| Abbatiale de Romainmôtier | |||
Vue d'ensemble. | |||
| Présentation | |||
|---|---|---|---|
| Culte | Catholicisme(jusqu'en 1536) Protestantisme(depuis 1536) | ||
| Type | Abbaye | ||
| Rattachement | Église évangélique réformée de Vaud(depuis 1536) Évêché de Lausanne(jusqu'en 1536) | ||
| Début de la construction | 990 | ||
| Fin des travaux | 1028 | ||
| Style dominant | Architecture romane | ||
| Protection | Bien culturel d'importance nationale | ||
| Site web | www.romainmotier.ch/abbatiale | ||
| Géographie | |||
| Pays | |||
| Canton | |||
| Ville | Romainmôtier-Envy | ||
| Coordonnées | 46° 41′ 36″ nord, 6° 27′ 41″ est | ||
Géolocalisation sur la carte :Suisse Géolocalisation sur la carte :canton de Vaud | |||
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L'ancienneabbatiale de Romainmôtier Saint-Pierre-et-Saint-Paul, aujourd'hui temple protestant, se situe àRomainmôtier, enSuisse. La paroisse est membre de l'Église évangélique réformée du canton de Vaud.
Romainmôtier est le plus ancien monastère de Suisse. Il fut fondé au milieu duVe siècle par les Pères du Jura,saint Romain et son frèresaint Lupicin. Il fut restauré auVIIe siècle sous l'influence du mouvement irlandais desaint Colomban avant d'être repris par l'abbaye de Cluny auXe siècle[1].
L'église est un des plus anciens édifices destyle roman deSuisse. Elle fut érigée dans la première moitié duXIe siècle parOdilon, abbé de Cluny. Elle connaîtra plusieurs modifications avant la transformation en templeréformé en 1537. L'édifice a subi sa dernière restauration fin duXXe siècle[2].

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Il semble qu'un édifice religieux existe dès leVe siècle, fondé par les fondateurs dumonastère de Condat (Saint-Claude),saint Romain etsaint Lupicin (à l’issue d’une visite auroi burgonde Chilpéric à Genève, et d’un pèlerinage àAgaune), au bord duNozon dans cette contrée qui faisait partie du diocèse d'Aventicum (Avenches) et que les premiers abbés à prendre en charge cette communauté sont Théodat et Florian[3]. Un manuscrit ducartulaire deLausanne raconte queGontran, roimérovingien deBourgogne sous l'épiscopat deSaint-Maire évêque de Lausanne auVIe siècle, donne à un ermite appelé Sigonius une grotte qui deviendra un petit monastère (cella) nomméeBalmetta situé près de l'église de Saint-Didier à peu de distance deLa Sarraz (speluncam quae dicitur Balmetta sitam prope ecclesiam sancti Desiderii) ainsi que tout le vallon qui s'étend depuisPompaples jusqu'àRomainmôtier[3]. En646 Chramnelenus (surnommé Foelix par sa mère Flavie d'originegallo romaine), fils deWaldelène, père deDonat de Besançon et duc de laBourgogne Transjurane, ainsi que sa femme Hermentrude voulant agrandir le monastère primitif mais ne disposant pas à cet endroit d'assez de place décident de le déplacer dans le vallon deRomainmôtier, appelé « Grande Baume » à cette époque, et édifient un monastère en l'honneur de laVierge Marie dans un lieu nomméLocus Balmentis (Felix quem dicunt Gramnelenum et uxor sua Ermendrudis construxerunt monasterium in loco Balmensi in honore sancte Dei genetricis Marie anno quatuordecimo Chodovei regis laudante Prothasio Aventicensi vel Lausannensi episcopo), pour réaliser leur projet ils bénéficient de terres données par un prince franc nommé Flodoveus ou Clodoveus (Clovis II)[3]. Veuve Hermentrude fonda en667 le prieuré deBaulmes (Prioratus de Balmes), dans leDistrict d'Orbe, dépendant de l'abbatiale de Payerne[3]. Dans la première moitié duVIIIe siècle leroi de Bourgogne le prend sous sa protection et fait construire une église, dédiée à Saint-Pierre et Saint-Paul[3]. Quelque temps plus tard, en753, il est consacré par le papeÉtienne II qui lui donne le nom deMonasterium Romanum Vocavit (monastère romain) indiquant par cela qu'il est placé sous la protection de Rome et donc affranchi de tout pouvoir tant d'un roi que d'un évêque ; ce pape se rendait auprès dePépin le Bref pour le sacrer roi et s'était arrêté à l'abbaye d'Agaune avant de se faire préparer une autre étape sur sa route dePonthion[3]. Plus tard il devient une propriétéséculière queRodolpheIer, roi deBourgogne Transjurane, donne à sa sœurAdélaïde, épouse deRichard le Justicier, en888 qui, à son tour le cède àOdon, abbé de l'abbaye de Cluny vers929[3].
