LesÉtats-Unis et l'État du Viêt Nam — créé par les Français en1949 en remettant au pouvoir l'ancien empereurBảo Đại — ne signèrent pas la déclaration finale. Le non-respect de ces accords d'armistice a conduit à laguerre du Viêt Nam, que certains qualifient dedeuxième guerre d'Indochine. En effet, les accords d’armistice de Genève ont transformé les deux zones de regroupement militaire temporaire en deux Viêt Nam.
Les chemins à Genève et les enjeux des accords de Genève
À l'instigation du généralValluy, les troupes dugénéral Dèbes tentent de reprendre la ville d'Hải Phòng auViệt Minh (Ligue pour l'indépendance du Viêt Nam). Des quartiersannamites etchinois sont rasés. Les Français comptent 26 tués dans les combats, tandis que les victimes vietnamiennes sont nettement plus nombreuses. Le chiffre de 6 000 victimes civiles est avancé, le général Valluy estimant pour sa part que le nombre de morts était vingt fois inférieur[3],[4].
, coup de force Việt Minh
En décembre, le gouvernement du Việt Minh tente un coup de force dansHanoï puis, devant l'échec de sa manœuvre, prend le maquis. L'état de guerre en Indochine est instauré[5]. Le conflit s'enlise jusqu'au retrait des troupes françaises et la proclamation de l'indépendance duroyaume du Laos et duroyaume du Cambodge le. Le Viêt Nam, divisé en deux zones, connaîtra une nouvelle guerre, impliquant cette fois les États-Unis.
LeViệt Minh emmené parHô Chi Minh, le président de larépublique démocratique du Viêt Nam depuis le, se lance dans la reconquête de la ville de Hanoï. À 20 heures, lacentrale électrique de la ville explose annonçant le début de l'insurrection, en réponse aubombardement de Haïphong, pendant que leCorps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO), mène la reconquête coloniale à partir du Sud depuis. Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Hô Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se rebeller contre la présence française : « […] Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée. Que chacun combatte le colonialisme. » Laguerre d'Indochine commence.
Le camp retranché français deÐiện Biên Phủ tombe aux mains des troupes de l’Armée populaire vietnamienne après 57 jours de résistance. Les accords de Genève () prévoient le retrait des troupes françaises, le partage du Viêt Nam et un référendum en vue d'une réunification. Mais le référendum n’a pas lieu et cela entraîne la guerre du Viêt Nam. La Commission internationale de contrôle (CIC) a été créée pour surveiller le respect des clauses de ces accords qui consistaient en regroupement militaire au nord du Viêt Nam à partir de lazone de démarcation militaire (Demarcation Military Zone ouDMZ) du17e parallèle pour l'Armée populaire vietnamienne et au sud du Viêt Nam pour leCorps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) éparpillé partout au Viêt Nam, auCambodge et auLaos, avant leur rapatriement complet en France. La CIC tripartite était constituée par laPologne pour le camp socialiste, l'Inde pour le camp neutre et leCanada pour le camp occidental. À cette occasion, le Canada entrait pour la première fois sur la scène mondiale comme une force de paix en 1954.
Malgré les efforts du Việt Minh en faveur des guérillas des autres pays, ni les Laotiens duPathet Lao ni lesKhmers issarak deSon Ngoc Minh n'obtiennent le droit d’envoyer une délégation[10].
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Finalement lePathet Lao, à défaut d'avoir obtenu une délégation à la conférence, figure parmi les signataires des accords et se voit reconnaître son contrôle sur les territoires qu’il a conquis en1953[11]. Une commission d'armistice (CIC) doit veiller à la cessation des hostilités. Elle est composée d'officiers canadiens, polonais et indiens, ces derniers assumant toujours la présidence. La France, déjà largement implantée dans le pays, assure la logistique. Celle-ci est particulièrement délicate dans le nord du pays, provinces dePhong Sali,Sam Neua etXieng Khouang où des hélicoptères doivent être mis en place pour le ravitaillement et les déplacements des commissions. Ceci n'empêche nullement des accrochages sporadiques entre le Pathet Lao et l'armée nationale restée fidèle au roi.
Si le Pathet Lao s’est vu reconnaître le contrôle d’une zone auLaos, lesKhmers Issarak ne se voient pas accorder le moindre territoire auCambodge. Tout au plus, consent-on à ce que leurs forces qui le souhaitent puissent accompagner les troupesViệt Minh lors de leur retour auNord Viêt Nam. De plus le Cambodge se voit même octroyer le droit — il est le seul à l’obtenir — de faire stationner des troupes étrangères sur son sol[12]. S’il peut paraître surprenant qu’une telle décision ait pu être acceptée, il semble en fait qu’elle répondait aux intérêts de plusieurs intervenants.
