Laguimbarde, existe enEurope depuis au moins l'époque gallo-romaine, que l'on retrouve sur l'ensemble de la planète dès l'antiquité, est un autre instrument à anche libre, mais utilisé commeidiophone et non comme instrument à vent.
En1769 est organisé un concours àSaint-Pétersbourg, dont l'objet est l'invention d'un instrument qui imiterait lavoix humaine. Le physicien danoisChristian Gottlieb Kratzenstein(de) remporte le concours avec l'invention de sa « machine parlante ». Néanmoins, à la lecture de son travail publié à Bordeaux en français, on peut constater qu'il ne fait aucune allusion aux instruments asiatiques. Et que la construction de sa machine est exclusivement née de l'étude anatomique du larynx[5].
C'est dans ce contexte que les brevets d'invention autour des instruments à anche libre vont naître, s'interpénétrer, s'influencer, se doter parfois de manière douteuse de paternité, mais permettant peu à peu l'émergence d'une nouvelleespèce d'instruments.
En1810, on assiste à la naissance de l'« orgue expressif » deGabriel-Joseph Grenié qui introduit le soufflet à pédalier, dont le système prendra plus tard le nom d'harmonium. Il réinvente l'anche libre, comme on peut le lire dans son mémoire de brevet.
En 1818, l'AutrichienAnton Haeckl invente lePhysharmonica, premier instrument à anches libres clavier et à soufflet manuel. Un brevet lui a été accordé le. Dans le journalAllgemeine musikalische Zeitung du, la publicité du physharmonica dit entre autres :« Le maître fait aussi des versions très petites qui reposent confortablement sur le bras gauche, et dont on joue de la main droite. » Cet élément est primordial pour l'avenir.
En 1821, inspiré par la guimbarde, l'AllemandChristian Friedrich Ludwig Buschmann invente un instrument à anches métalliques : l'« aura ». Cet instrument, qui deviendra l'harmonica, inspirera des fabricants se copiant, améliorant, inventant tout une multitude d'instruments dérivés.
Anton Reinlein obtient en 1824 à Vienne un brevet pour son harmonica « à la manière chinoise », Christian Messner ouvrira l'une des premières usines àTrossingen en 1827 puis en 1832 lance la fabrication de sesMundharmonika.
En 1822, Buschmann monte un soufflet sur son « aura » qui devient « handaeoline », l'éoline à main.
En 1827, Marie Candide Buffet (1797-1859) fabrique des « harmonicas métalliques à bouche »[6].
en 1829,Cyrill Demian, facteur de piano et orgues àVienne (Autriche), fabrique un instrument dans la veine de Buschmann et Haeckl, dont il veut déposer le brevet sous le nom d'« Aeolina »[réf. nécessaire]. Ce nom étant déjà pris par un modèle Buschmann et ce nouvel instrument étant, contrairement à ses prédécesseurs, voué à l'accompagnement et, en ce sens, n'émettant que des accords, Demian et ses fils dépose leur brevet le[7] sous le nom d'« Accordion »[7] ; cet instrument est muni d'un soufflet manié par la main gauche, la main droite se réserve à un clavier dont chacune des 5 touches émet un accord, différent en tirant ou en poussant.
Le, la même année que le brevet de Demian,Charles Wheatstone invente le « symphonium », rebaptisé « concertina », dont le brevet sera déposé le[réf. nécessaire]. Ce modèle est unisonore.
En France, en 1830, Marie Candide Buffet positionne un clavier mélodique en main droite à la place des accords[réf. nécessaire]. Demian invente, vers 1834, la combinaison d’un deuxième clavier pour les accords, et d’un premier pour la mélodie[réf. nécessaire].
En 1834, Carl Friedrich Uhlig crée le « konzertina » allemand, bisonore, après avoir rencontré Demian et ayant désiré créer un instrument mélodique[réf. nécessaire]. C’est ce modèle qui inspireraHeinrich Band(de) la même année, en faisant évoluer la forme des claviers[réf. nécessaire].
En 1841, Louis Léon Douce dépose un brevet pour son « accordéon harmonieux », instrument unisonore[réf. nécessaire].
À partir de 1847Carl Friedrich Zimmermann(de) développe le même type de concertinas que Band[8],[9]. Les termes de « bandonion » puis « bandonéon » arriveront en 1854 en hommage au fabricant à Henrich Band[8].
