1940–1941
Drapeau du royaume de Roumanie. | Sceau du « gouvernement national-légionnaire » |
| Capitale | Bucarest |
|---|---|
| Langue(s) | Roumain |
| 1940-1944 | Ion Antonescu |
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L’État national-légionnaire (enroumainStatul național-legionar) est un régime de typefasciste clérical qui a gouverné pendant 5 mois, du au, ce qui restait duroyaume de Roumanie après son dépeçage l’été 1940 selon lePacte germano-soviétique et ledeuxième arbitrage de Vienne. C’est le premierrégime totalitaire de l’histoire de la Roumanie. Il met fin aurégime carliste instauré en, après que celui-ci a profondément déçu l’opinion roumaine en n’éradiquant pas lacorruption mais surtout en acceptant le démembrement du pays par l’occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord et par la cession de laTransylvanie du Nord à laHongrie[1]. L’« État national-légionnaire » contrôla un territoire de 193 097 km2 et une population d’environ 13 millions de personnes[2].
Le régime était dirigé par le maréchalIon Antonescu en partenariat avec la « Garde de fer », milice paramilitaire dont les membres s’appelaient « légionnaires ». Le nom officiel de la « Garde de Fer » était : « Légion de l’Archange Michel » (enroumain :Legiunea Arhanghelului Mihail), formant unparti de typefasciste-chrétien, ultra-nationaliste,antisémite,anti-tsigane,anticommuniste,anticapitaliste etorthodoxeintégriste, appelé « Tout pour le pays » (enroumain :Totul pentru Țară). La Garde de Fer, que lerégime carliste avait réprimée par les armes, réussit à entrer au gouvernement le, mais ne conquit réellement le pouvoir que le, proclamant l’« État national-légionnaire ».
Le, l’« État national-légionnaire » retira laRoumanie duPacte balkanique ; le, il fit adhérer la Roumanie à l’Axe. Le, 64 anciens dignitaires ou responsables des régimes antérieurs (démocratieparlementaire des années 1923-38 etrégime carliste des années 1938-40) furent assassinés par la Garde de fer dans laprison de Jilava où ils étaient détenus. La législation antisémite déjà mise en place par le gouvernement d’Octavian Goga en 1938 (exclusion des Juifs hors des administrations, des services publics et des forces de l’ordre,numerus clausus dans le domaine médical, l’enseignement et les universités) fut rendue plus sévère : elle comprenait l’expropriation des domaines fonciers appartenant auxJuifs, le pour les domaines agricoles et le pour les domainesforestiers, puis des compagnies detransport fluvial etmaritime le[3].
Le, la Garde de Fer tenta uncoup d’État combiné à un pogrom contre les Juifs de Bucarest qui fit 130 victimes. Au bout de quatre jours, Antonescu réussit à réprimer lecoup d'État et exclut la Garde de Fer du gouvernement.Horia Sima et de nombreux autres « légionnaires » fuirent la Roumanie, tandis que d’autres furent emprisonnés. Antonescu abolit l’« État national-légionnaire » le.
LaGarde de fer forme d’abord unecoalition avec le gouvernement roumain le, lorsque lePremier ministre de l’époque,Octavian Goga, pour mettre un terme aux assassinats et attentats ciblés de la Garde de Fer, conclut un accord avec son chef et fondateurCorneliu Codreanu pour une coopération limitée. Cependant, cet arrangement politique déplaît auroiCarol II, qui limoge Goga le et le remplace par lepatriarcheMiron Cristea[4],[5].
Entre le et le,Horia Sima, chef de fait de la Garde de fer après l’exécution de Codreanu par lerégime carliste, occupe le poste de sous-secrétaire d'État auprès duministère de l’Éducation. La Garde de fer entre dans le gouvernement d’Ion Gigurtu, qui prend le pouvoir le, après l’occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Trois « gardiens » (membres de la Garde de fer) sont nommés au nouveau gouvernement :Vasile Noveanu comme ministre de la Richesse publique, Horia Sima comme ministre des Religions et des Arts etAugustin Bideanu comme sous-secrétaire d'État auprès du ministère des Finances. Cependant, Sima démissionne le, car il se voit refuser un gouvernement purement « gardien », alors que ses deux collègues restent en poste.Nichifor Crainic, partisan etidéologue de la Garde de fer, devient ministre de la Propagande[6],[7]. Après la démission de Sima le, il est remplacé par un autre « gardien »,Radu Budișteanu[8].
