Lachancelière sortante,Angela Merkel, ne se représente pas, ouvrant la voie à une succession tumultueuse au sein de l'Union chrétienne-démocrate.Annegret Kramp-Karrenbauer, d'abord élue présidente du parti, a par la suite été remplacée parArmin Laschet après des résultats décevants aux élections dans les Länder. De son côté, leParti social-démocrate connait également plusieurs crises depuis sa défaite aux dernières législatives, la présidence du parti changeant plusieurs fois de tête, conduisant à une remise en cause en interne de leur participation à la grande coalition.
Le Parti social-démocrate duvice-chancelierOlaf Scholz arrive en tête du scrutin, devançant lesUnions chrétiennes d'Armin Laschet, qui réalisent leur plus mauvais résultat historique. À l'exception d'unegrande coalition, aucune majorité n'est possible sans l'apport d'au moins trois partis pour la première fois depuis plus de soixante ans, ce qui rend le rôle desVerts et duParti libéral-démocrate déterminant.
Après avoir conclu le un accord-cadre, les dirigeants du Parti social-démocrate, des Verts et du Parti libéral-démocrate entreprennent des négociations de coalition qui se concluent positivement six semaines plus tard. Le, Olaf Scholz est éluchancelier fédéral et forme lecabinet Scholz, un gouvernement decoalition en feu tricolore rassemblant ces trois partis, une première au niveau fédéral.
Ces élections ont lieu dans le contexte du départ annoncé du pouvoir de lachancelièreAngela Merkel, après quinze années passées à la tête du gouvernement allemand. Après les résultats décevants de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU) aux élections régionalesen Bavière eten Hesse, Angela Merkel quitte en effet la présidence du parti fin 2018 afin d'ouvrir la voie à sa dauphineAnnegret Kramp-Karrenbauer,élue à la tête du parti en décembre de la même année[1].
Les mauvais résultats de la CDU auxélections européennes de — les plus bas que le parti ait jamais obtenu lors d'un tel scrutin —, ainsi que la montée d'une tendance plus conservatrice au sein de la CDU en réponse à celle du parti d’extrême droiteAlternative pour l'Allemagne (AfD) conduisent cependant Kramp-Karrenbauer à se retirer en[2]. Le33e congrès de la CDU organisé en voit la victoire au second tour d'Armin Laschet, qui prend la tête du parti afin de mener la CDU aux législatives de septembre[3].
Conformément à la loi électorale fédérale, le Bundestag se compose de598 députés, dont299 élus auscrutin uninominal majoritaire à un tour dans299 circonscriptions.
Le jour du scrutin, chaque électeur dispose de deux voix :
la« première voix » (Erststimme) lui permet de voter pour un candidat de sa circonscription (Direktkandidaten im Wahlkreis) ;
la« seconde voix » (Zweitstimme) lui permet de voter pour une liste de candidats présentée dans le cadre de sonÉtat fédéré (Landesliste).
À l'issue du dépouillement, l'intégralité des598 sièges est répartie auscrutin proportionnel de Sainte-Lagüe sur la base des secondes voix entre les partis politiques totalisant plus de 5 % des suffrages exprimés au niveau national ou qui l'ont emporté dans au moins trois circonscriptions. Le seuil de 5 % ne s'applique cependant pas aux partis représentant l'une des minorités officiellement reconnues par le gouvernement allemand — Sorabes,Danois,Frisons etRoms — pour lesquels seul le quotient électoral s'applique[4].
Une fois la répartition proportionnelle effectuée, les sièges alloués à chaque parti sont pourvus en priorité par les députés fédéraux élus au scrutin majoritaire. Les sièges non pourvus avec les« premières voix » sont ensuite comblés par les candidats présents sur les listes régionales.
Avec un tel mode de scrutin, il est possible pour un parti de remporter plus de sièges au scrutin majoritaire que ce que la répartition proportionnelle lui accorde. Ces mandats supplémentaires (Überhangmandat) sont conservés et des mandats complémentaires (Ausgleichsmandat) sont attribués aux autres partis afin de rétablir la proportionnalité de la représentation parlementaire. Le nombre total de députés fédéraux se trouve ainsi augmenté.
