Les Alpes culminent à 4 806 mètres aumont Blanc[1]. On recense82 sommets majeurs de plus de 4 000 mètres d'altitude (48 en Suisse, 38 en Italie et 24 en France). Lescols de montagne reliant les vallées ou les pays dépassent souvent les 2 000 mètres d'altitude. Les Alpes forment une barrière de 1 200 kilomètres entre lamer Méditerranée et leDanube.
Lechoronyme « Alpes » qui définit l’ensemble de la chaîne apparaît dès leIer siècle av. J.-C. Selon une première hypothèse, l'origine est issue de l'appellatifgaulois « alpe », lui-même issu d'une racineceltique ou préceltique « alp » qui viendrait d'« albos », signifiant, selon le linguiste Xavier Delamarre,« le monde lumineux, le monde d'en-haut », ou de l'indo-européen commun « albho- » signifiant « blanc »[2].
Selon l'abbé Paul Louis Rousset, guide et grand alpiniste, le choronyme « Alpes » trouve son origine dans la somme de très nombreux lieux élevés contenant la racine « alp » (par exemple « alpage ») et cela à travers tous les pays alpins[3]. Selon d'autres auteurs, « alb » est un toponyme répandu dans tout le bassin méditerranéen pour désigner un lieu élevé[4].
Le mot est attesté dans les prénoms gauloisAlbos,Albios,Albiorix[5].
Les pays les plus alpins sont, sans compter le Liechtenstein et Monaco, l'Autriche (65,5 % de son territoire), la Suisse (65 %), la Slovénie (38 %), l'Italie (17,3 %), la France (7,3 %) et l'Allemagne (3 %).
Carte des différents massifs alpins
Les Alpes peuvent être subdivisées en trois parties, les Alpes occidentales (de laMéditerranée aumont Blanc), les Alpes centrales (de laVallée d'Aoste auBrenner) et les Alpes orientales (du Brenner à laSlovénie).
Socle cristallin interne (Ambin) débarrassé de sa couverture sédimentaire et au métamorphisme élevé (métaquartzite,schiste bleu etvert).
L’arc des Alpes occidentales est classiquement subdivisé en deux parties, séparées par lechevauchement pennique crustal : la zone externe et les zones internes. Cechevauchement majeur juxtapose des unités paléogéographiques distinctes, ayant eu des histoirestectoniques etmétamorphiques différentes : globalement, les unités de la zone externe correspondent aux parties proximales de lamarge européenne, qui ont été peu raccourcies et peu métamorphisées lors de l’histoire alpine, alors que les unités internes correspondent aux parties plus distales et au plancher océanique, qui ont subi un métamorphisme et un raccourcissement plus fort.
Les déformations dans les Alpes, observables grâce auxséismes et à lagéodésie, sont actuellement faibles. Les Alpes occidentales sont toutefois ensurrection rapide, jusqu’à 2,5 mm/an au nord-ouest de l’arc[7]. Cette surrection est une réponseisostatique à l’érosion et la fonte des glaciers alpins d’une part, et à des processus profonds à l’échelle lithosphérique d’autre part (épaississement crustal). Les mouvements horizontaux sont plus faibles d’un ordre de grandeur, avec des vitesses horizontales relatives de part et d’autre de la chaîne (entre la plaine du Pô et l’avant-pays alpin) de l’ordre de 0,1 à 0,3 mm/an, plutôt en divergence[7].
Selon Jérôme Lavé, spécialiste de l’évolution du relief au CNRS deNancy, le mouvement relatif entre laplaque adriatique et le reste de l'Europe n'a plus cours :« l’Italie ne s’enfonce plus dans laFrance ou laSuisse.Géodynamiquement, il n’y a donc plus de raison de créer de la topographie »[8].
Les Alpes constituent un exemple classique de ce qui se passe lorsqu'une zone tempérée à basse altitude cède la place à un terrain de plus haute altitude. Ainsi, leclimat alpin est présent dans tous les environnements présentant des caractéristiques similaires. En moyenne, legradient thermique adiabatique alpin est de−0,47 °C pour100 mètres, soit une perte de1 °C pour213 mètres d'élévation[9]. Il est cependant soumis à de grandes variations selon de nombreux facteurs et peut même devenir positif[10]. L'effet des chaînes de montagnes sur les vents dominants est de transporter l'air chaud des régions inférieures dans des zones d'altitudes supérieures, où il se dilate en volume au prix d'une perte de température proportionnée, souvent accompagnée de précipitations sous forme de neige ou de pluie.
