Il est égalementduc d'Aquitaine à compter du, avant de céder ce titre à son fils aîné,Édouard, en 1362. Il règne pendant une période charnière, dans une Europe en crise économique et sociale, qui bascule dans laguerre de Cent Ans et subit les ravages de lapeste noire.
Édouard est couronné en l'abbaye de Westminster, àLondres, le, à l'âge de14 ans, en raison de la destitution de son père,Édouard II, le précédent. Alors qu'il est à peine âgé de dix-huit ans, il fait juger et exécuter, le,Roger Mortimer, commanditaire présumé de l'assassinat de son père et concubin de sa mère,Isabelle de France, à qui cette dernière avait confié le gouvernement.
Ces contentieux sont doublés par le problème de la souveraineté sur laGuyenne,fief pour lequel il estvassal duroi de France, qui peut, à ce titre, annuler toutes ses décisions de justice. Le, il se déclare l'héritier légitime du trône de France (en tant que petit-fils dePhilippe IV le Bel, par sa mère), ce qui déclenche laguerre de Cent Ans.
Après quelques revers, Édouard parvient à faire voter des impôts par le Parlement qui lui donne les moyens de maintenir une armée de métier, ce qui le conduit à la victoire. Les batailles deCrécy puis dePoitiers, lors de laquelle le roi de FranceJean II est capturé, ainsi que la prise deCalais, lui permettent d'étendre son royaume sur le tiers de la France continentale en vertu dutraité de Brétigny, signé le.
Cependant, à compter de cette époque, il se heurte àCharles V qui renverse la tendance. Celui-ci modernise en effet l'économie et l'armée françaises et fait accepter les impôts quand le Parlement anglais se met à rechigner à financer la guerre. Les dernières années d'Édouard sont difficiles : elles sont marquées par des revers sur le plan stratégique, avec notamment la perte de pratiquement toutes ses conquêtes, et par des troubles intérieurs, que l'on peut largement attribuer à son apathie et sa très mauvaise santé.
Hautement vénéré à son époque et pendant des siècles, Édouard est dénoncé plus tard comme un aventurier irresponsable par des historienswhigs. Cette vision est maintenant dépassée et l'historiographie moderne le crédite de nombreux accomplissements. Durant son long règne de 50 ans, il enclenche la transformation de l'Angleterre en puissance manufacturière maîtrisant toute la chaîne textile. Son règne voit des progrès primordiaux dans la législature et le gouvernement, dont en particulier l'évolution duParlement anglais.
Édouard naît àWindsor le. Le règne de son père est marqué par des défaites militaires, des rébellions dans la noblesse et la corruption des courtisans, mais la naissance d'un héritier mâle en 1312 renforce temporairement la position d'Édouard II sur le trône[2].
Ainsi, dans ce qui est probablement une tentative de son père de restaurer l'autorité royale après des années de mécontentement, Édouard est proclamécomte de Chester à seulement 12 jours, et moins de deux mois plus tard, son père lui donne un ensemble de servants pour sa cour. Il a ainsi une certaine autonomie et peut vivre en prince[3]. Comme tous les rois d'Angleterre depuisGuillaume le Conquérant, il est élevé enfrançais et ne connaît pas l'anglais[4].
En 1325, la reineIsabelle de France, dont les relations avec son mari se sont considérablement détériorées, est envoyée en France auprès de son frère le roiCharles IV le Bel, afin d'y négocier la paix en Gascogne. Les négociateurs arrivent à s'entendre, mais le roi d'Angleterre doit venir en France prêter allégeance pour ses terres gasconnes auprès du roi de France. Peu soucieux de traverser la Manche, Édouard II envoie son fils aîné, auquel il a donné laGascogne, prêter allégeance. Le jeune Édouard est alors âgé de quatorze ans[5].
Le, Mortimer et Isabelle dorment dans lechâteau de Nottingham. Profitant de la nuit, un groupe loyal à Édouard pénètre dans la forteresse par un passage secret, arrête Mortimer qui est emmené à la tour de Londres[11]. Dépouillé de ses terres et de ses titres, il est accusé d'avoir usurpé l'autorité royale en Angleterre. Sans procès, Édouard condamne Mortimer à mort un mois après son renversement. Ce dernier est pendu le. Alors que Mortimer est exécuté, Isabelle est exilée auchâteau de Castle Rising dans leNorfolk et Édouard prend la tête de l'Angleterre[12].
Petit-fils dePhilippe IV le Bel, Édouard est pourtant évincé de la succession de France en 1328. Ceci se fonde sur un choix fait lors de la succession deLouis X en 1316. Ce dernier est mort sans héritier mâle : l'héritier direct du royaume de France se trouve donc être la fille mineure du roi défunt,Jeanne[13]. L'infidélité avérée de la reineMarguerite en 1314 et sa mort en prison l'année suivante risquent de mettre en cause la légitimité de la princesse et font craindre qu'un prétendant au trône prétexte d'une possible bâtardise de Jeanne pour légitimer ses revendications au trône[14].
Cependant, la reineClémence, épouse en secondes noces du feu roi, est enceinte. Le frère du défunt roi, le puissantPhilippe, comte de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent. La reine accouche d'un fils nommé Jean. La dynastie est sauvée mais le nourrisson, roi sous le nom deJean Ier de France, meurt quatre jours après sa naissance[15],[16].
Philippe de Poitiers est considéré par les grands comme le plus apte à gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne[13]. Après le court règne dePhilippe V, mort en 1322 sans héritier mâle[17], c'est son plus jeune frère,Charles IV, qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne de 1322 à 1328[18].
Généalogie de la Guerre de Cent Ans
Édouard III pourrait être candidat au trône, mais c'estPhilippe VI de Valois qui est choisi[19]. Il est le fils deCharles de Valois, l'aîné des frères cadets de Philippe le Bel, et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Il s'agit d'un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays[20]. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant[21].
