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Titres
Reine de Yougoslavie (en exil)
–
(1 an, 8 mois et 9 jours)
| Prédécesseur | Marie de Roumanie |
|---|---|
| Successeur | Elle-même |
Épouse duprétendant au trône deYougoslavie
–
(24 ans, 11 mois et 5 jours)
| Prédécesseur | Elle-même |
|---|---|
| Successeur | Maria da Gloria d'Orléans-Bragance |
| Titulature | Princesse deGrèce et deDanemark Reine deYougoslavie |
|---|---|
| Dynastie | Maison d'Oldenbourg |
| Naissance | Athènes (Grèce) |
| Décès | (à 71 ans) Burgess Hill (Royaume-Uni) |
| Sépulture | Mausolée royal d'Oplenac |
| Père | AlexandreIer de Grèce |
| Mère | Aspasia Manos |
| Conjoint | Pierre II de Yougoslavie |
| Enfants | Alexandre de Yougoslavie |
Alexandra de Grèce (engrec moderne :Αλεξάνδρα της Ελλάδας /Alexándra tis Elládas ; enserbo-croate :Александра Карађорђевић /Aleksandra Karađorđević ; enmacédonien :Александра Караѓоргевиќ /Aleksandra Karagjorgjevich ; enalbanais :Alexandra i Jugosllavisë),princesse de Grèce et de Danemark puis, par son mariage,reine de Yougoslavie, est née le àAthènes, enGrèce, et morte le àBurgess Hill, auRoyaume-Uni. Elle est membre de lafamille royale de Grèce et épouse du roiPierre II de Yougoslavie.
Fille posthume du roiAlexandreIer et de son épouseAspasia Manos, Alexandra n’est intégrée à lafamille royale de Grèce qu’après le vote, par leParlement hellénique, d’un décret reconnaissant la légitimité du mariage de ses parents, en juillet1921. Dans les mêmes moments, unegrave crise politique et militaire, liée à ladéfaite de la Grèce face à la Turquie enAnatolie, conduit progressivement à la déposition et à l’exil de lafamille royale, début1924. Seuls membres de la dynastie à ne pas être chassés de leur pays par laDeuxième République hellénique, la princesse et sa mère trouvent pourtant refuge enItalie, auprès de la reine douairièreSophie de Prusse.
Après trois années chez sa grand-mère paternelle, Alexandra quitteFlorence pour poursuivre ses études auRoyaume-Uni. Éloignée d’Aspasia, qui établit sa résidence àVenise, la princesse finit par tomber malade, ce qui oblige sa mère à lui faire quitter l’internat où elle étudiait. Après la restauration deGeorges II sur le trône hellène en1935, Alexandra effectue plusieurs séjours dans son pays mais c’est le déclenchement de laguerre italo-grecque, en1940, qui oblige la jeune fille et sa mère à s’installer à Athènes. L’invasion de la Grèce par les forces de l’Axe en avril-mai1941 aboutit toutefois à leur installation auRoyaume-Uni. À nouveau exilée, Alexandra fait la connaissance, àLondres, du jeune roiPierre II de Yougoslavie, qui a lui aussi trouvé refuge en Angleterre après l’invasion de son pays par les Allemands.
Rapidement, les deux jeunes gens tombent amoureux et envisagent de se marier. Cependant, l’opposition de lamère du souverain et dugouvernement yougoslave en exil oblige le couple à retarder ses projets durant deux ans et ce n’est qu’en1944 que sont célébrées leurs épousailles. Un an plus tard, Alexandra donne le jour à son fils unique, prénomméAlexandre. Le bonheur de la famille est pourtant de courte durée. Le, le maréchalTito proclame larépublique en Yougoslavie et Alexandra, qui n’a jamais foulé le sol de son pays d’adoption, se retrouve sans couronne.