Odilon de Mercœur, (994-1048), cinquième abbé deCluny, devient le principal instigateur de l’« empire religieux de Cluny » en réunissant, avec l'autorisation du pape les couvents dispersés et autonomes en une seulecongrégation, ce travail s'inspirait de l'acte de donation d'Adélaïde qui disait vouloir « soutenir à mes frais une congrégation monastique ». C'est aussi l'époque des donations deRodolphe III, dernier roi de Bourgogne, qui offre au monastère le village de Ferreyres (villa Ferrieris) avec son territoire, un manoir à Moërier (Moriei), deux à Ornyer (Ornei), un à Éclépens (Islapadenes), un à Senarclens (Senerclens), un àGland, un àPenthaz (Penta), un àGiez... tous compris dans lepays de Vaud ainsi que des possessions dans le comté du Vully, la chapelle Saint-Léodegard, celle de Lully à Orbe, des terres dans lecomté équestre (évêché de Genève) et enfin l'église Saint-Martin de Bruzinges. Ces terres qui font le territoire du monastère sont malheureusement au centre de celles de la famille deGrandson dontLambert, comte deGrandson, avait été destitué de sa dignité et ses biens en partie donné aux religieux. Ce devait être le départ des premiers déboires qu'allait affronter Romainmôtier[3].
Les dispensations de la Providence divine conseillent aux riches de faire de leurs biens passagers un usage qui mérite des récompenses permanentes ; ce dont la parole divine montre la possibilité, en disant que les richesses de l'homme sont la rédemption de son âme ! (divitiaeviri redemptio animae ejus !) Moi donc comtesse Adélaïde, pesant toutes ces choses, et désirant pourvoir à mon salut, je trouve nécessaire de donner au profit de mon âme quelque peu de mes biens. Or rien ne me semble plus propre à atteindre ce but que de faire mes amis des pauvres du Seigneur, selon son précepte (ut juxta domini praeceptum amicos mihi faciam pauperes ejus), et de soutenir à mes frais une congrégation monastique, afin que cette bonne œuvre soit de durée et non passagère. Dans cette foi et cette espérance qu'encore que je ne puisse fouler tout aux pieds, j'obtiendrai cependant la récompense des justes en soutenant les contempteurs du monde que je crois justes !
Que tous ceux donc qui vivent dans l'unité de la foi sachent que je transmets à Odon, vénérable abbé de Cluny, et aux frères de cet ordre, le Monastère romain au pays de Vaud, bâti jadis à l'honneur des princes des Apôtres et que j'avais reçu en don du roi Rodolphe mon frère. Je le remets à Cluny avec toutes ses possessions, afin que les moines s'efforcent de le rétablir en son premier état.
Ce Monastère sera soumis immédiatement au siège apostolique, comme Cluny, mais ils n'auront tous deux qu'un seul abbé, et après sa mort son successeur ne sera nommé que du consentement commun, en respectant la constitution de Saint Benoit ; en sorte que si la moindre part de l'une ou l'autre congrégation voulait, mieux inspirée, faire un choix préférable, les autres y donnassent les mains.
L'abbé pourra transférer les frères d'une maison dans une autre suivant les ressources de chaque localité.
Et, pour resserrer cette union, il y aura entre eux tous communauté de service divin, d'aumônes et de bonnes œuvres ; en sorte que nous ayons part à l'efficace de tout office célébré à Cluny, pour Guillaume d'Auvergne, de bonne mémoire, ou autre ; et qu'ils soient en échange associés à l'efficace de tout ce qui se fera pour nous à Romainmotier[3].
