Comme ses camarades de la Nouvelle Vague, Éric Rohmer a commencé sa carrière dans le cinéma comme critique. Après avoir rédigé ses premiers articles à la fin des années 1940, il rejoint lesCahiers du cinéma peu après leur création au début des années 1950. Il est rédacteur en chef de la revue de 1957 à 1963. Parallèlement à sa carrière de critique, il réalise tout au long des années 1950 des courts métrages et, en 1959, son premier long métrage,Le Signe du Lion. À la différence de ceux deClaude Chabrol,François Truffaut etJean-Luc Godard, ses premiers films ne rencontrent aucun succès.
Évincé desCahiers du cinéma parJacques Rivette en 1963, Éric Rohmer travaille pour la télévision scolaire, pour laquelle il réalise des films pédagogiques. Dans le même temps, il entame la réalisation de sesSix contes moraux et s'assure une indépendance financière en créant avecBarbet Schroeder sa propre société de production,Les Films du Losange. Il rencontre un premier succès d'estime en 1967 avecLa Collectionneuse, puis accède à une notoriété internationale avec les trois films suivants :Ma nuit chez Maud (1969),Le Genou de Claire (1970) etL'Amour l'après-midi (1972).
Son cinéma se caractérise à la fois par l'importance du thème des rencontres amoureuses et de la séduction, par l'écriture et l'importance de ses dialogues, et par une grande économie de moyens. Malgré sa notoriété, Rohmer a souvent tourné dans des conditions proches de l'amateurisme, avec une équipe technique légère et une caméra16 mm.
Maurice Schérer naît le àTulle enCorrèze[1],[note 2], deux ans avant son frère, le futur philosopheRené Schérer[2]. Il est scolarisé à l'école élémentaire Sévigné à Tulle puis aulycée Edmond-Perrier. Il obtient son baccalauréat en mathématiques et en philosophie en 1937[3]. Dès son enfance, il est déjà un grand lecteur et apprécie notammentJules Verne, lacomtesse de Ségur ou encoreErckmann et Chatrian. Il pratique aussi le dessin et la peinture et surtout le théâtre[4].
En septembre 1937, Maurice Schérer est admis enhypokhâgne aulycée Henri-IV à Paris. Il découvre alors les grands auteurs, comme Proust ou Balzac et la philosophie, notamment avecAlain, professeur au lycée Henri IV[5],[6],[7]. C'est aussi à ce moment-là qu'il découvre le cinéma[8],[9]. Au lycée Henri-IV, il rencontre notammentMaurice Clavel etJean-Louis Bory[10].
En mai 1940, Maurice Schérer est mobilisé dans l'armée française. Il arrive le 9 juin à la caserne deValence. Il est démobilisé le 22 juillet sans avoir été envoyé au front mais reste mobilisé dans un « groupement de jeunesse ». Il est surtout préoccupé par la préparation du concours de l'École normale supérieure auquel il échoue pour la seconde fois le 29 novembre. Libéré de ses obligations militaires le 31 janvier 1941, il rejointClermont-Ferrand où ses parents se sont installés en 1939 et suit des études delettres classiques à la faculté. Durant l'année scolaire 1942-1943, il s'installe à Lyon avec son frère et prépare l'agrégation de lettres. Il échoue à l'agrégation mais obtient lecertificat d'aptitude à l'enseignement dans les collèges (CAEC), ancêtre duCAPES, en lettres classiques et devient professeur au lycée[11],[note 3].
Rohmer publie son premier article de critique de cinéma dansLa Revue du cinéma, alors dirigée parJean George Auriol[17],[18]. La même année, il publie dansLes Temps modernes « Pour un cinéma parlant » mais peu après, il quitte la revue après avoir écrit par esprit de provocation :
« S'il est vrai que l'histoire estdialectique, il arrive un moment où les valeurs de conservation sont plus modernes que les valeurs de progrès[19]. »
Lors du festival du film maudit de Biarritz en 1949, il fait la rencontre deJean Douchet et deFrançois Truffaut[20],[21]. Cette même année, il invente avecPaul Gégauff le personnage d'Anthony Barrier[22], cinéaste fictif qu'il utilise comme pseudonyme[23].
Après la disparition deLa Revue du cinéma en 1950, Éric Rohmer fonde laGazette du cinéma, dans laquelle Jacques Rivette et Jean-Luc Godard publient leurs premiers articles critiques[note 5]. LaGazette du cinéma ne compte que cinq numéros mais constitue pour ceux qui y participent une première expérience critique importante.André Bazin etJacques Doniol-Valcroze créent lesCahiers du cinéma en 1951. Éric Rohmer, Jean Douchet, François Truffaut, Jean-Luc Godard et Jacques Rivette rejoignent chacun à leur tour la nouvelle revue[14],[20]. Au sein de celle-ci, ce groupe de jeunes critiques devient de plus en plus influent, notamment après la publication de l'article de François Truffaut, « Une certaine tendance du cinéma français », en janvier 1954, qui attaque le cinéma français de « qualité » incarné par les scénaristesJean Aurenche etPierre Bost[24],[25]. Les jeunes critiques ont en commun un goût pourHoward Hawks etAlfred Hitchcock. Rohmer publie d'ailleurs avec Claude Chabrol un ouvrage sur Hitchcock[17],[26],[6]. Ils refusent de juger un film sur sonscénario et s'intéressent avant tout à lamise en scène. Ils défendent aussi la « politique des auteurs ». Au sein du groupe des futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague, Maurice Schérer fait figure de grand frère. Il a en effet dix ans de plus que Godard et Chabrol et douze de plus que Truffaut. Il est surnommé « le grand Momo » par ses amis[15].
Très tôt, Rohmer cherche à passer à la réalisation et réalise au cours desannées 1950 de nombreux courts métrages : leJournal d'un scélérat en 1950,Présentation ou Charlotte et son steak en 1951 (avec Jean-Luc Godard),Les Petites Filles modèles en 1952,Bérénice en 1954 etLa Sonate à Kreutzer (avec Jean-Luc Godard etJean-Claude Brialy) en 1956[14].Présentation ou Charlotte et son steak, tourné en 1950, n'est sonorisé qu'en 1960 avec les voix d'Anna Karina, Jean-Luc Godard etStéphane Audran. En 1958, il tourneVéronique et son cancre dans l'appartement de Chabrol[27]. Il écrit aussi le scénario deTous les garçons s'appellent Patrick ouCharlotte et Véronique, un court métrage réalisé par Godard en 1958.
Le choix de son pseudonyme, « Éric Rohmer », remonte au début des années 1950. Certains voient dans ce choix un double hommage àErich von Stroheim et àSax Rohmer. Rohmer lui-même explique qu'il l'a choisi sans raison particulière, uniquement parce qu'il aimait bien la sonorité[28].
En 1957, il devientrédacteur en chef desCahiers du cinéma aux côtés d'André Bazin et de Jacques Doniol-Valcroze[7]. En tant que rédacteur en chef, on lui reconnaît une certaine ouverture d'esprit.Michel Mourlet, par exemple, lui est reconnaissant de lui avoir permis de publier son manifestemac-mahonien « Sur un art ignoré » dans lesCahiers en août 1959 alors même que celui-ci n'était pas dans la droite ligne éditoriale de la revue[29],[30]. Il est finalement contraint de démissionner de la rédaction desCahiers en 1963 et de laisser sa place àJacques Rivette[13],[20].