Le roi Carol II est contraint d’abdiquer le. Il est remplacé par son filsMichel, alors âgé de 19 ans : c'est la fin durégime carliste,dictatorial maispro-Allié[9].
Le premier acte du jeune nouveau roi est d’octroyer un pouvoir illimité au généralIon Antonescu en tant queConducător (« guide ») de la Roumanie, le roi Michel se cantonnant à un rôle cérémonial. Un décret du définit plus avant les pouvoirs d’Antonescu[10]. Pour maintenir son emprise sur le pays tout en concédant le rôle principal à laGarde de fer, Antonescu fait proclamer la Roumanie « État national-légionnaire » le par le roi Michel. Le « Mouvement légionnaire / Garde de fer » devient le « seul mouvement reconnu dans le nouvel État », faisant de la Roumanie, pour la première fois de son histoire, un paystotalitaire.
Antonescu devient le « chef d'honneur » de la légion, tandis que Sima devient vice-Premier ministre. Cinq autres « gardiens » sont nommés ministres, parmi lesquels le princeMihai Sturza (ministre des Affaires étrangères) et le généralConstantin Petrovicescu (ministre de l’Intérieur). Des préfets légionnaires sont nommés dans chacun des 45județe[11],[12]. La Garde de Fer reçoit quatre portefeuilles : Intérieur, Éducation, Affaires étrangères et Cultes. En outre, la plupart des secrétaires permanents et des directeurs des ministères sont également des « gardiens ».En tant queparti unique, la Garde de fer contrôle également la presse et les services de propagande[13].


Le, Antonescu assiste à un rassemblement de la Garde de fer vêtu d’un uniforme de légionnaire. Le, à son invitation, laWehrmachtoccupe la Roumanie et atteint rapidement plus de 500 000 soldats :Adolf Hitler prépare déjà l’opération Barbarossa même siJoseph Staline refuse d’en croire les avertissements desresponsables communistes roumains. Par ailleurs, Antonescu redoute à la fois les visées de ses alliés « légionnaires » et le sentiment anti-allemand, resté très vif en Roumanie, tant chez les civils que les militaires, en raison de la dureté de l’occupation allemande pendant laPremière Guerre mondiale. De plus, sous le régime d’Antonescu, les ambassadeurs nazisWilhelm Fabricius (de) etManfred von Killinger gouvernentde fait le pays[14].
Le, 64 anciens dignitaires ou responsables roumains sontassassinés par la Garde de Fer dans laprison deJilava. Plus tard dans la journée, l’historien et ancien Premier ministreNicolae Iorga et l’économiste Virgil Madgearu, ancien ministre, sont à leur tour assassinés par les « légionnaires ». Le1er décembre, un autre rassemblement de la Garde de fer se déroule àAlba Iulia pour célébrer les 22 ans de l’union de la Transylvanie à la Roumanie. Antonescu y assiste également et y prononce undiscours[15].
Après la proclamation de l’« État national-légionnaire » le, la Légion devient leparti unique au pouvoir. Elle doit cependant partager lepouvoir exécutif avec l’armée. Le nouveau régime légionnaire a uneidéologie fondée sur leculte du chefCorneliu Codreanu et celui des autres « martyrs légionnaires » persécutés par lerégime carliste. L’exhumation, le ré-enterrement public et la réhabilitation des « martyrs » sont rétrospectivement considérés par Sima comme « la tâche la plus importante justifiant l’accession de la Légion au pouvoir ». L’exhumation des restes de Codreanu et la réinhumation ultérieure (21-) réaffirment lecharisme de ce « capitaine » héroïsé, en tant que fondement de l'idéologie légionnaire.
Le jour de la réinhumation de Codreanu, le principal journal légionnaire,Cuvântul (Le Mot), écrit : « C’est le jour de la résurrection du capitaine. Il est ressuscité, comme il l’avait promis, selon l’Évangile. Il est ressuscité, sortant de la tombe pour nous présenter la Roumanie elle-même, ensevelie par cet âge de péché ». La réinhumation du corps de Codreanu a lieu le. Antonescu, Sima,Von Schirach,Bohle et 5 000 « gardiens » sont présents (les « légionnaires » comptent alors environ 35 000 membres)[16].