L’abolition de lamonarchie yougoslave a des conséquences très graves sur le couple royal. Désargenté et incapable de s’adapter au rôle de simple citoyen, Pierre II sombre dans l’alcoolisme et multiplie les liaisons avec des femmes plus jeunes que son épouse. Abattue par le comportement de son mari, Alexandra néglige son enfant et fait plusieurstentatives de suicide. Après la mort de Pierre II en1970, la santé d’Alexandra ne cesse de se dégrader. Elle meurt d’un cancer en1993 et sa dépouille est enterrée dans les jardins du palais deTatoï, enGrèce, avant d’être transférée aumausolée royal d’Oplenac en2013.
La princesse Alexandra est la fille unique du roiAlexandreIer de Grèce (1893-1920) et de son épouseAspasia Manos (1896-1972). Par son père, elle descend du roiChristian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », et de la reineVictoria Ire du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ». Par sa mère, issue desfamilles Manos etArgyropoulos, Alexandra compte plusieurs princesphanariotes parmi ses ancêtres.
Le, Alexandra épouse, àLondres, le roiPierre II de Yougoslavie (1923-1970), lui-même fils du roiAlexandreIer de Yougoslavie (1888-1934) et de la reineMarie de Roumanie (1900-1961). De ce mariage malheureux naît un enfant :

La princesse Alexandra voit le jour dans un contexte difficile. Cinq mois avant sa naissance, son père, le roiAlexandreIer, est mort d’unesepticémie à la suite d’une morsure de singe survenue dans les jardins deTatoï[1],[2]. La disparition inattendue du souverain a provoqué une grave crise politique enGrèce, à un moment où l’opinion publique était déjà divisée par les événements de laPremière Guerre mondiale et de laGuerre gréco-turque. AlexandreIer ayant conclu unmariage inégal en épousantAspasia Manos[N 1], sa descendance n’est pas dynaste et, faute d'autre candidat au trône, le Premier ministreElefthérios Venizélos est bientôt contraint d’accepter la restauration de son ennemi, le roiConstantinIer, le[3],[4].
Les derniers mois de la grossesse d’Aspasia sont donc entourés d’intrigues. Persuadée de porter un garçon (qui serait prénommé Philippe, comme lepère d’Alexandre le Grand[5]), Aspasia serait, selon certaines rumeurs, décidée à le placer sur le trône après sa naissance[6],[7]. Vraie ou non, cette éventualité inquiète lafamille royale de Grèce, qui craint surtout que la naissance d’un enfant de sexe masculin ne soit instrumentalisée par lesvénizélistes pour raviver la crise successorale. La venue au monde d’une fille, le, est donc un grand soulagement pour la dynastie[N 2] et ConstantinIer et sa mèreOlga acceptent sans sourciller de devenir ses parrain et marraine[8],[9].

Malgré tout, ni Alexandra niAspasia ne reçoivent davantage de reconnaissance officielle : d'un point de vue légal, elles restent au contraire étrangères à lafamille royale. Les choses changent à partir de juillet1922, date à laquelle une intervention de la reineSophie de Prusse permet de lancer un processus législatif visant à reconnaître de façon posthume le mariage d’Alexandre et d’Aspasía. Grâce à ce subterfuge légal, la petite Alexandra obtient le prédicat d’altesse royale et le statut deprincesse de Grèce et de Danemark. Sa mère, en revanche, n’est pas concernée par la loi et reste une simpleroturière aux yeux duprotocole[10].
Humiliée par cette différence de traitement, Aspasia supplie le princeChristophe de Grèce, dont l'épouse roturière a été titrée princesse de Grèce, d’intercéder en sa faveur. Ému par les arguments de sa nièce, ce dernier intervient auprès de la reine Sophie, qui finit par se ranger à son avis. Sous la pression de la souveraine, un décret royal daté du(julien) et publié le(grégorien) confère à Aspasia le rang et le titre d’une princesse, mais pas d’unereine de Grèce[10],[11].
