Vous lisez un « bon article » labellisé en 2009.
Pour les articles homonymes, voirAbbaye Saint-Pierre.
| Église abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Caprais de Mozac | ||||
Façade nord et clocher-porche de l'église. | ||||
| Présentation | ||||
|---|---|---|---|---|
| Culte | Catholique romain | |||
| Type | Abbatiale | |||
| Rattachement | Archidiocèse de Clermont, abbaye royale de 764 à 1790, dépendance de l'abbaye de Cluny de 1095 à 1790 | |||
| Début de la construction | XIe siècle | |||
| Fin des travaux | XVe siècle | |||
| Style dominant | Préroman(crypte et porche occidental) Roman(façade Nord et nef) Gothique(bas-côté sud, cloître, transept, chœur) | |||
| Protection |
| |||
| Site web | https://www.ville-mozac.com/decouvrir/visiter/ | |||
| Géographie | ||||
| Pays | ||||
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | |||
| Département | Puy-de-Dôme | |||
| Ville | Mozac | |||
| Coordonnées | 45° 53′ 26″ nord, 3° 05′ 39″ est | |||
Géolocalisation sur la carte :Puy-de-Dôme Géolocalisation sur la carte :Auvergne Géolocalisation sur la carte :France | ||||
| modifier | ||||
L'abbaye Saint-Pierre-et-Saint-Caprais de Mozac, plus communément appeléeabbaye de Mozac (ouMozat), est l'une des plus anciennes et des plus importantesabbayes deBasse-Auvergne. Située àMozac (près deRiom dans lePuy-de-Dôme), elle est fondée à la fin duVIIe siècle et régie dès l'origine par larègle de saint Benoît. Elle est rattachée à l'abbaye de Cluny en 1095 et porte le titre d'« abbaye royale » (sous la protection du roi de France). Les moines la quittent à laRévolution et l'abbatiale devient l'église paroissiale unique du village de Mozac en 1790.
L'église abbatiale et les bâtiments conventuels autour de l'ancien cloître sont un haut-lieu de l'architecture romane et sont classésmonuments historiques[1]. L'abbaye est inscrite dans le « Grand itinéraire culturel européen » comme un des sites clunisiens emblématiques[2], label décerné par leConseil de l'Europe à la Fédération européenne des sites clunisiens dont fait partie la commune de Mozac.
La grande renommée de l'abbaye est due à la qualité de la facture de seschapiteauxromans, à sacrypte préromane découverte en 1849 et à la conservation de la châsse de son fondateursaint Calmin et de son épousesainte Namadie qui est le plus grandreliquaire au monde enémaux limousins du Moyen Âge. L'abbaye possède aussi, depuis leVIIIe ou IXe siècle, les reliques desaint Austremoine, premier évêque de Clermont et évangélisateur de l'Auvergne. Les ossements sont conservés dans une châsse en bois peint duXVIe siècle.
L'église possède plusieurs styles architecturaux à la suite de nombreuses modifications au fil des siècles. Ainsi, après les tremblements de terre qu'elle a subis auXVe siècle, certaines parties romanes de l'édifice furent restaurées enstyle gothique.

L'abbaye a été vraisemblablement fondée auVIe ou VIIe siècle, au sud du village de Mozac, dans un lieu propice à son implantation et à son développement[3].
L'abbaye a été construite sur un promontoire artificiel issu derestes antiques. En effet, l'église possède dans ses parties les plus anciennes (crypte et porche occidentalcarolingien) des réemplois d'impostes à rouleau, de grands blocs de pierre avec des trous delouve et autres systèmes d'agrafe typiquement antiques. De plus, la présence d'unautelgallo-romain dans lecloître de l'abbaye est attestée en1604[N 1]. Cet autel en marbre comporte une inscription latine datée duIIe ou du IIIe siècle :GENIO ARVERN[O] | SEXT[VS] OR[GIVS] SVAVIS | AEDVVS[4]. D'après René Bouscayrol, ce serait une preuve qu’un lieu de culte s’élevait en l’honneur du GénieArverne, dont l'emplacement est inconnu. Cependant, une telle dédicace ne prend son sens qu'au sein de la capitale arverne, et il est plus que probable qu'elle ait été transportée depuis Clermont-Ferrand, à une date inconnue[5],[6],[N 2].
Le site a également été choisi en raison de la présence d'un réseau hydrographique fourni (ruisseaux d'Ambène, des Moulins Blancs, etc.) qui favorise sa défense (au nord contre le village deMozac, les enceintes bordent le ruisseau d'Ambène) et qui permet de bâtir deuxmoulins à eau dans l'enclos monastique (un au nord sur l'Ambène, et un au sud sur le ruisseau des Moulins Blancs) ; le territoire mozacois comptera au fil des siècles jusqu'à dix-sept moulins.
Enfin, le monastère se trouve à proximité de la cité marchande deRiom (2 km à l'est) et sur le passage de l'anciennevoie romaine entreAugustonemetum etAvaricum, ce qui facilite son développement économique et ses communications[7],[8],[9].
D'après un auteurhagiographe duXVIIe siècle qui aurait travaillé sur des archives plus anciennes de l'abbaye, il faudrait retenir vers 533-535 comme date supposée de la fondation de l'abbaye parCalminius (saintCalmin) et son épouseNamadia (sainteNamadie)[10],[N 3],[N 4]. Calmin aurait enrichi la communauté, qu'il venait de créer, de prestigieusesreliques (desaint Pierre et de saintCaprais d'Agen) qu'il avait rapportées deRome, desîles de Lérins et d'Agen. Les reliques des époux fondateurs sont conservées depuis la fin duXIIe siècle dans unechâsse enémaux de Limogeschamplevés qui s'avère être la plus grande au monde.
En 764, le roiPépin le Bref (ou en 848 s'il s'agit plutôt dePépin II d'Aquitaine[N 5]) donne au monastère les reliques desaint Austremoine, premier évêque et évangélisateur de l'Auvergne[11]. Il devient alors une abbaye royale[N 6]. Cette première protection royale sera renouvelée par des souverains successifs : en 1095,PhilippeIer confirme la concession de l’abbaye de Mozac à l’ordre de Cluny ; en 1169,Louis VII le Jeune confirme les privilèges de l’abbaye ;Philippe II Auguste confirme en 1217 la charte royale précédente ; de même parLouis VIII en 1224 et enfinLouis IX en 1269. Plus tard, cette protection royale sera manifestée par la présence de lafleur de lys sur le blason dumonastère.
