Lerémouleur, également nomméémouleur ourepasseur, est un artisan qui aiguise à la meule les lames des instruments tranchants[1]. Le rémouleur ambulant se déplaçait autrefois, de ville en ville, avec une petite meule mobile.
Le métier de rémouleur est connu àParis au Moyen Âge. Le registre detaille de1292 mentionne six « Esmouleurs » ; celui de1300 n'en cite plus que deux, plus un « Esmouleur de couteaux ». Ils appartiennent à la confrérie des « gagne-petit », regroupant divers métiers à très faible revenu, qui a sa chapelle aucouvent des Augustins avec pour patronne sainteCatherine d'Alexandrie. Une branche particulière était celle des « Esmouleurs de grandesforces », c'est-à-dire des grands ciseaux utilisés par les fabricants pour tondre le drap : ils reçoivent un statut deCharles VI en1407. AuXVIIIe siècle, les rémouleurs de rue sont appelés « Rémouleurs à la petite planchette », dit Jaubert dans sonDictionnaire des arts et métiers (1773),« à cause de la petite planche qui est sous leur pied, et par le mouvement de laquelle ils font tourner leur meule[2] ».
Le rémouleur se déplaçait alors avec sa petite charrette, brouette, ramoulette ou rabelette (Belgique) sur laquelle était fixée la meule, généralement à eau et mécanique, dans les grandes villes, ou de village en village, s'arrêtant à chaque coin de rue en agitant sa clochette et en criant : « Rémouleur, rémouleur ! Repasse couteaux ! Repasse ciseaux ! ». Leurs cris et le crissement de leur meule sur le métal faisaient dans le temps partie des bruits typiques des grandes villes. Il prenait également en charge lespoignards etépées desgentilshommes.
Au début duXXe siècle en Europe, le métier de rémouleur était une spécialité desYéniches, surnommés aussi « Tziganes blancs ».
Le métier qui était encore très commun jusqu'à entre les deux guerres mondiales, a quasiment disparu d'Europe auXXIe siècle. Le rémouleur, comme de nombreux autres petits métiers, est victime du progrès (les couteaux en acier moderne s'usent moins vite, le "fusil" d'affûtage est devenu un outil domestique) et de la société de consommation (avec l'automatisation et l'importation de pays en voie de développement, le prix des couteaux a chuté et ne justifie économiquement plus leur ré-aiguisage).
En 2017, il n'en reste ainsi plus que cinq àParis[3], dont la moyenne d'âge est assez élevée. Après leur départ à la retraite, il est plausible que le métier disparaisse de cette ville, mais cette activité itinérante demeure notamment dans les campagnes françaises, avec des meules électriques embarquées dans unvéhicule utilitaire, et des formations demeurent[4].
Le métier de rémouleur a été repris de nombreuses fois dans les films, illustrant l'esprit des anciens métiers et des petits artisans.
Dans unconte de l'Inde, un prince voyageur a pour compagnons unforgeron, un rémouleur et unmenuisier. La vie du prince est liée à son épée : une vieille femme maléfique le fait périr en brisant son épée dans un brasier et enlève son épouse. Ses trois compagnons retrouvent les fragments de l'épée : le forgeron les reforge et le rémouleur affûte le tranchant de l'épée, ce qui rend la vie au prince, et le menuisier fabrique unpalanquin volant pour aller à la recherche de l'épouse[5].

Une des plus anciennes représentations de rémouleur vient dupsautier d'Utrecht, manuscritcarolingien duIXe siècle. Elle montre desarchers tirant sur unmartyr couronné par un ange tandis qu'un rémouleur aiguise leur épée. Elle illustre lepsaume 64 (63), verset 4-5, qui évoque le châtiment de Dieu contre les calomniateurs :
« Eux qui aiguisent leur langue comme une épée, ils ajustent leur flèche, parole amère, pour tirer en cachette sur l'innocent, ils tirent soudain et ne craignent rien[7],[8]. »
Le peintre romantiqueAlexandre-Gabriel Decamps réalise à plusieurs reprises desscènes de genre avec des rémouleurs[9].
La figurine du rémouleur fait partie de la crèche provençale. Voir :Crèche de Noël ;Santon de Provence