En 1852, Philippe-Joseph Bouton conçoit l’instrument avec un clavier piano à la main droite. En Autriche, le « Schrammelharmonika » sera le premier instrument avec le clavier main droite moderne qui va inspirer les Italiens. En Italie, en 1863,Paolo Soprani fonde la première industrie du « fisarmonica » (nom italien de l'accordéon) àCastelfidardo[10], ville considérée comme l'un des berceaux de l'accordéon moderne[11]. Autre berceau,Stradella, dans laprovince de Pavie oùMariano Dallapé invente un nouvel instrument encore plus proche de l'accordéon moderne en 1871[12]. Le terme « fisarmonica » est très important, car Soprani ne va pas fabriquer des accordéons, mais des « physharmonika ». Cette distinction n'est pas anodine car, en 1861, le Maître de chapelle deLoreto (à proximité deCastelfidardo) expose un instrument décrit comme« accordéon par la forme, mais véritable fisarmonica »[5]. À l'époque, fisarmonica et accordéon sont deux instruments différents en Italie. C'est l'origine de l'industrie italienne.
Plaquette d'accordéon présentant à gauche en blanc une peau musique et à droite une anche.
Dans l'accordéon, deux anches sont montées sur une même plaquette, une de chaque côté de la plaquette. Une anche ne fonctionne que dans un seul sens, lorsque l'air la pousse vers la plaquette, donc une seule des deux anches fonctionnera pour un sens donné du soufflet. Une « peau musique » (en cuir, en vinyle ou en matériau composite souple) empêche la perte d'air par l'interstice entre l'anche qui ne parle pas et la plaquette (on dit de l'anche qui produit du son qu'elle « parle »).
La vibration est due à un phénomène dit « de relaxation » : elle n'est donc pas sinusoïdale et comporte de nombreux harmoniques responsables d'une famille typique de timbres. Les harmoniques sont utilisés pour faciliter l'accord des basses fréquences (< 100 Hz).
Schéma d'une anche libre en action au passage de l'air.
En raison de la très courte longueur d'onde des sons les plus aigus produits (de l'ordre de quelques cm), on constate souvent des phénomènes d'ondes stationnaires dus aux « obstacles » à leur propagation (cases exiguës du sommier qui supporte les plaquettes, soupapes…) qui peuvent affaiblir, voire neutraliser totalement, le son produit. Des solutions empiriques de facture permettent d'éliminer ce phénomène.
Plaques comportant les différentes anches libres dans un accordéon
L'accord se fait en jouant sur les paramètres raideur et masse : on augmente la fréquence en diminuant la masse par enlèvement de matière (limage d'épaisseur) à l'extrémité libre de l'anche (ou de sa charge rapportée). On diminue la fréquence en diminuant l'épaisseur (raideur) de l'anche (enlèvement par grattage : (grattoir) près de sa partie fixe, flexible (le « ressort »).
Une anche vibrante de grandes dimensions et de fréquence infrasonique, destinée à produire un vibrato en amplitude, a été utilisée dans l'accordéon de concertCavagnolo : cette anche est placée dans une paroi séparatrice (équivalente à une « plaque ») disposée entre le soufflet et la « caisse du chant ». Ce système générateur de vibrato semble être resté sans suite en raison, sans doute, de sa fréquence invariable, de son effet trop systématique (un accord, grave ou aigu, vibre « en bloc ») et de sa limitation du débit d'air (contradictoire avec l'expressivité naturelle de l'instrument), en dépit de la présence d'un moyen de neutralisation : une très large soupape.
Le musicien ouvre et referme le soufflet central, positionné entre les deux parties droite et gauche de l'instrument, munie chacune d'un clavier : une partie droite, qui reste statique, et une partie gauche, qui s'écarte et se rapproche de la partie droite à chaque va-et-vient du soufflet (on parle de « tiré » ou de « poussé » du soufflet). En même temps, l'instrumentiste appuie sur les touches des claviers de l'instrument pour décider des notes à produire. L'air du soufflet passe ainsi dans le mécanisme, et actionne une ou plusieursanches accordées à la lime et au grattoir. L'anche au repos possède une courbure qui la porte « au vent » : le réglage de cette courbure a pour but de permettre et faciliter l'attaque, à toutes les puissances.
Véritable homme ou femme-orchestre, l'accordéoniste peut exécuter lerythme aussi bien que lamélodie et l'harmonie, ce qui lui a valu une place importante dans les bals populaires français.
Cet instrument auxaccords tout faits et à la sonorité « désaccordée » ne suscita pas l'adhésion de tous d'où, dès les années trente, l'invention des basses chromatiques (clavier mélodique de main gauche similaire à celui de la main droite, remplaçant grâce à un convertisseur le clavier traditionnel basse-accord) et la présence possible de registres permettant de changer la sonorité de l'instrument en appuyant sur un bouton.
Il existe plusieurs sortes d'accordéons qui se différencient d'une part, par l'organisation des notes sur les claviers et d'autre part, par la manière de produire des notes en actionnant le soufflet.
