Le procès d’Oyub Titiev pour détention de drogue a commencé en juillet 2018. La déclaration de la FIDH donne opportunément une idée complète des évènements qui ont amené le responsable de Memorial en Tchétchénie à passer tous ces mois en prison
Oyub Titiev est le responsable du bureau de l’ONGMemorial à Grozny, une organisation russe documentant depuis plus de 20 ans lesgraves violations des droits humains en Tchétchénie. Il occupe ce poste depuisl’assassinat en 2009 de sa collègue Natalia Estemirova.
Depuis plus d’un an, Oyub Titiev est endétention provisoire sur la base de fausses accusations de possession destupéfiants, dans un procès monté de toutes pièces. À ce jour, si tous lestémoins du procès ont été entendus, des éléments matériels de l’affairecontinuent d’être examinés. Des audiences ont lieu chaque semaine dans letribunal de la ville tchétchène de Shali, et le verdict est attendu dans lessemaines à venir. Si la pression internationale exercée sur les autoritésrusses ne croît pas, Oyub Titiev risque d’être condamné pour un crime qu’il n’apas commis et passer plus de 10 années de sa vie en prison.
Cet article cherche à montrer brièvement commentles charges de possession de drogues contre Oyub Titiev ont été fabriquées.Alors qu’Oyub est un défenseur des libertés mondialement connu (il a remportéle Prix Vaclav Havel des droits humains en 2018), et particulièrement respectéen Tchétchénie, les accusations qui pèsent aujourd’hui contre lui ont étéfabriquées à chaque étape de l’enquête.
Son affaire a fait beaucoup de bruit enTchétchénie. Il ne s’agit toutefois pas d’un cas isolé, d’autres personnes auxprocès moins médiatisés étant poursuivies dans des circonstances similaires.Elle illustre combien le système judiciaire en Tchétchénie est arbitraire etdéfaillant, reposant notamment sur des « preuves » fabriquées.
Une fois le verdict du tribunal rendu, lasituation risque encore d’empirer. Dans son discours aux forces de l’ordre du22 août 2018, Ramzan Kadyrov, Président de la république de Tchétchénie, adéclaré qu’ « une fois le procès terminé, la Tchétchénie deviendraitun territoire interdit » aux défenseurs des droits humains ».
Épisode 1 : arrêté… deux fois !
Le 9 janvier 2018, la voiture d’Oyub Titiev,responsable du bureau de l’ONG Mémorial à Grozny, est interceptée par deshommes à l’identité inconnue. Ils portent des uniformes camouflage de couleurverte, sur lesquels sont inscrites les initiales “ГБР”, soit « GIR »ou « groupe d’intervention rapide » (« группа быстрогореагирования » en russe).
Durant l’inspection de ce véhicule, ces hommesprétendent trouver sous le siège passager avant un sac contenant desstupéfiants : environ 200g de cannabis. Amené au poste de police, OyubTitiev insiste sur le fait que les drogues ont été placées à son insu dans savoiture et dénonce donc l’illégalité de son arrestation, à laquelle aucuntémoin n’a assisté.
Accompagné d’un policier, il est alors forcé derevenir sur les lieux de son arrestation à bord de son véhicule, afin deprocéder à une nouvelle arrestation « conforme à la loi ». Selon leprocès-verbal établi après la mise en scène de cette seconde arrestation, Oyubaurait cette fois été interpellé par la police pour avoir enfreint le code dela route. Lors de leur témoignage, les officiers de police déclareront…qu’Oyub n’avait pas allumé ses phares. Ensuite, ils auraient« fouillé » son véhicule, puis « trouvé » ce même sac decannabis. Oyub a donc été « arrêté » à deux reprises, cette secondefois en présence de deux témoins.
En dépit des plaintes d’Oyub Titiev, le Comitéd’enquête a refusé d’examiner les circonstances de son arrestation.