En 1959, il réalise son premier long métrage,Le Signe du Lion, grâce au soutien financier de Claude Chabrol[31]. Alors que Claude Chabrol, François Truffaut et Jean-Luc Godard connaissent chacun le succès avecLe Beau Serge,Les Quatre Cents Coups etÀ bout de souffle, Rohmer, le plus âgé de la bande, doit attendre 1962 pour que son film soit distribué et le film ne rencontre pas son public[32].Pierre Cottrell explique :« Le Signe du lion a mis trois ans à sortir et a été un échec cuisant. Pendant la première moitié des années 60, Rohmer, c’était un peu l’enfant déshérité de la Nouvelle Vague[33]. »
AvecBarbet Schroeder, il tourne les deux premiers films de la série desContes moraux :La Boulangère de Monceau etLa Carrière de Suzanne, en amateur. Les films sont tournés en 16 mm avec unecaméra Beaulieu qui se remonte à la main, ce qui contraint à ne pas faire de plan de plus de vingt secondes. Pour diffuser ces films, Barbet Schroeder crée avec Rohmer etPierre Cottrell la sociétéLes Films du Losange[34]. Ces deux premiers films ne sont distribués qu'en 1974[35].
LesContes moraux se caractérisent par leur unité thématique : un homme à la recherche d'une femme en rencontre une autre et hésite avant de finalement revenir à la première[36]. DansLa Boulangère de Monceau, le narrateur aborde une jeune femme qui lui plaît puis constatant son absence, commence à séduire la boulangère, mais quand la jeune femme réapparaît, il abandonne sans hésiter la boulangère. DansLa Carrière de Suzanne, Bertrand, amoureux de Sophie, hésite à lui préférer Suzanne. DansMa Nuit chez Maud, Jean-Louis, amoureux de Françoise, blonde et catholique, est tenté par Maud, brune et franc-maçonne mais choisit finalement de se marier à Françoise. DansLa Collectionneuse, Adrien, tenté par Haydée, décide finalement de rejoindre sa petite amie àLondres. DansL'Amour l'après-midi, Frédéric, marié à Hélène, est tenté par Chloé mais au dernier moment il se ravise et rentre chez lui retrouver sa femme. Les films de cette série sont tous centrés sur un personnage masculin qui est tenté de déroger à ses principes ou à ses désirs mais à chaque fois, plus par hasard que par sa volonté, finit par adopter un comportement conforme à ses principes[37]. Pour Rohmer, l'expression « conte moral » doit être entendue au sens littéraire du terme :
« Du point de vue de la littérature, le moraliste est celui qui autrefois étudiait les mœurs et les caractères. Entrevus sous cet angle, mes films traitent de certains états d'âme. MesContes moraux sont l'histoire de personnages qui aiment bien analyser leurs pensées et leurs états d'esprit[38]. »
Après son éviction desCahiers du cinéma en 1963, il travaille pour la télévision scolaire et tourne des documentaires[7]. Il réalise notamment des émissions littéraires surMiguel de Cervantes,Edgar Allan Poe,Jean de La Bruyère,Blaise Pascal etVictor Hugo pour une série intituléeEn profil dans le texte, une émission surCarl Theodor Dreyer et une émission sur les rapports entre le cinéma et les autres arts intituléeLe Celluloïd et le Marbre, pour la sérieCinéastes de notre temps[39],[note 6]. Il s'intéresse aussi dès cette époque à l'aménagement du territoire avecL’Ère industrielle : métamorphoses du paysage, un film en noir et blanc qui montre la transformation des paysages ruraux et urbains depuis leXIXe siècle[40].
En 1964, pour le tournage du court métrageNadja à Paris, qui fait le portrait d'une étudiante américaine qui découvre Paris, il commence à travailler avec le chef opérateurNéstor Almendros. Leur collaboration perdure jusqu'au début des années 1980, au moment où, après le succès desNuits de la pleine lune, il cherche à revenir à un cinéma plus amateur avecLe Rayon vert[35].
En 1966, après avoir échoué à la commission d'avance sur recettes pourMa nuit chez Maud, le troisième volet desContes moraux, il tourne en amateurLa Collectionneuse, initialement conçu comme le quatrième volet de la série. Même si le film est amateur, il est tourné en 35 mm et en couleurs[7],[34]. Rohmer monte une première version muette et noir et blanc et Barbet Schroeder montre cette version à différents producteurs. C'est finalementGeorges de Beauregard qui apporte l'argent pour finir le film et assurer sa distribution. Le film sort dans une seule salle parisienne, lestudio Gît-le-Cœur, mais remporte l'Ours d'argent aufestival de Berlin[34],[41].
Il finit par obtenir l'avance sur recettes pourMa nuit chez Maud et le film sort sur les écrans en 1969[7]. Pour la première fois, il peut tourner en son direct[34]. Après avoir vuLa Rosière de Pessac deJean Eustache, il a voulu rencontrerJean-Pierre Ruh qui s'était occupé de la prise de son sur le film et il a tout de suite voulu travailler avec lui.Ma Nuit chez Maud est tourné entièrement en son direct à l'exception de la scène finale sur la plage qui a été tournée une année auparavant sur l'île de Ré et qui a dû être post-synchronisée[42]. La projection du film aufestival de Cannes est catastrophique. Le film sort sur les écrans le 4 juin 1969 et c'est seulement à partir du mois de décembre qu'il devient un succès[33]. Projeté aufestival du film de New York, il y reçoit un accueil critique favorable[43]. Il est ensuite nommé pour l'Oscar du meilleur scénario original, ce qui lui assure une diffusion mondiale immédiate, et donne à Rohmer une certaine notoriété[34],[6].
Le cinquième volet desContes moraux,Le Genou de Claire (1971), est filmé au bord dulac d'Annecy. Comme pourLa Collectionneuse, on retrouve des personnages en vacances[44]. Le film confirme le succès du cinéaste (630 000 entrées en France)[45]. Ce dernier, ainsi queL'Amour l'après-midi, ont été distribués aux États-Unis[46].
L'Amour l'après-midi clôt le cycle desContes moraux. Avec 900 000 entrées en France, le film est un succès[47]. Dans l'ensemble des films de Rohmer, c'est le long métrage qui a eu le plus grand succès aux États-Unis[48].
En 1976, Éric Rohmer réalise une première adaptation d'une œuvre littéraire au cinéma avecLa Marquise d'O… d'aprèsHeinrich von Kleist. Pour l'univers pictural du film, il s'inspire de l'esthétique duromantisme allemand et notamment deJohann Heinrich Füssli etCaspar David Friedrich[6]. C'est le parti pris de Rohmer pour les films historiques. Dans un entretien qu'il accorde auxCahiers du cinéma en mai 1981, il explique que pour retrouver la réalité d'une époque, il faut passer par la peinture[56]. Le film rassemble 295 000 spectateurs en France[57].
Rohmer adaptePerceval le Gallois à l'écran en prenant le parti d'adopter les codes de représentation de la peinture duXIIe siècle.
