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Alain (philosophe)

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Ne doit pas être confondu avecÉmile Chartier (chanoine et critique littéraire).

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Pour les articles homonymes, voirAlain,Émile Chartier etChartier.

Émile-Auguste Chartier
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Formation
Influencé par
Adjectifs dérivés
alinien[1]
Distinctions
signature d'Émile-Auguste Chartier
Signature.

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Émile-Auguste Chartier,ditAlain, né le 3 mars 1868 àMortagne-au-Perche (département de l'Orne)[2], mort le 2 juin 1951 auVésinet (département desYvelines), est unessayiste, unjournaliste, un professeur etphilosophe français.

Professeur laïc et républicain, engagé volontaire lors de laGrande Guerre, il émerge dans l'entre-deux-guerres comme une figure emblématique dupacifisme de gauche (Mars ou la guerre jugée, 1921) et s'illustre commeintellectuel dans les dernières décennies de laIIIe République par une forme de« journalisme philosophique », notamment à travers cinq millePropos publiés quotidiennement dans la presse (1906-1936). S'inscrivant dans la traditioncartésienne et élève deJules Lagneau, sa pensée, critique et individualiste en politique, est souvent qualifiée de « rationaliste ».

Émile Chartier a utilisé différents pseudonymes entre 1893 et 1914. Il signe sous le nom de « Criton » six « Dialogues »[3] adressés à la très universitaireRevue de métaphysique et de morale (dans laquelle il signe, par ailleurs, plusieurs articles de son vrai nom[4]) ; il signe « Quart d'œil », ou encore « Philibert », sespamphlets dansLa Démocratie rouennaise[5], journal éphémère destiné à soutenir la campagne du député Ricard à Rouen ; enfin « Alain » ses chroniques dansLa Dépêche de Lorient (jusqu'en 1903) puis dansLa Dépêche de Rouen et de Normandie de 1903 à 1914.

Au plan philosophique, si sa dette vis-à-vis du cartésianisme est indéniable, il n'en remet pas moins en cause« le dualisme de l'esprit et de la nature, de la conscience et du corps, de la liberté et du mécanisme »[6], et c'est plutôt sous la forme d'une interrogation qu'il aborde la question de laraison : à la fois la plus puissante des facultés humaines pour orienter le jugement, mais aussi une façon d'éliminer la liberté du jugement – notamment sous la forme des techno-sciences, qui se développent à son époque[7].

Aussi sa pensée, d'apparence anti-systématique, s'articule-t-elle à une dimension métaphysique complexe, souvent proche de laphénoménologie qui se développe à la génération suivante des philosophes français[8].

Biographie

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Enfance et adolescence

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Émile-Auguste Chartier naît le, àMortagne-au-Perche (Orne), rue de la Comédie, au domicile de ses parents, Étienne Chartier, vétérinaire et Juliette-Clémence Chaline. Ses grands-parents maternels Pierre-Léopold Chaline et Louise-Ernestine Bigot sont des commerçants de Mortagne connus et très présents dans la vie communale. Alain a également pour cousin l’abbé Chaline, grâce à qui le sujet de la religion aura une place toute particulière dans son étude et sa réflexion philosophique. Il tient fondamentalement une grande part de son radicalisme de son père et de son grand-père.

En1881, il entre au lycée d'Alençon où il passe cinq ans[9]. À cette époque, ses auteurs préférés sontHomère,Platon,René Descartes,Honoré de Balzac etStendhal. Il lit legrec ancien mieux que le latin.

Se destinant d'abord à l’École polytechnique, il opte finalement pour unepréparation littéraire qu'il effectue comme externe aulycée Michelet deVanves à partir de 1886. Là, il fait la rencontre décisive du philosopheJules Lagneau, qu'il reconnaît comme son maître[10], et qui l’oriente vers la philosophie.

