Elles sont éloignées de plus de 3 245 km deMadagascar, terre à habitat permanent la plus proche. L'île principale, laGrande Terre, qui représente plus de 90 % de la surface, est la troisième plus grande île française (après laGrande Terre de laNouvelle-Calédonie et laCorse). C'est également la plus grande de toutes les îles sub-antarctiques (devant laMalouine orientale).
Ces îles, d'originevolcanique, aurelief montagneux, culminent à 1 850 m, aumont Ross. Les côtes, très découpées, sont entaillées defjords profonds. L'intérieur des terres est parsemé de nombreuxlacs etétangs. La région occidentale est surmontée par lacalotte glaciaire Cook qui s'étend sur 400 km2.
En 1772,Yves de Kerguelen etLouis de Saint-Aloüarn naviguent sur les mers australes, à bord de laFortune et duGros Ventre, à la découverte de nouvelles terres à revendiquer pour le compte deLouis XV. Le 12 février 1772, les Français mettent pied à terre sur un archipel plutôt hostile[5] qui sera baptisé 4 ans plus tard les îles Kerguelen. De Kerguelen prend le chemin du retour tandis que de Saint-Aloüarn continue sa route vers l’est[Note 1]. Le 17 mars 1772, son navire jette l’ancre dans une baie (baie Shark) d'un immense territoire qui se révélera être l'Australie, dont il prend possession au nom du roi. Cet acte ne sera pas officialisé car le navigateur décéde sur le chemin du retour.
Les îles Kerguelen sont longtemps restées, malgré quelques tentatives decolonisation, vierges d'habitants permanents. Jusqu'au début duXXe siècle, les chasseurs dephoques et debaleines ont fréquenté l'archipel et en ont exploité la faune (il n'y avait, hors les mammifères marins, pas de faune mammalienne indigène dans l'archipel). Les populations animales se sont aujourd'hui reconstituées et les côtes accueillent à nouveau de nombreuses colonies de reproduction d'oiseaux et de mammifères marins. Néanmoins, lesécosystèmes doivent subir le développement d'espèces introduites volontairement ou involontairement par l'être humain. Les îles et les eaux territoriales sont pour l'essentiel classées enréserve naturelle. Lazone économique exclusive est l'une des zones depêche de lalégine.
Depuis1950, laFrance assure le fonctionnement continu de la station dePort-aux-Français, base logistique, technique et scientifique où se relayent régulièrement quarante-cinq à cent personnes. C'est donc, en 2026, la 76e mission en cours sur l'archipel.
Le découvreur des îles,Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec, croyant découvrir un continent, baptise en 1772 cette terre « France australe[5] ». Quatre ans plus tard, le capitaineJames Cook montre qu'il s'agit d'un ensemble d'îles et leur attribue le nom de leur découvreur. Les îles Kerguelen sont parfois également désignées officiellement par l'appellation « archipel Kerguelen »[6]. Plus couramment, on parle simplement de « Kerguelen » voire, en langagetaafien, de « Ker ».
L'archipel, inhabité lors de sa découverte en 1772, reste sans population permanente depuis, exception faite d'une tentative d'installation d'une ferme, quelques occupations ponctuelles pour des activités baleinières, et depuis les années 1950, une présence scientifique française et la création d'une base permanente. La toponymie de l'archipel lui a donc été donnéeex nihilo, par les différents explorateurs, desbaleiniers ouphoquiers ayant fréquenté ses eaux et ses mouillages puis auXXe siècle, puis une fois la possession française de l'archipel réaffirmée, par quelques institutions françaises.
Selon l'historienneGracie Delépine, les toponymes de l'archipel des Kerguelen sont « les témoins, à la fois de la découverte faite progressivement par les Européens, en même temps que de la civilisation intellectuelle de ces mêmes Européens. Les toponymes ont été laissés sur l'archipel, depuis la découverte en 1772 jusqu'à aujourd'hui, par les explorateurs, chasseurs, pêcheurs, savants, marines nationales de tous pays : il y en a plus de mille. De plus, ils donnent un portrait géographique des îles, de même qu'une description zoologique et botanique : ils en font l'histoire naturelle »[7].