La police affirme par ailleurs ne plus savoir où setrouvent les affaires personnelles saisies lors de son arrestation, à savoirune vingtaine d’objets dont des téléphones portables, un appareil photo, desdocuments… Oyub Titiev n’a jamais pu récupérer ses affaires, qui n’ont étérépertoriées ni dans les pièces du dossier d’instruction, ni dans la liste desobjets personnels saisis/confisqués.
Épisode 2 : aucune caméra desurveillance n’aurait fonctionné dans le quartier le jour de l’arrestation
Étonnamment, le jour de l’arrestation d’Oyub Titiev,aucune des 17 caméras de surveillance se trouvant sur la route menant aucommissariat de police ou à l’intérieur de celui-ci ne fonctionnait, pas plusque celles des magasins et pharmacies alentours. Selon l’accusation, ellesétaient toutes en réparation, bien qu’aucune preuve n’ait pu être fournie pourappuyer ces déclarations. Le juge a refusé de convoquer des témoins pouvantexpliquer les raisons d’une panne aussi massive de caméras.
De plus, pour tenter de soutenir que la premièrearrestation n’a jamais eu lieu, les témoins de l’accusation ont déclaré que ledépartement de police tchétchène de Kuchaloï, où Oyub a été détenu, ne possèdepas de « Groupe d’Intervention Rapide ». Mais les avocats d’OyubTitiev ont pu démontré l’existence de ce groupe grâce à des photosdisponibles… sur le site officiel du ministère de l’Intérieur tchétchène. Ilsont également présenté des photos et vidéos tirées des comptes de certainsfonctionnaires sur les réseaux sociaux.
Depuis, la plupart de ces photos ont été supprimées.
Épisode 3 : outre AmadiBaskhanov, l’accusation a appelé plus de 60 policiers à témoigner
Autant de personnes ont été appelées à témoigner, afinde nier l’existence d’un groupe d’intervention rapide au sein du départementtchétchène Kurchaloï.
Tous ces témoins sont venus certifier de la nonexistence du “Groupe d’Intervention Rapide” en Tchétchénie, en produisant destémoignages rigoureusement identiques.
Or, ce groupe existe bel et bien.
Épisode 4 : un prétendu toxicomane… sans aucune trace de drogue dans le sang ou sur les ongles
Aucune trace de stupéfiant n’a été trouvée dans lesang ou sur les ongles d’Oyub. Cependant, le 17 janvier 2018, le Présidenttchétchène Ramzan Kadyrov a affirmé à une chaîne de télévision locale qu’OyubTitiev était un « toxicomane ».
Les lingettes de coton qui auraient été utilisées pourdétecter la présence de drogue sur les mains d’Oyub constituent le seul élémentde preuve dont dispose l’accusation pour soutenir que son organisme contenaitde la drogue.
Or, ces éléments de preuve sont connus comme étantaisément falsifiables : ne contenant pas d’ADN, ils peuvent êtrefacilement interchangés avec d’autres…
Épisode 5 : une procédured’identification en chaussons.
Lors de la procédure d’identification par un témoin,Oyub Titiev a été amené au bureau de l’enquêteur en chaussons. Son avocat atenté de stopper l’identification, les deux autres « figurants »présents portant bien des chaussures…
— « M. l’enquêteur ! » fitremarquer Me Zaikin, l’avocat d’Oyub « Vous n’avez pas pensé auxchaussons, on dirait ? »
Il est en effet très fréquent que des détails liés àl’apparence des détenus soient utilisés pour biaiser la procédured’identification, de sorte que le « témoin » coopérant à l’enquêtepuisse bien « reconnaître » la bonne personne.
Épisode 6 : le témoin clef del’accusation aurait été sous l’influence de stupéfiants durant la procédured’identification
Amadi Baskhanov, seul témoin ayant attesté avoir vuOyub Titiev fumer du cannabis à deux reprises en décembre 2017, faisaitlui-même partie de la liste fédérale des personnes recherchées en 2017.Poursuivi en justice pour trafic de stupéfiants en 2015 et en 2016, il n’ajamais reçu de peine de prison.
