Le, il épouseÉlisabeth en Bavière, avec laquelle il partage une vision humaniste et pacifiste de la société. Le roi et la reine forment un couple très vite populaire et donnent une image modernisée de la monarchie, dont ils renouvellent le style. Issu d'une lignée aux racines germaniques et mari d'une princesse allemande, le roi choisit en1914 de défendre son pays, pourtantcréé neutre, et de combattre contre l'invasion allemande, affirmant ainsi le caractère belge desa dynastie.
À partir de laPremière Guerre mondiale, Albert devient l'objet d'un véritable mythe dépassant largement les frontières belges, et les surnoms guerriers deRoi Soldat ouRoi Chevalier lui sont attribués. Après l'armistice de 1918, le roi intervient fréquemment dans les questions politiques belges. En 1919, alors que laConstitution borne ses pouvoirs, il réussit lors de l'entrevue de Lophem à convaincre les hommes politiques belges les plus éminents de la nécessité d'adopter lesuffrage universel masculin pur et simple.
Le roi prône l'égalité effective des deux langues nationales, la reconnaissance de la liberté syndicale, l'extension de la législation sociale et l'essor des sciences. Sur le plan des relations internationales, il accomplit de longs voyages officiels et privés à l'étranger :États-Unis en 1919,Brésil l'année suivante,Indes en 1925, sans oublierCongo en 1928 et en 1932, enfinSyrie etPalestine en 1933.
Passionné d'alpinisme et d'escalade, le roi a réalisé de nombreuses ascensions difficiles dans les Alpes. Le, alors qu'il s'entraîne sur des rochers dans la vallée de laMeuse, il fait une chute mortelle. Son fils aîné lui succède sous le nom deLéopold III.
Le mariage de ses parents àBerlin en 1867 a été décidé, sous les auspices de la reineVictoria, dans le dessein de raffermir la position du récent royaume de Belgique entouré de deux puissantes voisines : laFrance et laPrusse. C'est donc une princesse prussienne, dont le père,Charles-Antoine de Hohenzollern, est très influent en Allemagne, qui a été choisie pour épouser le frère du roi Léopold II[BB 2]. Le prince Albert est donc imprégné dès l'enfance par une double influence culturelle : belge et germanique. N'ayant pas connu ses grands-parents paternels, Albert tisse des liens étroits avec sa famille Hohenzollern[BB 3].
La vie familiale du jeune Albert est rythmée par des séjours réguliers audomaine des Amerois situé enArdenne belge méridionale. Cet imposant château entouré de plus de six cents hectares de terres, situé à dix kilomètres deBouillon, a été acquis par le comte de Flandre pour que son épouse puisse retrouver une atmosphère lui rappelant saSouabe natale[1]. Les Flandre, parents et enfants, y demeurent durant tout l'été avant de se rendre durant deux mois environ dans les propriétés allemandes des grands-parents Hohenzollern : auchâteau de Sigmaringen ou àcelui de Krauchenwies[BB 4].
À l'instar de ses frère et sœurs, Albert reçoit une instruction dispensée à domicile. Les horaires des cours sont denses, au point que la reine Victoria recommande à son cousin Philippe de ne pas trop faire travailler ses enfants[BB 5]. Lors des vacances aux Amerois, le programme scolaire est légèrement réduit, mais la comtesse de Flandre est très exigeante pour tout ce qui regarde l'éducation, l'instruction et la religion. Baudouin étant un élève appliqué et doué, Albert, en contraste, donne trop souvent une image de dilettante[BB 6]. Au début de l'année 1888, Albert est placé sous la direction d'un gouverneur militaire :Harry Jungbluth, unprotestant dont la philosophie compense quelque peu les idées issues de la mouvance catholique très présentes chez les Flandre. Jungbluth accompagne Albert dans tous ses déplacements, notamment lors de sa visite de latour Eiffel en 1889. L'année suivante, Albert se prend d'une passion pour la bicyclette qui lui permet de se déplacer incognito à la ville comme à la campagne[TH 1]. Brutalement, l'harmonie familiale est interrompue par la mort soudaine le, des suites d'unepneumonie, du prince Baudouin[BB 7].
De 1893 à 1909, le prince Albert, en sa qualité de sénateur de droit, prononce plusieurs discours relatifs à l'amélioration de l'infrastructure navale, ferroviaire et routière du pays. Albert se rapproche de Jules Bosmans, autrefois précepteur duprince Baudouin. Bosmans, docteur en droit de l'Université de Louvain, devient son confident et son guide ; il sensibilise le prince à la question sociale[TH 3]. En 1895, Albert rédige une petite brochure — aujourd'hui disparue — dans laquelle il analyse les différents principes économiques et propose des solutions pour améliorer la condition de laclasse prolétaire sans recourir ausocialisme[TH 4]. Sa sœurHenriette remarque au sujet d'Albert :« Il a un intérêt passionné pour tout ce qui touche l'ouvrier, à sa vie et à son bien-être[TH 5]. » En effet, Albert n'hésite pas à fréquenter une table decabaret ou à visiter uncharbonnage comme àSeraing en 1897, où il descend dans un puits de mine à six cents mètres sous terre[WI 1].
Au printemps 1898, Albert effectue un voyage enAmérique du Nord qui le mène d'abord auxÉtats-Unis[VA 2] puis auCanada. Ce périple de quatre mois (du au) le conduit successivement àWashington,New York,Boston,Philadelphie,Los Angeles,San Francisco,Salt Lake City,Denver,Chicago,Pittsburgh,Toronto,Ottawa, et enfin auQuébec où il visite notammentMontréal[N 6]. Ce voyage très formateur offre au jeune homme l'opportunité d'acquérir des connaissances nouvelles et de rencontrer une société très différente de celle qu'il côtoyait en Europe. Il entre en effet en contact avec les milieux politiques et financiers américains. Il est autant impressionné par le degré d'industrialisation que par les beautés naturelles des lieux qu'il visite[TH 6].
Lors d'un séjour àNeuilly-sur-Seine chez sa sœurHenriette[N 8], Albert rencontre deux princesses en Bavière :Élisabeth et sa sœurMarie-Gabrielle, cousines germaines du mari d'Henriette. La plus jeune est déjà fiancée[N 9], mais Albert est libre de demander la main de l'aînée. Élisabeth, d'un an la cadette d'Albert, a passé une jeunesse insouciante dans la chaleur familiale du foyer formé par ses parents :Charles-Théodore duc en Bavière etMarie-Josèphe infante de Portugal. Homme organisé, passionné par les sciences, le père d'Élisabeth exerce une influence considérable sur sa fille. Ayant perdu très tôt sa première épouse, il a quitté ses fonctions d'officier de cavalerie, pour se consacrer à lamédecine, Charles-Théodore se spécialise enophtalmologie et réalise plus de 5 000 opérations de lacataracte. Élisabeth, au caractère vif, a appris plusieurs langues, s'adonne volontiers au tennis et voue une passion pour la musique, encouragée par ses parents, qui forment un couple princier atypique[BE 3].
Bien que la princesse soit issue de lamaison de Wittelsbach, une des plus anciennes dynasties d'Europe, et qu'elle soit la nièce de l'empereurFrançois-JosephIer d'Autriche, dugrand-duc héritier de Luxembourg et duduc de Parme, les parents d'Albert ne manifestent aucun enthousiasme pour une alliance de leur fils avec une princesse dont la famille est réputée excentrique[BE 4]. Toutefois, au printemps 1900, Albert ose faire sa demande en mariage :« Croyez-vous que vous pourriez supporter l'air de la Belgique ? ». Après que le roi Léopold II a donné son accord, leurs fiançailles sont conclues àFontainebleau le. Au terme de plusieurs mois de négociations, uncontrat de mariage est signé : Albert jouira d'une rente annuelle de 250 000 francs octroyée par son père, à laquelle s'ajoute celle accordée par le roi qui se chiffre à 120 000 francs. Les noces d'Albert et Élisabeth sont célébrées àMunich le[BE 4].
Léopold (futurLéopoldIII), prince de Belgique, duc de Brabant, né le et mort le, roi des Belges de 1934 à 1951 ;
Charles, prince de Belgique, comte de Flandre, régent du royaume de 1944 à 1950, né le et mort le[N 10] ;
Marie-José, princesse de Belgique, reine d'Italie (1946), née le et morte le. Elle épouse leHumbert deSavoie ( -), prince héritier d'Italie. Elle devient ensuite reine d'Italie durant seulement un peu plus d'un mois (du au), ce qui lui confère le surnom de « Reine de mai ».