Professeur, militant et journaliste

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En 1889, Émile-Auguste Chartier est admis à l’École normale supérieure. En 1892, il est admis, le troisième sur huit, à l'agrégation de philosophie[11]. Il est nomméprofesseur[12], successivement aux lycées Joseph-Loth àPontivy,Dupuy de Lôme à Lorient[13], àRouen (lycée Corneille de 1900 à 1902) et àParis (lycée Condorcet) puis à Vanves (lycée Michelet)[14]. Il s'engage politiquement du côté républicain et radical, donnant des conférences pour soutenir la politique laïque de la République. En 1902, après l'échec du candidatLouis Ricard dont il organise la campagne à Rouen, il se retire du militantisme politique, se consacrant auxuniversités populaires qui se sont créées à la suite de l'affaire Dreyfus et à l'écriture. À partir de1903, il publie (dansLa Dépêche de Rouen et de Normandie) des chroniques hebdomadaires qu'il intitule « Propos du dimanche », puis « Propos du lundi », avant de passer à la forme du Propos quotidien. Plus de 3 000 de ces « Propos » paraîtront de à. Devenu professeur dekhâgne aulycée Henri-IV en1909, il exerce une influence profonde sur ses élèves (Simone Weil,Raymond Aron,Guillaume Guindey,Georges Canguilhem,André Maurois,Julien Gracq, etc.). Alain a également enseigné à partir de 1906 aucollège Sévigné, àParis.

Première Guerre mondiale

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À l'approche de laguerre, Alain milite dans sesPropos pour la paix en Europe et refuse la perspective d'un conflit avec l'Allemagne dont il pense qu'il serait d'une violence inédite.

Le 26 août 1914, Alain, qui avait été dispensé duservice militaire en qualité de normalien, alors âgé de quarante-six ans, s'engage pour la durée de la guerre au3e régiment d'artillerie. Le 1er février 1915, il est élevé au grade debrigadier. Le, il se broie le pied dans un rayon de roue de chariot lors d'un transport de munitions vers Verdun[15]. Le 20 mars 1917, il est affecté comme caporal au 2e groupe d'aviation auservice météorologique dont il est démobilisé le 4 octobre 1917[16].

L'entre deux-guerres

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La maison duVésinet, 75, avenue Émile Thiébaut, où vécut Alain de 1917 à 1951.

Ayant vu de près les atrocités de laGrande Guerre, il publie en1921 son célèbre pamphletMars ou la guerre jugée[17]. Sur le plan politique, il s’engage aux côtés du mouvementradical en faveur d'une république libérale strictement contrôlée par le peuple. En1927, il signe la pétition (parue le dans la revueEurope) contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux deLucien Descaves,Louis Guilloux,Henry Poulaille,Jules Romains,Séverine… et ceux des jeunes normaliensRaymond Aron etJean-Paul Sartre. Jusqu'à la fin des années 1930, son œuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée des fascismes. La rédaction desPropos reprend, mais sous forme de revue, de 1921 à 1936, avec une interruption de 1924 à 1927, où ils sont accueillis par la revueÉmancipationdeCharles Gide. En 1934, il est cofondateur duComité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), dirigé parPaul Rivet etPaul Langevin. En 1936, alors qu'il est depuis longtemps atteint de crises régulières de rhumatismes qui l'immobilisent, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant. Il participe néanmoins, mais de loin, aux travaux duComité de Vigilance des Intellectuels antifascistes, milite ardemment pour la paix, rassemble les deux volumes dePropos qu'il intituleraConvulsions de la Force etÉchec de la Force, soutient un moment les efforts pacifistes deGiono, même si, partisan de toujours de la guerre défensive, il désapprouve toute idée de désarmement. Il soutient en revanche lesaccords de Munich, heurté par les appels à l'Union sacrée des partisans de la guerre en France dans lesquels il semble retrouver la censure des opinions dissidentes et pacifistes qui ont puissamment contribué au développement de laPremière Guerre mondiale. Anti-fasciste convaincu, il semble ne pas mesurer la puissance réelle et la dimension spécifique de l'hitlérisme, considérant la France comme la puissance dominante dans le rapport de force international[18].