Peu de temps après la réinhumation de Codreanu, la Garde de Fer commet lemassacre de Jilava, tuant plus de 60 anciens dignitaires. Elle atteint ainsi ses objectifs : l’ordre ancien s’est effondré sous ses coups et tous les ennemis de la Légion ont été punis[17].
Le décret qui établit le régime « national-légionnaire » le placeIon Antonescu etHoria Sima sur un pied d’égalité. Le, Sima accuse Antonescu d’avoir violé ce décret en refusant d’emprisonner les membres des anciens partisdémocratiques et lesfrancs-maçons. Il affirme qu’une tellediversité politique est contraire aux principes d’unÉtat totalitaire. Sima veut également appliquer les principesnazis à l’économie en plaçant tout sous un contrôle centralisé, position anti-libérale et anticapitaliste, qui explique, après la guerre, l’adhésion d’anciens légionnaires auparti communiste roumain. Le, Sima adresse une lettre à Antonescu en ce sens, mais ce dernier rejette l’idée. Les relations entre Antonescu et la Garde atteignent un point de rupture après lemassacre de Jilava. Malgré la tension croissante, les deux parties concluent une trêve pour le moment, permettant à un légionnaire de conserver le poste de chef de lapolice deBucarest tout en prévoyant la condamnation publique des meurtres commis àJilava[18].
Plusieurs décretsantisémites sont promulgués par l’« État national-légionnaire », qui restent en vigueur après l’exclusion de la Garde de Fer du pouvoir, et jusqu’au[3].
Le, l’« État national-légionnaire » est confronté à unséisme majeur (en), à épicentre dans leJudeț de Vrancea, qui détruit 65 000 immeubles, faisant des dizaines de milliers de morts.
En, alors que laRoumanie carliste est neutre, et que la Francebascule dans la collaboration, lesrelations entre les deux pays se poursuivent, et ne sont pas affectées par la mise en place de l’« État national-légionnaire ». Ni les Français expatriés en Roumanie, ni les Roumains de France (parmi lesquelsEmil Cioran etEugène Ionesco, attaché de presse à l’ambassade de Roumanie en France, àVichy[19]) ne sont inquiétés.
Début, 65 000 soldats allemands sont déployés autour desraffineries de pétrole dePloiești, indispensables à l’économie duTroisième Reich. Cette action germano-roumaine menée sans consulterBenito Mussolini (allié d'Adolf Hitler au sein de l’Axe et leader de l’Italie fasciste) incite le « Duce » italien à envahir laGrèce pour ne pas être en reste.
Laguerre italo-grecque qui s’ensuit est pour le dictateur italien un désastre, les Grecscontre-attaquant et libérant pendant six mois l’Épire du Nord, partie de l’Albanie sous domination italienne depuis 1938[20]. L’entrée des troupes allemandes en Roumanie est une occupation (laWehrmacht vivant de réquisitions aux dépens de la Roumanie et se substituant aux autorités roumaines dans de nombreuses zones), mais pas uneinvasion (elle se produit avec l’approbation d’Antonescu)[21].
Les premières troupes allemandes entrent en Roumanie le, en partie pour répondre à la demande d’assistance militaire d’Antonescu, en plus de leur objectif principal de défense des champs pétrolifères roumains contre « les saboteurs »[22].La Roumanie adhère ensuite auPacte tripartite et aupacte anti-Komintern les 23 et respectivement[23] devenant ainsi officiellement une alliée duTroisième Reich.
Un effet de cette accentuation de la domination de l’Allemagne nazie sur la Roumanie est que laminorité allemande en Roumanie (320 000 personnes après les pertes territoriales de la Roumanie) échappe en grande partie aurapatriement forcé dans leReich, contrairement à seshomologues de Bessarabie et deBucovine du Nord, territoires devenus soviétiques. Seuls 76 500 Allemands du sud de laBucovine et de laDobroudja sont « rapatriés » et installés dans leWarthegau dans des fermesconfisquées aux Polonais. La convention germano-roumaine du qui réglemente ces rapatriements, oblige l’État national-légionnaire à racheter au Reich les biens immobiliers abandonnés par les Allemands « rapatriés ». L’État roumain utilise ces biens pour accueillir desréfugiésaroumains deBulgarie, chassés de laDobroudja du Sud à la suite desaccords de Craiova[24].