À la fin du mois de janvier 2018, lors de la procédured’identification, l’attitude de Baskhanov était semblable à celle d’unepersonne sous l’emprise de la drogue. De plus, et cet élément est primordial,il n’a pas su identifier Oyub lors de la première tentative d’identification.Ce résultat négatif a été enregistré par l’un des enquêteurs.
Baskhanov a finalement identifié Oyub lors d’uneseconde séance d’identification organisée le jour suivant, après quel’enquêteur ait déclaré que le protocole n’avait pas été respecté la premièrefois. Dans son témoignage, il déclare ne pas avoir alors saisi les mots deBaskhanov.
Pendant le procès, Amadi Baskhanov semblait encoredrogué, mais le juge a refusé de le soumettre à un dépistage malgré la requêtede la défense.
Épisode 7 : sept policiers enlien avec l’affaire comparaissent à huit clos pour des « raisons desécurité »
Les avocats de la défense n’ont reçu aucuneexplication concernant les motifs pour lesquels l’audience s’était tenue à huitclos, ou quels risques sécuritaires auraient encouru ces policiers si le procèsavait été public.
Épisode 8 : la maison d’OyubTitiev démolie par les autorités
Alors qu’il se trouvait en détention préventive, lamaison d’Oyub Titiev et 36 autres habitations individuelles ont été démolies àla suite d’une décision des autorités visant à faire construire un centrecommercial.
En avril 2018, la requête de son avocat pour le faireassigner à résidence a été rejeté par le tribunal au prétexte qu’Oyub Titievn’avait plus de résidence personnelle…
FIDH le 05/02/2019
Le résultat de l’examen des plaintes de la défense sur la prolongation de l’arrestation d’Oyub Titiev, et du refus d’engager une action sur la fabrication de preuves par les policiers, est connu à l’avance, ont déclaré les avocats et ceux qui travaillent avec lui à Memorial. Selon eux, le procureur n’a même pas jugé nécessaire de se préparer pour le procès; tandis que la cour a ignoré les arguments convaincants de la défense.
Le Nœud Caucasien a rapporté que Oyub Titiev avait été arrêté le 11 janvier pour possession de marijuana.
Aujourd’hui, la Cour Suprême de Tchétchénie a entamé l’examen de la plainte contre la décision du tribunal de Grozny, qui avait refusé d’engager une procédure pénale contre la police, qui, selon Titiev, avait placé la drogue.
La défense a également présenté à la cour deux plaintes contre la prolongation de l’arrestation de Titiev, et a demandé au tribunal de le placer en résidence surveillée. Cependant, le procureur a suggéré que Titiev pourrait commettre un délit s’il quittait le centre de détention.
« Le procureur a avoué qu’il est venu au procès sans préparation, il a dit qu’il n’avait même pas lu nos plaintes », a déclaré Piotr Zaikin, l’un des avocats de Titiev.
Les résultats de l’examen des plaintes sont prévisibles, a déclaré Tatiana Lokshina, chef du bureau de Moscou de Human Right Watch.
Elle est sûre que les déclarations des autorités américaines et européennes sur l’affaire de Titiev ne peuvent pas être considérées comme une tentative d’influencer le tribunal. Elle considère ces déclarations comme l’expression d’une «indignation contre ce montage contre Titiev et les tentatives visant à chasser le Centre Memorial des droits de l’homme de la Tchétchénie.
Source:http://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/43570/
© Noeud caucasien
Si vous voulez faire quelque chose pour Oyoub Titiev et les défenseurs des droits de l’homme menacés en Russie :
Équipe des défenseurs : Ils défendent les droits humains en Russie
Irina Gordienko, journaliste à Novaïa Gazeta et à d’autres publications, est venue à Lyon le 13 juin. Elle a participé à un repas à l’invitation de Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement, où chacun a pu s’entretenir avec elle, à une rencontre dans l’après-midi avec quelques représentants d’associations de droits de l’homme et à une conférence, bien suivie, avec beaucoup de questions pertinentes. Nous essayons de retranscrire ce qui nous a paru le plus important dans ses propos.
