Andreï Dmitrievitch Sakharov naît àMoscou le, d'un père russe, professeur dephysique, et d'une mère d'originegrecque. Son grand-père était unavocat renommé qui travaillait pour les droits de l'homme enRussie tsariste.
Sa famille vit avec tous ses proches, prodiguant un enseignement aux enfants dans leur grande maison deNijni Novgorod[1], au lieu de les envoyer à l'école. Ainsi son pèreDmitri Sakharov lui enseigne-t-il personnellement lesmathématiques et la physique, et fait des expériences avec lui. Il est ainsi élevé dans cette famille où la physique a déjà pris sa place avec son père auteur de plusieurs ouvrages devulgarisation. À l'âge de 12 ans, Sakharov entre pour la première fois à l'école.
En 1938, il intègre la faculté de physique de l'université d'État de Moscou, où il obtient son diplôme avec mention dès 1942.
À l'été 1943, il est envoyé au travail comme charpentier àKovrov. Il y découvre la dure vie des travailleurs et paysans soviétiques en milieu rural.
En, il est envoyé dans une grande usine demunitions du bassin de laVolga, où il travaille commeingénieur jusqu'en 1945.
Comparaison des boules de feu des bombes employées lors de tests d'armes nucléaires, laTsar Bomba en tête. Andreï Sakharov était contre un tel essai et n'a accepté de concevoir cette bombe (en réduisant sa puissance de100 à 57mégatonnes) sur la demande deKhrouchtchev que dans la perspective de contribuer à l'obtention d'un moratoire international sur les essais nucléaires par la suite.
Il termine sathèse de doctorat en 1948 et est intégré à un groupe de recherche dont la tâche est de développer lesarmes nucléaires sous la direction de Tamm. Le chef des services secrets,Béria, le contraint à délaisser larecherche fondamentale au profit du programme derecherche appliquée,Staline lui ayant confié cet objectif destiné à rattraper le retard sur les Américains[2] : Staline sait du président américainHarry S. Truman que ces derniers détiennent l'arme suprême depuis laconférence de Potsdam et qu'ils ont procédé à des tests.
La premièrebombe A soviétique, laRDS-1, est testée avec succès en 1949. Elle est conçue parIouli Khariton. Sakharov confesse dans ses mémoires qu'elle a été conçue avec les moyens du bord, l'Union soviétique ne disposant pas, au sortir de la guerre contre lesnazis, de l'infrastructure industrielle engagée par les Américains pour leprojet Manhattan. Ces recherches stratégiques sont engagées dans unsite militaire secret au périmètre ultra-sécurisé, dans lequel Sakharov va évoluer une vingtaine d'années. Le programme nucléaire bénéficie des informations fournies par les espions recrutés par leNKVD, commeKlaus Fuchs.
Dès 1950, Sakharov et Tamm sont les initiateurs des travaux soviétiques de recherche et de développement commandés sur la réactionthermonucléaire (préparation desisotopes d'hydrogène pour la production d'énergie électrique ou pour la production du combustible pour les réacteurs nucléaires). En 1953, ils inventent labombe à hydrogène soviétique. Jusqu'en 1962, leurs travaux seront utilisés pour la conception et la réalisation des futures armes nucléaires soviétiques.
Andreï Sakharov développe également les idées de base et teste le premiergénérateur magnéto-cumulatif à explosif.
En 1962, Andreï Sakharov prend conscience que lecomplexe militaro-industriel est devenu un pouvoir autonome en URSS et s'en inquiète. Il en a la preuve lorsque deux instituts de recherche atomique veulent faire exploser la même bombe, strictement identique sur le plan technique, pour des raisons liées à la concurrence interne (et non pas l'émulation) et l'attribution des crédits de fonctionnement ; Sakharov a de plus connaissance dudiscours de fin de mandat du présidentEisenhower, prononcé un an auparavant, et avertissant des dangers que peut représenter lecomplexe militaro-industriel, émergeant dans l'histoire des États-Unis.
Cette prise de conscience est considérée comme l'amorce de la posture critique ethumaniste de Sakharov en Union soviétique.
Illustration du renversement du temps au niveau de la singularité du Big Bang.
Une des motivations clef pour considérer des modèles cycliques vient de ce que, après un certain nombre de cycles, un univers à rayon de courbure quasi nulle émerge[10],[11].