La nouvelle ne surprend pas en Angleterre : seule Isabelle de France, qui est fille de Philippe le Bel, proteste de cette décision qui prive son fils de la couronne et envoie deux évêques à Paris, sans que ceux-ci soient reçus. LeParlement anglais réuni en 1329 déclare d'ailleurs qu'Édouard n'a pas de droit à la couronne et doit prêter l'hommage pour l'Aquitaine[22].
Édouard se soumet et rendhommage le à lacathédrale d'Amiens mais il refuse de joindre les mains devant Philippe, ce qui signifie qu'il rend l'hommage simple et non l'hommage lige (il reconnaît Philippe comme son seigneur et non comme son suzerain suprême). Son porte-parole, l'évêque de LincolnHenry Burghersh, fait un discours de protestation présentant la liste des arguments juridiques contre l'hommage lige[23].
Philippe donne à Édouard jusqu'au pour revenir lui prêter l'hommage lige en bonne et due forme : les Anglais réclament que les territoires saisis pendant laguerre de Saint-Sardos leur soient rendus. Philippe refuse catégoriquement et fixe une nouvelle date butoir : le. Devant un nouveau refus, le roi de France charge son frèreCharles II d'Alençon de s'emparer deSaintes qui est pillée. Mais Édouard renverseMortimer et prend en main les affaires. Il envoie une ambassade à Philippe en et fait amende honorable, demandant que son hommage puisse être considéré comme un hommage lige. Philippe se montre conciliant : il accepte la proposition, retire son armée de Saintes et promet une indemnisation pour le sac de la ville[24].
Tous ces efforts d'apaisements sont ruinés quandÉdouard Balliol, le fils de l'ancien roiJohn Balliol, favorable aux Anglais, débarque à la tête d'une armée privée le dans le comté deFife, dans l'Est de l'Écosse, ravivant ainsi leconflit anglo-écossais[24]. Depuis 1296, profitant de la mort d'Alexandre III d'Écosse sans héritier mâle et d'une tentative de prise de contrôle par mariage, l'Angleterre considère l'Écosse comme un État vassal. Cependant, les Écossais ont contracté avec la France laAuld Alliance le, et Robert Bruce (futurRobert Ier d'Écosse) écrase, lors de labataille de Bannockburn en 1314, la chevalerie anglaise, pourtant très supérieure en nombre, grâce à sespiquiers qui, en fichant leurs lances dans le sol, peuvent briser les charges de cavalerie comme l'ont fait les Flamands contre les Français à labataille de Courtrai[25].
Ces formations de piquiers peuvent être utilisées de manière offensive à la manière desphalanges grecques (la formation serrée permet de cumuler l'énergie cinétique de tous les combattants qui peuvent renverser l'infanterie adverse) et ont disloqué les rangs anglais, leur infligeant une sévère défaite. En 1328,Robert Bruce est reconnu roi d'Écosse par letraité de Northampton. Mais à sa mort en 1329,David II d'Écosse n'a que huit ans, ce qui donne l'occasion à Édouard Balliol de réclamer la couronne[24].
Après la défaite de Bannockburn, les Anglais prennent acte de la fin de la supériorité de la chevalerie sur les champs de bataille et mettent au point de nouvelles tactiques. Le roiÉdouard Ier d'Angleterre instaure ainsi une loi qui incite les archers à s'entraîner le dimanche en bannissant l'usage des autres sports ; les Anglais deviennent alors habiles au maniement de l'arc long (long bow). Les Anglais adaptent leur manière de combattre en diminuant la cavalerie mais en utilisant plus d'archers et d'hommes d'armes à pied protégés des charges par des pieux plantés dans le sol, ces unités se déplacent à cheval mais combattent à pied[26],[27].
Utilisant un schéma tactique qui préfigure labataille de Crécy, avec des hommes d'armes retranchés derrière des pieux fichés dans le sol et des archers disposés sur les flancs pour éviter que les projectiles ne ricochent sur lesbassinets et armures profilés pour dévier les coups portés de face, Édouard Balliol écrase les Écossais pourtant supérieurs en nombre, le, à labataille de Dupplin Moor. Édouard Balliol est couronné roi d'Écosse àScone en. Édouard n'a pas participé à la campagne mais, en laissant faire, il n'ignore pas que le résultat lui est très favorable : il a un allié à la tête de l'Écosse[24].
Dans l'intention de regagner ce que l'Angleterre avait concédé, il assiège et reprend le contrôle de Berwick, puis il écrase l'armée de secours écossaise à labataille de Halidon Hill en utilisant exactement la même tactique qu'à Dupplin Moor. Il fait preuve d'une extrême fermeté : tous les prisonniers sont exécutés[28]. Édouard III est alors en position de remettreÉdouard Balliol sur le trône d'Écosse. Ce dernier prête hommage au roi d'Angleterre en àNewcastle et lui cède 2 000 librates de terrains dans les comtés du Sud : les Lothians, le Roxburghshire, le Berwickshire, leDumfriesshire, le Lanarkshire et le Peebleshire[28].
Il lance unechevauchée dévastatrice mais les Écossais évitent les batailles rangées en lui opposant la tactique de laterre déserte. L'occupation des Plantagenêts est mise en danger et les forces de Balliol perdent rapidement du terrain. Édouard lève alors une armée de 13 000 hommes qui s'engage dans une deuxième campagne stérile. Les Français envoient un corps expéditionnaire de 6 000 hommes et livrent uneguerre de course dans la Manche[30]. Fin 1335, ils livrentbataille à Culblean contre un partisan de John Balliol. Ils feignent de fuir et les Anglais, qui chargent en quittant leurs positions défensives, subissent un assaut de flanc et se débandent.Vers cette époque, en 1336, le frère d'Édouard III,Jean d'Eltham,comte de Cornouailles, meurt[31].
