Les populations du Pakistan parlent des languesindo-européennes, principalementindo-aryennes (80 %) etiraniennes (20 %). Avec près de242 millions d’habitants en 2023, le Pakistan est le cinquièmepays le plus peuplé du monde, avec la deuxième plus nombreuse population musulmane après l’Indonésie. C'est une république fédérale dont les provinces disposent d'une certaine autonomie. Les frontières des quatre provinces correspondent approximativement aux principales ethnies. L'ourdou est la langue officielle du pays mais la majorité de la population parle l'une des langues en usage dans les principales ethnies du pays, à savoir lependjabi, lepachto, lesindhi et lebaloutchi.
Le mot « Pakistan » est unnéologisme. Le nom signifie « pays des purs » (de l’ourdou :pâk signifiant « pur » etstân signifiant « pays », avec uni de liaison)[9]. Il a été formé comme unacronyme dans lesannées 1930 parChoudhary Rahmat Ali[10], formé avec le nom de certaines provinces du pays : d'après l'universitaire Max Zins, ce sont lePunjab qui donne le « P », l’Afghania (actuelle province de Khyber Pakhtunkhwa) qui donne le « a », leKashmir pour le « k », l’Indus-Sind pour « is » et leBaloutchistan pour « tan », en omettant cependant le « Bengale oriental », appelé par la suite « Pakistan oriental » (futurBangladesh) alors qu’il représente 55 % de la population du futur État lors de son indépendance en 1947[11] ; d'après son confrère Emmanuel Gonon, les lettres de l'acronyme désignent le Pendjab, l'Afgana, le Cachemire, l'Iran, le Sind, le Tokharistan, l'Afghanistan et le Balouchistan[10].
La région de l’Indus était l’emplacement de plusieurs cultures antiques comprenantMehrgarh, une des plus anciennes villes connues du monde, et de la civilisation de la vallée de l’Indus (de2600av. J.-C. à1800av. J.-C.) àHarappa etMohenjo-daro. Les vagues de conquérants et de migrants, comprenant lesAryens,Perses,Indo-Grecs etmusulmans se sont établis au Pakistan tout au long des siècles, influençant les autochtones. La région est un carrefour des itinéraires commerciaux historiques, y compris laroute de la soie.
Sur le territoire que le Pakistan occupe, lacivilisation de la vallée de l’Indus fut influencée au milieu duIIe millénaireav. J.-C. par l’arrivée de la civilisationaryenne, qui donna lieu auvédisme qui a jeté les bases de l'hindouisme. LeRig-Véda mentionne Arya-Varta (la terre desAryens) comme Sapta Sindhu (la terre des sept rivières du Nord-Ouest de l'Asie du Sud, l'une d'entre elles étant l'Indus), cela correspond à la région pakistanaise duPendjab actuelle. Les empires successifs et les royaumes ont régné sur la région de l’Empire perseachéménide autour de543av. J.-C., àAlexandre le Grand en326av. J.-C. et l’empire maurya. Le royaume indo-grec fondé par Demetrius de Bactria a inclus leGandhara et le Pendjab en184av. J.-C., et a atteint sa plus grande ampleur sousMénandreIer, établissant la période gréco-bouddhiste avec des avancées dans le commerce et la culture. La ville deTaxila (Takshashila), l’un des principaux emplacements archéologiques du pays, est devenue un centre d’étude important des périodes antiques.
Pendant laSeconde Guerre mondiale, le Congrès refuse d'aider à l'effort de guerre britannique à moins que l’entièreté du sous-continent indien n'acquière l'indépendance. À l'inverse, laLigue musulmane soutient les Britanniques, au moyen d'une coopération politique et d'une contribution humaine[12].
La Ligue musulmane remporte tous les sièges réservés aux musulmans lors desélections de 1945 et lesheurts sanglants entre musulmans et hindous ou sikhs poussent les Britanniques à accepter unpartage du pays. Le à minuit, le Raj britannique est séparé en deuxdominionsindépendants : l'Inde et lePakistan, séparé par laligne Radcliffe. Le territoire du Pakistan est alors formé des régions à majorité musulmane et formé de deux parties distinctes, séparées par 1 600 km de territoire indien[13]. Les violences qui suivent la partition font quelques centaines de milliers à un million de morts et12,5 millions de personnes sont déplacées. Le cas duCachemire reste le seul point de litige frontalier entre les deux pays, qui vont s'affronter militairement dès 1947 sur cette question.
