Pour les articles homonymes, voirGlucksmann.
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| Activités | Philosophe,essayiste,écrivain,politologue, thinker |
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| Mère | Martha Kessler Glucksmann(d) |
| Conjoints | Christine Buci-Glucksmann(de à) Françoise Villette(d)(à partir de) |
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Discours de la guerre La Cuisinière et le mangeur d’hommes Les Maîtres penseurs Silence on tue |
André Glucksmann, né le àBoulogne-Billancourt (Seine) et mort le àParis 10e, est unphilosophe etessayistefrançais proche de l'extrême gauchemaoïste au début de sa carrière, devenant néolibéral à la fin.
En effet, engagé dans sa jeunesse dans lemaoïsme, il est ensuite associé au courant dit des « nouveaux philosophes » et évolue progressivement vers une positionatlantiste etnéolibérale.
Il est le père de l'essayiste et homme politiqueRaphaël Glucksmann.
Joseph André Glucksmann naît le àBoulogne-Billancourt[1], dans une famillejuiveashkénaze. Sa mère, Martha Bass (1903-1973) est née àPrague, dans ce qui était alors l'Empire austro-hongrois. Son père,Rubin Glucksmann (1889-1940), originaire deCzernowitz, au nord de laBucovine, région alors austro-hongroise puisroumaine (actuellement enUkraine), a combattu pendant laPremière Guerre mondiale dans l'armée austro-hongroise[2],[3],[4]. Tous deuxmilitantssionistes degauche, ils choisissent, indépendamment l'un de l'autre, d'émigrer enPalestine mandataire au cours desannées 1920[5][6]. Martha travaille un temps dans unkibboutz, qu'elle quitte désabusée[7] pour revenir àJérusalem où elle trouve un emploi de cuisinière. C'est alors qu'elle rencontre celui qui deviendra son époux[8], qui travaille comme ouvrier à la construction de routes. Déçus par le sionisme, les deux jeunes gens adhèrent en 1923 auParti communiste palestinien[9][2]. Leurs filles Eliza et Miriam naissent à Jérusalem en 1924 et 1928. Vers la fin de la décennie, Rubin est recruté par les services secrets soviétiques, et dès 1930, sur ordre duKomintern, le couple quitte la Palestine pour s'installer àHambourg[2]. Sa situation devient dangereuse après la prise du pouvoir par les nazis en 1933. En 1935, apprenant qu'ils sont recherchés par laGestapo, les Glucksmann s'enfuient en France et s'installent àBoulogne-Billancourt[10]. Rubin est à présent employé par la Wostwag, une société écran du Komintern, dont l'une des activités principales est de fournir du matériel auxRépublicains espagnols[10],[11][2],[6]. Le, Martha met au monde un garçon, que ses parents prénomment André Joseph, en hommage àEtkar Josef André (de), cadre dirigeant d'origine juive duParti communiste d'Allemagne (KPD), décapité quelques mois plus tôt à Hambourg et dont le nom vient d'être donné au troisième bataillon desBrigades internationales en Espagne[12],[13]. Peu après cette naissance, Rubin part travailler à Londres, tandis que Martha reste en France pour permettre à leurs filles d'y poursuivre leur parcours scolaire. L'historien Sebastian Voigt décrit la fonction de Rubin à Londres comme revêtant une grande importance pour l'Union soviétique[14]. Dès le début de laSeconde Guerre mondiale, Rubin est arrêté comme« étranger ennemi » et interné comme beaucoup d'autres immigrants par les autorités britanniques, mais libéré le[15]. Le, il est de nouveau arrêté, cette fois pour espionnage, et envoyé dans un camp près de Londres[16],[2]. Il meurt le dans le naufrage duSSArandora Star qui l'emmenait au Canada pour y être interné comme« agent ennemi »[6]. Après l'invasion de la France par l'armée allemande et l'occupation de la zone nord, Martha Glucksmann gagne lazone libre avec ses trois enfants et rejoint laRésistance[14]. Après la guerre, elle se remarie avec Paul Kessler, un cadre duParti communiste d'Autriche, et reste jusqu'à sa mort en 1973 étroitement liée au Parti communiste[17]. Cette histoire est racontée dans un documentaire de Steve Jourdin diffusé en janvier 2026[18],[19],[20].
