. Et bien que le niveau de l'emploi atteigne des records (le taux de chômage est au plus bas parmi les pays européens, à 7,1 %), le noyau dur du chômage de longue durée ne se réduit pas »[55].
Angela Merkel s'exprimant devant leBundestag en 2014.
Lors desélections fédérales du 22 septembre 2013, à l'issue d'une campagne polarisée sur sa personnalité, laCDU/CSU remporte 41,5 % des suffrages, ce qui constitue son meilleur score depuis 1994. Avec 311 députés sur 631, elle manque la majorité absolue de seulement cinq sièges. Elle ne peut plus compter sur son allié jusque là au Parlement, leParti libéral-démocrate (FDP), pour se maintenir au pouvoir, les libéraux n'ayant pas réussi à franchir le seuil de 5 % des suffrages exprimés, nécessaire pour siéger au Bundestag.
Angela Merkel ouvre alors des discussions avec leParti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui a vu son score stagner avec 25,7 % des voix et 192 députés, et l'Alliance 90 / Les Verts, qui réalise une contre-performance en obtenant 8,4 % des suffrages exprimés et 63 sièges auBundestag. Le, chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates annoncent l'ouverture de négociations pour former unegrande coalition[56]. Un accord est conclu le : celui-ci prévoit l'instauration d'un salaire minimum fédéral de 8,50 euros de l'heure d'ici à la fin de la législature, la possibilité de partir à la retraite à 63 ans pour les salariés ayant cotisé 45 ans, des investissements dans les infrastructures et un refus d'une quelconque hausse de la fiscalité[57]. Les militants sociaux-démocrates, appelés à se prononcer sur l'accord - une première en Allemagne - l'approuvent massivement, 76 % des votants se déclarant en sa faveur[58]. La coalition dispose alors d'une majorité de 504 sièges.
Angela Merkel est élue pour un troisième mandat de chancelière fédérale le, par 462 voix pour, 150 contre et 9 abstentions[59]. C'est la quatrième titulaire du poste de chancelier fédéral à entamer un troisième mandat, aprèsKonrad Adenauer,Helmut Schmidt etHelmut Kohl, seulement la troisième à le faire après avoir enchaîné deux mandats complets consécutifs. Par ailleurs, c'est la première fois qu'un chancelier fédéral changeant de coalition gouvernementale forme une coalition avec laquelle il a déjà gouverné. Dans sontroisième cabinet, elle conserve des poids lourds de la CDU, commeWolfgang Schäuble aux Finances etUrsula von der Leyen qui passe à la Défense, retrouve des anciens ministres sociaux-démocrates de son premier cabinet,Sigmar Gabriel à l'Économie etFrank-Walter Steinmeier aux Affaires étrangères, et accueille plusieurs représentants de la nouvelle génération, commeManuela Schwesig à la Famille etAlexander Dobrindt aux Transports.
Elle incarne[60] peu à peu l'hégémonie allemande sur l'Europe, même si ce rôle de leader est caractérisé par certains spécialistes comme une « hégémonie à contrecœur »[61],[62],[63],[64]. Elle joue un rôle extérieur très actif dans laguerre est-ukrainienne, signant le à Minsk, avecFrançois Hollande,Petro Porochenko etVladimir Poutine, un nouvelaccord de cessez-le-feu prévoyant l'arrêt des combats et la reconnaissance par Kiev d'un statut particulier au Donbass.
En 2015, confrontée à la question de lacrise migratoire en Europe, elle affirme que l'Allemagne doit être un pays d'accueil et prend le parti des réfugiés, en opposition aux manifestations contre l'installation de migrants[67]. Selon le journaliste Robin Alexander, dont le livre sur ce sujet,Die Getriebenen (2017), est un best-seller en Allemagne, elle avait initialement prévu de fermer les portes du pays mais aurait finalement cédé sous la pression médiatique, alors que circulaient des photos de migrants morts dans un camion abandonné sur une autoroute, celle d'Aylan, et afin d'éviter d'assumer l'idée de policiers allemands refoulant des migrants devant les médias[68]. Elle annonce néanmoins souhaiter promouvoir un accord sur une répartition« contraignante » des migrants dans les différents pays de l'Union européenne, proposition qui bute sur le refus de quatre pays d'Europe centrale et du Danemark[69].