À partir de 1937, à l'instigation de sa compagne après des semaines d'impuissance à écrire, Alain se consacre pour l'essentiel à l'écriture privée de sonJournal. Sont publiés également plusieurs recueils thématiques rassemblant sesPropos, de même qu'il poursuit sa collaboration à laNouvelle Revue française, y compris après queDrieu La Rochelle[19] en aura pris la direction sous l'Occupation nazie.

L'Occupation, maladie et fin de vie

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Tombe aucimetière du Père-Lachaise.

L'entrée en guerre et la débâcle sont pour lui un effondrement. LeJournal d'Alain montre qu'il demeure fidèle à l'idée qu'il faut défendre son pays en cas d'agression[20]. Il n'en cherche pas moins des voies de paix. En, il se trouve sur la liste des signataires du tract « Paix immédiate » que le militant anarchisteLouis Lecoin fait circuler. Les autorités prennent la chose très au sérieux et diligentent une enquête en urgence car le tract appelle à baisser les armes. Alain ne nie pas avoir rencontré Lecoin à propos d'une pétition, mais maintient que le texte qu'il avait soutenu était différent de celui finalement imprimé. Louis Lecoin, finalement condamné à la prison, se sent trahi par Alain[21] qui, lui, bénéficie d'un non-lieu.

Alain ne prend par la suite aucune position publique pendant la guerre et l'on ne peut restituer son opinion qu'à travers le style heurté, lapidaire et volontiers paradoxal de sonJournal, et quelques notes de « l'Almanach » de Marie-Monique Morre-Lambelin qui vit avec lui à cette époque. En 1940, il accepte la défaite et ne souhaite pas la poursuite des hostilités. Dans son journal privé, le, il va jusqu'à souhaiter la victoire allemande plutôt que celle « du genre De Gaulle ». L'acceptation du sort des armes lui semble un moindre mal, dans la continuité de son engagement pacifiste[22]. Par la suite, leJournal évoque peu la collaboration ou même la politique du temps. On sait qu'en 1940, un de ses proches, Henri Bouché, vient lui parler de sa lettre au maréchal Pétain protestant contre le sort des fonctionnaires juifs et francs-maçons. Bouché projette aussi d'écrire un livre surl'Examen des problèmes posés par la collaboration allemande, qu'encourage Alain, pourtant extrêmement affaibli et remis d'une pleurésie[23]. En sens inverse, en 1943, il est sollicité pour apporter son patronage à laLigue de pensée française[24], deRené Château[25], initiative qui ne semble pas s'être concrétisée[24]. À l'époque de ce contact, de toute façon, Alain condamne la « lâche politique de collaboration »[26].Très affaibli, pratiquement coupé du monde et de la guerre que même ses amis évitent d'évoquer devant lui, il connaît de 1940 à 1942 des années très sombres d'un point de vue moral comme physique. On suit dans leJournal, les pensées, souvent amères, d'un vieillard parfois acariâtre, parfois exagérément satisfait. Très surprenantes en particulier sont certaines déclarations où Alain avoue ne pouvoir se débarrasser d'un antisémitisme latent[18], tout en étant sans ambiguïté sur son refus de la violence antisémite ou sur le fait qu'il condamne de telles inclinations[27]. Cet aspect, particulièrement déroutant de la part d'un ancien dreyfusard, est d'ailleurs régulièrement mis en place publique[28]. Il est à noter qu'il n'y a aucune trace du moindre antisémitisme dans les œuvres publiées d'Alain[29].

Il rédigera encore, en 1947, lesLettres à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant ainsi que lesSouvenirs sans égards, divers articles et préfaces et l'ébauche d'unMarx en 1950. En, il reçoit leGrand prix national des Lettres. Il meurt le et est enterré aucimetière du Père-Lachaise (division 94).