Par lacharte du papeÉtienne II qui le veut « libre de tout pouvoir de roi, évêque, comte ou autre », par l'acte de donation de la comtesse Adélaïde qui stipule qu'il n'est soumis à aucun pouvoir temporel « pas même à la majesté royale » et par lacharte deFrédéric Barberousse qui le prend sous sa protection « comme toute chose de son fisc », le monastère se trouve donc dans une position élevée et jouit d'une grande indépendance. Mais dans cette époque de tumulte il lui faut une haute protection. Dans un premier temps un avoué est nommé dans la personne deGuillaumeIer de Bourgogne qui, avec le prieur, désigne unprévôt. Le monastère n'est pas unemouvance donné aucomte de Bourgogne mais c'est une association qui devait se maintenir jusqu'auXIIIe siècle avant d'être modifiée sousPhilippeIer de Savoie qui accorde que le prieur et les religieux ont « juridiction haute, moyenne et basse, spirituel et temporelle sur leurs hommes » mais que ces droits ne pouvaient pas être transférés. Le l'empereur en ordonnant aux prélats et aux seigneurs des archevêchés et évêchés de Bourgogne et des pays voisins de rendre aucomte de Savoie l'hommage dû à l'empire et de reconnaitre en sa personne l'autorité impériale en faisait bénéficier le prieuré[3].
Depuis sa consécration par le pape en753 le monastère est affranchi de lasuzeraineté de la maison de Savoie et de la suprématie épiscopale ne reconnaissant que celle du pape qui « ordonne à tous Rois, Évêques, Ducs, Comtes, et à tous primats (omnibus principibus) dans la jurisdiction desquels le Monastère romain possède des terres ou des Églises de le protéger contre tout envahisseur. Et quant à ceux qui retiennent injustement les terres de Saint-Pierre de Romainmotier, et ne viennent pas promptement à résipiscence, il les excommunie dans les termes les plus virulens ; il les voue à la compagnie de Datan et d'Abiron, de Judas, de Pilate et d'Hérode, et leur souhaite toutes les calamités ». La papauté aura à cœur de rappeler sans cesse que « La commune de toute la Terre de Romainmotier expose au Vicaire général de l'Evèché de Genève et de tous les bénéfices de François de Savoie, commendataire perpétuel du Prieuré de Romainmotier : que ce Prieuré, tant par le privilège de Cluny qu'ensuite de concessions (ex indultis) des Papes et même des Empereurs, est avec ses chapelles et ses chapelains, affranchi de là jurisdiction et supériorité de toute personne ecclésiastique et séculière, et soumis, sans aucun intermédiaire, au souverain Pontife et au Roi » ; en1047 unebulle, queClément II adresse àHenry III pour lui raconter le passage d'Étienne II à Romainmôtier, renouvelle la volonté des autorités religieuse que l'indépendance du monastère soit garantie et toujours d'actualité[3].
Le bourg de Romainmôtier était divisé en deux parties : La Combe composée des maisons construites au fond de la vallée avec l'église et le cloître et habitées par les « borgeys », et Assommotier qui se trouvait au-dessus. À son apogée la « terre de Romainmôtier » s'étend depuis la région des « noires Joux » et des pâturages du Jura jusqu'à celle des vignes avec pour lisière l'abbaye du Lac de Joux,Les Clées, l'Orbe,Pompaples et la fontaine Moërier, les limites en sont fixées par des croix de pierre. Les fiefs qui relèvent du monastère sont La Praz, Vallorbe, Moëryer, Orbe, Apples, Pampigny, Barlens (Ballens), Morlens (Mollens), Jolens, Vufflens-la-Ville, Villars-Bosons, Aslens, Lully, Chanvent, Crissier, Montagny, Hyens, Torclens, Eschagnens (Echandens), Chavannes sur le Veyron, Mont la Ville, Valières (Valleyres sous Rances) et Lignierules (Lignerolles) dans l'évêché de Lausane. Dans celui de Genève le prieuré compte la barronie de Monts, les villes et villages de Brussins, Verney, Dullict, Gillie, Vinzel, Saurau Espinoux, Bructignye, Gemels, saint-Oyens, Saint-Georges, Saubraz, Montero, Longiro, Bougie-Millon, Chanoz, Allamand, Perrueys, Germagnye, Brussinel et Chengin. Cinq prieurés, en plus de nombreuses églises, sont sous l'autorité du monastère, il s'agit de ceux deVallorbe et deBursins dans lepays de Vaud, deCorcelles et deBevez dans lecomté de Neuchâtel et du Lay damp Waultier (Lac de Saint-Point) enBourgogne. Pour parfaire cet édifice unplaid général se tient en1266 afin de fixer les droits et les devoirs[3].