La hauteur des Alpes est suffisante pour diviser les conditions météorologiques en Europe en un nord humide et un sud sec[11].
L'arc alpin forme une barrière climatique colossale. Lorsqu'unanticyclone s'approche descôtes atlantiques, il forme un vaste courant rotatif horaire (sens des aiguilles d'une montre) chassant l'air nord-italien vers la Méditerranée ; mais plus au nord, l'air entraîné par ce courant reste bloqué enBavière et en Suisse par la barrière alpine et unedépression se forme sur legolfe de Gênes. C'est cette dépression, couplée à l'anticyclone, qui entraînera la formation dumistral et de latramontane. L'effet inverse se produit lorsqu'une dépression s'approche des côtes atlantiques : elle force l'air dans un mouvement rotatif anti-horaire à se bloquer au nord de l'Italie, formant ainsi un anticyclone qui resserre lesisobares sur l'Europe occidentale, amplifiant les vents parfois tempétueux provoqués par le passage de la dépression. Les effets de la chaîne sur lamétéorologie européenne sont multiples et ont des conséquences sur l'ensemble duclimateuropéen[réf. souhaitée].
Selon des études duGIEC, sous l'effet duréchauffement climatique, lesglaciers alpins ont perdu entre 20 et 30 % de leur volume depuis1980. Étant donné que nous sommes depuis1850 dans une période derecul des glaciers, ils pourraient régresser de 30 à 70 % de leur volume d'ici2050. En lien avec les températures estivales, leur recul a accéléré depuis 2003[12].
Selon Jean-François Donzier, directeur général de l'Office international de l'eau, organisateur des états généraux de l'eau en montagne, qui ont eu lieu àMegève en 2010, « Avec le réchauffement climatique, l'hiver, laneige se transforme enpluie et ne permet plus de stocker l'eau. Or, normalement, c'est cette neige qui fond l'été qui sert à alimenter les rivières ». Les experts réunis lors de ces états généraux ont alerté que les Alpes risquent de ne plus pouvoir jouer leur rôle de « château d'eau de l'Europe »[13].
Les constats de la déclaration de Megève () sont notamment que, « malgré une apparente abondance de laressource en eau (Alpes du Nord), il y a émergence d’une véritable prise de conscience que la ressource est limitée, notamment dans sa répartition spatio-temporelle »[14].
Depuis les années 1970, les Alpes ont perdu22 à 34 jours de neige par an selon les régions[15].
Les modifications climatiques se traduisent par plusieurs phénomènes, dont le recul et la diminution du volume des glaciers, qui peuvent s'accompagner de la formation de poches d'eau ou de lacs, et une multiplication d'écroulements de roches[12] ou d'éboulements comme celui duPiz Cengalo de[16] qui, avec lerecul des glaciers et la fonte dupergélisol (permafrost), entraînent la suspension desascensions trop dangereuses, de sorte que lesguides de haute montagne se questionnent sur l'avenir de leur pratique[17]. Faune et flore connaissent aussi des conséquences du fait des modifications climatiques, dont une désynchronisation[18].
La population sur l'ensemble de l'arc alpin est d'environ treize millions d'habitants[21], dont 30,1 % en Italie, 23,9 % en Autriche, 18 % en France, 12,8 % en Suisse, 10,1 % en Allemagne, 4,7 % en Slovénie et 0,2 % au Liechtenstein et à Monaco[22][réf. non conforme].
Les deux plus grandes villes du massif sontGrenoble (France), aire urbaine de plus de 600 000 habitants, etInnsbruck (Autriche), agglomération de plus de 190 000 habitants, deux villes considérées comme étant, l'une pour les Français[23],[24],[25],[26], l'autre pour les Autrichiens[27], capitale des Alpes.
