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L'aigle romaine[1], ouenseigne légionnaire, en latinaquila, est un emblème deslégions romaines. Il représente l'aigle deJove, Aëtos, car Jupiter était le « Père de l'État romain ».
L'aigle est le plus important et le plus respecté des symboles de la légion et sa perte est ressentie comme un déshonneur. La récupération d'une aigle subtilisée est fêtée comme un grand événement. Si le généralGermanicus mène une campagne en Germanie, c'est entre autres afin de reprendre les trois aigles prises à labataille de Teutobourg ; de même, sur l'Auguste de Prima Porta est représentée la restitution d'une des aigles perdues parCrassus à labataille de Carrhae.
Pline l'ancien, dans sonHistoire naturelle[2] rappelle qu'avant laréforme marianique, les troupes romaines combattaient sous des enseignes représentant différents animaux : loup, ours, sanglier, aurochs… Marius a finalement imposé l'aigle, symbole deJupiter, le principal dieu capitolin de Rome[2]. Ces enseignes étaient l'objet d'une vénération religieuse. L'aigle jupitérien ne disparaîtra des emblèmes de la légion qu'avec l'avènement duchristianisme. D'autres motifs s'imposeront alors : lechrisme tout d'abord, puis lacroix, sur des étendards nomméslabarum[3].
Dans lareligion romaine, l'aigle favorise leprésage, la connaissance de lapuissance divine par laprise d'auspice, car il est messager deJupiter. Dans les premières légions romaines, il est avec les loups, lesminotaures, les chevaux et les verrats, l'une des cinq enseignes animales (signa) et symbolise la force, le succès et le pouvoir transmis par Jupiter.Plutarque rapporte que le généralCaius Marius, alors qu'il était enfant, a attrapé un nid d'aigle dans sa toge, contenant sept aiglons, et que les devins ont alors prédit aux parents une grande destinée pour leur fils. Le rôle de l'aigle divin (prodigium) qui annonce les grands hommes(omen imperii) est rappelé parSuétone quand il raconte qu'un aigle est venu arracher un pain des mains du jeune Auguste, a pris son envol vers le ciel puis est revenu le lui rendre.Pline l'Ancien rapporte queCaius Marius, pendant son second consulat, probablement dans le cadre de saréforme marianique entre et décerna l'aigle à ses légions commedistinction honorifique, après qu'on avait commencé depuis quelques années à laisser les autres enseignes dans les garnisons[4]. L'aigle devient ainsi un symbole d'honneur et un signe de distinction, destiné à aiguillonner les troupes de manière durable.
On ne connaît pas d'exemplaire conservé, leur fabrication n'est donc connue que par des représentations et des descriptions. Le manche de l'enseigne est monté sur une pointe en métal et comporte deux poignées afin de le planter en terre et de l'en retirer. Généralement, il n'y a pas d'ornements comme sur d'autres emblèmes munis dephalères. La deviseS. P. Q. R., est généralement présente. La figure de l'aigle est fixée sur un piédestal au bout de la lance, elle est, sous l'Empire, en argent doré et, par la suite en or pur. Le rôle de l'aigle comme symbole de Jupiter est signifié par lefoudre qu'il tient dans ses serres et, dans certains cas, par ungland dans le bec. Les ailes sont déployées vers le ciel, parfois aussi sur le côté, et peuvent porter une couronne de lauriers.
Sur lerelief de Felsonius Verus,aquilifer de laLegio II Parthica, l'aigle est entouré par une cage, ce qui fait supposer à certains auteurs que cette légion possédait un aigle vivant comme emblème[5]. Mais il pouvait aussi s'agir d'un dispositif pour protéger l'objet ou d'une châsse portative pour une aigle classique[6].
L'aquila est confiée à la premièrecohorte, en particulier auprimus pilus, le grade le plus élevé decenturion de la Légion. Elle est portée par l'aquilifer (littéralement : « porteur d'aigle »), le grade le plus élevé de porte étendard.
L'aquilifer porte un bouclier rond, leparma. Des stèles funéraires le montrent portant unelorica squamata et une peau de lion sur le casque. Le glaive est semblable à celui des centurions, et porté à gauche de la taille, contrairement aux autres légionnaires.
Contrairement aux enseignes des différentescenturies, l'aquila n'a probablement pas d'importance tactique comme point de repère pour les unités de combat. Elle ne quitte la garnison que si toute la légion se met en marche et la précède lors de la marche.
L'aquila remplit un rôle de légitimation et d’identification : ainsi, la période de service d'un légionnaire est nomméesub aquila (littéralement « sous l'aigle »), et le jour de création d'une légion est ledies natalis aquilae (« jour de naissance de l'aigle »). Protéger l'aigle au combat pouvait être une motivation supplémentaire pour les soldats romains. Selon César, lors de sondébarquement en Bretagne en, l'aquilifer de laLegio X Gemina sauta à terre le premier, incitant ses compagnons réticents à le suivre pour protéger l'aigle[7].
Napoléon Bonaparte a récupéré l'aigle comme symbole de samaison et emblème de laGrande Armée.
Lamaison Bernadotte l'a également comme emblème.