Irina Gordienko a expliqué les difficultés à travailler en Tchétchénie pour une journaliste : cela ne peut être qu’un travail au long cours car personne n’accepterait de parler à une journaliste inconnue étant donné les risques. Toute une part du travail consiste, au-delà du recueil d’informations, à épargner les témoins en empêchant qu’ils soient repérables. Ce qui explique que ce soit Irina et sa collègue qui ont pu obtenir des témoignages étayant les persécutions d’homosexuels en Tchétchénie. Elle nous a aussi indiqué qu’il était impossible d’être correspondant permanent en Tchétchénie. Les seuls journalistes habitant la Tchétchénie ne peuvent être que dans des organes d’information proches du pouvoir. Elle a donc bien sûr expliqué la difficulté de son travail, pourtant elle s’est engagée dans ce type de journalisme d’opposition avec passion le découvrant par hasard lors d’un stage à Novaïa Gazeta en 2002. Au moment de son stage a eu lieu l’attentat du théâtre Doubrovka de Moscou. Alors que la désinformation du pouvoir battait son plein elle a constaté, de l’intérieur, l’importance qu’envers et contre tout des journalistes démêlent la vérité. Du coup elle a décidé de devenir journaliste et elle n’a pas quitté la rédaction du journal depuis.
Elle a exprimé la difficulté, parfois, de distinguer un travail de journaliste d’une prise de position humaniste. Il est clair qu’avant tout elle souhaite travailler comme journaliste mais il peut arriver qu’elle sorte de son rôle : par exemple alors que deux personnes homosexuelles n’arrivaient pas à trouve un débouché extérieur à la Russie pour sauver leurs vies elle avait pris contact pour eux avec des personnes employées dans une ambassade qu’elle connaissait. Mais à ce moment-là, dit-elle, ce n’était pas la journaliste qui agissait. Au sujet de l’accueil des demandeurs homosexuels d’une protection des pays occidentaux, elle a signalé que la France et d’autres pays tout en prenant une défense vigoureuse en paroles n’ont accepté que très peu de demandes de refuge à la différence du Canada qui a mis à l’abri 40 personnes homosexuelles tchétchènes.
Elle a tenu à citer le cas d’Oyub Titiev, responsable de Memorial en Tchétchénie. Il a remplacé Natalya Estemirova qui a été assassinée en 2009 d’abord secrètement et il a fait l’objet d’une condamnation avec invention de preuves selon une technique éprouvée. Il se retrouve en prison depuis près de six mois. Il semble que toute l’action de Memorial dans le Caucase soit visée alors qu’elle constitue presque la seule organisation de défense des droits dans une région où ceux-ci sont constamment attaqués. Elle a signalé que la manière d’aider Oyub Titiev et d’autres victimes d’injustice c’était d’abord en faisant connaître leur situation.
Nous vous faisons part de cette analyse sérieuse de la situation actuelle en Tchétchénie, des risques de violence accrue et de leurs causes. Cette analyse est extraite d’un article de Neil Hauer de la Fondation Jamestown :
Parmi l’ensemble des républiques du Caucase du Nord, la Tchétchénie semble la plus susceptible de présenter des risques d’augmentation de violence en 2018. Les autorités ont récemment intensifié les mesures de répression, prolongeant une répression soutenue contre les défenseurs des droits humains dans la république. Le 11 janvier, les services de sécurité tchétchènes ont arrêté Oyub Titiev, le dirigeant du centre des droits de l’homme Memorial en Tchétchénie, et l’ont emprisonné sur de fausses accusations de détention de drogue (Amnesty International, 11 janvier 2018). Les forces de sécurité tchétchènes ont ensuite incendié le bureau de Memorial en Ingouchie le 17 janvier, avant de brûler la voiture d’un membre de Mémorial à Makhachkala, au Daghestan, et de lui envoyer un texto disant: «La prochaine fois vous brûlerez avec» (RFE / RL, 17 janvier 2018; Katya Sokirianskaia, 23 janvier 2018). Titiev a depuis été maintenu en détention dans un lieu inconnu, ne comparaissant qu’une seule fois devant le tribunal, alors que sa maison dans la ville de Kurchaloy devait être détruite dans le cadre d’un projet de construction d’un centre commercial (Deutsche Welle, 9 février).