Le peuplement de l'arc alpin par l'homme est attesté à partir duPaléolithique moyen (vers −100 000 ans).
Le peuplement alpin duNéolithique est bien connu des archéologues, en raison des conditions climatiques très favorables à la conservation des matériaux composant les objets du quotidien[28].
De Monaco à l'Autriche, la chaîne alpine s'étend sur huit pays. Ainsi, avant d'être reconnue comme « un territoire alpin », c'est d'abord huit petits morceaux de huit nations bien différentes. Les politiques deprotection de l'environnement et dedéveloppement durable diffèrent donc en fonction des territoires alpins. UneCommission internationale pour la protection des Alpes (CIPRA), uneorganisation non gouvernementale fondée en 1952 pour tirer profit des potentiels de cet espace alpin et sauvegarder sa diversité culturelle et naturelle, en initiant undéveloppement soutenable à de multiples niveaux. Elle a œuvré pour qu'un outil juridique international unique puisse faciliter la mise en place de politiques de développement durable sur l'ensemble des Alpes.
Les Alpes, dans leur contexte environnemental, socio-économique et culturel, sont aujourd'hui confrontées à des problèmes graves - qu'il s'agisse duréchauffement climatique ou dutourisme de masse - venant s'ajouter à des problèmes plus anciens liés notamment au déclin de l'agro-sylviculture de montagne et à l'exode démographique[29]. Compte tenu du fractionnement administratif et politique du massif alpin, ces problèmes appellent des solutions supra-régionales dessinées par des conventions internationales telles la Convention sur la protection des Alpes, diteConvention alpine.
Il aura fallu quarante ans pour que ce traité international voie le jour. En 1991, les ministres de l'Environnement des États alpins, plus l'Union européenne, signent la Convention alpine. Aujourd'hui, la CIPRA, comme bien d'autres organisations non gouvernementales alpines telles que le Club Arc alpin, l'Association des élus de montagne, Alpe Adria, Arge Alp, la COTRAO (Communauté de Travail des Alpes occidentales), Euromontana, la FIANET (Fédération Internationale des Associations Nationales d'Exploitation de Téléphériques), l'International Steering Committee of the Network of Protected areas, l'IUCN (International Union for Conservation of Nature), la Managing Authority of the European Cooperation Programme Alpine Space, Pro Mont Blanc, l'UNO/UNEP-ROE et l'ISCAR (Comité scientifique international recherche alpine), accompagne la mise en œuvre de la Convention alpine. Toutes y ont un statut d'observateur, participent aux conférences alpines et à différents groupes de travail.
La Convention alpine se compose de plusieurs protocoles traitant des thématiques suivantes : aménagement du territoire et développement durable, protection des sols, protection de la nature et entretien des paysages, agriculture de montagne, forêts de montagne, tourisme, transports, énergie.
« Les instituteurs ambulants de Queyras, dans le Dauphiné »,Le Petit Français illustré, 11 juillet 1903.
De nombreuses vallées alpines ont connu un système éducatif depuis plusieurs siècles[33]. Pier Paolo Viazzo parle de « paradoxe alpin »[34], soulignant que, contrairement à ce que l'on pourrait penser de populations de territoires enclavés et parfois difficiles d'accès, les populations alpines étaient souvent plus éduquées et cultivées que d'autres, curieuses et sachant adapter leurs modes de vie en fonction des contraintes rencontrées. Au cours des siècles passés, parmi ces populations, nombre de personnes devenaient « colporteurs en écriture »[35],[36], maîtres à domicile ou maîtres d'école[37] ; ils faisaient ce travail dans les Alpes mais aussi en plaine. L'instituteur itinérant avait, à une époque, une, deux ou trois plumes à son chapeau, en fonction de ses compétences : une plume pour ceux qui n'enseignent qu'à lire, deux pour ceux qui enseignent la lecture et le calcul, trois pour ceux qui enseignent lecture, calcul etlatin[38],[39]. D'autres devenaient libraires, dont certains ont circulé dans toute l'Europe, voire se sont installés sur d'autres continents[40].