La décadence constatée dans la communauté religieuse en 1095 la fait mettre sous la tutelle de l'abbaye de Cluny. Quelques mois avant la venue du papeUrbain II auconcile de Clermont qui lancera lapremière croisade, l'évêque d'AuvergneDurand concède l'abbaye de Mozac à celle deCluny[12]. Comme Mozac est une abbaye royale, leroi PhilippeIer confirme par une autre charte, datée de la même année, la donation de l'évêque[13]. Mozac a pu garder son importance car elle conserve son titre d'abbaye et n'est pas reléguée au rang de simpleprieuré, comme l'abbaye de Charlieu qui devient prieuré de Cluny en 1040 ou encoreSauxillanges, « fille de Cluny », transformée en prieuré parHugues de Semur en 1062. Une bulle du papeUrbain II datée dePlaisance attribue à « Saint-Austremoine de Mozac le premier rang parmi ceux de Cluny »[14]. La donation de Mozac à Cluny accompagne laréforme grégorienne dans lediocèse de Clermont et permet une reprise en main de la papauté et de l'Église (Urbain II, ancien moine de Cluny continue à s'appuyer sur l'Ordre de Cluny), contre l'inféodation d'établissements religieux par des laïcs. Mozac est une tête de pont de l'essor clunisien dans la province d'Auvergne avec une surveillance et un maillage accrus grâce aux quarante dépendances (prieurés, paroisses, chapelles de château), dont la plupart tracent une route dans le nord de l'Auvergne et dans leBourbonnais, constituant des étapes-relais de Mozac à Cluny. L'abbaye de Mozac resteraclunisienne jusqu'à l'extinction de l'ordre à laRévolution.
En 1122 et en 1126, les troupes du roiLouis VI le Gros viennent en Auvergne pour contraindre le comteGuillaume VI à la paix avecAimeric, évêque de Clermont. Le comte d'Auvergne avait pris lacathédrale de Clermont mais aussi l'église abbatiale de Mozac qu'il avait fait fortifier contre le roi. Les soldats du roi conquièrent au premier assaut l'abbaye de Mozac. Ils fouillent l'église et brisent la premièrechâsse de saint Calmin et de sainte Namadie, pensant qu'elle contient une grande quantité d'or. Ce reliquaire est décrit comme étant un coffre en bois peint d'un rouge vif, déposé derrière l'autel Saint-Pierre[15]. Sa destruction oblige les moines à commander à la fin duXIIe siècle le grand reliquaire en émaux de Limoges qui nous est parvenu.
L'apogée de l'abbaye est atteint en 1165, quelques décennies après la construction de l'église romane. Cette année-là, le papeAlexandre III donne une bulle de confirmation des biens et privilèges qui énumère toutes les dépendances (prieurés, nominations, etc.) de l'abbaye de Mozac qui est donc placée sous la protection spéciale du Saint-Siège[16]. La bulle de 1165 reprend des dispositions prises dans une pancarte du papeAdrien IV, prédécesseur d'Alexandre III[17].
La première négociation connue entre la ville voisine deRiom et la communauté religieuse intervient en juillet 1277 concernant les droits d'eau potable. Pierre de La Ferté, abbé de Mozac, concède à perpétuité l'exploitation de la source deDragonescha située à Saint-Genest-l'Enfant (commune actuelle deMalauzat), aux consuls de Riom pour approvisionner leur ville. La transaction s'élève à 140livres tournois versées à l'abbaye de Mozac[18].
Aucune date précise n'est connue, mais au vu du style architectural, on peut en déduire que le début duXIIe siècle voit la construction de l'abbatialeromane, appelée par conventionMozac II. Elle remplace la première églisepréromane dont subsistent la tour porche occidentale et la crypte.

En 1452, 1477 et 1490, l'abbaye est largement détruite par une série detremblements de terre[20],[21]. Ils sont attestés dans des témoignages conservés dans les archives et dans des chroniques. Deux traces probables de ces cataclysmes ont marqué le bâti : une longue fissure courant sur la façade nord de la tour-porche occidentale et le chapiteau à feuillagesno 47 au fond du bas-côté nord très endommagé par l'effondrement des voûtes. De l'égliseromane etpréromane, seuls subsistent lanef centrale avec ses quarante-sept fameuxchapiteaux, le bas-côté Nord (façade visible depuis la rue), et la base et le premier étage du porche carolingien (ouest)[22]. Le reste (lechœur, letransept, lebas-côté sud, le cloître et les bâtiments conventuels) est restauré par l'abbéRaymond de Marcenat :Mozac III. Un nouveau style architectural, legothique, est alors utilisé. La pierre de Volvic (pierre volcanique) est utilisée en remplacement du calcaire. Les partiesromanes écroulées, y compris leschapiteaux, sont réemployées dans les nouveaux murs gothiques. Cela explique pourquoi le Club historique mozacois a découvert depuis 1980, trente-deux chapiteaux romans qui sont exposés au musée lapidaire.
Tandis que les abbés étaient normalement élus au sein de la communauté réunie enchapitre, laréforme de la commende de 1516 introduit un changement radical dans le mode de direction de l'abbaye. Elle donc est mise encommende, c'est-à-dire que l'abbé sera désormais directement désigné par le roi. Les abbés commendataires cumulent plusieurs bénéfices abbatiaux et ecclésiastiques et sont quasiment absents de Mozac. La réelle direction de la communauté revient auprieur, véritable second de l'abbé.
Entre 1516 et 1524, le premier abbé commendataireClaude Duprat fait entièrement rénover lasalle capitulaire enstyle gothique[23]. Il termine en quelque sorte les derniers travaux de restauration engagés par l'abbéRaymond de Marcenat à la suite des tremblements de terre.
L'abbaye est le théâtre d'un conflit armé en 1595 : leroi de France, Henri IV, donne ordre au comte d'Auvergne de faire démolir les fortifications. En effet, avec la complicité des moines, l'abbaye et son fort sont occupés par lesLigueurs servant de base contre la ville deRiom qui a prêté serment au roi le 5 avril1594[24].