Devant l'afflux des migrants, sa politique est sévèrement critiquée par ses partenaires politiques de laCSU[70]. Le, son gouvernement prend la décision de rétablir les contrôles à lafrontière avec l'Autriche[71], qu'il avait fait fermer provisoirement pour contenir l'arrivée de nouveaux migrants. La ville deMunich, principal point d'accueil, est saturée, et les autorités réquisitionnent des trains pour répartir les immigrés au niveau fédéral. En 2017, l’Allemagne dépense 21 milliards d’euros pour tenter d’intégrer les migrants[72]. Alors que l'inquiétude des Allemands augmente, la cote de popularité de la chancelière connaît une baisse importante[73].
Devant répondre dès les premiers jours de 2016 aux protestations publiques engendrées par une vague d'une ampleur jusqu'ici inconnue d'agressions sexuelles lors du Nouvel An commises par des immigrants ou des réfugiés, Angela Merkel est contrainte d'annoncer un durcissement de sa politique d'accueil[74]. Une grande partie de la presse internationale s'exprime alors de manière sceptique ou critique vis-à-vis de sa politique migratoire,The Sunday Times invoquant la « naïveté » de la chancelière[75] et un éditorial duNew York Times lui enjoignant de démissionner[76]. Marquée par les évènements du Nouvel An, pour la première fois en, une majorité (56 %) de sondés pense que la politique de Merkel est « plutôt mauvaise »[77]. En, c'est l'ancien chancelierHelmut Kohl qui exprime son désaccord avec la politique d'ouverture des frontières de Merkel et son soutien envers la politique opposée menée parViktor Orbán[78],[79],[80].
En, les élections locales sont marquées par la forte poussée du parti anti-migrants l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui obtient jusqu'à 24 % dans le Lander deSaxe-Anhalt, tandis que la CDU enregistre des pertes significatives[81]. Après l'autorisation du gouvernement fédéral de laisser le pouvoir judiciaire faire suivre une plainte du président turc,Recep Tayyip Erdoğan, contre le satiristeJan Böhmermann, la satisfaction des personnes interrogées vis-à-vis du travail de la chancelière tombe au plus bas de la législature avec 45 % d'avis favorables[82]. Début août, seuls 34 % des personnes interrogées se disent satisfaites de la politique d'accueil des réfugiés menée par le gouvernement depuis 2015[83]. Au cours desélections du dans son Land d'élection, leMecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU arrive troisième, obtenant son pire score depuis la réunification[84] ; elle est devancée par le SPD et par l'AfD, qui a mené campagne sur le thème de sa politique migratoire[84]. Deux semaines plus tard, lors desélections législatives à Berlin, la CDU réalise un score inférieur à 18 %, le plus mauvais de son histoire dans la capitale fédérale[85].
Alors qu'elle est décrite comme de plus en plus isolée au sein de l'Union européenne dans sa volonté d'imposer sa politique migratoire[86], ses partenaires européens lui font le reproche de négocier seule avec la Turquie[87]. Fin, elle accepte les conditions du président Erdoğan en vue d'accorder le droit aux Turcs de circuler dans l'espace Schengen sans visa ; celui-ci veut par ailleurs relancer les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne[88].
En, face à sa baisse de popularité et aux défaites électorales qui se succèdent, Angela Merkel déclare que sa formule « nous y arriverons » concernant l'accueil des réfugiés est « vide de sens » et promet de ne plus l'utiliser à l'avenir[89]. Elle reconnait ensuite que son gouvernement avait été insuffisamment préparé à l'accueil des réfugiés qu'elle avait décidé[90]. Principale instigatrice du mécanisme de répartition obligatoire des migrants et confrontée à une très forte opposition notamment des pays d'Europe centrale, Angela Merkel est contrainte d'annoncer le même mois au sommet de Bratislava l'abandon du système des « quotas » nationaux. Ce pas en arrière paraît illustrer « son affaiblissement sur la scène européenne »[91].