Les noms que l'on trouve sur l'archipel ont principalement été donnés lors[7] :
des deux expéditions d'Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec (1772 et 1773) ;
du passage de James Cook (1776) ;
des séjours de baleiniers et de phoquiers à la fin duXVIIIe siècle et au cours duXIXe siècle principalement au travers de la carte de Rhodes (1799) et la carte de Nunn (1850) ;
des deux séjours deRaymond Rallier du Baty (1908-1909 puis 1913-1914), première toponymie officielle ;
des opérations de la Commission de toponymie (de 1966 à 1971).
Malgré ce que pourrait laisser penser son climat froid, l'archipel est relativement éloigné des régions polaires. En fait, les îles Kerguelen se situent dans une bande de latitude (australe) comparable à laHaute-Normandie (réchauffée par leGulf stream) dans l'hémisphère nord : ainsi Port-aux-Français est aussi éloigné dupôle Sud queRouen l'est dupôle Nord.
l'îlot Solitaire, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la Grande Terre, au-dessus du50e parallèle. C'est le rocher le plus occidental de l'archipel et le second le plus austral ;
La majeure partie des formes géologiques visibles sur l'archipel sont caractéristiques d'unvolcanisme effusif de typetrappéen dont la mise en place au-dessus du niveau de l'océan a débuté il y a 35 millions d'années. L'accumulation est considérable : les couléesbasaltiques épaisses chacune de 3 à 10 mètres se superposent parfois sur plus de 1 200 mètres. Ce type de volcanisme donne un relief monumental en forme d'escaliers ou de pyramides.
Localement d'autres formes volcaniques sont présentes, notamment le volcanstrombolien que constitue lemont Ross ou le complexe volcano-plutonique de lapéninsule Rallier du Baty. Les injections et extrusions de laves différenciées (trachytes, trachy-phonolites,phonolites) sont également fréquentes un peu partout. Aucuneactivité éruptive n'a été observée historiquement mais desfumerolles sont toujours actives dans le sud-ouest de la Grande Terre et quelques sources d'eau chaude sont présentes.
L'équipage deRoss trouva un gisement dehouille dans la zone de la baie de Cumberland[12] (actuellebaie de Recques). Quelques niveaux àlignites se trouvent interstratifiés dans les coulées debasaltes et recèlent desfossiles d'araucariacées datés d'environ 14 millions d'années.
Enfin, lesglaciations ont provoqué des phénomènes d'enfoncement et de basculement à l'origine des golfes marins du nord et de l'est de l'archipel. L'érosion fluvio-glaciaire très active a modelé les vallées et les fjords et permis également la formation de complexes détritiques à conglomérats et la constitution de la plaine de lapéninsule Courbet.
La dénomination du climat de l'archipel varie selon les classifications :
laclassification de Köppen considère que l'archipel des Kerguelen est soumis à un climat polaire de type « ET » (climat detoundra) car l'été est peu marqué et la température du mois le plus chaud est comprise entre0 °C et10 °C.
Toutes les données météorologiques concernent la station dePort-aux-Français dont la position d'un point de vue climatique est l'une des plus favorables de l'île, car située sur la côte sous le vent au bord d'un golfe abrité.
Source :[MétéoFrance] « Fiche 98404001 », surdonneespubliques.meteofrance.fr, edité le : 06/07/2023 dans l'état de la base
Les montagnes sont donc fréquemment couvertes de neige mais peuvent s'en dégarnir rapidement et fortement avec la pluie. Il existe plusieurs glaciers permanents marqués depuis plusieurs décennies par un net recul et pour les plus petits d'entre eux par une disparition complète[20].