En 1644, desfrères Récollets souhaitent s'installer près du village de Mozac. Ils reçoivent la permission de l'abbé de MozacCamille de Neufville de Villeroy. Mais à cause du coût de l'entretien de cette communauté, lesconsuls de la ville deRiom s'y opposent. Un arrêt duConseil, en date du 26 juin 1644, fait « défenses audits pères Récollets de bâtir aucune maison en la ville de Riom, en les faubourgs, audit village de Mozac ni à deux lieues aux environs de ladite ville »[25],[26],[27].
L'abbaye subit sa plus importante réforme le 2 juin 1644 depuis son rattachement à l'abbaye de Cluny en 1095. À la suite de la fusion entre l'ordre de Cluny et lesmonastères mauristes en 1635, laréforme dite de Saint-Maur est introduite à l'abbaye de Mozac[28]. Les religieux de Mozac sont un temps séparés entre ceux qui souhaitent continuer leur vie monastique comme auparavant (les Anciens dits de « l'Ancienne observance ») et ceux qui acceptent la réforme de Saint-Maur (« l'Étroite observance »).
La réforme n'empêche pas le relâchement de la discipline. En1658, une procédure judiciaire est intentée contre leprieur, Blaise Rigoulet, accusé denicolaïsme, de violence à l'encontre des frères, de ne plus assister aux offices, etc. S'il s'agit bien de lui, il serait condamné par contumace, après un bail de prison aux galères par sentence du juge royal[29],[30].
Le 23 juillet 1665, un changement de gestion économique voit le jour. Lesrevenus de l'abbaye sont partagés en trois entre l'abbé commendataire et la communauté religieuse. Le troisième lot est utilisé pour payer les charges. Ce traité entérine de fait l'absence de l'abbé commendataire mais fixe les responsabilités financières de chacune des parties. L'abbaye est considérée pour l'abbé qui la possède comme un bénéfice dont il peut personnellement tirer profit[31]. Les derniers grands travaux sont achevés en1741 lorsque les religieux commandent le remplacement du plafond en bois de la nef par une voûte en pierre. Les travaux sont confiés à « Jean Chalat maîtretailleur de pierre deRiom »[32].
Le 27 juin1783, après un violent orage, un torrent de boue traverse l'enclos de l'abbaye ; un moulin au sud de la propriété ainsi que plusieurs segments de l'enceinte murale s'écroulent. Une grande partie du territoire de Mozac est noyée et les récoltes (vignes, blés, etc.) sont détruites(Voir sur Wikisource)[33].
Le dernier acte de la vie religieuse à Mozac est signé le 28 mars 1790. Les sept derniers moines doivent quitter le monastère qui deviendra bientôt l'église paroissiale unique de la commune de Mozac[34],[N 7].
À la suite du départ des moines, la majeure partie des bâtiments conventuels et la propriété comprise dans la première enceinte monastique (environ quatre hectares) sont vendues le 22 mars1792 pour un montant total de71 200 livres[35] au titre desbiens nationaux àGaspard Antoine Verny, président de lacour d'appel de Riom, qui en fait sa résidence. En revanche, l'église, lepresbytère contre le bras sud dutransept (sacristie, ancien dortoir des moines et les deux tiers de lasalle capitulaire) et une partie desécuries à l’ouest de l’église (aujourd’hui le musée lapidaire) restent propriétés de la commune.
L'église abbatiale devient paroissiale (utilisée pour le culte public du village de Mozac). Les bâtiments sont du ressort de la commune. Le reste des bâtiments, surtout l'aile sud (réfectoire et cuisines), ainsi que la propriété de l'abbaye (environ quatre hectares dont les 2/3 du cloître) sont vendus au titre desbiens nationaux àGaspard Antoine Verny en 1792.
La partie privée restera une résidence interdite au public jusqu'en décembre 2007, lorsque le conseil municipal de Mozac vote l'acquisition de l'ensemble de la propriété qui redevient publique. Ainsi, le patrimoine de l'abbaye de Mozac est réunifié comme avant 1792.
En mars 2010, le cloître et le bâtiment conventuel sud servent de lieux de tournage pour letéléfilmAccusé Mendès France (interprété parBruno Solo), diffusé le 9 mars 2011 surFrance 2.
Le 11 octobre 2021, le Conseil municipal de Mozac a délibéré pour participer à la candidature à l'inscription aupatrimoine mondial de l'UNESCO, portée par la Fédération européenne des sites clunisiens (liste du bien en série « L'abbaye de Cluny et le réseau des Sites clunisiens » dont Mozac pourrait être une composante)[36]. Le périmètre concerné par une éventuelle inscription serait l'ensemble du domaine de l'abbaye (l'église, les bâtiments conventuels et le parc), soit près de 4ha déjàclassés au titre des Monuments historiques.
Quarante-huitabbés se sont succédé à la tête du monastère, de sa fondation à la fin duVIIe siècle jusqu'à son extinction à la Révolution.
Sources :*Gomot 1872* Matthieu Perona,L'abbaye de Mozac (1516 – 1792), spécificités et réseaux, mémoire de master 2, Université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand II, 2006.
L'abbaye de Mozac a possédé pendant toute son existence jusqu'à une quarantaine deprieurés (conventuels ou simples),cures et autres dépendances religieuses outemporelles, répartis pour l'essentiel enBasse-Auvergne et également enBourbonnais sur la route menant à l'abbaye de Cluny dont elle dépendait depuis1095.
Les plus anciennes dépendances de l'abbaye de Mozac remontent à une donation royale de Pépin le Bref (en 764) ou de Pépin II d'Aquitaine (en 848). Cette première charte énumère seize lieux rattachés au patrimoine de l'abbaye : l'église de Saint-Caprais (appelée Podangas, située près de Limoges), l'église deVieille-Brioude, l'église de Saint-Victor (dans la vallée de La Dore), l'église deSaint-Pourçain, l'église de Saint-André l'Apôtre près deThuret, l’église de Saint-Désiré avec le bourg deLoriges, le village d'Entraigues, l'église appelée Navas près de Chantelle, l'église de Saint-Bonnet appelée Charbonnières, l'église de Modon et vingt-cinq fermes qui en dépendent, les fiefs de Bellenave et de Plumberias, l'église Saint-Martin sous le nom de Sadoc à Mozac, le fief de Pragoulin dans la vicairie deRandan, la chapelle Saint-Hilaire dans la ville deMoulins, des fermes et des vignes au lieu-dit de Cassaniolas proche dePragoulin.
