Il est l'enfant naturel du prince géorgien Louka Stépanovitch Guédianov (Guédévanichvili)[1], âgé de 62 ans, et de la fille d’un troupier deNarva, Evdokia (Eudoxie) Constantinovna Antonova, âgée de 25 ans, surnommée Dounia[2]. Son père[3] fait déclarer l’enfant par l’un de ses domestiques, Porphyre Borodine, conformément à l’usage de l’époque. Il veille enfin à ce que la mère ait toujours les moyens d’assurer à leur enfant une vie confortable et de solides études. Il achète ainsi à la mère et au fils une maison de quatre étages et met Alexandre sur son testament avant de mourir. Il organise aussi alors le mariage d'Eudoxie avec un médecin militaire du nom de Kleinek. Comme le fait de donner naissance à des enfants hors mariage était considéré comme honteux par la société de l'époque, Eudoxie se fera passer pour sa tante aux yeux du monde. Alexandre reçoit cependant une excellente éducation à domicile, maîtrisant dès son plus jeune âge le français et l'allemand. Le prince meurt lorsque Alexandre a sept ans et tout est assuré pour son établissement. Il a deux autres frères, reconnus aussi par des domestiques : Dmitri Sergueïevitch Alexandrov et Evgueni Fiodorovitch Fiodorov[2].
Autodidacte, le jeune Alexandre apprend à jouer de très bonne heure de laflûte puis dupiano et duvioloncelle avec un camarade, Mikhaïl Chtchiglev. Il compose unepolka (Hélène) à l'âge de neuf ans, puis compose unConcerto pour flûte et piano et unTrio pour deux violons et violoncelle à l'âge de treize ans. Sa mère et son beau-père le destinent à une carrière de médecin et il est inscrit à la faculté à l’âge de quinze ans. Il était passionné de chimie depuis l'âge de dix ans.
Il fait partie duGroupe des Cinq, par l'entremise deBalakirev son créateur, dont il fait la connaissance en 1862. Le groupe est composé aussi deRimski-Korsakov, deCui et deMoussorgski, qu'il connaissait déjà. La musique russe était alors entièrement sous l'influence du pouvoir. Ils se regroupent et s'affranchissent de la musique « officielle ». Glazounov, élève prodige de Rimski-Korsakov, les rejoindra. Borodine fait aussi partie du cercle d'amis deMitrofan Belaïev, admirateur deGlinka et de la musique russe traditionnelle.
En1862, Borodine compose unQuintette en ut mineur. C’est à cette époque qu’il se joint au Groupe des Cinq. Tout en partageant les idées fondamentales du groupe, il se révéla moins hostile que ses condisciples à l’emprise germanique sur lamusique russe.
Il commence la composition de saSymphonieno 2 en si mineur en1869. Néanmoins il se sent prédestiné pour l'opéra et l’idée duPrince Igor fait son chemin. Borodine poursuit par ailleurs sa carrière scientifique. En1877, il visite les laboratoires d'un certain nombre d'universités allemandes. Il rencontre à cette occasionFranz Liszt àWeimar. Trois ans plus tard, en1880, Liszt donne avec grand succès laSymphonieno 1 en mi bémol majeur. Pour le remercier, Borodine lui dédie sonpoème symphonique, intituléDans les steppes de l'Asie centrale qui connaît immédiatement un succès retentissant et durable et reste l'une de ses œuvres maîtresses.
Après de profondes études ethnologiques et historiques, il entame la rédaction de l'opéraLe Prince Igor (dont sont extraites les célèbresDanses polovtsiennes), achevé après sa mort par Alexandre Glazounov et Rimski-Korsakov et créé auThéâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, le () 1890.