Dans cesmodèles cosmologiques, il considère trois cas d'états initiaux : un univers plat avec uneconstante cosmologique légèrement négative, un univers à courbure positive avec une constante cosmologique nulle, et un univers à courbure négative avec une constante cosmologique légèrement négative[10]. Ces deux derniers modèles exhibent un renversement de la flèche du temps[11], que l'on peut résumer comme suit. Sakharov considère les temps t > 0 après la singularité initiale duBig Bang à l'instant t = 0 (qu'il nomme « singularité de Friedman » et note Φ), mais aussi les temps t < 0 avant cette singularité, en faisant l'hypothèse que l'entropie augmente quand on avance dans le temps avec t > 0, mais aussi quand on recule dans le temps avec t < 0, ce qui constitue un renversement du temps. Il n'y a pas d'interaction dynamique entre les régions à t > 0 et à t < 0. Il considère ensuite la possibilité que l'univers à t < 0 soit l'image par lasymétrie CPT de l'univers t > 0, mais aussi la possibilité que ce ne soit pas le cas, ce qui implique l'existence d'une charge CPT non nulle à l'instant t = 0. Sakharov considère aussi une variante où le point de renversement du temps ne se situe pas à la singularité de Friedman, mais à un point d'entropie maximal de l'univers.
Il propose ainsi la première théorie des univers jumeaux àflèche du temps opposée (symétrie T). Ses travaux en cosmologie ouvrent un nouveau champ de recherche sur un univers bimétrique à multiple feuillets où le « feuillet-ombre » (shadow world), peuplé d'antimatière, n'interagit pas avec l'univers visible sauf dans des conditions locales d'extrême densité.
En 1966, il critique publiquement les mesures prises parLéonid Brejnev contre lesdissidents. En 1967, il publie les troisconditions de Sakharov qui permettent de rendre compte de labaryogénèse. En 1968, il écritRéflexions sur le progrès, la coexistence et la liberté intellectuelle, texte imprimé et diffusé clandestinement (samizdat). Ce texte est publié en Occident[21].
Timbre russe à l'effigie du prix Nobel de la paix, par le designer Yury Artsimenev, 1991.
En 1974, il accorde un entretien à un journaliste canadien. Il est convoqué peu après au tribunal, où un procureur le sermonne sur ses agissements et l'avertit des conséquences de ses prises de position vis-à-vis de l'étranger, compte tenu ducontexte international dans lequel est engagée l'Union soviétique. En guise de réponse, Andreï Sakharov organise à Moscou uneconférence de presse en invitant les correspondants étrangers et prononce une phrase inédite : il entend avertir le monde des dangers que peut représenter pour lui une « URSSsurmilitarisée entre les mains d'unebureaucratie officielle d'État », forme que semble prendre le régime à ce moment.
Ses efforts lui valent leprix Nobel de la paix en 1975. Les autorités lui ayant interdit de quitter le pays pour aller chercher son prix, en lui refusant sonvisa, c’est son épouse qui lit son discours de cérémonie du prix Nobel, où il évoque l'intelligence extraterrestre[22]. Par deux fois dans sa prise de parole excusant l'absence de son mari lors de la remise du prix, elle évoque « l'étrangeté » des autorités de son pays, privant ses concitoyens de la liberté de traverser les frontières[23].
Son engagement en faveur des accusés pour opinions politiques devient gênant pour lesapparatchiks. Le jour même où Elena Bonner reçoit le prix Nobel pour son mari àOslo, ce dernier est àVilnius pour assister dans ses droitsLéonide Pliouchtch, mathématicien et biologiste accusé, lors d'un procès qui serait resté àhuis clos sans sa présence[24]. Une fois Sakharov arrivé au tribunal, on apprend que la séance est ajournée parce que le juge est malade.
En 1975, Sakharov publieMon pays et le monde[25], qui est traduit à l’étranger. Il y dénonce larépression en URSS et une société qui « ignore lajustice sociale ». Il décrit la « bureaucratie du Parti » comme une « couche sociale » disposant de nombreux privilèges. Sakharov définit la société soviétique comme une « société decapitalisme d'État », ajoutant que « mille autres que [lui] partagent ce point de vue, à l’étranger comme en URSS — [là], bien sûr, le plus souvent en catimini »[26].
Immeuble du quartier à la périphérie de Scherbinki, à Nijni Novgorod (Gorki), dans lequel Andreï Sakharov et Elena Bonner vécurent leur exil surveillé de 1980 à 1985. Son appartement est devenu aujourd'hui un musée.
À la suite de critiques dirigées contre les autorités de son pays à la fin de 1979, ses privilèges et ses fonctions lui sont retirés ; il est déchu de ses distinctions honorifiques obtenues en tant que père de la bombe H soviétique ; l'URSS s'est engagée alors dans laguerre d'Afghanistan. Il est arrêté à Moscou en pleine rue le et, sans procès,assigné à résidence dans laville fermée deGorki où il est étroitement surveillé par leKGB de 1980 à 1986. Survient alors un vaste mouvement de soutien, en particulier dans les milieux scientifiques internationaux[27].