Des hauteurs dehoule de douze à quinze mètres sont courantes, mais l'archipel offre aux bateaux de nombreux abris protégés (dont l'historiquePort-Christmas à la pointe nord-ouest).
Les bassins versants des rivières sont réduits par la grande compartimentation de l'archipel. Les débits des rivières sont marqués par des régimes montagnards avec des crues fréquentes. L'été correspond à la période d'étiage sauf lorsque le débit est soutenu par la fonte d'un glacier.Parmi les principaux cours d'eau de l'archipel on peut noter :
Inhabité, l'archipel est découvert dans le sud de l'océan Indien le par le navigateur françaisYves Joseph de Kerguelen de Trémarec, sur laflûteLa Fortune, qui l'aborde par le nord-ouest, puis se rapproche desîles de la Fortune (qui seront les premières terres approchées[22]), mais ne peut accoster sur les terres principales en raison du mauvais temps. Il croit voir lecontinent austral et lui donne le nom de « France australe[5] ». Le second de Kerguelen,Louis Aleno de Saint-Aloüarn, à bord de la gabare leGros Ventre peut se rapprocher quarante lieues plus au sud dans l'anse du Lion-Marin. Il fait débarquer un officier pour laprise de possession du territoire au nom du roi de France le par l'enseigne de vaisseau Charles du Boisguehenneuc qui débarque sur la futureplage de la Possession[23]. Rentré en France, en quittant sans l'avertir leGros Ventre, Kerguelen fait miroiter àLouis XV la possibilité qu'il s'agisse d'un nouveau continent austral, afin d'organiser une seconde expédition.
De retour dans l'archipel en, il entre dans labaie de l'Oiseau et envoie le son lieutenantHenri Pascal de Rochegude à terre y laisser un message dans une bouteille placée en évidence sur un rocher au fond de l'anse. La bouteille contient un document attestant la prise de possession au nom de la couronne française et les deux passages de navires français[24] :
« Ludovico XV. galliarum rege, et d.* [omino]de Boynes regi a Secretis ad res maritimas annis 1772 et 1773. »
Quatre ans plus tard,James Cook aborde l'archipel le au nord-ouest également, jetant l'ancre dans la baie de l'Oiseau, et nomme le havre naturelChristmas Harbour avant de découvrir le message dans la bouteille, auquel il ajoute la mention de son propre accostage[24]. De ce fait, James Cook valide l'antériorité de la découverte et de la possession françaises en proposant d'appeler cette île du nom de Kerguelen, alors qu'il avait aussi pensé au terme, approprié à ses yeux, d'« île de la Désolation »[24].
Le,James Kerguelen Robinson naît aux Kerguelen, alors que ses parents, originaires de Tasmanie, sont en expédition de chasse au phoque. Il fut le premier être humain né au sud de laconvergence antarctique.
Confirmation de la possession française et tentative d'exploitation
Port-Christmas le 2 janvier 1893 (haut) et Port-Gazelle le 8 janvier 1893 (bas) lors du renouvellement de la prise de possession de l'archipel par l'équipage de l'Eure.
L'archipel n'est cependant pas habité à cette époque de manière permanente par des Français, ce qui laissait courir le risque d'une éventuelle prise de possession par un autre pays, comme l'Allemagne qui commençait à s'intéresser à l'archipel[25]. Le présidentSadi Carnot prend alors la décision de renouveler la souveraineté de la France sur ses terres australes et envoie l'avisoEure en1893[25], sous le commandement du capitaine de frégateLouis Édouard Paul Lieutard(en)[Note 4], réaliser une série de prises de possessions solennelles dans les terres australes françaises. Il mouille en premier à Port-Christmas le, réitère la prise de possession française par vingt et un coups de canon, une levée des couleurs au mât et l'apposition d'une plaque indicative en cuivre portant l'inscription « EURE - 1893 » sur le site, avant de renouveler durant quinze jours ces opérations en différents lieux de l'archipel dont Port-Gazelle[26],[5].