Les quelques places fortes encore sous contrôle sont insuffisantes pour imposer la loi d'Édouard et, dans les années 1338-1339, il passe d'une stratégie de conquête à une stratégie de défense des acquis. Édouard doit faire face à des problèmes militaires sur deux fronts, en Écosse et en France. Les Français représentent un problème dans trois domaines. Premièrement, ils pourvoient un support constant aux Écossais par le biais de l'alliance franco-écossaise. Ensuite, les Français attaquent régulièrement plusieurs villes côtières anglaises, initiant les rumeurs d'une invasion massive en Angleterre[32]. En effet,Philippe VI de France monte une expédition de 20 000 hommes d'armes et 5 000 arbalétriers. Mais pour transférer une telle force, il doit louer des galères génoises. Édouard III, renseigné par ses espions, empêche le projet en payant les Génois pour neutraliser leur flotte : Philippe VI n'a pas les moyens de surenchérir[30]. Enfin, les possessions du roi d'Angleterre en France sont menacées. En 1336, il interdit l'exportation des laines anglaises vers laFlandre (possession de la couronne de France). Cette provocation économique, défi de l'Angleterre à la France, est une des causes profondes du déclenchement de laguerre de Cent Ans[33].
Sous le prétexte qu'il refuse de lui livrerRobert d'Artois, ennemi déclaré de la couronne de France, le roiPhilippe VI de Valois confisque au roi d'Angleterre laGuyenne le. Si le roi d'Angleterre est l'égal du roi de France, il est aussi duc de Guyenne depuis le mariage d'Henri II Plantagenêt avecAliénor d'Aquitaine. Il est donc, à ce titre,vassal du roi de France et lui doit obéissance et fidélité. Au lieu de chercher une solution pacifique au conflit, Édouard revendique la couronne de France en tant que seul descendant mâle encore vivant de son défunt grand-père maternel,Philippe IV le Bel[34].
Cependant, les Français invoquent laloi salique et dénigrent ses revendications en reconnaissant le neveu de Philippe IV,Philippe VI, de laMaison de Valois, comme véritable héritier. En réponse, Édouard se déclare, en à Gand, lui-même roi d'Angleterre et de France. En incorporant ses propresarmoiries anglaises, les trois léopardd'or sur champ de gueules, aux armoiries de la France, les trois lys,d'or sur champ d'azur, il présente un nouveau blason personnel, marquant sa revendication des deux royaumes[35], et date alors ses actes « de la quatorzième année de (son) règne en Angleterre et de la première en France »[36]. Pour faire valoir ses droits, il entre en conflit armé avec la France, marquant ainsi le début de laguerre de Cent Ans[19],[37].
Le roi d'Angleterre passe l'hiver en Brabant à négocier avec ses créanciers[38]. Il laisse les mains libres au roi de France en Aquitaine, dont l'offensive française menée par une force équipée de bombardes enchaîne les succès : les places fortes de Penne, Castelgaillard, Puyguilhem, Blaye et Bourg sont prises[39].
La chevalerie française, qui comptait se financer sur les rançons demandées aux éventuels prisonniers faits au cours des combats, gronde et accuse Philippe VI de« renardie »[43].
La pression fiscale, causée par les alliances coûteuses d'Édouard, conduit à un mécontentement de la population en Angleterre. En réponse à cela, le roi revient au pays le et trouvant les affaires du royaume en désordre, il purge l'administration royale[44].
Édouard, auParlement d'Angleterre d', est forcé d'accepter des limitations à ses prérogatives financières et administratives. Cependant, en octobre de la même année, le roi répudie ce statut, et l'archevêqueJean de Stratford est politiquement ostracisé. Les circonstances du parlement de 1341 ont forcé le roi à se soumettre mais, les pouvoirs du roi dans l'Angleterre médiévale sont illimités, et Édouard en tire avantage[45].
Mettant à profit latrêve de Malestroit, Édouard réussit à convaincre le parlement qu'il n'est pas possible de remporter cette guerre sans envoyer des forces considérables contre l'ennemi[46]. Il déploie d'importants efforts de propagande convainquant la population de la menace que fait peser sur elle le roi de France[47]. Début, Henri de Lancastre débarque à Bordeaux avec500 hommes d'armes, 1 000 archers et500 fantassins gallois. Il a le titre de lieutenant pour l'Aquitaine et toute liberté d'action. Son premier objectif : neutraliser Bergerac d'où partent régulièrement des raids dévastateurs. La ville est prise dès le mois d'août. Il y fait des centaines de prisonniers qui sont mis à rançon. Renforcé de troupes gasconnes et des troupes de Stafford (son armée compte 2 000 hommes d'armes et 5 000 archers et fantassins) il assiège Périgueux[48].Jean le Bon, chargé de la défense de l'Aquitaine, envoie Louis de Poitiers avec 3 000 hommes d'armes et 6 000 fantassins secourir la ville mais, à quinze kilomètres de Périgueux, celui-ci s'arrête pour assiéger lechâteau d'Auberoche. Il y est surpris par Henri de Lancastre le : l'armée française est défaite et les Anglais font de nombreux prisonniers[49]. Fort de ce succès, Henri prend plusieursbastides, nettoyant de ses garnisons françaises l'espace compris entre la Dordogne et la Garonne, puis il met le siège devant la Réole. La ville est prise dès le, mais la citadelle résiste : elle promet de se rendre si aucun secours n'arrive dans les cinq semaines[50]. Jean le Bon ne bouge pas : une grande partie de son armée a été défaite à Auberoche et il a licencié le reste. Par conséquent, La Réole capitule puis Langon et Sainte-Bazeille font de même, en. Cela a un effet catastrophique : devant l'inertie des Français, de nombreux seigneurs gascons changent de camp, comme les puissantes familles Durfort et Duras ; les communautés locales organisent leur propre défense et refusent donc de payer les impôts royaux[50].