Le, la chancelière allemande confirme que lesévénements commis à Berlin la veille relèvent bien d'un« attentat terroriste ». Merkel est la cible de vives critiques de la part de l'Alternative pour l'Allemagne en raison du fait que le suspect est un demandeur d'asile accueilli récemment par l'Allemagne ;Marcus Pretzell affirme que« ce sont les morts de Merkel » etFrauke Petry fait, elle, état d'une Allemagne qui n'est« plus sûre » face« au terrorisme de l'islamisme radical »[92],[93].
En vue desélections de septembre 2017, la CDU de Merkel obtient le soutien de son parti frère, laCSU, en février de la même année, malgré leurs divergences sur la politique d'accueil des migrants que l'Allemagne devrait adopter, Merkel refusant de limiter les arrivées de migrants à 200 000 personnes par an comme le propose le chef du parti bavarois,Horst Seehofer[94],[95]. Ce rapprochement s'explique notamment par la montée en popularité duSPD, incarnée parMartin Schulz, principal opposant d'Angela Merkel pour les élections à venir[95]. Le, le quotidienBild publie un sondage montrant cette proximité d'intentions de vote entre le parti de Merkel et celui de Schulz, respectivement de 30 et 31 %[96].
En levant son opposition de principe, Angela Merkel permet que soit examinée auBundestag une proposition de loi visant à instaurer lemariage homosexuel. Si elle vote contre le texte, celui-ci est toutefois adopté. Elle met son évolution sur le sujet sur le compte d'une rencontre avec un couple de lesbiennes, qui lui ont promis de l’inviter à leur mariage[97],[98].
L'alliance CDU-CSU arrive en tête desélections du 24 septembre 2017 avec 32,9 % des suffrages, un résultat historiquement bas, la CDU-CSU n'ayant pas recueilli un pourcentage aussi faible depuis lesélections fédérales de 1949[99],[100],[101]. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti d'extrême droite ayant axé sa campagne contre la politique migratoire d'Angela Merkel, obtient un succès inattendu, 94 de ses candidats étant élus au Bundestag[102].
Ces élections plongent l'Allemagne dans une impasse politique inédite[103]. Pendant plusieurs mois, le rôle d'Angela Merkel est réduit à une simple gestion desaffaires courantes et ses difficultés à former un gouvernement affaiblissent son autorité sur le plan intérieur et sur la scène internationale, où elle est concurrencée parEmmanuel Macron[104],[105]. Lors desélections d'octobre en Basse-Saxe, la CDU obtient son pire score dans la région depuis 1959[106]. Alors que des négociations sont entamées afin d'établir unecoalition jamaïcaine (CDU/CSU,Parti libéral-démocrate,Les Verts), le président fédéral des libéraux-démocrates,Christian Lindner, oppose une fin de non-recevoir à ce projet en raison de divergences avec Les Verts sur la question migratoire[107].
Des discussions s'ouvrent ensuite entre la CDU/CSU et le SPD, mais l'idée de la reconduction d'unegrande coalition est critiquée par une partie des sociaux-démocrates, qui prônent un retour dans l'opposition afin de se refaire une santé électorale[108],[109],[110]. En outre, les revendications du SPD dans le domaine migratoire[c] suscitent le scepticisme de nombreux conservateurs au vu de la politique déjà menée par le précédent cabinet Merkel[103]. Finalement, le, un accord de grande coalition est signé, puis approuvé par les adhérents du SPD. Alors que la gauche obtient plusieurs ministères d'importance, notamment celui des Finances, Angela Merkel reconnaît des concessions « douloureuses » et plusieurs responsables conservateurs se montrent critiques envers les termes de l'accord[111],[112],[113],[114]. Cette grande coalition est perçue comme fort différente des trois qui l'ont précédé, notamment car elle rassemble moins de 55 % des suffrages exprimés aux élections fédérales et que les trois partis la composant se trouvent dans une situation interne de faiblesse et d'instabilité[115]. Angela Merkel est réélue chancelière fédérale le. Elle obtient 364 votes de députés, soit neuf de plus que la majorité nécessaire pour être élue, mais 35 de moins que sa majorité théorique de 399 parlementaires[116].