Le jeune André suit des études secondaires aulycée scientifique et technologique La Martinière à Lyon. Dès 1950, en falsifiant son âge, il adhère à l'Union de la jeunesse républicaine de France[21],[22]. Au cours des années suivantes, il y côtoieraRaymond Bellour,Jean-Jacques Brochier etGeorges Valero.Élève d'hypokhâgne puis de khâgne aulycée du Parc[réf. nécessaire], il participe, avec d'autres lycéens et étudiants lyonnais, à la rédaction du journalPartis pris, dans lequel il publie des poèmes[23]. En 1956, il milite à l'Union des étudiants communistes (UEC), qui vient d'être créée. Il y défend, au nom du cercle des élèves communistes des classes préparatoires dulycée Henri IV, une position « dissidente », demandant que l'UEC soit indépendante du parti et ne s’aligne pas nécessairement et par principe sur ses positions. Quelques mois plus tard, il en sera exclu.
Entré à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en 1957, il y rencontreChristine Lecocq-Buci, qu'il épouse le. Ils divorcent officiellement en. En, André épouse Françoise Villette[24], avec laquelle il a un fils,Raphaël Glucksmann.
Reçu à l'agrégation de philosophie en 1961, il est nommé professeur aulycée de jeunes filles Juliette-Récamier, àLyon[25], où il enseigne quelques années.
En, il achève un essai sur le western, qui paraît deux ans plus tard sous le titre « Les aventures de la tragédie » dansLe Western. Approches, mythologies, auteurs, acteurs, filmographies, recueil publié sous la direction de son camarade Raymond Bellour dans la collection 10/18.
En 1966, il entre comme attaché de recherches auCentre national de la recherche scientifique (CNRS). Au cours des deux années suivantes, il suit de manière plus ou moins régulière les séminaires deJacques Lacan et deRaymond Aron.
Dans le numéro de desTemps modernes, il publie, sous le titre « Un structuralisme ventriloque », une analyse très critique des travaux deLouis Althusser surMarx.
En décembre de la même année, alors qu'il est assistant de Raymond Aron à laSorbonne, il publie auxéditions de L'HerneLe Discours de la Guerre, « mélange de philosophie, de stratégie militaire, de dissuasion nucléaire et de théorie des jeux », selon la description qu'il en donne vingt ans plus tard. L'auteur, encore inconnu, est « adoubé » par Jacques Lacan au cours de son séminaire du[26]. Le livre, tiré à peu d'exemplaires[27], fait en outre l'objet d'une recension très élogieuse dansLe Monde du suivant sous la plume d'André Fontaine, chef du service de politique étrangère. Il est réédité en 1974 dans la collection 10/18 avec une préface deJeannette Colombel.
Militant maoïste entre 1968 et 1974, et ardent défenseur de larévolution culturelle chinoise, il s'oppose physiquement aux militants duParti communiste français, qu'il qualifie derévisionnistes bourgeois, au sein du mouvement de laGauche prolétarienne (GP), rejointe début 1969[réf. nécessaire].