De ce fait, la souveraineté française sur l'Aquitaine recule, laissant place à l'action de compagnies et aux guerres privées, ce qui accentue le phénomène. De plus, les prisonniers de Bergerac et d'Auberoche rapportent près de70 000 livres de rançon à Henri de Lancastre et ses lieutenants ne sont pas en reste : on prend conscience, en Angleterre, que la guerre en France peut être rentable, ce qui suscite nombre de vocations[50]. Aiguillon chute début 1346,Philippe VI de Valois se décide enfin à agir : il doit trouver des finances pour monter une armée. Il obtient avec grande difficulté des finances desétats de langue d'oïl et de Languedoc, il emprunte aux banques italiennes de Paris et il reçoit surtout le soutien du pape qui l'autorise à prélever 10 % des revenus ecclésiastiques du royaume et lui prête 33 000 florins[51].
Le roi recrute des mercenaires en Aragon et en Italie. Jean se retrouve à la tête de 15 000 hommes dont 1 400 Génois[51]. Il commence la Campagne d'Aquitaine en assiégeant Aiguillon le[51]. La place, au confluent de la Garonne et du Lot, est extrêmement bien fortifiée et tenue par une solide garnison de600 archers et300 hommes d'armes[47]. Jean fait le serment de ne pas quitter les lieux avant d'avoir pris la ville. Il emploie les grands moyens : réseaux de tranchées pour protéger l'approche et les arrières, construction de ponts sur la Garonne et le Lot pour bloquer le ravitaillement de la ville. Mais le siège piétine et ce sont bientôt ses propres forces qui se retrouvent affamées, d'autant que les assiégés ont fait main basse sur le ravitaillement des assiégeants au cours de sorties audacieuses. Fin, il doit lever le siège : Édouard III a attaqué au nord du royaume etPhilippe VI de Valois a besoin de lui[47].
Bataille de Crécy. Miniature de Loyset Liédet,Chroniques de Froissart, BNF, Fr.2643, f.165v.
Après maintes campagnes infructueuses en Europe continentale, Édouard décide delancer une offensive majeure en 1346, embarquant pour la Normandie avec une force de 40 000 hommes[52]. Son armée pille la cité deCaen et marche à travers le nord de la France. Le, il rencontre les forces du roi de France lors de la bataille rangée deCrécy au cours de laquelle l'organisation de son armée prend le dessus sur les charges de la chevalerie française qui s'effondre sous une pluie de flèches décochées par lesarchers gallois abrités par une forêt de pieux[53].
En 1348, lapeste noire touche l'Europe de plein fouet, tuant un tiers ou plus de la population anglaise[54]. Cette perte de main d'œuvre et, par conséquent, de revenus, signifie l'arrêt d'une campagne majeure. Les grands propriétaires fonciers doivent faire face au manque de travailleurs et à l'inflation du coût du travail en résultant. Tentant de limiter les salaires, le roi et le parlement répondent avec l'ordonnance des Travailleurs (1349) et lestatut des travailleurs (1351). Toutefois, la peste ne conduit pas à une rupture complète dans le gouvernement et la société, et le rétablissement est rapide[55].
Pendant cette chevauchée, Édouard de Woodstock remporte une victoire à labataille de Poitiers. Les forces inférieures en nombre des Anglais n'ont pas seulement mis en déroute l'armée française mais aussi capturé le roi de France,Jean II le Bon. Après une succession de victoires, les Anglais acquièrent de nombreuses possessions en France, le roi français est en détention et le gouvernement central est presque totalement effondré. De plus, le pays est ravagé par des troubles intérieurs (jacqueries,Étienne Marcel,Charles le Mauvais)[60]. Il impose letraité de Londres à Jean le Bon, par lequel il accapare la moitié du territoire français et réclame une rançon de quatre millions delivres[61].
Jean II le Bon est incarcéré à Bordeaux avec tous les honneurs. Il peut librement y organiser une cour. Mais, en son absence, le parti réformateur mené par Étienne Marcel et les proches de Charles de Navarre tente d'instaurer une monarchie contrôlée par lesétats généraux. En,Charles de Navarre, libéré, est en mesure de prendre le pouvoir (il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l'ennemi anglais et plus légitime que le chétif dauphin[64]). Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête, Jean le Bon décide de précipiter les négociations qui doivent avoir lieu de roi à roi. De ce fait il est transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d'incarcération sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et d'autres venus de leur plein gré), a la liberté de circulation en Angleterre et l'hébergement à l'hôtel de Savoie. Il accepte le premiertraité de Londres qui prévoit que l'Angleterre récupère l'ensemble de ses anciennes possessions d'Aquitaine et une rançon de quatre millions d'écus sans renonciation à la couronne de France[65].
Cet accord provoque un tollé dontÉtienne Marcel, leprévôt de Paris, profite pour prendre le pouvoir dans la capitale française.Le 22 février 1358, il déclenche une émeute et 3 000 hommes en armes envahissent lePalais de la Cité pour affronter le Dauphin[66] qui a fait monter une armée d'un millier d'hommes pour faire pression sur les Parisiens et empêcher son éviction en faveur du Navarrais. Étienne Marcel fait assassiner sous ses yeux les chefs de cette armée : le maréchal de ChampagneJean de Conflans et le maréchal de NormandieRobert de Clermont[67].
Croyant maîtriser le Dauphin qu'il a terrorisé, il le fait nommer régent et tient Charles le Mauvais à l'écart de Paris. Le Dauphin réagit, monte la noblesse horrifiée par le meurtre des maréchaux contre Étienne Marcel et organise le siège de la capitale[68]. Étienne Marcel contre-attaque en utilisant lajacquerie pour s'assurer de l'accès nord à la capitale qui lui permet de garder le contact avec les villes des Flandres et du nord auquel il est allié. Charles de Navarre, se sentant évincé par le prévôt de Paris, reprend l'initiative en prenant la tête de la noblesse et en écrasant les Jacques[69]. Étienne Marcel n'a d'autre choix que de composer avec lui : il lui ouvre les portes de Paris et du pouvoir[70].