Il fait une première expérience au théâtre en 1979 avec la mise en scène deLa Petite Catherine de Heilbronn deHeinrich von Kleist authéâtre des Amandiers à Nanterre, dans le cadre dufestival d'automne. La distribution comprend notamment :Pascale Ogier,Arielle Dombasle,Marie Rivière, Rosette etPascal Greggory. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'il donne à l'actrice Françoise Quéré le surnom de « Rosette », qu'elle adopte ensuite comme nom de scène. Son interprétation de la pièce choque car il utilise des procédés cinématographiques au théâtre. Par exemple, des images de personnages filmés en gros plans sont projetées sur un écran pendant la représentation. La pièce est très mal reçue[60],[61],[62].
En 1980, il fonde une seconde société de production, laCompagnie Éric Rohmer. Cette seconde société produit exclusivement ses films alors queLes Films du Losange produisent de nombreux autres réalisateurs. Elle donne à Rohmer une plus grande indépendance. À partir de cette date, plusieurs films sont coproduits par Les films du Losange et la Compagnie Éric Rohmer[7].
En 1981, il inaugure la sérieComédies et proverbes avecLa Femme de l'aviateur. Dans cette série, chaque film illustre une phrase tirée de la sagesse populaire, inventée pour les besoins de la cause le cas échéant. Rohmer dit lui-même que le proverbe arrive à la fin mais que les films ne sont pas vraiment construits autour des proverbes :« c'est au dernier moment que je trouverai le proverbe parce qu'en un sens, c'est une mystification, les films ne sont pas vraiment construits sur les proverbes. D'ailleurs, c'est la règle du jeu, chezMusset aussi le proverbe arrive à la fin, on ne sait pas pourquoi. Par exemple « On ne saurait penser à tout », ce n'est que le mot de la fin[56]. » Alors que dans lesContes moraux, l'histoire est toujours filmée du point de vue de l'homme, les films du cycleComédies et proverbes sont centrés sur des personnages féminins. De même, les principes universels attachés aux personnages principaux desContes moraux ont été remplacés par desproverbes[37].
Les Nuits de la pleine lune s'ouvre sur le proverbe « Qui a deux femmes perd son âme. Qui a deux maisons perd sa raison. » En fait, le proverbe est ici inventé de toutes pièces par Rohmer[63]. La comédiennePascale Ogier participe au choix des vêtements, de la décoration, de la musique et des lieux et fait du film un portrait de la jeunessenew wave des années 1980. Elle fait découvrir au cinéaste la musique d'Elli et Jacno. Pascale Ogier obtient le prix d'interprétation féminine à laMostra de Venise. Elle meurt quelques jours après la sortie du film d'un arrêt cardiaque[6],[64]. Rohmer renoue alors avec le succès avec 625 000 spectateurs en France[65]. D'après le sociologue Michel Bozon, le film est l'un des premiers à mettre en scène la cohabitation sans mariage en tant que période d'essai du couple[37].
À côté de son travail personnel, il aime aussi participer aux projets des acteurs qui l'entourent. Il apparaît ainsi en 1982 dansChassé-croisé, le premier film réalisé parArielle Dombasle[60]. Il tient la caméra dans la sérieLes Aventures de Rosette, une série de films de vacances réalisée par son actriceRosette et tournée enSuper 8 entre 1983 et 1987[66]. Il réalise également un clip pour elle, intituléBois ton café, il va être froid[62] et il est mêmeperchman sur un court métrage de Haydée Caillot en 1985[67].
Après le succès desNuits de la pleine lune, Rohmer cherche à revenir à un cinéma plus amateur et à s'encadrer d'une équipe technique réduite et jeune. À propos desNuits de la pleine lune, il confie à sa productrice et collaboratriceFrançoise Etchegaray :« Eh bien, je n'en peux plus… Je sais, d'ailleurs ce que vous me dites, c'est également ce que les critiques vont dire : c'est une œuvre admirable et ils vont me sortir toutes les références » et il ajoute :« Moi, je n'en peux plus, voilà… J'aimerais passer à autre chose et faire un film entièrement libre qui ne sera peut-être pas un film, qui sera peut-être une esquisse[68]. » À partir de ce moment, il cesse de travailler avec son chef opérateurNéstor Almendros et s'entoure de techniciens plus jeunes et novices dans le métier (Diane Baratier, Pascal Ribier,Mary Stephen, Françoise Etchegaray etLisa Heredia)[69],[66].
Le Rayon vert est un film tourné dans des conditions très proches de l'amateurisme. Il est tourné en 16 mm avec un budget de 600 000 francs et une équipe technique extrêmement légère[70]. Alors que Rohmer a l'habitude d'écrire avec précision ses dialogues, il choisit cette fois de laisser place à l'improvisation des acteurs[71]. C'est le seul film de Rohmer qui soit entièrement improvisé[72].Le film se termine par un plan sur unrayon vert. Il est très rare de pouvoir observer, eta fortiori filmer, ce phénomène et Rohmer est opposé à l'idée de recourir à un effet spécial. Il n'a pas eu la chance de filmer ce rayon vert sur le tournage même du film. Le plan a finalement été tourné aux Canaries, sept mois après la fin du tournage, parPhilippe Demard. L'image a ensuite été retravaillée et notamment ralentie pour les besoins du film[73]. Rohmer innove aussi dans sa stratégie de distribution en diffusantLe Rayon vert surCanal+ trois jours avant sa sortie en salles[74],[75]. Le film obtient leLion d'or àVenise et fait 460 000 entrées en salles[76],[77]. Rohmer enchaîne ensuite le tournage desQuatre aventures de Reinette et Mirabelle et deL'Ami de mon amie, dernier volet de la série desComédies et proverbes.
Pour le dernier plan de son film,Le Rayon vert, Rohmer refuse d'avoir recours à un trucage et cherche à filmer unrayon vert.
En 1989, il réalise pour la télévision l'émission « Les jeux de société », un documentaire sur l'histoire des jeux de société qui s'inspire du travail des historiensGeorges Duby etPhilippe Ariès[78].
En 1990, il réalise le clip vidéo de la chansonAmour symphonique d'Arielle Dombasle.
Lesannées 1990 sont marquées par lesContes des quatre saisons, dans lesquels le cinéaste poursuit son exploration des jeux et des hasards amoureux. À la différence de la série desContes moraux, il n'y a pas ici de canevas préétabli qui fasse le lien entre les quatre films[79].
Avec leConte d'hiver, Rohmer retrouve le thème du pari de Pascal au centre deMa nuit chez Maud. Le personnage principal, Félicie, renonce aux deux hommes qu'elle n'aime que modérément et parie sur ses retrouvailles avec son véritable amour, Charles, avec qui elle a perdu contact par un hasard malheureux[80]. 210 000 spectateurs vont voir le film[81]
En 1993, juste avant lesélections législatives françaises, Rohmer sortL'Arbre, le maire et la médiathèque dans lequel il aborde pour la première fois le thème de la politique. On retrouve aussi dans ce film le thème plus classique chez lui de l'aménagement du territoire[82]. C'est le premier film entièrement produit par la Compagnie Éric Rohmer. Il a coûté 600 000 francs et a été revendu à Canal + pour 2,5 millions de francs[83]. 175 000 spectateurs ont vu le film en France[84].
