La lettre epsilon tire son origine de la lettre correspondante de l'alphabet phénicien,. Celle-ci provient peut-être de l'alphabet protosinaïtique, une écriture utilisée dans leSinaï il y a plus de 3 500 ans, elle-même probablement dérivée de certainshiéroglyphes égyptiens ; le hiéroglyphe sur lequel la lettre phénicienne est basée n'est toutefois pas connu avec certitude. La lettre phénicienne,he, semble signifier « fenêtre ». L'alphabet phénicien atteint une forme plus ou moins standard vers leXIe siècle av. J.-C. Sa5e lettre est uneconsonne (l'alphabet phénicien est unabjad qui ne note pas les voyelles) correspondant probablement au son [h].
Dans lesécritures grecques archaïques, la forme de l'epsilon reprend typiquement celle de l'alphabet phénicien, orientée à gauche ou à droite suivant le sens d'écriture, mais les lignes horizontales, en diagonale, toujours orientées selon celui-ci. La barre verticale possède souvent une extrémité qui s'étend légèrement sous la ligne horizontale la plus basse.
ÀCorinthe, la fonction normale de l'epsilon est de noter/e/ et/ɛː/. Le glyphe ressemble à un B pointu (). Ε n'est utilisé que pour la voyelle longue fermée/eː/[4]. En conséquence, la lettrebêta prend une forme modifiée,.
ÀSicyone, une variante ressemblant à un X,, est utilisée pour la même fonction que le corinthien[5].
Dans l'écritureonciale, utilisée pour les manuscrits littéraires surpapyrus etvélin, la forme arrondie devient prédominante. En écriturecursive, un grand nombre de glyphes sont utilisés, où la barre et la courbe sont liées de façons diverses[10]. Certains ressemblent à la forme latine moderne « e », d'autres à un « 6 » muni d'une ligne le reliant à la lettre suivante, d'autres encore à une combinaison de deux petits « c ».
Le terme « epsilon » (en grecἒ ψιλόν,è psilón, « e simple ») est inventé au Moyen Âge par des grammairiens byzantins pour distinguer la lettre dudigrammeαι, une anciennediphtongue qui en était venue à se prononcer comme l'epsilon[11]. Avant cela, la lettre est simplement nommée « e ». Tout comme les noms des autres lettres, « e » ne signifie rien de particulier en grec et n'est qu'un emprunt direct au nom de la lettre enphénicien (un nom qui pourrait signifier « fenêtre »).
En grec, la lettre est appeléeέψιλον (épsilon), prononcée /epsilon/.
La lettre epsilon est transmise à l'alphabet latin par l'intermédiaire de l'alphabet étrusque, lui-même dérivé de l'alphabet grec « rouge » employé enEubée — alphabet que lesÉtrusques apprennent à Pithécusses (Ischia), près deCumes. Cet alphabet eubéen utilise une forme de l'epsilon proche de la forme actuelle :.
La lettre epsilon tenait une place particulière dans la culture grecque en raison notamment de sa présence dans lesanctuaire de Delphes. Ainsi dans le temple d'Apollon, un epsilon couché était placé au-dessus de la porte à l'entrée dunaos. Par ailleurs, un epsilon était gravé surl'omphalos, symbole du centre du monde[12].
La formecapitale de l'epsilon est quasiment identique au E latin. La formebas-de-casse possède deux variantes typographiques, héritées de l'écriture manuscrite médiévale. La première, la plus courante en typographie moderne, dérive de la minuscule médiévale et ressemble à un « 3 » renversé : ε. La deuxième, connue comme epsilon lunaire ou oncial, provient de l'écriture onciale : ϵ[13],[14].
En typographie habituelle, les deux formes bas-de-casse sont de simples variantes de police. Elles peuvent cependant avoir une signification différente en tant que symboles mathématiques et les systèmes informatiques offrent des codages différents pour chacune des deux[13].
↑a etbOn notera que, jusque dans lesannées 1960, la littérature mathématiqueanglo-saxonne inverse les usages français issus deBourbaki. Ainsi le symbole∈ est utilisé pour les petites quantités et le symbole ε pour l'appartenance. Par exemple dans la première édition du célèbre livre deWalter RudinReal and Complex Analaysis, ε est pour l'appartenance, tandis que dans latroisième édition ε est pour les petites quantités. Voirpage 21.
AldousHuxley,Le meilleur des Mondes, London, Chatto & Windus, published in 1932(lire en ligne), « les epsilons sont les plus basses classes de la société »