L'accordéon chromatique possède les 12 demi-tons de lagamme chromatique. Une touche enfoncée produira la même note que l'on tire ou que l'on pousse le soufflet. Certains ont des boutons, d'autres des touches de piano. Suivant les modèles, la tessiture peut dépasser 4 ou 5 octaves.
Lesaccordéons diatoniques peuvent jouer desgammes diatoniques. Une touche enfoncée ne produira pas la même note selon que le musicien tire ou pousse le soufflet. On dit qu'il est bi-sonore.
Ces deux descriptions correspondent aux deux familles d'accordéons les plus répandues. De nombreuses variantes ont été réalisées (chromatique bi-sonore, diatonique uni-sonore, systèmes mixtes).
La plus ancienne pièce de concert estThème varié très brillant pour accordéon, écrit en 1836 parMlle Louise Reisner de Paris. Le compositeur russePiotr Ilitch Tchaïkovski inclut (de façon optionnelle) quatre accordéons diatoniques dans saSuite pour orchestreno 2 en Do Majeur, op. 53 (1883), simplement pour ajouter une petite couleur au troisième mouvement (Scherzo burlesque). Le compositeur italienUmberto Giordano inclut l'accordéon diatonique dans son opéraFedora (1898). L'accordéoniste apparait sur la scène, avec également un joueur de piccolo et un joueur de triangle, trois fois dans le troisième acte (qui se déroule en Suisse), pour accompagner une courte et simple chanson qui est chantée par un petit savoyard.
En 1915, le compositeur américainCharles Ives inclut un chœur d'accordéons diatoniques (ou de concertinas) avec également, entre autres, deux pianos, un célesta, une harpe, un orgue, un zither et un thérémine optionnel dans sonOrchestral Setno 2. La partie d'accordéon, écrite pour la main droite seulement, consiste en dix-huit mesures à la fin de l'œuvre. On pense souvent à tort quePaul Hindemith est le premier compositeur à avoir écrit spécifiquement pour l'accordéon chromatique. En 1921, il a certes inclus l'harmonium dans sa Kammermusik Nr. 1, une œuvre de musique de chambre en quatre mouvements pour douze musiciens, mais ce n'est qu'en 1952 qu'il a réécrit la partie d'harmonium pour l'accordéon avec basse standard. D'autres compositeurs allemands ont aussi écrits pour l'accordéon.
En 1922,Alban Berg inclut un accordéon dans son opéraWozzeck. L'instrument, marquéZiehharmonika bzw. Akkordeon dans la partition, apparaît seulement durant la scène de la taverne, avec un ensemble sur scène (Bühnenmusik) consistant en deux violons, une clarinette, une guitare et un bombardon en fa (ou tuba basse).
Cyrille Brotto, joueur de musiques traditionnelles occitanes.
L'accordéon et ses variantes sont présents dans de très nombreusesmusiques traditionnelles oumusique folkloriques. L'Écosse, l'Irlande ou la Grande-Bretagne furent ouverts à intégrer l'accordéon à leur folklore adaptant et composant dans leurs styles respectifs, soit des reels, des jigues ainsi que des valses. En Amérique, on retrouve traditionnellement l'accordéon dans le folklore québécois composé principalement de reels et de rigodons ainsi que dans la musique cadienne, principalement des ballades et au sud des États-Unis avec le Zydeco (ouZarico) qui est la musique des créoles francophones de Louisiane. L'Autriche, la Suisse ou la Bavière sont parfois représentées par desvalses, desmarches) ou despolkas. Les ensembles de musiquestsiganes etklezmers ont aussi des formes d'accordéons spécifiques comme leBayan que l'on retrouve dans la musique traditionnelle en Russie.
Dans la Caraibe, il est utilisé dans le Meringé de République Dominicaine, dans lesQuadrilles caribéens (Quadrilleguadeloupéen, Quadrille dominiquais, Haute taillemartiniquaise, …).
L'accordéon est présent dans la musique dejazz. Cela a commencé avec la collaboration deDjango Reinhardt etJo Privat à l'époque dujazz swing. L'accordéonisteMarcel Azzola a aussi réalisé des arrangements pour accordéon des plus grands standards de jazz commeAll the Things You Are. Plus récemment, des accordéonistes se sont éloignés du musette traditionnel pour s'intéresser au jazz, comme les artistesRichard Galliano, ouVincent Peirani.