En, André Glucksmann a trente ans. Les événements qui vont marquer ce printemps, il les suit, au moins dans un premier temps, avec un certain détachement, comme il l'explique plus tard à son fils, étonné de l'entendre dire qu'il a « croiséMai 68 par amour » (pour Françoise Villette-Renberg) et non « pour la révolution » :
« La lutte finale ? Je pensais avoir donné adolescent. Comme en témoignait mon honorable exclusion des rangs communistes en 1956 […] Mai 68. Depuis quelques jours, les étudiants jouent aux gendarmes et aux voleurs dans les rues de Paris, je les regarde s'ébrouer de loin. Voilà quelques années, j'ai quitté leur cour de récréation. Mon premier livre,Le Discours de la guerre, vient de sortir. […] Les mathématiciens du CNRS et les généraux de l'École de guerre apprécient. Je m'engueule, courtoisement, avec Raymond Aron sur les prouesses de son amiMcNamara auVietnam. Je bois des coups avecBarthes et Lacan m'adoube. Althusser m'offre d'expliquer « mon »Hegel à son séminaire. Une brillante carrière universitaire s'annonce. J'ai les cheveux ni trop longs ni trop courts, je m'habille chez Lassance, le jour des soldes, et la révolution m'ennuie. Mais rien n'est jamais acquis et le coup de foudre ne se décrète pas. […] Une Salomée en Levis ettee-shirt me tire par la main. Elle dit : « Tu viens ou pas ? », insiste : « Si c'est non, c'est fini. » Je la suis[28]. »
Dans les semaines qui suivent, il collabore, de manière anonyme, à la rédaction du journalAction, que le journalisteJean Schalit, ex-dirigeant exclu de l'Union des étudiants communistes (UEC) a créé dès le début de mai, avec Jean-Claude Dollé etJean-Marcel Bouguereau, et dont le premier numéro, sorti le, lançait un appel à la grève générale et à l'insurrection[29].
Au mois de juillet, il fait paraître chezChristian Bourgois un essai intituléStratégie et révolution en France 1968, dans lequel il soutient que jamais depuis un siècle un mouvement n'avait ressemblé d'aussi près à celui que Marx avait en tête en 1848[30],[31]. À l'instar d'Alain Krivine, qui dénonce « la trahison du PCF et du PS »[32], il explique l'échec du mouvement par l'absence d’une force organisée[33].
À l'automne 1968, parmi les étudiants qui avaient érigé en juin une barricade devant l'usine Renault de Flins[34],[35], un groupe mené parGuy Hocquenghem rompt avec le courant majoritaire de laLigue communiste révolutionnaire d'Henri Weber etDaniel Bensaïd, les deux auteurs deMai 68, une répétition générale[36],[37], pour former plutôt une « 3e tendance »[38] : ils sont aussi contre celle des « esthètes de la révolution », visant en particulier les frèresDaniel etGabriel Cohn-Bendit[38], et pour « la rigueur organisationnelle fondée sur l’autodiscipline et l’exigence militante »[38]. Cette tendance groupe « spontanéiste et mouvementiste »[39] inclut aussi Marc Hatzfeld, Michel Besmond, André Glucksmann[39] et surtout sa compagne Françoise Renberg, qui s'oppose vigoureusement[37] au projet d'adhérer à laQuatrième Internationale trotskyste[36].
AvecMichel Andrieu,Renan Pollès,Patrick Meunier etJacques Kébadian, Françoise Renberg-Villette fait partie des étudiants de l'IDHEC qui ont filmé laGrève des mineurs français de 1963[40]. DevenuAtelier de Recherche Cinématographique ce groupe a tourné quatre films avant et pendantMai 68[40], au moment où Jeannette Colombel, la mère de Françoise, quitte le PCF[41]. Avec Serge July et Michel Fontaine[41] et se disant « gauchiste », pas « maoïste »[41], Françoise Renberg codirigera à partir de 1970 avec André Glucksmann le journalJ'accuse, couplé àLa Cause du peuple[42].
La Gauche prolétarienne est fondée en[43], après cinq mois de discussion, parBenny Lévy,Robert Linhart[43], ex-leader de l'UJCMLF (scission maoïste de l'UEC en 1967),Serge July etAlain Geismar, deux militants deMai 68 partis passer l'été à Cuba, où ils ont écrit le livreVers la guerre civile[43],[44]. Déçue de l'échec deMai 68, cette GP a réuni en janvier une « assemblée nationale ouvrière »[45] avec des « établis » maoïstes en entreprise, pour remplacer la ligne de « construction d'une CGT de lutte de classe » du PCMLF, qui militait à la CGT[45] par un « combat contre les syndicats » en fondant des « comités de base ».
Les cercles parisiens de cette « 3e tendance » sont dissous et les militants exclus de la JCR lors d’une assemblée générale à l’École de médecine au début de 1969[38], sauf Marc Hatzfeld et Françoise Renberg-Villette[36], qui participeront au congrès de fondation de laLigue communiste à Manheimdu 5 au[36]. Certains rejoindront laGauche prolétarienne et d'autres commeGuy Hocquenghem aller écrire dansTout ![36], journal deVive la révolution, dirigé parRoland Castro etTiennot Grumbach[36] puis créer leFront homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR).