En1165, labulle pontificale d'Alexandre III destinée à l'abbé de Mozac, Pierre II de la Tour, dresse la liste quasi-définitive des possessions mozacoises : « 38 églises, 13 chapitres et 14 châteaux forts relevaient de sasuzeraineté[37] ».
Les moines de Mozac obtiennent des lettres de confirmation et de sauvegarde de leurs biens en 1169 (LouisVII), en 1217Philippe Auguste, en 1224LouisVIII, en 1269LouisIX, en 1460CharlesVII et en 1490CharlesVIII.
Un acte de 1633 énumère les dépendances (prieurés) de l'abbaye de Mozac dite « de fondation royale » : « Royat,Volvic,Châteaugay,Marsat, Paugnat (commune actuelle deCharbonnières-les-Varennes),Les Martres-d'Artière,Saint-Ours,Saint-Pierre-le-Chastel, Notre-Dame deLoriges, Saint-Bonnet deMontpensier,Saint-Georges-de-Mons,Saint-Germain-des-Fossés et Saint-Ambroise [commune actuelle deSaint-Léon] ». Cet acte ne répertorie pas l'ensemble du réseau mozacois, mais il donne une indication sur les dépendances qui prédominent auXVIIe siècle[38].
La richesse de l'abbaye de Mozac dépendait de la vitalité économique de son réseau de dépendances qui lui permettait de bénéficier des nombreux biens fonciers mis enaffermage et dont l'abbaye tirait des revenus en nature ou en argent que ce soit lecens ou ladîme payée au prorata de la taille de la propriété exploitée et du volume de la production.
Un des moines s'occupait de la gestion financière de la communauté : le « procureur-syndic ». Il devait enregistrer mensuellement dans un registre les comptes (dépenses et recettes appelées « mises »). Pour Mozac, les registres de 1671 à 1790 sont conservés aux archives départementales du Puy-de-Dôme et donnent un aperçu du mode de vie des moines : par exemple les achats pour la vie quotidienne (surtout la nourriture), les dépenses liées à la liturgie, ou bien pour les aléas de la vie (paiement d'un médecin…), etc.
La puissance foncière de l'abbaye est consignée dans desterriers (quatre sont toujours conservés) ou lièves decens. Les noms desfermiers sont énumérés pour chaque lieu dépendant de l'abbaye, avec le montant qu'ils doivent régler annuellement au propriétaire.
Les archives contiennent également des traités qui définissent les acquisitions foncières, les fondations perpétuelles devicairies, etc. Le traité qui bouleverse le plus la vie économique de l'abbaye est sans aucun doute celui de 1665 qui partage lamense en trois lots.
| Années | Revenus (en livres[N 8]) | Charges (en livres) | Excédents (en livres) | |
|---|---|---|---|---|
| 1671 | 3950 | 4150 | -200 | |
| 1690 | 5717 | 4377 | 1340 | |
| 1694 | 4731 | 3035 | 1696 | |
| 1695 | 5362 | 6243 | -881 | |
| 1696 | 5382 | 3549 | 1833 | |
| 1697 | 4683 | 3583 | 1100 | |
| 1714 | 4847 | 3711 | 1136 | |
| 1742 | 7802 | 4330 | 3472 | |
| 1768 | 5868 | 2377 | 3491 | |
| 1790 | 17090 | 8146 | 8944 | |
| Moyennes | 6543,2 | 4350,1 | 2193,1 |
En analysant plus de cent vingt ans de comptes, on aperçoit des disparités significatives d’une année sur l’autre, sans doute liées aux aléas agricoles. On remarque que pour la période comprise entre 1694 et 1714 les recettes restent dans une fourchette entre 4 000 et6 000 livres. La stabilité des revenus sur deux décennies peut s’expliquer par des lièves de cens relativement immuables.
Les revenus dépassent pour la première fois la barre des6 000 livres en 1742 ; c’est justement à cette période que de grands travaux sont entrepris sur les bâtiments. Le record se produit pour la dernière année d’existence de l’abbaye, en 1790 avec un excédent de près de9 000 livres. Les revenus de 1790, largement supérieurs aux autres années, ont certainement été artificiellement gonflés par les moines ; dans le contexte de la Révolution, il valait mieux prouver que le monastère était viable et pouvait éviter la suppression. Seules deux années rencontrent un déficit : 1671 (seulement200 livres) et 1695 (avec881 livres). Mais ces pertes d’argent ne sont que momentanées et rapidement renflouées par un excédent. En 1696, les revenus sont pourtant du même ordre, mais on décide de diminuer les charges qui se maintiennent en dessous de4 000 livres jusqu’en 1714.
La plus grosse source de revenu, pour une part écrasante (86 %), apparait sous l’appellation de « revenus du couvent ». Ce sont toutes les perceptions (dîmes, rentes, etc.) extérieures et payées à l’abbaye. Malheureusement, il est difficile de détailler les recettes du couvent. Pour évaluer par exemple la part des rentes affermées par rapport au revenu total de l’abbaye, il faudrait dépouiller les milliers de reçus de cens dans les archives.
Le reste des recettes (14 %) se compose des « revenus des officiers claustraux » (aumônier,sacristain,chantre etréfecturier) qui reversent à l'abbaye une part de leurs propres bénéfices pour participer à l'entretien du couvent (soin aux pauvres, achats pour la liturgie, frais de fonctionnement de la communauté, etc.).
Les dépenses sont classées dans deux catégories principales : les « mises ordinaires » et les « mises extraordinaires ».
Les dépenses ordinaires concernent tous les produits d’alimentation pour les repas des moines. En 1695, prise comme année de référence parce que l’on dispose de données plus précises dans ce registre, l’abbaye dépense917 livres en frais de bouche soit en moyenne76 livres par mois, soit près de 15 % des dépenses totales.
1695 est déficitaire car elle est la première année de la première vague de travaux effectués dans l'abbaye, à la suite du traité de partage de lamense abbatiale en 1665 qui oblige le couvent à être mieux entretenu et à effectuer des réparations dans les prieurés comme celui de Volvic (215 livres). Ainsi, pour cette rubrique, l'abbaye dépense extraordinairement649 livres, soit un peu plus de 10 % du total.