Postérité

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Trois associations contribuent aujourd'hui à faire connaître et à diffuser son œuvre en se chargeant de la réédition et de la publication de ses textes inédits : l'Institut Alain[30] est dirigé par l'administrateur littéraire de son œuvre, l'Association des Amis d'Alain[31] et l'Association des Amis du Musée Alain et de Mortagne[32].

Philosophie

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Le problème de l'expression philosophique

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D’emblée, Alain réfléchit à la forme que doit prendre l’expression philosophique car la rhétorique traditionnelle, de plus en plus employée par un milieu philosophique où l’écrit devient une pratique professionnelle systématique, ne le satisfait pas[33]. Même ses premiers articles universitaires, publiés dans laRevue de métaphysique et de morale, créée par ses amis en 1893 ne prennent pas une forme convenue. À une argumentation suivie, il préfère des dialogues, qu’il signe Criton. Ce n’est pas qu’Alain soit incapable de pratiquer l’exercice universitaire. Lorsqu’on lit sa thèse de fin d’études, sur les stoïciens, il n’y a aucune ambiguïté : on est en face d’un jeune talent universitaire exceptionnel (le texte a été publié après la disparition d’Alain par Louis Goubert)[34]. Cependant, « écrire comme un professeur » dans un style « raisonnable et plat »[35] lui semble ne pas correspondre aux enjeux d’une pensée philosophique.

Curieusement, c’est le détour par le journalisme, à la suite de son engagement politique pour soutenir les idées républicaines et radicales, qu’Alain finit par trouver sa voix philosophique. Il met au point à partir de1906 le genre littéraire qui le caractérise, les « Propos ». Ce sont de courts articles, inspirés par l'actualité et les événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules frappantes[36], qui couvrent presque tous les domaines. Cette forme appréciée du grand public[37] a cependant pu détourner certains critiques d'une étude approfondie de son œuvre philosophique[38]. Beaucoup dePropos sont parus dans la revueLibres Propos (1921-1924 et 1927-1935) fondée par un disciple d'Alain,Michel Alexandre. Certains ont été publiés, dans les années trente, dans la revue hebdomadaireL'École libératrice éditée par leSyndicat national des instituteurs.

Une philosophie anti-systématique

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Le problème de l’écriture philosophique chez Alain recoupe une inspiration fondamentale : comme la plupart des philosophes français de sa génération, Alain se méfie des systèmes philosophiques : « … les hommes qui pensent s’endorment souvent dans leurs systèmes nécropoles (…) Toute pensée ainsi est mise en cage, et on peut la venir voir ; spectacle admirable ; spectacle instructif pour les enfants ; tout est mis en ordre dans des cages préparées ; le système a tout réglé d’avance. Seulement, le vrai se moque de cela. »[39] Pour cette raison, la cohérence de sa pensée n’est pas celle d’un système, mais d’un recoupement d’idées fondamentales qui s’agrègent autour de questionnements essentiels. Alain n’en manifeste pas moins un profond intérêt pour l'étude des philosophes systématiques, contrairement à la plupart des universitaires philosophes de son temps. Il est un commentateur précoce (et tout à fait unique) de Hegel, un critique approfondi et favorable de Hamelin, un admirateur de Comte, trois des plus grands penseurs systématiques des dix-neuvième et vingtième siècles[40].

Malgré la présence de ses livres philosophiques soigneusement argumentés, Alain est peut-être mieux placé dans une tradition de penseurs français comme Montaigne et Pascal. Cette comparaison, privilégiée par André Maurois, a été vigoureusement contestée par Georges Canguilhem qui y voyait une manière de dénier à « Alain sa dignité de philosophe ». En définitive, la pensée d'Alain est une pensée typiquement moderne, qui s'exprime de manière fragmentée et pour laquelle la vérité est toujours locale, précaire et sans cesse à réviser. Sa cohérence est néanmoins indéniable et se caractérise par une profonde compréhension des philosophes précédents, de Platon à Descartes en passant par Hegel et Comte, ce qui se traduit par l'unité de ses idées et leur expression dans certains thèmes réguliers.