Les Rendez-vous de Paris est composé de trois sketchs, « Le rendez-vous de7 heures », « Les bancs de Paris » et « Mère et enfant 1907 »[85], une des unités du film en dehors du thème des amours contrariées, est lié à l'importance des références iconographiques, aussi bienJoan Miro quePicasso.
AprèsLa Collectionneuse,Pauline à la plage etLe Rayon vert,Conte d'été s'inscrit dans la série des films de vacances. L'action se déroule cette fois àDinard en Bretagne[86]. 318 000 spectateurs vont voir le film[87].
Avec la Compagnie Éric Rohmer, il produit et réalise aussi des courts métrages avec ses proches collaboratrices,France deDiane Baratier,Les Amis de Ninon de Rosette,Des goûts et des couleurs,Heurts divers. À l'exception deFrance, Rohmer réalise tous ces films sur des histoires inspirées de ses collaboratrices mais ne signe que le « découpage » au générique du film et attribue le film à ses collaboratrices[88]. Plusieurs de ces films sont diffusés ensemble au cinéma en 1998 sous le titreAnniversaires[89]. Une autre série de six courts-métrages consacré aux arts picturaux et intitulésLe Modèle est sortie entre 1998 et 2009, dontLa Cambrure (1999) de Edwige Shaki etLe Canapé rouge (2005) deMarie Rivière[90].
Rohmer clôt le cycle desContes des quatre saisons avecConte d'automne en 1998. Pour filmer l'automne, Rohmer choisit les paysages de laDrôme. Le film remporte un grand succès public (un million de spectateurs dans l'ensemble de l'Union européenne depuis sa sortie[91]).
L'Anglaise et le Duc s'inspire des mémoires deGrace Elliott, la maîtresse du duc d'Orléans pendant laRévolution française. Rohmer cherche à montrer la Révolution« comme la voyaient ceux qui l'ont vécue » et refuse de filmer en décor réel dans une ville qui ne soit pas Paris. Comme pourPerceval le Gallois, il conçoit le décor en s'inspirant des représentations picturales de l'époque où se déroule l'action. Pour représenter Paris, il utilise les possibilités du numérique pourincruster les acteurs filmés sur fond vert dans des tableaux peints sous sa direction reconstituant avec fidélité latopographie de l'époque et peints à la manière de la fin duXVIIIe siècle[92],[93]. Comme le coût du film est élevé (40 millions de francs, soit 6,1 millions d'euros), il est produit en collaboration par la Compagnie Éric Rohmer etPathé[94]. Le film est tourné entièrement en studio en douze semaines[95]. Au regret de certains observateurs commeAntoine de Baecque, le film n'est pas sélectionné aufestival de Cannes[94] mais rencontre un certain succès public (637 070 spectateurs dans l'ensemble de l'Union européenne depuis sa sortie)[96].
Les Amours d'Astrée et de Céladon est une adaptation cinématographique deL'Astrée.
Triple Agent surprend par son sujet. Pour la première fois, Rohmer s'intéresse à une histoire d'espionnage, en fait lié aux opérations des services secrets de l'URSS dans les milieux des Russes exilés. Mais, à la différence des films d'espionnage classiques, il ne se passe rien à l'écran en termes d'actions spectaculaires. Rohmer dit lui-même :« J'ai tout de suite pensé que l'histoire devait être montrée par la parole, pas par les faits[97]. » L'action se situe à Paris dans les années 1930. Rohmer s'attache à respecter la langue et la diction de l'époque. Par exemple, les acteurs prononcent « fassiste » plutôt que « fachiste »[97]. Pour la première fois de sa carrière, Rohmer utilise dans son film des images d'archives. Le film ne fait que 60 000 entrées en France[77],[98],[99]. Si on considère l'ensemble des entrées dans l'Union européenne depuis la sortie du film, on obtient le chiffre de 133 793 entrées[100].
Enfin, avec son dernier long métrageLes Amours d'Astrée et de Céladon, il signe une troisième adaptation d'une œuvre littéraire aprèsLa Marquise d'O… etPerceval. C'est le réalisateurPierre Zucca qui, le premier, avait eu le projet d'adapterL'Astrée au cinéma : bien qu'ayant rédigé un scénario, il n'avait jamais pu réaliser son film. Rohmer a découvert le roman d'Honoré d'Urfé grâce au scénario de Zucca, mais son projet d'adaptation est complètement différent de celui de Zucca. À l'inverse des précédents films d'époque tournés en studio, celui-ci est tourné entièrement en décor naturel[101]. L'univers du film s'inspire des esthétiques picturales deNicolas Poussin et deJean-Honoré Fragonard[102]. Le film est tourné ensuper 16[103]. Il ne rencontre pas de succès et n'est pas vendu à l'étranger[77]. Le film a fait 138 706 entrées dans l'Union européenne depuis sa sortie[104].
De nombreuses personnalités du cinéma lui rendent hommage et assistent à ses funérailles, notammentArielle Dombasle etFabrice Luchini, qu'il a fait jouer dans de nombreux films[107].
Rohmer est toujours resté très discret sur sa vie privée. Il a même volontairement brouillé les pistes. Par exemple, dans un entretien auFilm Quarterly en 1971, il avoue lui-même ne pas toujours indiquer la même date de naissance :« Ce que je dis le plus souvent — mais je n'en mettrais pas ma tête à couper — c'est que je suis né le 4 avril 1923 à Nancy. De temps en temps je donne d'autres dates mais si vous utilisez celle-là, vous serez sûrement en accord avec d'autres biographes[note 7],[112]. »
D'après son biographeAntoine de Baecque, ce goût du secret de Rohmer est surtout lié à sa mère, morte en 1970, à qui il a toujours voulu cacher son métier de cinéaste[113].
Il a évité autant qu'il a pu les cérémonies et les festivals[114]. Par exemple, en 1976, il refuse d'aller présenterLa Marquise d'O… aufestival de Cannes et justifie sa décision dans une lettre adressée aux responsables à la fois par sa timidité et par sa volonté de rester anonyme :
« Si je dois au public une œuvre faite à son adresse, si j’admets volontiers que, pour le prestige et le bien de la Culture, sa présentation puisse être entourée de quelque pompe, je n’en prétends pas moins rester jalousement maître de ma personne privée. J’aurais trop chèrement payé le succès auquel j'ai accédé depuis peu, si ce devait être au prix de cette liberté que tant d’années de lutte dans l’ombre m’ont rendue plus chère que tout. Je ne suis plus d’âge à me guérir d’une timidité devant les foules que je vous laisse le droit d’appeler maladive[115]. »
Il a toutefois fait quelques exceptions à cette règle de conduite et a, par exemple, accepté de se rendre à la Mostra de Venise en 2001 pour recevoir unLion d'or pour l'ensemble de sa carrière[116].
Le cinéaste faillit néanmoins entrer à l'Académie française, ce qui aurait fait de lui le second réalisateur à en faire partie, le premier ayant étéRené Clair. C'est l'anthropologueClaude Lévi-Strauss, grand admirateur de Rohmer qui aurait envisagé ce projet. Mais après avoir tâté la réaction de ses collègues, peu favorables, il y renonça[117].Marc Fumaroli aurait également fait campagne pour que Rohmer rejoigne « les Immortels »[118].