La même année, le gouvernement concède aux frèresHenry et René-Émile Bossière l'exploitation de l'archipel des Kerguelen pour cinquante ans. Ils tentent d'établir un élevage de moutons, sur le principe suivi auxîles Malouines, et l'exploitation des ressources en huile animale ; ces deux entreprises périclitent à l'orée du premier conflit mondial. L'exploitation des huiles animales se poursuit cependant jusqu'au milieu des années 1920. En décembre 1923, le naturaliste havraisÉtienne Peau, missionné par les frères Bossière, se rend à Kerguelen à bord du navire citerne l'Oural pour effectuer des recherches scientifiques. Peau assiste avec indignation au massacre des éléphants de mer par les Norvégiens à qui les frères Bossière ont sous-traité leur activité, et au retour, l'Oural fait escale le 12 mai 1924 en Allemagne, à Brake, pour y décharger une cargaison d'huile de cétacés et d'éléphants de mer. Le rapport très critique que Peau adresse au ministre des Colonies incite le gouvernement français à créer en 1925 le premier parc naturel austral pour la protection des espèces animales des Kerguelen[27]. L'usine baleinière dePort-Jeanne-d'Arc ferme définitivement en 1926.
En 1908-1909 (à bord duJ.-B.-Charcot) puis en 1913-1914 (avec laCurieuse), le navigateur-écrivainRaymond Rallier du Baty et son frère Henri explorent les rivages, les baies et les terres de l'archipel pour établir lapremière toponymie officielle de ces terres. Le HavraisÉtienne Peau accompagné de son fils Lionel mène une expédition scientifique entre décembre 1923 et mars 1924, au cours de laquelle il effectue de nombreuses observations dans les domaines de la météorologie, de la géologie et de la biologie[27]. Le géologueEdgar Aubert de la Rüe, assisté par son épouse Andrée, entreprend l'étude géologique et géographique de l'archipel lors de quatre campagnes (1928-1929, 1931, 1949-1950, 1952) et poursuit les travaux de dénomination.
Durant laSeconde Guerre mondiale, quelques navires corsaires allemands, dont l'Atlantis, feront relâche dans ses baies[28],[Note 5]. Des mines ont alors été posées par le croiseur britanniqueAustralia dans divers secteurs dont ledétroit de Tucker pour empêcher les corsaires allemands d'utiliser les Kerguelen comme point d'appui en les privant de bons mouillages. L'Atlantis s'échoue sur une roche du bassin de la Gazelle où il demeure du 8 décembre 1940 au 15 janvier 1941. LePinguin, qui avait capturé des navires norvégiens et le navire-usinePelagos en Atlantique Sud, reste aux Kerguelen du 2 février au 24 mars 1941 face à Port-Couvreux. LeKomet (plus tardMétéor) y ravitaille[29].
Devant les risques de voir la souveraineté de la France contestée, le gouvernement français fait adopter une loi en 1949 visant à implanter une base dans les îles[30].
Deux bateaux du Vendée Globe 2008 au mouillage pour réparation face auPort-aux-Français :Temenos deDominique Wavre etCheminées Poujoulat deBernard Stamm, ce dernier y échouera son bateau.
Les Kerguelen sont situées dans la zone de passage des courses à la voile autour du monde et certains skippers sont obligés d'y faire escale pour réparer. Ainsi en 1994, dans leBOC Challenge,Isabelle Autissier, après avoir démâté, remonte avec l'aide des hivernants un mât laissé à Kerguelen par un bateau de plaisance (mais elle fera naufrage quelques jours plus tard)[31]. Fin 2008, lors duVendée Globe,Dominique Wavre surTemenos etBernard Stamm font escale devantPort-aux-Français pour réparer, mais ce dernier y échoue son bateau,Cheminées Poujoulat après que son mouillage a lâché (il sera ramené par leMarion Dufresne)[31].