La scolarisation précoce des régions de montagne par rapport à d'autres régions est vue comme paramètre constitutif de l'identité alpine par l'anthropologue Robert K. Burns, de l'université du Michigan (États-Unis d'Amérique), dans lesannées 1960[36]. Il avait auparavant observé que dans la vallée alpine duQueyras (Hautes-Alpes, France), des écoles existaient dans chaque village depuis au moins leXVe siècle, voire leXIVe siècle. Il note que ces écoles étaient faites par des instituteurs payés par plusieurs familles, les enfants se regroupant dans une des maisons du village ; les personnes qui faisaient office d'instituteur étaient souvent aussi notaires et écrivain public, et allaient souvent en plaine proposer leurs services aux populations locales, moins lettrées. Des historiens vaudois ont également noté au fil des siècles l'importance de l'éducation chez les populations de ces montagnes et la présence des instituteurs itinérants dans les villages, par exemple dans lavallée d'Angrogne (Italie)[36] ; ils soulignent un réseau, déjà existant auXVIe siècle. L'anglais Charles Beckwith, au début duXIXe siècle, qualifie ces écoles d'« universités des chèvres »[36]. L'écrivain françaisVictor Hugo décrit également dans son livreLes Misérables (XIXe siècle) le système éducatif particulier au Queyras[38]. Ces faits sont également constatés sousNapoléon[36]. Quant à l'émigration temporaire des instituteurs (durant l'hiver), un ancien préfet des Hautes-Alpes (département français) en parle dans un livre, et énumère parmi les émigrants temporaires705 instituteurs pour les années1807 et1808, pour son seul département[41].
Les Alpes sont riches en diversité linguistique et culturelle, du fait notamment de l'isolement que peuvent provoquer les nombreux reliefs montagneux[réf. souhaitée]. Les langues s'y trouvant sontromanes,germaniques, ouslaves. En France, on y rencontre l'occitan (vivaro-alpin etprovençal), l'arpitan (dont le nom est formé sur la racineAlp) et des formes deligure dites de transition vers l'occitan.
↑Paul-LouisRousset,Les Alpes & leurs noms de lieux, 6 000 ans d'histoire : Les appellations d'origine pré-indo-européenne, Didier & Richard,.
↑P. Faure et M.-J. Gaignerot,Guide grec antique, éditions Hachette,(ISBN978-2-01-006765-5), « 1. Le monde et l'homme »,p. 16).
↑Xavier Delamarre,Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, Paris, Errance,,2eéd., 440 p.(ISBN2-87772-237-6),p. 37-38.
↑W. Bätzing et H. Rougier,Les Alpes. Un foyer de civilisation au cœur de l'Europe, Le Mont sur Lausanne, éditions Loisirs et pédagogie,, 510 p.(ISBN2-606-00294-6),p. 21.
↑Remi Lhotellier,Spatialisation des températures en zone de montagne alpine,
↑ClaudeMeyzenq, « À propos de la limite Alpes du Nord - Alpes du Sud. Limites, pays de marge et organisation spatiale en montagne, évolution des concepts »,Revue de Géographie Alpine,vol. 72,no 2,,p. 241–251(DOI10.3406/rga.1984.2567,lire en ligne, consulté le)
↑a etbAudreyGarric, « Dans les Alpes, le dérèglement climatique provoque des risques en cascade »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le)
↑Henri (1853-1926) Auteur du texteFerrand,Grenoble, capitale des Alpes françaises... / Henri Ferrand,(lire en ligne)
↑« L'image de la "capitale des Alpes" écornée »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le)
↑René Bourgeois, Stephan Corporon, Vincent de Taillandier,Promenades dans Grenoble : 10 itinéraires de découverte dans la capitale des Alpes, Presses universitaires de Grenoble,, 174 p.(ISBN978-2-7061-1001-6,lire en ligne)
↑Jean-Charles-François Ladoucette,Histoire, topographie, antiquités, usages, dialectes des Hautes-Alpes : avec un atlas (2e édition…), Paris, Fantin,(lire en ligne),p. 436.
MatevžLenarčič,Croisière au-dessus des Alpes : du mont Blanc au Triglav,Glénat,[détail de l’édition]. Ouvrage publié en plusieurs langues sous le patronage de l'UNESCO.