Pour les mêmes raisons, Rohmer a longtemps été hostile à l'idée de donner des interviews filmées. AinsiAndré S. Labarthe a mis des années à le convaincre de lui consacrer une émission dans la sérieCinéma, de notre temps[119]. De même,Serge Toubiana, réalisateur avecMichel Pascal d'un film sur François Truffaut intituléFrançois Truffaut : Portraits volés pour lequel il souhaitait recueillir le témoignage d'Éric Rohmer, a rencontré les mêmes difficultés pour obtenir son assentiment[120]. Toubiana confirma ensuite cela et fit convaincre Rohmer que Truffaut avait un dossier sur lui dans les locaux desFilms du Carrosse (c'était un scénario coécrit dans les années 1950,L'Église moderne)[121].
Conformément à la « politique des auteurs » qu'il a défendue en tant que critique de cinéma dans les années 1950, Éric Rohmer s'est toujours considéré comme un auteur qui a souhaité construire une œuvre cohérente. Ainsi, dans un entretien à la revueSéquences en 1971, il explique :
« Je ne me considère pas comme un réalisateur mais comme un auteur de films[38]. »
À la différence de nombreux autres cinéastes, Rohmer ne cherche pas à rencontrer un large public. Il considère que ses films ont un caractère intime et qu'ils n'ont pas vocation à plaire à une large audience. Partant de ce constat, il adapte le coût de ses films à leurs recettes potentielles. À la différence des autres protagonistes de laNouvelle Vague, il n'a pas cherché à faire des films à gros budgets quand il en a eu la possibilité. Au contraire, il a toujours essayé de rester dans une économie proche de l'amateurisme. Par exemple, il a réalisé de nombreux films en 16 mm. Il travaille avec une équipe légère, sans assistant niscripte. Dès 1952, alors qu'il tourneLes Petites Filles modèles, Rohmer craint que l'entourage de techniciens trop nombreux ralentisse le travail du réalisateur et le freine dans ses innovations et ses audaces[125]. Il n'a dérogé à sa ligne de conduite que lorsque le projet l'exigeait. Ce fut notamment le cas pourPerceval le Gallois etL'Anglaise et le Duc[112],[126].
Même en tant que cinéaste reconnu, il continue d'accorder une grande importance au court métrage. Ainsi au milieu des années 1980, après le succès duRayon vert, il tourneQuatre aventures de Reinette et Mirabelle et au milieu des années 1990, il tourneLes Rendez-vous de Paris[127].
Cette économie des moyens est aussi liée au désir de laisser la place à l'aléa lors des tournages. Dans l'entretien qu'il accorde auxCahiers du cinéma en mai 1981, Rohmer dit :« Moi-même, j'ai peut-être aspiré vaguement au confort, comme tout le monde. Et en même temps, je n'ai pas voulu me laisser enfermer là-dedans. Dans tous les films que j'ai faits, l'aléatoire a de l'importance[56]. » Par exemple, dansLa Femme de l'aviateur, la pluie n'était pas prévue. Dans le même entretien il explique :« J'ai trouvé ça extraordinaire, parce que là, dans un film de fiction, c'était du cinéma de vérité absolue, du reportage fiction si vous voulez[56]. »
Cette économie des moyens correspond aussi à un souci d'autonomie. Après l'échec duSigne du Lion en 1962, il décide de créer avecBarbet Schroeder une société de production,Les Films du Losange, puis au début des années 1980, laCompagnie Éric Rohmer[128].
Même s'il a de temps en temps travaillé avec des comédiens célèbres commeJean-Claude Brialy dansLe genou de Claire etJean-Louis Trintignant dansMa Nuit chez Maud, il a également souvent tourné ses films aux côtés d'acteurs peu connus du grand public, issus de la télévision ou du théâtre et même des acteurs amateurs. Dans un entretien auxInrockuptibles en 1998, il explique pourquoi il joue peu avec des acteurs célèbres :
« Je ne trouve plus d'acteurs qui aient à la fois une grande prestance et un grand charme auprès d'un grand public, comme pouvaient en avoir Trintignant ou Brialy, et qui soient capables d'imposer leur personnalité à des personnages sans les détruire et sans les assimiler à eux-mêmes. Je dois donc chercher mes acteurs au théâtre ou à la télévision[36]. »
Le style de jeu des acteurs de Rohmer est très particulier. Arielle Dombasle explique que ses films sont toujours écrits à la virgule près et qu'en même temps les« acteurs ont toujours l'air d'inventer leur texte[60]. » Cette impression provient aussi de l'écriture des dialogues. Dans la revueSéquences, le critique Maurice Elia parle à leur propos d'« une sorte de spontanéité au second degré[131]. »
Les différents témoignages montrent qu'en général Rohmer travaille plusieurs mois à l'avance le texte avec les acteurs et le réécrit partiellement en fonction de la personnalité et du langage des interprètes, de sorte qu'il est à la fois très écrit et dit avec un certain naturel[132],[133],[134],[63]. PourLe Rayon Vert, les acteurs sont ainsi crédités comme auteurs des dialogues[46]. De même,Emmanuelle Chaulet, actrice dansL'Ami de mon amie, explique que son personnage a été construit après de longues conversations qu'elle a eues avec le cinéaste au cours des deux années qui ont précédé le tournage[135].François-Éric Gendron, qui joue dansL'Ami de mon amie, explique que pour obtenir l'impression de spontanéité et d'improvisation recherchée par Rohmer, l'acteur doit justement connaître son texte sur le bout des doigts[135].
En revanche, sur le tournage lui-même, il semble que Rohmer soit assez peu directif.Fabrice Luchini explique qu'il ne donnait généralement aucune indication de jeu aux acteurs[136]. Emmanuelle Chaulet explique la même chose :
« On répète énormément avant, et quand on arrive sur le tournage il donne uniquement des indications de déplacement et ne parle plus du tout du jeu ni de psychologie[135]. »
Dans un entretien donné au journalLibération après la sortie dePauline à la plage, Rohmer explique lui-même qu'il« aime faire appel à l'intelligence de l'acteur » et « faire confiance à un mouvement naturel des choses, sans trop essayer d’intervenir[137] ».
La majorité des scénarios de Rohmer proviennent d'histoires qu'il a écrites dans sa jeunesse dans des carnets[138].
Il est important pour Rohmer que le film existe d'abord sous une forme littéraire. Il dit qu'il a besoin de se considérer comme l'« adaptateur » de sa propre œuvre. Cela signifie que les dialogues, le texte, est écrit avant d'envisager la mise en scène. Par exemple,Ma Nuit chez Maud a été écrit deux ans avant le tournage etLa Femme de l'aviateur a été écrit sans penser aux lieux de tournage[56].
À l'exception de certains projets spécifiques commePerceval, Rohmer aime tourner en extérieur. Cela est lié à son désir de laisser place à l'aléa lors des tournages. En général, il engage très peu de figurants et filme les gens tels qu'ils sont dans la rue. Par exemple, dansLa Femme de l'aviateur, il n'y a pas de figurants dans les scènes qui se déroulent aux Buttes-Chaumont ou dans les scènes qui se déroulent à la gare de l'Est. Cette méthode suppose aussi de tourner avec de petites équipes et du matériel peu encombrant.La Femme de l'aviateur est ainsi tourné avec une caméra 16 mm[56].
