L'expression « Âge sombre », « Âges obscurs » ou « Siècles obscurs » est employée par l'historiographie, en particulierdans le monde anglophone au travers de l'expressionanglaiseDark Ages pour désigner toute période pour laquelle les sources archéologiques ou historiques sont rares ou manquantes, avec une connotation funeste ou négative de l'histoire d'un peuple ou d'un pays. Cette connotation ainsi que l'expression elle-même sont très critiquées[1], de même que le concept opposé d'« Âge d'or ».
L'historien américainCharles H. Haskins provoqua une grande polémique lorsqu'il publia en 1927 son ouvrage le plus connu,The Renaissance of the Twelfth Century, identifiant uneRenaissance du XIIe siècle[4]. Cette vision négative et sans nuances est aujourd'hui remise en cause par tous lesmédiévistes.
L'historiographie des années 1990, notammentDominique Barthélémy a remis en cause cette vision : l'effectivité des destructions vikings hors des abbayes, l'idée d'une disparition de la notion deRes Publica et de la mémoire des auteurs antiques dans l'empire byzantin ou lors de l'éclatement de l'empire carolingien, sont à nuancer.
L'image du Moyen Âge comme « âge sombre », bien que démentie par la recherche historique, reste vivace dans le langage courant avec des connotations négatives d'obscurantisme, injustice brutale,féodalisme etchasse aux sorcières[8].
L'expression désigne la période où l'île de Bretagne fut laissée sans souverain central, à compter du départ desRomains. C'était l'époque du doute et de la perte progressive de l'unité desCeltes britanniques, celle des incursions des violentes tribus du nord, lesPictes et lesScots, que les murs romains d'Hadrien et d'Antonin ne retenaient plus ; enfin, celle de l'arrivée successive desAngles,Saxons sur les terres de l'Est (voirheptarchie), ainsi que desVikings àYork.
Dans le monde anglo-saxon, cette définition prévaut ainsi (Dark Age), et est à l'origine de deux lignes de légendes :
Leschroniques mozarabes traduisent la vision pessimiste des clercs chrétiens sous la domination ducalifat de Cordoue (756-1031). Du point de vue des musulmans d'Al-Andalus, c'est la chute de ce califat en 1031 qui ouvre une période de morcellement et de confusion, la période des taïfas.
Pour la France, l'expression désigne une vision, aujourd'hui reconnue comme erronée, des amateurs d'art duXIXe siècle qui observèrent les peintures de laRenaissance desXIVe et XVe siècles dans l'état où elles se trouvaient à leur époque, sans les techniques derestauration disponibles aujourd'hui.
Au bout de quatre siècles dans les salles principales des palais et châteaux des collectionneurs, ces peintures comportaient des couleurs passées, les ciels étaient noirs bien que remplis d'angelots et leur sujet empreint de thèmes religieux liés à la crise desschismes qui questionna le monde occidental chrétien.
Ces éléments donnèrent l'idée à ceux qui redécouvraient les peintures de la Renaissance que l'époque de leur création au sortir du basMoyen Âge, qui avait connu l'an mille, était parcourue de pessimisme transparaissant dans les peintures qu'ils contemplaient.
Depuis, la lumière fut faite sur l'époque et sur lesdites peintures ; elle trouva donc le nom plus évocateur deRenaissance aux yeux des historiographes.
Dans l'hindouisme, toute la période historique est considérée comme appartenant à un « âge noir » (Kali Yuga) caractérisé par la ruine des valeurs morales : sa durée est estimée à 432 000 ans.
La notion d'Âge sombre est utilisée dans plusieurs œuvres descience-fiction, notamment dans leCycle de Fondation d'Isaac Asimov publié de 1942 à 1993. Dans ce cycle qui s'étend sur plusieurs millénaires, la chute du premierEmpire galactique est suivie par un « Âge sombre » : une élite de scientifiques, la Fondation, s'efforce de préserver et développer le savoir pour préparer l'avènement d'un nouvel Empire[19].
↑Sing C. Chew,The Recurring Dark Ages: Ecological Stress, Climate Changes, and System Transformation, Altamira Press, 2006[1]
↑Hámori Nagy, Z. (2010). « Le temps des ténèbres ». La naissance de l’image négative du Moyen Age. Verbum – Analecta Neolatina, 12(1), 167–183.lire en ligne, consulté le 2 juilet 2025
↑Charles H. Haskins,The Renaissance of the Twelfth Century, Cambridge Mass., 1927
↑Georges Duby,Le Temps des cathédrales, introduction
↑Régine Pernoud,Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, 1977
↑Pierre Riché,Les Grandeurs de l'an mille, Bartillat,p. 14
↑Tommaso de Carpegna Falconieri,Médiéval et militant : penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Éditions de la Sorbonne, 2019[2]
↑KristianSandfeld,Linguistique balkanique : problèmes et résultats, É. Champion,.
↑Karl Strobel, « Die Frage der rumänischen Ethnogenese : Kontinuität – Diskontinuität im unteren Donauraum in Antike und Frühmittelalter »,Balkan-Archiv, 2005–2007,nos 30–32,p. 59–166.
↑Deborah Kopka,Welcome to Czech Republic, Lorenz Educational Press, 2011, ch. « The House of Habsburg »[3]
↑Lester Del Rey,The World of Science Fiction, 1926-1976: The History of a Subculture, Dissertations-G, 1975[4]