L'abbaye participe aussi à la vitalité de son réseau monastique en reversant des pensions et des gages à l’ensemble de religieux, à l’exception desofficiers claustraux qui ont le privilège de trouver leurs rémunérations dans leurs propres bénéfices (donc qui n'entrent pas en compte dans le budget général de l'abbaye). L’abbaye doit pareillement verser laportion congrue aux curés de Saint-Priest deVolvic, de Saint-Julien de Volvic, de Notre-Dame de Volvic, de Saint-Martin de Mozac, deSaint-Bonnet-Las-Champs, de Saint-Hippolyte, deSaint-Genès-l’Enfant, ou leur laisser une pension dite des curés (684 livres y compris les rentes). La solidarité financière s'exprime aussi à travers la taxe versée à l'ordre de Cluny ou encore lorsqu'elle paie deux fois par an, en mars et octobre, respectivement 699 et279 livres dedécimes et de taxes audiocèse de Clermont.
Sur les documentsmédiévaux, l'orthographelatine de Mozac est très variable :Mauziacense (forme la plus fréquente),Mauzaco,Mosaco,Mausaco,Mozaco, etc. Il en va de même enfrançais dans les archivesmodernes où l'on retrouve indistinctement : abbaye de Mauzac, Mozat, Mozac, Mausac, etc. Comme tout nom de lieu, aucune écriture n'était fixe. Ce n'est qu'au moment de la constitution de la commune en 1790 que la forme « Mozat » fut retenue. Pourtant, à la fin duXIXe siècle, la graphie « Mozac » s'est de nouveau imposée, si bien qu'aujourd'hui elle demeure.
Que lea final soit suivi d'unc ou d'unt, letoponyme se prononce toujours [moza] comme dansmosaïque. Certains historienscontemporains ont arrêté par convention que lorsque l'on traitait de la commune, on écrivait « Mozac », et pour l'abbaye on parlait de « Mozat ».
L'abbaye connaît plusieurs vocables selon les périodes, à savoir plusieurs noms de saints auxquels l'église doit son appellation.
Le vocable le plus fréquemment utilisé dans les archives est celui de « Saint-Pierre ». Sur de lachâsse de saint Calmin (fin duXIIe siècle), qui renferme les ossements du fondateur de l'abbaye, un panneau consacré à la première construction de Mozac indique en latin que le monastère porte le nom de « Saint-Pierre » mais aussi de « Saint-Caprais »,reliques qui avaient été offertes àCalmin lors de ses voyages àRome et àAgen.
Quelquefois, les sources indiquent l'abbaye « Saint-Austremoine de Mozac », en référence au premier évêque d'Auvergne dont les reliques sont conservées dans ce même monastère[N 9].

La description dublason dit moderne de l'abbaye de Mozac est :Parti, au premier d'azur à la clef d'or posée en pal, au second du premier à la fleur de lys aussi d'or. Les armes de l'abbaye ont été reprises par lamunicipalité de Mozac dans lesannées 1960 pour servir delogo.
Laclef rappelle le patronage desaint Pierre, puisque l'abbaye était sous le vocable de « Saint-Pierre de Mozac ». Lafleur de lys renvoie à l'appartenance royale depuis 764 ou 848 lorsque le roi,Pépin le Bref ouPépin II d'Aquitaine rédigea unecharte de protection et de donations pour l'abbaye.
Les armes de l'abbaye se retrouvent évidemment sur les sceaux des archives mais aussi à plusieurs reprises dans l'église abbatiale : vitraux, sculptures, clefs-de-voûte, meubles, châsses.
Dans ces représentations en l'abbatiale, on observe quelques variantes dans le positionnement et dans les émaux des meubles du blason. Ainsi, la clef est soit àdextre, soit àsénestre. Le panneton regarde généralement le bord de l'écu. La clef est entièrement d'or ou bien seulement l'anneau d'or avec la tige d'argent. En revanche, la fleur de lys est toujours d'or.

D'après l'Armorial général de France (t. II) deCharles d'Hozier (1696), le blason déposé pour l'abbaye est légèrement différent :D'azur à une fleur de lis d'or sénestrée d'une clef du même, au panneton tourné vers senestre et à la tige d'argent[40]. Il est plus conforme à la représentation du vitrail réemployé dans une chapelle du collatéral sud et aux clefs de voûte du plafond de l'église (voir galerie ci-dessus).

Le mêmeArmorial a enregistré un autre blason pour le « couvent des religieux de Mozac » :D'or à la croix pattée de gueules. Pourtant, il n'a aucune présence architecturale connue.
L'église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Caprais de Mozac a connu plusieurs chantiers au fil des siècles. Il y a chronologiquement trois monuments principaux :Mozac I (église carolingienne duXe siècle),Mozac II (église romane desXIe etXIIe siècle) etMozac III (église gothique de la seconde moitié duXVe siècle qui remplace les parties romanes démontées après un tremblement de terre).
L'église abbatiale de Mozac présente donc aujourd'hui une variété de styles architecturaux et des matériaux de construction différents :arkose,calcaire oolithique deChaptuzat etpierre de Volvic. Elle apparaît dépareillée. Pourtant, avant les destructions duXVe siècle, elle faisait partie deséglises romanes de Grande Limagne (ou dites « majeures auvergnates ») au même titre queNotre-Dame-du-Port,Issoire,Orcival,Saint-Nectaire etSaint-Saturnin qui sont les cinq églises qui ont conservé le type complet.
Sur le troisièmepilier de la nef centrale à droite en partant de l'ouest, face nord, à 2,39 m du sol, uneinscription gravée enlatin rappelle le nom du fondateur[N 10] de l'église romane (Mozac II) :BEGO DE LASTIC MILES FUNDATOR (« Bégon deLastic,chevalier, fondateur »)[41]. Si l'on connaissait la période d'existence de Bego de Lastic, on pourrait dater avec précision les travaux deMozac II : entre la fin duXIe et le début XIIe siècle.

Leporche nord est l'accès principal de l'église, situé au niveau de sa troisièmetravée. Ce porche, déjà présent dans l'édificeroman deMozac II, permettait aux fidèles d'entrer dans lanef depuis le chemin principal conduisant dubourg à l'abbaye (dans l'axe de l'anciennevoie romaine). Les moines accédaient plutôt à l'église par les portails sud donnant sur lecloître et par latour-porche occidentale.
