Enoccitan, la rivière Allier porte plusieurs noms selon les localités en question ;Alèir est le plus fréquent[3],[4]. Enlangue d'oïl, tantbourbonnais que celui duNivernais, le nom est le même qu'en français standard.
Lesmonts du Cantal ont la réputation d'être le château d'eau du centre de la France, à l'intersection de trois grandsbassins versants : laDordogne à l'Ouest, leLot au Sud–Sud-Est et l'Allier au Nord-Est.
Lebassin versant de l'Allier se situe majoritairement dans leMassif central, couvrant une grande partie de l'ancienne région Auvergne (Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Allier, le Cantal étant le seul département de l'Auvergne non parcouru par l'Allier mais présent sur le bassin par son affluent l'Alagnon)[5] et touche les départements, d'amont en aval, de la Lozère, l'Ardèche, la Nièvre et le Cher.
Sa direction générale est orientée du sud au nord, avec quelques inflexions àLangogne,Cournon-d'Auvergne,Limons et auVeurdre[5]. En amont, il est délimité nettement par plusieurs massifs montagneux :
Au centre du bassin versant, se trouve le bassin deslimagnes. On peut distinguer trois entités du bassin versant : le couloir du Haut-Allier, le complexe central des monts et limagnes et les plaines du bas pays[5].
De 420,7 km de longueur[1], elle prend sa source dans laMargeride àChasseradès sur leMoure de la Gardille (1 503 m), enLozère, et se jette dans laLoire au bec d'Allier, près deNevers à la limite entre leCher et laNièvre dans les communes deMarzy,Cuffy etGimouille. Elle reste l'une des dernières rivières encore sauvages d'Europe et recèle une faune unique (notamment les oiseaux). Le qualificatif « sauvage » signifie que la rivière est assez libre de faire des méandres ou de s'étaler largement en surface selon son débit ; par opposition, les rivières dites non-sauvages sont largement « corsetées » et contenues artificiellement dans un chenal qui les contraint à enfoncer leur lit verticalement sans créer des méandres indispensables à la régulation du débit. Cet enfoncement fait disparaître les zones humides en bordure des rivières. L'Allier est au contraire riche de zones humides côtières de faibles profondeur, de bras morts à certaines époques de l'année, de gravières, etc., permettant le développement naturel d'une faune et d'une flore riches.
La dynamique fluviale de l'Allier est très active en comparaison de nombreux autres cours d'eau. Sa pente importante (cinq fois supérieure, en plaine, à celle de laLoire) accentue la puissance d'érosion desberges.
Dans laplaine alluviale, qui débute àVieille-Brioude, la rivière forme desméandres en érodant sa rive externe, concave, où le courant est plus vif. Elle dépose lessédiments prélevés sur la rive opposée (convexe) plus calme. L'amplitude du méandre est ainsi augmentée. Ce dernier finit par être raccourci progressivement ou recoupé lors d'une crue, formant ainsi unbras-mort.
Néanmoins, les activités et les constructions humaines perturbent le fonctionnement de la dynamique fluviale de l'Allier. La surexploitation desalluvions et l'enrochement des berges ont pour conséquence l'enfoncement dulit de la rivière. De fait, le niveau de la nappe alluviale baisse, ce qui la déconnecte des milieux humides (bras-morts,ripisylves) entraînant leur assèchement. Les grèves, n'étant plus exposées au courant, se végétalisent. Cette disparition de la variété des milieux provoque la diminution du pouvoir épurateur de la rivière.
Pour permettre à la dynamique fluviale de l'Allier de s'exprimer librement, des associations ont entrepris une politique d'achat des terres menacées d'érosion[6].
Nièvre : marque la limite sud-ouest du département avec le département de l'Allier puis avec celui du Cher, confluence avec la Loire face àMarzy, à 5 km à l'ouest-sud-ouest deNevers ;
Cher : marque une petite partie de la limite sud-est du département avec le département de la Nièvre, confluence àCuffy (rive gauche de l'Allier et de la Loire).
Le débit de l'Allier a été observé sur une période de 61 ans (1955-2015), àCuffy, localité du département duCher, située au confluent avec la Loire et à 175 m d'altitude[2]. À cet endroit, le bassin versant de la rivière est de 14 310 km2, soit sa totalité.