Malgré ces évolutions positives, la situation d’Alexandra et de sa mère ne s’arrange guère. De fait, la Grèce connaît degraves difficultés militaires face à la Turquie et uncoup d’État oblige bientôtConstantinIer à abdiquer en faveur dudiadoque Georges, le[12],[13]. Les choses allant de mal en pis pour le pays, unautre coup d’État pousse le nouveau souverain, sonépouse et sonfrère à partir en exil le. Le25 mars suivant, larépublique est proclamée àAthènes et Aspasia et Alexandra sont alors les seuls membres de la dynastie autorisés à rester vivre en Grèce[10],[14],[15].
Désargentée, Aspasia choisit pourtant de prendre le chemin de l’exil avec sa fille en1924. Les deux princesses trouvent alors refuge auprès de la reineSophie, qui s’est installée à lavilla Bobolina, près deFlorence, peu de temps après le décès de son époux, le. L'ex-souveraine, qui adore Alexandra, est ravie, même si sa situation financière est également délicate[16],[17]. Chez sa grand-mère paternelle, la petite fille passe une enfance heureuse, en compagnie de ses tantes,Hélène,Irène etCatherine de Grèce, ainsi que de ses cousinsPhilippe de Grèce (futur duc d’Édimbourg) etMichelIer de Roumanie, qui sont ses camarades de jeux lors des vacances[18].

En1927,Aspasia et sa fille quittent la reineSophie pour s’installer près d’Ascot, auRoyaume-Uni. Elles sont alors accueillies par sirJames Horlick et sa famille, qui les hébergent dans leur résidence située près de l'hippodrome[19]. Désormais âgée de sept ans, Alexandra est inscrite dans des internats à Westfield et Heathfield (dans leSussex), comme c'est la coutume dans son milieu. Cependant, la princesse vit très mal cette expérience[7],[20]. Séparée de sa mère, elle cesse de s'alimenter et finit par contracter unetuberculose. Alarmée, Aspasia conduit donc sa fille enSuisse pour la soigner[7].
Finalement, les deux princesses s'installent sur l’île de laGiudecca, àVenise, où Aspasia a acquis une petite propriété avec ses économies et le soutien financier des Horlick. Ancienne résidence d’une tante du Premier ministre britanniqueAnthony Eden, la villa et ses3,6 ha de parc fleuri sont surnommésJardin d’Eden, ce qui ravit les princesses grecques[21],[22].

En1935, laDeuxième République hellénique est abolie et le roiGeorges II, oncle d'Alexandra, est restauré sur le trône après unréférendum organisé par le généralGeórgios Kondýlis[23]. Alexandra est alors autorisée à rentrer enGrèce, pays qu'elle n'a pas revu depuis ses trois ans. Bien qu'elle continue à résider àVenise avec sa mère, qui subit toujours l'ostracisme de lafamille royale, la princesse est conviée à toutes les grandes cérémonies qui ponctuent la vie de la dynastie. En1936, elle participe ainsi aux funérailles officielles qui accompagnent le retour des cendres du roiConstantinIer et des reinesSophie etOlga, tous trois morts en exil enItalie. Deux ans plus tard, en1938, elle est conviée aumariage de son oncle, le diadoquePaul, avec la princesseFrederika de Hanovre[24].
C'est pourtant à cette époque qu'Alexandra prend conscience qu'elle n'appartient pas complètement au monde des familles royales. Sa mère doit ainsi réclamer pour elle la part de l'héritage qui lui revient de ses grands-parents paternels. Surtout, Alexandra a la douleur de constater qu'aucun emplacement n'est prévu pour sa mère dans la nécropole royale deTatoï. De fait, lors des cérémonies de 1936, une chapelle est aménagée dans le parc du palais à l'attention de ConstantinIer et de Sophie. La dépouille d'AlexandreIer, qui reposait auparavant dans les jardins avec celle deGeorges Ier, est alors transférée au côté de ses parents dans la chapelle, sans qu'aucun espace ne soit réservé à Aspasia[24].