Éric Rohmer prête une grande attention à la perception de l'espace dans ses films. Cette attention se manifeste dès son premier article critique publié dansLa Revue du cinéma en 1948 et intitulé « Du cinéma, art de l'espace »[18].
Il oppose ainsi le cinéma authéâtre. Alors qu'au théâtre, toute la mise en scène se concentre sur l'espace scénique, la mise en scène de cinéma se déploie sur un lieu réel qui déborde le cadre. Dans un entretien auxInrockuptibles après la sortie deConte d'automne, il explique qu'il cherche à faire partager au spectateur l'espace réel dans lequel se situe l'action du film :« Je cherche à ce que le spectateur ait une idée de l'espace dans lequel se déroule l'histoire, et c'est très difficile[36]. »
Ainsi ses films sont toujours fortement ancrés dans un lieu précis. Rohmer indique toujours les lieux de l'intrigue avec une grande précision, soit en nommant les rues, soit en filmant en gros plan les panneaux indiquant le nom de la rue ou de la ville. Par exemple, au début deLa Boulangère de Monceau, le narrateur décrit avec précision les lieux dans lesquels se déroule l'action du film[139].
Dans le film à sketchesParis vu par…, qui comprend des courts métrages de Jean-Luc Godard, Claude Chabrol,Jean Rouch,Jean-Daniel Pollet et Jean Douchet, Luc Moullet remarque que Rohmer est le seul à utiliser dans son film la spécificité du lieu qu'il filme. Les autres courts métrages auraient pu être filmés ailleurs qu'à Paris, alors que dansPlace de l’Étoile, Rohmer, qui connaît bien le lieu puisque la rédaction desCahiers se situe juste à côté, joue sur la synchronisation des feux rouges au sein même de son film[140].
Rohmer filme souvent les déplacements de ses personnages. Si un personnage va d'un endroit à un autre, on a généralement un plan montrant son déplacement. Ainsi, le spectateur prend conscience de l'espace dans lequel se situent les personnages[139].
Il y a généralement très peu de musique dans l’œuvre de Rohmer. Il n'aime pas l'utilisation de la musique qui est faite dans les films à l'exception de ceux deJean-Luc Godard et deMarguerite Duras. Il considère lamusique extradiégétique, ou musique de fosse, comme une facilité destinée à compléter ce que le réalisateur n'a pas su exprimer avec des images. En revanche, il arrive que Rohmer utilise une musique d'écran. Dans l'émissionPreuves à l'appui, Rohmer explique que pour lui, lorsqu'il y a des dialogues, il faut les entendre pleinement, sans musique de fond, et que lorsqu'il n'y a pas de dialogues, les « bruits de la nature » sont intéressants en eux-mêmes. Il en conclut qu'il n'y a généralement pas de place pour la musique dans un film[130].
Rohmer fait toutefois quelques exceptions dans son œuvre. Le début de la rêverie de Frédéric dansL'Amour l'après-midi est accompagné d'une légère musique. À la fin deLa Femme de l'aviateur, on entend la chansonParis m'a séduit chantée par Arielle Dombasle. À la fin duRayon vert, l'apparition duphotométéore est accompagnée d'une composition sonore deJean-Louis Valero. La première séquence duConte d'hiver est accompagnée d'une musique de fond au piano. On trouve aussi de la musique d'écran, qui appartient à l'espace représenté, dans certaines scènes de danse (Les Nuits de la pleine lune,Pauline à la plage), lorsque le personnage met un disque (Le Signe du lion) ou encore quand le personnage joue lui-même de la musique (Gaspard dansConte d'été)[141],[142].
Les musiques de film dans les films de Rohmer sont créditées au nom deJean-Louis Valero ou de Sébastien Erms. Sébastien Erms est en réalité un pseudonyme. Le E et le R sont les initiales d'Éric Rohmer et le M et le S correspondent aux initiales deMary Stephen. La chansonParis m'a séduit et la musique du prologue deConte d'hiver est attribuée à Sébastien Erms. C'est en fait une idée de Rohmer développée par Mary Stephen[143]. De même, la musique deConte d'été est en fait un thème suggéré par Rohmer puis développé parMary Stephen etMelvil Poupaud[144].
Jean-Louis Valero a composéSlow bel oiseau des îles, le slow qui passe au dancing et que Pauline et son ami vont écouter dansPauline à la plage. PourLe Rayon vert, Rohmer a exceptionnellement demandé à Valero une « vraie musique de film ». PourQuatre aventure de Reinette et Mirabelle, il est revenu à ses principes sur la musique et a simplement demandé une musique très simple pour le générique. Valero a composé une musique très simple qui dit le titre encode Morse et enfin il a composé leMontmorency Blues pour leConte de printemps[145].
Rohmer accorde une grande importance au réalisme des sons. Pour lui les sons ne sont pas des effets mais sont là pour reconstituer une ambiance. Il travaille la plupart du temps enson direct[130].
Dans l'un de ses premiers articles, intitulé « Pour un cinéma parlant », Éric Rohmer déplore que le cinéma, bien qu'il soit devenu parlant depuis 1930, n'accorde en général qu'une place secondaire aux dialogues. Pour lui, le cinéma parlant tel qu'il est pratiqué au moment où il rédige l'article n'est en réalité qu'un« cinémasonore »[146].
Ses films accordent généralement une place importante aux dialogues et à la parole.François-Guillaume Lorrain considère que« Rohmer est l'homme qui a su le mieux filmer les mots, leur pouvoir, leur érotisme[15]. » PourMichel Mourlet,« les films de Rohmer sont les seuls à envisager le dialogue comme le sujet même de leur mise en scène et non pas comme le complément de l'action[147] ».
En revanche, ses détracteurs qualifient ses films de « films bavards »[119]. Dans sonDictionnaire des films,Jacques Lourcelles est particulièrement critique. Il décrit la sérieComédies et proverbes comme « peuplée comme le reste de l'œuvre de Rohmer de midinettes et de Marie-Chantal plus ou moins esseulées, bavardes, nombrilistes. » Il condamne dans ses films « deux excès également haïssables : le texte trop écrit,logorrhée rhétorique… et le texte trop improvisé… hérité des expériences du cinéma vérité des années 1960. » Ces artifices théoriques auraient, selon lui, pour conséquence des films « criant de fausseté »[148]. D'autres détracteurs jugent que Rohmer accorde plus d'importance au texte (aux dialogues) qu'à la mise en scène et qualifient alors son cinéma de « littéraire »[149].
De son côté, Rohmer affirme chercher à filmer la parole :
« Pour moi, il y a plus de mise en scène cinématographique lorsque je fais parler des gens que si je montre quelqu'un qui tire un coup de pistolet ou qui joue à James Bond[150]. »
Jean-François Pigouillé distingue deux types de personnages rohmériens, ceux qui sont orgueilleux et qui s'illusionnent sur eux-mêmes, comme Jean-Louis dansMa Nuit chez Maud, Sabine dansLe Beau Mariage ou Philippe-Égalité dansL'Anglaise et le Duc et ceux qui font confiance à la grâce ou à la Providence comme Félicie dansLe Conte d'hiver. Le personnage de Félicie est en quelque sorte récompensé de son humilité et de sa foi par la ré-apparition finale de Charles[151].