Ce type d'exil est unexil interne ; Sakharov est tenu à l'écart des centres de pouvoir du pays,a fortiori des étrangers. La ville de Gorki (elle a retrouvé aujourd'hui son nom ancien de Nijni Novgorod) est située à 400 km à l'est de Moscou dans l'oblast de Nijni Novgorod, non loin du centre ultra-secret où il avait auparavant développé la bombe H des années durant.
Il n'a pas le droit de téléphoner, de recevoir de visites ou de courrier de l'étranger (même pas de sa famille), mais peut recevoir desjournaux scientifiques qui lui sont remis de la main à la main. Il est filmé en permanence. Elena Bonner, son épouse, seul lien avec le monde, permet de garder le contact avec sa famille et ses amis par ses voyages réguliers à Moscou, non sans conséquence pour leur santé à tous deux. Elle se charge d'envoyer des télégrammes (de manière clandestine) informant le monde de ses prises de position. Mais après deuxinfarctus, elle doit cesser cette activité et Sakharov se retrouve tout à fait isolé pendant plusieurs années. Sakharov, malgré son état de santé faible, entreprend, le, unegrève de la faim pour obtenir qu'on laisse sa femme aller se soigner à l'étranger. Dans ses mémoires, il mentionne que leur appartement à Gorki a fait l'objet à plusieurs reprises de perquisitions et de cambriolages.
Dès le début de sa relégation à Gorki, Sakharov déclare qu'il est « prêt à un procès public et ouvert » et qu'il refuse l'« exil doré », ce qu'il n'obtiendra pas. Leprésidium de l'Académie des sciences, tout en condamnant les positions politiques de Sakharov, refusera cependant de l'exclure de ses rangs (par respect scientifique ou par prudence, pour ne pas créer de précédent : même pendant les plus cruelles années de larépression stalinienne, aucun membre de l'Académie des sciences n'a été exclu). Seizeintellectuels soviétiques ont le courage de prendre sa défense dans une lettre ouverte. Ils rappellent que :
« Le nom de Sakharov « est synonyme de noblesse, de courage et d'humanité. En tant que savant célèbre, penseur et citoyen du monde, il incarne les meilleures qualités de l'esprit national russe : bonté, sens du sacrifice, partage des souffrances d'autrui, refus du mensonge et de l'arbitraire »[28]. »
Sakharov entreprend la rédaction de ses mémoires, dont le contenu entre forcément, pour les autorités, dans le domaine dusecret d'État, compte tenu de ses travaux d'après-guerre ; ils lui sont dérobés. Il entreprend donc de les réécrire, avec l'aide d'Elena Bonner pour reconstituer le chapitrage des800 pages de ce manuscrit. On les lui vole une seconde fois en les escamotant de ses mains directement dans sa voiture, après l'utilisation d'ungaz innervant. Tenace, Andreï Sakharov en entreprend une troisième rédaction[29].
L'Occident s'inquiète de la disparition, non expliquée par les autorités, de Sakharov. Ce dernier effectue deuxgrèves de la faim « dures », la deuxième sans que l'information ne filtre, parce que sa femme a été arrêtée et qu'il exige la permission pour elle de se rendre aux États-Unis pour une chirurgie cardiaque. Il est hospitalisé et nourri de force. Le documentaire paru en 2010 et fondé sur des archives déclassifiées indique qu'il a fait l'objet du programme depsychiatrie répressive destiné à briser les dissidents[30].
LeKGB fait passer à l'ouest une vidéo dedésinformation où une infirmière de l'hôpital où Sakharov est traité s'étonne des rumeurs propagées à l'étranger selon lesquelles il aurait fait l'objet de mauvais traitements et s'indigne de ces allégations dans des propos lénifiants en vantant le professionnalisme des interventions dans son établissement[31].
Il reste à l'hôpital jusqu'en octobre 1985, date à laquelle sa femme est autorisée à se rendre aux États-Unis où elle subit son opération cardiaque, puis retourne à Gorki en.
La nouvelle politique deglasnost amène le nouveau pouvoir soviétique à décider de la fin de son exil en décembre 1986. L'anecdote concernant l'annonce de la fin de son exil est révélatrice : en pleine nuit, deux agents du KGB sonnent à sa porte, accompagnés de deux employés du téléphone réveillés dans l'urgence, pour installer un poste chez lui. En guise de test de raccordement, l'appareil sonne et c'estMikhaïl Gorbatchev, à l'autre bout du fil, qui lui annonce qu'il peut revenir à Moscou, et « Bonner » aussi. Andreï Sakharov lui répond qu'il s'agit de son épouse.
Ce nouveau cénacle est le lieu d'un affrontement politique entre les partisans d'unconservatisme et lesprogressistes réclamant des réformes. Les conservateurs tentent de le déstabiliser, en dénonçant ses allégations selon lesquelles des officiers de l'Armée rouge auraient reçu des directives d'achever les soldats russes tombés des hélicoptères de combat enAfghanistan, afin d'éviter leur capture par lesmoudjahidin. Ces déclarations seraient indignes de la charge d'un député.