Leportail extérieur de stylegothique (Mozac III) auxvoussures et aux parements supérieurs enpierre de Volvic est une restauration duXVe siècle, intervenue après les tremblements de terre. Il est encastré dans les mursromans d'origine. D'ailleurs, au-dessus, subsistent l'archivolte romane et les deux tailloirs enarkose (leschapiteaux et lescolonnes ont été démontés). La partie sommitale, également en pierre de Volvic, en forme depignon, a été créée par l'architecte Mallay dans la deuxième moitié duXIXe siècle ; auparavant, le sommet de la façade était plat.
Sur les pierres de Volvic à l'extérieur, subsistent des traces de peintures jaunes et rouges très effacées, ce qui laisse supposer que l'ensemble était peint auXVe siècle, comme à l'intérieur de l'église (avant que celui-ci ne soit recouvert d'un badigeon gris probablement auXVIIe ouXVIIIe siècle).
Leportail à l'intérieur du porche est roman, avec pourjambages deux colonnettes (de part et d'autre) surmontées chacun d'un petitchapiteau à feuillages et à pommes de pins, sans grand relief. Au-dessus, lelinteau n'est pas sculpté. En revanche, il est peint d'unesinopia (ébauche defresque au pigment rouge) qui représente unedescente de croix. Difficile à dater, elle serait duXIVe siècle. Elle n'a jamais été terminée et lapeinture murale non commencée avait été masquée pendant des siècles par un enduit. En1980, le restaurateur des peintures murales médiévalesYves Morvan la dégagea entièrement.
La base de la tour-porche occidentale de l’église abbatiale, édifiée dans la seconde moitié duXe siècle, correspond à « Mozac I ». Néanmoins, la tour a été conservée à l'époque romane (Mozac II). C'est donc le plus ancien vestige de l'abbatiale.
On entrait dans le porche par deux portails (nord et sud) aujourd'hui murés. Une porte à l'est - toujours ouverte - permet de communiquer avec la nef de l'église. Durant l'existence de l'église carolingienne, le sommet de la tour devait déjà servir de beffroi avec des cloches.
Les murs du premier niveau carolingien de la tour ont 1,40 m d’épaisseur. Ils sont bâtis avec des remplois antiques. Sur plusieurs pierres monumentales, figurent des trous de louve et des traces d’agrafes métalliques. Les arcs de portails nord et sud reposent sur des impostes à rouleaux qui sont aussi des remplois antiques (temple ou villa à proximité de la voie gallo-romaine Clermont – Bourges qui passe devant l’église).
À partir duXIIIe ou duXIVe siècle, cette tour a été fortifiée. Elle possédait des créneaux, comme on peut le voir sur le dessin de Guillaume Revel (années 1440). La tour a donc perdu la fonction de clocher.
Lecloître prend place sous la forme d'une cour carrée au sud de l'église. Il permet en position centrale la distribution entre les bâtiments monastiques et l'église. Les moines empruntent les quatre galeries pour circuler entre leur lieu de prière (église au nord de la cour), lasacristie et lasalle capitulaire (dans l'aile est, au rez-de-chaussée), le dortoir avec lescellules des moines (au premier étage des ailes est et sud), le réfectoire et les cuisines (dans l'aile sud, au rez-de-chaussée), et enfin les supposées écuries, les ateliers et granges (à l'ouest de la cour). Au centre de la cour du cloître, un puits était probablement construit.
D'abord roman, le cloître subit les tremblements de terre du milieu duXVe siècle. Comme en témoigne unblason au-dessus d'une porte gothique permettant l'accès à l'église, au fond du bas-côté sud, le cloître a été entièrement reconstruit enpierre de Volvic sous l'abbatiat deRaymond de Marcenat, à l'instar des autres parties effondrées dans l'église. Les travaux d'aménagement du nouveau cloître, réduit à deux ou trois galeries, ont été terminés en 1542 et 1543 sous l'abbéGuillaume Duprat. Ces deux millésimes sont gravés sur les deuxchambranles d'une porte communiquant entre le cloître et la salle capitulaire, blasonnée aux armes des abbés Duprat. Le blason se retrouve au-dessus d'autres linteaux de portes du cloître.
Le cloître gothique subit la vente du bâtiment conventuel sud à la Révolution au titre des biens nationaux. Un mur est édifié en 1917 pour séparer la cour entre la partie publique attenante à l'église (environ ⅓ de la surface) et la partie privée. Les galeries du cloître sont progressivement détruites.
L'ensemble des bâtiments est racheté par la ville de Mozac en décembre 2007. Le mur de 1917 séparant la cour du cloître est démoli le 15 avril 2009. Desréemplois du cloître gothique duXVe siècle sont alors retrouvés (claveaux, tronçons de colonne, etc.) ; les propriétaires privés ont certainement démonté une dernière partie subsistante de galerie du cloître pour construire ce mur.

Autour ducloître s'organisait lavie monastique. Cette cour permettait auxmoines de se rendre à l'église, à lasacristie, à lasalle capitulaire, audortoir, auréfectoire, à labibliothèque[N 11], auscriptorium ou encore auxécuries et autres ateliers, sans quitter leur enclos.
Malgré les multiples modifications architecturales au fil des siècles, l'ensemble des bâtiments a été conservé. Le haut de l'escalier a été décoré de frises florales et végétales ainsi que d'une scène religieuse deTobie peintes sur les murs parLouis Dussour en 1931.
Le bâtiment sud (ancien réfectoire au rez-de-chaussée et dortoir au dernier étage) sert depuis 2022 de centre culturel géré par la ville de Mozac, surtout pour des expositions d'art. L'établissement a été nomméLa Galerie - abbaye de Mozac.

Le domaine de l'abbaye est désormais un parc municipal logiquement appelé « parc de l'abbaye ». Il est parcouru par des biefs du ruisseau des Moulins-Blancs qui alimentent notamment l'ancien vivier au sud de l'abbaye.Le ruisseau de l'Ambène coule au nord du parc.
L'abbatiale de Mozac a fasciné les plus grands spécialistes de l'art roman. Ils ont tous insisté sur la qualité de ses chapiteaux et ont considéré le « maître de Mozac » comme le précurseur d'un style auvergnat.
Mais les chercheurs récents ont définitivement supprimé la notion de style auvergnat et surtout d'école régionale romane. Pour s'en convaincre, il faut lire les études d'Éliane Vergnolle ou de Bruno Phalip.