En dehors des ecclésiastiques il existe les « Francs » qui forment une classe privilégiée et remplissent la charge de fonctionnaire. Sept d'entre eux (les sept Mayors ou Villici) sont les lieutenants du seigneur chargé de représenter les intérêts de l'église, ils sont tout à la fois juges de paix et receveurs, un huitième est le « Sautier » (Salterius) sorte d'huissier du châtelain et du mayor, un neuvième est le « Maréchal » (Marescallus) le gendarme du territoire, les dixième et onzième sont les "Forestiers", le douzième est le "Sommier" (Sommerius) chargé de conduire le coffre du prieur, le treizième est le « Marrilier » (Matercularius) il porte le vase d'eau bénite dans les processions, le quatorzième est le « Portier » (Porterius seu Janitor) chargé de garder la porte du monastère et le quinzième est le « Cuisinier » (Cocus). Les « Mayors » tiennent une cour de justice, le plus souvent devant leurs maisons, pour les affaires ne dépassant pas 40sols, au-delà ils les renvoient au châtelain de Romainmôtier[3].
Dès leVIe siècle Romainmôtier entretient des relations de confraternité avec l'abbaye d'Agaune et c'est peut-être ce qui lui vaut d'avoir des possessions importantes àBannans, mais aussi àSainte-Colombe et dans d'autres lieux de la Chaux-d'Arlier, qui s'étend du Val du Sauget jusqu'à celui deMièges ainsi qu'àPontarlier,Salins etLons-le-Saunier[3].
Vers l'an1001 un chevalier du nom de Fredoinus vient se présenter à la cour des « plaids » royaux àOrbe devant le seigneur Adalbert, et rend au monastère de Romainmôtier des propriétés situées à « Bannings » (Bannans) où il dit ne pas pouvoir résider à cause de la mésentente qu'il a avecGaucher de Salins (GaucherIer de Salins ?), puis vers1008 sur la demande d'Odilon de Mercœur, abbé deCluny, le roi deBourgogneRodolphe III concède à ce monastère le « service » de plusieurs habitants de ce même village. En1126 l'église de cette localité tombe dans les mains de Romainmôtier de la part d'Humbert III de Salins qui voulait se faire pardonner ses fautes, à cela il ajoute les « investitures » qu'il détient dans la vallée-de-Tlen (Val de Vaux) et dans l'ermitage du Mont-du-Fourg afin que le monastère puisse y élever des maisons et, selon la coutume de cette région, « s'emparer des terres sans maîtres et vacantes pour en jouir enfranc-alleu »[3]. ces importantes possessions dans cette vallée devinrent auXIIIe siècle « l'Abbergement de Waut et Chantegrue » non loin du « Lay Damp Waultier » (Lac de Saint-Point) et seront confirmées par un acte du comte de Bourgogne :
« « Nos,Jehan Cuens de Borgoigne, sire de Salins, fecons savoir à tous ces qui verront les présentes lettres, que nous aurions donné et oultrée en pure et perpétuelle aumône à Dieu et à Saint-Pierre et à Saint-Pol, et à Priour et à Couvent de Romainmotier, ce que en Waut prés dou Lay Dampvaultier... » (nous appartient) « et laisé (laissé) retenir à dit Priour et au Couvent tant d'aberiours (abbergataires) comme il lour wendra (viendra); lesquels aberiours leur quittons de tôt en tôt, saulve notre garde et notre avoerie, et la justice corporal, sans l'avoir (les biens des condamnés) que doit demorer à dit Priour et à Couvent. En témoignage de laquelle chose nous avons mis nostre scel pendant en ces présentes lettres. Ce fut fait l'an de l'incarnation Jésus-Christ, que corait par mil et deux cent cinquante et cinq au mois de may »[3] »
