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| Sépulture | Cimetière de Landerneau(d) |
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| Conjoint | Hélène Diquélou(d)(de à) |
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| A travaillé pour | E.Leclerc(- |
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Édouard Leclerc, né le àLanderneau (Finistère) et mort le àSaint-Divy (Finistère), est unentrepreneurfrançais, fondateur de l'enseigne degrande distributionE.Leclerc, qui porte son nom. C'est en1949 qu'il ouvre son premier magasin dans sa ville natale[1].
Fils d’Eugène Leclerc[2],militairefranc-comtoisagrégé de lettres originaire de l'Est de la France et représentant régional duParti social français (PSF)[3],[4], et de Marie Kerouanton originaire duLéon (deLanderneau et dePlouguerneau)[5], Édouard Leclerc est né le àLanderneau dans le Finistère[6]. Sixième d’unefamille nombreuse de treize enfants et frère d'Éloi Leclerc (franciscain et écrivain de nombreux ouvrages surFrançois d'Assise) et deMichel Leclerc, il grandit dans un environnementcatholique[7],[8].
En, il est scolarisé aupetit séminaire des prêtres duSacré-Cœur àNeussargues (Cantal), puis à partir de, dans celui de l'Institution missionnaire Saint-Clément àViry-Châtillon (Essonne). Sa scolarité étant interrompue par laSeconde Guerre mondiale, il regagne le domicile familial[4].
À laLibération, il est emprisonné six mois, accusé d'avoir « donné » auKommando de Landerneau plusieurs noms d'habitants deLanderneau (le nom du résistantFrançois Pengam est évoqué : arrêté la nuit du, il sera torturé et fusillé par les Allemands le). Édouard Leclerc est libéré via une ordonnance denon-lieu signée en février1945 par lecommissaire de la République près la cour de justice deQuimper[9]. Ces accusations resurgiront lors des premiers succès dumouvement Leclerc, notamment portées par ses concurrents commerciaux. Par quatre fois, en 1976, 1977, 1987 et 1988, la justice a déclaré coupables dediffamation ceux qui avaient affirmé son implication dans la mort du jeune François Pengam[10].
En 1946-1947, il poursuit sa formation religieuse aunoviciat deSaint-Cirgues-sur-Couze, puis, en 1947-1948, auscolasticat d’Uriage où il étudie laphilosophie[11]. C’est en soutane qu’il commence à s’intéresser aux questions économiques : pouvoir d’achat des masses, circuits de marchandises, budgets des petits ménages, magasins d’alimentation. Le séminaire d’Uriage est en effet dirigé par les Pères du Sacré-Cœur, filiale des Jésuites, qui s’intéressent surtout à l’enseignement des sciences sociales. Un jour, il écrit dans une dissertation : « Le fait social n’existe pas à l’état pur. Il se rencontre avec le fait économique, est conditionné par lui. L’action sociale doit être rentable, et pour cela se servir du commerce. » Ces élucubrations sont sanctionnées d’un impitoyable 1 sur 20, et tandis que le directeur d’Uriage se demande si ce non-conformiste est bien fait pour la vie religieuse, Leclerc sent que l’épicerie a besoin d’un missionnaire. Sa rencontre en 1948 avec Hélène, payse de Landerneau qui deviendra sa femme, le pousse à quitter les ordres : il renonce à prononcer ses vœux, et le voilà rendu à la vie civile[12].
Édouard Leclerc choisit de renoncer à laprêtrise et effectue une tournée de conférences devant des cadres de l’Action catholique pour exposer ses idées. Il est encore jeune et l’accueil qu’on lui réserve est mitigé. Il décide alors de tenter l’expérience lui-même et commence par apprendre les rudiments du métier d'épicier auprès d’untransitairebrestois.
En, avec un capital de 5 000 francs, il ouvre une petiteépicerie dans la cuisine de sa maison 13 rue des Capucins à Landerneau ou selon une autre version de la légende familiale dans un hangar désaffecté à cette même adresse[13]. Inscrit au registre du commerce comme « marchand de chocolat en gros et épicerie partielle de troisième classe », il commercialise d’abord uniquement des biscuits Labour, achetés directement à un producteur dePontivy, et qui sont présentés à même le sol dans des caisses empilées. Court-circuitant les fournisseurs et supprimant leurs marges en pleine période d'inflation après la guerre, le prix de gros affiché est alors 30 % en dessous de celui proposé par les autres commerçants[4]. Il réinvestit l’ensemble des bénéfices dans son « centre distributeur E. Leclerc » et peut ainsi proposer à ses clients une gamme de plus en plus large de produits : huile, farine, sucre… Les clients, d’abord timides, se font rapidement plus nombreux. Sa bonne idée est de se fournir directement auprès des producteurs pour faire baisser les prix, c’est, de ce fait, l’inventeur dudiscount avant l’heure[14].
En 1953, alors que lechiffre d'affaires est passé de 4,29 millions de centimes à 26,7 millions, le local de la rue des Capucins[15] devient exigu et Édouard Leclerc transfère son entreprise rue Bélérit[16].
