États en déliquescence d'après leFailed States Index 2012 deForeign Policy[1]
États en situation critique de défaillance
États en danger de défaillance
États en stabilisation
États en situation stable
États en situation très stable
La notion d’État en déliquescence (État défaillant,État failli,État déstructuré ouÉtat en échec,Failed State en anglais) est proposée par leFund for Peace qui a construit unindicateur composé de 12 variables[2] pour tenter de caractériser unÉtat qui ne parviendrait pas à assurer ses missions essentielles, particulièrement le respect de l’État de droit. Cette notion est utilisée pour légitimer une intervention de la communauté internationale, qui serait ainsi autorisée à « reconstruire » les États déficients[3].
Cette notion controversée d’« État en déliquescence » est apparue au début desannées 1990 lorsque, après la chute de l'URSS et sa rapide décomposition, des théoriciens de lagéopolitique internationale constatent que, depuis1945, ce sont plus souvent desguerres civiles queconventionnelles que lesÉtats ont eu à affronter[4].
Parmi les États considérés depuis des années comme clairement défaillants pour cette raison, on peut citer laSomalie, leYémen (voir aussi Guerre au Yémen depuis 2015) et laRépublique démocratique du Congo (voir aussi Guerre au Congo depuis 2004).On craint que leVenezuela ne risque de devenir un État défaillant dans un avenir proche[5].
Un État en échec a perdu le monopole de la puissance légitime sur son territoire. Cependant, cette définition au sens strict pourrait désigner la situation des deux tiers des États. La désignation d'un État comme « déliquescent » n'est pas neutre et porte une certaine conception politique.Les auteurs[Lesquels ?] s'accordent cependant sur un certain nombre de paramètres - c'est plus l'interprétation de leur poids relatif qui est matière à débats.
Un État en déliquescence « est confronté à des problèmes qui compromettent sa cohérence et sa pérennité »[6]. Des indicateurs probants sont :
un gouvernement central si faible ou inefficace qu'il n'exerce qu'un contrôle marginal sur son territoire (le niveau de contrôle attendu pour déterminer le niveau de déliquescence varie cependant selon les auteurs) ;
la légitimité du gouvernement à prendre certaines décisions est contestée ;
des relations conflictuelles avec les pays voisins[7].
L'État peut avoir des difficultés à affirmer lemonopole de la violence légitime (tel que décrit parMax Weber) par exemple lorsque lui-même ou certains de ses éléments soutiennent desmilices. Ou lorsque l'inefficacité de l'administration, dusystème judiciaire, la présence d'uneéconomie informelle étendue et d'interférences de l'armée dans la politique nationale permettent, même en l'absence d'unerébellion armée constituée, de douter de la capacité de l'État à s'imposer dans une compétition pour le pouvoir avec certains acteurs locaux. Un État en déliquescence peut cependant assurer certaines de ses fonctions étatiques. À l'opposé, un État est reconnu capable d'assurer sa propre pérennité quand il peut exercer le monopole de la violence légitime à l'intérieur de ses frontières.
Cet indicateur est établi sur la base de douze variables. Pour chacune, une valeur de 1 à 10 est attribuée (0 le plus faible/plus stable). Le total de ces douze indicateurs se situe donc entre 0 et 120[9].
Les variables qui composent l'indicateur sont réparties entre quatre indices sociaux, deux économiques et six de nature politique[10].
Cet indicateur n'a pas vocation à prévoir des éruptions de violence ou un effondrement, mais la vulnérabilité d'un pays face à un conflit. Tous les pays listés en jaune, orange ou rouge présentent certains éléments au sein de leurs sociétés respectives qui les rendent susceptibles d'échouer. Il faut cependant relever que certains États à risque modéré pourraient s'effondrer plus rapidement que d'autres situés dans les zones d'alerte ou de danger et qui, bien que dans une situation critique, sont sur le chemin du rétablissement d'institutions fiables[9].
1.Pression démographique : qu'il s'agisse de hautedensité de populations, ou d'accès difficile à l'alimentation. Sont inclus l'extension des zones habitées, les problèmes de frontières, de propriété ou d'occupation des terres, de contrôle des sites religieux ou historiques, d'exposition à des problèmes environnementaux[11].