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Au fil des ans le monastère augmente ses possessions le plus souvent par les dons que lui font les novices qui viennent prendre l'habit, ainsi le seigneur Mainard deBannans, en venant présenter son fils Ponce pour qu'il soit moine, donne des propriétés àSainte-Colombe et la servitude d'unserf nommé Pierre et de sa femme Emmod tous deux résidant àChaffois ; il déclare également qu'il prendra lui aussi l'habit en réparation de ses fautes et à titre personnel donne sa terre de Saint-Marcel, près deBannans ainsi qu'un champ à côté de l'église. À ces donations s'ajoutent celles héritées d'une coutume qui veut qu'un noble sans postérité transmette ses biens à l'église, c'est pourquoi Pierre deScey, qui décédait jeune, donne au monastère un « meix » (habitation d’un cultivateur, jointe à autant de terre qu’il en faut pour l’occuper et le nourrir) àBannans dit le « meix » Thierry avec lesserfs qui le compose à savoir le père, ses fils et ses filles, à ce don il ajoute des moulins et un pré. En1405 le « mayeur » (maire) Guillerme se présente au prieur de Romainmôtier, qui est Jean de Seyssel, à la salle d'audience du château deBannans et lui faithommage de la « mayorie » et des biens qu'il possède àBannans consistant en une maison de pierre et ses dépendances, 45journaux de champs et 40 « soitures » de pré ; il précise également que le premier-né de ses enfants héritera de la « mayorie » deBannans et l'exploitera à ses frais sans pouvoir faire « bourgeoisie » ni rechercher la « garde » de quelques seigneur, château ou cité sans l'autorisation du prieur. Dix ans plus tard Jean de Seyssel propose une association au ducJean dans la construction d'un moulin sur leDrugeon sous la condition que le duc oblige les habitants deBulle,Chaffois et desGranges de venir y moudre leur grain, de son côté les religieux font de même avec leurs sujets deBannans et deSainte-Colombe[3].
Des difficultés interviennent entre le prieur et l'abbé de l'Abbaye de Mont-Sainte-Marie au sujet des limites de leur territoire respectif au lieu-dit « le Morchain » et « le Mont-des-Billes ». Ces limites sont d'importance car elles délimitent le droit de pâturage. En1257 un accord sera trouvé qui stipule que le point culminant des deux lieux cités devient la délimitation des territoires. C'est ainsi qu'il fut permis aux religieux deSainte-Marie d'envoyer du bétail sur le territoire deVaux à l'est du chemin qui va de l'abbaye àLa Rivière[3].
En1049HuguesIer de Salins, archevêque deBesançon, accompagne le papeLéon IX dans sa visite au monastère ; une telle visite ne passe pas inaperçue aussi l'évêque de GenèveFrédéric donne sonalleu qu'il possède àBulle accompagné desserfs qui l'exploitent. En1108 c'est Landry, sire deJoux et d'Usie, qui donne la terre de Warin, son ancêtre, et celle deChaffois[3].
Le monastère va petit à petit investir la vallée-de-Tlen au cours duXIIe siècle. Il va réaliser des défrichements importants aidé pour cela de colons et pose les premières pierre de ce qui deviendra le village deVaux et son prieuré. Pour se protéger des convoitises des seigneurs voisins le monastère se plaçait sous la protection de l'impératrice de BourgogneBéatrice Ire en1181[3].
