ALEXANDRE LE BLANCQ ET SA COLLECTION DE MANUSCRITS AU XVIe SIÈCLE
L'inventaire des livres délaissez du seigneur de Meurchin, escripts à la main, tant d'armoiries qu'histoires et autres, mis au grand coffre estant au pallé, 1569, publié par Sanderus \ pose divers problèmes que nous voudrions aborder ici, avant de reproduire, en la commentant, cette liste de manuscrits précieuse pour la connaissance de la Flandre littéraire au xvie siècle.
Le terme pallé paraît représenter une pièce de la maison, tendue de tapisserie, plutôt qu'un palais. Dans ce dernier cas, il s'agirait non pas de celui de Bruxelles, toujours désigné par le mot de cour 2 dans les textes de l'époque, mais bien du Palais-Rihour à Lille, où l'on conservait notamment les archives, assez considérables alors, de la Chambre des Comptes 3.
L'allusion, sept fois reprise dans la liste des manuscrits, à des œuvres du « feu S. de Meurchin » ou du « deffunct Seigneur de Meurchin » 4 atteste apparemment que nous avons affaire à un inventaire après décès. Or, Jacques de Tenremonde, écuyer, seigneur de Mérignies et de Durmort, membre d'une famille 5 qui, depuis le xve siècle, possédait le fief de Meurchin à Lesquin, près de Lille, était mort, sans alliance, le 30 novembre 1569. Est-ce donc lui, notre seigneur de Meurchin ? La date indiquée par Sanderus nous inviterait à le croire. D ne semble cependant pas que Jacques de Tenremonde ait porté, au moment de sa mort, le titre de seigneur de Meurchin. Sans doute, Leuridan 6 affirme-t-il que son père, Jacques de Tenremonde, époux de Marguerite Blondel, eut deux enfants, successivement seigneurs de Meurchin, Jacques et Gérardine, mais il constate que, dès 1561, Jacques s'était désaisi de son fief de Meurchin en faveur de sa sœur Gérardine. Il nous faut donc renoncer à identifier notre seigneur de Meurchin avec ce Jacques de Tenremonde qui, d'ailleurs, n'a pas, autant que nous le sachions, laissé le souvenir d'un bibliophile réputé.
En revanche, un autre seigneur de Meurchin (mais d'un Meurchin situé, cette fois, près de Carvin, dans l'actuel département du Pas-de- Calais) est bien connu 7 pour le zèle passionné qu'il mit à rassembler tous les documents qui concernaient les origines de sa province flamande : Alexandre Le Blancq, rewart et conseiller de Lille, assez bon lettré pour avoir traduit sur le latin un opuscule moral de
1. Bibliotheca belgica, Lille, 1641, I, pp. 273-8. Reproduit dans le ms. 381 de la Bibliothèque municipale de Lille, pp. 54-60.
2. En flamand s' coninx hof.
3. Cf. Max Bruchet, Note sur la construction du Palais Rihour, 1922. — Alex, de Saint-Léger, Histoire de Lille, Lille, Raoust, 1942, pp. 98-99.
4. Numéros 9, 33, 42, 43, 57, 71 et 75. Dans un seul cas (n° 56), manque la mention feu ou deffunct appliquée au seigneur de Meurchin.
5. Cf. A. de Ternas et H. Fremaux, Histoire généalogique de la famille de Tenremonde, originaire de la Flandre wallonne (1268-1864). Lille, Crepin 1870, p. 41.
6. Th. Leuridan, Histoire de Lesquin, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1889, p. 41.
7. Voir, par exemple l'éloge que fait de lui Buzelin dans sa Gallo-Flandria . « Alexandrum Meurcinii toparcham ad eruendas et discutiendas patriae antiquitates cupidus variarum rerum cognitionis animus incendit ac perpulit », p. 44.



