Les personnages de Rohmer ont toujours uneposition sociale clairement déterminée. On connaît en général leurprofession. Cette information passe la plupart du temps par le dialogue plutôt que par la situation puisqu'il est très rare que Rohmer filme un personnage dans l'exercice de son métier[130].
Les films de Rohmer sont majoritairement contemporains. Les films historiques,La Marquise d'O,Perceval,L'Anglaise et le duc,Les Amours d'Astrées et Céladon, sont tous des adaptations d'œuvres littéraires. Rohmer le justifie par un souci de réalité :« Je serais incapable d'écrire quelque chose qui se passe dans le passé. J'ai trop le souci de la réalité pour essayer moi-même d'écrire, de faire dire ne serait-ce qu'un mot à quelqu'un qui n'est pas mon contemporain : j'ai besoin d'un texte. Par conséquent, si je fais des choses qui ne sont pas contemporaines, soit au cinéma, soit au théâtre (parce que le théâtre, ça m'amuserait d'en faire encore), ce seront des textes qui ne sont pas de moi[56] ».
Dans un article publié en 2007, le sociologue et démographe Michel Bozon, spécialiste de la sociologie du couple, analyse l'évolution de la représentation du couple dans l’œuvre d’Éric Rohmer. Il remarque que si, dans la série desSix contes moraux le thème du mariage est omniprésent, il a quasiment disparu de celle desComédies et proverbes. Il constate aussi dans ce dernier cycle une plus grande autonomie des femmes, en phase selon lui avec l'évolution de la société. Alors que lesContes moraux sont filmés du point de vue de l'homme, la sérieComédies et proverbes prend toujours le point de vue d'une femme. Enfin, alors que dans lesContes moraux, les personnages cherchent à agir au nom de grands principes, les personnages du cycleComédies et proverbes bricolent leurs règles de conduite en s'adaptant aux situations concrètes. Dans la troisième série de films, lesContes des quatre saisons, Michel Bozon remarque un élargissement de l'éventail des personnages concernés par les rencontres amoureuses. Le personnage principal deConte d'automne par exemple a quarante ou cinquante ans[37].
L'œuvre de Rohmer est souvent comparée à l'œuvre deMarivaux. Ainsi dansLe Point, François-Guillaume Lorrain le qualifie de« Marivaux du septième art français[15] ». Le titre de l'ouvrage de Michel Serceau consacré à RohmerLes jeux de l'amour, du hasard et du discours[152] est lui-même une référence à une célèbre pièce de MarivauxLe Jeu de l'amour et du hasard. On qualifie souvent ses intrigues de « marivaudages » parce que ses personnages donnent l'impression de jouer et de se prendre au jeu de la séduction, comme dans les pièces de Marivaux. Pourtant, dans l'émission de télévisionPreuves à l'appui, Rohmer explique qu'il n'apprécie pas particulièrement le théâtre de Marivaux[153],[130].
L'œuvre de Rohmer est souvent rapprochée de celle deMarivaux.
Dès 1965, Rohmer réalise pour la télévisionEntretien sur Pascal avec le philosopheBrice Parain et lepère Dubarle. Pascal est aussi explicitement mentionné dansMa nuit chez Maud et dansConte d'hiver. Dans le premier film, la référence au philosophe, auteur desPensées, est omniprésente. Le film se situe àClermont-Ferrand, ville natale deBlaise Pascal. C'est aussi la ville où le philosophe et savant fit réaliser par son beau-frère une expérience scientifique décisive qui faisait apparaître l'existence d'une pression atmosphérique.
On y trouve deux conversations directes sur lui, la première dans un café entre Vidal et Jean-Louis, dans laquelle Jean-Louis, le catholique, exprime sa déception à la relecture de Pascal tandis que Vidal, le communiste, applique lepari du philosophe à sa propre situation de communiste qui doit parier sur le fait que l'histoire ait un sens. La seconde conversation a lieu chez Maud. Jean-Louis exprime son refus de choisir entre Dieu et les plaisirs quotidiens, symbolisés par le vin deChanturgue, alors que Vidal voit en Pascal la mauvaise conscience de Jean-Louis qui refuse de choisir alors qu'il doit choisir. DansConte d'hiver, Loïc compare le choix de Félicie d'être fidèle à son amour perdu, Charles, au pari de Pascal. Indépendamment de ces références explicites, les thèmes du choix et du hasard sont omniprésents dans l’œuvre de Rohmer[154].
AvecClaude Chabrol,Jean-Luc Godard,Jacques Rivette etFrançois Truffaut, Rohmer fait partie du groupe de laNouvelle Vague, dit aussi groupe desCahiers du cinéma. La Nouvelle Vague n'est pas une école, au sens où les films de ces cinéastes sont tous très différents et n'obéissent pas à des principes esthétiques communs. Ces cinéastes ont en commun d'être venus au cinéma par la critique et d'être devenus réalisateurs sans avoir fait une école de cinéma ou avoir été l'assistant d'un autre réalisateur. Rohmer juge que cela leur a donné une certaine liberté et il considère que leurs films sont moins « scolaires » que les autres films. Ils ont aussi en commun des références cinématographiques et littéraires. Au cinéma, ils ont tous partagé une admiration pourAlfred Hitchcock etHoward Hawks[note 9]. En littérature, ils avaient tous une admiration pourBalzac etDashiell Hammett[56].
Intellectuellement, Rohmer est proche d'André Bazin. Il a travaillé avec lui auxCahiers du cinéma et le considère comme son professeur et son ami. Il reprend aussi la conception du cinéma de Bazin fondée sur l'opposition entre ceux qui comme Eisenstein et Gance croient d'abord à l'image et ceux qui comme Flaherty, Stroheim ou Murnau croient d'abord à la réalité[155].
Le cinéaste coréenHong Sang-soo revendique l'héritage d'Éric Rohmer.
L’œuvre de Rohmer est reconnue comme une œuvre à part. Sa productrice à la Compagnie Éric Rohmer, Françoise Etchegaray, ne lui voit pas de descendance[156]. Néanmoins, certains cinéastes sont souvent qualifiés de « rohmériens » par la critique cinématographique. C'est par exemple le cas du cinéaste coréenHong Sang-soo[157].Pour Jean-François Rauger, critique au journalLe Monde, la manière de Hong Sang-soo« de capter la persistance d'une forme de mauvaise foi chez les personnages du film fait du réalisateur coréen le seul héritier indiscutable d'Éric Rohmer[158] ». Hong Sang-soo revendique lui-même clairement l'influence de Rohmer[159]. C'est aussi le cas de la réalisatriceMia Hansen Løve notamment lors de la promotion d'un film commeL'avenir[160]. De même, l'œuvre d'Emmanuel Mouret est aussi souvent considérée comme proche de celle de Rohmer[161],[162]. Le moyen métrageUn monde sans femmes (2012) deGuillaume Brac a été comparé par un grand nombre de critiques à un film de Rohmer[163],[164],[165],[166] et le long métrage espagnolLa Amiga de mi amiga de Zaida Carmona qui s'inscrit aussi dans cette filiation est une référence directe au filmL'amie de mon amie[167].