En1040GaucherIer de Salins usurpe l'avouerie de Romainmôtier àBannans et Bretzendans (Sainte-Colombe). Quelques années plus tard, en1083, le comteRaymond de Bourgogne fait publier unecharte engageant Gaucher II à abandonner ses prétentions sur les terres de Saint-Pierre, de Romainmôtier et sur lesserfs de la Chaux-d'Arlier. Le seigneur deSalins doit convenir de ses fautes en1084 et en signe de contrition il donne au monastère une chaudière de sel de lasaline de sa ville. En même temps que les seigneurs deSalins d'autres malmènent Romainmôtier. Il s'agit des sires deJoux et plus particulièrement d'Amaury deJoux, qui se qualifie de « seigneur des passages duJura », deux plaintes contre lui sont rédigées et précisent : « Il nous a enlevé un cheval du prix de quatre marcs d'argent, un bœuf et trois vaches d'une valeur de 60livres ; il s'est emparé de tous nos hommes pour les donner en fief à ses chevaliers, à l'exception de ceux qui ont pu prendre la fuite », cet acte dresse aussi la liste des villages où il a sévi, àBannans mais aussi àSainte-Colombe, àChaffois et àBulle, et décrit qu'à chaque fois« il s'était emparé de plusieurs sommes d'argent, de bœufs, de vaches, de chevaux, de porcs et d'une certaine quantité de mesure de blé » ; l'autre acte stipule :« qu'il avait enlevé : à Bannens,31 pièces de gros bétail, 4 chevaux et 7 porcs; à Sainte-Colombe,7 livres 8 sols en argent,16 pièces de gros bétail, 2 muids d'orge, etc. Une pauvre femme ainsi dépouillée tomba à ses pieds implorant sa pitié, mais il la repoussa brutalement du poing. Saisi cependant d'une sorte de remords (in se tamen reversus), il dit à cette misérable veuve (mulierculœ viduae) de lui donner 3 sols, et qu'il lui rendrait son butin. Elle les chercha, les donna ; mais déjà la compassion avait disparu ; elle perdit et son argent et ses dépouilles »[3]. » Amaury est traduit devant le tribunal deBesançon où siègent l'archevêqueHugues IV et lecomteGuillaume le Grand. Le sire deJoux se prévaut de la coutume qui veut que « les hommes de Bannans et de Ste-Colombe doivent contribuer par des corvées aux réparations et à l'entretien de la Cluse, quand elle en a besoin, ou payer, en équivalent, une certaine somme, comme ils avaient coutume de le faire au temps de mes prédécesseurs, Nardwin, Warin et Aldric. Ces hommes doivent, se joindre à moi et à mes chevaliers, lorsque l'on est à la poursuite des voleurs relégués dans ces villages et quand je faits la guerre à mes ennemis. Ne sont-ils pas obligés d'enlever les bois qui obstruent les passages, les chemins ? », malgré cela il est condamné à 10livres et doit reconnaitre devant tous sa faute. Les spoliations continuent quand même bien que le prieur de Romainmôtier s'en plaigne à chaque fois aucomte de Bourgogne et désigne toujours les deux mêmes seigneurs comme fautifs à savoir les sires deSalins et deJoux. Afin d'essayer d'y mettre un terme un accord intervient en1289 entre Aimon II, prieur de Romainmôtier, etJeanIer de Chalon-Arlay, ce dernier cédant ses propriétés dans le val deVaux en échange deLa Rivière et deDompierre. Par cet acte le territoire de Vaux et Chantegrue est délimité au nord, à l'ouest et au sud, et comprend une forêt dépendante de la seigneurie deNozeroy, l'acte rédigé stipule : « le territoire s'étendoit dès ledit Vaux à la fontaine Baudry, et dès ladite fontaine à une autre nommée le Taremberg, étant un peu plus avant de vers vent que la fontaine des Auges, au milieu d'une petite colline ; et dès ladite fontaine à un lieu appelé le Suposeur, qui est une fontaine entre deux rochers traversant un grand chemin ; et dès ledit Suposeur, à la Vye tirant dès ledit Vaux et Chantegrue à Mouthe »[3].