Au début des années 1960, les Kerguelen furent envisagées, avec d'autres lieux d'outre-mer, commesite d'essais nucléaires[32].
En 2016,Nicolas Dupont-Aignan, président deDebout la France, reprend la vieille idée[33], épisodiquement relancée[34], d'une colonie pénitentiaire. Il y propose la création d'un « Guantánamo à la française », unbagne sous contrôle judiciaire dans lequel seraient envoyées les personnes condamnées pour terrorisme ; une proposition qu'il réitère régulièrement[35],[36].
À la création, en1955, desTerres australes et antarctiques françaises (TAAF), le siège fut provisoirement établi à Paris dans l'attente de pouvoir l'implanter sur le territoire[37]. Kerguelen, en tant qu'archipel principal, constituait alors le district naturel d'accueil et Port-aux-Français serait devenu la capitale administrative du territoire[38]. Ce transfert n'a jamais eu lieu et, en 1996, le gouvernement français décida de fixer le siège sur l'île deLa Réunion[39]. Les îles Kerguelen, comme les quatre autres districts des TAAF, sont ainsi administrées depuis la ville deSaint-Pierre-de-La-Réunion[40], sous l'autorité d'unadministrateur supérieur qui exerce les fonctions de chef du territoire et qui jouit du rang depréfet[41].
Un chef de district (« disker » dans le jargontaafien) est le représentant dans l'archipel de l’administrateur des TAAF[42],[43]. Un des rôles des chefs de district dans les TAAF est de diriger les bases qui s'y trouvent. Aux Kerguelen, cette fonction concerne essentiellement la base dePort-aux-Français[43].
Pour ce faire, la France a créé, en 1950, la station permanente dePort-aux-Français.
Les Kerguelen n'ont pas d'habitants permanents et n'abritent que le personnel de la base établie àPort-aux-Français (de 45 en saison d'hiver à 90 personnes en campagne d'été). En hiver, la population est typiquement composée :
d'un chef de district ;
d'une quinzaine devolontaires civils à l'aide technique[45] chargés de missions scientifiques, dont un coordinateur logistique, deux ornithologues, deux écologues, deux ingénieurs et cinq à six agents de la réserve naturelle ;
d'une quinzaine de militaires détachés des trois armées ;
de l'équipe de cuisine, composée d'un cuisinier, un second de cuisine et d'un boulanger-pâtissier ;
du personnel contractuel assurant la rénovation et l'entretien technique des bâtiments et des routes ;
LaCurieuse N.O., navire affrété par l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor, est attaché à l'archipel de 1983 à 2018 et sert de soutien logistique aux programmes scientifiques. Depuis 2018, ce soutien est assuré seulement par unchaland de 18 m de long et de 30 tonnes de charge, l'Aventure II[47].
Port-aux-Français (îles Kerguelen) station permanente, vue partielle (1983).
Depuis sa création en 1950, la station permanente dePort-aux-Français a permis l'étude détaillée des îles et de leur environnement géophysique et géologique, de la faune marine et terrestre et de la flore. Depuis cette date, des missions annuelles assurent une permanence scientifique et technique sur l'archipel avec plus d'une centaine de personnes en été et une quarantaine en hiver, les naviresMarion Dufresne puis, à partir de 1995, leMarion Dufresne 2 assurant les rotations depuis l'île deLa Réunion.
En raison de l'indisponibilité du navire ravitailleurMarion Dufresne, le porte-hélicoptèresJeanne d'Arc, dont la campagne d'application traversait l'océan Indien, fait une escale inédite aux Kerguelen les 4 et. À l’occasion de cette unique escale aux Kerguelen, des oblitérations spéciales du courrier postal sont émises pour marquer l'événement[48].