L'acte par lequel Léopold II approuve le mariage du prince Albert ne porte aucuncontreseing ministériel, contrairement aux prescriptions desarticles 85 et106 de laconstitution. En, après l'accession au trône d'Albert, un avocatgantois,Alfons Jonckx, avance la thèse que de ce fait, le prince Albert est déchu de ses droits au trône[VA 1]. DansLe Soir du,Auguste Beernaert rectifie les propos de Jonckx en affirmant : « le consentement du roi intervenant au contrat de mariage n'est pas discutable, le consentement des ministres assistant aux cérémonies ne l'est pas moins », mais concède qu'il y a en effet eu, étant donné l'absence d'un arrêté royal, « un accroc théorique à la lettre de la Constitution », ajoutant ironiquement que « personne n'a été lésé »[4].
Un an après leur mariage[BP 2], Albert et Élisabeth quittent lepalais du comte de Flandre, où ils vivaient provisoirement et ne se plaisaient pas en raison d'un manque d'intimité[BP 3], pour s'installer à l'hôtel van der Noot d'Assche rue de la Science (occupé depuis 1948 par leConseil d'État). Devenus plus indépendants, Albert et Élisabeth entretiennent désormais de meilleures relations avec le comte et la comtesse de Flandre[BP 4].
Le couple, rapidement parent de trois enfants, mène une vie simple, sans grand apparat. Les visites d'Albert et Élisabeth recueillent beaucoup de succès dans le pays. Ce couple jeune et uni forme un contraste singulier et involontaire avec le couple royal. Le comte de Flandre écrit en :« Les visites d'Albert en province font le meilleur effet. Il s'en tire très bien et avec à propos et la petite [Élisabeth] fait bon effet. Qui l'aurait cru ? On [LéopoldII] n'aime pas en haut lieu que les acclamations aillent à d'autres qu'à son auguste personne[BP 5]. » Dès leur plus jeune âge, les enfants d'Albert participent à des manifestations populaires telles que le « Longchamps Fleuri » à Bruxelles[5]. Cette image de bonheur familial constitue l'un des piliers de la popularité d'Albert Ier[VA 3].
Le prince Albert au meeting d'aviation d'Anvers s'apprête à voler à bord du dirigeableZodiac le.
Albert, féru de nouvelles technologies, n'hésite pas à emprunter les moyens de transport récemment créés. Il acquiert un tricycle à pétrole, puis une automobile (en 1901) qu'il conduit avec fougue. Le, il profite d'un séjour àParis pour effectuer, au départ de Saint-Cloud, sa première ascension enballon libre. Le, il accomplit un vol au-dessus du terrain d'aviation d'Anvers à bord d'undirigeable[6],[7]. Albert et Élisabeth fréquentent peu le roiLéopoldII, qui séjourne souvent enFrance et dont ils ne partagent pas les vues en divers domaines, estimant que le roi ne tente rien pour soigner sa popularité[TH 7].
L'une de ses premières initiatives en tant que prince héritier est la création en 1906 de l'Œuvre royale IBIS, une institution visant à améliorer l'instruction des orphelins de pêcheurs défavorisés toujours active en 2020[VA 4]. Le prince Albert s'intéresse toujours aux questions sociales lorsqu'elles se posent concrètement. Ainsi, la prochaine mise en exploitation degisements houillers dans leLimbourg en 1908 requiert d'accueillir une immigration ouvrière massive dans une région à faibledensité de population. Revenant deBirmingham, où il a visité unecité-jardin, Albert se déclare partisan de ce type de logements, dont l'édification permettrait de résoudre la question de la surpopulation qui va se poser sous peu dans le Limbourg[TH 8].
Albert est intéressé depuis des années par leCongo belge. Passionné par les récits de ceux qui s'y sont rendus et interpellé par les controverses acerbes qui s'étaient exprimées, Albert décide de juger par lui-même de la situation. Il débute donc le un périple de 80 jours au Congo belge. Si la traversée de l'Afrique australe constitue plutôt un voyage d'agrément, à partir de Broken Hill (Kabwe), le prince accomplit une véritable expédition. Il parcourt près de 4 000 km à pied, à vélo et enbaleinière. Albert désire réduire à leur minimum les formalités protocolaires. Officiellement, il témoigne àson oncle de son« émerveillement pour la belle contrée dont vous avez fait une colonie belge[TH 9]. » Cependant, dans ses carnets de voyage, il critique violemment la politique d'exploitation de la colonie mise en place par Léopold II et exprime ses craintes face aux ambitions d'expansionbritanniques[8],[VA 5].
Le le roiLéopoldII meurt d'uneembolie foudroyante auchâteau de Laeken. Enprêtant le serment constitutionnel, Albert devient letroisième roi des Belges. Il est immédiatement confronté à un dilemme : le défunt roi avait exprimé la volonté que seuls Albert et les gens de sa maison suivent son convoi funéraire. Il transgresse les consignes et mène le deuil avec la pompe royale requise lors de funérailles solennelles célébrées à Bruxelles le[TH 10].
Le roi tente, dès le début de son règne, de rapprocher la monarchie du peuple, notamment en supprimant l'escorte armée qui le séparait de la foule et en autorisant des journalistes à l'accompagner dans ses déplacements. En termes d'image, le couple qu'il forme avec la reine offre une impression de modernité. Leurs personnalités sont contrastées, mais la réserve d'Albert et la spontanéité d'Élisabeth sont complémentaires. Ils partagent la mêmevision humaniste de la société. Albert sollicite les encouragements de son épouse et lui demande de le seconder :« Tu as tout pour remplir ce rôle-là : cœur, intelligence, tact et grâce. Fais-le ! C'est vraiment du fond du cœur un appel que je t'adresse au nom de l'amour si sincère qui nous unit et qui pourrait trouver des voies nouvelles si fécondes[BE 5]. » À la reine qui s'implique tout particulièrement dans la vie artistique et intellectuelle du royaume, le roi donne une véritable visibilité médiatique[VA 9].
Les neuf souverains à Windsor lors des funérailles du roiÉdouardVII le - le roi Albert est debout à l'extrême droite (photographieW. & D. Downey).
Le, le souverain inaugure l'Exposition internationale et universelle de Bruxelles qu'il clôture le[VA 10]. Cette année 1910 est placée sous le signe desrelations internationales car en mai, neuf souverains européens, dont le roi Albert, se rendent aux funérailles du roiÉdouardVII àWindsor. En octobre, le roi Albert reçoit la première visite officielle d'un chef d'État de son règne : l'empereur allemandGuillaumeII et l'impératrice se rendent en Belgique. À cette occasion, les observateurs soulignent la cordialité qui règne de nouveau entre les deux maisons souveraines car les relations avec lesHohenzollern s'étaient quelque peu relâchées à la fin du règne deLéopoldII[TH 13].
Le, le roi renoue avec la tradition des discours du trône, abandonnée parLéopoldII. À cette occasion, le roi à cheval et la famille royale traversent Bruxelles, sous les acclamations de la foule. Sur son parcours, dessocialistes distribuent des tracts en faveur dusuffrage universel. À son arrivée auParlement, les députés socialistes crient : « Vive le suffrage universel ! » Le discours du roi porte sur l'encouragement des arts, le développement de l'enseignement, l'octroi de la personnalité civile auxuniversités libres, les pensions de vieillesse et tout particulièrement celles des anciens travailleurs des charbonnages, ainsi que la réforme descontrats de travail[VA 12].
Au printemps 1911, le roi et la reine séjournent incognito enÉgypte et auSoudan. À leur retour, le pays est en pleine agitation à la suite du dépôt d'un projet de loi sur l'enseignement, surnommée « loi du bon scolaire », par le gouvernement deFrans Schollaert. Ce projet émanant des catholiques vise, aux dires de leurs opposants, à étendre les subventions aux établissements scolaires qu'ils dirigent et ravive dès lors d'anciennes querelles entre catholiques et socialistes en matière d'enseignement[9]. Le roi tente d'abord la modération en consultant le président de la ChambreGérard Cooreman et les ministres d'ÉtatAuguste Beernaert etCharles Woeste. Le, il a un entretien assez houleux avec le chef du cabinet Frans Schollaert. Le projet de loi scolaire est abandonné le lendemain. Le, le ministère remet sa démission[BA 1]. Le roi tente de confier la conduite d'un nouveau gouvernement àGérard Cooreman, avant de faire appel àCharles de Broqueville[BA 2],[N 11].
