L'Église orthodoxe, aussi connue sous le nom d'Église des sept conciles[1] ouCommunion orthodoxe[2], est l'une des confessions duchristianisme. Elle compte plus de230 millions de fidèles dans le monde[3], ce qui en fait la troisième plus grande église chrétienne après l'Église catholique et l'ensemble des confessionsprotestantes.
L'« Église orthodoxe » (ou « Communion orthodoxe ») est le nom officiel d'un corps ecclésial fondé par les apôtres et organisé par lesPères de l'Église, leurs successeurs depuis les premiers temps du christianisme. L'instance suprême de cettecommunion est leconcile œcuménique, seul habilité à décider des formulations dogmatiques. L'instance immédiatement inférieure est le synode des primats qui se réunit pour s'adresser aux autres communautés chrétiennes. Puis viennent lesÉglises autocéphales dirigées chacune par un synode présidé par le primat.
L'Église orthodoxe est l'ensemble des Églises des sept conciles qui se trouvent en communion les unes avec les autres. La communion est matérialisée de plusieurs manières et en particulier par la communauté eucharistique, la communion de foi et par les concélébrations des membres du clergé, par lesdiptyques et par l'ordre honorifique de chacune des Églises autocéphales. Cependant, elles ne sont pas indépendantes les unes des autres, même en l'absence voulue d'un chef terrestre absolu comme lepape et d'une administration centralisée comme leVatican.
L'Église orthodoxe considère ne former qu'un seul Corps dont le chef n'est autre que le Christ lui-même, et c'est la communion de foi qui prévaut et rend inutile une administration commune.
la diminution de l'influence de l'Empire romain d'Orient en Italie, au profit desLombards, et le souci de lapapauté de se concilier ces derniers, géographiquement plus proches ;
Du temps des dominations de l'Empire mongoljochides, la hiérarchie orthodoxe russe s'est montrée très conciliante ce qui lui a valu d'être protégée, avec de substantiels avantages financiers,fonciers et d'accéder au titre de tarkhan[8].
Pour les orthodoxes, l'épiscopat est le plus haut rang de la hiérarchie ecclésiastique : l'évêque possède la plénitude du sacerdoce chrétien, il est en cela une image du Christ, le seul grand prêtre et le seul sacrificateur de la Nouvelle Alliance. Chaque évêque est successeur de l'ensemble des douzeapôtres et cette succession est matérialisée par lasuccession apostolique, par la consécration de tout évêque par d'autres évêques, eux-mêmes consacrés par des lignées d'évêques qui remontent, à travers les siècles, jusqu'à un apôtre.
L'Église orthodoxe ne confond pas cette tradition sacramentelle, inhérente à la dignité épiscopale, avec les différents usages honorifiques destinés à rappeler l'ancienneté et l'origine apostolique de telle ou telle Église particulière. On dit en effet que le pape deRome ou celui d'Alexandrie sont successeurs respectivement dePierre ou deMarc, que l'évêque d'Antioche est également successeur de Pierre : ce sont de simples formules de politesse, des souvenirs historiques, certes importants, mais qui n'enlèvent rien à la dignité des autres évêques.
Traditionnellement, les Églises orthodoxes sont territoriales, concept qui n'a pas de caractère ethnique : les titulatures des évêques ne renvoient pas à des peuples mais à des lieux. Lepremier concile de Nicée a affirmé ce principe déjà largement appliqué depuis les apôtres, qu'en un lieu donné, un évêque et un seul, est garant à la fois de l'unité et de la communion de tous les chrétiens du lieu ainsi que de l'unité et de la communion avec les Églises des autres lieux. Chaque Église locale, rassemblée autour de son évêque, est en communion avec les Églises des autres lieux. Par exemple, il n'y a pas d'Église« finnoise » mais uneÉglise orthodoxe de Finlande qui rassemble les orthodoxes du lieu, qu'ils soient Finnois, Russes ou Suédois. De la même manière, il existe uneAssemblée des évêques orthodoxes de France qui rassemble des paroisses de nationalités différentes : laparoisse orthodoxe géorgienne Sainte-Nino de Paris, créée en1929 par des réfugiés politiques, lui est rattachée.
Ce principe s'accommode traditionnellement de trois exceptions, tolérables parce que mineures et très particulières :
le statut d'extraterritorialité desmétoques des monastères,
le statut destavropégie de certains monastères (exempts),
le statut d'extraterritorialité des exarcats (représentations de certains primats dans des grandes villes relevant de la juridiction d'un autre primat).
Ce principe connaît toutefois de nos jours plusieurs entorses importantes.