Face à ce succès, les commerçants des environs s’inquiètent et font pression sur les fabricants pour qu’ils cessent de livrer E. Leclerc. Ce dernier se tourne vers lepréfet duFinistère. Or, l’initiative du jeune Breton constitue une réponse, certes isolée, mais localement efficace, à l’inflation, préoccupation centrale et permanente des gouvernements successifs de laQuatrième République. C’est pourquoi le ministre des Finances et des Affaires économiquesEdgar Faure réagit fermement et prend un décret le pour lutter contre les pratiques commerciales restrictives, comme lerefus de vente.
En 1955, un autre indépendant ouvre un centre distributeur àSaint-Pol-de-Léon appliquant la formule commerciale d'E. Leclerc. L'année suivante, des grossistes des Côtes d'Armor font de même : àTréguier,Lannion, et àSaint-Malo tandis qu'Édouard Leclerc ouvre son premier centre distributeur textile. En, le mouvement compte 9 centres distributeurs, tous bretons. Il n’y a ni contrat, ni lien financier entre Édouard Leclerc et ces épiciers d’un genre nouveau : seule l’obligation pour qui veut utiliser ses principes commerciaux de grouper ses achats à Landerneau. E. Leclerc ne facture cependant pas ces « rétrocédés » au-delà du coût réel et leur restitue la totalité des ristournes accordées par les fabricants. C'est en que les premiers articles consacrés à cette formule de vente originale paraissent[17]. Le premier d'entre eux ne porte d'ailleurs pas sur le fondateur mais sur deux centres distributeurs ouverts coup sur coup àRennes et appartenant à « Argenta », chaîne fonctionnant « sous le procédé Leclerc ». Paradoxalement, à l'engouement médiatique ne répond pas une accélération du rythme de développement sur le plan national : en, le mouvement compte seulement 14 membres hors de Bretagne. Parmi les villes concernées, figurent notammentNiort,Le Mans etTarbes. En, Édouard Leclerc ouvre en propre un centre distributeur à Grenoble[18]. Le défi est considérable : une localisation éloignée de sa région d’origine, un réseau de fournisseurs à reconstituer… La course au bas prix qu’engendre l’implantation d’un centre distributeur entre les différents commerces de la ville et la baisse du coût de la vie qui en résulte font de cette opération une réussite. L’année suivante, en 1959, il confie àJean-Pierre Le Roch l’implantation du premier centre distributeur en région parisienne, àIssy-les-Moulineaux : la médiatisation considérable de son inauguration confirme le succès de l’entreprise : on parle de moins en moins de l’« expérience » et de plus en plus du « Mouvement E.Leclerc »[19].
L'expansion est plus rapide en Bretagne qui compte 24 membres fin 1959. Seuls les chefs de centres situés à proximité de Landerneau y groupent leurs achats, les autres prennent en charge seuls leur approvisionnement ou deviennent à leur tour rétrocessionnaires. Édouard Leclerc conseille les nouveaux venus dans leurs démarches et organise l’achat en commun de certains produits. Il recueille aussi leurs doléances, concernant notamment les refus de vente des fournisseurs, et se fait leur porte-parole en transmettant ces plaintes aux autorités[20].
Entre 1959 et 2003, Édouard Leclerc est le président fondateur de l’Association des centres distributeurs E. Leclerc (ACDLec), qui réunit tous les commerçants utilisant son panonceau. Là, il se consacre à la diffusion et à l’implantation de ses idées[4].
En 1959, il milite avecMax Théret (fondateur de laFNAC avecAndré Essel), en faveur d’une réforme fiscale favorisant les circuits commerciaux courts. En 1960, il dénonce à nouveau les pratiques anticoncurrentielles de ses concurrents auprès des pouvoirs publics qui garantissent, à travers lacirculaire Fontanet, parue le, la libre concurrence dans le commerce.
Dans les années 1960, il œuvre pour une réforme des circuits de distribution des produits frais : il soutient notamment les producteurs d’artichauts et les mareyeurs, tandis que sur son impulsion, plusieurs boucheries E. Leclerc ouvrent leurs portes. Visionnaire, il sous-estime un virage de ladistribution moderne, lelibre-service, qu’il adopte en 1962[21]. En 1964, il y a, en France, 420 centres distributeurs.
Après avoir longtemps défendu les petits formats, Édouard Leclerc se convertit aux très grandes surfaces de vente. Achetant une partie du domaine des Capucins, il ouvre un Super Centre à Landerneau en 1964[22], bâtiment de 1 755 m2 qui compte 30 employés à l’ouverture, et 70 en au moment de sa fermeture pour cause d’exigüité et d’installation à l’hypermarché du Leck de Landerneau en 1976[23]. Entre-temps, il a ouvert son premier véritablehypermarché à Brest en 1969. Il ne transige cependant pas sur l’indépendance des adhérents qui doivent être pleinement propriétaires de leur magasin : c’est notamment un désaccord en 1969 sur ce point, et plus généralement une divergence profonde sur l’architecture du Mouvement, qui expliquent le départ d’une partie des adhérents, menés par Jean-Pierre Le Roch. Ensemble, ces derniers fonderont « les Ex », futurIntermarché.