Néanmoins, la plus grande partie de la noblesse ne suit pas le Navarrais et rallie le camp du Dauphin qui assiège Paris. Une alliance avec Étienne Marcel est impossible depuis le meurtre des maréchaux. Charles de Navarre compense ces défections par l'enrôlement de mercenaires anglais dont la présence dans Paris déclenche des émeutes[71], la nouvelle de l'arrivée d'autres troupes anglaises fait définitivement basculer les Parisiens[72] : Étienne Marcel est assassiné et Paris ouvre ses portes au régent le[73].
aux anciennes possessions d'Aquitaine desPlantagenêt, s'ajoutent toutes les terres qui ont autrefois été leurs fiefs : leMaine, laTouraine, l'Anjou et laNormandie ;
le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne, réglant ainsi laguerre de Succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort, allié des Anglais ;
la rançon de quatre millions d'écus avec un échéancier plus bref.
Cela représente plus de la moitié du territoire et plusieurs années de recettes fiscales. Accepter ces conditions discréditerait définitivement les Valois et risquerait de faire sombrer le royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait à Édouard III la couronne sur un plateau. Habilement, ledauphin etrégent Charles (le futurCharles V le Sage) convoque lesétats généraux qui refusent d'avaliser le traité, mettant ainsi son père prisonnier à l'abri de représailles. Letraité de Londres aurait définitivement discrédité les Valois et aurait probablement relancé la guerre civile au profit d'Édouard. Mais, en convoquant les états généraux contre ce traité inacceptable, le régent rassemble le pays contre les Anglais[75].
Cettechevauchée tourne au fiasco pour les Anglais, harcelés, affamés, privés de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mènent un raid sur le port deWinchelsea (), déclenchant une panique en Angleterre[76].
Nombre d'entre elles ont lieu pendant lecarême et laSemaine sainte et, lorsque l'armée anglaise est décimée par un violent orage de grêle le lundi, nombre de chroniqueurs y voient la main de Dieu[77]. Édouard III se décide alors à négocier. Il signe la paix àBrétigny, où il dissout son armée de mercenaires[78]. Celle-ci, pour se solder, se livre au pillage en Bourgogne, seule région « ouverte », car, contrairement à la Champagne et l'Île-de-France, son arrivée n'y était pas prévue. Ces mercenaires forment l'embryon desGrandes compagnies[79].
Si le royaume de France exsangue, pressuré par les compagnies et l'énorme rançon deJean II le Bon, n'est plus un danger à court terme, ses élites ont beaucoup appris pendant la captivité du roi à Londres. En effet la cour a pu constater les bienfaits de la monnaie forte et de la décentralisation. À peine rentré, Jean le Bon crée le Franc et divise le royaume en apanages gérés par ses fils[80].
Il met de son côté des alliés ayant tous de bonnes raisons d'en découdre avec l'Angleterre. Charles use les forces du fils d'Édouard, le Prince Noir, enCastille où une guerre fratricide fait rage entre les deux prétendants, l'un anglophile et l'autre francophile, au trône de ce pays. Il le fait en envoyantBertrand du Guesclin etGuillaume Boitel recruter les compagnies et le fait financer en grande partie par le pape sous couvert d'une soi-disant croisade contre l'Émirat de Cordoue[83].
Le pape accepte pour se débarrasser des compagnies qui rançonnent l'axe rhodanien ce qui a un impact direct sur l'économie d'Avignon où il réside. En aidantHenri de Trastamare à monter sur le trône de Castille, Charles bénéficie d'un solide allié qui possède ce que la France n'a pas encore : une flotte redoutable. Le prince de Galles est obligé de réagir, il rétablit Pierre le Cruel sur le trône de Castille en infligeant à Du Guesclin et à Henri de Trastamare une sévère défaite àNájera le, toujours grâce à la supériorité tactique conférée par lesarchers anglais[84]. Mais les effets de cette victoire sont de courte durée : l'argent promis par Pierre le Cruel pour financer l'armée anglaise n'existe pas et le Prince Noir, ruiné, doit la licencier et lever desfouages sur l'Aquitaine par ordonnance du : ces impôts sont directement à l'origine des appels gascons[85].
Les Anglais essayent de bloquer l'appel et de sauver la paix pour ne pas perdre tout l'acquis de Brétigny. Le temps gagné est occupé à fairetourner français les seigneurs gascons. Cela commence par les proches du comte d'Armagnac : dès, le mariage de son neveu, le comte d'Albret, est doté par le roi de France, qui lui accorde en outre une rente contre l'hommage lige[87].
Charles V tourne le conflit à son avantage. Ayant en mémoire ladébâcle de Poitiers où la chevalerie a chargé de manière désordonnée sans attendre les ordres de son pèreJean le Bon, transformant une victoire facile en désastre, et considérant qu'il n'a pas de talent militaire, il décide de confier le commandement de petites armées formées de volontaires aguerris à des chefs expérimentés et fidèles (commeBertrand du Guesclin). Il renonce aux batailles rangées et les lance dans une guerre d'escarmouches et desièges, grignotant patiemment le territoire ennemi. Les Grandes Compagnies, qui, revenues d'Espagne en 1367, pillent le Languedoc, sont incorporées dès 1369 à l'armée française, ce qui soulage les territoires qui choisissent detourner français et met sous pression ceux qui restent fidèles au prince de Galles[91].
Possessions de Charles de Navarre allié des Anglais.
Chevauchée de Lancastre en 1369.
Chevauchée de Robert Knowles en 1370.
Chevauchée de Lancastre en 1373.
L'endettement du Prince Noir pose un réel problème. Du fait des appels gascons, l'impôt rentre mal. Il n'a pas les moyens de monter une armée pour s'opposer aux Français. Édouard III lui envoie donc130 000 livres tournois[92]. Mais le parlement rechigne à payer pour la Guyenne, qui semble coûter plus qu'elle ne rapporte. Il ne finit par y consentir qu'après acceptation qu'il ne soit plus obligatoire de faire transiter la laine par Calais (la taxe sur la laine est le principal revenu de la couronne à l'époque)[93].