Tout d’abord, si larépublique populaire de Chine voyait avec satisfaction les Français s’éloigner,Zhou Enlai n’avait aucune envie qu’une union indochinoise trop puissante se reconstruise, fût-ce au bénéfice de l’allié nord-vietnamien. D’autre part, ayant côtoyé les délégués cambodgiens lors des pourparlers, il avait acquis la conviction que pour peu qu’ils ne se sentent pas menacés, ils ne laisseraient pas leur pays se remettre sous la tutelle de quiconque, qu’il soit dans le camp communiste ou occidental[13].
En outre, les délégués des pays du bloc communiste avaient joué la carte de l’entraide internationale dans les luttes des peuples pour leurs indépendances mais l’argument allait être retourné en leur faveur par les représentants deNorodom Sihanouk qui argumentèrent que si le Cambodge était déjà indépendant depuis le, cela avait été le fruit d’une intense bataille diplomatique menée par le roi et ne devait rien à la guérilla. De plus, toujours d’après les délégués, la plupart des éléments de la rébellion avaient déposé les armes depuis que le pays avait retrouvé sa souveraineté. Pour étayer sa thèse, Sihanouk envoya même à GenèveDap Chhuon,Puth Chhay etSavang Vong(en), les principaux chefs de la résistance non communistes[14], à l’exception deSon Ngoc Thanh qui restait dans le maquis et qu’on avait fort à propos omis de mentionner.
De son côté, leViệt Minh dut rapidement se rendre à l’évidence que la position de ses alliés avait été rendue plus fragile au Cambodge qu’ailleurs et que sacrifier ce maillon faible pourrait apparaître comme une concession et faciliter l’obtention de leurs autres revendications[15].
En fait, seule l’URSS semblait prête à soutenir la guérilla cambodgienne, alors que leViệt Minh rechignait à se mettre dans une position intenable en soutenant son allié khmer[16].
L’État vietnamien du Sud et les États-Unis n’ont pas signé la déclaration finale de ces accords de Genève et, alors, n’étaient pas parties prenantes.Bảo Đại, roi de l’État du Viêt Nam, a rappeléNgô Đình Diệm réfugié aux États-Unis, dont il bénéficie de soutien politique important, pour en faire le Premier ministre de son gouvernement[17]. Par une élection référendaire, une nouvellerépublique du Viêt Nam est instituée en lieu et place de l'État du Viêt Nam avec l’abdication de l’empereur Bao Dai. L’élection référendaire sur tout le Viêt Nam pour la réunification prévue par les accords de Genève en 1956 et ayant été prévue dans les vingt-quatre mois après leur signature ne s’est jamais tenue. En effet, Diem ainsi que les Américains avaient des craintes quant à la possibilité d'authentiques d'élections libres dans le territoire géré par Hô Chi Minh[18].
À la suite de cet accord, la France perd toute influence en Indochine, contrairement à ses colonies africaines où elle continuera à entretenir des liens importants, après les indépendances. Les nouveaux pays influents dans la péninsule indochinoise seront désormais les États-Unis, la Chine, et l'Union soviétique (URSS). Par la suite, entre 1964 et 1975, la France n'enverra pas de troupes militaires, lors du déclenchement de laguerre du Vietnam, laissant la suprématie militaire aux États-Unis.
La péninsule indochinoise basculera totalement dans le communisme, entre 1974 et 1976, avec la chute de Saïgon en 1975, et la prise du Cambodge par les Khmers Rouges, en 1975. Le Laos deviendra lui aussi un pays communiste, entre 1974 et 1975.
Bernard B. Fall,The Vietminh Regime (1954),Le Vietminh, 1960, traduction française, Colin.
Bernard B. Fall,The Two Vietnams (1963),Les deux Viêt Nam, 1962, traduction française, Payot.
Bernard B. Fall,Indochine 1946-1962, 1962, Laffont.
Bernard B. Fall,Viêt Nam Witness, 1953-66, 1966.
Bernard B. Fall,Hell in a Very Small Place : The Siege of Dien Bien Phu (1966) –Dien Bien Phu, un coin d’enfer, 1968, traduction française posthume, Laffont.
Bernard B. Fall,Anatomy of a Crisis : The Laotian Crisis of 1960-1961, publication posthume 1969.