Aaron Nimzowitsch (enlettonĀrons Ņimcovičs), aussi orthographié « Aaron Nimzovitch » ou « Aron Nimzovich », né le àRiga, alors dans l'Empire russe (aujourd'hui enLettonie), et mort le àCopenhague, auDanemark, est un joueur d'échecs russe et danois.
Il fit ses études enAllemagne : en1904, il s'inscrivit àBerlin afin d'étudier laphilosophie. Mais il interrompit ses études dans leur première année pour se consacrer à une carrière de joueur d'échecs professionnel.
Après les années tumultueuses et souvent infructueuses de laPremière Guerre mondiale, il commença à jouer les premiers rôles alors qu'il s'installait auDanemark en1922.
Il obtint la nationalité danoise et y vécut jusqu'à sa mort, emporté par une infection pulmonaire fulgurante en1935[5]. Ses cendres reposent au cimetièreBispebjerg àCopenhague.
Dans les années 1903-1905, Nimzowitsch s'intéressait exclusivement au jeu de combinaison au détriment dujeu positionnel[2]. En 1920, il quitta laLettonie pour laSuède et sa carrière connut alors un important essor[2]. L'apogée de sa carrière se situe à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Ses succès les plus notables sont ses premières places aux tournois deCopenhague de1923, deDresde en1926 et deCarlsbad en1929, ainsi que sa deuxième place derrièreAlexandre Alekhine àSan Remo en1930.
Voici le palmarès complet des victoires en tournoi de Nimzowitsch :
Grand adversaire deSiegbert Tarrasch, le représentant par excellence de l'école classique aux échecs, Nimzowitsch n'a jamais gagné une seule partie face à Capablanca, mais il a mieux réussi face à Alekhine, qu'il a même battu.
Rédigé enallemand,Mon système est un ouvrage qui a connu un très grand succès et a donné lieu à de nombreuses traductions[7]. Au moment de sa conception (1906-1913[2]), il tranchait sur les conceptions très dogmatiques en cours, comme celles deSiegbert Tarrasch. Les deux hommes d'ailleurs se détestaient[5]. Dans la préface de la première[8] édition française, le traducteur (Norbert Engel) n'hésite pas à comparer l'impact de l'ouvrage (paru initialement en 1925) dans le monde des échecs avec celui du quasi contemporainManifeste du surréalisme d'André Breton en littérature.
Parmi ses nombreux apports, analysés en détail dans son ouvrage de référence, on peut citer l'approfondissement des concepts deprophylaxie, desurprotection et delouvoiement.
Les principales idées du « système » (illustrées par l'auteur de multiples exemples) s'articulent ainsi :
nécessité de contrôler lecentre. Cette idée, déjà présente chez les classiques (Steinitz, Tarrasch), doit cependant être mise en pratique avec discernement : contrôler le centre ne signifie pas nécessairement y amasser du matériel...
gêner les mouvements de l'adversaire par unblocage[5] : une attaque ne réussit en effet qu'avec un avantage de mobilité. En fermant (par des menaces) les lignes de communication entre les pièces adverses, on crée des affaiblissements structurels décisifs et même, à un stade ultime, on impose à l'adversaire des coups forcés (généralement mauvais) : c'est lezugzwang.
manœuvres prophylactiques : il s'agit, après avoir détecté la (ou les) case(s) importante(s) (celles les plus contrôlées par les deux camps), d'accroître soi-même le contrôle sur ces positions et d'y surpasser l'adversaire (manœuvre que Nimzowitch appelle « surprotection »).
rôle dupion dame isolé et despions liés : Nimzowitch réfute la prétendue menace que présente le pion dame isolé, dontTarrasch avait fait l'une de ses armes favorites. Il développe par contre la théorie des pions liés, qui sont une arme à maîtriser absolument.
lelouvoiement : ce stratagème consiste à repérer deux faiblesses ennemies et à les attaquer alternativement. Comme il est impossible d'attaquer et de défendre à la fois (a fortiori sur deux points différents), ce louvoiement va susciter chez l'adversaire des affaiblissements structurels qu'il conviendra de reconnaître et d'exploiter par la suite.
le « développement élastique » dans l'ouverture, c'est-à-dire conserver le plus longtemps possible la faculté de transposer d'un type de (contrôle du) centre à un autre. Plusieurs ouvertures aux stratégies assez élaborées sont attribuées à Nimzowitch : laDéfense nimzo-indienne et laDéfense Nimzowitsch du pion-roi, par exemple.