Désormais adolescente, Alexandra commence à attirer le regard des hommes. En1936, la princesse a seulement quinze ans quand elle reçoit sa première demande en mariage : celle du roiZogIer d’Albanie, qui désire épouser une jeune fille issue dugotha européen afin de conforter sa position dans son pays. Cependant, la diplomatie grecque, qui entretient des rapports compliqués avec l’Albanie à cause de laquestion épirote, rejette cette proposition et Zog finit par épouser la comtesse hongroiseGéraldine Apponyi en1938[25].
Comme toutes les jeunes filles de son milieu, Alexandra participe à de nombreux bals, qui visent à l'introduire dans labonne société. En1937, elle est ainsi présentée àParis, où elle danse avec son cousin leduc de Windsor, installé enFrance avecWallis Simpson depuis sonabdication[25],[26].

Le déclenchement de laguerre italo-grecque le oblige Alexandra et samère à quitter subitementVenise et l’Italie fasciste. Les deux princesses s’installent alors auprès du reste de lafamille royale, àAthènes. Désireuses de servir leur pays dans ce moment difficile, elles s'engagent comme infirmières aux côtés des autres femmes de la dynastie[21],[27]. Cependant, après plusieurs mois de combats victorieux contre lesforces italiennes, laGrèce est progressivement envahie par l’armée duTroisième Reich à partir du. Alexandra et la plupart des membres de la famille royale sont donc évacués du continent le. Après un passage d'une semaine enCrète, où elles essuient des bombardements allemands, Alexandra et sa famille partent ensuite successivement pour l’Égypte et l’Afrique du Sud[28],[29].
Alors que la princesseFrederika et plusieurs autres membres de la famille royale sont contraints de passer laSeconde Guerre mondiale enAfrique du Sud, Alexandra et sa mère obtiennent l'autorisation du gouvernement britannique et du roiGeorges II de Grèce de venir s'installer auRoyaume-Uni[30]. Arrivées àLiverpool à l’automne1941, les deux femmes s’établissent àLondres, dans le quartier deMayfair. Dans la capitale anglaise, les princesses grecques reprennent leurs activités dans laCroix-Rouge[24]. Mieux acceptées que dans leur propre pays, elles sont régulièrement reçues par laduchesse de Kent (née Marina de Grèce) et retrouvent, durant ses permissions, le futurduc d’Édimbourg (né Philippe de Grèce), dont la rumeur veut, un moment, qu’il soit fiancé à Alexandra[31].

Ce n’est cependant pas avec son cousinPhilippe qu'Alexandra noue, à cette époque, une relation amoureuse. En1942, la jeune fille fait la connaissance du roiPierre II de Yougoslavie lors d’un gala d’officiers donné àGrosvenor House. Âgé de19 ans, le souverain vit en exil à Londres depuis l’invasion de son pays par les forces de l’Axe le. Rapidement, les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre et envisagent de se marier, ce qui réjouit fortement la princesseAspasia. Cependant, l'opposition très nette de lamère du souverain et dugouvernement yougoslave en exil, qui jugent indécente la tenue d'un mariage alors que laYougoslavie estdémembrée et occupée, empêche longtemps le projet de se concrétiser. Durant deux ans, les deux jeunes gens se contentent donc de brèves rencontres dans la résidence de laduchesse de Kent[32],[33].
Après un bref séjour de Pierre II auCaire, enÉgypte, le couple finit toutefois par se marier, le. La cérémonie, à laquelle la mère du souverain refuse de participer, se déroule à l'ambassade yougoslave de Londres. Marquée par les restrictions dues à la guerre, elle voit Alexandra arborer une robe de mariée que lui a prêtée LadyMary Lygon, épouse du princeVsevolod Ivanovitch de Russie (lui-même fils de la princesseHélène de Serbie). Parmi les participants à la cérémonie, on compte quatre monarques en exercice (George VI du Royaume-Uni,Georges II de Grèce,Haakon VII de Norvège etWilhelmine des Pays-Bas) et plusieurs autres personnalités dugotha européen, parmi lesquelles les deux frères du marié (Tomislav etAndré) et la mère de la mariée[33],[34].