Durant les années 1960, leCentre national d'études spatiales (CNES) effectue plusieurs missions dans les régions polaires grâce à de petitesfusées-sondes afin de mieux connaître la haute atmosphère en haute latitude[Note 6]. En 1968, le CNES décide de mener une campagne de lancement depuis les îles Kerguelen, grâce à trois fusées-sondesDragon, qui sont assemblées et tirées sur l'île. Le, la première des trois fusées décolle et culmine à plus de 350 kilomètres. Deux autres tirs similaires seront réalisés pendant les semaines suivantes[49].
En janvier et, une deuxième campagne est organisée en coopération avec l'Union soviétique car l'île est idéalement située sur la ligne de champ magnétique reliant Kerguelen à l'oblast d'Arkhangelsk. Ainsi, dans le cadre de ce programme nomméARAKS[Note 7] deux fusées françaisesÉridan sont tirées en direction d'Arkhangelsk. Elles ont pour mission de libérer suffisamment de charges électriques pour déclencher uneaurore boréale en URSS. Les installations ducosmodrome de Plessetsk, situées à proximité, suivent la formation et l'évolution de ces aurores artificielles[49].
Par ailleurs, entre 1973 et 1981, les soviétiques mènent des campagnes de tirs d'une vingtaine de fusée-sondesM-100 chaque été austral. Au total, la fusée-sonde météorologique soviétique M-100 connaît 175 tirs à Kerguelen contre 11 tirs pour toutes les autres fusée-sondes lancées depuis Kerguelen[50]. Quelques débris de ces fusées restent présents sur l'île.
L'agriculture aux Kerguelen, très limitée, a essentiellement consisté en l'élevage extensif de 3 500 moutons sur l'île Longue pour l'alimentation des résidents[51] et en la production sous serre de quelques légumes frais à Port-aux-Français. En1911, Valérien Culet, un berger et « guide à touristes » deBonneval-sur-Arc, accompagne le baron Pierre Decouz aux Kerguelen pour y mettre en place, à la demande des frères Bossière, personnalitéshavraises concessionnaires des îles australes françaises, l'élevage de moutons en liberté. En 1912, il n'y avait plus que des béliers sur l'île Longue, la population a donc dû disparaître dans les 3 à 5 ans suivants.
Dans lazone économique exclusive (ZEE) des 200 milles, la pêche à lalégine est opérée par quelques navires d'armateurs français ou étrangers ayant acquitté un droit de pêche. Un patrouilleur, l'Albatros, ainsi que les frégatesNivose etFloréal de laMarine nationale française et un patrouilleur affrété par lesAffaires maritimes, l'Osiris, assurent la surveillance de la zone économique pour l'ensemble des TAAF et ont pour mission de faire respecter les quotas de pêche et éviter les bateaux de pêche pirates[52].
Le registre des Terres australes et antarctiques françaises, dit pavillon des Kerguelen, est créé par la France en1986 pour éviter l'immatriculation des navires des compagnies françaises souspavillon de complaisance. Le pavillon va bénéficier d'une aide fiscale et de l'obligation faite aux raffineurs de posséder une capacité de transport maritime. Avec la création duregistre international français (RIF) en 2005, le pavillon des Kerguelen se ferme aux navires de commerce. Ceux-ci ont alors jusqu'en 2007 pour passer sur le RIF. Depuis cette date, les bateaux immatriculés au registre des TAAF sont essentiellement des bateaux de pêche ou de plaisance[53],[54],[55].
Depuis 2011, une initiative deFrédéric Mitterrand alors ministre de la culture a lancé la création d’une résidence artistique bisannuelle « Atelier des Ailleurs », qui permet à deux artistes,immergés dans l’univers singulier des bases subantarctiques françaises, de mener à bien un projet artistique original, grâce à un partenariat entre l’Administration supérieure des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et la Direction des affaires culturelles de La Réunion. Cette résidence vise à « artialiser » des territoires français lointains et peu connus, jusqu’alors investis par les scientifiques : les îles Kerguelen et la base de Port-aux-Français, l’archipel Crozet et sa base Alfred-Faure, ou l’île Amsterdam avec la base Martin-de-Viviès[56].