Des escarmouches à la nouvelle frontière avec l’URSS ont lieu pendant les cinq mois de l’État national-légionnaire. Le, lesSoviétiques occupent la ville et lecanton roumain de Herța en plusde la Bessarabie et de la Bucovine du Nord, et en, la marine soviétique occupe encore plusieursîles roumaines dans ledelta du Danube, hors du traité de cession conforme auPacte germano-soviétique. C’est lors de l’annexion de Herța que l’armée roumaine compte ses deux premiers morts de laSeconde Guerre mondiale. L’un de ces deux premiers morts est un soldat juif du nom de Salomon Iancou. Leur mort est due au fait que lePacte germano-soviétique ne prévoyait pas l’annexion du canton de Herța par les Soviétiques, qui ne le revendiquaient pas. Si l’Armée rouge entre dans Herța le, c’est parce que sur la carte de l’état-major soviétique, l’épaisseur du trait rouge marquant la nouvelle frontière couvre par erreur Herța. Ne le sachant pas, la garnison roumaine tente de défendre la ville[25].
Destroupes soviétiques sont concentrées à la frontière roumaine, des avions soviétiques font de fréquentes incursions dans l’espace aérien roumain et, en, des navires de guerre soviétiques entrent dans les eaux roumaines : l’ambassadeur allemandWilhelm Fabricius (de) « conseille » très fermement à Antonescu (mit Nachdruck beraten) de ne pas réagir militairement, tandis que les « légionnaires », pour leur part, exigent une contre-offensive massive et rapide[26].
Les tensions atteignent leur paroxysme en janvier 1941 lorsque les Soviétiques présentent unultimatum demandant à la Roumanie de leur céder ledelta du Danube. Ils tentent de s’emparer du port deGalați (județ de Covurlui) qu’unmouilleur de mines soviétique bloque, mais cette fois lamarine fluviale roumaine réplique, tuant 26 soviétiques et perdant elle-même 85 marins. Sur un rappel à l’ordre de leur allié allemand, les soviétiques retirent leur ultimatum et s’en tiennent auPacte germano-soviétique[27].
Le, la Garde de fer tente d’évincer Antonescu par uncoup d’État combiné à un pogrom contre les Juifs de Bucarest qui fait cent trente morts le. Les « légionnaires » s’emparent de l’abattoir de Bucarest, en expulsent les animaux et le personnel, y mènent leurs victimes et procèdent à leur assassinat avant de les accrocher aux crocs de boucher, tout en chantant des hymneschrétiens pour « purifier la nation » (enroumain :pentru curățirea neamului) : pour eux, leur crime est un « rituel de sacrifice »[réf. nécessaire].
Lorsque la municipalité de Bucarest leur demande d’évacuer l’abattoir pour le désinfecter, les « légionnaires » refusent aux familles des victimes le droit d’offrir à leurs proches des sépultures dans les cimetières juifs de la ville, et réquisitionnent desRoms fossoyeurs (eux aussi considérés comme « impurs » - enroumain :spurcați) pour transporter et jeter les cadavres dénudés dans la forêt de Jilava, au sud de la ville[28]. « Un acte de férocité peut-être unique dans l’histoire de laShoah », selonNorman Manea[29].
Il faut à Antonescu et à l’armée quatre jours pour réussir à déjouer le coup d’État de la Garde de fer, qui est exclue du gouvernement. La répression de la rébellion légionnaire fournit également des données sur l’équipement militaire utilisé par la Garde de fer, soit 5 000armes à feu (revolvers,fusils etmitraillettes) et de nombreusesgrenades uniquement àBucarest[30]. La Légion possédait également une petite forceblindée composée de deux voitures depolice blindées et de deux porte-blindéschenillésMalaxa[31]. Pour le transport, rien qu’à Bucarest, la Légion possédait également près de 200camions[32].