Désormaisreine de Yougoslavie, Alexandra n'a pourtant que des liens ténus avec son nouveau pays, qui vit sous la botte de l'occupant. En1941, une large portion duterritoire yougoslave a en effet été annexée par lespays de l’Axe. Le prince héritierMichel de Monténégro ayant refusé de rendre vie à son ancien royaume, la région duMonténégro a été transformée en « gouvernorat » par l'Italie fasciste[35]. Enfin, les deux autres principales régions de la Yougoslavie ont été réduites enÉtats fantoches : laSerbie dugénéral Nedich et leroyaume croate desOustachis[N 3]. Comme dans toute l’Europe occupée, les populations civiles yougoslaves subissent les exactions de l’envahisseur et descollaborateurs qui le soutiennent[36]. Mais, comme ailleurs également, des groupes derésistants font peu à peu leur apparition et prennent le contrôle demaquis. Parmi ceux-ci, deux tendances se font jour : celle desTchetniks, conduits par le général monarchisteDraza Mihailovich, et celle desPartisans, dont le chef est le communisteTito[37].
DepuisLondres, legouvernement yougoslave en exil soutient le combat des forces royalistes et nomme Mihailovich général en chef et ministre de la Guerre[38]. Cependant, l'importance des Partisans pousse progressivement lesforces alliées à accorder leur confiance aux communistes et à prêter un crédit de plus en plus limité à Mihailovich, accusé de collaborer avec les forces de l'Axe pour abattre la guérilla communiste[39]. Après laconférence de Téhéran (1943), les Alliés rompent finalement leurs liens avec les Tchetniks[40], ce qui oblige le gouvernement yougoslave en exil à reconnaître lui aussi la prééminence des Partisans. En juin1944, le Premier ministreIvan Subasich place officiellement le maréchal Tito à la tête de la résistance yougoslave et Mihailovich est désavoué[41]. En octobre1944, Churchill etStaline concluent unaccord pour diviser la Yougoslavie en deux zones d'occupation mais, après lalibération deBelgrade par l'Armée rouge et les Partisans, il devient évident que les communistes occupent une place prédominante dans le pays[42]. Une épuration très dure, qui touche les collaborateurs comme les monarchistes, est mise en place[42] ; à la demande de Churchill, Tito accepte en de reconnaître un conseil de régence - qui n'a presque aucune activité - mais s'oppose au retour en Yougoslavie de Pierre II[43], qui doit se résigner à la situation : son exil et celui d'Alexandra se poursuivent donc tandis qu'un gouvernement de coalition dominé par lescommunistes est constitué à Belgrade[44].

Dans ce contexte mouvementé, Alexandra donne naissance à un héritier, prénomméAlexandre, comme ses deux grands-pères,Alexandre Ier de Yougoslavie etAlexandreIer de Grèce. L'accouchement se déroule à l’hôtel Claridge deLondres, le. Afin de permettre à l’enfant de voir le jour sur le sol yougoslave, le Premier ministre britanniqueWinston Churchill autorise toutefois le roiGeorge VI à émettre un décret transformant, pour une journée, la suite 212 de l’hôtel enterritoire yougoslave[N 4],[45],[46]. Quelque temps après, l’héritier du trône est baptisé par le patriarcheGabriel V de Serbie dans l’abbaye de Westminster. Il reçoit pour parrain et marraine le roi George VI du Royaume-Uni et sa fille, la futureÉlisabeth II[47].