Si une telle répression n’accompagne pas nécessairement des actes de violence, elle contribue à créer un sentiment de colère profonde dans la société tchétchène à l’égard du pouvoir. La Tchétchénie est actuellement la plus grande source de réfugiés d’un pays qui n’est pas en guerre, tentant d’entrer dans l’Union européenne (UE). Chaque jour, jusqu’à 100 Tchétchènes tentent de traverser la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, fuyant les arrestations arbitraires, la torture et les châtiments collectifs dans leur pays d’origine (Open Democracy Russia, 23 novembre 2017).
Alors que les réseaux d’insurgés ont été pour la plupart détruits en Tchétchénie, la brutalité des forces de sécurité et la façon dont elles traitent la population civile conduisent à une augmentation des attaques ciblées, où de petits groupes de jeunes hommes non organisés ouvrent le feu sur des milices gouvernementales, apparemment spontanément. Ces attaques sont difficiles à prévoir ou à prévenir et semblent devoir se poursuivre.
Les habitants ont été indignés par le comportement de voyou du leader tchétchène Kadyrov, souvent considéré comme en désaccord avec les valeurs tchétchènes. La visite, à Grozny le 28 janvier, de Ksenia Sobchak, candidate à l’élection présidentielle russe de mars 2018, en est un exemple. Kadyrov avait ordonné la fermeture de toutes les entreprises dans le centre-ville ce jour-là (Independent, 28 janvier). Lorsque Sobchak a utilisé un distributeur de café, elle a été confrontée à un groupe de jeunes hommes costauds, dont l’un lui a demandé: «Pourquoi buvez-vous du café? C’est mauvais pour les chevaux », et lui a dit de partir car« tu n’as rien à faire chez moi ».
La réaction sur les médias sociaux tchétchènes a été virulente, avec un commentaire de ce type: «Je ne suis pas fan de Sobchak, mais cet incident m’offense profondément en tant que Tchétchène (Facebook, 29 janvier). Quand est-ce que nous Vainakh (le nom collectif des peuples tchétchènes et ingouches étroitement liés) avons commencé à traiter les invités de cette façon, et particulièrement les femmes? ». De tels commentaires incarnent les opinions de beaucoup dans la république envers la direction hostile et éhontée de Kadyrov. Comme un réfugié en Biélorussie l’a dit d’une manière glaçante: « [L]e lendemain de la démission de Poutine, notre peuple éliminera Kadyrov. Ils l’attendent. Ils se sont rassemblés comme des abeilles dans une ruche et ils sont à la limite de leur patience » (Open Democracy Russia, 23 novembre 2017).
Memorial tient le plus grand compte des réactions face au coup monté contreOyub Titiev, son représentant en Tchétchénie. Le centre Memorial produit la liste de réactions en occident tant d’autorités que de médias et d’ONG : Human Rights Watch, l’OSCE, Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, La ministre allemand des Affaires étrangères,Front Line Defenders, Amnesty International, l’Union Européenne, le département d’Etat Américain, le New York Times, la FIDH, l’ Organisation mondiale contre la torture, le Comité international norvégien des droits de l’homme, Freedom House pour l’Europe et l’Eurasie, El Pais, Libération etc
Pourtant Oyub Titiev est toujours en prison et même récemment Memorial continue à être visé : la police prétend avoir trouvé des cigarettes contenant de la marijuana sur un balcon du local de Memorial. L’avocate s’étonne que ces cigarettes soit toutes fraiches alors même que le jour de la perquisition il pleuvait.