Le filmMaestro, réalisé parLéa Fazer et sorti en2014, est un hommage direct à Éric Rohmer et à son univers. Il s'agissait à l'origine d'un projet de l'acteurJocelyn Quivrin à qui l'idée avait été inspirée par son expérience surLes Amours d'Astrée et de Céladon :Michael Lonsdale y interprète le rôle du réalisateur Cédric Rovère et l'histoire se déroule sur le tournage d'un film inspiré deL'Astrée.Maestro est dédié à Éric Rohmer et à Jocelyn Quivrin, décédés à quelques mois d'intervalle[168].
Dans son premier album,Clio (2016), la chanteuseClio rend hommage à Éric Rohmer avec la chansonÉric Rohmer est mort, en duo avecFabrice Luchini[169].
Recueil d'articles publiés par Éric Rohmer entre 1948 et 1979 sélectionnés par Jean Narboni. L'ouvrage est précédé d'un entretien entre Jean Narboni et Éric Rohmer.
ÉricRohmer, « L’Anglaise et le Duc, note d’intention »,Trafic,no 75,.
ÉricRohmer, NoëlHerpe et PhilippeFauvel,Le celluloïd et le marbre : suivi d'un entretien inédit avec Noël Herpe et Philippe Fauvel, Paris,Léo Scheer,,1reéd., 171 p.(ISBN978-2-7561-0244-3).
Entretien réalisé à Paris les 22, 28 et 29 octobre 2009.
Recueil de huit nouvelles rédigées par Éric Rohmer entre 1940 et 1950. Les textes ont été rassemblés parAntoine de Baecque etNoël Herpe à partir des archives déposées à l'IMEC.
En tant que réalisateur, Éric Rohmer n'a pas obtenu d'énormes succès au box-office. Seul le filmMa nuit chez Maud a dépassé la barre du million d'entrées en France.
Légendes : Budget (entre 1 et 10 M€,entre 10 et 100 M€ etplus de 100 M€),France (entre 100 000 et 1 M d'entrées,entre 1 et 2 M d'entrées etplus de 2 M d'entrées) etÉtats-Unis (entre 1 et 50 M$,entre 50 et 100 M$ etplus de 100 M$).
MariaTortajada,Le Spectateur séduit : le libertinage dans le cinéma d'Éric Rohmer et sa function dans une théorie de la représentation filmique, Paris,Kimé,.
Patrice Guillamaud,Le Charme et la sublimation. Essai sur le désir et la renonciation dans l'œuvre d'Eric Rohmer, Paris, éd. du Cerf, 2017(ISBN978-2-204-12247-4).
2010 :Rohmer en perspectives, organisé par Laurence Schifano du 17 février au àParis[175].
2014 :Les archives Éric Rohmer : pour quelles recherches ?, organisée par le LASLAR (groupe de recherche des Lettres, Arts du Spectacle et Langues Romanes de l'Université de Caen) et l'IMEC, le 11 mars 2014 àSaint-Germain-la-Blanche-Herbe[176].
↑Il existe une ambiguïté sur sa date et son lieu de naissance. Certaines sources évoquent une naissance àNancy le : (Tracz 2003 etMarwinski 2007). Cette ambiguïté n'est pas étonnante.Claude Chabrol explique en effet :« Il adorait les mystères et changeait de lieu de naissance selon les décennies », dansGarson 2010.
↑Au début des années 1970, il semble que Rohmer ait renié cette œuvre puisqu'il déclarait dans un entretien n'avoir jamais écrit de roman. Ce n'est que dans les années 2000 qu'il a accepté la réédition du roman sous le nom d'Éric RohmerTester 2008,p. 5.
↑Jean-Luc Godard publie alors sous le pseudonyme de « Hans Lucas » (Narboni 2004,p. 17).
↑LeCelluloïd et le Marbre est aussi le titre d'une série d'articles publiés par Rohmer dans lesCahiers dans les années 1950 sur le même thème. Ces articles ont été réédités en 2010 dans (Rohmer, Herpe et Fauvel 2010).
↑« What I say most often - and I don't want to stake my life that it's true - is that I was born at Nancy on April 4, 1923. Sometimes I give other dates, but if you use that one you'll be in agreement with other biographers. » (Petrie 1971).
↑AprèsL'entretien sur Pascal dans laquelle la vision du philosophe Brice Parain s'oppose à celle moins pascalienne du père Dubarle, Rohmer reprend le thème dupari pour le transposer non plus au choix de la religion contre le monde mais au choix de son conjoint dansMa nuit chez Maud (1969) et dans leConte d'hiver.
↑Éric Rohmer a publié avec Claude Chabrol un ouvrage sur Hitchcock et François Truffaut a réalisé un grand livre d'entretiens avec Hitchcock.
↑Emmanuel Debono, « Le Juif Süss au Quartier Latin en 1950. Entre emballement médiatique et réalité de l’antisémitisme »,Archives juives,vol. 49,no 2,(lire en ligne).
↑NoëlHerpe et PriskaMorrissey,« Le son direct a été une révélation : Entretien avec Jean-Pierre Ruh », dans Noël Herpe,Rohmer et les Autres,(lire en ligne),p. 205-211.
↑Émilie Jaguin,« Un journaliste au musée (1978–1986) : Jean-Paul Pigeat et le Centre de création industrielle, exposer la société », dans Catherine Geel,Le Centre de création industrielle et les expositions (1968-1992) : décentrages successifs.,(lire en ligne).
↑PhilippeFauvel,« Au-delà de la production : Entretien avec Françoise Etchegaray », dans Noël Herpe,Rohmer et les Autres, Presses Universitaires de Rennes,coll. « Le Spectaculaire »,,p. 246.
↑a etbEmmanuelBurdeau et Jean-MichelFrodon, « J'ai tout de suite pensé que l'histoire devait être montrée par la parole, pas par les faits : Entretien avec Éric Rohmer surTriple Agent »,Cahiers du cinéma,no 588,,p. 16-23, entretien également diffusé surFrance Culture dans l'émission « À voix nue » du 8 au 12 mars 2004.
↑MathieuL., « Mort d'Eric Rohmer : Ses obsèques en toute intimité ce matin... ont débordé d'une intense émotion... »,Pure People,(lire en ligne, consulté le).
↑DavidVasse,« Éloge de la forme courte : à propos deQuatre aventures de Reinette et Mirabelle et desRendez-vous de Paris », dansRohmer et les autres,,p. 105-111.
↑ab etcFrançoisThomas, « L'influence du metteur en scène sur le comédien : Entretien avec Emmanuelle Chaulet et François-Éric Gendron »,Cicim,no 38, réédité dansHerpe 2007,p. 224-231.
↑PierreMurat, « Fabrice Luchini : « Rohmer ne me quitte pas » »,Télérama,(lire en ligne, consulté le).
↑SergeDaney et LouellaInterim, « Faire confiance à un mouvement naturel des choses, sans trop intervenir »,Libération,(lire en ligne, consulté le).
La version du 27 mai 2012 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.