| Naissance | |
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| Décès | (à 75 ans) Baarn |
| Nom de naissance | |
| Nationalité | |
| Domicile | Noorderstraat 19(d)(- |
| Formation | |
| Activités | |
| Fratrie | Charlotte Jacobs Eduard Jacobs(d) |
| Conjoint | Carel Victor Gerritsen(en) |
| Parentèle | Hans Teengs Gerritsen(d) (neveu) |
| Parti politique | Vrijzinnig-Democratische Bond(en) |
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| Membre de |
Aletta Jacobs, néeAletta Henriëtta Jacobs le àSappemeer et morte le àBaarn, est unemédecin et une militanteféministe etpacifistenéerlandaise. Première femme à obtenir un diplôme universitaire aux Pays-Bas, elle est aussi la première femme médecin diplômée. Elle s'engage pour l’amélioration de la santé des femmes, la promotion de la contraception et du contrôle des naissances. Aletta Jacobs est l’une des meneuses du mouvement pour ledroit de vote des femmes dans son pays mais également au niveau international, où elle s’implique dans l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes(International Woman Suffrage Alliance). Elle joue aussi un rôle déterminant dans la création de laLigue internationale des femmes pour la paix et la liberté et participe activement aumouvement pacifiste.

Aletta Jacobs naît dans une famillejuive àSappemeer, dans la province deGroningue. Elle est la huitième enfant d'une fratrie de onze. Son père est Abraham Jacobs, chirurgien et obstétricien et sa mère, Anna de Jongh. Son père défend depuis son jeune âge le droit à l'enseignement supérieur pour les femmes. Sa sœur,Charlotte, sera la deuxième femme diplômée aux Pays-Bas et son frère, Eduard, le premier maire juif des Pays-Bas[1].
Elle entame des études de médecine à l'université de Groningue à partir de 1871. Pour cela, elle doit demander au ministre libéralThorbecke l'autorisation d'étudier à l'université. L'autorisation est accordée, initialement pour une période d'essai d'un an[2].En octobre 1876, elle poursuit ses études à l'université d'Amsterdam[3],[4].
Elle entretient une correspondance de plusieurs années avecCarel Victor Gerritsen (en), un réformateur qui l'encourage et l'introduisit dans des cercles delibres penseurs,francs-maçons et l'initie aunéomalthusianisme. Ils vivent ensuite en union libre puis décident de se marier le 28 avril 1892, en partie parce qu'ils souhaitent avoir des enfants et aussi à cause de leurs carrières et vies publiques respectives. Aletta Jacobs conserve son nom après le mariage.
Le 9 septembre 1893, elle met au monde un fils, qui ne survit qu'un seul jour à cause de soins médicaux inadéquats[5]. À la même époque, elle ferme ses cliniques gratuites et cesse d'exercer la médecine, lorsqu'elle devient présidente de l'Association néerlandaise pour le droit de vote des femmes.
Carel Gerritsen meurt d'un cancer en 1905. Aletta Jacobs le fait incinérer enAllemagne car lacrémation n'est alors pas possible aux Pays-Bas[6].
Aletta Jacobs n'est pas la première étudiante puisqu'Anne-Marie de Schurman l'a précédée deux siècles plus tôt[3] mais la première à terminer avec succès des études universitaires.
Considérée comme la première femme médecin de son pays en 1878[7], elle obtient un doctorat le 8 mars 1879 avec une thèse intituléeLa localisation des phénomènes physiologiques et pathologiques dans le grand cerveau[8], Aletta Jacobs mène durant toute sa vie une intense activité militante. Favorable à une intervention accrue de l’État dans le domaine de la santé, elle défend le droit des femmes à contrôler leur fécondité à travers lacontraception[9].
Elle se rend à Londres pour approfondir sa formation engynécologie et pédiatrie[10]. Elle y travaille au Saint Mary's Dispensary, une clinique de santé fondée, entre autres, parElizabeth Garrett Anderson, la deuxième femme médecin et chirurgienne de Grande-Bretagne, qui lui fait rencontrerMillicent Fawcett, une féministe et suffragette.
Son ami Carel Victor Gerritsen l'introduit auprès de réformateurs sociaux anglais[11]. Là, elle rencontre, entre autres,Annie Besant,Charles Bradlaugh, Charles Robert Drysdale et Edward Truelove. Drysdale la sensibilise à la question de la prostitution[10].