A titre d’exemple voici ce que dit Maria Shishchenkova, coordinatrice de défense pour l’Europe et l’Asie centrale de l’organisation internationale Front Line Defenders lors d’un entretien :
Le cas d’Oyub Titiev est une tentative de faire taire les défenseurs des droits humains en Tchétchénie ». Je pense que c’est pourquoi on s’en prend à lui. Mais toute personne qui a déjà rencontré Oyub dans sa vie ne pourra croire à son accusation. Oyub, est d’abord, un athlète, et d’autre part – un musulman pratiquant. Je n’ai jamais vu Oyub même s’asseoir à la table sur laquelle il y avait du vin, sans parler de fumer ou quoi que ce soit d’autre. Cela a l’air absolument absurde. La situation s’est améliorée depuis que des gens, comme Oyub, qui acceptent de faire leur travail de défenseur malgré le danger continuent à travailler. Je pense que depuis le meurtre de Natalia Estemirova en Tchétchénie, il est devenu clair pour tout le monde que les gens qui essayent de s’opposer à la défense des droits de l’homme sont des gens impitoyables qui n’ont pas de frontières, y compris morales.
La situation est certainement très difficile, les gens en Tchétchénie n’ont pas accès à la justice, et il y a un certain nombre de cas dans lesquels il est même difficile d’obtenir des informations. Les gens sont très intimidés et ont peur non pas pour eux-mêmes, mais pour leurs familles, à cause de la politique de responsabilité collective en Tchétchénie. La situation est compliquée, mais il y a toujours des gens pour qui la justice est la chose la plus importante, ils doivent comprendre ce qui est arrivé à leurs proches, ils espèrent que les coupables seront punis, et ils sont prêts à emprunter cette voie difficile même jusqu’à faire appel à la Cour Européenne des Droits de l’Homme ou d’autres instances. Et malgré le fait que ce travail est invisible pour un étranger, il y a des gens qui travaillent en Tchétchénie. Les victimes peuvent se tourner vers eux pour obtenir de l’aide.
L’arrestation d’Oyub Titiev, responsable de Memorial en Tchétchénie, ne reste pas sans réactions : voici un compte-rendu d’une manifestation à Moscou et le point de vue argumenté d’un important traducteur du russe, André Markowicz :
Des manifestants à Moscou demandent l’arrêt des persécutions des défenseurs des droits
La traditionnelle marche annuelle à la mémoire de l’avocat Stanislav Markelov et de la journaliste Anastasia Baburova, qui s’est tenue à Moscou, a attiré plus de participants que ne le prévoyaient les organisateurs. Des pancartes exigeaient l’arrêt de la répression des défenseurs des droits, rapporte le correspondant du « Nœud Caucasien ».
Le » Nœud Caucasien » a indiqué que selon la police que plus de 500 personnes avaient pris part à la marche, organisée chaque année le jour de l’assassinat de Markelov et Babourova.
Stanislav Markelov a été abattu le 19 janvier 2009 à Moscou après une conférence de presse consacrée à la libération du colonel Yuri Budanov, qui avait purgé sa peine pour avoir tué la jeune Tchétchène Elza Kungaeva. Anastasia Baburova, qui accompagnait l’avocat, a également été tuée.
Une manifestante portait une pancarte qui demandait : »Libérez Oyub Titiev! Laissez vivre Mémorial. »
Selon cette femme, elle n’est pas une défenseure des droits, elle n’a aucun contact avec le centre Memorial et elle n’a pas de famille dans le Caucase du Nord, mais elle suit de près l’histoire du Titiev.
Le 11 janvier, le tribunal a décidé de mettre en détention le chef du bureau tchétchène ‘Memorial’ Oyub Titiev pendant deux mois pour possession de marijuana. Titiev prétend que la drogue a été dissimulée sur lui par un policier. Il a dit à son avocat que les forces de l’ordre l’avaient contraint à s’accuser et ont menacé d’engager des poursuites pénales contre ses proches pour avoir fait la promotion du terrorisme.
« De toute évidence, en Tchétchénie, ils suppriment maintenant les derniers îlots de liberté … Cela se fait de manière si brutale et si flagrante … Ça me fait mal de voir comment Titiev est traité en Tchétchénie: il est persécuté pour le punir de ses bonnes actions, de l’aide qu’il apporte aux gens », a déclaré la femme.
