L'opérationReinhard est la première grande étape de lasolution finale de la question juive en Pologne. Elle fait entrer le génocide juif dans une phase industrielle avec l'ouverture descentres d'extermination nazis à grande échelle. La construction de centres d'extermination a été décidée peu de temps après l'ordre de la déportation des Juifs allemands, c'est-à-dire mi-. L'actionReinhard pose aussi la question de la date du commencement de la solution finale[4].
La date à laquelleOdilo Globocnik, chef de l’Aktion Reinhard, a reçu deHeinrich Himmler,Reichsführer-SS, l'ordre d'extermination des Juifs ne peut être établie qu'indirectement[d].
« Rejoignez Globocnik. LeReichsführer lui a donné des instructions explicites. Allez constater où il en est de sa démarche. »
Quartier général SS de l’Aktion Reinhard à Lublin.
À Lublin,Eichmann aurait été conduit à un camp oùChristian Wirth lui aurait expliqué les dispositifs mis en place pour gazer les Juifs (Wirth était le premier commandant ducentre d'extermination de Bełżec ; il sera plus tard l'inspecteur de tous les camps de l’Aktion Reinhard. Auparavant, il était chargé du « programme d'euthanasie »). Ainsi, Globocnik aurait été dès l'été 1941 chargé par Himmler de l'extermination des Juifs.
En faveur de cette thèse plaide aussi le fait que, dès la fin de l'été 1941, Wirth a été muté dans un institut d'euthanasie dans ledistrict de Lublin. Quelques semaines après arrivent d'autresexperts inemployés du programme d'euthanasie interrompu en août par Hitler. La construction du premier centre d'extermination de Bełżec a commencé le. Au début, ils n'ont pas su précisément comment mettre en œuvre techniquement et organisationnellement l'extermination des Juifs. Les expériences tirées du programme d'euthanasie n'ont pu être que partiellement utilisées car l'ampleur de l'actionReinhard était beaucoup plus grande.
C'est entre le, date de laconférence de Wannsee et, début des déportations versBelzec que se situe le début de la mission de Globocnik. Le quartier général est installé àLublin dans l'ancien collègeStefan Batory renommé « CaserneJulius Schreck » du nom du chauffeur de Hitler jusqu'en 1936[6].
On peut donc considérer que la solution finale de la question juive enPologne s'est déroulée en trois temps : les débuts de la conquête à l'Est avec les massacres commis par lesEinsatzgruppen, le camp de Belzec de mars à et enfin la mise en place des camps de Sobibor et Treblinka entre et.
La première étape est la planification du meurtre de masse. Elle trouve son origine dans laconférence de Wannsee même si les préparatifs ont commencé au moins deux mois plus tôt. Les membres de l’Aktion T4 rejoignent l'opérationReinhard au cours du premier semestre 1942. L'objectif est de mener une opération rapide.
La deuxième étape consiste à convoyer et tuer les Juifs polonais. Cette extermination a lieu dans trois centres de mise à mort : Belzec, Sobibor et Treblinka. Les nazis augmentent rapidement les capacités de mise à mort des centres. Par exemple, à Belzec on passe d'une capacité d’assassinat de600 victimes à l'heure, à 2 300 puis 3 800[7]. C'est à Sobibor que commence la mise à mort industrielle. La direction des chemins de fer de l'Est assure sans interruption les mouvements des convois. Ils sont identifiés par des codes spécifiques suivant leur origine géographique.
L'opérationReinhard prend fin en sur ordre de Himmler. Les nazis décident alors d'effacer les traces de leurs crimes en brûlant les corps. En fait, les opérations avaient commencé avant. La date officielle de la fin de l'opérationReinhard est le[8].
Pour exterminer plus de deux millions de Juifs dans le Gouvernement général de Pologne, les nazis ont en réalité eu recours à un nombre d'hommes assez peu important.
Les membres du programmeT4, environ 92 personnes, furent chargés des postes clés ayant trait à la mise en place des camps et à la conduite des techniques d'extermination dont ils avaient acquis l'expérience auparavant.La participation à l’Aktion Reinhard était « volontaire »[réf. nécessaire]. Franz Stangl a expliqué qu'ayant eu le choix en au terme de l’actionT4 entre une affectation à Lublin et le retour à son poste initial à Linz, il choisit Lublin mais qu'il ne découvrit de quoi il s'agissait réellement qu'une fois sur place au camp deSobibor[10].
Incorporés dans laSS, ces hommes étaient placés localement sous les ordres de Globocnik et de son adjointHermann Höfle mais dépendaient toujours formellement du programme d'euthanasie et de leur supérieur directViktor Brack quant à leur carrière et en matière personnelle (prime de salaire, courrier)[11],[12],[e].T4 livrait également[réf. nécessaire] des suppléments de nourriture et quelques extras (comme de grandes quantités d'eau-de-vie qui permettaient de mieux « endurer » le travail meurtrier).
