Les pays européens sont confrontés à ce sujet qui les implique frontalement : comment réagir à des attaques venant de Russie sur des personnes cherchant refuge sur leur territoire. La France également devra trouver la manière de défendre tous ceux à l’égard desquels elle remplit la mission de protection que les textes internationaux qu’elle a signés exigent d’elle. Il en va de la tranquillité de réfugiés qui vivent dans l’angoisse.
Le procès qui s’ouvre mercredi à Berlin contre le Russe Vadim Krasikov permettra aux Allemands de prendre conscience d’une chose : Vladimir Poutine ne mène pas seulement une guerre en Syrie, en Tchétchénie ou en Ukraine mais aussi sur le sol allemand. Pour le procureur fédéral chargé des affaires de terrorisme, Peter Frank, il est clair que c’est le Kremlin qui a commandité, le 23 août 2019, l’exécution par balle, au cœur de Berlin, de l’ancien combattant tchétchène Zelimkhan Khangoshvili. Il affirme détenir des preuves accablantes qui permettent de mettre en cause directement les plus hautes instances de l’Etat russe.
Vadim Krasikov est accusé d’avoir tiré sur Zelimkhan Khangoshvili alors qu’il circulait à bicyclette dans un parc très fréquenté de la capitale. Selon le parquet, il a tiré une première fois à distance avec son silencieux, avant d’achever sa victime par deux balles à bout portant dans la tête.
Alors qu’il comptait rejoindre Moscou en avion le lendemain depuis Varsovie, Krasikov a été arrêté par la police non loin du lieu du crime. Il était arrivé dans l’Union européenne par l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Selon le magazineDer Spiegel, certains indices indiquent qu’il appartiendrait à une unité spéciale du ministère russe de l’Intérieur.
Zelimkhan Khangoshvili, tué en plein jour à seulement 2 kilomètres de la chancellerie, était un ancien commandant de la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2000). Il disposait d’une nationalité géorgienne. Qualifié de «cruel» et de«sanguinaire» par Poutine, il était pisté en Allemagne par des services secrets russes depuis son arrivée en 2016 comme demandeur d’asile. La thèse de l’acte de vengeance pour des faits qui remontent à vingt ans est donc privilégiée.
L’affaire est jugée particulièrement grave par Berlin car il s’agirait du premier assassinat commandité par l’Etat russe sur le sol allemand. Bien que la réaction de Berlin dans cette affaire ait été mesurée (renvoi de deux diplomates), elle a provoqué une césure dans les relations germano-russes. Angela Merkel a souhaité attendre dans cette affaire que la justice rende sa décision pour envisager une quelconque riposte.
Fin août, la tentative d’empoisonnement à l’arme chimique (Novitchok) duprincipal opposant politique de Poutine, Alexeï Navalny, est venue aggraver les relations germano-russes. Bien que les faits n’aient pas eu lieu sur le territoire allemand, cette nouvelle affaire a obligé Berlin à changer de stratégie. Pour montrer qu’elle avait pris cette fois les choses très au sérieux, la chancelière est allée personnellement rendre visite à Alexeï Navalny sur son lit d’hôpital à Berlin où il était venu se faire soigner début septembre. «Ce régime agressif défend ses intérêts en utilisant une violence sans scrupule», a condamné Annegret Kramp-Karrenbauer, la ministre de la Défense.
Depuis, le gouvernement allemand réfléchit avec ses partenaires européens à une riposte adéquate pour ne plus s’en tenir au simple renvoi de diplomates. L’arrêt définitif de la construction du gazoduc Nord Stream 2, un projet géostratégique de Vladimir Poutine, reste une sanction économique envisageable.
Une chose est sûre : Berlin a perdu patience face aux démentis de Moscou et pas seulement à cause de l’annexion de la Crimée, de la guerre en Syrie ou du règlement pacifique dans l’impasse en Ukraine. Les Allemands veulent mettre un terme à la guerre que Poutine a engagée sur leur propre sol.
Selon les services de renseignement, les espions russes auraient intensifié leurs activités ces dernières années en Allemagne en agissant sous de fausses identités comme l’a fait Krassikov. Les Allemands ont identifié en mai le responsable des cyberattaques dévastatrices contre l’assemblée fédérale (Bundestag) en 2015. Il s’agirait d’un ancien soldat russe de 29 ans contre lequel le parquet a lancé un mandat d’arrêt international. Les hackers russes piratent depuis des années les données dans les ministères mais aussi dans les sièges de partis ou de fondations politiques.
Berlin est également exaspéré par la propagande russe qui vise à diviser la société allemande sur des thèmes sensibles comme les réfugiés. Moscou a répandu volontairement des rumeurs sur les réseaux sociaux ou sur RT, la chaîne internationale russe d’informations accusée par une bonne partie de la classe politique d’être un organe de propagande visant à déstabiliser l’Allemagne.
Stéphane Roland Intérim à Berlin le 6 octobre 2020
On peut comprendre que les Tchétchènesréfugiés en Europe soient très soucieux de la possibilité pour la Russie decommanditer des meurtres de réfugiés. On a déjà vu l’assassinat d’un réfugiétchétchène à Vienne. L‘état d’esprit des pays européens a évolué à la suite desattentats islamistes : le partage d’une certaine vision avec les servicesrusses peut amener un sentiment de fragilité de la protection accordée par l’Europe.
Samedi 7 septembre, à Paris, un rassemblement s’est tenu devant l’ambassade d’Allemagne pour demander aux autorités allemandes de mener une enquête objective sur le meurtre de Zelimkhan Khangoshvili, originaire de la vallée de Pankisi.
Le« noeud caucasien » a rapporté que le 23 août 2019, ZelimkhanKhangoshvili, ancien combattant de la Seconde guerre tchétchène, avait étéabattu à Berlin. Un citoyen russe, âgé de 49 ans, est soupçonné d’avoir commisle meurtre. Des membres de la diaspora tchétchène ont lié le meurtre auxactivités des services spéciaux russes; les autorités russes le nient.
Les servicesspéciaux de plusieurs pays de l’OTAN n’excluent pas l’implication d’agentsrusses dans ce crime, ont rapporté les médias allemands.
L’action àParis a été organisée par l’association « Bart Marcho », qui regroupeles diasporas tchétchènes des pays européens, et a rassemblé plus d’unecentaine de personnes, d’après « Kavkaz.Realii ». Certains manifestantsse sont masqués le visage, car ils ne voulaient pas être identifiés, ni qu’onsache où ils se trouvaient.
Lesparticipants au rassemblement ont également dénoncé les tentatives d’assassinatde réfugiés en Europe.
Rappelons-nousque le 4 septembre, des participants à un rassemblement à Berlin ont déclaréque les autorités allemandes étaient en partie responsables de la mort deKhangoshvili, car elles lui avaient refusé l’asile et l’avaient placé sur uneliste d’extrémistes. Les manifestants ont exigé que les Tchétchènes ne soientpas extradés vers la Russie, à l’exception des partisans de Ramzan Kadyrov.
Source:https://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/48375/
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