Dans sa réponse, Sakharov réplique quecette guerre lancée contre une population voisine, décidée par un système politique sans responsable blâmable, est une honte pour la nation et qu'elle a déjà causé la mort d'un million d'Afghans.
En décembre 1988, Sakharov se rend enArménie et enAzerbaïdjan pour une mission d'enquête[32]. Il conclut : « Pour l'Azerbaïdjan, la question duKarabakh est une question d'ambition, pour lesArméniens du Karabakh, c'est une question de vie ou de mort »[33].
Une scène extraordinaire a alors lieu auparlement soviétique, peu avant la disparition de Sakharov, qui semble faire trembler le promoteur de laglasnost qu'estMikhaïl Gorbatchev : il réclame l'abrogation de l'article 6 de laConstitution de l'URSS, sur la base duquel est instauré le régime departi unique. Gorbatchev répond que cela n'est pas envisageable et qu'il ne saurait pas lui-même comment on peut faire cela. S'ensuit un échange où le maître duKremlin, effaré, tente d'éteindre la polémique, les sessions du parlement étant retransmises à la télévision nationale.
Peu de temps avant sa mort, Andreï Sakharov fonde l'associationMemorial, luttant pour la reconnaissance des camps de travail forcé ouGoulag en Russie et à l'étranger.
Sa popularité était devenue immense, en raison de laliberté d'expression dont il avait pu bénéficier à partir de 1988 et de sa notoriété publique. Il emporte avec lui un projet deconstitution pour l'URSS basé sur lesdroits de l'homme, document qu'il aura rédigé, annoté et révisé jusqu'à ses derniers jours.
Les cortèges accompagnant ses funérailles illustrent non seulement cette popularité mais aussi l'espoir de réformes attendues par la population de l'Union soviétique, touchée par le trublion politique qui, non content d'avoir résisté à la brutalité des méthodes des services secrets, a usé de toute sa liberté d'opinion à compter de son retour d'exil face à laphraséologie delangue de bois des tenants du régime. Andreï Sakharov ne s'est jamais laissé intimider et ses surenchères laissaient apparaître un vif esprit dénué de toute affiliation partisane, singularité en regard de laNomenklatura que la population de l'URSS ne manqua pas de relever.
TV 1984 :Sakharov: le personnage y est interprété parJason Robards.
Сахаров. Две жизни (Sakharov, deux vies) est un film russe de 2021, dans lequel Alexei Usoltsev joue le rôle du physicien meneur du programme atomique militaire soviétique qui prend conscience des problèmes moraux de l'application de ses travaux, puis de l'auteur deRéflexions sur le progrès, la coexistence et la liberté intellectuelle et son engagement pour les droits de l'homme (2e partie, 1966-1989).
Leprix Sakharov est créé en 1988 par leParlement européen pour honorer les personnes ou les organisations qui ont consacré leur existence à la défense desdroits de l'homme et des libertés. C'est le plus grand hommage aux efforts des droits de l'homme décerné chaque année par l'Union européenne à « ceux qui portent l'esprit du dissident soviétique Andreï Sakharov »[40].
Le prix Andreï-Sakharov pour le courage civique des écrivains est créé en octobre 1990[42].
En 2004, avec l'approbation de son épouse Elena Bonner, un prix Sakharov annuel du « journalisme en tant qu'acte de conscience » est créé pour les journalistes et les commentateurs en Russie. Financé par l'ancien dissident soviétiquePyotr Vins, le prix est administré par laGlasnost Defence Foundation à Moscou[43].
À Moscou, unmusée, un centre de recherche et une avenue sont nommés d'après Sakharov ; àSaint-Pétersbourg, une place est nommée d'après Sakharov avec un monument à sa mémoire ainsi qu'un parc qui porte son nom ; àNijni Novgorod, un musée Sakharov est installé dans l'appartement de la grande maison où la famille Sakharov a vécu pendant sept ans[1] ; en 2014, son monument est érigé près de cette maison.
Dans sa chanson « Le Chanteur de l'Occident », le chanteur et journalisteJean-Pax Méfret lui rend hommage : « Je chante pour Sakharov / et contre les tyrans / qui lancent leursAntonov / sur lepays afghan »
↑traduction: A Multisheet Cosmological Model, inCollected Scientific Works, (1982), p. 105–114 ; On trouve la mention du titre original avec la date 1969 dansSakharov Remembered: A Tribute by Friends and Colleagues, American Institute of Physics (1991).
↑La vidéo est entrecoupée de scènes où on tend à Sakharov, filmé à son insu, ce qui semble être un magazine de programmes de télévision figurant la star Michael Jackson sur la jaquette. Le document est ostensiblement montré de manière qu'on puisse y voir la date.
(en)Autobiographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)