Les réjouissances qui marquent la naissance de l’enfant sont pourtant de courte durée. Moins de huit mois après leur entrée dans le gouvernement de coalition,Milan Grol etIvan Subasich démissionnent respectivement de leurs postes de Vice-Premier ministre (18 août) et de ministre des Affaires étrangères (8 octobre) afin de marquer leur désaccord vis-à-vis de la politique du maréchalTito. Face à la montée en puissance des communistes,Pierre II décide, de son côté, de retirer sa confiance au conseil de régence et de reprendre toutes ses prérogatives de souverain de Yougoslavie (8 août). La réponse de Tito ne se fait pas attendre. Le dictateur communiste prive immédiatement la famille royale de saliste civile, ce qui ne tarde pas à avoir des conséquences dramatiques sur la vie du couple royal. Surtout, Tito ordonne l’organisation d’élections anticipées chargées de former une assemblée constituante. La campagne se déroule de manière si irrégulière, au milieu de pressions et de violences de toutes sortes, que l'opposition décide de boycotter le scrutin[48]. Le, c'est donc une liste unique, présentée par les communistes, qui est proposée aux électeurs : alors qu’il n’y avait guère plus de 10 000 communistes dans toute la Yougoslavie avant-guerre, ceux-ci, seuls candidats en liste, obtiennent plus de 90 % des voix lors de la consultation populaire[49].
Réunie pour la première fois le, l’Assemblée constituante vote immédiatement l’abolition de la monarchie et transforme le pays en uneRépublique fédérative populaire de Yougoslavie[49]. Bien qu’aucun référendum n’accompagne cette mutation institutionnelle, le nouveau régime est rapidement reconnu par la quasi-totalité de la communauté internationale,Espagne franquiste mise à part[50].

Désormais sans revenus et sans perspective de retour enYougoslavie,Pierre II et Alexandra doivent se résoudre à quitter la suite de l’hôtel Claridge qu’ils occupaient en alternance avec une demeure située àEgham. Abandonnés par le gouvernement britannique, ils s’installent un temps enFrance, entreParis etMonte-Carlo, puis enSuisse, àSaint-Moritz. De plus en plus désargentés, ils finissent par quitter l’Europe sous l’impulsion de Pierre. En1949, ils s’installent ainsi àNew York, où l’ancien roi espère mener à bien un projet financier. Mais, sans le sou, le couple est contraint de vendre le collier d’émeraudes et quelques autres bijoux d’Alexandra pour payer les dettes qu’il a accumulées[45]. À ces difficultés s’ajoute le fait que le couple se révèle incapable de gérer un budget. Comme elle l’écrit elle-même dans son autobiographie, Alexandra n’a aucune idée de la valeur des choses et elle se révèle rapidement incapable de maintenir un foyer[51].
EnAmérique, Pierre II ne tarde pas à aller à la dérive. Ayant réalisé de mauvais investissements financiers, il perd le peu d’argent qui lui restait. Incapable de s’adapter au quotidien d’un citoyen normal, il plonge peu à peu dans l’alcoolisme et cherche à oublier ses problèmes en multipliant les liaisons avec des femmes plus jeunes que son épouse. De son côté, Alexandra voue un amour à son mari qui vire à l’obsession[52]. Probablement sujette à l’anorexie depuis plusieurs années[7], elle devient de plus en pluscomplexée par son physique et finit par subir uneablation des seins car elle est persuadée que Pierre II ne supporte pas sa poitrine. De plus en plus instable, elle fait sa premièretentative de suicide durant un séjour chez samère, àVenise, à l’été1950[51].
Les relations du couple royal allant de mal en pis, Alexandra utiliseson fils pour faire pression sur son mari et l’enfant est le témoin de scènes très violentes entre ses parents. Balancé de tous côtés, le petit garçon finit par être envoyé, à l'âge de quatre ans, enItalie, chez des amis du couple royal, le comte et la comtesse de Robilant[N 5], grâce à l’intervention de sa grand-mère maternelle. Il y grandit dans une atmosphère beaucoup plus stable et aimante, sans pratiquement recevoir de visites de ses parents[53].