Le « maître de Mozac » est le sculpteur resté anonyme du programme iconographique de l'abbatiale de Mozac duXIe ouXIIe siècle. Il aurait également travaillé àBrioude et àChanteuges où l'on retrouve des chapiteaux du même style, ainsi que sur certainssignes du zodiaque du chevet d'Issoire.
La nef de l'abbatiale contient quarante-cinq chapiteaux romans, qui sont restés en place, car ils n'ont pas été touchés par les tremblements de terre duXVe siècle. Cinq des six chapiteaux dubas-côté sud ont été remplacés par l'abbé restaurateurRaymond de Marcenat, puisqu'ils se situent dans une partie architecturale entièrement reprise enstyle gothique.
Le programme iconographique de l'église romane est le plus historié d'Auvergne, c'est-à-dire qu'il compte de nombreux thèmes bibliques : la délivrance desaint Pierre, laRésurrection, les Quatre anges et quatre vents,Tobie (de),Samson,Jonas avalé puis recraché par le monstre marin.
| Numéro et intitulé du chapiteau | Passages bibliques | Photos (Cliquez sur les vignettes pour agrandir) |
|---|---|---|
| 1 - Les pseudo-Atlantes | ||
| 2 - LaRésurrection | Mt 28 1-8 Mc 16 1-8 Lc 24 1-8 Jn 20 1-18 | |
| 3 - Hommes à califourchon sur des rinceaux | ||
| 4 - Feuillages | ||
| 5 - Feuillages | ||
| 6 - Hommes, un genou à terre | ||
| 7 - Feuillages | ||
| 8 - Feuillages | ||
| 9 - Masques humains | ||
| 10 -Dragons | ||
| 11 - Masques humains | ||
| 12 -Centaures | ||
| 13 - Le singe et l'homme | ||
| 14 - Le maraudeur dans la vigne | ||
| 15 - Feuillages | ||
| 16 - Feuillages | ||
| 17 - Feuillages | ||
| 18 -Jonas et le monstre marin | Jon 1 &Jon 2 | |
| 19 - Oiseaux du paradis | ||
| 20 - Feuillages | ||
| 21 - Feuillages | ||
| 22 - La délivrance desaint Pierre | Ac 12 1-19 | |
| 23 - Feuillages | ||
| 24 - Victoires aux boucliers | ||
| 25 - Feuillages | ||
| 26 - Oiseaux du paradis | ||
| 27 - Oiseaux du paradis | ||
| 28 - Feuillages | ||
| 29 -Griffons au calice | ||
| 30 - Deux hommes nus, un genou à terre, cueillant des grappes de raisin | ||
| 31 - Feuillages | ||
| 32 - Feuillages | ||
| 33 - Hommes chevauchant des boucs | ||
| 34 - Feuillages | ||
| 35 -Centaures | ||
| 36 - Victoires aux boucliers | ||
| 37 -Singe cordé | ||
| 38 -Tobie (de) etSamson | Tobie :Tb62-9 &Tb111-15 Samson :Jg 14 5-19 | |
| 39 -Dragons | ||
| 40 - Feuillages | ||
| 41 - Feuillages | ||
| 42 - Masques humains | ||
| 43 - Hommes chevauchant des boucs | ||
| 44 - Griffons au calice | ||
| 45 - Feuillages | ||
| 46 - Feuillages | ||
| 47 - Feuillages (chapiteau cassé) | ||
| 48 - Quatre anges et quatre vents | Ap 7 1 | |
Lechœurroman, lui aussi, a été détruit par lestremblements de terre duXVe siècle. Il a été reconstruit en stylegothique mais deux fois plus petit, c'est-à-dire sans ledéambulatoire et leschapelles rayonnantes. Les huit gros chapiteaux du début duXIIe siècle (quatre faces, 600 kg environ) qui ornaient le chœur ont donc disparu.
Deux ont été retrouvés en 1849 lors de la découverte de lacrypte par l'architecte Mallay, puisque lesanctuaire s'était effondré sur elle et l'avait comblée : le chapiteau de laRésurrection (le plus célèbre à Mozac) et celui despseudo-Atlantes désormais exposés à terre au fond de la nef de l'église.
Le chapiteau de la Résurrection représente le Saint-Sépulcre, comme à Saint-Julien de Brioude. Le Saint-Sépulcre était objet de vénération partout en Europe mais aussi en Auvergne ; les reliques du Saint-Sépulcre et de la Terre-Sainte étaient placées sur les autels lors des offices. Plusieurs bréviaires de Clermont et de Brioude possèdent des offices duSaint-Sépulcre.
Unmoulage du chapiteau de la Résurrection de Mozac, réalisé à la fin duXIXe siècle, est présenté aumusée des monuments français (Cité de l’architecture et du patrimoine, àParis).
Un troisième gros chapiteau a été extrait du mur du chœur gothique par le curé Luzuy avant 1914, car comme de nombreuses sculptures romanes, il avait été réemployé comme matériau de reconstruction. Il représente également des pseudo-Atlantes, mais il est très abîmé. Il est exposé dans le musée lapidaire.
| Image externe | |
| Chapiteau des quatre évangélistes, ca. 1135-1150, Victoria and Albert Museum, Londres, site officiel du musée | |
Le quatrième n'est pas visible à Mozac puisqu'il a été vendu auVictoria and Albert Museum deLondres en 1937 par les propriétaires de la partie privée de l'abbaye. On ne sait pas comment et quand il fut mis au jour. Il montre un thème très classique : les quatreévangélistes qui tiennent en diagonale sur leur corps unphylactère où sont inscrits enlatin les premiers mots de chaqueévangile. Habituellement, dans l'art roman, on se contentait d'inscrire sur les phylactères leur prénom :Matteus,Ioannes,Marcus,Lucas.
Le dernier chapiteau a été extrait du mur sud du chœur en septembre 1983 par l'association Club historique mozacois après avoir été repéré par le curé Jean Granet. Soniconographie est unique dans l'Occident chrétien de l'époque romane : elle est la retranscription fidèle du chapitre 7 verset 1 de l'Apocalypse selonsaint Jean où quatreanges empêchent aux quatre coins de la Terre quatre vents de souffler : « Après quoi je vis quatre Anges, debout aux quatre coins de la terre, retenant les quatre vents de la terre pour qu'il ne soufflât point de vent, ni sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre ». On l'appelle donc les « quatre anges et quatre vents » ou bien chapiteau dit de l'Apocalypse[N 12]. Il est déposé à terre au centre du sanctuaire.