Dès, àla Sorbonne, une assemblée générale est pilotée par un « comité d'action », mené parJean-Marc Salmon et André Glucksmann[46], dans le sillage du numéro de novembre du journalAction[46], pour dénoncer les conditions de recrutement duCentre universitaire de Vincennes qui doit ouvrir dans deux mois sur un ancien terrain militaire[46]. Au moment des violences de à Vincennes, Glucksmann et son ami Jean-Marc Salmon créent le premier de ces « comités de base » auCentre universitaire de Vincennes.
André Glucksmann y enseigne « l'Écriture politique »[47] tandis que sa belle-mère Jeannette Colombel, recrutée parMichel Foucault lors d'un jury de thèse deGilles Deleuze, professe surNihilisme et contestation[47]. Ce « comité de base » permet de déborder les fondateurs locaux de laGauche prolétarienne[48], des spécialistes de l'auteurJacques Lacan commeJean-Claude Milner etGérard Miller[48]. Un après-midi, il mène l'assaut d'une cinquantaine de militants dans le cours d'Henri Weber, maitre assistant en philosophie et dirigeant d'un groupe gauchiste rival[48], intituléÀ quoi pense Mao ? car consacré aux relations sino-soviétiques de 1928[37]. Les maoïstes de Vincennes « mimaient la guerre prolongée du peuple » contre la police, le conseil d'Université et la police, se souvient Henri Weber[37].
Parmi les autres actions du trio constitué de Jean-Marc Salmon, André Glucksmann, et Jean Paul Dollé, l'humiliation d'un étudiant d'extrême-droite entièrement déshabillé et recouvert de ketchup[49], ce qui amèneAndré Gisselbrecht, maitre-assistant à Vincennes dès son ouverture en 1969 et qui y terminera sa carrière comme maître de conférences, à les traiter de« gauchistes-fascistes » dansL'Humanité[50] et à être en retourinterdit de séjour dans les assemblées générales.
Le comité de base est violemment opposé aux élections: les urnes sont jetées dans un bassin vide lors des élections universitaires[51] et une semaine plus tard c'est un jeune reporterd'Europe 1,Ivan Levaï, qui y est précipité à son tour[52],[53].
En juin 1969 aussi, André Glucksmann publie auCentre universitaire de Vincennes la revueRévolution culturelle, avecJean-Paul Dollé et Jean-Michel Gérassi[54]. Le seul numéro sorti est « fondé sur un malentendu » entre ceux, menés par Glucksmann, qui donnent au titre le sens de « révolution politique » dans « la mouvance de ce qui se passait en Chine », et ceux pour qui « c'était révolutionner soi-même », se souvient Gérassi, qui au mois d'octobre suivant publie avecGuy Hocquenghem un supplément à la revue titréFaire la Révolution, puis en un supplément au journalLe Paria, titréChanger la vie, Faire la révolution, queGuy Hocquenghem republie dansL'Après-mai des faunes[55]. Moins d'un an plus tard, dans une lettre manuscrite de, Sartre donne à John « Tito » Gerassi, l’assurance de l'exclusivité pour desEntretiens en vue de publier sa biographie[56].
Au même moment, la future belle-mère d'André Glucksmann, la philosopheJeannette Colombel[57], va chercher son amiJean-Paul Sartre pour créer leSecours rouge (France) et soutenir le lancement du mensuelJ'accuse, confié en à sa fille Françoise Villette, à André Glucksmann et au leader maoïsteRobert Linhart.