Angela Merkel et le président des États-Unis,Donald Trump,en 2019.
Néanmoins, dès, elle est confrontée à de fortes tensions gouvernementales. Le1er juillet,Horst Seehofer menace de démissionner de la présidence de la CSU et du ministère fédéral de l'Intérieur, pour protester contre sa politique d'asile, qu'il juge trop laxiste[117]. Il trouve finalement avec Merkel un accord sur des mesures de réduction de l'immigration illégale. L'accord prévoit que les demandeurs d'asile arrivant en Allemagne mais déjà enregistrés ailleurs dans l'Union européenne doivent être détenus dans des centres de transit frontaliers avant d'être renvoyés dans leurs pays d'enregistrement. Ces retours seront organisés conformément à des accords conclus avec les États concernés[118]. En, les députés de la CDU s'opposent à la reconduction deVolker Kauder, un des fidèles d'Angela Merkel, à la présidence dugroupe CDU/CSU[119]. En, la CDU/CSU réalise des scores historiquement faibles aux élections régionalesen Bavière eten Hesse, ainsi que dans les sondages nationaux : le parti est crédité de 25 % d'intentions de vote, contre plus de 40 % avant la crise migratoire, qui est considérée comme l'élément déclencheur de cette chute[28].
Angela Merkel à l'hôtel de ville de Cologne en juin 2019.
Dans ce contexte, le remplacement d'Angela Merkel à la tête de la CDU est régulièrement évoqué[103]. Sous la pression des dirigeants du parti, elle annonce qu'elle ne se représentera pas à sa présidence et apporte son soutien àAnnegret Kramp-Karrenbauer comme secrétaire générale en, ce qui est perçu comme le premier signal clair dans le débat autour de sa succession[d],[121]. Dix mois plus tard, le, Kramp-Karrenbauer est élue à la présidence du parti avec 51,8 % des voix au second tour, contre 48,2 % pourFriedrich Merz, adversaire affiché de Merkel depuis qu'elle l'a évincé de la présidence du groupe CDU/CSU au Bundestag en 2002[122]. Cette élection met un terme aux 18 années de présidence Merkel à la CDU[123]. Au cours de l'année 2019, alors que sa majorité apparaît chancelante en raison du souhait d'une partie du SPD de quitter la grande coalition au vu de l'effondrement de ses intentions de vote, les relations entre Merkel et Kramp-Karrenbauer se détériorent, notamment lorsque cette dernière envisage la fermeture des frontières en cas de nouvelle crise migratoire[122].
Lors desélections européennes de 2019, la CDU/CSU arrive en tête mais avec un score historiquement faible (28,9 %), alors qu'Alliance 90 / Les Verts obtient un score très élevé (20,5 %) et que le SPD s'effondre (15,8 %)[124],[125]. Après le scrutin, elle échoue à imposer à la présidence de la Commission européenne lespitzenkandidat du PPE,Manfred Weber, puis fait face à une fronde de son groupe, qui refuse de soutenirFrans Timmermans[126] ; c'est finalementUrsula von der Leyen, une proche de Merkel, qui est proposée à cette fonction[127]. En juin et, la capacité à gouverner d'Angela Merkel est par ailleurs remise en cause par des interrogations sur son état de santé, après qu'elle a été victime à trois reprises de crises de tremblements de plusieurs minutes lors de cérémonies officielles[122],[128].
Au début de l'année suivante, elle retrouve cependant une cote de popularité élevée, sa gestion de lapandémie de Covid-19 étant saluée en Allemagne[129] mais critiquée dans l'Union européenne pour son égoïsme supposé, Berlin refusant dans un premier temps de mutualiser les dettes engendrées par la crise[130]. Par la suite, elle propose avec la France un plan de relance européen de 500 milliards d'euros[131].