C'est le cas de la quasi-totalité des Russes qui ont fui la révolutionbolchévique. Les Églises et communautés religieuses orthodoxes russes (des sept conciles) enFrance et en règle générale dans la diaspora, dépendaient selon les cas, duPatriarcat de Moscou ou de celui deConstantinople. L'Église orthodoxe russe hors frontières s'était séparée de l'Église orthodoxe russe après larévolution d'Octobre. Elle constituait une dissidence jusqu'à ce que la communion eucharistique et l'unité canonique soient rétablies à Moscou le.
Depuis la chute de l'Union soviétique en 1990, il y a, dans plusieurs pays de l'Europe de l'Est (Pays baltes,Moldavie,Ukraine) desdoubles, voire triples appartenances juridictionnelles, les orthodoxes locaux revendiquant pour eux-mêmes le principe de la territorialité dans les frontières de leurs états nouvellement ou à nouveau indépendants, tandis que lepatriarcat de Moscou continue à se référer à la territorialité de l'ancienne Union soviétique.
Avec ces paroisses qui, dans une même ville ou un même pays, relèvent ici d'un évêque et là d'un autre, voire d'une autre Église autocéphale, l'Église orthodoxe se trouve confrontée à un vrai défi. Ou bien l'approche politique l'emporte et elle se figera dans une situation de contradiction par rapport à ses principes fondateurs, ou bien l'approche spirituelle reprend le dessus et elle maintient une certaine traditionnalité pour trouver des solutions acceptables et adaptées aux diverses situations pastorales.
L’Église orthodoxe est une communion d’Églises indépendantes sur le plan de l'organisation et de la discipline et intimement liées entre elles sur le plan dogmatique. Chacune d’elles est autocéphale, c’est-à-dire dirigée par son propresynode habilité à choisir son primat. Elles partagent toutes une foi commune, des principes communs de politique et d’organisation religieuses ainsi qu’une tradition liturgique commune.
Outre les langues employées lors du culte, seules des traditions mineures diffèrent en fonction des pays. Les évêques primats à la tête de ces Églises autocéphale peuvent être appelés patriarches, métropolites ou archevêques. Ces primats président les synodes épiscopaux qui, dans chaque Église, constituent l’autorité canonique, doctrinale et administrative la plus élevée.
Le patriarche, l'archevêque primat ou lemétropolite commeprimus inter pares, président les assemblées d'évêques, puis viennent les évêques (dugrec ancienἐπίσκοπος /epískopos, « surveillant, inspecteur »), prêtres (du grec ancienπρεσβύτερος /presbúteros, « ancien »), enfin les diacres (en grec ancienδιάκονος /diákonos, « aide, assistant »).
La hiérarchie compte aussi des sous-diacres, des lecteurs, des chantres ordonnés lecteurs ou sans sacrement spécifique et sans obligation particulière de discipline. Ces offices tirent leur origine des liturgies primitives ; et ceux qui ont reçu ces ordres exercent en partie d'autres fonctions que celles suggérées par leur nom. Les diaconesses appartiennent également au groupe des services sans ordination mais avec bénédiction spéciale de l'évêque. Elles sont principalement compétentes pour la préparation du baptême des femmes ; leur rôle est toutefois devenu insignifiant avec l'acceptation des baptêmes d'adultes, en sorte qu'elles disparaissent complètement dès la fin de l'Empire byzantin.
Les Orthodoxes n'ordonnent pas les femmes prêtres.
L'empereurConstantin (au centre), avec les évêques du concile de Nicée (325), tenant anachroniquement le texte du « symbole de Nicée-Constantinople » dans sa forme liturgique grecque.
À certaines occasions, les primats orthodoxes se réunissent. C'est le cas en particulier quand il convient d'affirmer une position orthodoxe face aux autres confessions chrétiennes. Ce fut le cas en 1848. Les patriarches orthodoxes rédigèrent une encyclique mettant en garde la papauté romaine contre son projet de dogme sur« l'infaillibilité pontificale ».
Les Églisesautocéphales, d'un point de vue juridique et spirituel, sont complètement indépendantes et choisissent leur propreprimat. Elles peuvent avoir compétence sur d'autres Églises, dites seulementautonomes parce qu'elles ne désignent pas seules leur primat et peuvent avoir d'autres limitations.
Une Église autocéphale peut porter le titre depatriarcat, demétropole, ou d'archevêché ; elle est alors dirigée respectivement par un patriarche, un métropolite, ou un archevêque. À la tête d'une Église autonome, exerce un archevêque.