Depuis sa création, le Pakistan n'a jamais réellement connu la stabilité. L'histoire du pays est marquée par trois coups d'État et des périodes de démocratie caractérisées par une forte instabilité politique. Sept Premiers ministres se succèdent entre 1947 et 1958 alors que de longs et laborieux débats à l'Assemblée constituante finissent par aboutir en 1956 à lapremière Constitution du pays, jusqu'ici sous régime dudominion. Cependant, lechef de l'arméeAyub Khan fomente un coup d'État et destitue le présidentMirza le. La loi martiale est instaurée jusqu'en 1962 et le pays vit sous le joug d'une dictature militaire pendant onze ans.
D'abord populaire, Ayub Khan est affaibli par ladeuxième guerre indo-pakistanaise de 1965 puis la montée de l'opposition. Sous la pression d'unmouvement populaire, il quitte le pouvoir en 1969 mais le cède à un autre militaire,Yahya Khan. Ce dernier concède cependant lespremières élections libres en 1970, remportées par deux formations de l'opposition de gauche. Largement en tête, laLigue Awami réclame le pouvoir et l'autonomie duPakistan oriental, ce que les militaires refusent. En 1971, la situation dégénère en uneguerre de sécession, et cette partie orientale du pays se déclare indépendante et devient leBangladesh grâce à l'intervention militaire de l'Inde.
En, à la suite de cette débâcle, l'armée abandonne le pouvoir àZulfikar Ali Bhutto, dont leParti du peuple pakistanais (PPP) domine le reste de l'Assemblée nationale. L'homme rétablit un régime civil, tente de contenir le pouvoir des militaires et reconnait leBangladesh. D'abord président, Bhutto devient Premier ministre en 1973 et établit une nouvelleConstitution, toujours en vigueur aujourd'hui. Il mène une politique se réclamant dusocialisme islamique conduisant à la nationalisation des principales banques et industries du pays. Il est toutefois largement critiqué pour son autoritarisme et la répression de l'opposition.
Alors que Bhutto est largement soupçonné de fraudes lors desélections de 1977, un coup d'État militaire mené en juillet par lechef de l'arméeZia-ul-Haq entraîne l'exécution du Premier ministre en 1979. Le général instaure un régime dictatorial où la loi martiale est imposée jusqu'en 1985, la marge de manœuvre des partis politiques réduite et les opposants politiques emprisonnés, dontBenazir Bhutto qui prend la tête l'opposition. Zia fait voter des amendements à la Constitution en 1985 afin d'élargir les pouvoirs du président, et mène par ailleurs une large politique d'islamisation de la société et de privatisation de l'économie. Lesordonnances Hudood mettent en place lacharia et l'interdiction du blasphème est renforcée en 1986. Il meurt dans un crash aérien aux causes non élucidées le.
À la suite desélections législatives de 1988, l'Assemblée nationale élitBenazir Bhutto, cheffe duPPP et fille d'Ali Bhutto, Première ministre. Après vingt et un mois à la tête dugouvernement, elle est démise de ses fonctions par le présidentGhulam Ishaq Khan en 1990, qui l'accuse notamment d'abus de pouvoir. Ainsi, la décennie est marquée par la compétition entre le Premier ministre, détenteur du pouvoir selon la Constitution de 1973, et le chef de l’État qui bénéficie des amendements de 1985.
Lesélections de 1990 portentNawaz Sharif, à la tête de l'Alliance démocratique islamique, au poste de Premier ministre. Il entre cependant en conflit avec le président Ghulam Ishaq Khan en 1993 et l'armée pousse à la démission des deux hommes et à de nouvelles élections anticipées. Benazir Bhutto retrouve son siège de Premier ministre après lesélections de 1993, etFarooq Leghari est élu président dans le même temps. Accusée decorruption, Bhutto est de nouveau destituée par le président en 1996 et elle part en exil en 1998. Nawaz Sharif est de nouveau Premier ministre en 1997, jusqu'au coup d'État dePervez Musharraf en 1999[14].
Dès 2006, le pouvoir de Pervez Musharraf est de plus en plus fragilisé par l'union de l'opposition puis lemouvement des avocats. En,Benazir Bhutto rentre au Pakistan après un exil de neuf ans pour mener lePPP en vue des élections législatives, s'alliant avecNawaz Sharif pour s'opposer au président. Elle est assassinée àRawalpindi le, lors d'un attentat kamikaze, après une réunion électorale.
