Ses deux parents sont instituteurs de l'Alliance israélite universelle dans l'Empire ottoman, enTunisie, puis enBulgarie. Titulaire d'une bourse de l'Alliance israélite universelle, il fait ses études àParis au Petit séminaire israélite à partir de 1913. Après le baccalauréat, il abandonne les études religieuses. Il est licencié ès lettres en 1920, à 18 ans, etagrégé de grammaire en 1922. Il fait son service militaire auMaroc pendant laguerre du Rif.
Fait prisonnier en 1940, il parvient à s'évader en et se réfugie enSuisse, où il restera jusqu'en 1945, alors qu'il avait été exclu du Collège de France par lerégime de Vichy.
Sa production scientifique s'est étalée sur une cinquantaine d'années, à partir de 1922. Les dix premières années sont principalement consacrées à sa discipline d'origine, l'iranien, avec quatre ouvrages et de très nombreux articles.
À partir de 1932, il se tourne véritablement vers la linguistique comparée des langues indo-européennes ; c'est dans cette période qu'il acquiert une dimension internationale, notamment avec la publication de sa thèse principale,Les Origines de la formation des noms enindo-européen (1935), où il propose une théorie de laracine indo-européenne qui a fortement marqué l'évolution ultérieure de la linguistique indo-européenne[6]. Après la période difficile de la guerre, il fait paraître en 1948Noms d'agent et noms d'action en indo-européen, qui est, selonCalvert Watkins(en), « le plus beau livre de grammaire comparée qu'on ait écrit au vingtième siècle... le chef-d'œuvre, la cime dustructuralisme classique européen[7] ». Watkins cite comme « l'apport le plus durable de Benveniste à la grammaire comparée » l'idée résumée dans cette phrase (extraite de la conclusion de son article sur « Actif et moyen dans le verbe[8] ») : « Il est dans la nature des faits linguistiques, puisqu'ils sont des signes, de se réaliser en oppositions et de ne signifier que par là. »
Dans la dernière période, l'intérêt pour la linguistique générale, aussi bien d'un point de vue formel que dans ses rapports avec l'organisation sociale, passe au premier plan mais toujours en lien direct avec la linguistique indo-européenne. Cet intérêt s'exprime pleinement dans sesProblèmes de linguistique générale (parus en 1966 et 1974), qui introduisent en France la linguistique de l'énonciation[9] et dans sa dernière œuvre, leVocabulaire des institutions indo-européennes (parue en 1969, quelques semaines avant que la maladie ne le frappe), fruit d'une démarche très novatrice par laquelle il cherche des significations sociales profondes, des « structures enfouies » sous les systèmes de distinctions sémantiques. Il s'intéresse ainsi au problème fondamental de la signification du vocabulaire qu'il traite en plusieurs thèmes : économie, parenté, statuts sociaux dans le premier volume, royauté, droit, religion dans le second[10]. L'originalité de l'ouvrage est d'aboutir à des résultats intéressant l'histoire et l'anthropologie à partir de faits purement linguistiques[6].
« Le sens du mot ΚΟΛΟΣΣΟΣ et les noms grecs de la statue »,Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes,t. VI,,p. 118-135(lire en ligne)
↑Ouvrage tiré de quatre conférences données à la Sorbonne en 1926. Le texte des conférences est conservé à la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne,MS 1892.
Emilie Brunet et Rudolf Mahrer,Relire Benveniste. Réceptions actuelles des problèmes de linguistique générale, Louvain la neuve, éd. Academia (coll. Sciences du langage. Carrefours et points de vue), 2011
Chloé Laplantine,Émile Benveniste, l'inconscient et le poème (thèse de doctorat de Paris 8 - Saint-Denis), Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2011.
Irène Fenoglio, « Déplier l'écriture pensante pour re-lire l'article publié. les manuscrits de "l'appareil formel de l'énonciation" d'Emile Benveniste" inRelire Benveniste. Réceptions actuelles des problèmes de linguistique générale, Louvain la neuve, éd. Academia (coll. Sciences du langage. Carrefours et points de vue), 2011,p. 263-304.
Serge Martin (dir.),Émile Benveniste pour vivre langage, éditions L'Atelier du grand tétras,2009 (comprend des textes inédits manuscrits retranscrits de Benveniste).
Aya Ono,La Notion d'énonciation chez Émile Benveniste, préface deMichel Arrivé et postface de Claudine Normand, Limoges, Éditions Lambert-Lucas,2007.
Gérard Dessons,Émile Benveniste, l'invention du discours, éditions In Press, 2006 (réédition d'un essai paru en1993 aux éditions Bertrand-Lacoste : le texte a été remanié, réactualisé et augmenté).
Daniel Delas,Saussure, Benveniste et la littérature In: Langages, 39e année, n°159. 2005. Linguistique et poétique du discours. À partir de Saussure. La composition de ce numéro a été confiée à Jean-Louis Chiss et Gérard Dessons. pp. 56–73.
Claudine Normand etMichel Arrivé (dir.),Émile Benveniste, vingt ans après, colloque de Cerisy, 12-, numéro spécial deLinx,1997.
Guy Serbat (éd.),E. Benveniste aujourd'hui (Actes du colloque international du CNRS, Université François-Rabelais, Tours,), Paris, Société pour l'information grammaticale, 1984.