Abbaye de Ravensberghe | |
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Ordre | Cistercien |
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Pays | ![]() |
Région historique | Flandre maritime |
Commune | Merckeghem |
Coordonnées | 50° 51′ 52″ nord, 2° 17′ 50″ est |
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L'Abbaye de Ravensberghe ou de Ravensberg, encore appeléeHouthove, située enFlandre maritime àMerckeghem, dans l'arrondissement de Dunkerque est une abbayecistercienne fondée auXIIe siècle. Soutenue par lespapes successifs, l'établissement prospère rapidement. L'abbaye disparait au moment de laRévolution française.
Vers1191, à la fin duXIIe siècle, Christine de Sinneghem (Seninghem), dame de la seigneurie deRavensberghe, membre de la famille de Seninghem, est la veuve de Willaume BrohonIer, fils naturel présumé ducomte de FlandreThierry d'Alsace[1], lequel fut inhumé à proximité dans l'abbaye de Watten. La famille de Seninghem et lesseigneurs de Ravensberghe possèdent la majorité des territoires des actuelles communes deMerckeghem,Millam, partie sud deCappelle-Brouck, le reste des terres ayant été accordé au clergé auxXIe et XIIe siècles, à charge pour celui-ci d'assainir cette zone de marais[2]. Quelques religieuses sont déjà regroupées sur un manoir (grande ferme) dénomméOuthof ouOuthove, situé sur Merckeghem dans la seigneurie de Ravensberghe[3], qui appartient à Christine de Sinneghem. Christine leur fait don vers 1191 du bâtiment, de terres attenantes, d'un moulin, de l'ordre de trente- huit mesures (environ dix-sept hectares) de terres et de marais à tourbe, afin qu'elles puissent y construire un monastère[2].
En1194, la donation de Christine est approuvée par l'archevêque de ReimsGuillaume aux Blanches Mains et par l'évêque de Thérouanne ou évêque des Morins,Lambert de Bruges. Le fils de Christine, Guillaume Brohon II, donne également son accord par écrit[4].
En1196, lepapeCélestin III confirme la donation, annonce la protection duSaint-Siège au couvent, accorde aux religieuses le droit d'élire leur chapelain. Cette intervention pontificale va se répéter à maintes reprises assurant à l'abbaye une protection qui lui permet de se développer.
Le couvent est reçu dans l'ordre de Citeaux. L'abbé de l'abbaye de Clairvaux déclare qu'à la suite de la demande de l'abbé de l'abbaye des Dunes, Ravensberghe est reçu dans cet ordre. L'établissement est placé sous la direction immédiate de l'abbaye de Clairmarais[5]. L'abbaye accepte les novices à partir de l'âge de 16 ans. Toutefois toute nouvelle venue doit apporter une dot[6]. De ce fait, les religieuses appartiennent à des familles aisées
Le monastère bénéficie rapidement de dons ou d'exemptions de taxes cédées par les notables locaux, en particulier les seigneurs de Ravensberghe, lesseigneurs de Zinneghem, et la famille détenant la terre de Seninghem, lesquels s'instituent soutiens et protecteurs du nouvel établissement[4]. Lescomtes de Flandre successifs la prennent également sous leur protection et lui accordent régulièrement des biens[7].
En1200, le comte de FlandreBaudouin VI de Hainaut confirme à l'abbaye de Ravensberghe ses biens[8].
En1205, lacomtesse de FlandreMathilde de Portugal, veuve dePhilippe d'Alsace, confirme les différentes donations.
Le papeInnocent IV va réitérer quelque temps plus tard la protection accordée à l'abbaye : il menace d'excommunication ceux commettant des violences ou usurpant les biens de l'établissement[4].
Leprévôt de l'abbaye de Watten contribue à compléter ces différents droits en déclarant que l'abbesse et les religieuses de Ravensberghe ont le droit de nommer et d'instituer leur propre chapelain[5], sans avoir donc à dépendre d'une quelconque autorité extérieure.