L’année1952 est marquée par d’autres déboires financiers dus aux mauvais investissements dePierre II, et par unefausse couche d’Alexandra. Face à ces nouveaux échecs, le couple revient enFrance, où sa situation ne s’améliore pas. En1953, Alexandra fait une nouvelletentative de suicide àParis, dont elle ne réchappe que grâce à un coup de téléphone de sa tante, la reineFrederika de Grèce[51]. Fatigué par l’instabilité de sa femme, Pierre II finit par lancer une procédure dedivorce devant les tribunaux français. L’intervention de sonfils et duroi et de la reine des Hellènes le convainc toutefois d’abandonner sa demande[54].
Le couple se réconcilie donc un moment et traverse une sorte de seconde lune de miel. Cependant, le besoin d’argent continue à se faire sentir et Alexandra se laisse convaincre par une maison d’édition britannique d'écrire son autobiographie. Avec l’aide d’unnègre littéraire, Joan Reeder, elle publie ainsi, en1956,For Love of a King (traduit l’année suivante en français sous le titrePour l’Amour d’un Roi). Devant le relatif succès du livre et toujours par nécessité financière, Alexandra coécrit en1959 un second ouvrage, consacré cette fois à son cousin, leduc d’Édimbourg. Malgré le caractère très anodin de l’ouvrage, qui ne révèle absolument rien de compromettant sur la vie du mari d’Élisabeth II, le livre provoque la rupture avec lafamille royale britannique, qui s’était toujours montrée très affectueuse avec Alexandra jusqu'alors[55].
Durant quelque temps, le couple s’installe àCannes, tandis que Pierre II maintient unechancellerie àMonte-Carlo. Se considérant toujoursroi de Yougoslavie, l’ex-souverain continue à décerner titres et décorations. Appuyé par quelques monarchistes, comme le « duc de Saint-Bar »[55], il conserve même une ambassade àMadrid[50]. Cependant, la réconciliation du couple royal fait long feu et Pierre II retourne vivre auxÉtats-Unis tandis qu’Alexandra s’installe chez sa mère, auJardin d’Eden[55].
En1963, Alexandra fait une nouvelle tentative de suicide àVenise. Sauvée de justesse par le princeAlexandre, elle passe ensuite une longue période de convalescence, sous les soins constants de sa belle-sœur, la princesseMarguerite de Bade[56]. Une fois rétablie, Alexandra se rapproche à nouveau dePierre II et le couple revient vivre dans la capitale française en1967. Mais, comme auparavant, la réconciliation est temporaire et Pierre II retourne bientôt vivre en Amérique tandis qu’Alexandra reprend ses quartiers dans la villa de sa mère[55].

Le,Pierre II meurt àDenver, auxÉtats-Unis, durant une tentative degreffe du foie. Faute de moyens, sa dépouille est enterrée au cimetière orthodoxe deLibertyville, dans l’Illinois, faisant de Pierre le seul monarque européen à être enterré sur le sol américain (jusqu’au rapatriement de sa dépouille enSerbie en2013). Toujours aussi instable et désargentée, Alexandra n’assiste pas à la cérémonie, qui se déroule dans une relative confidentialité[57].
Deux ans plus tard, le, le princeAlexandre de Yougoslavie, désormais chef de lamaison royale, se marie àVillamanrique de la Condesa à la princesseMaria da Gloria d’Orléans-Bragance, fille du prétendant brésilienPierre-Gaston d'Orléans-Bragance et cousine germaine du roiJuan CarlosIer d’Espagne. Trop fragile émotionnellement, Alexandra n’assiste pas au mariage de son fils et c’est sa cousineOlga de Grèce, veuve du régentPaul de Yougoslavie, qui conduit l’héritier du trône à l’autel[58].
Un mois plus tard, le, c’est au tour de la princesseAspasia de disparaître[57]. Désormais seule, Alexandra finit par vendre leJardin d’Eden en1979[22]. Elle revient alors auRoyaume-Uni à cause de ses problèmes de santé. Elle meurt d'uncancer àBurgess Hill, dans leSussex de l'Ouest, le[57],[59].
