Bien que l'usage du terme « Afro-Américains » (enanglais :African American ouAfrican-American) remonte à 1782[9], et qu'il ait été utilisé par desabolitionnistes duXVIIe siècle commeJames Forten ouRobert Purvis, il n'est néanmoins popularisé parMalcolm X que dans lesannées 1960, puis parJesse Jackson[10] avant de devenir une expression commune à la fin desannées 1980. Son but était de définir lesAméricains de couleur depeau noire par un enracinement dans une histoire et une culture spécifique, et de façonethnique au sens actuel du terme (approchesocio-culturelle et socio-historique d'une communauté) comme le sont les citoyens qui ont une origine italienne ou irlandaise, et non plus par leur seule couleur de peau[7].
Selon leBureau du recensement des États-Unis, les termes « Noir Américain » et « Afro-Américain » sont synonymes et désignent« une personne ayant des origines dans n'importe quel groupe racial noir d'Afrique »[11].
Depuis lerecensement de 2000, cette catégorie est utilisée par leBureau du recensement des États-Unis aux côtés des termes« Black » enfrançais :« Noir » et« Negro » (terme désuet signifiant« noir ») pour élaborer les formulaires officiels destinés à préparer des statistiques ou à accompagner des politiques dediscrimination positive[12]. De plus, depuis 1960, il revient aux individus de choisir leurs catégories d'appartenance« raciales et ethniques » lors du recensement, selon le principe d'auto-identification, et non plus aux agents du Bureau du recensement des États-Unis[11],[13].
Des études montrent que la majorité des Afro-Américains n'ont pas de préférence entre les termesAfrican American etBlack American[14], bien qu'ils montrent une légère préférence pourBlack American dans les contextes informels etAfrican American dans les contextes plus formels[7].
Dès1770, les sociétésquakers deNouvelle-Angleterre s'interdisent toutes pratiques esclavagistes. Seuls quelques États du Nord s'engagent rapidement dans la voie de l'abolition de l'esclavage : leVermont l'interdit dès1777[18],[16].
Après la guerre sont créées la plupart des « universités historiquement noires », afin d'accueillir les étudiants afro-américains refusés sur les campus blancs[23].
Il n'y eut aucuneréquisition ouconfiscation, aucune plantation n'est divisée ou morcelée. Au contraire, le présidentAndrew Johnson fait expulser les Noirs des parcelles de terrains que certains généraux nordistes leur avaient distribués. De manière générale, la structure économique du Sud, construite sur des caractéristiques racistes, est totalement conservée. Le système des métayers, forme d'exploitation souvent proche de l'esclavage, est créé pour les Noirs[24].
Après 1865, un grand nombre d'anciens esclaves se retrouvent sans travail et de nombreux planteurs font faillite. Commence alors un exode massif des Afro-Américains vers les villes industrielles du nord du pays. Laguerre de Sécession laissa des rancœurs dans lesÉtats du Sud : après la fin de l'occupation militaire est mise en place laségrégation par peur dumétissage et par lapsychose duviol des femmes blanches par les hommes africains[25]. Leslois Jim Crow instaurent le développementséparé mais égal, c'est-à-dire la ségrégation dans les lieux publics.
Les États du Sud avaient profité également de la période pour voter desCodes noirs restreignant fortement les droits des Afro-Américains nouvellement affranchis. Ils adoptent une série de lois interdisant la possession d'armes par les Noirs, ledroit de réunion après le crépuscule, et « l'oisiveté ». AuMississippi, la loi leur interdit également de posséder de la terre. EnCaroline du Sud, elle leur interdit l'exercice de toutes professions « artistiques, commerciales ou industrielles », leur permettant seulement de devenirdomestiques ou valets de ferme. Plusieurs États (ainsi qu'au Nord, commeNew York) leur interdisent ledroit de vote sous divers prétextes (suffrage censitaire, interdiction de vote pour lesanalphabètes, etc.)[24].
Les Noirs sont également victimes deviolences, delynchages et de la haine duKu Klux Klan. LaLouisiane tout entière est parcourue de bandes armées qui fouettent, battent ou tuent des Noirs impunément. Au début des années 1870, ces ligues atteignent 25 000 membres. Selon le généralPhilip Sheridan, gouverneur militaire de la région, plus de 3 500 Noirs sont massacrés dans les 10 ans qui suivent la guerre[24].
De 1910 à 1930, la population noire des seules villes deChicago,New York etPhiladelphie passe de 226 000 à 902 000 individus[27]. La concentration des Noirs dans les grandes villes du Nord conduit à la formation dequartiers à forte majorité afro-américaine comme leSouth Side deChicago ouHarlem et leBronx àNew York.
Au niveau politique, les premiers membres noirs duCongrès des États-Unis ont été élus sous l'étiquette Républicaine en, soit trois ans après l'abolition de l'esclavage. Il a fallu attendre 1934 pour que leparti démocrate présente ses premiers candidats noirs.
De 1936 à 1966, au moins 2 800 Noirs sont assassinés dans deslynchages[24]. L’État deCaroline du Nord a instauré entre 1929 et 1974 un programme destérilisation forcée visant les Noirs. Quelque 7 600 personnes, y compris des enfants, en ont été victimes[28].
Pendant laGrande Dépression desannées 1930, les Afro-Américains sont particulièrement touchés par lechômage et lapauvreté. Si leNew Deal lancé par le présidentFranklin Delano Roosevelt ne prévoyait aucune disposition particulière à leur égard, les Noirs américains profitèrent des différents programmes et des aides fédérales[29] : ils bénéficièrent par exemple d'un tiers desaides au logement[30]. C'est à partir de cette époque qu'ils changent leur appartenance politique, se tournant davantage vers le parti de Roosevelt, leparti démocrate[30].
La situation des Afro-Américains s'améliore lentement : leurintégration sociale progresse grâce à l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale (700 000 Noirs dans l'Armée en 1944[31]). Le conflit contre lesforces de l'Axe a plutôt tendance à souder la nation[32], même si desémeutes raciales éclatent en 1943. Roosevelt prend des mesures pour limiter lesdiscriminations dans l'administration fédérale (Executive Order 8802[31]). En 1942, leCongress of Racial Equality est fondé pour lutter contre la discrimination dans les bâtiments publics du Nord du pays[31].
LaGrande migration commencée dans l'Entre-deux-guerres se poursuit : plusieurs milliers de Noirs quittent le Sud pour travailler dans lesmétropolescaliforniennes. En menaçant en 1941 d'organiser une grande marche de protestation sur la capitale, des dirigeants syndicaux dontAsa Philip Randolph obtiennent du gouvernement un début dedéségrégation dans les usines du Nord.
Les années 1960 sont marquées par la figure deMartin Luther King (1929-1968) qui organisa et dirigea des marches pour le droit devote, l'emploi des minorités, et d'autres droits civiques élémentaires pour les Afro-américains. Il est surtout connu pour son discours « I have a dream » (J'ai un rêve), prononcé le devant leLincoln Memorial àWashington durant la marche pour l'emploi et la liberté. Il rencontreJohn F. Kennedy qui lui apporte son soutien pour la lutte contre la discrimination raciale. Martin Luther King et le mouvement des droits civiques ne sont pourtant pas appréciés de l'opinion publique et la marche est rejetée par les deux tiers des Américains. D'après les sondages effectués parThe New York Times en 1964, les New-Yorkais voient en Martin Luther King un « extrémiste » et jugent « excessives » les revendications de droits civiques[35].
En 1963, 59 % des personnes blanches se déclarent favorables à l’interdiction des mariages interraciaux, 55 % refusent de vivre à côté de personnes noires, et 90 % s'opposent à ce que leur fille sorte avec l’une d’elles. En 1966, les électeurs deCalifornie obtiennent par référendum l’annulation de dispositions favorables à la mixité raciale du logement[36].
La déségrégation prend une tournure violente avec de nombreux assassinats, des émeutes dans certaines villes et dans lesghettos : entre 1965 et 1968, les violences font 250 morts et 8 000 blessés dans tout le pays. En 1968, un rapport de lacommission Kerner s'intéresse aux causes de ces violences et représente le point de départ de la politique dediscrimination positive.
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LeBlack Panther Party (BPP) est fondé en 1966. Dès 1967, leFBI réoriente le programmeCOINTELPRO en direction des mouvements noirs et notamment les Blacks Panthers. Dans une note interne, le FBI définit son objectif comme étant de « démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine ». Outre les méthodes de répression classiques (filatures, écoutes téléphoniques, lettres anonymes, agents doubles, etc.), le FBI se livre à la propagation de fausses nouvelles et réalise des assassinats. Pour la seule année 1970, trente-huit militants sont tués lors de raids organisés contre les bureaux du BPP. Le 4 décembre 1969, le leader des Panthères de Chicago,Fred Hampton, est exécuté dans son lit par un agent du FBI infiltré[37].
En 1973,Bobby Seale se présente pour le BPP à la mairie d'Oakland (Californie), se concentrant sur les services sociaux et la politisation de la communauté noire. Il obtient 19,26 % des voix et est qualifié pour le second tour, où il échoue cependant[38].
L’acquittement d’un policier filmé en train de matraquer un automobiliste noir déclenche lesémeutes de 1992 à Los Angeles, qui aboutissent à une cinquantaine de morts et 10 000 arrestations[36].
Les Noirs sont 2,8 fois plus concernés par le risque d'être tués par la police que les Blancs alors qu'il leur arrive plus souvent de n'être pas armés au moment de l'interpellation[39]. Le mouvementBlack Lives Matter se forme en 2013 pour protester contre les violences et les discriminations de la part des forces de l'ordre dont les Noirs sont victimes. La justice a également tendance à être plus sévère avec les Afro-américains[40].
Le premier à utiliser l'expressionAffirmative action est le président américainJohn Fitzgerald Kennedy[42] ; elle fut ensuite reprise par son successeur à laMaison-Blanche,Lyndon B. Johnson. Leur idée était que, malgré les lois en faveur de l'égalité, les Noirs resteraient en retard par rapport au reste de la population américaine. Le but était de faire en sorte que les Noirs soient davantage représentés dans les emplois qualifiés, les universités, les médias, etc. Dès les années 1960, des emplois préférentiels sont mis en place. Mais il ne s'agit en aucun cas d'une politique de quotas : en 2003, la Cour Suprême a condamné le principe des quotas comme étant contraire à l'égalité devant la loi et à la libre concurrence[43]. Les résultats sont jugés convaincants aux États-Unis : en 1960, 13 % des Afro-Américains appartenaient aux classes moyennes, ils sont 66 % en 2000[44]. Le nombre de Noirs appartenant à la classe moyenne a été multiplié par quatre et le nombre de Noirs pauvres a diminué de moitié[45]. Les disparités ethniques sont d'ailleurs beaucoup plus fortes en Amérique latine qui a pourtant une réputation de métissage.
Lespremiers élus noirs apparaissent pendant la période dite de laReconstruction, juste après la guerre de Sécession, avec entre autres deux élus afro-américains auSénat des États-Unis :Hiram Rhodes Revels etBlanche Bruce, tous deux élus du Mississippi. Mais la reprise en main des États sudistes par les démocrates conservateurs (lesredeemers), lecompromis de 1877 et la fin de l'occupation militaire, les violences, les intimidations pour dissuader les Noirs de voter et les fraudes électorales marquent la fin de cette période. L'instauration deslois Jim Crow met fin à toute représentation politique des Noirs du Sud pendant près de trois-quarts de siècle : aucun Noir ne siège au Congrès pour un État duDeep South de1897 (fin du mandat deGeorge Washington Murray) à1973 (début du mandat d'Andrew Young) et pour un État duSud en général de1901 (fin du mandat deGeorge Henry White(en)) à1971 (début du mandat deParren Mitchell). Durant cette période, des Noirs sont cependant élus par des État duNord, duMidwest et de l'Ouest[46].
Nadia Mohamed devient mairesse élue deSaint Louis Park dans leMinnesota. Cette élection fait d'elle la première maire noire de la ville en 170 ans, la première maire américaine d'origine somalienne du Minnesota, la première maire musulmane de la ville et la deuxième maire somalienne connue de l'histoire des États-Unis[47].
Alexander Twilight(en), premier Afro-Américain à siéger dans une législature d'État (1836-1857).
Francis Lewis Cardozo, premier Afro-Américain secrétaire (1868-1872) et trésorier d'un État (1872-1877).
Oscar Dunn(en), premier Afro-Américain lieutenant-gouverneur d'un État (1868-1871).
Population afro-américaine lors du recensement[60],[61],
Année
Seulement afro-américains
Métis afro-américains
Esclavage
Nombre
% de la population
Nombre
% de la population
Esclaves
Libres
Nombre
%
Nombre
%
1790
757 208
19,3
697 681
92,1
59 727
7,9
1800
1 002 037
18,9
893 602
89,2
108 435
10,8
1810
1 377 808
19,0
1 191 362
86,5
186 446
13,5
1820
1 771 656
18,4
1 538 022
86,8
233 634
13,2
1830
2 328 642
18,1
2 009 043
86,3
319 599
13,7
1840
2 873 648
16,8
2 487 355
86,6
386 293
13,4
1850
3 638 808
15,7
3 204 313
88,1
434 495
11,9
1860
4 441 830
14,1
3 953 760
89,0
488 070
11,0
1870
4 880 009
12,7
1880
6 580 793
13,1
1890
7 488 788
11,9
1900
8 833 994
11,6
1910
9 827 763
10,7
1920
10 463 131
9,9
1930
11 891 143
9,7
1940
12 865 518
9,8
1950
15 042 286
10,0
1960
18 871 831
10,5
1970
22 580 289
11,1
1980
26 495 025
11,7
1990
29 986 060
12,1
2000
34 658 190
12,3
1 761 244
0,6
2010
38 929 319
12,6
3 091 424
1,0
2020
46 936 733
12,4
5 832 533
1,8
Lerecensement de la population n'est pas obligatoire aux États-Unis[62]. La mention de la« race » est basée, depuis 1960, sur le principe de l'auto-identification[13]. D'ailleurs, la« race » n'est indiquée sur aucun document d'identité (permis de conduire, carte de sécurité sociale ou passeport). Il est également possible de choisir plusieurs« race » pour représenter son métissage depuis le recensement 2000[63].
Ceux dont les ancêtres ont été amenés en qualité d’esclaves d’Afrique auxCaraïbes ou enAmérique latine, mais qui sont venus auxÉtats-Unis en personnes libres, se classent eux-mêmes dans la catégorie Afro-américains ou dans une autre catégorie qui peut êtrelatino-américain,haïtiano-américain ou caribéen-américain.
Selon l'estimation officielle de2005, environ39,9 millions d'Afro-Américains vivent aux États-Unis soit 12,9 % de la population totale. 54,8 % résident dans les États du Sud, 17,6 % dans le Nord-Est, 18,7 % dans leMidwest et seulement 8,9 % dans les États de l'Ouest. 88 % vivent dans des aires urbaines. Avec plus de trois millions de résidents noirs,New York a la plus importante population noire urbaine des États-Unis. Parmi les villes de plus de 100 000 habitants,Gary dans l'Indiana a le plus fort pourcentage d'habitants noirs (84 %), suivi de peu parDétroit dans leMichigan (82 %).La Nouvelle-Orléans enLouisiane (67 %),Baltimore dans leMaryland (64 %),Atlanta enGéorgie (61 %) etWashington (60 %) sont aussi des centres importants de population noire.
Évolution de la part des Afro-Américains au sein de la population par État[60],[61]
Selon lePew Research Center, les Afro-Américains font preuve d'une plus forte religiosité que l'ensemble de la population, bien que celle-ci tende à diminuer, suivant la tendance générale aux États-Unis. Ainsi, la part d'entre eux à croire en Dieu passe de 97 % en 2007 à 93 % en 2014, contre 91 % en 2007 et 88 % en 2014 pour l'ensemble de la population[64]). La part d'entre eux à considérer que la religion est « très importante » dans leur vie, bien que plus forte que la moyenne (75 %[3] contre 53 % en 2014[65]), tend elle aussi à diminuer (79 % pour les Afro-Américains[3] et 56 % pour l'ensemble de la population[65]). Enfin, tout en étant proportionnellement plus nombreux à assister au moins une fois par semaine à un service religieux et à prier quotidiennement (respectivement 47 % et 75 %[3] contre 36 %[66] et 55 % pour l’ensemble de la population[67]). De plus 75 % d'entre eux déclarent prier quotidiennement[3], ces pratiques tendent elles aussi à diminuer puisque 53 % déclaraient assister au moins une fois par semaine à un service religieux en 2007 et 76 % affirmaient prier au moins une fois par jour[3].
Métissage avec les populations européennes et amérindiennes
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Des études génétiques montrent que la population afro-américaine présente en moyenne de 73,2 % à 82,1 % d'ascendanceafricaine subsaharienne, de 16,7 % à 24 %d'ascendanceeuropéenne[pas clair] et de 0,8 à 1,2 % d’ascendanceamérindienne, avec de larges variations d'un individu à un autre[68],[69],[70].
Le patrimoine de la majorité des familles afro-américaines est inférieur à 20 000 dollars. Par conséquent, elles résident généralement dans des quartiers pauvres et sont contraintes de scolariser leurs enfants dans des écoles médiocres, celles-ci étant essentiellement financées par les taxes foncières[71].
Les Afro-américains sont plus exposés à la précarité et des millions d'entre eux ne disposent pas d'assurance maladie. Ils sont plus touchés que la moyenne de la population par des maladies, comme lediabète (115 millions d’Américains souffrent de diabète ou de prédiabète). Lors de l'épidémie de Covid-19 en 2020, ils représentent une forte proportion des décès, notamment parce que les travailleurs noirs sont beaucoup moins susceptibles de pouvoir travailler à domicile, exerçant souvent des emplois du secteur des services[72].
La culture afro-américaine[73] commence à s'exprimer librement àParis dans l'Entre-deux-guerres[74]. En effet, durant cette période, la capitale française connait un intérêt particulier pour lesarts africains. On peut voir aumusée de l'Homme des expositions autour des objets et desmasques notamment.Paul Morand choisit pour l'illustration de son romanMagie noire[75],[76], une illustration d'Aaron Douglas représentantJoséphine Baker bondissant comme sur l'illustration dePaul Colin[77],[78]. Ce dernier exprime dans sa version de Joséphine Baker, des formes géométriques que l'on reconnait dans les statues africaines.Jules Pascin exprime également cet attrait parisien à la culture africaine et afro-américaine, dansJazz Band en 1927 qui illustre des décors africains et non véritablement américains. Paris voit également s'ouvrir le premierCongrès panafricain en 1919. Enfin, Paris voit durant la Guerre arriver les groupes dejazz avec les troupes américaines[79], commeHarlem Hellfighters[80]. Ils s'installent alors dans le quartier deMontmartre qui depuis la fin duXIXe siècle voit une population internationale et américaine arriver[81], attirée par les salaires et les nuits plus libres que celles américaines limitées par laprohibition. Montmartre devient alors« Black Montmartre » voyant se rencontrer les artistes et intellectuels africains, antillais ou afro-américains.
La culture afro-américaine trouve alors un terrain propice pour les artistes Afro-Américains[82], qui sont pour certains arrivés dès laPremière Guerre mondiale et pour d'autres qui ont fui les lois de laségrégation raciale. Leur production est empreinte de l'observation de l'art africain qu'il redécouvrent à Paris dans l'entre-deux-guerres. Paris est vu comme le lien entre leur histoire africaine, un retour aux origines et leur héritage américain, puisqu'à Paris, ils sont pleinement américains[83].
La production parisienne de ces artistes est alors empreinte de cette recherche et de cet encouragement de la part des intellectuels de laRenaissance de Harlem notamment. Néanmoins, on peut également trouver des artistes qui n'iront pas dans cette recherche des racines, mais plutôt vers une étude des grands courants artistiques français tel queLois Mailou Jones[84] et ses scènes champêtres. Son œuvreJeanne, Martiniquais de 1938 montre son attachement au travail deCamille Pissarro ainsi qu'aux premiers travaux deHenri Matisse[85].
Paris joue alors un rôle de construction identitaire pour les artistes afro-américains mais ils vont se détacher de cette étape parisienne en voulant suivre le mouvement de l'art américain qui à ce moment était en quête d'une identité artistique propre face à l'Europe et à son modèle. Aux États-Unis, les mouvements duNew Negro et de la Renaissance de Harlem vont jouer un rôle important dans l'élaboration d'un art afro-américain. Ainsi,Langston Hughes publie en 1926 dansThe Nation, « The Negro Artist and the Racial Mountain »[86] où il encourage l'indépendance de l'artiste afro-américain. Ces artistes ouvrent ainsi la voie à tout ce que les artistes africains-américains élaborent dans les années soixante.
Lamusique afro-américaine est de fait issue du croisement d'un ensemble de cultures, mélange des influences africaines, européennes et américaines. Lejazz est une musique afro-américaine, tout comme d'autres musiques d'Amérique latine, notamment celles deCuba et duBrésil, où les descendants des esclaves déportés d'Afrique ont inventé desfolklores originaux, des pas dedanse et desmélodies populaires.
Elizabeth Greenfield,The Black Swann, première cantatrice classique afro-américaine.
Francis Johnson, premier compositeur afro-américain à être publié en 1817[87].
Todd Duncan, premier Afro-Américain à chanter pour un grand opéra américain en 1945[87].
Billie Holiday, considérée comme l'une des plus influentes chanteuses dejazz.
Louis Armstrong, considéré comme l'un des musiciens de jazz les plus influents[88].
Michael Jackson, surnommé le « roi de la pop », premier vendeur de disques au monde avec environ 1 milliard de disques vendus (carrière solo + Jackson Five), album le plus vendu au monde avecThriller (environ 100 millions de copies), premier artiste Afro-Américain à passer sur la chaîne MTV, premier artiste Afro-Américain le plus récompensé de l'histoire de la musique, élu artiste du millénaire en 2000[90].
Phillis Wheatley est considérée comme la première poétesse afro-américaine des États-Unis. En 1770, elle écrivit un hommage poétique au calvinisteGeorge Whitefield, qui obtint une large audience à Boston, où elle vivait.
Anna J. Cooper, écrivaine, enseignante, éducatrice et l'une des plus éminentes érudites afro-américaines. Quatrième femme afro-américaine à obtenir un doctorat.
Richard Wright, l'auteur deBlack Boy (1944) : un jeune garçon noir qui veut devenir écrivain dans lesannées 1930, son histoire.
Ernest J. Gaines, auteur de romans décrivant la vie des Afro-Américains desannées 1940, il écrit entre autresDites-leur que je suis un homme (A lesson before Dying).
Pendant leNew Deal, le gouvernement fédéral cherche à reconstituer la mémoire collective des esclaves noirs dans le cadre de la WPA (Writers’ Project Administration).
Will Smith, seul acteur à avoir tourné dans douze films classés premiers au box-office américain dès leur premier week-end de diffusion[94].
Plusieurs cérémonies récompensent de façon spécifique les accomplissements au cinéma d'Afro-Américains (NAACP Image Awards depuis 1967,Black Reel Awards depuis 2000…)
Carmen Jones (1954) d'Otto Preminger, adapté de l'opéra de Georges Bizet avecDorothy Dandridge, nommée aux Oscars. Le film été sélectionné en 1992 dans le cadre de la National Film Registry.
Du silence et des ombres (1962) (To Kill A Mockingbird), adaptation du célèbre roman d'Harper Lee. Ce film a remporté trois Oscars et a été qualifié de « culturellement important » par laBibliothèque du Congrès en 1995, où la copie principale est maintenant conservée.
Les Fantômes du passé (1996) (Ghosts of Mississippi) deRob Reiner, qui raconte l'histoire vraie du procureur Bobby DeLaughter, décidé à faire condamner un membre raciste du KKK coupable de l'assassinat de l'activisteMedgar Evers.
La Couleur des sentiments (The Help) (2011) deTate Taylor, l'histoire de plusieurs femmes de ménage afro-américaines dans les années 1960 dans le Mississippi, qui vont oser écrire un livre qui remet en cause leur statut social.
Jouer star desCeltics de Boston,Bill Russell est en 1966 le premier Afro-Américain à devenir entraîneur d'une équipe sportive professionnelle nord-américaine (tout en restant joueur). En 2021, trois de quatre franchises qualifiées pour les finales de conférence NBA sont dirigées par des entraîneurs noirs[104].
↑Mae G. Henderson,« Josephine Baker and La Revue Nègre », dansSpeaking in Tongues and Dancing Diaspora, Oxford University Press,(ISBN9780195116595,lire en ligne),p. 176–196
↑Vincent Bouvier,La génération perdue. Des Américains à Paris, 1917-1939,
↑Jocelyn Rotily,Artistes américains à Paris, 1914-1939 : des artistes en quête d'identité dans le contexte franco-américain d'une époque entre guerres et paix,
Oruno D. Lara, « Histoire et fondements de l'identité afro-américaine »,Négritude : traditions et développement, Éditions Complexe (programme ReLIRE), dir. Guy Michaud, coll. L'Autre et l'ailleurs,,p. 39-61(lire en ligne)
Camille Julien-Moraud, « Les Afro-Américains en politique. de la fin des années soixante à nos jours »,Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin,no 34,,p. 171-181(lire en ligne)
John Ward, « Le mouvement des settlements et les populations afro-américaines : engagement ou oubli ? »,Vie sociale,no 4,,p. 143-155(lire en ligne)
Michèle Lamont, Jessica S. Welburn et Crystal M. Fleming, « Réactions à la discrimination raciale et résilience sociale dans le contexte néolibéral aux États-Unis »,Informations sociales,no 177,,p. 76-84(lire en ligne)
Jean Szlamowicz, « Juifs américains et Afro-Américains. Convergences et divergences dans le champ social du jazz »,Pardès,no 44,,p. 223-242(lire en ligne)
Christine Chivallon, « Diaspora noire des Amériques : une réflexion conduite à partir de la notion de « lien transétatique » »,Autrepart,no 38,,p. 39-61(lire en ligne)
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Loïc Wacquant, « Une ville noire dans la blanche. Le ghetto étasunien revisité »,Actes de la recherche en sciences sociales,no 160,,p. 22-31(lire en ligne)
Stéphane Bussard, « Un musée afro-américain pour réécrire l'histoire des États-Unis »,Le Temps,(lire en ligne)
Pénélope Nour Zang Mba Ondo,L'autonomisation de la culture afro-américaine dans les arts et médias contemporains. Cas de figures proéminentes : Kara Walker, Michelle Obama et Beyoncé Knowles, École doctorale Droit et Sciences humaines : UFR Lettres et Sciences Humaines : Centre de recherche AGORA EA 7392,(lire en ligne)
Laure-Anne Cari, « Les Noirs dans le cinéma américain : des stéréotypes raciaux à la représentation d'une véritable identité »,Sciences de l'Homme et Société.,(lire en ligne)
Roger Bastide, « État actuel et perspectives d'avenir des recherches afro-américaines »,Journal de la Société des Américanistes,vol. 58,,p. 7-29.(lire en ligne)
Ali Mahershala, « Nous, Afro-Américains, sommes un peu les enfants maltraités des États-Unis »,Le Monde,(lire en ligne)
Stéphanie Le Bars, « « Ebony » et « Jet », les magazines de l'émancipation afro-américaine »,Le Monde,(lire en ligne)