Des rapports des Renseignements généraux des 6 et 7 témoignent de l'activisme d'André Glucksman à la fin desannées 1960, en indiquant que« le groupe de laGauche prolétarienne vient d’entreposer un stock important de grenades fumigènes dans un local dubâtiment C de la faculté. Afin de juger de la puissance et des effets de ces engins,Jean-Marc Salmon et André Glucksman ont procédé […] vers14 h 30 à une première expérience […] et fait exploser trois grenades dans un terrain vague situé derrière le restaurant nord du centre universitaire »[58]. Ils« estiment que ces armes pourront leur être d’une grande utilité lors d’éventuelles manifestations violentes ». Le lendemain, un autre rapport précise que« des militants d’obédience maoïste s’entraînent régulièrement à la technique du combat de rue à l’aide de longs bâtons dans la salle d’éducation physique du centre universitaire expérimental de Vincennes »[58].
Le, alors qu'Alain Geismar est emprisonné, André Glucksmann prend la direction du nouveau journalJ'accuse (mensuel), conçu pour accompagner la relance duSecours rouge par Jeannette Colombel, avec le soutien deJean-Paul Sartre. Glucksmann le codirige avec sa compagne Françoise Renberg etRobert Linhart, apprécié par les lecteurs, mais affaibli par son service militaire dans lescommandos de marine[59]. Le journal devient, le,J'accuse (mensuel)-La Cause du peuple, au moment dela série d'escarmouches chez Renault qui mèneront à la mort dePierre Overney en[43]. Cette fusion provoque le départ deGuy Lardreau etMarin Karmitz, les artistes déplorant l'influence des maoïstes.
Dans un article de mai 1972 dans la revueLes Temps modernes, André Glucksmann qualifie la France de « dictaturefasciste »[60]. Au même moment sort le numéro du deJ'accuse sur l'affaire de Bruay-en-Artois, très éloigné de la prudence de la presse régionale[61]. Quinze ans plus tard, Jacques Theureau est accusé de s'en être occupé avecSerge July, qui couvrait aussi l'affaire dans son journal nordistePirate[61], etFrançois Ewald, professeur de philosophie au lycée de la ville[61]. En colère, Sartre exige un article prenant ses distances avec le précédent, titré « tribunal populaire ou lynchage ? » d'un innocent[43], publié dans le numéro suivant, aux côtés de la réponse signéeLa Cause du Peuple[62]. Malgré ce dérapage,La Cause du peuple continue de couvrir l'affaire sur un mode« encore plus brutal, plus accusateur »[63], avec un photomontage et une plaque commémorative disant que la victime a« été assassinée par la bourgeoisie de Bruay », et en présentant les violences verbales sur place comme spontanées, nées de la« volonté du peuple »[61].
Le, André Glucksmann, auquel son amiMaurice Clavel a fait découvrir depuis peuAlexandre Soljenitsyne et sonArchipel du Goulag, publie dansLe Nouvel Observateur un article titré : « Le marxisme rend sourd ». Le suivant, dans une émission littéraire de l'ORTF, il apostrophera violemmentFrancis Cohen, ex-correspondant deL'Humanité à Moscou, qui lui décrit la déstalinisation opérée en 1956 parNikita Khrouchtchev sans consulter Mao Tsé-Toung[64]. Il évoque alorsL'Archipel du Goulag.
En 1975, il fait paraîtreLa Cuisinière et le Mangeur d'hommes, dans lequel il établit un parallèle entre lenazisme et lecommunisme et qui se vend à 20 000 exemplaires en un an, incitant deux autres leaders de laGauche prolétarienne,Christian Jambet etGuy Lardreau à publier à leur tourL'Ange. Ontologie de la révolution, écoulé à 15 000 exemplaires en 1976[65].
Dans les premières pages du livre, l'auteur évoque sa rencontre avec les parents dePierre Overney, mais sans exprimer de regret concernant la situation qui a mené à sa mort[66].
André Glucksmann a situé sa rencontre avec le leader gauchiste allemandJoschka Fischer[67], colocataire àFrancfort de son ami procheDaniel Cohn-Bendit, « après l'auto-dissolution » de laGauche prolétarienne, le. Mais il a aussi évoqué la date de « probablement en 1972 »[68], tandis que Daniel Cohn-Bendit a évoqué ses visites fréquentes. Le récit de cette rencontre « pour discuter des gauches françaises et allemandes » sera réédité parDie Zeit en 1986 et traduit par Telos, revue de la Nouvelle gauche américaine[69]. André Glucksmann a gardé un souvenir enthousiaste de Fischer et revient à Francfort en 1977, l'année où il va aider à se cacher en France l'ex-terroriste repentiHans-Joachim Klein[43],[70], avec l'aide d'Olivier Rolin etJacques Rémy. Klein est extradé en 1998 et condamné à 9 ans de prison en Allemagne.