Borodine est profondément affecté par la mort deMoussorgski en mars1881. Sa santé se dégrade. Il souffre de plusieurs attaques cardiaques et même ducholéra. Son œuvre, elle, commence à se diffuser en Europe, par l'entremise, notamment, de lacomtesse de Mercy-Argenteau[5]. Il rend encore visite à Liszt à l’automne1885. L’année suivante, il entame la composition d’une troisième symphonie, laSymphonie en la mineur qu'il ne pourra achever. Il continue la composition de son opéraLe Prince Igor, notamment l’ouverture et le chœur des prisonniers russes du deuxième acte, en 1886. Le, il assiste à un bal masqué organisé par les professeurs de l’académie. Il s’effondre, victime d’un infarctus à l'âge de 53 ans. Son épouse ne lui survivra que cinq mois.
Borodine n'est pas un compositeur très prolifique : il laisse environ 21 partitions. Son œuvre maîtresse, l'opéraLe Prince Igor, reste d'ailleurs inachevée à sa mort, dix-huit ans après les premières esquisses en 1869. Son amiRimski-Korsakov, aidé deGlazounov, la terminera. C’est dans cet opéra que l’on trouve les célèbresDanses polovtsiennes.
Parmi les œuvres achevées on distingue principalement deux symphonies (1867 et 1869), la deuxième étant devenue très célèbre, deuxquatuors à cordes (1879 et 1881), et un poème symphonique,Dans les steppes de l'Asie centrale. Il a également composé quelques mélodies, quelques pièces pour piano ainsi que quelques pièces de musique de chambre.
Symphonieno 2 en si mineur (surnommé « Épique »). Borodine a mis sept ans pour la mener à terme. Il l’a composée avec les matériaux restés inutilisés pour son opéra.
Quatuor à cordesno 2 (1881). Sans doute le plus connu des deux quatuors, il contient un célèbre mouvement lent « notturno ».
Les rives de ton lointain pays natal, mélodie adressée à un être cher disparu et écrite sur un texte de Pouchkine à la suite de la mort de Moussorgski en 1881.
Petite suite pour piano composée de Huit pièces suivie d'un scherzo, dédicacé à Madame la Comtesse L.de Mercy Argenteau (Née Princesse de Chimay)
Borodine se qualifiait lui-même de « compositeur du dimanche », tant il était accaparé par son travail et ses obligations familiales. Son entourage professionnel regrettait parfois son implication en matière de musique, tandis que Borodine s’est parfois plaint de ne pouvoir composer que durant l’hiver, lorsque sa santé ne lui permettait pas d’exercer en tant que professeur. En guise de plaisanterie, ses amis le saluaient parfois par un « j’espère que tu vas mal », lui signifiant ainsi leurs encouragements musicaux.
Borodine a publié d'importants articles de chimie. Particulièrement, ses recherches sur lesaldéhydes. En1861, Borodine découvre lacondensation aldolique, réaction chimique importante en chimie organique, et une autre réaction chimique connue aujourd'hui sous le nom deréaction de Borodine-Hunsdiecker. En1872, il a participé à la fondation d'une école de médecine pour femmes.
↑Venue pour se soigner, elle ira ensuite poursuivre ses soins àPise, où Borodine parvient à la rejoindre plus tard. Ils décident de se marier dès leur retour en Russie, mais par manque de moyens retardent la cérémonie en 1863. Borodine sera souvent à court d'argent. Il multipliera les conférences et les traductions, en plus de ses recherches en chimie et de son œuvre musicale. Le ménage n'aura pas d'enfants et connaîtra une crise lorsque son épouse habite trois ans à Moscou à cause d'une liaison platonique de Borodine avec Anna Kalinine.
Pierre E. Barbier, Livret version française du « String Quartet no. 2 - cello sonata - piano quintet in C minor », interprété par leQuatuor Pražák etJaromír Klepác, Ed. Praga Digitals, cat# PRD 250 139, 06/2000
Willem G. Vijvers, Alexander Borodin; Composer, Scientist, Educator (Amsterdam: The American Book Center, 2013).(ISBN978-90-812269-0-5).