Au début duXIIIe siècle, l'abbaye continue d'être favorisée par de nombreux seigneurs, ainsi les seigneurs de Boiscure (Buysscheure) : Aélis de Tenremonde, dame de Boiscure, accorde plusieurs biens situés en Flandre en1209 et Wautier de Boiscure cède une partie de la dîme deVolckerinckhove et d'autres possessions en1213[9].
En1227, l'abbé de l'abbaye des Dunes énumère les dons (redevances, cens) faits par lecomte de FlandreFerrand de Flandre et sa femme,Jeanne de Constantinople. Il déclare qu'en retour, les religieuses doivent faire célébrer un anniversaire pour les âmes de leurs bienfaiteurs, ce que les dames de Ravensberghe vont confirmer par une proclamation faite la même année[10].
Dès cette époque, l'abbaye dispose de suffisamment de moyens pour consentir des prêts : Wautier, fils d'Aélis deDrincham engage la moitié de la dîme d'Eringhem contre un prêt de cent livres accordé par l'abbaye, sa mère accorde aux moines une rente sur la dite dîme[11].
En1230,Grégoire IX confirme l'abbaye dans ses possessions, l'exempte de toute dîme, lui donne le droit de recevoir des biens hérités de ses religieuses, lui accorde l'indépendance par rapport à toute juridiction séculière pour ses biens[9], octroie aux religieuses l'autorisation d'élire leur abbesse et de célébrer le service divin dans leur monastère[12].
En1249, la comtesse de FlandreMarguerite de Constantinople attribue à son tour cent dix mesures (environ 50 hectares) de terre à l'abbaye[11].
Tous ces dons favorables au couvent ne le préservent pas de toute contestation ou procès : ainsi, en1273, le curé de Merckeghem, Jean de Rexpoëde, est en conflit avec lui au sujet de certaines dîmes[11]. En1298, en litige avec lechapitre deTournai et l'abbaye Saint-Martin de Tournai, à propos de la perception de dîmes (àMouscron,Reckem,Aelbeke), les parties conviennent de s'en remettre à un arbitrage. Le, l'arbitrage est rendu et le, l'abbé de l'abbaye des Dunes approuve l'accord au nom de l'abbé de Clairvaux[13].
Un évènement particulier marque la vie de l'abbaye : en1383, l'évêque de Norwich Henri le Despenser mène une expédition militaire en Flandre (Croisade d'Henri le Despenser) et porte atteinte aux intérêts du comte de FlandreLouis de Male. Le roi de FranceCharles VI vient au secours du comte et lors de cette campagne loge une nuit à l'abbaye[14].
Alors que les seigneurs de Ravensberghe s'attachent généralement à favoriser l'établissement, certains se distinguent en lui causant des ennuis : en1466, Nicolas de Mailly, ditPayen, a des relations orageuses avec l'abbaye : lui et son serviteur Willem Rabat font l'objet d'une condamnation pour violences et outrages envers l'abbesse et les religieuses de Ravensberghe. En 1466, Nicolas de Mailly obtient du duc de Bourgogne comte de FlandrePhilippe le Bon des lettres de rémission, entérinées par leconseil de Flandre àGand[15].
À partir duXIIIe siècle, les chartes portent au dos une analyse sommaire de l'objet et du contenu ainsi que le numéro occupé par le document dans le cartulaire élaboré à cette époque, il s'agit d'une amorce d'un système archivistique dans la région[16].
En1517,Charles Quint délivre à l'abbaye des lettres d'amortissement, contenant le démembrement de toutes les terres et rentes acquises par l'établissement pendant les quarante ans précédents[17].
En1525, l'abbé de Clairmarais, Jacques Dupont, malade, se retire en l'abbaye d'Outhove où il décède le[18]. Il est ramené à Clairmarais pour y être inhumé
Le, l'abbesse Jacqueline de la Tour, vend du consentement de sa communauté, à l'évêque de Saint-Omer, des propriétés et un refuge détenus dans la ville de Saint-Omer, aux fins de création du collège Saint-Bertin, lequel existe encore de nos jours[19].
