L'Ancien Testament, aussi appeléPremier Testament, est, pour leschrétiens, la partie de leurBible relative à la période qui précèdeJésus-Christ. Il est formé des livres de laBible hébraïque (leTanakh)[1] et d'autres livres de la fin de la période qui ne sont pas inclus dans lecanon hébraïque actuel. Il constitue la première partie de la Bible chrétienne, la seconde partie étant leNouveau Testament.
L'Ancien Testament se nomme enkoinè (grec)Παλαιὰ Διαθήκη /Palaià Diathếkê, et enlatinVetus Testamentum[2],[3].
Le mot latintestamentum (« testament ; témoignage ») est lui-même traduit dugrec ancien :διαθήκη /diathếkê (« testament, contrat, convention »). Dans un sens religieux, « testament » signifie« alliance »[3].
L'expression« Ancien Testament » trouve son origine dans la deuxième lettre que l’apôtre Paul adresse vers l’an 55 aux chrétiens de la ville de Corinthe (2 Co, 3, 14). Elle renvoie à l'époque aux cinq livres de laTorah qui étaient alors attribués àMoïse[4].
Ce que leschrétiens appellent Ancien Testament provient d'un ensemble de textes religieux rédigés, pour leur très grande majorité, à l'origine enhébreu, et qui nous est parvenu sous la forme de copies[5].
C'est à partir du milieu duIIe siècle que les chrétiens appellent cetteBible juive « Ancien Testament » pour la distinguer des écrits réunis entretemps dans leNouveau Testament[7] (tous les livres du Nouveau Testament ont été rédigés en grec)[3].
Ensemble des rouleaux du Tanakh.
L'Église chrétienne primitive se fonde sur cette version grecque desSeptante. C'est pourquoi son Ancien Testament comprend, en plus des livres duTanakh juif, d'autres livres ainsi que quelques compléments dans les Livres d'Esther et de Daniel, etc. Ces textes sont appeléslivres deutérocanoniques par l'Église catholique. Les Églises orthodoxes, qui les reconnaissent comme canoniques, ne les désignent par aucun terme particulier. Les Églisesprotestantes ont un Ancien Testament calqué sur la Bible hébraïque et ne reprennent pas ces livres, qu'elles considèrent commeapocryphes.
La version latine de l'Ancien et duNouveau Testaments[8] en usage dans l'Église est établie parsaint Jérôme de 392 à 410. Elle porte le nom deVulgate[3].
Il est difficile de situer le moment à partir duquel l’Ancien Testament est constitué encanon par les chrétiens. AuIIe siècle, l'Église de Rome condamne l'hérésie deMarcion, qui rejetait le caractère inspiré de ces livres. Ce n'est que plus tard que lecanon de la Bible chrétienne est constitué.
Les livres dits « deutérocanoniques » dans l'Église catholique sont signalés par une *.
Ainsi, le canon catholique placeJob,Psaumes,Proverbes etEcclésiastique (Siracide) dans les livres historiques. Ensuite viennent les livres prophétiques ; sixprophètes majeurs :
LesKetouvim (« écrits ») :Psaumes,Proverbes,Livre de Job, les « rouleaux » (Ruth,Cantique des Cantiques,Qohélet ouEcclésiaste,Lamentations,Esther),Daniel,Esdras etNéhémie, 1-2 Chroniques (l'ordre des livres dans cette troisième catégorie peut varier).
Les Biblesprotestantes (par exemple laBible Segond) organisent ces mêmes livres de l'Ancien Testament en 4 parties :
Dès ledébut du christianisme, des chrétiens sont troublés par la violence qui s’exprime dans l'Ancien Testament, et en particulier parce que Dieu lui-même aurait un comportement violent, exprimé de multiples façons. AuIIe siècle,Marcion imagina une solution radicale : se couper de l’Ancien Testament et de son Dieu violent, pour ne garder que le Dieu de l’amour annoncé par Jésus. Cette tentation est souvent réapparue, et l’Église l’a toujours rejetée. Mais le scandale demeure, notamment aujourd’hui dans les milieux et chez les individus préoccupés par la paix dans le monde. En réalité, il n'est pas possible de séparer, sur cette question, laBible hébraïque et laBible chrétienne, car non seulement la Bible chrétienne inclut les Écritures juives, mais le même Dieu juge les hommes à la fin des temps[12].
« En 150, le Grec Marcion défend l'idée nordique d'un ordre du monde reposant sur une tension organique et des hiérarchies, en opposition avec la représentation sémitique d'une puissance divine arbitraire et de son despotisme sans limite. Pour cette raison il rejette aussi le « livre de la loi » d'une telle « divinité », c'est-à-dire l'ancien testament hébreu. »
Une certaine manière de lire lesÉcritures conduit encore à opposer deux images deDieu (justice ou miséricorde), du culte (ritualiste ou spirituel/la lettre ou l'esprit), la vie (sous l'empire de la crainte ou de l'amour). Ainsi donne-t-elle à penser qu'il y a rupture dans l'unique dessein de Dieu[16].
C'est surtout en étudiant les grands thèmes de l'Ancien Testament et leur continuation dans le Nouveau qu'on se rend compte de l'impressionnante symbiose qui unit les deux parties de laBible chrétienne et, en même temps, de la surprenante vigueur des liens spirituels qui unissent l'Église du Christ aupeuple juif. Dans l'un et l'autre Testament, c'est le même Dieu qui entre en relation avec des hommes et les invite à vivre en communion avec lui ; Dieu unique et source d'unité ;Dieu créateur, qui continue à pourvoir aux besoins de ses créatures, surtout de celles qui sont intelligentes et libres, appelées à reconnaître la vérité et à aimer ; Dieu libérateur surtout et sauveur, car les êtres humains, créés à son image, sont tombés par leurs fautes dans un esclavage misérable[17].
Le Dieu des juifs et des chrétiens est le mêmeDieu d'amour qui faitalliance avec les hommes. « Il garde son alliance et sa fidélité durant mille générations à ceux qui l'aiment et gardent ses commandements (Dt 7, 9) »[18].
↑Les extraits de l'Ancien Testament cités dans le Nouveau Testament sont extraits de la traduction grecque de ce qui n'est pas encore le Tanakh, le canon hébraïque n'étant pas encore fixé. Les chrétiens privilégient cependant dans l'Ancien Testament actuel le texte hébraïque du Tanakh.
↑Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme,Lire l'Ancien Testament, Paris, Centurion/Èd. du cerf, 1997, p. 17
↑Commission biblique pontificale,Le peuple juif et ses Saintes Écritures, Paris, Éd. du Cerf, 2001, n° 85.
↑*Conférence des évêques de France, Service national pour les relations avec le judaïsme,Déconstruire l'antijudaïsme chrétien, éditions du Cerf, 2023, p. 23
Conférence des évêques de France, Service national pour les relations avec le judaïsme,Déconstruire l'antijudaïsme chrétien, éditions du Cerf, juin 2023, 160 pages, avec la collaboration d'Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, et deHaïm Korsia, grand rabbin de France, chapitre 1 « Dieu est-il violent dans l'Ancien testament, amour dans le Nouveau Testament ? »
La Bible, traduction de l'Ancien Testament par Robert Tamisier, professeur au grand séminaire de Rodez, traduction du Nouveau Testament et notes de François Amiot professeur au séminaire de St-Sulpice, éditeur Maurice Robert pour le Club du Livre à MARSEILLE et le Club Bibliophile de France, 1950