Datant de1926,Mon système a donné lieu à une suite :Pratique de mon système[9]. Un troisième ouvrage de Nimzowitsch,Die Blockade (consacré au principe du « blocus », cf. supra), n'est pas moins important[10].
Par ailleurs, Nimzowitsch a rédigé ou participé à la rédaction de plusieurs livres de tournois. La plupart d'entre eux n'ont pas été traduits en français, et sont demeurés assez confidentiels dans le monde francophone. Signalons cependant la parution en 2017 d'une traduction du livre du tournoi de Carlsbad 1929 rédigé par Nimzowitsch (paru à l'origine en russe en URSS en 1930), sous le titreMa victoire à Carlsbad en 1929 ou le triomphe de mon système[11].
Ledébut Nimzo-Larsen : 1.b3. Son nom composé vient du fait qu'il fut employé plus tard avec succès par le grand-maître danoisBent Larsen, né en 1935).
L'attaque Nimzowitsch : 1.Cf3 d5 2. b3.
Le système de Dresde-Nimzowitsch de l'ouverture anglaise : 1.c4 c5 2.Cf3 Cf6 3. Cc3 d5 4.cxd5 Cxd5 5.e4.
La variante Nimzowitsch de ladéfense Benoni (encore appelée « pirouette de Nimzowitsch ») : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 c5 4.d5 exd5 5.cxd5 d6 6.Cf3 g6 7.Cd2 avec l'idée 8.Cc4.
La variante Winawer de ladéfense française (1.e4 e6 2.d4 d5 3.Cc3 Fb4) est appelée dans certains ouvrages « variante Nimzowitsch de la défense française ».
Par ailleurs, Nimzowitsch a réhabilité la variante d'avance de la défense française : 1.e4 e6 2.d4 d5 3.e5. Elle porte son nom dans certains ouvrages.
SelonRaymond Keene, Nimzowitsch a eu notamment pour héritiersTigran Petrossian pour l'importance accordée à laprophylaxie etViktor Kortchnoï pour la provocation délibérée de l'adversaire, même par un coup douteux, à lancer une attaque dans laquelle ce dernier peut être pris en embuscade[13].
Depuis la mort de Nimzowitsch en 1935, il y a eu de nombreuses avancées de lastratégie échiquéenne, auxquellesJohn Watson a consacré tout un livre,Secrets of Modern Chess Strategy : Advances since Nimzowitsch[14], traduit en français sous le titreLes secrets de la stratégie moderne aux échecs.
Aaron Nimzowitsch est célèbre pour la citation suivante :
« La menace est plus forte que l'exécution. »
Une croyance répandue lui attribue cette citation. Ce n'est pas le cas.
Le joueur et journalisteGeorg Marco, à la fin de ses commentaires de la partie Lasker-Napier au tournoi deCambridge Springs en 1904[15] écrit que ce principe, appliqué instinctivement depuis longtemps, fut formulé pour la première fois parKarl Eisenbach (1836-1894), secrétaire de la Société viennoise des échecs[16].
La légende raconte ainsi cette histoire :
Lors d'un tournoi officiel où il était interdit de fumer,Emanuel Lasker posa uncigare sur le bord de l'échiquier. Aaron Nimzowitsch, son adversaire, se leva alors et se dirigea vers l'arbitre pour lui signaler le fait, lui demandant d'appliquer le règlement. L'arbitre rappela alors à Lasker qu'il était interdit de fumer, ce dernier lui répondant : « Mais je ne fume pas ! »
L'arbitre dit alors à Nimzowitsch : « C'est vrai, il ne fume pas ! »
Nimzowitsch répondit alors : « Mais vous savez très bien, qu'aux échecs, la menace est plus forte que l'exécution ! ».
(en)Fred Reinfeld,Hypermodern Chess, as developped by his greatest exponent, Aron Nimzovich, 1948 ;
Albert Becker,, Nimzowitsch jellemrajzi kiserlet, Ferenc Chalupetzky, 1928 ;
Bjørn Nielsen,Nimzowitsch, Danmarks Skaklærer ; 100 partier forsynet med stormesterens egne kommentarer og skakcauserier, L/N 3321, Dansk Skakforlag Aalborg, 1945 ;
(en)John Watson,Secrets of modern strategy - Advances since Nimzowitsch 1999.