Lesélections législatives de février 2008 marquent la victoire du PPP qui s'allie avec d'autres partis pour obtenir la démission de Musharraf. En,Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, est élu président tandis queYoussouf Raza Gilani etRaja Pervez Ashraf se succèdent au poste de Premier ministre. Une réforme constitutionnelle est votée en et rend au Premier ministre la plus importante part du pouvoir exécutif, rétablissant l'équilibre institutionnel prévu en 1973. Toutefois, les militaires conservent une influence déterminante, et sont accusés de diviser la classe politique en appuyant puis isolant diverses personnalités en fonction de leurs intérêts.
À la suite desélections législatives de mai 2013, laLigue musulmane deNawaz Sharif remporte une majorité absolue et ce dernier devient Premier ministre, pour la troisième fois. À la suite de l'affaire desPanama Papers, il est inculpé par laCour suprême pour évasion fiscale et corruption puis destitué en 2017[15]. Le,Imran Khan devient Premier ministre grâce à la victoire deson parti auxélections législatives. Il est toutefois démis de ses fonctions après l'éclatement de sa coalition gouvernementale en avril 2022, tandis que ses relations avec les militaires se sont détériorées.
Lors desélections législatives du 8 février 2024, le parti d'Imran Khan est largement empêché de faire campagne tandis que lui-même est emprisonné. Il arrive pourtant en tête du scrutin, mais sans majorité absolue.Shehbaz Sharif, frère de Nawaz, est élu Premier ministre le 4 mars 2024 à la tête d'un gouvernement minoritaire, grâce au soutien duParti du peuple pakistanais. En échange de ce soutien, Asif Ali Zardari est de nouveau élu président de la République avec le soutien de la Ligue musulmane[16].
Le relief est formé de hauts sommets dans le nord (dont le montK2 qui, à 8 611 mètres d'altitude, est le deuxième point culminant du monde), de montagnes arides à l'ouest, d'un plateau inhospitalier dans le Sud-Ouest, dudésert du Cholistan dans le Sud-Est et de plaines alluviales affectées à l'agriculture partout ailleurs.
Les climats du Pakistan sont variés. LeBaloutchistan et une partie duSind ont des climatsdésertiques ousemi-arides. Le reste du pays, et là où vit la majorité de la population, connaît un climat humide avec une saison demousson, qui s'étend de juin à septembre. La diversité de climats et de paysages induit une grande variété d’espèces animales et végétales, notamment dans le bassin de l'Indus. En 2000, 2,5 % du territoire, soit environ deux millions d'hectares, sont occupés par des forêts.
L'indice mondial des risques climatiques 2020 situe le Pakistan à la cinquième place des pays les plus touchés par lechangement climatique entre 1999 et 2018, avec une augmentation des vagues de chaleur extrêmes, du taux d'humidité et des inondations. Le pays est directement affecté par la fonte des glaciers de l'Himalaya, provoquant de fortes pénuries d'eau dans une partie du pays, ainsi que de la disparition progressive des forêts riveraines. Entre 2000 et 2010, le Pakistan a perdu en moyenne43 000 hectares de forêt chaque année[17]. Le pays connait une hausse d'évènements extrêmes, entre sécheresses et inondations massives, notammentcelles de 2010 etde 2022[18].
Le Pakistan est unerépublique islamique,fédérale etmultipartite. Lepouvoir exécutif est détenu par le président de la République qui est lechef d'État et le Premier ministre, chef dugouvernement. Lepouvoir législatif est détenu par leParlement et lesassemblées provinciales. Dans l'équilibre des institutions déterminé par laConstitution de 1973, le régime parlementaire estmoniste et le Premier ministre détient la réalité du pouvoir tandis que le chef de l’État dispose d'un rôle honorifique. Cela dit, le président a souvent obtenu le rôle prépondérant, principalement durant les régimes militaires. La réforme constitutionnelle de 2010 a redonné la réalité du pouvoir au Premier ministre.
Le Pakistan est dans une situation debicamérisme égalitaire. LeSénat représente les provinces et leur autonomie, et l'Assemblée nationale le peuple et l'unité de l'État. Le Premier ministre etson gouvernement sont responsables devant l'Assemblée nationale, et les gouvernements locaux devant leur assemblée provinciale. L'Assemblée nationale peut être dissoute par le président sur la proposition duPremier ministre. Les provinces ont un pouvoir important dans le cadre d'une organisation fédérale de l’État, notamment renforcé par la réforme de 2010, avec des compétences en matière de police générale, de santé et d'éducation notamment.
LaCour suprême est à la tête de l'ordre juridictionnel et détermine la jurisprudence constitutionnelle. Elle reçoit les litiges concernant l'interprétation de laConstitution ainsi que les appels formés contre les décisions des Hautes Cours. Depuis la réforme de 2010, ses membres sont sélectionnés par une commission judiciaire puis choisis par un comité parlementaire et formellement nommés par le président de la République.