Bien que sous contrôle belge depuis 1884, les ressources minières duKatanga, province congolaise particulièrement riche encuivre, échoyaient aux mains des Anglais, qui pénétraient aisément jusqu'aux gisements à la faveur de leurs chemins de fer performants. Le roi Albert, grâce à l'appui de l'industrielErnest Solvay, envoie successivement deux missions dont les rapports mettent en évidence le problème des voies de communication. Au départ de l'embouchure duCongo, on ne pouvait atteindre le Katanga qu'en suivant un trajet par voie fluviale et ferroviaire de plus de 3 000 kilomètres requérant six transbordements, ainsi qu'une marche de 350 kilomètres en caravane. Par conséquent, le débouché naturel des exportations katangaises était dirigé vers l'Afrique du Sud au profit des colons anglais. Le roi ne se satisfaisant pas de cette situation exige de son chef de cabinet une explication nette sur l'état exact des concessionnaires de chemin de fer. Grâce au rapport reçu par son ministre, le roi sait désormais à quoi s'en tenir et réussit à déterminer la voie la plus courte (le chemin de fer duBenguela) pour acheminer le minerai de cuivre et donc recueillir des rendements plus favorables à la Belgique[TH 14].
En 1911, le roi s'oppose à une proposition de laFrance, qui suggérait à la Belgique de lui donner àbail la rive gauche duCongo sur plusieurs centaines de kilomètres, en échange de la reconnaissance de la souveraineté belge sur le Congo par leRoyaume-Uni, allié de la France[TH 15]. En 1912, un syndicat germano-britannique d'études hydrographiques est fondé dans le but de créer unchenal entreStanley Pool etMatadi. La création de ce chenal revenait à remettre en mains étrangères le passage vers le Congo. Une fois encore, le roi intervient directement afin de sauvegarder les intérêts belges en Afrique : en, pour contre-peser l'influence allemande, la Belgique, qui ne dispose pas des fonds nécessaires, demande habilement à laFrance d'entrer dans le capital du syndicat germano-britannique[VA 13].
En Europe, la tension internationale belliciste augmentant, les pays commencent à conclure des alliances et à fourbir leurs armes.La comtesse de Flandre, mère du roi, meurt le. L'empereur allemand envoie son fils aînéle Kronprinz pour le représenter lors des funérailles qui ont lieu à Bruxelles quatre jours plus tard. Un témoin rapporte la fâcheuse impression laissée par le représentant allemand : lors de la réception à l'issue du déjeuner donné à Bruxelles, les princes européens conversent amicalement. Seul le Kronprinz se tient à l'écart, la main sur son sabre, ne parlant à personne ; alors que durant l'office funèbre, il ne cessait, en dépit de la proximité du roi, de s'agiter et d'adresser la parole à son voisin le princeRupprecht de Bavière qui, lui, restait digne[10]. En 1913, le roi Albert se rend enFrance (en avril) et enAllemagne (en novembre) pour rappeler à ses voisins laneutralité de la Belgique et pour les prévenir que s’ils violaient le territoire belge, le pays se défendrait. À l'empereur allemand qui lui rappelle son ascendance germanique, le roi répond : « Je suisSaxe-Cobourg, je suis aussiOrléans, mais je ne saurais oublier que je suis surtout belge[11] ! »
En, il impose avec l'aide du chef du cabinet Charles de Broqueville l'autonomie du haut commandement de l'armée et, en novembre, leservice militaire obligatoire pour tous[VA 14] par extension d'une loi signée par son prédécesseurLéopoldII sur son lit de mort en 1909 et qui prévoyait le service militaire d'un fils par famille. Cette mesure porte le contingent de l’armée de 180 000 à 340 000 hommes. La même année, unegrève générale est déclenchée en vue d'obtenir lesuffrage universel. À cette occasion, une partie de la presse socialiste appelle le roi à intervenir en faveur de leur lutte (par exemple en dissolvant les chambres), mais le souverain n'agit pas[VA 15].
Le, leReich adresseun ultimatum à la Belgique, pays pourtant neutre à l'instar duGrand-duché de Luxembourg voisin : l’empereur allemandGuillaumeII réclame le libre passage de ses troupes, faute de quoi la Belgique serait considérée comme ennemie. Devant le Conseil des ministres, le roi déclare que l'ultimatum est inacceptable et qu'il faut se défendre. La décision de refuser l'ultimatum est prise conjointement par le roi etCharles de Broqueville. LeConseil de la Couronne se réunit peu après. Les discussions sont animées et plusieurs options sont envisagées par les ministres : laisser passer les Allemands, protester pour la forme ou résister. Finalement, dans l'indignation générale et suivant les arguments du ministre d'ÉtatJules Van den Heuvel, tous se rallient à l'avis du roi : résister à l'Allemagne et faire appel aux puissances garantes de la neutralité de la Belgique dès que les frontières seront violées[VA 16],[VA 17],[12].
En même temps, dès les premiers jours d'août, leCongo belge est mis en état de se défendre par des transferts de fonds, par la mise en alerte de la Force publique africaine et par l'organisation de communications maritimes indépendantes de la Belgique permettant de maintenir des relations économiques entre le domaine colonial belge et le reste du monde, quelle que soit l'évolution de la guerre en Belgique. C'est le secrétaire général du ministère des coloniesPierre Orts qui, de Bruxelles, gère autoritairement la politique de défense de la Belgique en Afrique, fort du soutien du roi[13].
Schéma montrant l'idée d'ensemble duplan Schlieffen de 1905 (différent decelui appliqué en 1914) : sont indiqués les axes d'offensive desarmées, ainsi que les différentesfortifications allemandes (en rouge), belges et françaises (en bleu).
Le, à 8 heures du matin, les Allemands pénètrent dans le territoire belge. Conformément auplan Schlieffen, l'armée allemande viole laneutralité belge. La nouvelle n'est pas encore connue quand, à 10 heures, le roi, vêtu d'une tenue de général de campagne, traverse Bruxelles à cheval au milieu d'une foule enthousiaste et vient prononcer un discours devant leParlement :« Un pays qui se défend s'impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. J'ai foi en nos destinées. » Il est acclamé par l'ensemble des députés[VA 18],[VA 17]. Alors que le prince héritierRupprecht de Bavière, beau-frère du roi, est le commandant en chef des troupes allemandes enLorraine, la résistance de la Belgique et particulièrement de son roi à l'envahisseur surprend une grande partie de l'Europe, notamment parce que les souverains belges, membres de lamaison de Saxe-Cobourg et Gotha et alliés aux maisons deWittelsbach, deHabsbourg-Lorraine et deHohenzollern, étaient toujours considérés comme des « princes allemands »[VA 19].
Après son discours devant les chambres, le roi rejoint immédiatement le grand quartier-général et prend le commandement effectif de l'armée[VA 20]. L'armée belge résiste à l'attaque allemande, notamment lors de combats menés par les troupes de campagne devant les forts deLiège. L'armée belge retient ainsi 150 000 soldats ennemis, privant de la sorte le haut commandement allemand de troupes pour mener pleinement son offensive contre la France. Après avoir dû abandonner les forts de Liège et remporté une victoire à labataille de Haelen, l'armée belge se retire à la fin août dans la place forte d'Anvers, réputée une des plus efficaces d'Europe grâce à ses trois ceintures concentriques de forteresses. Au cours de trois sorties, les troupes de campagne s'appuyant sur les forts parviennent à tenir l'armée allemande en respect[TH 16].
Sous l'indignation internationale, l'armée allemande, tout au long de sa progression, sème la terreur parmi la population belge : des massacres d'hommes, de femmes et d'enfants sont perpétrés sous le prétexte d'attaques de francs-tireurs. La ville deDinant est mise à sac lors de violences préméditées contre les civils. Les troupes allemandes incendient des maisons et exécutent des civils dans tout l’est et le centre de la Belgique, y compris àAarschot (156 morts),Andenne (211 morts),Seilles (383 morts) et à Dinant (674 morts). Les 21, 22 et, lors dumassacre de Tamines, l’armée allemande tue, à coups de baïonnettes, de gourdins et de haches, 613 habitants, avant de se livrer à un pillage intensif de la ville. Le, l’armée allemande ravage la ville deLouvain et met le feu à sabibliothèque universitaire riche de230 000 livres, 800 incunables et 950 manuscrits[14], tandis que 248 habitants sont tués[15]. Ces actions sont fermement condamnées dans le monde entier[16].