Avant la Seconde Guerre mondiale, des musiciens comme Gus Viseur ou Tony Murena font déjà le lien entre jazz et musette. Après la guerre, l'accordéon est utilisé par des auteurs-compositeurs-interprètes commeLéo Ferré ouJacques Brel, et des virtuoses commeAimable, qui promènera son instrument en tournées mondiales[réf. nécessaire]. Mais l'instrumentarium du jazz moderne (be-bop, free jazz), puis du rock dans les années 1960, tend à le ringardiser[réf. nécessaire].
Bien que créé enEurope, cet instrument se répand auMoyen-Orient et en Afrique du Nord, et est adopté par la musique populaire, puis s'introduit dans de nouvelles tendances musicales. Le chanteur deraïCheb Khaled explique ainsi :
« Mon instrument, c'est l'accordéon. Je l'ai appris à l'école de la rue. De naissance […] Dans le temps, quand les gens fêtaient les mariages, il y avait leviolon, l'accordéon, ladarbouka, mais pas de trucs électroniques. Et l'accordéon donnait un son typique, oriental. C'est original, c'est un beau son[17]. »
L’accordéon chromatique, avec des touches piano, s’est ancré à partir desannées 1960 dans divers types de chanson populaire en Algérie : la chansonoranaise, lechaâbi, et le raï. Il participe à une transition entre les instruments traditionnels et les claviers électroniques[18]. On le trouve également dans la musique populaire égyptienne, par exemple dans le styleBaladi(en), avec des techniques et des modes d’interprétation spécifiques, notamment dans le jeu du bourdon ou le jeu en contretemps rythmique, qui se rapprochent des arrangements instrumentaux pratiqués par les joueurs d’instruments plus traditionnels tels que le mizmār ouzurna[19],[18]. Et en Égypte, une artiste desannées 2010 commeYoussra el Hawary s'en empare[20],[21]. De façon générale, l'accordéon n'est pas réservé à une musique populaire et festive, mais il sait prendre place dans une musique ditesavante. L'oudisteAnouar Brahem s'est ainsi associé pour des spectacles et albums, à l'accordéoniste de jazz franco-italienRichard Galliano dans lesannées 1990[22].
Le « piano du pauvre », ou « piano à bretelle », est entré dans la littérature française dès 1833, grâce au vicomteFrançois-René de Chateaubriand dansMémoires d'outre-tombe[23]. L'accordéon en France est lié à l'histoire dubal musette. Il reste cependant pointé du doigt par certains :Octave Mirbeau le destine « aux polkas pour les bals »[11].
L'histoire de l'accordéon est liée également à celle du swing manouche, avec dès les débuts de ce mouvement des collaborations répétées entreJo Privat etDjango Reinhardt, des compositions très en avance sur leur temps deGus Viseur et aujourd'hui de nombreux artistesswing tels queLudovic Beier … Dans les années 1950, l'accordéon devient l'instrument des bals populaires,Yvette Horner etAndré Verchuren étant alors les deux figures emblématiques de cet instrument[13].
Lyon avec la firmeCavagnolo, etTulle avec la fabriqueMaugein sont des villes importantes pour l'accordéon chromatique français. Historiquement, la ville deBrive, avec l'usine Dedenis, fut très longtemps le siège de la première industrie de l'accordéon en France[26]. Outre ces petites fabriques, plusieurs artisans fabriquent en France des instruments sur mesure ou commandés à l'unité, principalement des accordéons diatoniques, mais aussi des accordéons chromatiques.
La ville deCastelfidardo est « la capitale mondiale de l’accordéon ». Une vingtaine d'entreprises familiales y sont regroupées dontPaolo Soprani, Pigini et Bugari ; 90 % des pièces détachées européennes y sont fabriquées[11].
Il existe de nombreux festivals intégrant l'accordéon, ainsi qu'un certain nombre de festivals dédiés à l'instrument (qui peuvent être généralistes ou centrés sur un style de musique précis) ; exemples :
Le musée de l'Accordéon deSiran où sont exposés de nombreux accordéons mais aussi desvielles et descabrettes, instruments traditionnels auvergnats.
LeMusée de l'accordéon àMontmagny qui est un lieu emblématique pour cette ville et qui s’inscrit dans le circuit culturel et touristique de sa région (Chaudière-Appalaches)[36] avec plusieurs expositions traitant de l'instrument[37].
Quelques exemples de surnoms de cet instrument (en France) : piano à bretelles, piano du pauvre, boîte à frisson, orgue portatif, branle-poumons, boîte à chagrin, soufflet à punaises, dépliant, calculette prétentieuse, boîte à soufflets et boîte du diable (boest an diaoul, enBasse-Bretagne etboueze enHaute-Bretagne).
↑Bureau de droit d'auteur de la Bibliothèque du Congrès,American Rhapsody, Droits d'auteur: Alpha Music Co., New York, New York, USA, Compositeur: John Serry Sr., 1957