La convocation des élections fédérales est une prérogative propre auprésident de la République fédérale, qui doit toutefois tenir compte des recommandations dugouvernement fédéral. Comme le prévoit l'article 39 de laLoi fondamentale, ladite convocation doit être rendue publique entre quarante-six et quarante-huit mois après l'ouverture de la législature sortante.
La20e législature duBundestag, issue des élections fédérales de, doit durer quatre ans, sauf si celle-ci devait être abrégée par une dissolution qui serait décidée, à certaines conditions, par leprésident de la République fédérale. C'est après l'ouverture de cette législature que devront débuter les traditionnelles tractations propres à la formation d'ungouvernement fédéral.
Le candidat du parti,Armin Laschet, entend s'inscrire dans la continuité de la chancelière Angela Merkel, en particulier en matière d'orthodoxie budgétaire. Il s'oppose ainsi à l’introduction d’un impôt sur la fortune comme le souhaitent les partis de gauche, propose de supprimer la taxe de solidarité et de réduire de 30 % à 25 % l’imposition maximale sur les bénéfices des entreprises. Il fait de la baisse des taux d’endettement des administrations publiques l'une des priorités de son programme économique[11].
Initialement favorite du scrutin, la CDU chute de 27 à 20 % d'intentions de vote entre début aout et début septembre, en partie à cause des faux pas de son chef de file Armin Laschet, lequel était notamment apparu hilare lors d'un déplacement dans une commune victime des inondations de la mi-juillet en Rhénanie[12]. La CDU est également affaiblie par plusieurs affaires de corruption et scandales politico-financiers, comme lescandale Wirecard et le versement de pots-de-vin à des députés conservateurs par des fabricants de masques durant la pandémie de Covid-19 (affaire des masques). Enfin, des tensions internes alimentées par un très fort courant national-libéral se sont également rajoutées à la campagne[13].
Le parti de gauche met en avant les questions sociales, appelant à une meilleure répartition des richesses. Il propose de créer un prélèvement exceptionnel Covid-19 sur les plus riches et de rétablir l’impôt sur la fortune. Il revendique également une hausse du salaire minimum à 12,50 euros de l’heure (contre 9,60 euros actuellement), l'introduction d'un système de plafonnement des loyers et des investissements plus ambitieux en matière de lutte contre leréchauffement climatique. Sur les questions de politique internationale, il souhaite apaiser les tensions entre les États occidentaux et la Chine et la Russie, la dissolution de l’OTAN et la création d’un « organisme multilatéral de sécurité commune » pour désamorcer les conflits[14].
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Au mois de, d'importantes inondations remettent la question climatique au centre des débats. LeParti social-démocrate appelle à« tout faire pour arrêter leréchauffement climatique » tandis que laCDU/CSU souhaite« accélérer les mesures de protection du climat »[15]. À la fin juillet, 56 % des Allemands estiment que ces inondations rendent la lutte contre le changement climatique « encore plus importante qu’avant » et 73 % pensent que le gouvernement n'agit pas suffisamment dans ce domaine. Seuls les sympathisants du partiAfD sont majoritairement d’un avis opposé[16].
À la suite de ces événements, six jeunes de moins de 30 ans débutent à la fin du mois d' suivant unegrève de la faim face aupalais du Reichstag. Ils demandent un dialogue sincère avec les responsables des principales formations politiques avant la tenue du scrutin et la mise en place d'une convention citoyenne pour décider de mesures ambitieuses pour le climat[17],[18],[19].