Lors de la visite du papeLéon IX au monastère en1049, sous la conduite d'Hugues, pour y confirmer son « antique autorité » et avec dans sa suiteHalinard, archevêque de Lyon,HuguesIer de Salins, métropolitain de Besançon etFrédéric, évêque deGenève ; se présenteAdalbert II de Grandson, primat duchâteau de Grandson, responsable d'un grand nombre de méfaits contre le monastère et ses dépendances. Sans désigner nommément le malfaisant le pape, dans son oraison, confirme son autorité sur le lieu, excommunie ses envahisseurs et déprédateurs potentiels et en profite pour fixer les limites du territoire du monastère, à savoir « à l'orient le rocher qui est à la descente du bourg d'Orbe (in descensu vici urbensis) ; au midi le pont qui est appelé « papuli » (Pompaples), sur le ruisseau duNozon (super noisonem fluviolum) ; à l'occident la fontaine voisine du petit village (villula) de Moêrier (Moiriacus); au nord enfin le pont desClées, sur l'Orbe (pons Cletensis super fiuvium qui dicitur Urba) ». À la suite de cette déclaration les sires deGrandson ne se manifestèrent plus jusqu'auXIIe siècle ou Philippe de Grandson et ses fils Falco, Cono et waulcher recommencèrent à lever des prétentions sur les terres du monastère mais aussi à se livrer à des actes de violences. Le prieur Lambert se tourne alors vers les primats du pays qui réunirent àOrbe un conseil qui condamna lesGrandson. Déjà à l'époque ou l'office de comte deVaud avait été retiré à Lambert,EbaldIer de Grandson, fondateur de l'abbaye de sainte Marie-Madeleine du Lac, dite abbaye du Lac-de-Joux, causait de grands torts au prieuré ce qui avait poussé le prieur à recourir à l'arbitrage deHenri IV, afin que celui-ci confirme les dons qu'avait faitRodolphe III de Bourgogne, et à demander l'intervention deGérold de Faucigny en sa qualité d'évêque de Lausanne, d'Amédée III comte deSavoie et d'AymonIer comte deGenève pour faire appliquer la sentence suivante : « Attendu que Romainmôtier est sous notre protection, nous t'ordonnons par la fidélité que tu nous dois, de défendre en tout ce monastère contre Ebal, qui veut le débouter de ses possessions antiques, et mépriser le jugement prononcé par toi et autres hommes prudens, dans la cour de l'Évêque de Lausanne »[3].
LeXVIe siècle voyait le monastère péricliter du fait de laRéforme protestante que les seigneurs deBerne apportèrent dans lepays de Vaud par la force. En1536 le prieuré est détruit, son dernier abbé Rilda décède en1537, et ses biens situés en Suisse réunis au domaine de la république de Berne. Quelques moines du monastère se convertirent à la nouvelle religion alors que les autres se retiraient dans leur maison prieurale àVaux, de leurs anciennes possessions il ne restait que Vaux, Chantegrue,Bannans,Sainte-Colombe, des droits sur lessalines deSalins et le prieuré deDamvauthier. En1580 Pierre de Larbamey est pourvu du titre de seigneur et de prieur de ces localités et s'occupe de faire reconnaitre ses droits auprès du parlement deDole dès1581 afin de contrecarrer les prétentions des Suisses. Afin de renforcer les domaines du prieuré deDamvauthier au bord duLac de Saint-Point le prieur fait l'échange de la seigneurie deBannans contre les terres desGrangettes et deSaint-Point en1584[3].
Le monastère : il n'est pas occupé par un grand nombre de moines, en1395 ils sont dix-huit et en1435 onze, en majorité d'origine noble. En plus des offices divins dans l'église les prêtres doivent chaque jour trois messes pour les fondateurs, les bienfaiteurs (deCluny) et ses serviteurs à cela s'ajoute encore les messes dite pour les seigneurs du lieu.
Les hosties : elles sont fabriquées avant le dîner. Le froment est trié grain à grain puis lavé et mis dans un sac consacré à cet usage exclusif. Un frère méritant le porte au moulin dont les meules ont été lavées. Il revêt une aube munie d'un capuchon qui lui couvre entièrement la tête sauf les yeux avant de moudre le blé. Deux prêtres et deuxdiacres, vêtus de même, pétrissent la pâte avec de l'eau froide et formaient les hosties. Un novice tient les fers gravés où elles seront cuites, pendant tout le travail des psaumes sont chantés.
Les novices : ils sont pris très jeune comme en témoigne un acte duXIe siècle qui parle d'un « enfant moine » (puer monachus) ainsi que le titre du maître des novices nommé « maître des enfants » (magister puerorum) et les novices appelés « de petit moines en formation » ou encore « dans le moule ». Leur formation ne se déroule pas uniquement dans le couvent mais aussi à l'extérieur dans des « écoles ».