Les funérailles d’Alexandra se déroulent àLondres, en présence de sonfils, de ses trois petits-enfants (Pierre, Philippe et Alexandre de Yougoslavie) et de plusieurs membres de lafamille royale de Grèce, parmi lesquels l’ex-roiConstantin II et l’ex-reineAnne-Marie. La dépouille d’Alexandra est ensuite transférée à la nécropole de lafamille royale de Grèce, àTatoï, où elle est alors rejointe par celle de sa mère,Aspasia Manos[60].
Le toutefois, les restes d’Alexandra, dePierre II, de la reineMarie de Roumanie et du princeAndré de Yougoslavie sont transférés enSerbie, dans lanécropole desKarageorgevitch, àTopola, à l’occasion d’une cérémonie officielle à laquelle participent notamment le président serbeTomislav Nikolic et son gouvernement[61],[62].
| 16.Christian IX de Danemark (1818-1906) Roi de Danemark | ||||||||||||||||
| 8.GeorgesIer de Grèce (1845-1913) Roi des Hellènes | ||||||||||||||||
| 17.Louise de Hesse-Cassel (1817-1898) Princesse de Hesse-Cassel | ||||||||||||||||
| 4.ConstantinIer de Grèce (1868-1923) Roi des Hellènes | ||||||||||||||||
| 18.Constantin Nikolaïevitch de Russie (1827-1892) Grand-duc de Russie et Vice-roi de Pologne | ||||||||||||||||
| 9.Olga Constantinovna de Russie (1851-1926) Grande-duchesse de Russie | ||||||||||||||||
| 19.Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911) Princesse de Saxe-Altenbourg | ||||||||||||||||
| 2.AlexandreIer de Grèce (1893-1920) Roi des Hellènes | ||||||||||||||||
| 20.GuillaumeIer d'Allemagne (1797-1888) Kaiser allemand et roi de Prusse | ||||||||||||||||
| 10.Frédéric III d'Allemagne (1831-1888) Kaiser allemand et roi de Prusse | ||||||||||||||||
| 21.Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach (1811-1890) Princesse de Saxe-Weimar | ||||||||||||||||
| 5.Sophie de Prusse (1870-1932) Princesse de Prusse | ||||||||||||||||
| 22.Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861) Prince de Saxe-Cobourg-Gotha | ||||||||||||||||
| 11.Victoria du Royaume-Uni (1840-1901) Princesse royale du Royaume-Uni | ||||||||||||||||
| 23.Victoria du Royaume-Uni (1819-1901) Reine du Royaume-Uni Impératrice des Indes | ||||||||||||||||
| 1.Alexandra de Grèce (1921-1993) Princesse de Grèce | ||||||||||||||||
| 24.Konstantínos Manos (1785-1835) | ||||||||||||||||
| 12.Thrasývoulos Mános (1835-1922) Général de l'Armée grecque | ||||||||||||||||
| 25. SevastiaArgyropoulos (1806-1883) | ||||||||||||||||
| 6.Petros Manos (1871-1918) Colonel de l'Armée grecque | ||||||||||||||||
| 26.Petros Mavromichalis (1819-1852) Militaire et député grec | ||||||||||||||||
| 13. RoxaneMavromichalis (1848-1905) | ||||||||||||||||
| 27. EuphrosineSoutzo (1830-1878) | ||||||||||||||||
| 3.Aspasia Manos (1896-1972) | ||||||||||||||||
| 28.Periklis Argyropoulos (1810-1860) Ministre des Affaires étrangères de Grèce | ||||||||||||||||
| 14.Iácobos Argyrópoulos (1845-1923) Consul de Grèce à Smyrne et Ambassadeur de Grèce à Belgrade | ||||||||||||||||
| 29. AglaiaRosetti (1810-1871) | ||||||||||||||||
| 7. Maria Argyropoulos (1874-1930) | ||||||||||||||||
| 30.Anargyros Petrakis (d. 1892) 1er Maire d'Athènes et ministre grec de la Justice et de la Marine | ||||||||||||||||
| 15. AspasiaPetrakis (????-????) | ||||||||||||||||
| 31. ???? | ||||||||||||||||
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