Alain est probablement plus connu pour sa pensée politique, qui plaide en faveur d'un libéralisme radical soucieux du rôle du citoyen dans une démocratie[41]. Cet aspect de sa pensée n’est pas voué à demeurer théorique : il s'agit de la première tentative d'engagement politique d'un philosophe professionnel au nom de la philosophie, une attitude qui se déploie une génération plus tard avec la promotion de « l’intellectuel engagé ». Homme de gauche, mais sans idéologie, se méfiant de l'idéologie, il défend les droits des individus et leur liberté de penser et d'agir. Le rôle du citoyen se résume à un paradoxe : obéir et résister à la fois, c'est-à-dire obéir aux lois mais résister au pouvoir par tous les moyens légitimes. Alain reste un fervent défenseur de la démocratie ; sur le plan international, il est un infatigable défenseur de la paix.

L'accent mis sur la liberté individuelle se retrouve dans tous ses écrits bien au-delà de la question politique. « Je n'ai réfléchi sur aucune chose autant que sur la liberté du jugement » écrit-il et c’est en ce sens qu’il reprend le jeu de mots « penser, c'est peser ». Notre pensée du monde est inséparable de l’évaluation de notre action sur le monde (elle « pèse » l’effort à faire). Cette « pesée », cette mesure constante de notre relation à l’univers relève d’une situation individuelle, même si les idées qui sont mobilisées dans cette situation sont, elles, universelles lorsqu’elles relèvent de la raison. D’où deux conséquences importantes. La première, paradoxale, héritée de la lecture des stoïciens, c’est que la vérité est un acte du jugement, c’est-à-dire un acte profondément individuel[42]

Il n’y a pas de vérité universelle qui ne soit comprise que par un esprit individuel. La seconde, contrairement à quelques lectures hâtives, c’est que le dualisme de la pensée et du monde, de la pensée et du corps, est rejeté : chez Alain il n’y a pas « de dualisme de l’esprit et de la nature, de la conscience et du corps, de la liberté et du mécanisme. »[43] Comme l’a noté le commentaire dès les années 60 ce lien entre la liberté de l'esprit et la liberté de l'individu peut être considéré comme la scène d'ouverture de l'existentialisme des années 1940, associé à Sartre, de Beauvoir et Camus[44].

Ces positions renvoient également à une théorie sophistiquée de la perception, influencée par Kant et héritée de Lagneau, qui souligne le rôle de l'esprit dans la perception, et montre que le monde n'est saisi qu'à travers des idées[15]. Cette conception s’articule à une théorie de l'imagination, qui a été très discutée, notamment par Sartre dansL'Imagination (1936) etL'Imaginaire (1940).

Les derniers ouvrages d’Alain, principalementLes Dieux, traitent de la religion. Bien que n'étant plus croyant, Alain fait ressortir la force de l'expression humaine dans la religion, principalement dans le paganisme et le christianisme, où il admire la figure du Christ comme rejet du pouvoir et de la force.

Ultimement, le but de la philosophie chez Alain est d'enseigner la réflexion et l’articuler à une pensée rationnelle, qui récuse les préjugés et s’attache tout à la fois à la cohérence des idées comme à celle de notre appréhension de l’expérience. Ainsi la philosophie demeure chez lui une sincère quête de sagesse, fondée sur le courage de refuser les évidences tant il est vrai que « Penser, c'est dire non. »

Mars ou la guerre jugée (1921)

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Alain y explique que ce qu'il a ressenti le plus vivement dans laguerre, c'est l'esclavage. Il s'insurge contre le mépris des officiers pour les hommes de troupe lorsqu'ils« parlent aux hommes, comme on parle aux bêtes ». Il ne supporte pas l'idée de cette tuerie organisée, de ce traitement que l'Homme inflige à l'Homme.