ÀBerlin, les opérations de vote sont retardées de plusieurs heures[20]. Certains bureaux de la capitale fédérale ferment à20 h, au lieu de18 h comme dans le reste du pays, d'autres doivent fermer en cours de journée car ils ne disposent plus de bulletins de vote[21]. Les élections fédérales étant combinées avec lesélections pour laChambre des députés berlinoise de même que le référendum sur uneinitiative populaire pour l'expropriation de certains logements, les opérations de votes sont plus longues, aussi en raison de mesures de lutte contre lapandémie de Covid-19[22]. À cela vient s'ajouter lemarathon de Berlin qui a lieu également le : plusieurs artères sont bloquées, ce qui complique la circulation dans la capitale fédérale[23].
Si les résultats du scrutin sont très serrés entre leParti social-démocrate et lesUnions chrétiennes[26], la performance de chaque parti n'a pas la même signification, puisque leSPD gagne cinq points par rapport à là où la CDU/CSU en perd neuf et réalise le plus mauvais score de son histoire[27]. Les chrétiens-démocrates enregistrent une série de défaites symboliques notamment dans la circonscription deStralsund, détenue jusqu'à présent parAngela Merkel, au profit des sociaux-démocrates, et dans celle d'Aix-la-Chapelle, fief d'Armin Laschet, face au candidat desVerts[27]. EnSarre, le ministre fédéral de l'ÉconomiePeter Altmaier et la ministre fédérale de la DéfenseAnnegret Kramp-Karrenbauer sont devancés, de même que le directeur de la chancellerie fédéraleHelge Braun enHesse[27]. Le Parti social-démocrate bénéficie ainsi de la campagne prudente et du style rassurant de son candidat à la chancellerie, qui a su se placer en héritier d'Angela Merkel et profiter des erreurs et polémiques entourant ses deux principaux concurrents[28].
Le système politique allemand — dessiné après la Seconde Guerre mondiale autour de deux partis majeurs s'appuyant sur de plus petites formations pour gouverner — repose désormais sur six mouvements politiques, ce qui oblige à envisager un gouvernement regroupant trois partis, une première depuis lesannées 1950[29]. Le scrutin confirme le rejet de plus en plus fort de lagrande coalition, puisque le Parti social-démocrate et les Unions chrétiennes recueillent, pour la première fois depuis, moins de la moitié des suffrages exprimés, alors qu'ils en rassemblaient les deux tiers huit ans auparavant[27], mais l'impossibilité de faire entrer les partis radicaux au gouvernement confirme l'orientation centriste de l'électorat allemand[29]. Contrairement auscrutin de 2017, ce rejet ne profite ni à l'Alternative pour l'Allemagne, qui perd même deux points, ni àDie Linke, qui passe sous la barre des 5 % et qualifie son résultat de« catastrophique »[26],[27]. L'AfD, qui confirme sa première place enSaxe et la conquiert enThuringe, est victime de ses tensions et dissensions internes ainsi que de l'absence pendant la campagne de ses thèmes de prédilection, l'immigration et l'islam[30].
Ce rejet de la grande coalition favorise en revanche leParti libéral-démocrate et Les Verts dont les programmes ne sont pas spécialement convergents mais qui s'entendent sur un positionnementpro-européen et de défense de la modernisation du pays[27]. En dépit d'un résultat historiquement haut, les écologistes ne cachent par leur déception, ayant atteint presque 30 % d'intentions de vote et la première place dans les sondages moins de six mois avant la tenue du scrutin[31]. Premiers partis parmi les primo-votants et représentants d'une nouvelle génération politique, les libéraux et les écologistes sont ainsi appelés à jouer le rôle de« faiseurs de roi » pour déterminer l'identité du futurchancelier, sauf en cas de reconduction de la coalition au pouvoir[32].
Au soir du scrutin, aussi bien Olaf Scholz que Armin Laschet revendiquent la mission de former le gouvernement[34], tandis que le président du Parti libéralChristian Lindner et la présidente des VertsAnnalena Baerbock annoncent qu'ils entameront des conversations conjointes avant de négocier avec les deux grands partis[27]. Au lendemain de la tenue du scrutin, le vice-chancelier sortant et chef de file du SPD reçoit les félicitations de la chancelière Angela Merkel, un message qui ressemble à un désaveu pour le candidat de la CDU/CSU à la chancellerie[35].