2.Mouvements massifs de réfugiés et dedéplacés internes : le déracinement forcé de vastes communautés à la suite de violences ciblées ou pas et/ou d'actes derépression, favorisant pénuries alimentaires et maladies ; le manque d'eau potable, la concurrence pour lesterres arables, et des troubles qui peuvent générer unedétresse humanitaire et des problèmes de sécurité grandissants, tant à l'intérieur des pays et entre pays[12].
3.Cycles de violences communautaires : sur la base d'injustices récentes ou passées, y compris sur plusieurs siècles. Cet indicateur inclut les crimes restés impunis contre des communautés ou groupes. Institutionnalisation de l'exclusion politique. L'ostracisme en direction de groupes accusés d'accaparer richesses et pouvoir[13].
4.Émigration chronique et soutenue : qu'il s'agisse defuite des cerveaux ou d'émigration de dissidents politiques ou de représentants desclasses moyennes[14].
6.Déclin économique subit ou prononcé : mesuré par un indice de déclin global incluant revenu individuel moyen,PIB,endettement,taux de mortalité infantile, niveau depauvreté, nombre de faillites. Une chute rapide du prix desmatières premières, des revenus, de l'investissement direct étranger, du remboursement de la dette, une hausse de la part du secteur informel peuvent traduire l'incapacité de l'État à payer salaires et pensions[16].
7.Criminalisation et délégitimation de l'État : corruption endémique, pillage institutionnel, résistance à latransparence et aux pratiques de bonnegouvernance[17].
8.Détérioration graduelle des services publics : disparition des fonctions de base à destination des citoyens, tels que police, éducation, système de santé, transports. L'usage des agences de l'État au service desélites dominantes (forces de sécurité,banque centrale, administration présidentielle,douanes et renseignements) est également comptabilisé[18].
10.Appareil de sécurité constituant unÉtat dans l'État : émergence d'unegarde prétorienne bénéficiant d'uneimpunité quasi totale. Milices privées protégées ou soutenues par l'État et dirigées contre l'opposition ou tout groupe de population susceptible d'être favorable à celle-ci. Sous-groupe au sein de l'armée qui utilise ses ressources pour servir les intérêts de l'élite dominante. Apparition de milices armées irrégulières pouvant aller jusqu'à l'affrontement armé avec les forces régulières[20].
11.Émergence de factions au sein de l'élite : fragmentation des classes dominantes le long de lignes de fracture communautaires. Utilisation par les élites ou les institutions d'une rhétoriquenationaliste ou de solidarité ethnique (appel aunettoyage ethnique ou à la défense de la foi)[21].
12.Intervention d'autres puissances : engagement militaire ouparamilitaire d'armées étrangères, États, groupes ou entités, qui ont pour résultat de bouleverser l'équilibre local des forces et d'empêcher la résolution d'un conflit. Surdépendance vis-à-vis de l'aide externe ou de missions demaintien de la paix[22].
En 2015, sur 178 pays, laSyrie, leYémen et leSoudan du Sud sont ajoutés à la liste des pays en situation critique, alors que leKenya en sort. En 2014, leFailed State Index est renomméFragile State Index et la dénomination pour le FPP estHigh Alert (critique), voire, pour les quatre premiers dont l'indice est supérieur à 110,Very High Alert (très critique)[25] :
En 2020, sur 178 pays, 9 sont en situation de crise (High Alert) dont quatre en situation de crise très critique (indice est supérieur à 110,Very High Alert)[26] :
En 2025, sur 179 pays notés, 11 sont en situation de crise (High Alert) dont un seul, laSomalie, en situation de crise très critique (indice est supérieur à 110,Very High Alert). LaBirmanie fait son entrée dans le classement en 2022[26] :
↑Kathia Légaré,État failli sur le site du ROP de l'université de Montréal, consulté le 19/9/2013.
↑Parmi ces penseurs du nouvel ordre mondial, on trouve l'historienisraélienMartin Van Creveld(en) qui affirme dans son ouvrageLa Transformation de la guerre (L. Van Crevald,The Transformation of War, Free Press Eds., 1991(ISBN978-0029331552), paru en français en 1998(ISBN978-2268028989)) que la guerre « non-clausewitzienne » est désormais le type de conflit dominant.