Pour remplacer Annegret Kramp-Karrenbauer, uncongrès de la CDU est organisé en, sous forme virtuelle en raison de la pandémie.Armin Laschet, ministre-président deRhénanie-du-Nord-Westphalie et partisan d'une continuité avec la politique d'Angela Merkel, l'emporte avec 52,8 % face àFriedrich Merz, tenant d'une ligne plus à droite et déjà battu de justesse par Kramp-Karrenbauer en 2018[132].
Angela Merkel ne brigue pas un nouveau mandat de chancelière et de députée au Bundestag auxélections fédérales de 2021, qui voient le SPD d'Olaf Scholz, vice-chancelier et ministre fédéral des Finances, arriver en tête avec 25,7 % des suffrages exprimés, alors que la CDU/CSU, conduite parArmin Laschet, réalise son plus faible score historique, avec 24,1 %. Elle reste à la chancellerie jusqu'à ce que son successeur soit investi. L'écart entre les deux principaux partis étant faible et la composition du Bundestag étant particulièrement fragmentée, les négociations pour mettre en place une coalition durent jusqu'à l'intronisation d'Olaf Scholz comme nouveau chancelier fédéral le 8 décembre 2021. Angela Merkel aura donc occupé le poste au cours d’une durée de 16 ans et 16 jours, soit dix jours de moins que le record de longévité pour un dirigeant fédéral allemand, que détientHelmut Kohl avec 16 ans et 26 jours à la chancellerie[133].
Le 22 janvier 2022,Friedrich Merz, ennemi de toujours de Merkel, est élu à la présidence de la CDU durant le34e congrès du parti, moins de deux mois après le retrait de la chancelière. Cet événement marque son échec à assurer au sein de son parti une succession dans sa lignée politique et officialise la rupture entre la CDU et l'ère Merkel. Néanmoins, l'ancienne chancelière se voit proposer la présidence d'honneur de la CDU, qu'elle décline[134],[135],[136].
Après son départ du pouvoir, Merkel commence, aidée par sa collaboratrice de longue date Beate Baumann, l'écriture de sesmémoires, publiés le 26 novembre 2024 sous le titreLiberté : mémoires 1954-2021[137],[138].
Le 17 avril 2023, Angela Merkel reçoit des mains du présidentFrank-Walter Steinmeier la grand-croix de classe spéciale de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne. Alors que cette récompense a été attribuée à seulement deux de ses prédécesseurs, des personnalités, y compris au sein de son propre parti, jugent que cette distinction n'est pas méritée au vu de son bilan (ouverture des frontières lors de la crise migratoire de 2015, arrêt du nucléaire après la catastrophe de Fukushima, politique complaisante avec la Russie, etc.)[140].
Sévèrement critique envers le bilan des années Merkel, Wolfgang Münchau, ancien chroniqueur duFinancial Times, reproche à la chancelière d'avoir rendu l'économie allemande excessivement dépendante de l'industrie et des exportations, sans la diversifier suffisamment. Il affirme que les infrastructures et les services se sont considérablement dégradés au fil des années et que le pays accuse un retard important dans la transformation numérique. Selon lui, bien que l'Allemagne ait enregistré un excédent de PIB de 8% durant les dernières années d'Angela Merkel à la chancellerie, cet excédent a été majoritairement investi à l'étranger ou dans des secteurs en crise tel que celui de l'automobile, plutôt que dans les infrastructures ou les nouvelles technologies[141].
En janvier 2025, elle sort de son silence qu'elle maintenait depuis son départ de la chancellerie et qualifie d'« erreur » l'adoption de son parti d'une motion parlementaire visant à durcir la politique migratoire allemande grâce aux voix de l'Alternative pour l'Allemagne[142],[143],[144].
En octobre de la même année, elle laisse entendre dans un entretien que laPologne et lespays baltes portent une part de responsabilité dans laguerre en Ukraine. Ses propos provoquent une « critique quasi unanime », tant en Allemagne que dans les pays visés : l’ex-président du Conseil des ministres polonaisMateusz Morawiecki la qualifie de « l’une des personnalités politiques allemandes les plus nuisibles à l’Europe du siècle dernier » et l'eurodéputéRihards Kols traite ses déclarations de « révisionnisme historique »[145],[146].