De retour aux Pays-Bas, Aletta Jacobs ouvre un cabinet à Amsterdam, sur lecanal Herengracht, dans le bâtiment du Werkmansbond, où B.H. Heldt, dirigeant dusyndicat général néerlandais, met plusieurs salles à sa disposition. Elle y tient des consultations gratuites et donne des cours pour les femmes défavorisées[12],[13]. Elle poursuit ces consultation durant quatorze ans[4].
Elle est assistée par l'écrivaine féministeCornélie Huygens pour soigner les femmes et les enfants, les femmes n'étant pas autorisées à soigner les hommes[14],[15]. Elle se préoccupe de la situation des femmes de laclasse ouvrière et des mauvaises conditions dans lesquelles elles vivent et travaillent[13] et constate que les grossesses multiples et rapprochées affectent la santé des mères et provoquent des taux élevés demortalité infantile. Elle est convaincue qu'une contraception fiable allégerait les souffrances et difficultés économiques des femmes et bénéficierait en même temps à la société en évitant la surpopulation[16].
Aletta Jacobs correspond longuement avec le médecin allemand Wilhelm Mensinga, qui a mis au point lepessaire. Convaincue que cesdiaphragmes aideraient ses patients, elle réalise un essai clinique, puis introduit la méthode de contrôle des naissances (encore largement connue des anglophones sous le nom deDutch Cap) aux Pays-Bas[15],[17]. En 1882, elle fonde la première clinique de contrôle des naissances aux Pays-Bas et la première clinique au monde consacrée uniquement à la diffusion d'informations sur la contraception[13],[18].
Son action en faveur de la contraception est fortement critiquée par d'autres médecins, dontCatharine van Tussenbroek, la deuxième femme néerlandaise à obtenir un diplôme en médecine et aussi militante pour le droit de vote, qui estiment qu'elle interfère avec le « plan divin », encourage les relations sexuelles hors mariage et a un impact négatif sur la fécondité et la croissance nationale. Ces critiques considèrent la grossesse non désirée et lesmaladies vénériennes comme une punition appropriée pour le péché[19].« Je ne m'attendais pas à un soutien de la part de mes collègues, mais j'ai tout de même été surprise par l'intensité de la rage. L'entièreté du monde médical semblait me haïr »[20]. Ces attaques lui font douter de la justesse de son action mais elle est consternée par l'hypocrisie de ses détracteurs, qui viennent parfois la consulter ou lui envoient leurs femmes en cachette[20]
Elle est à l'origine également de mesures améliorant les conditions de travail des femmes, comme d'accorder aux vendeuse de grands magasins, le droit de s’asseoir[3].
Elle est membre de laNieuw-Malthusiaanse Bond et adhère à l'association des libres penseursDe Dageraad, où elle fait la connaissance de l'homme politique Carel Victor Gerritsen, du contremaître Bernardus H. Heldt, de l'anarchisteFerdinand Domela Nieuwenhuis, et des écrivainsElise Haighton etTitia van der Tuuk.
En 1883, avec ces deux dernières, elle lance aux Pays-Bas, la première campagne pour lesuffrage des femmes. La loi impose alors une condition de revenu minimum pour pouvoir voter. Comme Aletta Jacobs travaille, elle remplit cette condition et demande à pouvoir voter. Son initiative échoue et se révèle même contre-productive, puisque l'article 80 de la constitution est modifié, réservant désormais explicitement le droit de vote aux hommes[21].
En 1903, Aletta Jacobs devient présidente de l'Association néerlandaise pour le droit de vote des femmes (Vereeniging voor Vrouwenkiesrecht), succédant àAnnette Versluys-Poelman, qui démissionne à la suite de désaccords internes, et le reste pendant seize ans[22].
En 1904, elle se rend àBerlin avec son mari pour assister au congrès duConseil international des femmes (ICW) et se rallie auxsuffragistes dissidentes pour former l'Alliance internationale pour le suffrage des femmes (International Woman Suffrage Alliance, IWSA)[23].
Après la conférence, le couple voyage aux États-Unis. Ils écriventBrieven uit en over Amerika (« Lettres de et sur l'Amérique »), publié en 1906[23].