Au début, Jean de Gand débarque àCalais et lance unechevauchée jusqu'à Harfleur, oùPhilippe le Hardi est en train de préparer un débarquement franco-flamand en Angleterre[95]. On lui oppose la stratégie de laterre déserte et la chevauchée ne peut s'emparer de la ville. L'armée anglaise est harcelée par les troupes duduc de Bourgogne et, craignant d'être piégée, regagne Calais[95]. Les raids anglais, s'ils sont dévastateurs pour les campagnes, ne permettent pas de regagner le terrain perdu.
Quelques garnisons anglaises subsistent, mais leur isolement ne leur permet pas de tenir le terrain, Louis d'Anjou progresse en Guyenne pendant que Jean de Berry contient les Anglais enPoitou àla Roche-sur-Yon[97].
Pendant ce temps, au Nord, lePonthieu est repris en une semaine : le,Abbeville ouvre ses portes àHue de Châtillon (maître desarbalétriers), et les jours suivants les localités voisines reviennent sous l'autorité du roi de France, qui confirme leurs privilèges[97].
En 1370, les Anglais tentent de se ressaisir et font un exemple de Limoges qui a osé tourner française et que le duc de Berry a laissée peu défendue. Le prince de Galles fait payer très cher leur ralliement aux Limougeaux : le, après cinq jours de siège pendant lesquels les murailles sont sapées et minées, il reprend la ville, épaulé par les ducs de Lancastre et de Cambridge, et fait massacrer la population puis incendier la cité[98]. L'objectif est de faire un exemple dissuasif pour arrêter l'hémorragie de villestournant françaises, mais c'est l'effet inverse qui se produit : cette conduite encourage l'anglophobie et renforce le sentiment national naissant[99].
Il renforce le prestige de la couronne de France par ces victoires, malgré les souffrances engendrées par la tactique de laterre déserte (il laisse les chevauchées anglaises piller les campagnes dont la population s'est réfugiée dans les forteresses qui ont été reconstruites dans tout le royaume) et par le retour de lapeste. Ainsi la chevauchée de Knowles est refoulée de Bourgogne. Elle passe deux jours devant les portes de Paris, pillant les faubourgs sous les yeux des Parisiens à l'abri derrière les murs de la capitale[101]. Pour faire bonne figure, le roi lâche Bertrand du Guesclin à ses trousses. Celui-ci se livre à une guerre de harcèlement et finit par le surprendre àPontvallain, alors qu'il s'apprête à franchir leLoir[102].
La flotte anglaise est détruite le à labataille de La Rochelle privant la Guyenne de soutien logistique. Chroniques deJean Froissart,Paris, Bibliothèque nationale de France.
La pression continue et les mauvaises nouvelles affluent à Londres. En 1371, le peu fiable alliéCharles le Mauvais, voyant que la situation tourne largement en faveur du roi de France, fait la paix et fait hommage à Charles V pour ses possessions normandes[103]. En 1372, la flotte castillane intercepte un corps expéditionnaire anglais àLa Rochelle le et l'anéantit le, usant de canons et de brûlots dérivants (les Castillans ont attendu la marée basse pour que leurs navires à faibles tirant d'eau aient un avantage sur les lourds bâtiments anglais gênés à la manœuvre par les hauts fonds sablonneux rochelais)[104]. C'est un désastre pour l'Angleterre, qui perd la maîtrise des mers.
Les barons poitevins qui ont massivement choisi le parti anglais (le Poitou exporte du sel vers l'Angleterre) ne peuvent plus compter sur son soutien[105]. Isolés et mis sous pression par l'offensive de l'armée royale lancée aussitôt après labataille de La Rochelle, ils négocient leur reddition et les villes de Poitou et de Saintonge sont reprises par les Français.
Mais celle-ci reste sous contrôle :Philippe le Hardi tient les ponts et les châteaux sur son aile droite, du Guesclin la suit et empêche tout repli vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais, ne pouvant aller vers l'ouest, elle se dirige vers Reims, puis Troyes où elle trouve portes closes[108]. Battu par Clisson à Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin[108]. Ses hommes sont affamés, les chevaux épuisés (ou mangés), la fin de l'expédition se fait à pied et perd la moitié de ses effectifs (les défections sont nombreuses). Trop lourdes, les armures ont été jetées[108].
Elle est sauvée d'un désastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup férir. Mais le moral n'y est plus, la zizanie gagne les chefs : Montfort lâche la chevauchée[108]. L'arrivée piteuse des faibles troupes de Jean de Lancastre à Bordeaux brise le moral des fidèles au roi d'Angleterre : les Français avancent nettement, reprenant Tulle, Martel et Brive, mais surtout en entrant dans La Réole qui verrouille le bordelais et dont les bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur aucun secours[109].
Tout est ouvert pour finalement négocier, àBruges, un traité mettant fin à la guerre en reconnaissant la souveraineté des Français sur les territoires reconquis[110].
En 1375,Jean IV débarque à Saint-Mathieu-de-Fineterre avec 6 000 hommes sous le commandement du comte de Cambridge[111]. Succès rapide mais éphémère : à peine latrêve de Bruges est-elle signée entre Français et Anglais que les troupes anglaises quittent la Bretagne et que les places bretonnes redeviennent françaises[111]. Jean IV retourne en Angleterre.
Sous l'influence deGrégoire XI, les belligérants signent le unetrêve qui dure jusqu'en. À la signature de latrêve de Bruges, les Anglais ne possèdent plus en France qu'une Guyenne étriquée et Calais ; la France récupère leduché de Bretagne[110].
Alors que les premières années de règne d'Édouard avaient été énergiques et pleines de succès, ses dernières années au pouvoir sont marquées par une certaine apathie, des échecs militaires et des troubles politiques. Les affaires journalières de l'État avaient moins intéressé Édouard que ses campagnes militaires. Ainsi, durant les années 1360, Édouard compte de plus en plus sur l'aide de ses subordonnés, en particulierWilliam Wykeham. Wykeham, un parvenu, est faitLord du sceau privé en 1363 etlord chancelier en 1367, même si le Parlement le force à renoncer à la chancellerie en 1371 à cause de ses difficultés politiques liées à son inexpérience[112],[113].