Pour les protéger, le roi envoie ses enfants en Grande-Bretagne. Ils embarquent avec la reine le 31 août pourDouvres et sont mis à l'abri chezLord George Curzon. Une semaine plus tard, Élisabeth revient auprès du roi. Tout au long de la guerre, elle jouera le rôle d'intermédiaire entre son mari et les autorités britanniques lorsqu'elle rendra visite à ses enfants restésOutre-Manche[BE 6]. Pour échapper à l'encerclement, les renforts promis par le Royaume-Uni n'arrivant pas, le roi Albert ordonne la retraite. Certains auteurs, dontMarie-Rose Thielemans, avancent qu'à cette occasion le roi avait envisagé de capituler.Henri Haag affirme le contraire, en se basant sur une riche documentation[VA 16]. Après avoir dûévacuer Anvers le 10 octobre, l’armée belge se retranche finalement derrière l’Yser, le. Elle yrésistera quatre années aux côtés des Britanniques et des Français jusqu'à l'offensive victorieuse qui libérera la Belgique en 1918[RE 1].
Pendant toute la guerre, le roi refuse de suivre legouvernement belge, qui s'est réfugié enFrance àSainte-Adresse, dans la banlieue duHavre, et il reste à la tête de l’armée pour la diriger. Il établit son quartier-général àLa Panne, où la reine le rejoint. Il visite fréquemment le front. En tant que commandant en chef de l'armée, il estime pouvoir la diriger sous sa seule responsabilité, c'est-à-dire sanscontreseing ministériel, en vertu de l'article 68 de laConstitution qui dispose : « Le roi commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait les traités de paix, d'alliance et de commerce[TH 17],[VA 21] ». Le généralde Selliers de Moranville est écarté et son poste de chef d'état-major est supprimé.Charles de Broqueville n'est pas du même avis et juge qu'en tant que ministre de la Guerre, il est responsable devant le pays des actes posés par le roi, en vertu de l'article 64 (« Aucun acte du roi ne peut avoir d'effet, s'il n'est contresigné par un ministre, qui, par cela seul, s'en rend responsable »). Cette différence d'interprétation cause de fréquentes dissensions entre le chef du cabinet et l'état-major, voire le roi lui-même[BA 4]. Progressivement unmodus vivendi s'établit[17] : le roi prend les décisions militaires en se passant du contreseing ministériel, mais il consulte son ministre[VA 21].
Durant tout le conflit, le roi défend un statut particulier pour la Belgique vis-à-vis desAlliés : selon lui, elle n'était pas un Allié en tant que tel, mais un Étatneutre secouru par ses garants à la suite de l'agression allemande, conformément à ce qui était prescrit par letraité desXXIV articles[VA 22]. Cependant, la Belgique se devait d'être fidèle aux alliés britannique et français, qui lui avaient porté secours en tant que garants et, à ce titre, de rester liée à eux jusqu'à la libération de son territoire, à l'exclusion d'une paix séparée. C'est ainsi que, dès 1914, en application de cette solidarité, le roi décide d'envoyer des troupes duCongo belge pour appuyer lesFrançais en lutte contre les Allemands auTogo. En 1915 et 1916, agissant en toute indépendance dans l'Ouest de l'Afrique orientale allemande, les troupes coloniales belges remportent les victoires deTabora et deMahenge, tandis que les Britanniques s'emparent du Nord et de l'Est[18].
En, le roi Albert autorise son fils leprince Léopold, âgé de treize ans, à s'engager au12e régiment de ligne, où il sert commecaporal durant six mois. Cette implication directe de l'héritier du trône en qualité de simple soldat et le rôle d'infirmière que joue durant les quatre années du conflit la reine auprès des blessés de guerre hospitalisés dans l'ambulance de l'Océan à La Panne contribuent à sceller un lien fort entre la population belge et la dynastie[VA 23].
De bonne heure, le roi se montre partisan de l'élargissement du gouvernement à des membres de l'opposition libérale et socialiste. Charles de Broqueville accepte finalement l'entrée le desministres d'État de l'opposition dans son gouvernement. Mécontents, deux ministres catholiques,Joris Helleputte etArmand Hubert, remettent leur démission au roi, qui la refuse[VA 24]. La même année, les Allemands, qui occupent les neuf dixièmes de la Belgique et y imposent un gouverneur, décrètent lascission administrative entre laFlandre et laWallonie[VA 24]. En 1917, leConseil de Flandre instauré par l'occupant proclame la déchéance du roi Albert, suivant les arguments juridiques autrefois avancés parAlfons Jonckx à propos de la prétendue illégalité de son accession au trône[VA 25].
Le, desfrontistes adressent au roi une lettre ouverte réclamant une réforme linguistique au sein de l'armée. En effet, la langue du commandement était exclusivement le français. Le roi, pourtant convaincu de la nécessité dubilinguisme dans les divers secteurs de la société, n'y donne cependant pas suite, car il estime que cette réforme est impossible à mener en temps de guerre[19].
Jusqu'à la fin de 1918, le roi ne croyait pas certaine la victoire alliée car l'échec des grandes offensives assorties de leurs hécatombes inutiles montraient, pensait-il, que la guerre ne pourrait être gagnée sur le terrain[TH 18],[VA 26]. Déjà, en 1915-1916, il contacte secrètement son beau-frère le comteHans Veit zu Toerring-Jettenbach, pour connaître les intentions de l'Allemagne. Des tentatives sont également entreprises par l'entremise du princeSixte de Bourbon-Parme et de son frèreFrançois-Xavier de Bourbon-Parme, cousins germains de la reine et frères de l'impératrice d'Autriche, qui combattent tous deux dans l'armée belge mais qui ont de la famille dans le camp des empires centraux.
Marie-Rose Thielemans voit dans ces tractations des négociations secrètes de paix. Cependant, aux yeux d'Henri Haag, ces contacts n'ont d'autre objectif que d'évaluer les conditions nécessaires à une paix de réconciliation générale, sans que la Belgique ne prenne aucun engagement, si ce n'est celui d'exiger la reconquête de son indépendance et l'indemnisation des pertes considérables humaines et matérielles que l'invasion allemande avait causées[VA 27].
Le 7 février 1916, le roi reçoit à La Panne LordGeorge Curzon, membre du cabinet de guerre britannique, et sirDouglas Haig, commandant en chef des forces britanniques en France. Tous deux proposent un plan pour reconquérir la Belgique : l'armée belge devrait être solidement encadrée par l'armée britannique avant une offensive de choc pour briser la ligne allemande par le pilonnage de lacôte belge par laRoyal Navy qui permettrait de foncer à travers la Belgique. Le roi Albert, qui espérait convaincre la Grande-Bretagne qu'une paix de compromis valait mieux qu'une longue guerre même victorieuse, s'oppose radicalement à ce plan[TH 19].
En 1916,AlphonseXIII d'Espagne demande à Albert Ier une audience pour son ambassadeur lemarquis de Villalobar. Celui-ci avait reçu du chancelier allemandBethmann Hollweg une proposition de paix séparée entre l'Allemagne et la Belgique : les troupes allemandes évacueraient la Belgique, lui rendraient son indépendance et l'Allemagne l'indemniserait pour les dommages subis. Le roi refuse, en accord avec son gouvernement, de recevoir le diplomate espagnol, par loyauté envers les Alliés et parce qu'il croit qu'une paix séparée est irréalisable pratiquement[BA 5],[VA 27]. Durant la guerre, des socialistes des deux camps ennemis, voulant raviver la camaraderie de l'Internationale, avaient établi des contacts àStockholm, mais sans suite. Le négociateur belge étaitCamille Huysmans[20].
Le, Charles de Broqueville remet la démission de son cabinet, probablement en raison du mécontentement du roi auquel il a rappelé que le commandement de l'armée est une prérogative gouvernementale et requiert par conséquent le contreseing ministériel[21]. Début, de Broqueville reçoit pourtant un message du roi lui témoignant sa reconnaissance pour les services rendus[BA 6]. Albert Ier chargeGérard Cooreman de former un nouveau cabinet. Celui-ci accepte par devoir patriotique et précise qu'il remettra sa démission dès la fin des hostilités. Contrairement à son prédécesseur, il laisse le roi conduire seul les affaires militaires[BA 7].