Les forces armées du Pakistan représentent la sixième puissance militaire mondiale en termes d'effectif. Leurquartier général est situé àRawalpindi et elles sont dirigées depuis novembre 2022 parAsim Munir, successeur deQamar Javed Bajwa (2016-2023).
En 1998, le Pakistan est devenu officiellement la septième puissance nucléaire mondiale en effectuant une série d'essais nucléaire et disposerait en 2011 de plus d'une centaine d'armes atomiques[19].
Legouvernement pakistanais et lesservices secrets pakistanais (ISI) ont longtemps soutenu lestalibans afghans, officiellement jusqu'auxattentats du 11 septembre 2001, date à laquelle le gouvernement a annoncé sa volonté de lutter contre l'extrémisme. L'ISI est cependant accusée d'avoir poursuivi cette aide, même si l'armée mène des opérations militaires contre les talibans pakistanais, induisant une distinction entre « bons » et « mauvais » talibans. Le pouvoir a toujours rejeté ces accusations de double-jeu, et bénéficie par ailleurs d'une aide militaire et financière de la part desÉtats-Unis. Les tensions sont toutefois récurrentes entre les deux pays, les soupçons de complicité ayant par exemple été alimentés par la présence d'Oussama ben Laden dans le pays. De plus, l'Inde accuse le Pakistan de soutenir des groupes islamistes qui alimentent l'insurrection au Jammu-et-Cachemire, commeJaish-e-Mohammed etLashkar-e-Toiba.
Les attentats terroristes se sont multipliés dans le pays à partir de 2006 et sont l'œuvre de groupes islamistes proches des talibans revendiquant l'application de lacharia. Les plus actifs sont leTehrik-e-Taliban Pakistan, dont le fief se situe auWaziristan et leTehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi qui a sévi dans leSwat. La stratégie du gouvernement a plusieurs fois changé, entre tentatives de paix et reprises des offensives. Immédiatement après le début du conflit en 2004, des accords de paix ont été signés, puis les hostilités reprennent avec l'assaut de la Mosquée rouge en 2007. Alors que l'insurrection islamiste continue de prendre de l'ampleur, des tentatives de trêve ont lieu début 2009, puis le gouvernement lance plusieurs offensives majeures. Lavallée de Swat estreprise par l'armée en, avant la multiplication des opérations militaires dans lesrégions tribales entre 2009 et 2016, date à laquelle le conflit baisse en intensité. La prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021 marque toutefois un retour en force de l’insurrection, qui multiplie les attaques transfrontalières, tandis que les relations avec les talibans se dégradent[20].
Entre 2003 et 2024, le conflit a causé la mort d'au moins 70 000 personnes, dont 35 000 combattants islamistes et 9 200 membres des forces de sécurité. On compte aussi environ 24 000 civils tués, dont plus de 5 000 morts durant des attentats terroristes[21] et plusieurs millions dedéplacés internes.
Selon lerecensement de 2023, quelque 241,49 millions de personnes vivent au Pakistan, sans compter les territoires contestés de l'Azad Cachemire et duGilgit-Baltistan, qui rassemblaient 6,5 millions de personnes en 2017[3]. Depuis cette date, la population a augmenté de près de 35 millions de personnes, selon les statistiques gouvernementales. Le Premier ministre constate que la croissance démographique est bien supérieure à la croissance économique du pays[23].
Selon l'ONU, la population du pays devrait atteindre338 millions en 2050 puis culminer à405 millions en 2095 avant de baisser[24].
L'ourdou, langue officielle du pays, est la langue maternelle de 9 % de la population, surtout au sein de l'élite et parmi les habitants deKarachi, d'ethniemuhadjire. Langue appartenant au groupe indo-aryen de la famille des langues indo-européennes, elle est malgré tout parlée ou comprise par 80 % de la population. Langue administrative, elle est prépondérante dans l'éducation. L'anglais est la seconde langue administrative et est parlé par7,5 millions de locuteurs en seconde langue (soit environ 5 % de la population). Tous les textes administratifs sont traduits en anglais, qui est aussi un signe de distinction de l'élite ou de promotion sociale. La classe aisée parle généralement couramment cette langue, qui est aussi très présente dans lesmédias.