André Glucksmann rompt avec lemarxisme lorsqu'il devient le pilier desnouveaux philosophes en publiantLes Maîtres penseurs le puis en militant en faveur des dissidents soviétiques et des opposants des États satellites de l'URSS. Le, l'émission littéraire de Bernard Pivot est consacrée à ces « nouveaux philosophes », avec un thème polémique :« Les nouveaux philosophes sont-ils de droite ou de gauche ? ». Le mouvement s'est fait connaître quelques mois plus tôt, lorsque Bernard-Henri Lévy, 28 ans, l'incarne dansLes Nouvelles littéraires[71].« Les nouveaux philosophes : coup de poker, un coup de marketing intellectuel, ou est-ce au contraire une sorte de révolution culturelle spontanée ; est-ce de la poudre aux yeux, ou bien une approche intelligente, originale, de la vérité ? », présente Bernard Pivot, selon qui l'émission fit couler beaucoup d'encre et rendra définitivement célèbres BHL et Glucksmann[71].Xavier Delcourt etFrançois Aubral, auteurs d'un essaiContre la nouvelle philosophie, le jugent plus ouvert au dialogue queBernard-Henri Lévy. André Glucksmann appela aussi bien les deux auteurs que son ami Bernard-Henri Levy à arrêter la spirale des invectives. À ce dernier il dit ainsi :« toi aussi Bernard-Henri Levy, tu en as un peu trop fait ».
Ses livres suscitent la critique de certains intellectuels de gauche, notamment dans la revueActes de la recherche en sciences sociales que dirigePierre Bourdieu. Dans une longue note critique consacrée àLa Cuisinière et le mangeur d'hommes, le sociologueClaude Grignon dénonce par exemple le discours« sans queue ni tête » et les« faux paradoxes » d'un« révolutionnaire conservateur », qui« met l'est à la place de l'ouest, la gauche à la place de la droite, la droite à la gauche de la gauche […], transforme les révolutions victorieuses en révolutions manquées et les révolutions manquées (la Commune) en révolutions réussies »[72].
Intervenant quelques heures avant la prise deSaïgon par les maquisards du Front national de libération du Sud Viêt-Nam, l'évacuation de l'ambassade des États-Unis en 1975 marque la fin de la guerre. LeViêt Nam réunifié en 1976 sous l'appellation de République socialiste étend le système àparti unique du nord sur l'ensemble du pays, provoquant le départ clandestin de centaines de milliers de Vietnamiens. En, André Glucksmann,Jean-Paul Sartre etRaymond Aron prennent l’initiative de lancer une opération de sauvetage,« Un bateau pour le Vietnam », en faveur de ceux qui fuient ce pays à bord de bateaux de fortune, lesboat-people. La réunion des deux anciens camarades d'études longtemps ennemis en politique sera immortalisée sur un cliché pris le sur le perron de l'Élysée par le photographe Richard Melloul[73],[74]. Invité de l'émissionApostrophes, après la mort de Jean-Paul Sartre, survenue le, l'anticolonialiste viscéral qu'est resté Glucksmann compare les combats du philosophe contre la guerre d'Algérie à ceux deSoljenitsyne pour les libertés en URSS[75].
Lors de l'élection présidentielle de 1981, André Glucksmann etBernard Kouchner apportent leur soutien à la candidature deMarie-France Garaud[76], ex-influente conseillère du président Georges Pompidou, qui dispute les voix gaullistes àJacques Chirac, finalement éliminée dès le1er tour.