Tous devaient signer dans le bureau de Höfle un engagement de respect du secret[13] par lequel chaque signataire reconnaissait notamment :
« n'avoir en aucun cas le droit de transmettre à qui que ce soit, hors du cercle du personnel de l'Einsatz [opération ou plutôt en terme militaire : engagement]Reinhard, le moindre renseignement, par oral ou par écrit, sur l'évolution, sur la procédure ou sur les incidents liés à l'évacuation des Juifs ; »
et
« que le processus d'évacuation des Juifs est un sujet classé sous la rubrique « Document secret du Reich », en vertu des règlements sur la censure […] »
Bien qu'il ait été explicitement interdit de prendre des photographies des opérations, plusieurs clichés pris à Treblinka ont été retrouvés dans les années 1950 dans l'album personnel deKurt Franz[14]. Dans le même ordre d'idées, les consignes quant à la corruption furent fréquemment ignorées et une partie des biens et des valeurs pris aux victimes furent détournés lors des expulsions ou dans les camps[15].
Il s'y ajoute environ un millier d'auxiliaires volontaires des pays baltes et de l’Union soviétique conquise, souvent des prisonniers de guerre soviétiques, lesHilfswillige ou « volontaires », qu’on appelle aussi les « noirs », car ils portent un uniforme de cette couleur, ouTrawnikis[16], qui ont constitué une force employée pour les déportations depuis les ghettos et les exécutions de masse, telJohn Demjanjuk. Chaque camp de l'actionReinhard était doté d'une compagnie de 90 à130 auxiliaires sous les ordres d'une trentaine d'officiers et sous-officiers SS[17].
Le nombre de Juifs tués s'élève au minimum à1,6 million. LeDictionnaire de la Shoah parle, lui, de2,5 millions de morts sur la totalité de l'opération[18]. Odilo Globocnik a déclaré en, alors qu'il était en fuite sur leWörthersee et qu'il se cachait chez une connaissance antérieure, que deux millions de Juifs avaient étéliquidés.
DepuisTrieste, le, Globocnik rend compte dans une lettre adressée à Himmler qu'il a terminé le l’Aktion Reinhard menée dans le Gouvernement général de Pologne et dissous tous les camps[20]. Il a également envoyé un rapport conclusif de synthèse.
Dans sa lettre de réponse, Himmler a remercié Globocnik et lui a exprimé sa reconnaissance pour lesservices rendus au peuple allemand.
De fait, l’Aktion Reinhard a rapporté d'énormes revenus au Troisième Reich[réf. nécessaire]. Dès l'été 1942, près de 50 000 000 Reichsmarks en billets, devises, pièces et bijoux et aussi environ 1 000 wagons de textiles, dont 300 000 vêtements neufs avaient été collectés.
Ces comptes sont à coup sûr sous-évalués. Ils ne comprennent pas en effet les biens, en particulier immobiliers, dont beaucoup de Juifs ont été spoliés depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir, en particulier les entreprises cédées de force et très en dessous de leur valeur. Ils ne comprennent pas non plus tous les biens meubles (mobilier, valeurs, vêtements) saisis par les différents services chargés de la déportation, pour leur propre équipement, ni tous ceux qui ont été subtilisés par les membres de ces services, à leur profit personnel[12].
Globocnik avait ordonné la constitution d'un fichier central pour recenser les biens juifs volés. Mais les gardes prenaient tout ce dont ils pouvaient avoir besoin.
Un décompte final du a donné les valeurs suivantes :
Ces valeurs ont pu être placées sur les comptes de laReichsbank sous le faux nom deMax Heiliger grâce au dispositif mis en place par son président,Walther Funk, etHeinrich Himmler. Odilo Globocnik est véritablement celui qui a conduit l’Aktion Reinhard.C'est lui qui a imposé aux intérêts économiques d'autres secteurs du Reich et aussi à laWehrmacht l'assassinat de Juifs qui travaillaient dans des entreprises pourtant indispensables à l'effort de guerre[réf. nécessaire].
À l’Aktion Reinhard est également rattachée l’Aktion Erntefest qui n'a cependant pas été menée par les mêmes personnes. Début, dans ledistrict de Lublin, presque tous les Juifs encore vivants ont été tués dans les camps en l'espace de deux jours.
↑Partie de la Pologne occupée par l'Allemagne, qui n'a pas été formellement annexée auTroisième Reich.
↑La déportation des Juifs de Lublin le versBelzec marque le début de l'opérationReinhard.
↑Selon É. Husson il fait peu de doute que c'est en hommage à Reinhard Heydrich et non à Fritz Reinhardt, secrétaire d'État du ministère des Finances[2] ; le camp d'extermination de Belzec, intégré plus tard à l’Aktion Reinhard, a été conçu initialement parOdilo Globocnik dans le cadre de la colonisation allemande dans la région deLublin[3].
↑Certains historiens émettent l'hypothèse queHimmler a donné àOdilo Globocnik un ordre écrit mais que celui-ci aurait été détruit par Himmler en 1943[5].
↑Hilberg note cependant que leur promotion dans la SS se heurta à des réticences de la part du RSHA.
↑Dick de Mildt, Martinus Nijhoff,In the Name of the People: Perpetrators of Genocide in the Reflection of their Post-war Prosecution in West Germany, 1996,p. 256.