Les quatre plus importantes langues maternelles sont toutes des langues régionales, la plus importante étant lependjabi (environ 37 % des habitants en 2023), dans le Nord duPendjab, suivi dupachto (18 %) parlé dans le Nord-Ouest d'ethniepachtoune (Khyber Pakhtunkhwa et Nord de la province duBaloutchistan), lesindhi (14 %) dans la province duSind et lesaraiki (12 %) dans le Sud duPendjab. Lebaloutchi (3,4 %) et lebrahoui (1,2 %) sont les langues dominantes du Baloutchistan. Parmi les langues minoritaires, on trouve l'hindko (2,3 %), lekohistani et lecachemiri[25].
Les ethnies du pays correspondent globalement au découpage linguistique. LesPendjabis sont le groupe majoritaire (45 %) tandis que lesPachtounes et lesSindis forment chacun environ 15 % de la population. Avec 8 % des habitants, lesMuhadjirs parlent principalement l'ourdou et sont surtout présents àKarachi. Le pays connaît de nombreux conflits ethniques, notamment àKarachi où lesviolences sont récurrentes[26].
Campagne de vaccination contre la tuberculose àMuzaffarabad.
L'espérance de vie à la naissance était de67 ans pour les femmes et de65 ans pour les hommes en 2019, pour une moyenne nationale de 66 ans[28]. L'espérance de vie en bonne santé à la naissance était de57,4 ans pour les hommes et57,1 ans pour les femmes[28]. L'espérance de vie a fortement progressé, tandis que la mortalité infantile a été divisée par cinq depuis l'indépendance. Les campagnes de vaccination ont également fait reculer de nombreuses maladies, dont lapolio et latuberculose. En 2019, la pollution de l'air est la première cause de mortalité, suivie par l'hypertension et lescomplications de la grossesse[28].
Le Pakistan moderne est une fédération qui se divise principalement en quatre parties appelées provinces (soubeh) qui recoupent sensiblement la répartition des principalesaires linguistiques : lePendjab, leSind, leBalouchistan etKhyber Pakhtunkhwa. Cette dernière contient depuis 2018 lesrégions tribales qui ont fusionné avec la province.
Au même échelon, on trouve les territoires qui possèdent des régimes juridiques propres. C'est le cas duterritoire fédéral d'Islamabad ainsi que de la partie duCachemire administrée par le Pakistan, qui est subdivisée en deux territoires : l'Azad Cachemire et leGilgit-Baltistan.
Le Pakistan est également divisé en156districts. À l'échelon inférieur, on trouve aussi lestehsils et lesUnion Councils.
Évolution historique du PIB réel par habitant au Pakistan, au Bangladesh et en Inde depuis 1950
Largement agricole, le pays compte une importanteindustrie textile et une petite industrie de l'armement. Comme ses semblables, lebarrage de Tarbela sur l'Indus ne remédie que partiellement au déficit du Pakistan en énergie et ses coupures de courant sont récurrentes et fragilisent l'économie. Le pays compte surtout sur le développement de l’hydroélectricité et du charbon.
Selon l'autorité pakistanaise de la télécommunication, il y aurait en 2011 quelque111 millions de téléphones portables au Pakistan couvrant près de 65 % de la population[30], et31 millions de personnes disposeraient d'une connexion internet soit environ 18 % des habitants. En 2017, la moitié des foyers au Pakistan ne sont pas connectés au réseau d'électricité[31].
À cause de la crise économique du tournant des années 2010, des prix élevés du pétrole et des aliments en 2007-2008, d'une instabilité intérieure accrue et des coupures d'électricité, le Pakistan est aux prises avec un déficit commercial et budgétaire important, en plus de l'inflation et l'augmentation de la pauvreté. En raison des difficultés particulières auxquelles elles sont confrontées, les femmes forment maintenant une grande proportion de la population pauvre[32]. Le pays a dû demander l'aide duFonds monétaire international, malgré une légère amélioration de la croissance économique à partir de 2013. En 2016, la signature ducorridor économique Chine-Pakistan prévoit de nombreux investissements.
Le secteur textile représente 70 % des exportations du Pakistan mais les conditions de travail des ouvriers sont déplorables. Les petits ateliers de fabrication ne font généralement pas signer de contrats de travail, ne respectent pas le salaire minimum et emploient parfois des enfants. Les violations du droit du travail se produisent aussi chez des grands sous-traitants de marques internationales, où il arrive que des ouvriers soient frappés, insultés par leurs supérieurs ou payés au-dessous du salaire minimum. Des usines ne respectent pas les normes de sécurité, générant des accidents : en 2012,255 ouvriers meurent dans l’incendie d’une usine deKarachi[33]. Avec547 inspecteurs du travail au Pakistan pour superviser les 300 000 usines du pays, l’industrie textile échappe aux contrôles. Les ouvriers ne sont pas davantage protégés par des syndicats, interdits dans les zones industrielles réservées à l’exportation. Ailleurs, « les ouvriers impliqués dans la création de syndicats sont victimes de violences, d’intimidations, de menaces ou de licenciements »[33].