Le, l’« État national-légionnaire » est officiellement aboli et Antonescu déclare que la Roumanie serait désormais un « État national et social ». Environ 30 000 « légionnaires » fuient vers l’Allemagne nazie ou laFrance pétainiste, tandis que 9 000 d’entre eux, rattrapés au pays, sontarrêtés et internés dans des camps de travail forcé notamment àTârgu Jiu et dans la steppe duBărăgan. Parmi les premiers, la plupart se réfugient enEspagnefranquiste ou enAmérique latine lorsque l’Axe commence à subir des défaites, tandis que 1 842 parmi les derniers sont jugés et condamnés à diverses peines allant de quelques mois deprison à laprison à vie[33],[34],[35].
Sous l’« État national-légionnaire », les usines d’armement roumaines produisirent en 3 mois, entre octobre et :
Qualifié parTraian Popovici detache indélébile sur le visage de la nation, l’« État national-légionnaire » a inauguré l’adhésion de la Roumanie à l’Axe et accueilli l’armée allemande dans le pays. Il a également commis des crimes comme lemassacre de Jilava du et descrimes contre l’humanité comme lepogrom de Bucarest du. Réprimé en, puis officiellement aboli en février, l’« État national-légionnaire » n'a duré que quelques mois, mais il a légué audevoir de mémoire le discours conjoint d’Antonescu et Sima[41], les funérailles empreintes de fanatisme du fondateur de la Garde de FerCorneliu Codreanu[42], la passivité de lamaison royale[43] et l’exacerbation d’unantisémitisme devenu obsessionnel qui a rendu possible laShoah en Roumanie.
Les 10 et, leRoyaume-Uni et laBelgique rompent leursrelations avec la Roumanie en raison de son adhésion à l’Axe sous la gouvernance de l’État national-légionnaire, mais sans lui déclarer la guerre, le royaume étant alors officiellement neutre[44]. Dès lors, les Juifs roumains fuyant laShoah en Roumanie grâce aux filières mises en place par l’associationAliya d’Eugen Meissner et Samuel Leibovici, sont considérés par les Alliés comme les « citoyens d’un pays sous contrôle ennemi »[45] et les visas britanniques pour laPalestine leur sont refusés, ce qui engendre plusieurs tragédies comme celles duStruma ou duMefküre[46].
Sous la gouvernance de l’« État national-légionnaire », lacommunauté juive est déjà fortement traumatisée en voyant des grands noms de la classe intellectuelle abandonner si facilement leurs valeurs antérieures pour se rallier à la rhétorique haineuse des « légionnaires »[47], à l’image d’unNae Ionescu, d’unMircea Eliade qualifiant larenaissance culturelle roumaine d’« apologie abstraite de l’humanité » et d’« imitation simiesque de l’Europe occidentale » en accusant ladémocratie d’« avoir pour effet d’écraser toute tentative de renaissance nationale »[48] et adhérant au parti légionnaire « Tout pour le pays », ou encore d’unEmil Cioran alors dans la vingtaine, écrivant : « à l’exception deJésus, aucun autre être mort n’a été aussi présent que Codreanu parmi les vivants - […] - cet homme mort répand un parfum d’éternité sur nos excréments humains et ramène le ciel sur la Roumanie ». De là à occulter les ennemis des « légionnaires » commeTudor Arghezi ouMihail Sadoveanu, pour affirmer que tous les Roumains sont des « légionnaires » et des bourreaux en puissance, il n’y a qu’un pas, que certains commentateurs ont franchi, développant l’image d’une Roumanie haineuse et violente[49].
De leur côté, les « légionnaires » survivant en exil, ainsi dépeints en représentants les plus typiques du peuple roumain, ont tiré parti de ces amalgames et certains n’ont pas hésité, durant laguerre froide, à vendre leurs services aux Occidentaux[50]. Réfugié enEspagne franquiste,Horia Sima inaugura le àMajadahonda un monument grandiose à Ion Moța et Vasile Marin, deux « légionnaires » tués le à cet endroit par lesRépublicains espagnols durant laguerre civile espagnole (où 1200 roumains combattirent du côté Républicain, mais ceux-là, n’ayant pas la même « aura sulfureuse » que les « légionnaires », ne sont plus guère évoqués[51]).
L'exégèse de l'État national-légionnaire peut exprimer l'un ou plusieurs de ces quatre points de vue :
| Types et formes dérivées |
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|---|---|---|
| Dans l'histoire | ||
| Variantes | ||
| Organisations | ||
| Personnalités | ||
| Sujets connexes | ||