Situées à la convergence antarctique où le mélange des eaux froides de l'Antarctique et des eaux plus chaudes de l'océan Indien stimule la production deschaînes alimentaires, les îles Kerguelen constituent un lieu privilégié de rassemblement de nombreux animaux océaniques, en particulier de ceux qui ont besoin de la terre ferme pour se reproduire[57].
Jusqu'au début duXXe siècle les chasseurs dephoques et debaleines ont fréquenté l'archipel principalement pour collecter l'huile d'éléphant de mer, de baleine et les fourrures d'otaries. Les populations animales se sont aujourd'hui reconstituées et les côtes accueillent à nouveau de nombreuses colonies d'oiseaux (albatros,manchots,pétrels, etc.) et de mammifères marins (éléphants de mer etotaries). Les eaux côtières sont fréquentées par desbaleines à bosse et abritent une population résidente dedauphins de Commerson. Lesécosystèmes de l'archipel doivent toutefois s'adapter à la présence d'espèces introduites par l'homme, notamment desrennes, desmouflons, deslapins (introduits en 1884[58]), deschats, desrats et dessouris, destruites et dessaumons, divers invertébrés et quelques plantes comme lespissenlits. Si certaines de ces introductions ont été néfastes pour la faune et la flore locale, elles permettent paradoxalement d'améliorer la biodiversité de l'archipel[Note 8]. Les îles, y compris une portion importante deseaux territoriales, sont classées enréserve naturelle. Lazone économique exclusive est quant à elle l'une des zones depêche de lalégine[59].
La plage du Feu-de-Joie et ses colonies de manchots.
Les eaux environnantes sont caractérisées par la dominance de poissons de la famille desNototheniidae, comprenant notamment la très convoitéelégine dont « la pêche illicite a longtemps été un fléau pour la durabilité de l'espèce »[59]. Dans le secteur des Kerguelen, cette pêche illégale a pu être éradiquée grâce aux efforts des autorités et des armateurs réunionnais opérant sur zone[59].
Lavégétation terrestre, également très altérée par l'impact des lapins, est assez maigre, formant près du littoral des paysages detoundra, mais se réduisant le plus souvent, dès que la pauvreté du sol s'accentue ou que la rudesse du climat augmente avec l'altitude, à des touffes éparses au milieu d'étendues minérales ou à de discrètes colonies delichens[57]. On trouve des espèces emblématiques[60] : le célèbrechou de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica)[57],Acaena magellanica qui forme les maigres prairies ou des plantes en coussin comme l'Azorelle (Azorella selago) etLyallia kerguelensis, la seule espèce végétaleendémique stricte des Kerguelen. Un des lichens les plus communs de l'archipel estAspiciliopsis macrophthalma[61]. Début 2008, l'UICN alertait sur le fait que 32 plantes « natives » devaient déjà faire face à 70 plantes récemment introduites par l'Homme dans l'archipel[62].
La végétation marine est en revanche très luxuriante, marquée par la présence de vastes forêts sous-marines deMacrocystis ou par une frange côtière dedurvilléas[57].
En 2024, selon la Liste rouge des espèces menacées en France – Flore vasculaire des îles Kerguelen,UICN, l'espèceElaphoglossum randii est classée« En danger critique »[63].
Laréserve naturelle nationale a été inscrite aupatrimoine mondial de l'UNESCO, à l'unanimité par les 21 membres du comité, le[64], sur les critères naturels VII, IX et X, à savoir qu'elle représente une aire d'une beauté remarquable, accueillant des processus biologiques et écologiques représentatif de l'évolution des communautés et des écosystèmes, grâce à l'isolement de ces îles, et enfin parce qu'elle participe à laconservation in situ desoiseaux marins et desmammifères marins[65],[66].