Pendant sa carrière politique, Angela Merkel apparaît comme une dirigeante pragmatique. La journaliste Jacqueline Boysen, qui lui a consacré sa première biographie en 2001, indique :« Avoir vécu trente-cinq ans dans une dictature a rendu Merkel allergique à toutes les formes de carcans, et d'abord les carcans idéologiques. Elle considère que les idéologies aveuglent les hommes. Elle a vu par ailleurs qu'un système politique reposant sur une idéologie pouvait s'effondrer du jour au lendemain. Cela lui donne une très grande liberté pour aborder les problèmes, et c'est ce qui explique qu'elle soit capable de prendre des décisions qui surprennent tout le monde du jour au lendemain ». Volker Resing, un de ses autres biographes, poursuit :« Cette méfiance vis-à-vis des idéologies explique le très grand pragmatisme de Merkel. Ce n'est pas quelqu'un qui cherche à trouver des solutions, et l'attachement qu'elle a pour sa propre liberté la rend fondamentalement incalculable ».
Angela Merkel explique en 2004 que la valeur fondamentale qu'elle prône est la liberté :« permettre à un individu d'aller jusqu'où il peut aller, d'accomplir son propre potentiel, l'empêcher d'être à l'étroit et entravé. En termes politiques, disons qu’il s'agit de l'économie sociale de marché. C'est à mes yeux l'enjeu fondamental. Il s'agit de défendre un ordre économique et social-libéral dans l'ordre politique libéral de la démocratie »[41].
Angela Merkel s’affiche en opposante à l'antisémitisme en visitantBuchenwald en 2009,Ravensbrück en 2010,Dachau en 2013 et 2015 etYad Vashem à quatre reprises. En 2019 àAuschwitz, elle déclare :« Se souvenir du crime, nommer ses auteurs et honorer dignement les victimes est notre responsabilité […]. Et avoir conscience de cette responsabilité est au cœur de notre identité nationale »[147]. Elle dénonce également l'antisémitisme chez certains réfugiés arabes en Allemagne[148].
SelonLe Monde, dans un article datant de 2020, la CDU, sous la direction d'Angela Merkel, « est restée un parti centriste, parfois même beaucoup trop à gauche au goût de certains de ses membres, qui ont mal supporté que la chancelière suspende le service militaire obligatoire, décide de sortir du nucléaire, accueille un million de réfugiés et permette l’adoption d’une loi sur le mariage homosexuel »[149]. D'autres analystes constatent qu'Angela Merkel, dont les positions idéologiques se trouvent à gauche de son parti[150],[151], aurait transformé la CDU en un parti de gauche, « le meilleur SPD de tous les temps »[152], tant libéralement que socialement[153].