Édouard Leclerc milite contre laloi Royer, votée en, qui établit un contrôle de l’implantation des grandes surfaces par des commissions locales. Les actions menées sont spectaculaires : en 1974 par exemple, il se rend àRochefort accompagné de quelques membres du Mouvement pour chahuter le procès de l’adhérent local, accusé d’avoir ouvert un centre sans autorisation. Ses opposants les plus virulents proviennent duCID-UNATI, qui comme son prédécesseur leMouvement Poujade, s’est promu défenseur des petits commerçants. Édouard Leclerc ne cesse de communiquer sur son action. Il multiplie les conférences ; il lance, en 1973, un magazine, le Soleil de l’Ouest, diffusé dans la région brestoise ; il est présent sur les plateaux télévisés. Il fait même son entrée sur la scène politique en créant, en 1977, le Mouvement européen économiques et social (MEES)[3].
En 1978, Édouard Leclerc s’engage dans le redressement des abattoirs Gilles dans les Côtes d’Armor. Ce soutien devait être transitoire, mais les circonstances conduisent le Mouvement à reprendre entièrement l’entreprise, qui devient, sous le nom deKermené, la première expérience durable d’intégration industrielle de l’enseigne.
Dès les années 1970, Édouard Leclerc cherche systématiquement à briser lesmonopoles et à libérer les secteurs protégés. Il s’attaque ainsi tous azimuts aux marchés des carburants, des livres, de produits pharmaceutiques, des parfums, de l’or, des voyages… Son action est couronnée de succès dans le cas des carburants : l’application de rabais supérieurs à ceux autorisés dans les stations-services du Mouvement entraîne un nombre important d’actions en justice… En 1985, après 467 procès, laCour de justice des communautés européennes tranche et donne raison au Mouvement contre l’État français, détenteur du monopole. En revanche, le Mouvement échoue à obtenir un prix libre pour les livres, mais s’impose néanmoins, avec son concept d'espace culturel E. Leclerc, comme l’un des premiers libraires français.
En 1986, le Mouvement lance une vaste campagne de communication pour dénoncer les monopoles et lecorporatisme de certains secteurs. Dans les années 1980, le Mouvement E. Leclerc s’engage également dans une diversification de ses activités dans les secteurs libres : les premiers Agri-E.Leclerc, Jardi-E.Leclerc et Brico E.Leclerc ouvrent leurs portes, tandis qu’à Tarbes, la première librairie E. Leclerc est expérimentée. En 1989, il y a 187 hypermarchés en France contre une centaine au début des années 1980.
Dans les années 1990, le Mouvement tente de s’implanter en dehors des frontières hexagonales : après un échec aux États-Unis, le premier centre polonais est inauguré en 1995. D’autres centres ouvriront ensuite en Pologne, en Espagne, en Italie, au Portugal… En 1993, la loi Royer est amendée et l’octroi des autorisations d’implantation est confié à une commission nationale. Si Édouard Leclerc a obtenu gain de cause sur ce point, les pouvoirs publics modifient les règles du jeu entre les fabricants et les distributeurs au détriment de ces derniers : laloi Galland, votée en 1996, interdit la revente à perte et limite le plancher des prix aux consommateurs.
En 1997, après avoir longtemps défendu les marques de fabricants aux prix aisément comparables d’une enseigne à l’autre, Édouard Leclerc se convertit aux marques de distributeur et commercialise ses premiers produits[21].
Fin 2003, il vend le nom de l’enseigne et ses dérivés aux adhérents pour 120 millions d’euros[21].
En 2005, il cède la présidence de l’ACDLec à son filsMichel-Édouard Leclerc, coprésident depuis 1988. Le Mouvement est alors la première enseigne française de distribution. Si les liens entre les adhérents se sont peu à peu densifiés, notamment via l’adoption de règles plus contraignantes régissant l’ACDLec, les principes originaux n’ont pas changé : les adhérents sont tous propriétaires de leur magasin et ne versent aucun pourcentage de leur bénéfice au fondateur. De plus, le projet de l’enseigne est resté le même : la défense du consommateur et de sonpouvoir d’achat[24].
En 2011, il fonde avec sa femme lefonds Hélène et Édouard Leclerc, musée d'art contemporain à Landerneau.
Édouard Leclerc vit retiré dans lemanoir de la Haye àSaint-Divy, près de Landerneau, qu'il a acquis en 1966[25] et où il meurt d’un arrêt cardio-respiratoire le[26]. Son épouse Hélène est décédée le 12[27].
Il était marié avec Hélène Diquélou depuis1950 et père de trois enfants :Michel-Édouard Leclerc, qui dirige actuellement son entreprise ; Isabelle (libraire[28]) ; Hélène épouse François Levieux[29] (œnologue[30]).