Le second fils du roi,Lionel d'Anvers, tente de soumettre par la force les seigneurs anglo-irlandais d'Irlande, largement indépendants. La tentative échoue et la seule marque qu'elle laisse réside dans les répressifsstatuts de Kilkenny de 1366[114].
Les déboires militaires à l'étranger et la pression fiscale associée aux campagnes mènent à un mécontentement politique à l'intérieur. Les problèmes arrivent à leur apogée au parlement de 1376, surnommé leBon Parlement. Le parlement a été rassemblé pour définir l'imposition mais laChambre des communes saisit cette occasion pour présenter des revendications spécifiques. Les critiques sont en particulier dirigées à l'encontre des plus proches conseillers du roi. Le Lord Chambellan,William Latimer, et le Lord Intendant,John Neville,3e baron Neville de Raby, sont démis de leurs fonctions. La maîtresse du roi,Alice Perrers, qui est perçue comme trop influente sur le roi vieillissant, est bannie de la cour[115],[116].
Cependant, le réel adversaire de la Chambre des Communes, soutenu par des hommes puissants tels que Wykeham et Edmond de Mortimer, est Jean de Gand. En ce temps-là, le roi et le Prince Noir sont tous deux affaiblis par la maladie, laissant à Jean de Gand les rênes du gouvernement. Celui-ci est forcé d'accepter les demandes du Parlement mais, à sa nouvelle convocation en 1377, la plupart des réalisations du Bon Parlement sont annulées[117].
Cependant, Édouard lui-même n'est pas particulièrement intéressé par cette question. Après 1375, il joue un rôle limité dans le gouvernement[118]. Autour du, il tombe malade, souffrant d'un abcès important. Après une brève période de convalescence en février, le roi meurt d'une congestion cérébrale (certaines sources parlent toutefois d'unegonorrhée[119]) àShene le[118].
Son petit-fils de 10 ans lui succède : c'est le roiRichard II d'Angleterre, fils du Prince Noir, ce dernier étant lui-même décédé le. En 1376, Édouard avait signé deslettres patentes sur l'ordre de succession au trône, qui citaient en deuxième position Jean de Gand, né en 1340, mais ignoraientPhilippa de Clarence, fille de Lionel d'Anvers, né en 1338. L'exclusion de Philippa divergeait d'une décision d'Édouard Ier en 1290, qui reconnaissait le droit des femmes à hériter de la couronne et à la passer à leurs descendants[120]. Ce droit des femmes avait généralement été respecté auparavant, et deviendra la norme à partir de la fin de laguerre des Deux-Roses (1485)[121]. L'ordre de succession déterminé en 1376 plaça sur le trône en 1399 laMaison de Lancastre (Jean de Gand était duc de Lancastre), alors que la règle décidée par Édouard Ier aurait été favorable aux descendants de Philippa, dont laMaison d'York, à partir deRichard Plantagenêt, son arrière-petit-fils[120].
Le milieu du règne d'Édouard est une période d'activité législative significative. La mesure la mieux connue est peut-être leStatut des travailleurs de 1351, qui cherche à résoudre le problème de pénurie de travailleurs lié à la peste noire. Le statut fixe les salaires à leur niveau d'avant la peste et contrôle la mobilité des paysans en déclarant que les seigneurs ont la priorité pour s'assurer des services de leurs hommes. En dépit d'efforts concertés pour conserver le statut, il n'aboutit finalement pas à cause de la compétition entre les propriétaires fonciers pour les travailleurs[122].
La loi était décrite comme une tentative de « légiférer à l'encontre de la loi de l'offre et la demande », ce qui la vouait à l'échec[123]. Néanmoins, la pénurie de main d'œuvre a créé une communauté d'intérêt regroupant petits propriétaires fonciers de la Chambre des Communes et grands propriétaires de laChambre des lords. Les diverses tentatives portant préjudice à la main-d'œuvre qui en résultent rendent les paysans furieux, ce qui engendre larévolte des paysans de 1381[124].
Un autre problème lié aux dégâts de la peste noire est le besoin en recrues aptes au service des armes, avivé par la nécessité de reconstituer des effectifs décimés. Le roi s'oppose avec une particulière netteté aux activités physiques traditionnelles qui détournent ses sujets des exercices guerriers, et notamment du tir à l'arc. Un décret de 1363 interdit ainsi, sous peine d'emprisonnement, les jeux de lancer ; « le handball, le football ou le hockey ; la course et les combats de coq, ou tout autre jeu inutile »[125].
Lesstatutes of provisors etstatutes of praemunire, respectivement de 1350 et 1353, visent à modifier cela en interdisant les profits du Pape, mais aussi en limitant les pouvoirs de la cour papale sur les sujets anglais[126]. Cependant, les statuts ne coupent pas les liens entre le roi et le Pape, qui sont dépendants l'un de l'autre. Le roi nomme les évêques, le Pape n'intervenant que pour entériner les nominations[127]. Ce n'est pas avant legrand schisme de 1378 que la couronne anglaise s'est libérée complètement de l'influence d'Avignon.
Dès 1337, il accorde de larges privilèges à tout ouvrier étranger s'établissant dans les villes anglaises tout en interdisant l'exportation de laine vers les Flandres et l'importation de draps[135]. Enfin, l'insécurité des routes est néfaste pour l'économie des Flandres et de la France : les Flamands désertent lesfoires de Champagne qui périclitent. Le commerce du textile se fait par voie maritime en contournant la péninsule ibérique, ceci au bénéfice des marchands italiens. Cela contribue à ce que l'Angleterre devienne une puissance textile au détriment des Flandres.
Le jeune roi inverse cette politique quand, en 1337, se préparant pour la guerre imminente, il nomme 6 nouveauxcomtes le même jour[137]. Dans le même temps, Édouard élargit la gamme des degrés de noblesse vers le haut en introduisant le titre deduc pour des parents proches du roi.