Dans les Églises orthodoxes, tous les évêques sont juridiquement et spirituellement égaux : un patriarche, un archevêque ou un métropolite n'ont pas plus d'autorité ni de droit juridictionnel que n'importe quel autre évêque dans leterritoire canonique d'un évêque voisin. Ils dirigent toutefois collégialement avec les évêques du synode, portant le titre deprimus inter pares (« premier entre les égaux ») et ils représentent l'Église à l'extérieur.
Les résolutions engageant une Église entière ne peuvent être prises que par la communauté des évêques lors d'unconcile ou unsynode. Dans son diocèse, chaque évêque exerce la juridiction épiscopale pleine et entière.
l’onction des malades ou sacrement des saintes huiles (qui n'est pas réservé aux mourants).
Les sept sacrements sont les mêmes que ceux de l'Église catholique, hormis quelques nuances rituelles (cependant les orthodoxes appellent chrismation le sacrement deconfirmation de l'Église romaine). L'Église orthodoxe n'a jamais arrêté dogmatiquement le nombre des sacrements, contrairement à l'Église catholique qui en a arrêté le nombre à sept auconcile de Trente. Ainsi, la délimitation n'est pas claire entresacrement etsacramental (p. ex. un enterrement, une bénédiction).
Contrairement à la plupart des religions du monde, les Églises orthodoxes ne célèbrent aucun rituel de transition de l'enfant à l'adulte ; mais beaucoup de traditions locales sont pratiquées par des jeunes et ressortissent à ce type de célébration : en Grèce, par exemple, plonger dans un fleuve ou dans la mer et en rapporter la croix que le prêtre y a jetée lors de la célébration duBaptême du Christ lors de la fête de laThéophanie (correspondant à l'Épiphanie), le.
Le cœur de la spiritualité orthodoxe est riche, principalement dans le chant de la liturgie fortement symbolique, dont la forme actuelle, au moins partiellement, s'enracine dans l'époque constantinienne (IVe siècle).
La première partie de la liturgie, appeléeLiturgie des catéchumènes avec prière et lectures bibliques, se réfère au cultesynagogal, tel que Jésus dut le connaître ; la deuxième partie, laLiturgie des fidèles qui célèbre l'eucharistie, est d'origine proprement chrétienne. Le nom de chacune des parties se réfère au temps où tous les candidats non encore baptisés devaient quitter l'église après la première partie et où l'on fermait les portes à clef.
la liturgie originale dure cinq heures, laliturgie de saint Basile dure environ deux heures, laliturgie de saint Jean Chrysostome ne dure environ qu'une heure et demie et c'est celle qui est célébrée la plupart des dimanches tandis que, pour certaines occasions (dimanches du grand carême, fête de saint Basile) leτυπικόν /typikon, ou cérémonial de l'Église, prévoit la liturgie de saintBasile de Césarée.
Avec l’orthros (matînes), les petites heures, les prières avant et après la communion, l'office dominical peut durer trois heures, ou plus les jours de fête. De plus, l'usage de l'agrypnie ou vigile nocturne s'est conservé, non seulement pour Pâques, comme en Occident, mais aussi pour d'autres fêtes et en particulier pour les fêtes patronales, votives ou panégyries. Dans certains grands monastères, la célébration de la fête patronale peut durer toute la nuit. De ce fait, tous les fidèles ne restent pas du début à la fin des célébrations. L'antienneKyrie eleison (Seigneur, prends pitié), fréquente, est typique tant de la prière liturgique que de la prière individuelle.
le chant possède une importance particulière dans la liturgie russe orthodoxe. Les chants sont compris commeprière à part entière ; ils ne doivent donc être produits que par les voix humaines. L'utilisation des instruments n'est pas admise dans les Églises russes orthodoxes parce que les instruments ne peuvent prier.
Dans les autres Églises orthodoxes, la musique instrumentale est rare. Une théorie, envisageant cette aversion contre la musique instrumentale, la rapproche des orchestres usuels dans lesjeux du cirque romains ; les chrétiens considèrent les jeux du cirque, dans lesquels ils étaient parfois les victimes, comme unculteidolâtre.
Dans la liturgie orthodoxe, on se signe chaque fois que laTrinité est mentionnée. Lesigne de croix se pratique selon un mouvement de droite à gauche : front, poitrine, épaule droite, épaule gauche. Le pouce, l'index et le majeur sont liés pour représenter la Trinité, tandis que l'annulaire et l'auriculaire sont repliés dans la paume pour signifier ladouble nature. On se signe aussi en admirant une icône avec ou sans prière et dans d'innombrables autres occasions, laissées à la discrétion du croyant.