Les crues océaniques, se produisent en général en fin d'hiver ou début de printemps. Elles sont dues à de fortes précipitations venant de l'ouest, qui tombent longuement sur un sol qui va progressivement se saturer d'eau, les pluies vont donc ruisseler. Au début du printemps, les premières fontes de neige peuvent renforcer ce phénomène. Ces crues, quand elles se produisent, concernent tout le bassin de l'Allier[7] ;
Les crues cévenoles, se produisent à l'automne, lors desépisodes cévenols, ce phénomène météorologique où des nuages chauds et chargés d'humidité remontent depuis la Méditerranée vers le nord et provoquent de violentes pluies lorsqu'ils se heurtent à la barrière desCévennes. Quelquefois une conjonction favorable de vents et de pression atmosphérique leur permet de franchir cette barrière montagneuse et ils vont alors éclater de l'autre côté, sur le versant de l'Allier. Il se produit alors des crues aussi brèves qu'importantes, souvent décrites comme une vague et sans que des pluies n'aient touché la majeure partie du bassin de la rivière[7] ;
Les crues cumulant ces deux phénomènes et qui sont à l'origine des fortes crues qui se sont produites auXIXe[7].
Marquage de la hauteur de la crue de 1866 sur une pile dupont Régemortes àMoulins. On retrouve ce marqueur rond blanc et violet à différents endroits le long de l'Allier.
Si les données fiables sont manquantes avant leXVIIIe, la construction àMoulins, en1763, dupont Régemortes qui résista à toutes les crues depuis, va servir ensuite d'indicateur fiable pour mesurer leur niveau[7]. Dans les crues historiques, on peut citer :
la crue de l'an580 :Grégoire de Tours décrit une crue majeure dans tout le centre de la Gaule, indiquant que la Loire et l'Allier et leurs affluents franchirent des limites jamais atteintes et causant d'importantes pertes dans les troupeaux et la destruction de nombreux édifices[7] ;
une vingtaine de crues entre 1400 et 1750 ayant détruit les ponts de Moulins ou Vichy[7] ;
crue de 1835, 4,6 mètres de hauteur[7] au pont Régemortes ;
crue de 1846,crue centennale, 5,2 mètres de hauteur[7] au pont Régemortes ;
crue de 1856, crue centennale, la plus forte avec 5,4 mètres de hauteur[7] au pont Régemortes ;
crue de 1866[8], crue centennale et crue de référence pour l'Allier, avec 2 500 m3/s àVieille-Brioude et 5,2 mètres de hauteur[7] au pont Regemortes. Elle détruit en partie lepont suspendu de Vichy ;
crue de 1875, 4,6 mètres de hauteur[7] au pont Régemortes.
Il y a aussi plus d'une quinzaine d'autres crues sur ce siècle dont troiscrues trentennales[7].
La dernière crue importante de l'Allier est celle de 2003 (mais avec un débit 2,5 fois moindre que la grande crue de 1866), seule crue décennale depuis la crue de 1943 (même si les crues de 1960, 1973 et dans une moindre mesure 1988 se sont approchées de ce niveau)[7]. Un débit de 970 m3/s a été enregistré à Vieille-Brioude.
Lalame d'eau écoulée dans le bassin de l'Allier est de 318 millimètres annuellement, ce qui est relativement égal à la moyenne d'ensemble de la France, ainsi d'ailleurs qu'à celle du bassin versant de laVienne (319 millimètres par an). Ledébit spécifique (ou Qsp) se monte à10,1 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin.
On ne possède pas encore de données détaillées en amont du confluent entre les deux puissants cours d'eau. Une nouvelle station opère depuis l'année 2000 àImphy à une dizaine de kilomètres en amont deNevers, mais la durée des observations y est insuffisante et aucune donnée fiable n'a été publiée à ce jour (). En revanche, une station hydrométrique fonctionne depuis 1967 à Givry, dans la commune deCours-les-Barres face àFourchambault, et offre une synthèse complète de tous les débits du fleuve après la confluence au Bec d'Allier[9].
Le bec d'Allier àCuffy : confluence de l'Allier et de la Loire.