Jusqu'en 1918, le roi refuse de rejoindre le commandement unique interallié et de participer aux grandes offensives meurtrières de laSomme, deVerdun et dePasschendaele. Ce choix permet de limiter le taux de mortalité dans l'armée belge à 1 sur 50, bien différent, par exemple, de celui de 1 sur 6 dans l'armée française[VA 28]. En, lorsqu'il est enfin convaincu de la victoire finale des Alliés à la suite de leur offensive victorieuse, il accepte, sur l'avis de son conseiller constitutionnel et diplomatiquePierre Orts, le commandement unique interallié[TH 18] et ordonne en d'engager l'offensive contre l'armée allemande dans les Flandres. Après la victoire de la forêt d'Houthulst et au bout de deux mois de combats qui ont repoussé l'ennemi jusqu'àGand, l'armée belge et le roi entrent dans cette ville, où leur parvient la nouvelle que l'Allemagne vient de signer l'armistice de Compiègne. Le bilan des victimes humaines belges militaires et civiles s'élève entre 75 000 et 130 000, dont 36 000 à 46 000 tués[22].
Le soir du, le roi reçoit auchâteau de Lophem où il s'est installé depuis le 24 octobre chez les barons van Caloen,Gérard Cooreman, chef de cabinet,Paul-Émile Janson, députélibéral de Bruxelles, etÉdouard Anseele, députésocialiste deGand. Après le départ de Janson et d'Anseele, le roi demande à Cooreman de convoquer le surlendemain des hommes politiques et des personnalités influentes restés au pays pendant la guerre. Ces personnalités appartiennent presque toutes à la gauche. À la suite de ces consultations, le roi propose, probablement à la suite d'une suggestion d'Émile Francqui, de confier àLéon Delacroix, un catholique inconnu du grand public,bâtonnier de l'ordre des avocats, la mission de constituer ungouvernement d'union nationale pour un mandat d'un an renouvelable. Tous les conseillers se rallient à cette proposition[GE 1].
Après quarante-huit heures de réflexion, Léon Delacroix accepte sa mission. En faveur du chef de ce nouveau gouvernement, un nouveau titre est également créé : Delacroix devient le premierPremier ministre de Belgique, puisque jusqu'ici, on utilisait le terme « chef de cabinet ».Charles de Broqueville reçoit le portefeuille de l'Intérieur, à la demande expresse du roi[BA 8]. Ce gouvernement entre en fonctions le. Il reçoit pour mission de reconstruire le pays, de réformer la constitution (instauration dusuffrage universel pur et simple à vingt et un ans) et d'établir unenseignement supérieur ennéerlandais[BA 9]. Le roi était en effet un partisan du suffrage universel pur et simple avant même le conflit[TH 18].
Le, la famille royale rentre à Bruxelles, où elle est accueillie par une foule enthousiaste. Le roi se rend auPalais de la nation et annonce,dans son discours du trône, que son gouvernement fera adopter le suffrage universel, créera uneuniversité flamande, autorisera les coalitions d'ouvriers et étendra les lois sociales[BA 10]. Dans son discours, le roi insiste notamment sur l'hygiène sociale, la lutte contre l'alcoolisme et la nécessité d'une répartition plus équitable des richesses[VA 29].
Conformément à ce qui avait été annoncé dans le discours royal, le parlement vote le à l'unanimité une « loi de circonstance » octroyant pour les élections suivantes le droit de vote dans les conditions du suffrage universel masculin[N 12] pur et simple pour les citoyens belges âgés de 21 ans révolus. Lesélections législatives suivantes ont lieu le. Cependant, un respect strict de la constitution aurait exigé que ces élections se fassent ausuffrage plural et que la nouvelle assemblée élue révise la constitution afin d'octroyer le suffrage universel. C'est cet événement que les catholiques conservateurs ont appelé « lecoup de Lophem ». En revanche, la création d'uneuniversité flamande à Gand est retardée jusqu'en 1930[TH 18],[VA 30].
Le « coup de Lophem » est dénoncé dans la presse conservatrice, surtout catholique, mais aussi libérale[24], en 1921 et en 1930, à la suite de révélations sur les consultations de 1918. C'est le caractère inconstitutionnel de l'octroi du suffrage universel et la création de l'université flamande à Gand qui furent principalement critiqués et attribués à la peur de troubles. Le, le roi écrit une lettre publique au Premier ministreHenri Jaspar pour mettre fin à cette polémique. Il y affirme notamment que ce n'est ni un chantage, ni la peur de troubles qui ont motivé les décisions prises à Lophem. C'est donc animé par ses convictions profondes au sujet de la participation des représentants de la classe des travailleurs au gouvernement qu'il a apporté son chaleureux appui aux mesures décidées, sans céder à quelque pression que ce soit[25]. Par ailleurs, le retard dans la création de l'université flamande aliène au roi les extrémistes flamands, qui lui reprochent d'avoir promis ce qu'il ne pouvait octroyer[VA 31].
Après la guerre, le roi Albert intervient plus fréquemment dans la politique. Son prestige acquis pendant le conflit et l'évolution des mentalités lui épargnent d'être accusé d'exercer un pouvoir personnel, contrairement à son prédécesseur. Il consacre également une partie de ses efforts à favoriser la reconstruction et le redressement économique du pays par de multiples initiatives et interventions dans les domaines économique et social[VA 32].
La conférence de Paris accorde à la Belgique lescantons de l'Est, région frontalière détachée de l'Allemagne, la tutelle sur leRuanda-Urundi, soustrait à l'empire colonial allemand (accordsOrts-Milner), ainsi qu'une indemnité prioritaire de deux milliards et demi demarks. Le roi tente aussi, mais en vain, de s'opposer à la politique d'humiliation excessive de l'Allemagne. Il se montre réticent quant à la participation de la Belgique à l'occupation de la rive gauche duRhin. Celle-ci a cependant lieu, de concert avec les Français[VA 33]. Par ailleurs, le roi refuse que la diplomatie belge instrumentalise lesatrocités allemandes d', car il estime qu'il ne faut pas accabler l'Allemagne, avec laquelle il serait judicieux de reprendre des relations économiques[TH 18].
Enseptembre 1920, la Belgique conclut unaccord militaire avec la France. Il s'agit d'un pacte dedéfense collective contre une éventuelle attaque allemande dans l'avenir. Le roi juge cependant que cet accord doit être complété par un traité similaire avec leRoyaume-Uni, faute de quoi le royaume paraîtrait inféodé à la France. L'accueil réservé à ce pacte divise la population belge : lesWallons étant plutôt favorables à une consolidation des liens avec la France ; tandis que lesFlamands le perçoivent comme une majoration de l'influence française en Belgique. Le roi tente donc entre 1920 et 1922 d'obtenir un accord militaire avec le Royaume-Uni, sans succès[VA 35].
C'est également en que le roi Albert Ier fonde l'Académie royale de langue et littérature françaises[VA 36] et assiste à plusieurs épreuves desJeux olympiques qui se tiennent àAnvers avant de se rendre en visite officielle auBrésil, pays qui avait envoyé une petite flottille dans les mers septentrionales, ainsi que des vivres et des médicaments durant laPremière Guerre mondiale. Au Brésil, alors que le roi et la reine souhaitent surtout rencontrer les industriels et les urbanistes qui s'inquiètent du développement desfavelas, les souverains sont accablés de cérémonies officielles et de galas. Ils poursuivent leur périple en visitant un institut de médecine tropicale, un jardin botanique, une plantation de café et d'autres lieux plus conformes à leurs centres d'intérêts[31].
Fin, au retour de son voyage auBrésil, Albert reçoit la démission du cabinet Delacroix. Le roi demande àPaul Segers de constituer un gouvernement, mais celui-ci refuse. Albert Ier choisit alorsHenry Carton de Wiart[BA 12]. C'est sousle gouvernement de ce dernier que le souverain soutient le ministre du TravailJoseph Wauters quand il fait voter l'élargissement de laloi des huit heures le. Cette loi qui s'appliquait déjà par convention sectorielle dans la sidérurgie et les mines en novembre 1918, limite aussi désormais le temps de travail à huit heures par jour et quarante-huit heures par semaine dans toutes les branches d'activité du secteur secondaire, ainsi que dans le secteur public, sans que les salaires soient diminués[VA 37].
En 1923, le gouvernement décide de participer à l'occupation de la Ruhr, contre l'avis du souverain. La Belgique et la France sont fustigées internationalement pour leur politique agressive[GE 2]. En raison de l'occupation de laRuhr, le roi intervient en faveur de la prolongation duservice militaire en écrivant une lettre, qui sera rendue publique, à son ministre de la Défense,Albert Devèze, pour soutenir la proposition de ce dernier[VA 38].
En, Theunis remet sa démission au roi, à la suite du rejet par le Parlement d'un traité de commerce franco-belge. Le roi la refusant, Theunis reste donc Premier ministre après un remaniement de la composition de son cabinet. Le roi promet à Theunis de dissoudre les chambres et de convoquer des élections dès. Après ces élections, Theunis démissionne une seconde fois[BA 13]. Le roi chargeÉmile Vandervelde de former un gouvernement. Celui-ci tente de rassembler les socialistes et les plus progressistes parmi les libéraux et les catholiques, mais il échoue. Le roi rappelleCharles de Broqueville, qui abandonne lui aussi la mission après quelques jours. Albert Ier désigne ensuiteAloys Van de Vyvere, qui constitue un gouvernement catholique homogène, renversé par le Parlement dix jours après sa constitution[BA 14]. Le souverain fait finalement appel àProsper Poullet, qui réussit à former un gouvernement catholique-socialiste[BA 15].
Le roi Albert et la reine Élisabeth auxIndes (1925).
Le jour de sesnoces d'argent, le, le couple royal séjourne depuis plusieurs semaines auxIndes car le roi a offert ce voyage à Élisabeth, ravie de rencontrer le poèteRabindranath Tagore et de découvrir les beautés de sites telsBombay ouCalcutta, d'où ils adressent une amicale carte postale àRudyard Kipling[BE 8]. À leur retour, cent mille Belges les acclament pour célébrer leur anniversaire de mariage, tandis que la presse publie de nombreux suppléments illustrés dédiés au jubilé royal[VA 39].
Au début de, le gouvernement Poullet présente sa démission. Le roi demande àÉmile Brunet de constituer un gouvernement, mais celui-ci échoue. La crise économique est particulièrement sévère et le cours dufranc belge chute. Le roi convoque aupalais de Bruxelles Émile Vandervelde,Paul Hymans et Aloys Van de Vyvere et les convainc de soutenir un gouvernement d'union nationale, dont il confie la direction àHenri Jaspar, afin de rassurer l'opinion conservatrice. Le, peu après la constitution dugouvernement Jaspar, le roi lui adresse une lettre publique dans laquelle il exprime tous ses vœux de succès et appelle la population à s'unir autour du gouvernement. Cette lettre, suivie de la réaction unanimement positive de la presse, exerce une influence sur l'opinion publique et assure la légitimité du nouveau gouvernement[BA 16],[VA 40].
Sur le plan privé, le, le fils aîné du roi,Léopold, épouse la princesseAstrid de Suède[BE 8]. Quelques mois plus tard, en juillet 1927, le montant de laliste civile est ajusté. En effet, laconstitution (article 77) prévoyait que ce montant soit fixé au début de chaque règne. Or la valeur du franc belge avait été divisée par sept depuis 1909. Les députés décident à l'unanimité de l'augmenter sans s'astreindre à une révision constitutionnelle. Le roi accepte que la liste civile soit multipliée, mais seulement par trois : elle s'élève dès lors à 9 500 000 francs[VA 41].
Le, lors d'un discours prononcé àTribomont (Grand-Rechain), Émile Vandervelde, ministre socialiste des Affaires étrangères, réclame la réduction duservice militaire à six mois, politique à laquelle il sait que le roi et Jaspar sont totalement opposés. Le, le souverain devient grand-père pour la première fois, lors de la naissance deJoséphine-Charlotte, premier enfant duduc de Brabant et de la princesseAstrid. En réponse aux délégations du Parlement venues le féliciter, le roi prononce un discours, contredisant sciemment les vœux de Vandervelde, en faveur du renforcement de l'armée. Les propos du roi provoquent le départ des socialistes du gouvernement dirigé par Jaspar. Le, le roi charge de nouveau Jaspar, homme de consensus entre conservateurs et démocrates chrétiens[GE 3], de constituer, sans les socialistes, uncabinet bipartite catholique-libéral, mis en place dès le lendemain. La célérité de la formation du nouveau gouvernement laisse présumer que tout avait été réglé à l'avance[GE 4]. C'est le roi qui établit lui-même le programme du nouveau gouvernement[TH 18].
Le roi Albert et la reine Élisabeth au camp militaire deLéopoldville au Congo (1928).
Du au, le couple royal visite leCongo belge. C'est la première fois qu'un souverain belge se rend officiellement dans la colonie[33]. Le roi assiste à l'inauguration duchemin de fer reliant leBas-Congo auKatanga. ÀLéopoldville, il inaugure une statue équestre deLéopoldII, réplique de celle qui se dresse sur la place du trône à Bruxelles. Lors de son retour àAnvers, il déclare :« Travailler au sort des populations indigènes, c'est travailler à la prospérité de la Colonie. Toutes les nations colonisatrices contractent d'imprescriptibles devoirs vis-à-vis des collectivités humaines sur les territoires desquelles elles s'installent[RE 2]. »
Du au, le roi se rend une dernière fois dans la colonie, mais dans le cadre d'une visite privée à caractère plus scientifique que la précédente, en compagnie dupaléontologueVictor Van Straelen. Albert effectue une partie du voyage enhydravion par le nord-est pour visiter la région de l'Uele et les mines d'or deKilo-Moto enIturi. Il rencontre aussi l'herpétologueGaston-François de Witte, qui s'apprête à mener une mission de récoltes et d'observations. Le roi escalade leMont Mikeno dans la région duparc national qui, depuis sa création en 1925, porte le nom « Parc Albert », avant de devenir en 1969 leparc national des Virunga. Après son inspection sur le terrain, le roi demande au gouverneur général du Congo de désigner une personnalité de grande envergure pour occuper les fonctions de conservateur du parc. Le choix se porte sur le colonel Henri-Martin Hackars, qui devient garant de la conservation de la faune et de la flore de la colonie belge[34]. Le roi est satisfait par cette dernière visite, grâce à laquelle se concrétisera, à la fin de l'année 1934, la création de l'Institut des parcs nationaux du Congo belge[VA 24].
Au début de 1930, la polémique à propos de l'entrevue de Lophem renaît dans la presse à la suite de nouvelles révélations. Le roi doit écrire une lettre publique le pour y mettre fin[VA 42]. En 1930, le roi participe aux nombreuses festivités organisées à l'occasion du centenaire de la Belgique. La même année, il visite l'Égypte et l'Irak (en mars), se rend à l'Exposition internationale d'Anvers et àcelle de Liège[VA 42] et inaugure dans la Cité Ardente les débuts des travaux ducanal Albert, qui reliera les ports deLiège et d'Anvers. Sur le plan dynastique, la famille royale se renforce par la naissance d'un héritier masculin à la seconde génération. Le, le roi devient grand-père d'un petit-fils — dont il est le parrain —, qu'il demande de prénommer Baudouin en hommage à sondéfunt frère[BB 9].
À partir de 1930, la situation internationale se dégradant, le roi use de son influence sur la politique extérieure de la Belgique (laquelle avait perdu son statut de neutralité protégée après letraité de Versailles en 1919) pour éviter qu'elle soit entraînée dans un conflit au nom de la défense d'un autre État[VA 43].
Jaspar remet sa démission au roi en 1931, à la suite de son échec dans le dossier du bilinguisme dans l'enseignement. Le roi fait appel àProsper Poullet, qui décline l'offre, malgré l'insistance du souverain. Celui-ci s'adresse alors àJules Renkin[BA 17], qui œuvre depuis des années pour un regroupement de tous les catholiques y compris flamingants et démocrates chrétiens. Cette conception pragmatique vise avant tout à contrer la domination des socialistes[GE 5].
Le, tandis que se tient laconférence de Lausanne, censée régler la question desréparations de guerre dues par l'Allemagne, le roi écrit à son Premier ministre une lettre, rendue publique, dans laquelle, constatant qu'aucun pays n'étant capable par le jeu de ses propres forces de détourner en sa faveur le cours de l'évolution économique, il estime que seule une action concertée peut porter remède aux problèmes mondiaux. Il appelle donc à la solidarité internationale. Cette vision, favorablement perçue par la presse étrangère[VA 44], porte les germes d'une nouvelle dynamique européenne[35].
Vers, il apparaît que les libéraux, coalisés avec les catholiques, souhaitent la dissolution des Chambres avant le vote d'une série de mesures économiques impopulaires. Le roi est du même avis et tente de convaincre son Premier ministre Jules Renkin en lui écrivant plusieurs lettres à ce sujet. Celui-ci maintient sa position. En, après les élections communales, les libéraux réclament à nouveau avec force au Parlement la dissolution. Le souverain adresse à Renkin une lettre déclarant qu'il a perdu sa confiance. Cette missive provoque la démission du Premier ministre, qui ne révèle cependant pas aux membres du gouvernement la raison de son retrait[TH 18],[BA 18].
Le roi rappelle au pouvoirCharles de Broqueville, qui obtient du souverain la dissolution du parlement. Le soutien public du roi au gouvernement de Broqueville est décisif. Un événement mineur peut en effet suffire à mettre le gouvernement en minorité au parlement. C'est ainsi que la nomination du bourgmestre d'Hastière contestée par la majorité du groupe libéral parvient à menacer le maintien du gouvernement. Le roi refuse cependant l'offre de démission du cabinet ministériel. Le souverain écrit le une lettre conciliatrice au gouvernement, estimant que ce dernier n'a pas de raison suffisante pour démissionner et que le pays ne comprendrait pas que le sort d'un gouvernement puisse être lié à la validation d'une élection dans un village. Les ministres demeurent donc en place et laChambre leur accorde sa confiance[36].
En septembre 1933, le chef de cabinet du roi,Louis Wodon, fait parvenir, probablement avec l'assentiment du roi, à certains ministres un document dans lequel il donne une interprétation autoritaire de la constitution. Ce texte souligne que le serment royal jurant de maintenir l'intégrité du territoire est supérieur à toute autre considération. Wodon estime que le système parlementaire n'est plus conforme au droit public et dénonce l'hégémonie de groupes parlementaires trop intrusifs dans les affaires regardant l'exécutif et dont les interventions engendrent des débats parlementaires interminables[GE 6]. Cette vision, favorable à la pré-éminence du roi, permettrait au monarque de mettre fin aux débats parlementaires pour autant que le parlement siège depuis au moins quarante jours, mais elle ne sera pas concrétisée[TH 18].
Le lieu de la chute du roi àMarche-les-Dames : la hauteur de la plateforme au sol est de huit mètres.
L'année 1934 s'annonce difficile tant du point de vue intérieur qu'extérieur. Le roi apparaît souvent désabusé ; pour se distraire, il effectue, lorsque son agenda le lui permet, des randonnées en montagne. En prévision de ses futures ascensions dans lesAlpes ou lesDolomites, il s'entraîne sur lesfalaises belges. Le, à 58 ans, Albert parvient à consacrer, entre les audiences du matin et la cérémonie sportive qui aura lieu le soir à Bruxelles, quelques heures à une escalade sur lesrochers de Marche-les-Dames, dans la vallée de laMeuse, près deNamur. Il quitte le palais vers midi accompagné de son seul valet Théophile Van Dyck et prend le volant de sa Ford vers le Namurois. Parvenu àBoninne, il laisse sa voiture dans une prairie, demandant à Van Dyck de l'attendre. Une heure plus tard, le roi est de retour et annonce qu'il va effectuer une seconde ascension. Vers 17 heures, Van Dyck s'inquiète de ne pas le voir revenir car il sait que le roi est attendu le soir à Bruxelles. Albert ne reviendra jamais. Le lendemain, vers une heure et demie du matin, on retrouve son corps[BE 9].
En, la diplomatie et l'opinion belges sont scandalisées par les propos du militant d'extrême droite britanniqueHutchison, qui prétend que le roi ne serait pas mort accidentellement mais aurait été assassiné en raison de son opposition à une éventuelle guerre contre l'Allemagne[37].
Quant à la reine Élisabeth, elle est, selon les mots de son fils, « frappée à mort ». Elle se réfugie dans le bungalow de bois du parc de Laeken, ne reçoit aucune visite, ne se montre plus en public et abandonne le violon. Son filsLéopoldIII qui succède à son père forme avec lareine Astrid un couple très populaire. Cependant, un an et demi après la mort du roi Albert, la reine Astrid meurt dans un accident de voiture enSuisse. DeNaples où elle séjournait depuis plusieurs mois, la reine Élisabeth revient immédiatement à Laeken. Léopold confie :« Elle ne revint à la vie que lorsque je fus moi-même touché par le sort. […] Ma mère est venue à moi disant qu'elle allait se remettre à vivre : elle se sentait à nouveau nécessaire[BE 10] ».
Albert Einstein et le roi Albert dans les jardins du château de Laeken (1932).
Dès son entrée à l'École royale militaire en 1891, le futur roi marque une prédilection pour lessciences. Au laboratoire de chimie, il se montre particulièrement assidu. C'est de cette époque que date son attachement pour les sciences, qu'il aime pour elles-mêmes, pour leur utilité pratique et parce qu'il voit en elles un instrument d'union entre les peuples. Il les considère comme un agent de pacification et s'attachera après la guerre à favoriser leur essor[RE 4]. En 1910, le roi assiste au congrès duXXVe anniversaire de la Société des ingénieurs et industriels présidé parErnest Solvay, qu'il connaît personnellement, tandis qu'en 1917 il rend visite àMarie Curie qui séjourne à la frontière belge[45].
Le, le roi prononce un discours dans les grands halls deCockerill àSeraing, à l'occasion du cent-dixième anniversaire de l'usine. Le roi présente lascience non seulement comme un levier pour l'industrie, mais comme un instrument du prestige de la nation. Il décrit la pauvreté des laboratoires belges et lance un appel à la générosité du secteur privé. Ce « discours de Seraing » donne l'impulsion nécessaire à la création d'une institution nouvelle, de droit privé, au service d’une science utile, sociale, pacifique et patriotique : leFonds national de la recherche scientifique. L'idée du recours à des fonds privés pour soutenir la recherche revient àÉmile Francqui, mais c'est grâce au discours royal que la philanthropie permet de collecter plus de cent millions defrancs belges. En effet, dès le, aupalais des Académies, le roi annonce la constitution du fonds, qui sera créé en 1928[VA 46].
Le roi s'intéresse à la concrétisation des projets conçus par le Fonds de la recherche scientifique en divers domaines. Des expéditions géographiques sont menées au Congo en 1932, année d'une visite royale dans la colonie. Le roi suit de près d'autres initiatives générées par le fonds dans les domaines de l'aérostatique, de laphysique ou encore des travaux réalisés enzoologie,botanique ougéologie[VA 46].
Sur le planarchéologique, des fouilles sont entreprises àApamée enSyrie en 1930. Le roi et la reine s'y rendent trois ans plus tard, au printemps 1933, lors de leur dernier voyage en avion, qui leur permet de découvrir également leLiban et laPalestine. Non sans humour, le roi aimait répéter :« Je fais de l'avion pour y habituer les Belges comme mon arrière-grand-père Louis-Philippe prenait le train pour y habituer les Français[46]. »
Animés par le désir de partager de nouveaux savoirs, les souverains reçoivent volontiers àLaekenAuguste Piccard,Albert Einstein et d'autres scientifiques. Dans l'esprit du roi, le public ne comprend pas assez que lascience pure est la condition indispensable de lascience appliquée et que le sort des nations qui négligent la science et les savants est marqué pour la décadence[WI 3].
Jacques Willequet, dans sa biographieAlbert Ier, roi des Belges, présente le roi comme unaristocrate cosmopolite, ne se sentant pas belge mais lié aux Belges par son serment. Selon lui, guidé par le principe de l'équilibre européen, le roi est favorable à une paix destatu quo ante bellum. Willequet avance aussi qu'Albert, guidé par son désir de mettre fin à la majorité absolue duParti catholique, plaide pour la formation d'un cabinet d'union nationale et l'introduction dusuffrage universel[VA 47].
Marie-Rose Thielemans le décrit comme « un conservateur habile, sachant humer le vent, secret, ne laissant pas percer ses véritables sentiments » et « un homme d'État d'envergure, guidé de bonne foi par ce qu'il considère comme l'intérêt fondamental du pays : laneutralité et l'unité dans un climat social et linguistique apaisé »[TH 21]. Elle le décrit aussi comme un pacifiste, voire un défaitiste[TH 21] et rappelle que lors de l'affaire Dreyfus, Albert, encore tout jeune, avait pris fait et cause pour le capitaine en envoyant à Jules Bosmans, son confident et ancien précepteur deson frère, une carte postale illustrée d'un portrait deDreyfus portant la mentionLa vérité est en marche qu'il signe : « un Dreyfusard » en 1898[TH 22].
L'historien flamand Luc Schepens avance qu'en matière linguistique, la politique du roi Albert n'est pas claire mais guidée par l'idée de l'unité du pays[VA 16].
Laurence Van Ypersele affirme que les idées du roi sont proches de celles des libéraux[VA 8]. Le roi n'estime pas ladémocratie pour elle-même, mais il la considère comme une contrainte à laquelle il faut se plier. S'il exerce des pressions en faveur du suffrage universel, il ne le considère pas comme un bien en soi mais plutôt comme une nécessité pour la stabilité du pays[RO 1],[VA 48].
Dès le début de laPremière Guerre mondiale, se développe une identification entre le peuple belge et son souverain, qui aboutit à une sorte deculte de la personnalité : dans laBelgique occupée, des pièces d'or à son effigie sont utilisées comme bijoux.Clemenceau, qui rencontre le roi sur le front près de Dunkerque le, est séduit par la compétence et le bon sens du souverain[47]. Après la guerre, on commercialise des porcelaines, des cartes postales, des boîtes à biscuits à l’effigie du roi en uniforme[TH 23]. D'aprèsPatrick Roegiers, le roi se prête de son plein gré à l'édification de sa légende en posant pour les artistes[RO 2]. Pourtant, le roi n’aimait pas cette épithète de « Roi Chevalier » et tous ses contemporains s'accordent sur sa modestie non feinte[TH 17]. Par ailleurs, Patrick Roegiers précise qu'il était un cavalier médiocre[RO 1].
SelonLaurence Van Ypersele[N 14], le mythe du roi Albert est né en Belgique dès les premiers jours d' : les journalistes et les écrivains belges le présentent alors comme l'incarnation de la Belgique, le chevalier de l'honneur, le défenseur du droit. Selon l'historienne, ce n'est qu'ensuite que la propagande française et surtout britannique reprend le mythe tel quel et le diffuse internationalement[VA 49]. Quant àJacques Willequet, il écrit :« Un spécialiste de lapsychologie des foules n'aurait aucune peine à expliquer le nouveau mythe deDavid et Goliath qui allait jaillir, et avec lui une légende merveilleuse dont chacun des éléments serait objectivement faux[WI 1]. »
SelonMarie-Rose Thielemans, en revanche, l'utilisation à des fins depropagande de l'image du roi débute auRoyaume-Uni, qui entendait mobiliser sa population pour un motif noble et désintéressé tel que la défense d’un petit pays inoffensif injustement attaqué. Cela permettait surtout d’occulter les véritables enjeux pragmatiques de l'entrée du pays en guerre : arrêter l’Allemagne qui menaçait l’Empire britannique par sa suprématie enEurope et par le développement de saKaiserliche Marine[TH 24]. C’est ainsi que leDaily Telegraph demanda à un romancier,Hall Caine, de réunir, avant la fin de l’année 1914, des textes à la gloire de la Belgique et de son roi dans un livre intituléKing Albert's Book (publié en décembre), auquel collaborèrent de nombreuses personnalités[TH 24]. C'est à la suite de cette publication que s'est répandue l'expression « Roi Chevalier »[TH 25].Vicente Blasco Ibáñez, pourtant antimonarchiste notoire va jusqu'à écrire :« Il est un héros sans le désirer, sans chercher à le devenir ; il est le héros le plus grand et le plus sympathique de tout le vingtième siècle. Il est le roi-chevalier[TH 25]… »
Camille Saint-Saëns dresse ce portrait du souverain :« Très grand, svelte, élégant, réservé, parlant d'une voix douce avec lenteur, le roi des Belges déconcerte au premier abord comme une énigme […] Sans rien perdre de sa tranquillité, le jeune souverain, connu jusqu'à présent comme un diplomate, un savant, un artiste, s'est révélé tout à coup, à l'étonnement et à l'admiration du monde, un héros[48]. »
En Belgique, d'innombrables rues, avenues, boulevards, places, squares et lieux divers comme des parcs (Gand,Courtrai ouBruges), labibliothèque albertine à Bruxelles ou encore uncanal rendent hommage au troisième roi des Belges. Parmi les nombreuses artères du pays, une avenue porte son nom àMaissin, village ardennais belge touché par labataille des Frontières les 22 et.
En Europe et dans le monde entier (particulièrement dans lespays alliés lors de laPremière Guerre mondiale), les lieux honorant la mémoire du roi Albert sont légion, sans qu'il soit possible de les énumérer.
Le Roi Soldat : documentaire de 30 minutes réalisé par Auguste van Calster et produit par Jean Séfert[63].
AlbertIer roi des Belges : documentaire réalisé par William Magnin et Marcel Collet en 1952.
Sur les pas du roi Albert et de la reine Élisabeth, mes grands-parents : ce documentaire de 140 minutes réalisé par Nicolas Delvaulx pour laRTBF en 2014 évoque la figure du roi Albert, en présence de sa petite-fille la princesseMarie-Esméralda de Belgique[64].
↑Henriette avait une sœur jumelle prénommée Joséphine morte le.
↑Philippe comte de Flandre est devenu, en 1869, héritier du trône à la suite de la mort de son neveu leprince Léopold, fils unique du roiLéopold II.
↑Jusqu'en mars 1891, le roi et l'ensemble de la famille royale étaient désignés de manière hétérogène selon les divers actes de l'état-civil. Les titres allemands saxons (prince et princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duc et duchesse en Saxe, voire duc et duchesse de Saxe) étaient usités préférentiellement à la qualité de prince et princesse de Belgique[BB 9].
↑Le prince Albert est nommé lieutenant (1895), puis capitaine (1896) au régiment des grenadiers auquel il est resté attaché jusqu'à son avènement au trône. Il avait demandé en 1894 à être intégré dans un autre régiment (chez les carabiniers ou au régiment de ligne), mais son père le comte de Flandre s'y était opposé[TH 2].
↑Archives du Palais Royal de Bruxelles, Secrétariat du prince Albert, lettres du prince Albert à sa sœur la princesse Joséphine, mars à.
↑La duchesse d'Alençon était la tante d'Élisabeth en Bavière.
↑La princesse Henriette a épousé leEmmanuel d'Orléans, duc de Vendôme et réside à Neuilly-sur-Seine.
↑La princesse Marie-Gabrielle en Bavière (1878-1912) épouse le le prince-héritierRupprecht de Bavière.
↑Le prince Charles aurait épousé le Jacqueline Peyrebrune, mais il n'y a aucune trace de ce mariage.
↑Les onze (dont deux fois le même, à savoir le baron de Broqueville) Premiers ministres du règne du roi Albert sont tous issus duparti catholique belge.
↑En Belgique, le droit de vote est accordé aux femmes aux élections communales par la loi du qui leur permet de se présenter aux élections communales et législatives (elles peuvent donc siéger au parlement, mais sans pouvoir en élire les membres) et aux élections législatives par la loi du[23].
↑Tandis que la plupart des secrétaires des légations étrangères ont rejoint le gouvernement belge au Havre, Brand Whitlock a insisté pour demeurer en poste à Bruxelles. Son maintien en Belgique a évité à Bruxelles une destruction par les Allemands. Tout en protégeant des résidents allemands qui n'avaient pu regagner leur pays, il a sauvé la vie de nombreux Belges. Lorsque a été créé leComité national de secours et d’alimentation, Whitlock a pris la direction des opérations fournissant vivres et vêtements à de nombreux civils démunis[27].
↑Laurence Van Ypersele a dispensé un cycle de conférences consacré à la création des mythes contemporains et des héros belges de la Première Guerre, en particulier du roi Albert Ier, au Collège de Belgique.
↑Jean-Guillaume Duflot, « L'Armée belge en exil de 1914 à 1918 »,Champs de Bataille,no 40,,p. 18-23.
↑Proposition de loi attribuant le droit de vote aux femmes pour les Chambres législatives, vote,Annales parlementaires. Chambre, session ordinaire 1947-1948, séance du 19 février 1948.
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