Il en reste donc trois de cette importance à découvrir, peut-être dans les murs gothiques de l'abbatiale, s'ils n'ont pas été cassés ou dispersés ailleurs.

Lelinteau enbâtièreroman dit de « l'Hommage » se situe au-dessus de l'ancienne porte (aujourd'hui murée) qui permettait de circuler entre le bras sud dutransept et lecloître. Il est le seul élément du cloître datant duXIIe siècle qui est resté en place ; les autres parties ont été détruites lors des tremblements de terre auXVe siècle et remplacées par de l'architecture gothique.
Le linteau représente au centre de la composition uneVierge en majesté assise sur unecathèdre (ou untrône) en tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus. Ils sont tous les deux couronnés et auréolés. Les doigts de la Vierge sont exagérément longs ; ils montrent dans l'iconographie romane sa puissance. L'Enfant bénit de sa main droite et tient de l'autre main, contre son buste, l'Ancien Testament. Tous deux regardent droit devant eux.
De part et d'autre, sont représentés sept personnages debout, de taille décroissante selon la réduction du linteau. Ce sont des hauts dignitaires ecclésiastiques ainsi que lesapôtresPierre (tenant ses clefs duparadis[N 13]) etJean (imberbe) regardent en direction de la Vierge et de l'Enfant.
D'après l'historien de l'artÉmile Mâle, le deuxième personnage à la droite de saint Pierre seraitsaint Austremoine[43] ; il présente de sa main droite l'abbé de Mozac en prière. On identifie l'abbé car il est vêtu comme unmoine et porte latonsure. Seul personnage à se prosterner, l'abbé a les mains jointes pour prier, en reconnaissance devant la Vierge. Il est seul aussi à ne pas regarder en direction de la Vierge et de l'Enfant, car il est le Vivant, celui qui reste sur Terre.
La présentation de l'abbé de Mozac du début duXIIe siècle,Hugues de Semur, parsaint Austremoine dont l'abbaye possède les reliques, est un « Hommage » du fondateur (construction de l'église romane) à la Vierge et à l'Enfant. C'est pour cela qu'on l'appelle le « linteau de l'Hommage ». Il rassemble à la fois une représentation chrétienne classique pour l'époque romane (Vierge en Majesté) et un thème régional (édification de l'abbaye et présence de saint Austremoine).
Le musée lapidaire de Mozac a été créé en 1950 par le curé Douissard et Pierre Sabatier, conservateur des musées de Riom[44]. Il a été repris et amélioré depuis 1967 par l'association Club historique mozacois. Il s'agit d'une importante collection de sculptures romanes et de vestiges archéologiques provenant de l'abbaye. Depuis 1980, le Club historique mozacois l'a enrichi de trente-deux chapiteaux romans découverts dans les murs de l'abbatiale essentiellement ; pierres réemployées pour reconstruire l'abbaye après les tremblements de terre duXVe siècle. LabelliséMusée de France, il est géré parRiom-Communauté de 2003 à 2016, et depuis 2017 parRiom Limagne et Volcans.
En 2024, pour lesJournées européennes du patrimoine, deux acquisitions récentes du Club historique mozacois y sont présentées : une châsse de Calmin et Namadie provenant probablement de l'abbaye du Monastier-sur-Gazeille et un dessin d'Erhart Schoen représentant saint Pierre et saint Paul, autour du blason de l’abbaye de Mozac[45].
L'église abbatiale et la sacristie attenante conservent des objets d'art dont la plupart sont protégés au titre des Monuments historiques. Ce sont des objets de dévotion qui étaient utilisés par les moines pour les offices, posés sur des autels, dans des placards ou des armoires liturgiques. Il y a entre autres des calices, ostensoirs, ciboires, patènes, croix, monstrances, etc. On peut aussi s'intéresser aux reliquaires qui étaient vénérés dans des chapelles dédiées ou portés lors de procession. Aujourd'hui, ces objets et châsses sont exposées derrière des vitrines et des grilles ou protégés dans la sacristie. Ils font l'admiration des fidèles et des touristes ; on parle alors du « trésor de l'abbaye ».

La châsse dite de saint Calmin et de sainte Namadie est lereliquaire en forme dechâsse (à la manière d'une église sanstransept, nichœur) qui constitue la majeure partie du trésor desmoines de l'abbaye de Mozac. Les ossements des époux fondateurs de l'abbaye,Calmin etNamadie, sont entreposés dans ce coffre qui est la plus grandechâsse en émauxchamplevés du monde :0,81 × 0,24 × 0,45 m. Sa structure est enbois. On y a fixé quatorze plaques decuivre sur lesquelles on a coulé l'émail dans de petites ciselures. Les plaques ont dû être ensuite cuites au four à une température approchant les1 000 °C.
Cette châsse est exposée de manière permanente dans le bras sud du transept de l'église abbatiale Saint-Pierre de Mozac. Elle est une pièce maîtresse de l'émaillerie limousine de la fin duXIIe siècle.
Sur la face qui est uniquement gravée, il y a trois panneaux qui présentent les fondations de trois abbayes par Calmin et Namadie, dont celle de Mozac, puis au-dessus : les obsèques des époux et une consécration par l'abbé de Mozac, donateur de la châsse. Sur la face en relief, les deux panneaux centraux sont illustrés d'une scène decrucifixion et d'unchrist en gloire. Les panneaux qui les entourent représentent lesdouze Apôtres. Sur les deux pignons, sont présentés : sur l'un, uneVierge à l'Enfant assise en majesté et sur l'autre,saint Austremoine (premier évêque de Clermont) dont les reliques sont également conservées en l'abbatiale de Mozac.
Il s'agit d'une châsse reliquaire en bois, peinte à la fin duXVIe ou au début duXVIIe siècle. Elle renferme les reliques de saint Austremoine, premier évêque de Clermont et évangélisateur de l'Auvergne. Elle adopte à un peu près les mêmes dimensions que la châsse de saint Calmin et de sainte Namadie de la fin duXIIe siècle.

Sur les autres projets Wikimedia :
Liste non-exhaustive.