Lors de l'annexion dupays de Vaud parBerne en1536 et la diffusion de laRéforme qui s'ensuit, lesmoines quittent l'abbaye. Lecloître et de nombreux bâtiments dumonastère sont alors détruits et les autres affectés à de nouvelles tâches. Il en reste quelques vestiges, comme la porterie. Lors de l'indépendance ducanton de Vaud en1803, celui-ci devient propriétaire des bâtiments laissés en partie à l'abandon. Il faut attendre le début duXXe siècle pour qu'Albert Naef,archéologuecantonal, fasse procéder à une première restauration.
L'église est aujourd'hui utilisée pour leculteprotestant. Elle est classée commebien culturel suisse d'importance nationale[4].


Le monastère est confié à celui de Cluny dans le dernier quart duXe siècle. En 999, un jumelage entre les deux monastères est institué, avec un abbé commun : Odilon de Mercoeur. Ce jumelage perdure jusqu'à sa mort (1049), après quoi Romainmôtier devient un prieuré de l'ecclesia cluniacensis. Porté par l'essor de la grande et prestigieuseabbaye de Cluny, le chantier de l'église abbatiale de Romainmôtier - celle que nous connaissons aujourd'hui - démarre avec l'An mil, sur le modèle de la deuxième église de Cluny, ce qui est l'expression architecturale du jumelage susmentionné[5]. Edifié dans le premier tiers duXIe siècle, ce vaste sanctuaire succède à plusieurs édifices antérieurs plus modestes. Une avant-nef sur deux étages, dotée primitivement de deux tours à l'ouest, est construite dans le troisième quart duXIe siècle, puis un cloître au sud. Le site connaît deux graves incendies à la fin duXIIe siècle, qui obligent à d'importants travaux de reconstruction (voûtes de la nef, puis le cloître). Le monastère est progressivement démantelé à partir de la Réforme, mais le site conserve, outre l'église et l'avant-nef, une grande partie de son enceinte monastique et la maison du prieur. L'abbatiale a fait l'objet de deux grandes campagnes de restauration, l'une entre 1899 et 1915[6], l'autre de 1991 à 2001, qui ont toutes deux été accompagnées de fouilles archéologiques.


Au cours duXIXe siècle un mur de jardin dans l'enceinte du prieuré est démoli livrant une pierre sculptée du gisant d'un prélat revêtu de ses ornements. Taillée dans un bloc de marbre blanc l'individu est représenté couché, les mains jointes et gantées, coiffé de la mitre épiscopale et revêtu du manteau et de la chape pontificale. Une crosse ouvragée repose près de lui. La tête est surmontée d'un dais à trois arcades. Sous ce dais, de chaque côté, se trouve un écusson portant « une croix en sautoir chargée de cinq coquilles ». Une inscription est gravée :Reverendus in Christo pater dominus Henricus De Siviriaco, olim Prior hujus Prioratus, post Episcopus Mauriannensis, nunc vero Episcopus Ruthenensis, fecit (sibi) hanc sepulturam, anno Domini MCCCLXXXVII (1387), Pontificatûs sanctissimi in Christo patris et domini domini Clementis, divina Providentia, Papse VII, anno nono (« Révérend père en ChristHenri de Sévery, jadis prieur de ce prieuré, puis évêque de Maurienne, présentement évêque de Rhodez, s'est fait faire cette sépulture en l'année du Seigneur 1387, l'an neuvième du pontificat du très-saint père en ChristClément VII, pape par la Providence divine »). Après sa découverte, ce gisant a été replacé dans l'église; il se trouve actuellement à son emplacement originel, sous une arcade percée entre l'ancien chœur et la chapelle Saint-Jean-Baptiste qui était celle de la famille de Sévery. De nombreuses pièces sculptées polychromes provenant de la structure de ce monument funéraire et conservées au Musée cantonal d'archéologie et d'histoire ont été retrouvées en fouilles au début duXXe siècle. Les sources permettent d'attribuer sa sculpture à un maître d'œuvre nomméGuillaume de Calesio, auteur également de plusieurs arcades de la galerie septentrionale du cloître.
En face de ce monument, le successeur d'Henri de Sévery,Jean de Seyssel a fait construire un second tombeau vers 1410-1420, entièrement conservé à l'exception de sa statuaire; des fragments de ce monument, œuvre probable de l'atelier genevois du sculpteurJean Prindale, ont également été retrouvés lors des explorations archéologiques faites au début duXXe siècle[7].
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