Pour les articles homonymes, voirMouna (homonymie),André Dupont etDupont.
Naissance | |
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Nom de naissance | André Dupont |
Surnom | Mouna |
Pseudonymes | |
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Activités | Clochard,philosophe,écologiste ![]() |
Parti politique | |
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Distinction |
André Dupont, dit « Aguigui Mouna »[1], ou simplement « Mouna », né le àMeythet (Haute-Savoie) et mort le àParis, est un clochard-philosophelibertaire,pacifiste,écologiste avant l'heure, qui, souvent à vélo, sillonnait les rues de Paris pour haranguer les foules[1], dormant chez ses hôtes voire à la belle étoile[2]. Il connut son heure de gloire enmai 68. On a vu en lui à la fois « le dernier amuseur public de Paris »[3] et « le sage des temps modernes »[4].
De son nom d'état-civil André Dupont, « Aguigui Mouna » naît dans une famille decultivateurs modestes.« J'ai perdu mon père quand j'avais sept ans. Un matin, j'avais neuf ans, ma tante m'a réveillé en m'annonçant : ta mère est morte. Ça fait un drôle d'effet[5]. » Il est recueilli avec son frère par cette tante, chez qui ils seront garçons de ferme, couchant à l’étable avec lesvaches[3]. Sa mère, Adélaïde Brisgand, était originaire desVillards-sur-Thônes.
Il commence à travailler à l’âge de 13 ans. Il est tour à tour garçon de café et chômeur et, à 17 ans, s’engage dans laMarine mais s’en fait exclure pour avoir refusé les avances d'un supérieur[6].
Il se marie en 1939, juste avant d’être mobilisé pour ladrôle de guerre. Il en sortira « antimilitariste convaincu »[7].
Il adhère auParti communiste français (PCF) à laLibération et est un temps un militant« pur et dur »[1]. Mais, n’étant fait ni pour l’obéissance passive aux consignes, ni pour lapensée unique, il déchante rapidement[8]. Installé àNice où il tient une pension de famille, il est exclu du PCF à la suite d'un épisode lié à sa vie privée, ce qui contribue à sa désillusion politique[1].
En1951, il fait la connaissance d'un client de son établissement, un peintre argentin marginal. La rencontre avec ce personnage original est pour lui une illumination, qui le convainc de dénoncer l'absurdité du monde[1]. Las de sa vie de « caca-pipi-taliste »[9], il commence, tout en continuant à tenir sa pension, une carrière« d'imprécateur-amuseur ». En mai1952, il prend part à une manifestation communiste contre les Américains en arborant pour la première fois une tenue bariolée. Au cours des semaines suivantes, il multiplie les apparitions publiques dansAntibes, où il acquiert une réputation d'excentrique, voire de fou[1].
Séparé de sa femme, il monte ensuite àParis, où il s’installe comme cafetier-restaurateur avec son frère aîné, face à laBibliothèque nationale de France, au coin de larue de Richelieu et dusquare Louvois, lieu de rencontres pittoresques au fil desannées 1950[10]. Son pseudonyme d'« Aguigui Mouna » vient d'une exclamation, dépourvue de sens, qu'il pousse un jour alors qu'il réfléchissait sur l'absurdité de la vie :
« J'ai crié Aguigui Mouna… et voilà. J'ai commencé à me déguiser, à mettre un hareng-saur dans une cage à la vitrine de mon restaurant… la mutation quoi[11]. »
Il déclare volontiers, au sujet de la société contemporaine :« On devient gaga, complètement gaga, fini, usé, terminé… gaga, agaga, agogo, gogo, agag, aguigui… aguigui[1] ! » Par la suite, ayant fait faillite, quitté par sa nouvelle compagne qui ne supportait plus ses excentricités, il se consacre à temps plein à son activité d'imprécateur public et prend la route pour professer sa philosophie, à Paris comme sur laCôte d'Azur[1]. Il donne libre cours à sa fantaisie, parcourtSaint-Germain-des-Prés pour répandre la bonne parole aguiguiste. Il porte une moitié de moustache et de barbe pour dénoncer un monde radioactif. Il fonde le club des aguiguistes, censé apporter gaieté, joie et optimisme. Découvrant la photographie d'Einstein tirant la langue, il lui écrit pour lui proposer la présidence d'honneur de son club.Albert Einstein accepte la présidence d'honneur et lui répond : "N'hésitez pas à accrocher dans votre restaurant mon portrait qui, du reste, illustre bien mes convictions politiques."[12].
Plus tard on le verra aussi,« coiffé d'un chapeau à clochettes et revêtu d'un manteau recouvert de badges et de calicots »[13], haranguant les foules aux festivals deCannes etd’Avignon, auPrintemps de Bourges et auSalon du livre de Paris.
En 1956, il marche à pied deCagnes-sur-Mer àSanremo. On le voit aussi àGolfe-Juan, où il reste perché 16 heures en haut d’un platane. Il ponctue ses déclamations par des inscriptions à la craie blanche sur le bitume en disant « Je craie ». Ses techniques de communication, telles que l’usage de pancartes accrochées à son vélo pour interpeller les passants, ont probablement influencé l’écriture blanche sur noir de l’artisteBen[14]. ÀSainte-Maxime, il porte un réveil autour du cou et pique sa barbe folle de fleurs des champs.