En1985, alors qu'un certain nombre d'intellectuels et responsables politiques français, parmi lesquelsJean-François Revel,Olivier Todd,Emmanuel Le Roy Ladurie,Pierre Daix,Alain Besançon,Pierre Rigoulot,Bernard Stasi,Jacques Chaban-Delmas, Jacques et Claudie Broyelle ainsi queBernard-Henri Lévy, apportent leurs signatures à une pétition appelantRonald Reagan à persévérer dans son soutien auxContras duNicaragua, André Glucksmann exprime son désaccord dans l'émissionDroit de réponse, considérant le texte comme « vieillot », trop « guerre froide », ne tenant pas compte du fait que « les Américains ont soutenu pendant 50 ans une dictature ». Il rapporte aussi queYves Montand etSimone Signoret partagent son point de vue, assez proche sur l'Amérique centrale des démocrates chrétiens, et que Bernard-Henri Lévy souhaite retirer sa signature. Ce qu'il fera aux côtés de Pierre Daix.
Pendant lesannées 1980, il publie d'autres ouvrages, et en 1989, il couvre pour plusieurs organes de presse la chute duMur de Berlin. Il défend alors unatlantisme fondé sur l'antitotalitarisme et la promotion desdroits de l'homme, notamment lors duconflit contre l'Irak (2003) au nom de la nécessité de renverser le président irakienSaddam Hussein[77],[78].
Auxélections européennes de 1994, il figure sur la listeL'Europe commence à Sarajevo présentée par Bernard-Henri Lévy dans l'émission politique téléviséeL'Heure de vérité[79],[80]. La liste obtient 1,57 % des suffrages exprimés.
En1995, André Glucksmann soutient la reprise desessais nucléaires décidée parJacques Chirac. Quatre ans plus tard, il soutient, avecBernard-Henri Lévy, l'intervention de l'OTAN enSerbie.
Il est également connu pour son soutien à la cause indépendantistetchétchène, notamment lors de laSeconde guerre de Tchétchénie. Il raconte qu'il aurait séjourné illégalement pendant un mois en Tchétchénie[81].
En2003, il fustige dans une tribune dansLe Monde, cosignée parPascal Bruckner etRomain Goupil, le« camp de la paix », reprochant à la France de prétendre canaliser les ardeurs belliqueuses des États-Unis et dénonçant« la couverture partisane de la guerre par les médias », selon lui« minimisant les horreurs de la tyrannie baasiste pour mieux accabler l'expédition anglo-américaine ». Débutant par« Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et… ses libérateurs ! », le texte dénonce aussi le« passage à tabac des Juifs et des opposants irakiens » lors des grandes marches pacifistes qui ont eu lieu dans la plupart des pays d'Europe[82].
Cofondateur duCercle de l'Oratoire puis en 2006 de sa revueLe Meilleur des mondes. Il est, en outre, devenu président de l'association des Amis du Meilleur des Mondes, qui publie cette revue en cogérance avec leséditions Denoël.[réf. nécessaire]
Militant actif en faveur d'engagements armés des pays occidentaux dans les conflits du Moyen-Orient, il pousse, en, avec d'autres personnalités, à l'intervention militaire contre le régimelibyen[83] deMouammar Kadhafi. En, il demande une intervention française contre le régimesyrien[84].

Il se mobilise pour leTibet, avec l'ex-maoïsteJean-Paul Ribes, l'aidant notamment quand il cherche un comité de soutien en France à la fin des années 1980[85].
Dès 2000, il cosigne un appel qui exhorte l'Union européenne et la France à dénoncer fermement la violation des droits de l'homme en Chine et au Tibet, et apporte son soutien à une motion présentée par les États-Unis lors de la56e session de laCommission des droits de l'homme des Nations unies réunie à Genève[86].