En outre, Édouard encourage le sens de communauté au sein de ce groupe en créant l'Ordre de la Jarretière, probablement en 1348. Le projet qu'il eut en 1344 de rétablir laTable ronde duroi Arthur n'aboutit jamais, mais le nouvel ordre évoque cette légende par la forme circulaire de la jarretière.Polydore Virgile raconte comment la jeuneJeanne de Kent, comtesse de Salisbury – la cousine et favorite du roi en ce temps – fit accidentellement tomber sa jarretière à un bal à Calais. Le roi Édouard répondit à la foule en attachant la jarretière à son propre genou en prononçant ces mots : « honi soit qui mal y pense »[138].
Il en résulte une forte recrudescence de la langue anglaise ; en 1362, leStatute of Pleading rend l'usage de la langue anglaise obligatoire dans les cours de justice[140] et, l'année suivante, le parlement est pour la première fois ouvert en anglais[141]. Dans un même temps, la langue vernaculaire se voit revivre en tant que langue littéraire, à travers les travaux deWilliam Langland,John Gower et particulièrement dansLes Contes de Canterbury deGeoffrey Chaucer.
Cette vision persista un moment mais, avec le temps, l'image du roi changea. Les historienswhigs plus contemporains préfèrent les réformes constitutionnelles aux conquêtes étrangères et critiquent Édouard pour avoir ignoré ses responsabilités envers sa propre nation. Voici les mots de l'évêqueWilliam Stubbs :
— Traduction libre de : William Stubbs,The Constitutional History of England[148]
Influent comme l'était Stubbs, il fallut longtemps avant que cette vision soit contestée. Dans un article de 1960 titréÉdouard III et les historiens, May McKisack souligne la naturetéléologique du jugement de Stubbs. Un roi médiéval n'était pas censé travailler pour l'idéal futur de monarchie parlementaire ; son rôle était plus pragmatique – maintenir l'ordre et résoudre les problèmes lorsqu'ils apparaissaient. En cela, Édouard III excellait[149].
Le roi fut également accusé d'avoir été trop généreux avec ses fils cadets et engendré ainsi un conflit dynastique qui culmina lors de laguerre des Deux-Roses. Mais cela fut rejeté par K.B. McFarlane, considérant qu'en plus d'être une politique commune à cette époque, il s'agissait de la meilleure[150]. Des biographies plus récentes du roi telles que celles de Mark Ormrod et Ian Mortimer ont suivi cette tendance historiographique. Cependant, la vision préalable n'a pas été totalement négligée et, en 2001,Norman Cantor décrivait Édouard III comme un « voyou avare et sadique » et une « force destructrice et sans pitié »[151].
De ce que nous savons du caractère d'Édouard, il pouvait être impulsif et lunatique, comme on peut le voir dans ses actions contre Stratford et les ministres en 1340-1341[152]. Dans le même temps, il était reconnu pour sa clémence ; le petit-fils de Mortimer ne fut pas seulement innocenté mais il vint à jouer un rôle important dans les guerres contre la France et fut finalement fait chevalier de l'Ordre de la Jarretière[153]. Dans sa vision de la religion comme dans ses intérêts, il était un homme conventionnel. Son principal loisir était l'art de la guerre et, en cela, il était conforme à la vision médiévale du bon roi[154],[155].
En tant que guerrier, il fut si brillant qu'un historien de l'histoire militaire moderne l'a décrit comme « le plus grand général de l'histoire anglaise »[156]. Il semble avoir été dévoué à sa femme, la reinePhilippa. Beaucoup de choses ont été dites sur le libertinage sexuel d'Édouard, mais il n'y a aucune preuve d'infidélité de la part du roi avant qu'Alice Perrers ne devienne son amante, et, à ce moment, la reine était déjà condamnée par la maladie[157]. Il est d'ailleurs assez singulier parmi les rois de l'Angleterre médiévale qu'il n'ait pas d'enfant illégitime connu. Cette dévotion s'étendait au reste de sa famille ; contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs, Édouard n'a ainsi jamais connu d'opposition de la part de ses cinq fils[158].
Comme pour son père et son grand-père avant lui, les armes d'Édouard en tant qu'héritier de la couronne anglaise se différencient par la présence d'un bandeau bleu à trois branches, qu'il perd ensuite lors de son accession au trône[166]. En 1340, il modifie ses armes en y adjoignant les armes françaises, signalant ainsi sarevendication du titre de roi de France.
Armoiries en tant que prince héritier.
De gueules aux trois léopards d'or (jusqu'en 1340).
Écartelé, en 1 et 4 d'azur semé de lys d'or, en 2 et 3, de gueules aux trois léopards d'or.
↑Emmanuel C. Antioche,« Quelques aspects concernant l’évolution tactique du chariot sur le champ de bataille dans l’histoire militaire universelle. L’Antiquité et le Moyen Âge jusqu’à l’avènement des Hussites (1420) », dans André Corvisier et Dumitru Preda,Guerre et société en Europe. Perspectives de nouvelles recherches, Bucarest, Europa Nova,, 290 p.(lire en ligne),p. 28–48.
↑Auteur anonyme, huile sur toile de 58,4 × 44,8 cm, Londres, National Portrait Gallery. Voir lafiche descriptive de ce tableau sur le site web de la National Portrait Gallery, London.
ChrisGiven-Wilson,The English Nobility in the Late Middle Ages : The Fourteenth-century Political Community, Londres, Routledge,, 222 p.(ISBN0-415-14883-9,lire en ligne).
BrunoRamirez de Palacios,Charles dit le Mauvais : Roi de Navarre, comte d'Evreux, prétendant au trône de France, Le Chesnay, Bruno Ramirez de Palacios,, 530 p.(ISBN978-2-9540585-2-8).
La version du 4 décembre 2009 de cet article a été reconnue comme « article de qualité », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.