Selon elle, l’incendie criminel du bureau « Memorial » en Ingouchie et la persécution d’Oyub Titiev sont liés. « L’objectif est de faire partir les défenseurs des droits du Nord-Caucase et tout Etat civilisé aurait honte d’avoir un leader comme Ramzan Kadyrov », a déclaré la femme.
Parmi les manifestants, il y avait aussi un homme qui était là pour soutenir Titiev. Il portait son portrait sans autre inscription.
« La situation autour de Titiev est terrible, et je suis évidemment déprimé, car il est clair que la persécution du défenseur des droits est anticonstitutionnelle et illégale », a déclaré l’homme.
Selon lui, l’incendie du bureau «Mémorial» en Ingouchie a été commis sur ordre de personnes proches des dirigeants tchétchènes.
Source:http://www.eng.kavkaz-uzel.eu/articles/42137/
© Noeud caucasien
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Oyub Titiev, Memorial, Kadyrov et Poutine.On ne le dira jamais assez : c’est Poutine qui a fait de la Tchétchénie un état indépendant — une dictature islamiste sous la coupe sanglante de son homme des basses œuvres, Ramzan Kadyrov. Ce sont, rappellons-le, des agents de Kadyrov qui ont assassiné, entre autres, à Moscou, Anna Politkovskaïa et Boris Nemtsov. En échange d’une allégeance déclarée non pas à la Russie, mais personnellement à Vladimir Poutine, Kadyrov a transformé son pays, qui a déjà traversé tant de guerres, tant de catastrophes, en son territoire personnel, et j’emploie le mot « territoire » dans le sens de la mafia — un territoire sur lequel il perçoit, lui, 10% de toutes les transactions monétaires qui s’y déroulent.
Tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, déplaisent à Kadyrov et à ses sbires peuvent le payer de leur vie. Pas que de leur vie à eux, mais de celle de leurs proches, de leurs familles. Et je ne parle pas seulement les homosexuels, ou ceux qu’on accuse de l’être (puisque dans la Tchétchénie de Kadyrov, l’homosexualité est considérée non seulement un crime mais une honte qui rejaillit sur la famille). Non, absolument n’importe qui, et pour n’importe quoi.
En 2009, la présidente de la section tchétchène de l’organisation Mémorial, — qui s’occupe non seulement de la mémoire et de la documentations des crimes staliniens mais aussi des droits de l’Homme dans la Russie actuelle —, Natalia Estémirova, était assassinée. Elle avait signalé environ 3000 cas de disparitions : des gens, simplement, qui disparaissent, et la police ne les retrouve jamais. — En 2009, 3000 cas. Et combien aujourd’hui, bientôt dix ans plus tard ?
L’association Mémorial est persécutée en Russie. Le ministère de la Justice avait demandé son interdiction en 2014, la Cour suprême a fini par refuser, mais on ne compte pas le nombre de perquisitions, d’obstacles mis dans ses activités, d’arrestations de ses membres, et elle a été déclarée « Agent de l’étranger », parce qu’elle recevait des fonds étrangers, ce qui est censé signifier que l’association tout entière travaille pour des intérêts étrangers, et que tout son activité de mémoire et d’étude du processus des répressions est, de fait, dicté par l’étranger. Ai-je besoin de saluer le courage de ses membres, sur tout le territoire de la Russie, où ils sont exposés aux persécutions de la police, à des attaques « de voyous », à toutes les tracasseries administratives possibles ? — Mais ai-je besoin de dire que travailler à Grozny pour Memorial est faire acte d’héroïsme quotidien ?
Le 9 janvier dernier, le directeur actuel de la section de Grozny de Mémorial a été arrêté. On a trouvé, comme par hasard, dans sa voiture 180 grammes de marijuana. — Sa famille a été jetée hors de chez elle, mais elle a pu s’enfuir hors des frontières de la Tchétchénie. Il n’a pas accès aux soins médicaux. Il a, par son avocat, écrit une lettre à Vladimir Poutine dans laquelle il explique qu’il ne se reconnaît pas coupable de possession de drogue, et que s’il venait à se reconnaître coupable, ce ne serait que le résultat de « pressions physiques et de chantages ». — Xénia Sobtchak, candidate opposante à Poutine aux élections présidentielles, fait justement remarquer qu’Oyub Titiev est poursuivi pour détention de drogue, et que tous les opposants de Kadyrov arrêtés le sont pour la même raison (article 228 du code pénal de la Fédération de Russie).