Pendant laguerre d'Algérie, il fait partie des trente volontaires de l'Action civique non-violente qui demandent à partager le sort des Algériens internés sans jugement dans lescamps du Larzac (Aveyron), ducamp de Thol (Ain), de Saint-Maurice-de-l’Ardoise (Gard) et deMourmelon (Marne)[15].
En 1962, quelques réfractaires, dont Mouna, brûlent leurs livrets militaires sur la voie publique[16].
Il crée son journalLe Mouna Frères (le Mou’Nana pour les sœurs !!! -le journal anti-robot), feuille de chou qui tient à la fois deL'Os à moelle dePierre Dac et dutract politique, qu’il diffuse lui-même dans les manifestations[17]. Il se déplace sur un vélo équipé d'untéléphone rouge factice et jette des graines aux badauds qui l'écoutent en ponctuant son geste d'un « Prenez-en de la graine ! ».
En 1968, aux gauchistes qui lui lancent « Mouna, folklore ! », il rétorque « Tu préfères le chlore ? », allusion aux gaz lacrymogènes desCRS lors des manifestations estudiantines. Les mêmes le qualifient d’« amuseur débilissime, allié objectif du capitalisme » et l'accusent même d'être indicateur de la police[17].
Les prenant au mot dans l’amphithéâtre à ciel ouvert (maintenant remplacé par un bâtiment administratif) ducampus de Jussieu (universités Paris 6 -Paris 7), il se fait sacrer le « Empereur débilissime, Aguigui1er », à l’aide de ses amis saltimbanques qui distribuent des nez rouges. Un autre jour, il se fait arrêter pour avoir mené une procession grotesque dont les participants scandaient en chœur : « Nous sommes heureux ! Nous sommes heureux ! » La même année, à la mort deJean-PaulIer, il affiche à la porte des églises le slogan[3] : « Si Jésus est mort sur la Croix, un pape meurt dans son lit ! ».
Toujours à Jussieu, en mars1979, il invite les étudiants à accompagner avec lui la manifestation des sidérurgistes de Lorraine qui viennent à Paris protester contre la fermeture de leurs usines.
Il passe des heures à la bibliothèque duMuséum national d'histoire naturelle, discute avec les chercheurs, diffuse le livre deJean DorstAvant que nature meure, croise l’agronomeRené Dumont et comprend les enjeux de l’écologie bien avant l’apparition de l’écologisme politique. Il milite ensuite contre le « tout-routier », pour le « partage de la route » et pour lerespect des animaux y compris domestiques sur son vélo tractant une remorque bricolée, coiffé d’un couvre-chef recouvert de badges divers, et parfois un porte-bagage au guidon, abritant de petits animaux de compagnie[18]. Il fut de tous les défilés parisiensnon violents,antimilitaristes,pacifistes,libertaires ou contestataires[19]. Il a aussi mené campagne contre letravail des enfants dans letiers monde et pour l’aide aux réfugiés duChili, et il a été l’un des premiers à dénoncer les risques et les retombées négatives du programmenucléaire français,militaire etcivil.
Dénonçant le « déformatage des esprits » et le « prêt-à-penser », il se présente comme candidat (ou « non-candidat » ainsi qu’il se désigne lui-même)[17] à l’élection présidentielle de 1974, ainsi qu’aux trois suivantes, sous son véritable patronyme : Dupont (« pasde Nemours nid’Isigny », précise-t-il). Auxélections législatives de 1988 et1993, à l’âge de 76 puis de 81 ans, il se présente dans la2e circonscription de Paris contreJean Tiberi, obtenant 3 % des voix en 1988[1] et 1,8 % en 1993 (722 voix)[20]. Dans les candidatures de Mouna Aguigui à des fonctions électives,Pierre Laszlo voit « l’irruption, dans les campagnes électorales parisiennes, du saugrenu propre au bouffon ou au clown[21] ».
On a vu en lui un émule deDiogène, deSocrate ou deFerdinand Lop qui proposait de prolonger leboulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (et dans les deux sens) afin que les étudiants puissent se baigner plus souvent. Pour beaucoup, Mouna était tout simplement unapôtre de la bonne humeur.
Son portrait où il tire la langue à la manière d’Albert Einstein, parOlivier Meyer[22], publié sous forme de carte postale en 1989, puis en illustration du livre d’Anne Gallois[23], a servi de base à la réalisation d’un pochoir sur toile[24] en 2006 par l’artisteJef Aérosol, reproduit dans le livreVIP[25].
Il est fait chevalier desArts et des Lettres parJack Lang[1].
Il meurt le, à l’âge de quatre-vingt-sept ans, d’un arrêt cardiaque, à l'hôpital Bichat, à Paris[5].
Cavanna disait de lui :
« Mouna, c’est une manif à lui tout seul. C’est l’indignation. Sa philosophie ? Un amour universel, boulimique[26]. »
Ces citations ne correspondent pas auxexigences d’un article encyclopédique ; il semble qu’elles auraient davantage leur place surWikiquote().
Mouna avait pour devise :« Les temps sont durs, vive lemou[17] ! »