Il se révolte quand il assiste à la mise au point d'une énorme machine destinée à tenir les hommes dans l'obéissance et explique pourquoi, soldat, il n'a jamais voulu d'autres galons que ceux de brigadier.

Œuvre

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Livres publiés de son vivant

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  • Alain a commenté en détail deux ouvrages poétiques dePaul Valéry, publiés à nouveau avec ses commentaires en regard :Charmes (1929) etLa Jeune Parque (1936)

Posthumes

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Souvenirs de guerre (1952) chez Paul Hartmann, Paris, 250 pages avec photographie.

Éditions

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  • Aux éditionsGallimard, coll.Pléiade :
    • Les Arts et les dieux, 1488 p.
    • Les Passions et la sagesse, 1480 p.
    • Propos, tome I : propos de 1906 à 1936, 1424 p.
    • Propos, tome II : choix de propos 1906-1914-1921-1936, 1408 p.
  • Aux éditions Gallimard :
    • Mars ou la guerre jugée, Gallimard, NRF, 1936, Collection Idées, 1969, 309 p.
    • Suite à Mars, Tome 1 : Convulsions de la force – Gallimard, NRF, 1939, 309 p.
    • Suite à Mars, Tome 2 : Échec à la force – Gallimard, NRF, 1939, 316 p.
  • Aux éditions desPresses universitaires de France :
    • Philosophie, Textes choisis pour les classes. 2 volumes, Paris, PUF, 1966-1968, Collection SUP. 569 p.
    • Esquisses d’Alain, 3 volumes : I. Pédagogie enfantine, II. La conscience morale et III. La recherche du bonheur. Paris, PUF, 1968. 309p.
    • Humanités, Paris, PUF, 1960. 220p.
  • Aux éditions de l'Institut Alain :
    • Premier journalisme d’Alain (1900-1906). 168 Propos. Paris, Institut d’Alain, 2001. 501 p.
    • Édition complète des 3083Propos d’un Normand (1906-1914) en 9 volumes. Paris, Institut Alain, 1990-2001, 5114 p.
    • De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées. Paris, Institut Alain, 1988, 237p.
    • Mythes et fables, Paris, Institut Alain, 1985. 312p.
  • Aux éditions de La Table Ronde (2001, 306 p.)
    • Minerve ou la sagesse.

La bibliographie des œuvres d’Alain est considérable. Outre 3083Propos d’un Normand et plus de 1800Libres propos, Alain a écrit une cinquantaine de volumes ou articles, sans compter des dizaines de volumes reprenant un choix de propos. On trouvera au Tome II d’Olivier Reboul [voir plus bas] une bibliographie complète des œuvres d’Alain ainsi que les principales études (jusqu’en 1968). La thèse de Reboul surLes passions selon Alain reste considérée comme la meilleure introduction à Alain.

Le lecteur d’aujourd’hui trouvera l’essentiel de l’œuvre d’Alain dans les quatre volumes de la Bibliothèque de la Pléiade.