Oyub Titiev est en danger de mort.
Kadyrov a parlé de son cas à la télévision tchéchène. Après avoir expliqué qu’Oyub Titiev n’était pas le premier drogué arrêté en Tchétchénie, et que c’était quand même quelque chose de bizarre que même l’ONU fasse un foin pareil à propos de celui-là et pas des autres (puisque des protestations viennent du monde entier pour demander sa libération), il a ajouté (je traduis d’après le site de Gary Kasparov), parlant, soudain, des défenseurs des droits de l’Homme : « ces gens-là n’ont ni famille, ni nation ni religion. Ils ont un intérêt. Je suis toujours étonné quand un Tchétchène travaille avec eux. Ce qui m’étonne aussi, ce sont les membres de sa famille qui n’essaient pas de l’arrêter. Ils doivent savoir que, dans notre république, leur travail ne passera pas. »
La lettre d’Oyub Titiev a reçu une réponse officielle de la Présidence russe. Le 17 janvier, Dmitri Peskov, le porte parole de Poutine a déclaré que le Kremlin ne considérait pas que son arrestation était politique, et qu’il fallait — je résume — que l’enquête suive son cours.
André Markowicz
Parce que nous gardons un souvenir très fort du meurtre de Natalya Estemirova, qui avait eu le seul tort aux yeux de ses assassins de poser des questions gênantes sur le sort de disparus, nous relayons l’information du jour qui montre qu’il est toujours dangereux d’observer les violations des droits de l’homme en Tchétchénie et de défendre les victimes d’actes illégaux.
Appel de Front Line Defenders du 9 janvier 2018 :
Le 9 janvier 2018, Oyub Titiev a été sorti de sa voiture par des hommes en uniforme de la police routière près de Kurchaloy, en Tchétchénie. Il est actuellement détenu au poste de police régional de Kurchaloy.
Oyub Titiev est un défenseur des droits de l’homme qui travaille au Centre des droits de l’homme « Memorial », une organisation de défense des droits de l’homme qui fournit assistance juridique aux victimes de violations flagrantes des droits de l’homme et qui s’occupe aussi de l’enseignement, de la recherche et de publications sur les droits de l’homme . Après le meurtre de sa collègue Natalia Estemirova en juillet 2009, Oyub Titiev est devenu le chef du bureau tchétchène de l’organisation. Au cours des dernières années, Oyub Titiev a reçu de nombreuses menaces liées à son travail en faveur des droits de l’homme.
Le 9 janvier 2018, vers 10 h 30, la voiture d’Oyub Titiev a été arrêtée par cinq policiers de la route sur la route de Kurchaloy, en Tchétchénie, et le défenseur a été sorti de sa voiture. Son avocat s’est rendu au poste de police de Kurchaloy et on lui a d’abord dit qu’Oyub Titiev ne faisait pas partie des détenus. Quelques heures plus tard, le chef du commissariat de police de Kurchaloy a confirmé que le défenseur y était détenu. Son avocat n’a pas été informé des raisons de sa détention.
Les collègues d’Oyub Titiev du centre des droits de l’homme Memorial ont alerté la médiatrice russe Tatiana Moskalkova et le chef du Conseil présidentiel des droits de l’homme, Mikhail Fedotov.
Front Line Defenders condamne fermement l’arrestation et la détention arbitraire du défenseur des droits de l’homme Oyub Titiev, qui est uniquement motivée par son travail pacifique et légitime pour les droits de l’homme en Fédération de Russie, et appelle les autorités russes à libérer immédiatement le défenseur des droits humains .
Front Line Defenders exhorte les autorités de la Fédération de Russie à: