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Affaire Finaly

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Pour les articles homonymes, voirFinaly.

L’affaire Finaly se déroule enFrance de1945 à1953 et concerne la garde de deux enfantsjuifs dont les parents déportés ont été victimes de laShoah. Au cours de laSeconde Guerre mondiale, le couple Finaly, qui vit dans la région deGrenoble et se sait menacé,confie ses deux enfants à une institution catholique. Les parents sontdéportés et tués dans lecentre de mise à mort naziAuschwitz-Birkenau ; les enfants sont alors placés chez une tutricecatholique qui, à laLibération, refuse de les rendre à leur famille proche sous prétexte qu'ils ont étébaptisés. Rendue publique, l'affaire implique de nombreuses personnalités catholiques, juives et gouvernementales, l'Église catholique en tant qu'institution et même l'État espagnol franquiste, et donne lieu à de multiples actions judiciaires.

Les enfants Finaly ne sont finalement confiés à leur famille proche qu'en1953. Cette affaire, dans laquelle l'antisémitisme apparaît ouvertement, a ainsi dégénéré en « guerre de religion », voire enaffaire d'État, et détérioré de façon importante et pendant de nombreuses années les relations entre les autorités religieuses juives et catholiques[1]. Mais elle a aussi permis à des catholiques et particulièrement auxsœurs de Notre-Dame de Sion impliquées dans l'affaire d'envisager de nouvellesrelations avec les Juifs[2].

Les faits

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Seconde Guerre mondiale

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Articles détaillés :Seconde Guerre mondiale,Shoah en Autriche etShoah en France.

En1938, à la suite de l’Anschluss, Fritz Finaly,médecinjuif autrichien (né le 26 mars 1906 àKlosterneuburg[3]) et sa femme Anni[N 1], née Schwarz (le 18 février 1915 àGmünd[3]), se réfugient en France au 8 chemin du Pont Proullier[3] àLa Tronche, près deGrenoble[4]. Le jeune couple donne naissance à deux enfants : Robert le et Gérald le. Les enfants sontcirconcis et se voient attribuer comme second prénom ceuxhébraïques deRuben pour Robert et Guédalia pour Gérald. Fritz Finaly, qui avait adressé une déclaration denationalité française pour Robert, souhaitait que l'un de ses deux fils s'installe comme médecin à La Tronche, « où tout le monde a été dévoué pour moi »[5].

Le, les époux Finaly sont arrêtés par laGestapo, envoyés dans lecamp d'internement de Drancy puis ils sontdéportés depuis lagare de Bobigny par leconvoino 69 en date du àAuschwitz où ils sont assassinés[N 2]. Le frère aîné duDr Finaly, Richard, photographe, meurt également en déportation[6].

Se sentant menacés, Anni et Fritz Finaly avaientcaché leurs deux enfants, âgés respectivement de deux et trois ans, à lapouponnière Saint-Vincent de Paul àMeylan, près de Grenoble, mettant une de leurs amies, Madame Poupaert, dans le secret, en lui demandant de s’occuper de leurs fils si un malheur leur arrivait[6]. Celle-ci, craignant que les enfants ne soient découverts, demande l'aide ducouvent desreligieuses de laCongrégation de Notre-Dame de Sion[N 3], à Grenoble, dirigé en par Mère Clotilde.

En raison du très jeune âge des enfants Finaly et du fait qu'elles n'hébergent que des fillettes, les religieuses ne peuvent les garder dans leur pensionnat ; elles proposent de les confier à unerésistante, fervente catholique,Mlle Antoinette Brun (1894-1988), célibataire, directrice de lacrèche municipale de Grenoble, qui cache déjà neuf enfants juifs dans lechâteau des Hayes àVif[6]. Cette dernière refuse initialement car elle n'a pas assez d'argent pour subvenir à leurs besoins, ayant déjà de nombreux enfants adoptifs à sa charge, mais les religieuses lui offrent une petite pension pour s'en occuper, si bien qu'elle accepte, fin février 1944, grâce aussi à l'insistance d'un de ses fils adoptifs âgé de17 ans, Joseph : « Maman, ce que tu as fait pour moi, il faut que tu le fasses pour eux »[7]. Antoinette Brun cache les frères Finaly dans le château de Vif où c'est surtout la gouvernante Marie qui s'en occupe[8]. Ils sont alors très malades, Robert Finaly avait été opéré quelques jours plus tôt d'une gravemastoïdite et Gérald Finaly souffrait dedysenterie.

Après-guerre

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À lafin de la guerre, Augusta, la veuve de Richard Finaly, réfugiée àLondres, retourne en Autriche mais fait le détour par Grenoble et y rencontre ses deux neveux chezMlle Brun[6].

En février1945, Margarete Fischel, sœur du Dr Finaly et vivant enNouvelle-Zélande, se met à la recherche de ses neveux de 3 et 4 ans qu’elle sait avoiréchappé à la déportation, par le truchement de l’Œuvre de secours aux enfants (OSE), l’une des organisations juives qui recherchent assidûment lesenfants cachés ou disparus pendant la guerre. Elle écrit, dès le 9 février, au maire de La Tronche qui l’informe le 12 mars de la déportation de son frère Fritz et de sa femme Anni ; le 15 mai, elle obtient un permis d’immigration en Nouvelle-Zélande pour les deux enfants ; le 5 juillet, elle écrit àMme Paupaert qui lui donne l’adresse deMlle Brun[6].Mme Fischel demande à un ancien résistant, Moïse Keller, de l'aider dans ses démarches, et s'adressant àMlle Brun, lui fait part de sa reconnaissance et de son désir de récupérer ses neveux[6]. Celle-ci lui répond en novembre que ce retour serait « prématuré » et refuse de restituer les neveux ; elle parvient dans ce même temps à se faire nommerlégalement tutrice des deux enfants « à titre provisoire », en ayant réuni un pseudo « conseil de famille » composé de personnes juives mais en cachant aujuge de paix du canton sud de Grenoble l’existence des oncles et tantes des deux enfants et plus encore, qu'ils cherchent à les récupérer[6]. Avec la famille Finaly, elle fait traîner les choses pendant des années, espérant que le temps jouera en sa faveur et que les tantes abandonneront leurs démarches. Elle fait finalementbaptiser Robert et Gérald Finaly, âgés alors de 6 et 7 ans, par le père André Pichat, le, à l'église Saint-Jean-Baptiste deVif[6].

Durant ces années,Mme Fischel née Finaly frappe à de nombreuses portes pour essayer de récupérer ses neveux : celles duministère des Affaires étrangères, du maire deLa Tronche, de laCroix-Rouge, de l’évêque d’Auckland qui transmet à l’archevêque deWestminster, lequel se tourne vers MgrAlexandre Caillot, évêque de Grenoble, lequel répond à l’évêque d’Auckland, le 25 juillet 1948, qu’il a eu un « long entretien avecMlle Brun […] qui s’est terminé par une opposition très nette de sa part à la demande de la tante des enfants ». Le 27 septembre,Mme Rosner née Finaly demande à son tour depuisIsraël à l'ancien résistant Moïse Keller, un ami grenoblois, de bien vouloir être son mandataire. Keller contacteMlle Brun qui refuse encore de rendre les enfants et déclare : « Je les ai fait baptiser catholiques si ce renseignement peut vous être agréable »[6].

Les tantes paternelles des enfants Finaly,Mme Fischl de Nouvelle-Zélande et sa sœurMme Rosner qui vit en Israël, font porter l’affaire en justice et demandent au célèbre avocatMaurice Garçon de défendre leurs intérêts et ceux de leurs neveux ; une plainte est déposée le 7 janvier 1949 et une enquête est ouverte. Le 24 janvier,Mlle Brun constitue un deuxième « conseil de famille » composé de personnes catholiques. Peu après, leprocureur de la République convoque Moïse Keller pour lui signifier que seul le conseil de famille est habilité à prendre des décisions en matière de tutelle d’enfants. Keller porte plainte et le 28 juillet de la même année, le juge de paix constitue officiellement un troisième conseil de famille qui décide de remettre les enfants dans un délai d’un mois à leur tante,Mme Rosner, ou à son mandataire. Antoinette Brun s'y refuse et attaque ennullité pourvice de forme la décision de ce dernier conseil de famille. Le 28 août, Moïse Keller se présente néanmoins chez Antoinette Brun, accompagné d’un huissier, pour faire valoir la décision de justice et se faire remettre les enfants mais essuie un refus définitif deMlle Brun[6].

Palais du Parlement du Dauphiné à Grenoble

Le 7 juin 1950, letribunal civil de Grenoble constate le décès en 1944 des époux Finaly, ce qui transforme juridiquement leurs enfants enorphelins dépendant dudroit civil (alors qu'ils étaient considérés comme « enfants de déportés » sous tutelle provisoire selon l’ordonnance du 20 avril 1945) ; c'est ainsi à laCour de cassation de statuer sur cette nouvelle situation. Le lendemain, le tribunal civil annule la délibération du troisième conseil de famille et convoque la réunion le 14 novembre et le 5 décembre, d’un quatrième nouveau conseil de famille, qui nommeMme Rosner tutrice définitive des orphelins dépendant alors de leur famille directe[6]. Moïse Keller demande qu’une ordonnance soit prise obligeant Antoinette Brun à remettre les enfants à la famille sous 24 heures mais celle-ci demande au tribunal l’annulation de la décision du 5 décembre prise par le quatrième conseil de famille. Le 15 novembre 1951, le tribunal civil de Grenoble lui donne raison et annule la décision prise par le quatrième conseil de famille, au motif qu'il aurait dû compter parmi ses membres Otto Schwarz, frère d’Anni Finaly donc oncle maternel des enfants, demeurant en Autriche. Me Keller interjette appel devant lacour d’appel de Grenoble[6].

Ancienne salle de la cour d'appel de Grenoble

Le 31 mai 1952, une séance tenue àhuis clos au tribunal de Grenoble auditionne des deux enfants Finaly âgés de 10 et 11 ans, qui déclarent vouloir rester avec « maman Brun », bien qu’ils ne la voient que deux ou trois fois par an. L’arrêt de la cour d’appel de Grenoble du 11 juin déclare valable la décision du quatrième conseil de famille et oblige Antoinette Brun à restituer les enfants à la famille. Bien que l'arrêt de la cour soit exécutoire,Mlle Brun sepourvoit en cassation le 15 juillet - en vain ; elle décide alors de faire disparaître les deux garçons. Antoinette Jannot, dite « mère Antonine »,supérieure du couvent de Notre-Dame de Sion de Grenoble, venait d'indiquer à Melle Brun une colonie de vacances enAlsace pour les frères Finaly. Les 15 et 16 juillet, le mandataire Moïse Keller se présente vainement à la crèche municipale de Saint-Bruno à Grenoble pour récupérer les enfants. La famille dépose immédiatement plainte pour non présentation d’enfants (et non pour « enlèvement de mineurs ») et le 16 septembre,Mlle Brun est traduite devant letribunal correctionnel de Grenoble ; elle en ressort libre. L’audience fixée au 18 novembre oùMlle Brun comparaît, donne sa décision le 28 novembre : pour la cour, le délit de non-présentation d’enfants ne peut être retenu ; Antoinette Brun est relaxée mais le parquet et la famille -partie civile - interjettent immédiatementappel[6].

À l'automne 1952, la supérieure de Notre-Dame de Sion de Grenoble, mère Antonine, fait entrer secrètement les frères Finaly comme pensionnaires à l'établissement de Notre-Dame de Sion deMarseille, au collège des pères deTimon-David Notre-Dame de la Visite àSaint-Louis sous les noms de Louis et Marc Quadri, et aucuré de laparoisse deSaint-Michel l’Archange à Marseille, puis aucollège Saint-Louis-de-Gonzague deBayonne sous la responsabilité de l’abbé Barthélemy Setoain.

À la suite de l'appel de la cour de Grenoble en novembre, l’opinion juive commence à entendre parler de l’affaire.Wladimir Rabinovitch,juge de paix àBriançon etéditorialiste réputé, entame une campagne active en faisant paraître un article sur cette affaire dans le journal duFonds national juif, le 15 décembre[6].

La procédure dure ainsi des années, et après plusieurs appels, lajustice française ordonne le que la garde des enfants soit rendue à leur famille et lance unmandat d'arrêt contre Antoinette Brun pourséquestration d’enfants. Elle est finalement arrêtée mais cela fait de nombreux mois qu'elle n'a plus les enfants avec elle, leur « garde réelle » étant assumée par la congrégation de Notre-Dame de Sion de Grenoble[N 3], dont lavocation a toujours été de convertir des Juifs au catholicisme[9],[10].

Entretemps, leConsistoire central et les deux grandsrabbins,Henri Schilli etJacob Kaplan, interviennent auprès des autorités politiques et religieuses, alertant également lapresse écrite : les deux enfants ont disparu et leur photographie est publiée dans la presse.

Les enfants sont reconnus par le directeur du collège de Bayonne, mais avant que lapolice n'intervienne, ils sont conduits pardes passeurs auPays basque espagnol. L’affaire prend alors unedimension internationale, car le général espagnolFranco entend tirer profit de la situation, et il fait contrôler par legouverneur (équivalent du préfet) de la province le séjour des enfants, que l’Église considère devoir élever dans lareligion catholique.

L'affaire tourne auscandale en France, et touche particulièrement lacommunauté juive française. La presse degauche etanticléricale s'implique fortement, ainsi que la presse catholiqueprogressiste qui condamne la conduite d'une partie duclergé. En mars 1953, des centaines de personnes se rassemblent lors du meeting à lasalle Wagram àParis, pour réclamer le retour en France des enfants Finaly cachés en Espagne[6]. Devant la tournure des événements, lecardinalPierre Gerlier,archevêque de Lyon, décide de négocier avec legrand-rabbin Kaplan et avec la famille des enfants Finaly. Le, un accord est signé au terme duquel les deux enfants doivent être restitués à leur famille le plus rapidement possible. En contrepartie, la famille s'engage à retirer sesplaintes contre les religieux. Legrand-rabbin de FranceJacob Kaplan se porte garant de ce retrait. Larésistante française (nommée plus tardJuste parmi les nations)Germaine Ribière, qui a la confiance des communautés juive et catholique, joue un rôle de premier plan lors de tous ces pourparlers.

Au mois de, deux religieuxbasques espagnols prennent l'initiative de remettre les enfants Finaly aux autorités consulaires françaises, en contradiction avec les autorités civiles et religieuses espagnoles. Provisoirement, les enfants sont installés àMelun maisMlle Brun, libérée, réclame un droit de visite, si bien que la famille Finaly décide le de les emmener enIsraël, dans le petit village agricole deGuedera[11]. Ils ont alors 11 et 12 ans.

Unnon-lieu général est prononcé par la justice dans l’affaire Finaly, le 7 juin 1955[6].

Après l'affaire

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En Israël, au sein de leur famille respectueuse de la tradition juive, les enfants reviennent aujudaïsme. Ruben Finaly devient médecin, comme son père le souhaitait[5], et Guédalia (Gad) Finaly effectue une carrièremilitaire puis d'ingénieur[12].

Après la guerre, Antoinette Brun continue à vivre àGrenoble où elle reste directrice de la crèche municipale ; elle prend sa retraite en 1961. En, elle refuse de participer à l'émission quePierre Lazareff organise sur l'affaire Finaly dans le cadre deCinq colonnes à la une etTélé 7 Jours titre l'un de ses articles : « A Grenoble une vieille demoiselle pleure »[7]. Elle meurt le dans un service de gériatrie deCoublevie (Isère) à l'âge de95 ans[13]. Elle avait adopté onze enfants en trente ans.

La médaille deJuste parmi les nations deYad Vashem est décernée à titre posthume au cardinal Gerlier, le[14].

Réactions

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Le Consistoire central et leGrand-Rabbin de FranceJacob Kaplan ont dès 1953 remercié lecardinal Gerlier pour son action déterminante dans le retour des enfants Finaly.

Comme le raconte Germain Latour dans son livreLes deux orphelins : l'affaire Finaly, 1945-1953, cette affaire, bien loin d'être une affaire « privée » opposantMlle Brun à la famille Finaly, est une tentative pour l'Église catholique au travers de la congrégation Notre-Dame de Sion[N 3] d'arracher deux jeunes enfants qu'elle a faitbaptiser (seulement en 1948, soit après la guerre, donc sans justification de protection des enfants face aux autorités allemandes ou françaises) à leur famille naturelle qui déjà les réclamait. Les deux parents des garçons les avaient faitcirconcire dès leur naissance, selon la tradition juive, ce qui démontre qu'ils souhaitaient que leurs fils soient élevés comme juifs. Très rapidement,Rome prend position contre la restitution des enfants en raison du baptême de circonstance de ces derniers et le cardinal Gerlier est chargé de relayer ce message. Tout est fait par les autorités religieuses catholiques pour empêcher le retour des enfants. On ne doit qu'à l'obstination et au dévouement de Moïse Keller[15], ami d'un des oncles des enfants, une issue heureuse à cette affaire mais il a fallu huit années de procédures et de rebondissements.

Grand-rabbin Jacob Kaplan (1978)

Néanmoins, cette issue a surtout été permise par les négociations menées entre l'Église représentée par lecardinal Gerlier et la communauté juive représentée par le grand-rabbinJacob Kaplan (malgré l'opposition de Moïse Keller).

L'historienPierre Pierrard écrit : « C'est au grand rabbinJacob Kaplan et àGermaine Ribière qu'on doit, en 1953, l'issue heureuse de l'affaire Finaly qui, un temps, empoisonna les relations entre l'Église catholique et la communauté juive »[16]. C'est aussi ce qu'affirmeCatherine Poujol, chercheuse à l'université libre de Bruxelles (CIERL), spécialiste de l’histoire desrelations judéo-chrétiennes, dans un article paru dansArchives juives :

« Homme de compromis et fin négociateur, Kaplan sut s’appuyer pour parvenir à ses fins sur des réseaux fiables de résistants et d’amitiés catholiques hérités de la guerre qui ont réactivé leurs contacts pour retrouver les enfants. Croyant aux vertus de l’ouverture et du dialogue en dépit de l’opposition de certaines voix, juives ou non, il apparaît à la fois comme capable d’une grande écoute et totalement déterminé dans ses choix. Il a joué la confiance et gagné en sachant que du résultat obtenu dépendait sa carrière personnelle[17]. »

Le grand-rabbin analyse, lui, son combat à l’aune de l’économie à long terme des relations judéo-chrétiennes : « Je me réjouis particulièrement à la pensée que lecas précédent de Mortara se trouve annulé par le retour des enfants Finaly et je pense ne pas exagérer en disant que ce dernier événement a une grande importance pour les rapports entrel’Église et la Synagogue »[17].

Catherine Poujol a mis en doute la sincérité du cardinal Pierre Gerlier, à la suite de la découverte d’une note duVatican du, remise au cardinal le. Cette note, publiée sans l'autorisation de C. Poujol, fin 2004, par l’historien italien Alberto Melloni dans leCorriere della Sera et reprise dansLa Croix etle Monde, dit textuellement :

« Au sujet des enfants juifs, qui pendant l’occupation allemande ont été confiés aux institutions et aux familles catholiques et qui sont réclamés par des institutions juives pour leur être remis, laSainte Congrégation du Saint Office a donné une décision que l’on peut résumer ainsi :

  1. Éviter autant que possible de répondre par écrit aux autorités juives, mais le faire oralement.
  2. Toutes les fois qu’il sera nécessaire de répondre, il faudra dire que l’Église doit faire ses investigations pour étudier chaque cas en particulier.
  3. Les enfants qui ont été baptisés ne pourraient être confiés aux institutions qui ne seraient pas à même d’assurer leur éducation chrétienne.
  4. Pour les enfants qui n’ont plus de parents, étant donné que l’Église s’est chargée d’eux, il ne convient pas qu’ils soient abandonnés par l’Église ou confiés à des personnes qui n’auraient aucun droit sur eux, au moins jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de disposer d’eux-mêmes. Ceci évidemment, pour les enfants qui n’auraient pas été baptisés.
  5. Si les enfants ont été confiés par les parents, et si les parents les réclament maintenant, pourvu que les enfants n’aient pas reçu le baptême, ils pourront être rendus.

Cette décision de la Sainte Congrégation du Saint Office (ancienne Inquisition) a été approuvée par lePape[18]. »

Pour Gianni Valente, ce texte « se révèle en fin de compte être une dernière reproduction non littérale des indications du Vatican, une note préparée elle aussi par lanonciature, à l’usage desévêques français »[19].

« Quand les enfants Finaly sont enfin retrouvés, en 1953, Pierre Gerlier est remercié personnellement par les autorités juives pour son rôle » ayant abouti à cette fin heureuse[20]. À partir de l'étude desarchives ducardinalGerlier mais surtout de l'ouverture des archives duSaint-Siège et celle du journal inédit du moine Elizondo qui est à l'origine du retour en France des enfants Finaly, l'historienneCatherine Poujol soutient que le cardinal Gerlier, obéissant aux instructions du papePie XII, a joué un double jeu et peut être tenu comme responsable de l’enlèvement des deux enfants et de leur fuite enEspagne. Il aurait lui-même averti l’évêque deBayonneLéon-Albert Terrier et lui aurait demandé de placer les enfants en Espagne sous l'autorité de l’archevêque deTolède. En réalité, c'est le secrétaire de l'évêque de Bayonne, l'abbé Etchegaray (futur cardinal), qui supervise le passage clandestin des enfants en Espagne dans la nuit du 12 au et remet auxpasseurs une lettre nullement destinée auPrimat d'Espagne mais à un ecclésiastique français résidant àMadrid, très introduit auprès de la hiérarchie religieuse espagnole et auprès des cercles de pouvoir du généralFranco.

  • Pierre Gerlier, cardinal, primat des Gaules (1939)
    Pierre Gerlier, cardinal,primat des Gaules (1939)
  • Abbé Roger Etchegaray devenu cardinal (2012)
    Abbé Roger Etchegaray devenu cardinal (2012)
  • Pape Pie XII (1951)
    Pape Pie XII (1951)

Suites de l’affaire

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Lesrapports de l’Église catholique avec le judaïsme restent très tendus pendant plusieurs années, puis tendent à se normaliser. Le, le président catholique et les trois vice-présidents, juif,protestant etorthodoxe de la fédération d'associationsAmitié judéo-chrétienne de France déclarent que :

« Un baptême contre la volonté des parents est condamnable, que les complicités pour soustraire les enfants à leur famille sont scandaleuses et que tout doit être fait pour empêcher la répétition d’une telle situation. »

La congrégation Notre-Dame de Sion[N 3] se chargeait de l'éducation d'enfantsisraélites qui étaient élevés dans la foi catholique quelquefois sans l'assentiment de leurs parents[9], et a été impliquée dans plusieurs affaires dérangeantes[N 4]. Pendant la Seconde guerre mondiale, la congrégation cache des enfants juifs mais parfois, lesbaptise puis refuse de les rendre à leur famille[21] et cette politiqueprosélyte dure jusqu'auxannées 1950[22]. L’affaire Finaly dans laquelle sont impliquées des religieuses de Notre-Dame de Sion provoque une sorte « d’électrochoc » dans la congrégation, selon le mot de mère Marie Félix, alors supérieure générale, et l’aide à lui faire prendre un tournant radical dans son attitude vis-à-vis du peuple juif[23]. La vocation de la congrégation évolue également, à la suite duconcile Vatican II et de la déclarationNostra Ætate, en changent diamétralement sa mission : il s'agit désormais de connaître les Juifs et lejudaïsme, de dénoncer toutprosélytisme et toutantisémitisme chez les catholiques, de se rapprocher dans l'estime et l'amitié, en étudiant particulièrement lesracines juives du Nouveau Testament ainsi que l'hébreu biblique, l'hébreu rabbinique et leTalmud. Dès 1966, la congrégation fonde un Service international de documentation judéo-chrétienne, leSIDIC[24].

Archives du Vatican

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Lesarchives précédemment scellées dupape Pie XII ont été ouvertes aux historiens le 2 mars 2020 sur ordre dupape François. Un des premiers à examiner les dossiers est l'anthropologue ethistorienjuif américainDavid I. Kertzer,prix Pulitzer 2015. Il observe que les documents qu'il a consultés confirment que leVatican a ordonné au clergé français de ne pas rendre les enfants Finaly à leur famille[25].

Dans l'art

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Littérature

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L'affaire Finaly est évoquée dans le248e des 480 souvenirs cités parGeorges Perec dansJe me souviens.

Filmographie

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En2007, ledocumentaireL'Affaire Finaly est réalisé parDavid Korn-Brzoza et écrit parNoël Mamère, Alain Moreau et David Korn-Brzoza[26]. Il est produit par la société de productionProgram33 pourFrance 3.

Un téléfilm intituléUne enfance volée : l'affaire FInaly retraçant l'affaire, tourné en avril2008 pourFrance 2, est diffusé à plusieurs reprises sur France 2 etTV5Monde. Le rôle deMlle Brun y est tenu parCharlotte de Turckheim et celui de Moïse Keller parPierre Cassignard[27].

Bibliographie

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Notes et références

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Notes

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  1. Anne, selonKlarsfeld 2012.
  2. Klarsfeld 1978. Dans cet ouvrage, on lit les informations suivantes : « Anni Finaly, née le à Gmünd, et Fritz Finaly né le à Klosterneuburg ».
  3. abc etdCongrégation fondée par les pèresThéodore etMarie-Alphonse Ratisbonne, eux-mêmes Juifs convertis au catholicisme (XIXe siècle).
  4. On peut citer notamment l'affaire Sarah Linnerviel ou l'affaire Bluth-Mallet.

Références

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  1. Henry Rousso,Le Syndrome de Vichy, Seuil,,p. 105.
  2. Madeleine Comte, « De la conversion à la rencontre. Les religieuses de Notre-Dame de Sion (1843-1986) »,Archives Juives,vol. 35,no 1,‎,p. 102-119(DOI 10.3917/aj.351.0102,lire en ligne).
  3. ab etcVoirKlarsfeld 2012.
  4. Boulet 2016,p. 51-57.
  5. a etbBoulet 2016,p. 54 et 57.
  6. abcdefghijklmno etpCatherinePoujol, « 1945-1953 : Petite chronique de l'affaire des enfants Finaly »,Archives Juives,vol. 37,no 2,‎,p. 7–15(ISSN 0003-9837,DOI 10.3917/aj.372.0007,lire en ligne, consulté le).
  7. a etbTélé 7 Joursno 95, semaine du 13 au 19 janvier 1962, pages 48 à 51, article d'Étienne Hervier : "A Grenoble une vieille demoiselle pleure", publié à l'occasion d'un reportage sur les frères Finaly vivant en Israël, dans l'émissionCinq colonnes à la une dePierre Lazareff, diffusé le 5 janvier 1962 sur l'unique chaîne de télévision
  8. Poujol et Thoinet 2006,p. 12.
  9. a etbG. Ben-Lévi,Archives israélites de France, Bureau des Archives Israélites de France,(lire en ligne),p. 574-681.
  10. Poujol et Thoinet 2006,p. 28.
  11. Témoignage de Robert Finaly sur le site cbl-grenoble.org
  12. Poujol et Thoinet 2006,p. 373.
  13. Témoignage de Guy Brun sur le site cbl-grenoble.org
  14. « Pierre-Marie Gerlier », surComité Français pour Yad Vashem(consulté le).
  15. Jacques Amalric, « Enquête : En toute mauvaise foi »,Libération,‎(lire en ligne).
  16. PierrePierrard, « Chronique »,La Croix,‎(lire en ligne).
  17. a etbPoujol 2004.
  18. Catherine Poujol, « Positions divergentes des prélats catholiques sur le baptême des enfants Finaly »,Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem,no 16,‎,p. 95 - 119(lire en ligne, consulté le).
  19. Gianni Valente, « Pie XII, Roncalli et les enfants juifs. Les faits et les préjugés », 30 Giorni,(consulté le).
  20. Camille Dalmas/IMEDIA, avec cath.ch, « De nouvelles révélations sur « l'affaire Finaly » écornent Pie XII »,.
  21. Par MelanieLidman, « A Notre Dame de Sion, le Nouveau Testament est enseigné par des Juifs »,The Times of Israël,(consulté le).
  22. En 1937, la congrégation intègre une branche nouvelle de religieuses (appelées les « demoiselles ») exerçant un métier à l'extérieur du couvent, habillées en civil mais vouées spécialement à l’aide et l’apostolat auprès des Juifs.Lire en ligne
  23. « Gilbert Dahan. Les intellectuels chrétiens et les Juifs au Moyen Age. (Patrimoines: Judaïsme) Paris: Cerf, with the cooperation of Centre National de la Recherche Scientifique, Soeurs de Notre-Dame de Sion, and Fondation du Judaïsme Français. 1990. Pp. 637. 240 fr »,The American Historical Review,‎(ISSN 1937-5239,DOI 10.1086/ahr/97.2.535,lire en ligne, consulté le).
  24. Jean Daniélou,Études d'exégèse judéo-chrétienne : les testimonia,coll. « Théologie historique » (no 5),1er janvier 1966(ISBN 9782701000398,DOI 10.14375/np.9782701000398,lire en ligne).
  25. (en) Elisabetta Povoledo, « New Reasons to Doubt That Pope During '40s Sought to Save Jews »,The New York Times,‎, A8.
  26. DocumentaireL'Affaire Finaly -FIPA compétition 2008
  27. Martine Delahaye, « Une enfance volée : l'affaire Finaly », surLe Monde,.

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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