Notes et références

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  1. É. Roudinesco,Philosophes dans la tourmente, Points essais.
  2. Archives départementales de l'Orne, « État-civil de Mortagne-au-Perche, 1867-1870, vue 43/120, 3NUMECEC293/3E2 293 42 », surwww.archives.orne.fr(consulté le)
  3. Dialogues philosophiques entre Eudoxe et Ariste, 1893 à 1903 (Wikisource)
  4. Alain (philosophe) (Wikisource)
  5. Alain, Philosophe et Humaniste Normand.
  6. Jacques Derrida, Penser, c'est dire non, Paris, Seuil (coll. "Bibliothèque Jacques Derrida"), 2022, 120p, Citation à la p.42
  7. Sur le "rationalisme problématique" d'Alain, voir Leterre Thierry,La raison politique - Alain et la démocratie, Paris, Presses universitaires de France (coll. "Philosophie d'aujourd'hui"), 2000
  8. Voir par exemple:Jean-Paul Sartre,L'Imaginaire, Paris, Folio Essais, 1986, 379p
  9. Le 13 juin1956, le lycée d'Alençon a pris le nom de son plus célèbre élève :lycée Alain.
  10. Maurice Savin, dans le tome I desPropos d'Alain, Biographiep. XXII, édition de La Pléiade, 1969.
  11. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 »Accès libre, surhttp://rhe.ish-lyon.cnrs.fr,(consulté le)
  12. (en) PhilippeForay, « ALAIN(1868-1951) »,Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, Paris, UNESCO: Bureau international d’éducation,vol. vol. XXIII,nos 1/2,‎,p. 21-36(lire en ligne[PDF], consulté le).
  13. « Lycée. Devoirs... de mémoire », dansLe Télégramme, 3 février 2009, consulté sur www.letelegramme.fr le 29 juin 2013.
  14. Dossiers d’Émile Auguste Chartier conservés auxArchives nationales dans les fonds duministère de l'instruction publique (sous la cote F/17/24293), durectorat de Paris (sous la cote AJ/16/5921) et de l'École normale supérieure, promo 1889 (sous la cote 61/AJ/218).
  15. Cf. T. Leterre,p. 349.
  16. Archives départementales de l'Orne, « Registres matricules militaires, classe 1888, bureau d'Alençon, matricules n° 1 à 492 matricule n°351, vue 371 / 525, R1036 »Accès libre, surhttps://gaia.orne.fr(consulté le)
  17. Mars ou la Guerre jugée, (Wikisource)
  18. a etbSur la question, voir le chapitre particulièrement précis deFrancis Kaplan : Kaplan Francis,Propos sur Alain, Gallimard (coll. "Folio Essais") 2020, pages 118 à 137.
  19. « T'as l'bonjour de Roparz ! », surcontreculture.org(consulté le).
  20. "A me supposer valide, il m'aurait fallu un an de manœuvres avant d'être utile en cette guerre" :Journal d'Alain, à la date du 18 juillet 1940
  21. Louis Lecoin,De prison en prison
  22. Dans sonJournal, à la date du 23 juillet 1940, Alain écrit :« Pour moi, j'espère que l'Allemagne vaincra ; car il ne faut pas que le genre de Gaulle l'emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c’est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Macchabées. Qui peut savoir? ». On trouve souvent le passage cité sans la question qui lui appartient et surtout avec une erreur importante : "genre de Gaulle" est interpolé en "Général de Gaulle", ce qui transforme le soutien à l'arrêt des hostilités en une hostilité spécifique à celui qui ne s'impose comme le chef de la résistance que plus tard. Judas Macchabée est la figure du héros juif.
  23. VoirJournal, Almanach de Marie-Monique Morre-Lambelin aux dates du 7 et 28 décembre 1940, publié en annexe duJournal.
  24. a etbJean-François Sirinelli,Génération intellectuelle : Khâgneux et Normaliens dans l'entre-deux-guerres,éditions Fayard,(lire en ligne)
  25. Il préfacera le livre de René Château,Introduction à la politique, en 1947.
  26. Journal, à la date du 20 septembre 1940.
  27. "Il faut que j'ajoute que la violence hitlérienne m'a toujours révolté et que jamais je n'ai désiré ni espéré despogroms." Journal à la date du 3 août 1940.
  28. Sur la question, voir les études les plus récentes dans le chapitre consacré à ce sujet dansFrancis Kaplan,Propos sur Alain, Gallimard (coll. "Folio Essais") 2020, pages 118 à 137. On peut lire aussi un article d'Emmanuel Blondel :Alain, la guerre, la politique et la bêtise.
  29. Francis Kaplan,Propos sur Alain, Gallimard (coll. "Folio Essais") 2020, pages 128
  30. l'Institut Alain à Paris
  31. Les Amis d'Alain
  32. Amis du Musée Alain et de Mortagne
  33. Sur les rapports entre philosophie et écriture chez Alain cf. Robert Bourgne, François Foulatier, et Thierry Leterre,Genèse de l’écriture et de la composition littéraire chez Alain: comptes rendus des séminaires consacrés en 1994-95 à la composition littéraire chez Alain, Paris, Institut Alain, 1999, 128 p. Ainsi que : Murat Michel et Worms Frédéric,Alain, littérature et philosophie mêlées, Paris, Éditions Rue d’Ulm (coll. « Figures normaliennes »), 2012, 221 p.
  34. Alain,La Théorie de la connaissance des Stoïciens. Préface par Louis Goubert, Paris, Presses universitaires de France, 1964, 75 p.
  35. Alain,Histoire de mes pensées dansLes Arts et les Dieux, Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »), 1958. Chap. 6
  36. « On ne met point de prétention dans un court article ; on va lestement ; on arrive au trait final ou bien on n'y arrive pas. Si l'on manque la pointe ce n'est qu'un petit malheur. Et d'autre part on ne peut s'empêcher de chercher les occasions les plus variées de dire quelque chose. Je m'égarai souvent fort loin du journalisme traditionnel. » (Histoire de mes pensées inLes Arts et les dieux, collection Pléiade,p. 68).
  37. « Le fait est que le succès vint assez vite. Cela veut dire que sur 25 000 lecteurs il s'en trouva dix ou vingt qui coupèrent et collèrent lesPropos, et peut-être un millier qui les lurent chaque matin pour commencer. La fidélité de ces premiers lecteurs est quelque chose d'incroyable. » (Histoire de mes pensées inLes Arts et les dieux, collection Pléiade,p. 70).
  38. « Les gros livres, et encore ne furent-ils jamais très gros, devaient venir à la suite desPropos, et ne remédièrent nullement à la réputation que j'eus désormais d'improviser et de m'amuser. Je n'ai rien fait pour vaincre ce préjugé ; j'étais bien plus pressé de défricher mon propre terrain. » (Histoire de mes pensées inLes Arts et les dieux, collection Pléiade,p. 74).
  39. Alain,Les Marchands de sommeil, Paris, C. Bloch, 1919, 59 p.
  40. Sur l’importance d’Alain comme commentateur philosophique cf. Bourgne Robert (ed.),Alain, Lecteur des Philosophes. De Platon à Marx, Paris, Bordas en coédition avec l’Institut Alain, 1987, 264 p
  41. Coppet Institut et Perrier Jerome,Le liberalisme démocratique d’Alain, Paris, Institut Coppet, 2015, 118 p.
  42. Richard Jean-Pierre, « Francis Kaplan, Propos sur Alain, édition établie par François Brémondy et Nicolas Cayrol, préface de Frédéric Vengeon, postface de Thierry Leterre, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 2020, 186 p. »,Revue philosophique de la France et de l’etranger, 28 septembre 2020, vol. 145, no 4, p. 552‑553.
  43. Derrida Jacques,Penser, c’est dire non, Paris, Seuil (coll. « Bibliothèque Jacques Derrida »), 2022, 120 p.
  44. Pascal Georges,L’idée de philosophie chez Alain, Paris, Bordas (coll. « Etudes supérieures. Série verte »), 1970, 414 p., Reboul Olivier,L’homme et ses passions d’après Alain Paris, Presses universitaires de France, 1968, 2 vol. 390 et 310 p.

Voir aussi

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Bibliographie

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Prix de la Critique 1986 de l'Académie française.

Articles connexes

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Liens externes

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