Le principal atout du réseau de transports pakistanais se situe dans la forte présence de voies ferrées, héritage de l'époque où le Pakistan était unecolonie britannique. Ce réseau de voies ferrés a une longueur totale de près de 8 775 kilomètres et dessert toutes les principales villes pakistanaises. Toutefois, les trains et les chemins de fer souffrent d'un mauvais entretien, et les catastrophes ferroviaires sont fréquentes. La plus grave eut lieu le et coûta la vie à près de trois cents personnes. En 2005 et 2007, deux autres catastrophes coutèrent la vie à près de trois cents personnes[34].
Depuis le début desannées 1990, legouvernement a entrepris un programme de construction d'autoroutes, réseau qui relie désormaisLahore avecIslamabad etRawalpindi, trois villes situées dans le Nord du pays. Certaines autoroutes sont encore en construction et d'autres sont prévues. Le but est de relierKarachi, principal port d'exportation dans le sud du pays, avec les villes peuplées et industrielles du nord du pays[35].
Alphabétisation de la population de plus de quinze ans (ISU).
En 2023, le taux d'alphabétisation est de 60,7 %, contre 44 % en 1998 et 26,2 % en 1981[37]. Il s'étend de 68 % pour les 15 à 24 ans, contre moins de 37 % pour les plus de soixante ans, et de 68 % pour les hommes contre 53 % pour les femmes[38]. Les disparités régionales sont également importantes : de 87 % àIslamabad le taux chute à 41 % dans leBaloutchistan. En 2009, environ 80 % des enfants ont accès à l'enseignement primaire mais seulement 44 % atteignent le niveau secondaire[39]. Environ 4,7 % des élèves entrent dans l'enseignement supérieur en 2009, contre moins de 3 % en 2004.
En 2021, le Pakistan occupait le161e rang sur191 pays pour ce qui est de l'indice de développement humain établi par leProgramme des Nations unies pour le développement[6]. Ses indicateurs de développement sont parmi les plus bas de l'Asie du Sud et ses objectifs de développement national sont menacés. Environ 61 % des Pakistanais ont moins de vingt-quatre ans. Sans une éducation publique de qualité pour soutenir cette explosion démographique, les jeunes sont exposés au chômage et à la pauvreté[40].
En raison de l'omniprésence d'une discrimination fondée sur le sexe, les femmes et les filles ont un accès difficile aux services de base et ne peuvent participer pleinement à la vie en société[40]. Selon la Commission des droits de l'homme du Pakistan (HRCP), en 2007 on a recensé636 femmes mortes d'uncrime d'honneur[41] et 675 pour les neuf premiers mois de 2011[42]. Les domestiques font souvent l'objet de violences physique et sexuelle de la part de leurs employeurs mais disposent de peu de recours légaux contre ceux-ci en raison d'une législation inadéquate[43].
Les femmes pakistanaises obtiennent l’éligibilité et le droit de vote en 1947 sous laPakistan Ordinance[44] et exercent concrètement ce droit lors despremières élections en 1970. On remarque toutefois que le taux de participation des femmes aux élections est plus faible que celui des hommes. Sous le régime deMuhammad Zia-ul-Haq, les conditions et les droits des femmes se dégradent très nettement. Lesordonnances Hudood en 1979 rendent difficiles les poursuites pour viol et introduisent lalapidation pour adultère, même si cette peine n'est jamais appliquée[45]. Laloi de protection des femmes de 2006 revient cependant sur plusieurs de ces dispositions : le viol peut être prouvé par tout moyen, lesmariages forcés sont interdits et la lapidation est remplacée par une peine de prison de cinq ans maximum[46]. En mai 2018, est adoptée uneloi sur les personnes transgenres, marquant une évolution importante dans les droits et la protection de ces personnes[47],[48].
La région actuelle du Pakistan a fait partie de différents peuples et empires (Aryens, Perses, Ghaznavides, Seldjouks, Arabes, Rajputs, Moghols, etc.). Toutes ces influences culturelles ont laissé de nombreuses traces. Le site deMohenjo-daro est un site important de lacivilisation de la vallée de l'Indus, les restes d'une des plus grandes cités de l'âge du bronze, parmi les premières de la civilisation. Le Pakistan a un passé et une histoire culturelle très liés à l'Inde actuelle. Que ce soit la musique, le cinéma, la gastronomie, la littérature, les deux pays sont les héritiers de la même histoire commune.