Raymond Rallier du Baty, Aventures aux Kerguelen, Première édition en anglais à Londres en 1910. Traduction française 2000 édition maritime et d'outre-mer(ISBN2-7373-2645-1)
Valery Larbaud,Aux couleurs de Rome (chapitre « Le Gouverneur de [sic] Kerguelen »), 1938.
DansLe Gendarme et les Gendarmettes (1982), l'adjudant Gerbert (Michel Galabru) peste contre son maréchal des logis chef Cruchot (Louis de Funès), le menaçant d'une mutation « à Maubeuge ou dans les îles Kerguelen ! Vous savez où c'est, vous, les îles Kerguelen ? ».
↑Odyssespace - La Terre :La plaque antarctique : la totalité de l'Antarctique, la quasi-totalité de l'océan Austral dont les îles Kerguelen, Saint-Paul, Crozet, Amsterdam, Bouvet hormis les îles Shetland du Sud, la Géorgie du Sud et les îles Sandwich du Sud, le sud-est de l'océan Pacifique et le sud de l'océan Indien.
↑En décembre 1940, un des marins de l’Atlantis, le quartier-maître Bernahrd Herrmann, fait une chute mortelle alors qu'il repeignait la cheminée du navire, alors au mouillage au fond de labaie du Hillsborough. Il est enterré le 29 décembre àPort-Couvreux où sa tombe est toujours entretenue.
↑ARAKS est l'acronyme anglais pourARtificial Aurora between Kerguelen and Sogra : aurore artificielle entre Kerguelen et Sogra.
↑Le Monde - Chronique des Terres australes : « Plus précisément, l'établissement de nouvelles espèces introduites, généralement par le biais de l'homme, augmente paradoxalement la diversité spécifique de l'archipel, contribuant ainsi à accroître la biodiversité globale, et modifie les niveaux et les interactions trophiques (directement ou indirectement). À l'échelle de la macrofaune, les conséquences vont de la création d'interactions prédateur-proie entre espèces introduites et natives, à des changements dramatiques dans le fonctionnement des écosystèmes. ».
↑ab etc(en)James Cook,The Three Voyages of Captain James Cook Round the World, vol. 5, éd. Longman, Hurst, Rees, Orme, et Brown, Londres, 1821,[lire en ligne],p. 146-151.
↑Avant l'heure, c'est plus l'Eure par Yann Libessart, représentant de l'État dans l'archipel des Kerguelen, sur son blogLes manchots de la République pourLibération le 7 juillet 2008
↑a etbT. Vincent Bulletin trimestriel de la société géologique de Normandie Tome 853ème et 4ème trimestres 1998
Jacques Nougier, Ker 12 : le syndrome austral, DVD-Vidéo de 67 minutes avec bonus de 22 minutes tourné par Philippe Leclercq et Pierre Simon au cours de l'hivernage 1962. Édité et diffusé par l'Harmattan-Vidéo, décembre 2006. Coul. et N&B.(ISBN2-296-02240-5) ; [réf. BNF : DLV-20051018-7259].
Gilbert Dassonville,Terra incognita - Terre des scientifiques Film en ligne de 27 minutes de présentation des missions scientifiques effectuées dans l'archipel des Kerguelen, 1964, produit par le SFRS-CERIMES (service du film de recherche scientifique)
Bruno Calle, Gérard Jumel,La caverne des phoquiers, VHS documentaire de 26', 1995, produit par Jour J. Productions
Rob Rombout, 2000,Le piège de Kerguelen, documentaire de 40 minutes
Deux cent cinquante ans après leur découverte, les îles des terres Australes et Antarctiques françaises (Taaf) continuent d'être un bastion de la recherche scientifique et constituent aussi notre plus grand sanctuaire de biodiversité.