Lalame d'eau écoulée dans le bassin du fleuve à Cours-les-Barres de 310 millimètres annuellement et ledébit spécifique (ou Qsp) se monte de ce fait à 9,8 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin.
Ragondins etcastors font partie des espèces que l'on peut observer sur l'Allier. Quant au peuplement piscicole, il est particulièrement varié (truites,ombres,brochets…).
Néanmoins, la présence de très nombreux barrages sur laLoire, a entraîné la quasi-disparition dusaumon d'Allier (Salmon salar), par absence ou inadaptation deséchelles à poissons, baisse du débit et envasement desfrayères, baisse du taux d'oxygène dissous, augmentation de la température moyenne, braconnage, etc. Heureusement, des efforts bénévoles nombreux tentent depuis des années la réintroduction de ce poisson mythique, à l'origine d'une tradition culturelle millénaire. Le Conservatoire national du Saumon Sauvage installé àChanteuges dans laHaute-Loire participe depuis de nombreuses années à la reproduction artificielle du saumon afin de relâcher des jeunes dans l'Allier et la Loire et fournir les fermes à saumons en Europe. Sa pêche est interdite dans la rivière depuis 1994[10].
Le saumon de l'Allier est celui qui possède la plus longue migration d'Europe occidentale[10]. En 2018,389 saumons sont passés dans la passe de Vichy, contre en moyenne 677 les cinq années précédentes[10]. Le seuil de viabilité de l'espèce dans la rivière est estimé à 2 000 passages d'adultes parmontaison[10]. Sur les vingt dernières années, les records de passage ont été enregistrés en 2003 et 2015 avec environ 1 200 saumons[10]. Selon l'Association de protection du saumon de l'Allier, les principales difficultés sont le passage dubarrage de Poutès en Haute-Loire, malgré des aménagements ; le seuil ou barrage des Lorrains dans la Nièvre (qui sert à alimenter lecanal latéral à la Loire[11]) ; et l'abondance des prédateurs comme lesilure ou lecormoran[10], dont une colonie s'est sédentarisée en aval deVichy.
Barrage dupont de l'Europe à Vichy. Construit en 1963 sous le pont de l'Europe dont il partage les piles, ce barrage à clapets sert uniquement à la création du plan d'eau de Vichy couramment appelélac d'Allier. Il a remplacé un barrage à aiguilles, situé un peu plus en amont et opérationnel seulement en été, créé sous Napoléon III pour les mêmes raisons. Une centrale hydroélectrique devrait être créée en rive gauche, en aval du pont ; sa mise en service, initialement prévue en 2023[12], est repoussée en raison de l'augmentation du prix des matières premières et des taux d'emprunt, induisant une augmentation du coût du projet[13].
Lebarrage de Saint-Étienne-du-Vigan entre les départements de la Lozère et de la Haute-Loire, construit en 1895 a été détruit pour raisons écologiques (circulation des poissons) en 1998.
Pierre Mamet, « Rupture de la pile du pont du Colombier d'Anis : crue d'Allier octobre-novembre 1933 »,Almanach de Brioude, Brioude,
Abbé Jean Delaigue, « A propos du nom de l'Allier. »,Almanach de Brioude, Brioude,
[Chervalier 1983] Jean Chervalier, « La navigation sur laLoire et l'Allier dans le département de laHaute-Loire des origines à nos jours »,Cahiers de la Haute-Loire, Le Puy-en-Velay,.
Quand l'Allier portait bateau (table ronde de l'Institut du Massif central), Clermont-Ferrand, Institut d'études du Massif central (coll. « Publications de l'Institut d'études du Massif central », 38), 1989, 90 p. (en ligne).
[Delaveau 2009] Jean-Michel Delaveau,Franchir l'Allier. À la découverte de 130 ponts, Champetières, éditions de la Montmarie,, 288 p.(ISBN978-2-915841-38-1),p. 10-11..
« SAGE Haut-Allier »,Observatoire de l'Eau de la Haute-Loire, surode43.fr(consulté le).
« Parlons des crues de la rivière Allier »,Fédération de la Région Auvergne pour la Nature et l'Environnement, surfrane-auvergne-environnement.fr(consulté le).