Peu après lestroubles au Tibet en mars 2008, il participe à une manifestation organisée à proximité de l'ambassade de Chine à Paris, et relaie l'appel du14e dalaï-lama pour la mise en place d'une commission d'enquête internationale, alors que le Tibet est isolé[87]. Il cosigne avecVáclav Havel,Frederik Willem de Klerk,Karel Schwarzenberg,Yōhei Sasakawa etEl Hassan ben Talal , une lettre ouverte appelant le gouvernement chinois à entamer undialogue constructif avec les représentants du peuple tibétain[88],[89],[90]
Lors de l'élection présidentielle de 2007, dans une tribune publiée dansLe Monde sous le titre « Pourquoi je choisis Nicolas Sarkozy »[91], il apporte son soutien au candidat de la droite, fustigeant une gauche « qui se croit moralement infaillible » mais a renoncé, selon lui, au combat d'idées et à la solidarité internationale. Sarkozy, ayant demandé au cours de sa campagne « une rupture avec mai 68 », donne l'occasion à Glucksmann de revenir une nouvelle fois sur les événements dans un pamphlet intituléMai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy[92]. Il s'éloignera par la suite du président, critiquant les rapports amicaux entretenus par Nicolas Sarkozy avecVladimir Poutine[93].
Dans une tribune publiée dansLe Monde en[94], le romancierJean-Marie Laclavetine ironise sur le peu de crédibilité de Glucksmann, mettant en parallèle ses engagements politiques des dernières décennies et son soutien aumaoïsme lorsqu'il était un des dirigeants de la Gauche prolétarienne. Au même moment, le romancierMorgan Sportès rappelle, dansIls ont tué Pierre Overney[95], la responsabilité de laGauche prolétarienne dans la mort dePierre Overney et dans l'affaire de Bruay-en-Artois[96].
Au moment où il soutient l'élection deNicolas Sarkozy à la présidence, André Glucksmann estime que la perception traditionnelle des événements deMai 68 comme un mouvement de gauche,antiautoritaire, doublé d'une révolution culturelle et des mœurs, est restreinte par les préjugés et la récupération de l'événement par les partis de gauche, et en particulier leParti socialiste[réf. nécessaire].
Selon leur éditeur, André et Raphaël Glucksmann étaient tous deux présents au meeting organisé par l'UMP entre les deux tours de l'élection présidentielle, au cours duquel Nicolas Sarkozy a promis de« liquider l'héritage de 68 »[97],[98]. Dix mois plus tard, dans un essai écrit à quatre mains,Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy[97], ils poseront la question :« Notre président a promis d'enterrer Mai. N'est-il pas plutôt son héritier rebelle ? » Ce faisant, ils adoptent la thèse libérale, selon laquelle Mai 68 n'aurait été que l'une des révolutions antitotalitaires, dont les auteurs voient le premier avatar dans l'Insurrection de Budapest de 1956. Cette révolution avait alors été soutenue par la gauche française, y compris par un certain nombre de communistes, dont André Glucksmann, auxquels ce soutien avait valu d'être exclus de leur parti.
Au cours d'une conférence duFigaro, prononcée en dans le cadre de la promotion de ce livre, André Glucksmann s'exclame : « Souvenez-vous : en 1968,Daniel Cohn-Bendit apostrophait les « crapules staliniennes », les chefs de laCGT, etAragon, à qui il demandait : « Que faisais-tu pendant les déportations et les famines organisées dans l'URSS des années 1930 ? Tu as du sang sur tes cheveux blancs »[99].
Le, il publie dansLe Monde un « point de vue » pour défendre la légitimité de l'intervention de l'armée israélienne dans labande de Gaza en estimant qu'il ne s'agit pas d'une riposte excessive[100]. Il s'interroge en ces termes :« Quelle serait la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? […] Conviendrait-il qu'Israël patiente sagement jusqu'à ce que leHamas, par la grâce de l'Iran et de laSyrie, « équilibre » sa puissance de feu ? […] Désire-t-on vraiment qu'Israël en miroir se « proportionne » aux désirs exterminateurs du Hamas ? ». Il répond :« Il n'est pas disproportionné de vouloir survivre ».
Après uncancer[101], André Glucksmann meurt le dans le10e arrondissement de Paris[1]. Un hommage lui est rendu le 13 novembre 2015 aucrématorium-columbarium du Père-Lachaise[102] en présence de nombreuses personnalités[103],[104].
Le, il signe avec d'autres intellectuels un communiqué, publié dansLe Monde, qui demande la libération d'un certain nombre d'adultes accusés d'actespédophiles sur des mineurs de moins de 15 ans[105].
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