En1568, l'abbaye et l'église voisine de Merckeghem sont pillées lors de la crise iconoclaste liée à larévolte des Gueux[20].
En1653, l'établissement d'Outhove cède un terrain, d'environ deux hectares, détenu àDunkerque au profit de l'installation d'un couvent deCarmes déchaussés, pour un montant de six mille florins. Cette terre provenait d'un don de lacomtesse de FlandreJeanne de Constantinople, confirmé par sa sœurMarguerite par lettres données à Bruges en novembre1249[21]. Le paiement pris en charge par un protecteur de l'ordre des Carmes s'effectue par un versement comptant, des traites à échéance et un tableau d'une valeur de cent livres destiné au maître-autel de l'abbaye. En1670, l'affaire suscite un litige entre les deux instances religieuses, différend réglé par la passation d'un compromis le[22].
AuxXVIe et XVIIe siècles, à l'instar de la majorité des établissements religieux au cours de leur histoire, l'abbaye mène plusieurs procès contre des possesseurs, laïcs ou religieux, de terres ou de dîmes lui devant des rentes ou autres sommes d'argent ou contestant avoir à le faire[6].
AuXVIIIe siècle, le couvent s'oppose à l'évêque de Saint-OmerJoseph-Alphonse de Valbelle-Tourves lequel revendique le droit de visiter les novices des abbayes liées à Clairvaux. Il rencontre l'opposition de l'abbesse de Ravensberghe, de l'Abbaye Sainte-Colombe de Blendecques et de l'abbé de l'abbaye de Clairvaux. Le roi tranche en faveur de l'évêque en1733[6].
Selon une enquête de1750, l'abbaye est un des établissements religieux les plus riches de lachâtellenie de Bourbourg : elle détient 665 mesures soit environ 300 hectares et bénéficie de 4105 livres de revenus venant de propriétés disséminées à travers la région[23]. Ces biens vont encore augmenter jusqu'en1792 comme l'indiquent les registres au moment de la disparition de l'établissement. L'abbaye possédait un refuge (habitation destinée à servir de lieu de repli en cas de menaces lors d'une guerre) à Saint-Omer[24].
En vue desÉtats généraux de 1789, se tient à Bailleul le la réunion des membres du clergé de la Flandre maritime présidée parl'évêque d'YpresCharles Alexander d'Arberg. L'abbaye est représentée par un dénommé Bertrandi[25], archidiacre et vicaire général à Saint-Omer[26].
Le, en application d'un décret de l'Assemblée nationale en date du, l'abbaye déclare la liste de ses biens et les charges dont le couvent est grevé[27].
En1790, la commune de Merckeghem somme les religieuses de faire disparaître les armoiries qui sont dans leur église et les invite à ne plus rentrer dans l'église paroissiale avec des chiens pendant le service divin[28].
Le est dressé l'état des meubles, effets et bibliothèque de l'abbaye[29].
Dès avril1791, on commence à vendre au profit de la Nation des biens ou les avêties (récoltes sur pieds) venant de l'abbaye[30].
Le, les religieuses demandent au directoire dudistrict de Bergues de leur abandonner un terrain adjacent à leur enclos afin que celles préférant mener la vie en communauté puissent s'y retirer. La municipalité de Merckeghem émet un avis défavorable sur cette demande le. La même année, une novice de l'abbaye réclame la somme qu'elle a versé en entrant dans le couvent , celui-ci ne pouvant plus remplir son office. La suite donnée à ces demandes n'est pas connue[30].
La dissolution de l'abbaye est notifiée aux religieuses le[30]. Elle compte à cette date 28 religieuses. Celles-ci en sortent le mois même[6]. Elles disposent à cette date d'un revenu de 23334 francs[31].
Dans la matinée du, un commencement d'incendie a lieu dans le couvent, dont on a commencé à liquider les biens[28]. Les édifices sont vendus et démolis. L'abbaye comptait trois cloches. Elle possédait environ 3 kg d'argenterie (objets sacrés ou d'usage courant). L'argenterie est envoyée audistrict de Bergues pour être ensuite acheminée à Lille[31]. Une partie des archives est dirigée vers le district de Bergues, le reste est récupéré par des particuliers[32]. De ce fait, elles sont dispersées et seules en subsistent quelques chartes[14]. Certaines ont été envoyées en1799 à la bibliothèque Richelieu (depuisBibliothèque nationale de France)[33],[34].