Le, Les Verts font part de leur souhait d'ouvrir des discussions exploratoires avec le Parti social-démocrate dans l'optique de mettre en place une coalition en feu tricolore, une position partagée quelques heures plus tard par le Parti libéral-démocrate[38]. Si Armin Laschet affirme que cela ne l'empêchera pas d'envisager la formation d'une coalition jamaïcaine, Markus Söder (également président de l'Union chrétienne-sociale en Bavière) considère que cette décision met un terme aux espoirs gouvernementaux desUnions chrétiennes[39]. Le président de la CDU annonce le lendemain son intention de convoquer un congrès fédéral de l'Union chrétienne-démocrate pour« aborder rapidement la question de la nouvelle équipe de la CDU, du président au présidium et jusqu'au comité exécutif fédéral »[40].
Les chefs de file des trois partis en discussion annoncent le avoir conclu positivement leurs entretiens exploratoires et s'être mis d'accord sur un document-cadre qui prévoit notamment l'absence de hausse de la fiscalité, le maintien du frein à l'endettement, l'augmentation du salaire minimum et l'accélération de la sortie du charbon, ce qui leur permet d'ouvrir des négociations pour établir un contrat de coalition précis et détaillé[41]. La question de la politique extérieure est en revanche source de tensions : les Verts défendent le renforcement de l’intégrationatlantiste, rejettent l'exploitation dugazoduc Nord Stream 2 avec l'entreprise russeGazprom et réaffirment leur volonté de durcir les relations de Berlin avec laRussie et laChine. Le SPD défend pour sa part une diplomatie s’inscrivant dans la continuité d’Angela Merkel, notamment le maintien de relations cordiales avec la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l'Allemagne[42].
Les Verts font publiquement état à la mi-novembre de leur mécontentement sur la tournure prise par les négociations, mettant en cause l’absence de mesures précises contre le réchauffement climatique dans le « contrat de coalition » et estimant que trop de concessions ont été faites au FDP[43]. L'accord de coalition(de) est dévoilé publiquement le, qui accorde notamment leministère des Affaires étrangères aux écologistes et celui desFinances aux libéraux[44]. Le, Olaf Scholz est élu chancelier par le Bundestag par 395 voix sur 736, formantson gouvernement dans la foulée[45].
↑a etbLes Verts deSarre ne sont pas admis à participer aux élections fédérales par la commission électorale fédérale en raison d'un litige au sein de la fédération sarroise[25].
↑a etbAgence France-Presse, « Elections en Allemagne : SPD et CDU dans un mouchoir de poche, la nouvelle coalition espérée pour Noël »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑abcdef etgThomas Wieder, « Elections en Allemagne : un paysage politique émietté, des extrêmes contenus et une victoire disputée entre CDU et SPD »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Thomas Wieder, « Elections en Allemagne : la revanche d’Olaf Scholz, le mal-aimé du SPD »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑a etbPatrick Saint-Paul, « L’Allemagne menacée par l’instabilité politique »,Le Figaro,(lire en ligne, consulté le).
↑Thomas Wieder, « Elections en Allemagne : l’AfD, parti d’extrême droite, en recul »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Agence France-Presse, « Elections en Allemagne : difficiles tractations entre les partis pour former le prochain gouvernement »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Agence France-Presse, « En Allemagne, Angela Merkel félicite Olaf Scholz pour sa victoire aux élections et complique la tâche de son dauphin »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Thomas Wieder, « Elections en Allemagne : remous à la CDU après la défaite d’Armin Laschet aux législatives »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Thomas Wieder, « Elections en Allemagne : début des discussions pour parvenir à une coalition « feu tricolore » »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Agence France-Presse, « Elections en Allemagne : les sociaux-démocrates du SPD, les libéraux et les Verts annoncent un accord préliminaire pour former un gouvernement »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
↑Agence France-Presse, « Allemagne : Olaf Scholz élu chancelier par le Bundestag, Angela Merkel quitte définitivement ses fonctions »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).