« Berechnung von Hochdruck-Geschwindigkeitskonstanten für Zerfalls- und Rekombinationsreaktionen einfacher Kohlenwasserstoffmoleküle und -radikale » (« Calcul des constantes de vitesse en haute pression dans les réactions de séparation et de recombinaison des radicaux et des molécules simples d'hydrocarbures »), Angela Merkel, Ilka Böger, Hans Joachim Spangenberg, Lutz Zülicke, dansZeitschrift für Physikalische Chemie, 1982, 263 (3),p. 449-460
« Berechnung von Geschwindigkeitskonstanten für den C-H-Bindungsbruch im Methylradikal » (« Calcul des constantes de vitesse pour la rupture des liaisons carbone-hydrogène dans les radicauxméthyles »), Angela Merkel, Lutz Zülicke, dansZeitschrift für Physikalische Chemie, 1985, 266 (2),p. 353-361
« Nonempirical parameter estimate for the statistical adiabatic theory of unimolecular fragmentation carbon-hydrogen bond breaking in methyl », Angela Merkel, Lutz Zülicke, dansMolecular Physics, 1987, 60(6),p. 1379-1393
« Evaluation of the rate constant for the SN2 reaction fluoromethane + hydride: methane + fluoride in the gas phase », Angela Merkel, Zdenek Havlas, Rudolf Zahradník, dansJournal of the American Chemical Society, 1988, 110(25),p. 8355-8359
Der Preis des Überlebens. Gedanken und Gespräche über zukünftige Aufgaben der Umweltpolitik (« Le Coût de la survie. Pensées et discussions quant aux devoirs futurs en matière de politique environnementale ») (pas de publication en français). Stuttgart 1997(ISBN3-421-05113-5)
Europa und die deutsche Einheit. Zehn Jahre Wiedervereinigung: Bilanz und Ausblick (« L'Europe et l'unité allemande. Dix ans après laréunification : Bilan et perspectives ») (pas de publication en français) Freiburg i.B. 2000(ISBN3-451-20140-2)
À ma façon : entretiens avec Hugo Müller-Vogg (titre original :Mein Weg), traduit de l'allemand par Véronique Médard, Paris, L'Archipel, 2006(ISBN2-84187-800-7)
Liberté : mémoires 1954-2021 (titre original :Freiheit: Erinnerungen 1954-2021) (coécrit avec Beate Baumann), traduit de l'allemand par Olivier Manonni et Corinna Gepner, Albin Michel, 2024(ISBN978-2-226-48389-8)
Aufestival Off d'Avignon 2022, Anna Fournier présenteGuten Tag, Madame Merkel[190] qu’elle a écrit et mis en scène. C’est l’histoire de cette politicienne « sans charisme », comme elle aime à se définir elle-même, devenue la femme la plus puissante du monde. Seule en scène, Anna Fournier y interprète Angela Merkel ainsi qu'une dizaine d'autres personnages (Otto von Bismarck,Helmut Kohl,Nicolas Sarkozy…).
Dans une série de livres (Les Enquêtes de Miss Merkel), écrite par l'écrivain allemandDavid Safier, la chancelière en retraite est mise en scène comme uneMiss Marple adepte de pâtisseries. Ses ouvrages sont paru aux éditions Kindler en Allemagne, et traduits aux éditions City. En 2024, la série comptait 3 livres. En 2023, la série est adaptée à la télévision allemande[191].
↑Augmentation du nombre de regroupements familiaux et des avantages économiques et sociaux accordés aux migrants.
↑Kramp-Karrenbauer est élue avec plus de 98 % des voix le, devenant la secrétaire générale la mieux élue de l'histoire de la CDU, et son discours se trouve plus applaudi que celui de la chancelière[120].
↑a etbChristophe Bourdoiseau, notre correspondant à Berlin (Allemagne), « Elections régionales : Angela Merkel, une dernière défaite avant la chute ? »,Le Parisien,(lire en ligne, consulté le).
↑« Après le revers en Hesse, Merkel ne sera pas candidate à sa réélection à la tête de la CDU »,Le Figaro,(lire en ligne, consulté le).
↑Thomas Wieder (Berlincorrespondant), « Législatives allemandes : Merkel affaiblie face à un paysage politique en grande partie inédit »,Le Monde.fr,(ISSN1950-6244,lire en ligne, consulté le)
↑IsabelleMissiaen, « À la une de l’actu ce mardi 27 juin… », surLe Point,(consulté le) :« L'Institut d'études politiques de Paris décerne ce mardi à l'ancienne chancelière allemande un doctorat honoris causa. Sciences Po, sur son site, indique vouloir ainsi « distinguer une femme d'État au parcours exceptionnel, l'une des personnalités politiques qui ont le plus marqué la construction européenne de l'après-guerre froide », citant son rôle dans les « relations franco-allemandes », dans la « coopération internationale », mais aussi « le rôle essentiel et exemplaire qu'elle a joué lors de la crise migratoire en 2015 ». »
Jean-PaulPicaper,Angela Merkel, une chancelière à Berlin : la première femme à gouverner l'Allemagne, Paris, J.-C. Gawsewitch éditeur,, 285 p.(ISBN978-2-35013-046-0).