Le fidèle est, en principe, debout à l'office ; beaucoup d'églises n'ont de sièges que le long des murs pour les personnes âgées ou affaiblies. La position à genoux est peu fréquente ; le dimanche, on connaît quelques grandes prosternations dans les Églises d'Europe centrale ou d'Égypte.
la disparition de l'influence de l'Empire romain d'Orient en Italie, au profit desFrancs et desNormands, et le souci de laPapauté de renforcer son autorité spirituelle sur ces puissants voisins ;
la rivalité politique entreLéon IX et lepatriarche de ConstantinopleMichel Ier Cérulaire, le premier interprétant son statut dePrimus inter pares dans le sens d'une autorité canonique sur les autres Patriarches, le second réfutant cette interprétation ;
la volonté papale d'uniformiser dans le sens latin les rites dans la partie sud de l'Italie, récemment conquise par lesNormands sur lesByzantins, qui se heurte à l'opposition du mêmeMichel Cérulaire (Keroularios), tout aussi soucieux de les uniformiser dans le sens grec ; la pierre d'achoppement fut l'usage dupain azyme (dont la pâte n'a pas été levée) enOccident.
Il s'ensuivit un échange de lettres peu amènes dans lesquelles est discutée l'œcuménicité du patriarcat de Constantinople. L'intransigeance des deux protagonistes mène à la rupture, alors que l'empereurConstantin IX Monomaque est partisan d'une alliance avec Rome et se veut conciliant. Le papeLéon IX envoie àConstantinople leslégatsHumbert de Moyenmoutier,Frédéric de Lorraine (plus tard pape sous le nom d'Étienne IX) etPietro d'Amalfi. Humbert et Michel Cérulaire sont aussi susceptibles l'un que l'autre. Michel Cérulaire met en doute la validité du mandat des légats. Le débat tourne à l'échange de propos injurieux. Humbert soulève le problème duFilioque. Le, Humbert et les légats déposent labulle d'excommunication de Michel sur l'autel de la cathédraleSainte-Sophie, sortent et secouent la poussière de leurs chaussures[note 1]. Le, lesynode permanent byzantin(en) réplique enanathématisant les légats.
Le, après unconcile tenu à Kiev(en), unenouvelle Église ukrainienne est créée et le MétropoliteÉpiphane est élu à sa tête[11]. Le, l'autocéphalie de l'Église orthodoxe d'Ukraine est reconnue par le Patriarcat œcuménique, le Patriarcat d'Alexandrie, l’Église de Grèce et l’Église de Chypre[12], considérée schismatique par le Patriarcat de Moscou, et non reconnue par d'autres Églises orthodoxes[13],[14].
Les Églises autonomes sont soumises sur certains points à l'autorité des Églises autocéphales. L'autonomie de certaines de ces Églises n'est pas unanimement reconnue.
La non-reconnaissance canonique de ces Églises peut tenir à des conflits territoriaux (création d'une nouvelle Église sur le territoire canonique traditionnel d'une Église établie sans son accord) ou à des conflits disciplinaires ou doctrinaux (non acceptation de décision(s) d'une Église établie, par exemple dans le cas desVieux-croyants). Elles peuvent être considérées par les Églises canoniques comme étantschismatiques.
Tous ces mouvements sont issus de scissions dans l'Église orthodoxe russe, et sont considérés par les Églises dominantes comme des mouvementshérétiques :
↑Il s'agit d'une allusion à un passage de l'Évangile selon Luc (9:6) : « Et, si les gens ne vous reçoivent pas, sortez de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. » (traductionLouis Segond)
« N'est-ce pas là un des dogmes fondamentaux de cette Église, qui s'intitule parfois elle-même « l'Église des sept conciles », et peut-il y avoir quelque doute à ce sujet ? »
Christine Chaillot (dir.),Histoire de l'Église orthodoxe en Europe occidentale auXXe siècle, Éd. Dialogue entre orthodoxes,Paris, 2005.
Christos Filiotis-Vlachavas, « La théologie orthodoxe grecque, entre retour aux Pères et appel de la modernité »,Revue des sciences religieuses,vol. 89,no 4,,p. 425-442(lire en ligne)
S. N. Troianos, « Le Droit ecclésiastique du mariage en Grèce »,Archives de sciences sociales des religions,no 75,,p. 23-37(lire en ligne)
Petros Vassiliadis(en), « The Universal Claim of Orthodoxy and the Particularity of its Witness in a Pluralistic World », inThe Orthodox Churches in a Pluralistic World,Genève,WCC, 2004