Mohamed Iqbal, issu d'une famille hindoue convertie à l'islam depuis quelques siècles, poète, est le père spirituel du pays. Le grand représentant de la musique soufie pakistanaise estNusrat Fateh Ali Khan, qui a fait connaître l'art duqawwalî dans le monde entier. Le pays étant très empreint d'islam soufi, le culte des saints (pirs) y est très répandu, cela malgré un retour de l'islam conservateur. Lespèlerinages de l'Urs sont des moments de grande dévotion mais également l'occasion de fêtes populaires, au cours desquelles il y a des concerts de musique mystique.
Le Pakistan a également un riche patrimoine architectural hérité de l'Empire moghol. Parmi les plus impressionnants, il y a lamosquée Royale, qui fut longtemps la deuxième mosquée la plus grande au monde, en brique rouge et marbre blanc avec des mosaïques incrustées, et sans doute une des plus belles mosquées au monde. Il y a également les fameuxjardins de Shalimar datant de l'époque moghole, lorsqueLahore était la ville impériale. La ville de Lahore reste toujours la capitale culturelle du pays. Dans lamosquée de Wazir-Khan à Lahore, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture passe, comme ailleurs, par les versets duCoran. L'industrie du cinéma y est développée, malgré un certain déclin ces dernières années dû à la concurrence du cinéma indien. Le théâtre connaît également un grand essor avec des auteurs contemporains comme Shamshir Haider.
L'islamsunnite est la religion majoritaire du Pakistan, avec 75 % de la population, tandis que 20 % des Pakistanais sont musulmanschiites, pour un total de 96,4 % de musulmans. Bien qu'assez mélangés aux sunnites, les chiites sont notamment nombreux àKurram, àSargodha et surtout dans le centre duSind. Entre 1990 et 2007, les tensions entre les deux communautés ont provoqué la mort d'environ quatre mille personnes[49],[50]. Des conflits ont également lieu entre les branches sunnitesdeobandi etbarelvi.
L'islam a un rôle proprement essentiel au Pakistan, le pays ayant été créé pour accueillir les musulmans dusous-continent indien. Bien que religion d'État depuis l'Objectives Resolution de 1949, le régime juridique est longtemps resté modérément religieux. Toutefois, le pays connait un tournant dans les années 1980 quandMuhammad Zia-ul-Haq lance unepolitique d'islamisation brutale. Il introduit notamment lesordonnances Hudood concernant les mœurs et laloi sur le blasphème qui prévoit notamment la peine de mort pour les personnes qui auraient dénigréMahomet ou la prison à vie pour la profanation duCoran. En 2006, laloi de protection des femmes revient toutefois sur une partie de cette politique.
Avec 5,3 millions d'hindous, la première minorité religieuse du pays compose 2,2 % de la population selon lerecensement de 2023, en légère hausse depuis l'indépendance. Ils vivent principalement dans les régions rurales duSind[51], surtout dans ladivision de Mirpur Khas où ils représentent 49 % de la population[52].
Lapartition des Indes en 1947 a provoqué desmassacres des minorités religieuses dont l'hindouisme côté pakistanais, les victimes ayant enduré des campagnes d'extermination physique et culturelle. Plusieurs millions d'hindous ont été forcés à quitter le pays et sont devenusréfugiés[51]. Les hindous sont toujours victimes de nombreuses violences au Pakistan. Selon l'agence Fides (organe d'information duVatican), chaque année, trois cents femmes hindoues sont converties et mariées de force à des musulmans.
Près de 3,3 millions dechrétiens vivent au Pakistan en 2023[54], soit 1,6 % de la population. Ils sont approximativement pour moitié catholiques et moitié protestants. Souvent des anciens hindous convertis par des missionnaires étrangers, surtout Britanniques, entre 1757 et 1947, les principales communautés se situent aujourd'hui dans les zones urbaines du nord duPendjab. Ils sont notamment 600 000 àLahore[55]..
Souvent mal acceptés par la population musulmane, les chrétiens pakistanais sont considérés comme des citoyens de seconde classe. Ils sont victimes de discrimination dans tous les aspects de la vie et sont condamnés le plus souvent à la pauvreté et aux métiers les plus ingrats. Ils ont très difficilement accès aux hautes responsabilité. Exclus par la majorité, ils vivent pour la plupart dans des bidonvilles sans accès à l'eau courante ni à l'électricité et sont victimes de conversions forcées, notamment les femmes. Plusieurs attaques les ont visés, notamment l'attentat de l'église de Tous-les-Saints de Peshawar qui fit 127 morts en 2013.