La vente des biens intervient à la suite du départ des religieuses : les bâtiments du couvent, l'église, les annexes, un moulin, quatre fermes, de l'ordre de 874 mesures de terre (environ 400 hectares). Les acquéreurs sont nombreux, on retrouve un meunier intéressé par le moulin, le prêtre du village et plusieurs agriculteurs des villages des environs[35].
Au milieu duXIXe siècle, a été retrouvé en Flandre un morceau d'une tapisserie, appartenant à l'abbaye, richement travaillée et ornée, portant des écussons représentant les armes d'un comte deNieurlet et de son épouse, (Charles Philippe Brigitte Dominique de Guînes de Bonnières,2e comte de Nieurlet, mort à Saint-Omer le1er juillet 1743 et Jacqueline Thérèse de Trasegnies sa première épouse, morte le) probablement donnée au monastère par le comte qui avait deux sœurs religieuses à Ravensberghe[36].
En1855, une ferme située sur Lederzeele, ancienne possession de l'abbaye, rappelait son glorieux passé[24].
De nos jours, il ne reste qu'une grange en ruines située à l'endroit où s'élevaient les dépendances de l'abbaye[37]. Une poutre se trouvait dans cette grange; elle provenait d'un moulin, portait des gravures et la date1690. Quelques pierres blanches demeurent à l'emplacement de l'abbaye, deux pilastres de porte se trouvent dans la pâture située sur les lieux[37].
Selon la légende, un tunnel reliait le couvent à l'abbaye de Watten. Une ancienne installation de drainage soutenue par des voûtes est venue conforter l'hypothèse du tunnel[37].
Le lieu-dit « Pont l'abbesse » àLynck serait également lié à l'abbaye, étant situé sur un canal utilisé par l'abbesse de l'abbaye Notre Dame de Bourbourg pour se rendre à Ravensberghe[37].
Les armes de l'abbaye ont été reprises par le village voisin deMerckeghem.
Vingt-huit abbesses ont dirigé pendant six siècles l'abbaye de Ravensberghe[18].
Georges Dupas énumère les dirigeantes successives depuis1559 : pour les précédentes, ne figurent dans les registres que les prénoms.
La dernière abbesse fut Marie Louise II Buys, nièce de Marie LouiseIre Buys, abbesse entre1736 et1762. Marie Louise II Buys succède à Scholastique de Schodt, fille dubourgmestre deBourbourg, Ignace Benoit De Schodt. Marie Louise II Buys entre en fonctions en1783[38].
Marie II Buys était originaire de Dunkerque. En 1792, à la suppression du monastère, elle se réfugie àBollezeele dans la ferme de la famille Taffin, où elle possède un appartement donné par le propriétaire de la fermeMr Van Kempen (Taffin est le nom de famille deFrançoise de Saint-Omer, fondatrice ducouvent des Capucines de Bourbourg; Van Kempen est le nom de l'avant dernière prieure de l'abbaye de Ravensberghe). Elle meurt le, âgée d'environ 73 ans. Elle est enterrée à Bollezeele. AuXIXe siècle, une statue en bois sculpté représentantBernard de Clairvaux, située dans l'église de Merckeghem porte sur le socle une inscription, en langue flamande[39], à la mémoire de la dernière abbesse de Ravensberghe[40].
« D'argent, à deux crosses d'azur, confrontées et passées en sautoir, accompagnées de trois oiseaux de sable, posés un en chef et deux en flancs, et en pointe une montagne de sinople ». Dans ces armes, les crosses sont un emblème abbatial, les oiseaux sont des corneilles (ravens) et la montagne (berg) le lieu du monastère[41]. En1698, l'azur des crosses fut changé et devint de gueules[42].