Carel Gerritsen tombe malade durant ce voyage et décède d'un cancer en 1905. Aletta Jacobs vit difficilement ce deuil mais recommence à militer dès 1906, faisant un voyage à travers l'Empire austro-hongrois avecCarrie Chapman Catt, la présidente de l'IWSA. Elle organise le congrès de l'IWSA à Amsterdam en 1908, le premier à se tenir aux Pays-Bas. Il aura un effet stimulant sur le mouvement suffragiste néerlandais[24].
Elle traduit les livresWomen and Economics deCharlotte Perkins Gilman’s etWomenand Labor d'Olive Schreiner, afin de disséminer les théories socio-économiques féministes aux Pays-Bas[24].
En 1910, invitée par des militants, elle se rend enAfrique du Sud. Elle fait une tournée duCap àJohannesburg, faisant des interventions sur le droit de vote mais aussi sur l'hygiène, l'assainissement, la prostitution et les maladies vénériennes, et l'éducation sexuelle.
En 1911, après la conférence de l'IWSA àStockholm, Aletta Jacobs et Carrie Catt font une tournée internationale de seize mois pour évaluer les positions juridiques et sociales des femmes et encourager les femmes à lutter pour améliorer leur vie. Ce voyage les emmène en Afrique du Sud, auMoyen-Orient, enInde, àCeylan, auxIndes néerlandaises, enBirmanie, auxPhilippines, enChine et auJapon. Aletta Jacobs le finance en le relatant dans des articles pour le journalDe Telegraaf[24],[23].
En 1918, une révision de la Constitution permet aux femmes néerlandaises de se présenter aux élections. Aletta Jacobs est une des premières candidates à se présenter (sans succès) aux élections législatives. En septembre 1919, le plein droit de vote des femmes, pour lequel elle s'est tant engagée, est adopté aux Pays-Bas[25].
Pendant laseconde guerre des Boers, Aletta Jacobs est préoccupée par le sort desAfrikaners et proteste contre lescamps de concentration que les Britanniques y ont installés pour les enfants et les femmes desBoers en guerre[26].
Elle défend une position pacifiste lors de laPremière Guerre mondiale, en étant notamment à l’initiative de laconférence de La Haye de 1915, qui donna naissance auComité international des femmes pour la paix permanente (International Committee of Women for Permanent Peace), devenuLigue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL) en 1919[27].
En tant que présidente de l'Association pour le droit de vote des femmes, Aletta Jacobs assiste aux réunions internationales des femmes de l'Association mondiale pour le droit de vote des femmes. En 1915, la réunion de cette association à Berlin ayant été annulée, en raison de laPremière Guerre mondiale, elle prend l'initiative de réunir uncongrès international des femmes àLa Haye. Ce congrès, souvent appelé « congrès des femmes pour la paix », réunit plus de 1 200 représentantes de douze pays, dontRosa Manus etMia Boissevain et de nombreuses personnalités féminines mobilisées en faveur de la paix[28],[29].

Un comité, futur LIFPL, est fondé durant ce congrès. En septembre 1915, Aletta Jacobs et plusieurs autres femmes se rendent aux États-Unis pour rencontrer le présidentWoodrow Wilson et lui proposer la création d'une Ligue des pays neutres, qui pourrait aider à négocier la fin de la guerre[30].
Depuis qu'elle a cessé d'exercer la médecine, Aletta Jacobs n'a plus de revenus propres et, à la suite d'investissements malheureux, est acculée à la faillite. Elle vit ses dernières années à La Haye grâce à la générosité de ses amis mais continue de s'investir dans son travail social et politique[25].
Fin 1924, son autobiographie,Memories est publiée. Malgré ses problèmes de santé et son âge avancé, Aletta Jacobs continue à voyager et à assister à des conférences internationales sur les droits des femmes, la paix et la planification familiale jusqu'à quelques semaines avant sa mort le[25]. Elle est incinérée àWesterveld, la seule commune des Pays-Bas où la crémation est possible à ce moment-là[31]. Ses cendres et celles de son mari Carel Gerrit reposent dans le cimetière de la commune, sous une pierre tombale conçue par Gra Rueb[31].
Elle a été profondément pleurée par les féministes et les pacifistes du monde entier pour son action, et est toujours honorée comme une héroïne nationale aux Pays-Bas[25].