La chrétienneAsia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 avant d'être acquittée en 2018, attire l'attention sur le sort des chrétiens, en plus de provoquer une polémique sur laloi de 1986[56].
Sikhs protestant contre l'absence de leur religion dans lerecensement de 2017.
On trouve quelques autres religions très minoritaires au Pakistan. Le pays compterait quelque 16 000 sikhs[57] alors que le berceau de leur religion se situe dans lePendjab avec des sites sacrés commeNankana Sahib, ville de naissance de son fondateurGuru Nanak[58]. On trouve aussi entre 2 000 et 10 000 zoroastriens qui vivent essentiellement dans la ville deKarachi[59],[60]. Avec un patrimoine historique notable, lebouddhisme compterait aussi jusqu'à 16 000 adeptes qui vivent surtout dans leCholistan, l'extrême nord-est duPendjab, auGilgit-Baltistan et dans le nord-est duKhyber Pakhtunkhwa[61]. Il y a aussi desanimistes (lesKalashs de l'Hindou Kouch) entre 4 100 et 5 000 en 2010[62].
Bien que se réclamant de l'islam, lesahmadis sont considérés comme n'étant pas musulmans depuis un amendement constitutionnel de 1974 et sont la cible de nombreuses persécutions[63],[64]. La communauté ahmadie déclare compter deux millions de personnes[65],[66] mais seulement 162 000 personnes selon lerecensement de 2023 qui exige que les ahmadis se déclarent comme non-musulmans[67],[68]. Le Pakistan compte aussi une communauté très réduite deBaha'is estimée autour de 30 000 personnes (en se basant sur les déclarations volontaires lors des élections)[67].
Match de cricket entre le Pakistan et l'Australie.
Les sports les plus populaires du Pakistan sont lecricket et lehockey sur gazon dans lesquels le Pakistan a remporté plusieurs titres majeurs. En plus de ces deux sports, lekabaddi et la lutte libre sont également très réputés. Lefootball (soccer) est en voie de développement. Depuis l'arrivée des différentes crises au pays durant le début des années 2000, l'affluence du sport a baissé, tant sur le plan sportif qu'économique.
Tel le football dans les rues brésiliennes, le cricket occupe toutes celles du Pakistan. C'est le sport le plus apprécié du pays, les fans en sont nombreux. L'équipe de cricket du Pakistan a notamment gagné la Coupe du monde 1992 et a été finaliste en 1999. Elle a encore été finaliste duICC World Twenty20 en 2007 puis vainqueur en 2009 et demi-finaliste en 2010 et en 2011 et enfin gagné la Coupe d'Asie en 2012.
Bien que le hockey soit le sport national du Pakistan et le cricket de loin le sport le plus populaire, lesquash est le sport dans lequel le Pakistan a obtenu le plus de succès. Le Pakistan a dominé le squash comme aucun autre pays au monde durant près de cinq décennies. Il a atteint son apogée dans lesannées 1980 et1990 sous les règnes deJahangir Khan etJansher Khan. Entre 1950 et 1997, le Pakistan a accumulé plus de trente titres duBritish Open et quatorze titres dechampion du monde.
Notes et références
↑Article 251 de la constitution paragraphe 1 :« La langue nationale du Pakistan est l'ourdou, et des dispositions seront prises pour qu'elle soit utilisée aux fins officielles et à d'autres fins dans les quinze années qui suivent la date de la promulgation. ».
↑Article 251 de la constitution paragraphe 2 :« Sous réserve du paragraphe 1, la langue anglaise pourra être utilisée à des fins officielles jusqu'à ce que les dispositions nécessaires aient été prises pour qu'elle soit remplacée par l'ourdou. ».
↑a etbJulien Bouissou, « Textile : un rapport de l’ONG Human Rights Watch dénonce les conditions de travail au Pakistan »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
Émile Perreau-Saussine,Le Pakistan à la recherche d’un nationalisme religieux et libéral, Commentaire, été 2009,no 126,p. 353-362[lire en ligne].
Patrick Moreau,Les derniers Seigneurs de l'Indus,Philippe Fabry (photographe), Vincent Halleux (photographe), Avignon, Editions A. Barthélemy, 1990, 151 p.,(ISBN2-903044-74-0)