
BARTHOU Louis
Ancien sénateur des Basses-Pyrénées
- État civil :
- Né le 23 août 1862
Décédé le 9 octobre 1934 - Profession :
- Avocat
- Département :
- Basses-Pyrénées

Ancien sénateur de laIIIe République
Elu le 16 juillet 1922
Elu le 9 janvier 1927
Fin de mandat le 9 octobre 1934 ( Décédé )
1889-1940
BARTHOU(Louis), né le 23août 1862 à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées),mort le 9 octobre 1934 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Député desBasses-Pyrénées de 1889 à 1922.
Sénateur desBasses-Pyrénées de 1922 à 1934.
Ministre et Président du Conseil.
Le grand-père de Louis Barthou étaitforgeron ; son père, soldat à Sébastopol, s'étaitétabli à Oloron-Sainte-Marie comme quincaillier. D'abordélevé par un instituteur laïque, Louis Barthou fit sesétudes classiques au petit séminaire d'Oloron, puis aulycée de Pau où il entra pensionnaire en 1875. Passionnéde politique dès cette époque, mais vivementintéressé aussi par la littérature et la musique,doué d'une mémoire exceptionnelle, causeur éloquent, bonjoueur de pelote, il laissa à ses camarades le souvenir d'unélève hors du commun. Il poursuivit à Bordeaux, puis dansla capitale, des études de droit et d'économie politique.Secrétaire de la Conférence des avocats, c'est à Parisqu'il commence à utiliser ses dons d'orateur. Il a adhéréà l'Union de la jeunesse républicaine et donne, dans lesquartiers populaires, des conférences sur la politiqueextérieure. Après .avoir soutenu sa thèse sur « ladistinction des biens en meubles et immeubles », il retourne dans saprovince natale et s'inscrit comme avocat à la Cour d'appel de Pau.
A cette époque, les républicains sont enminorité dans les Basses-Pyrénées.Sévèrement battus au scrutin de liste en octobre 1885, ilscherchent des talents nouveaux. Barthou leur apporte le sien. Tout en menantune carrière professionnelle active, il s'essaie au journalisme :à partir de 1887, un article signé de son nom paraîtpresque tous les jours dans l' « Indépendant », journalrépublicain modéré, et il entretient une vivepolémique avec les royalistes du «Mémorial».
En mai 1888, il se présente aux électionsmunicipales, sur une liste républicaine soutenue par l' «Indépendant». Dix-huitième candidat de la liste,il est élu au scrutin de ballottage. Ce premier succès et lesouci de faire barrage à l'agitation révisionniste,l'amènent à solliciter les suffrages des électeurs de lacirconscription d'Oloron le 22 septembre 1889. Il a 27 ans et pour adversaire,Jacques Lacaze, le fils d'un vieux sénateur libéral, qui jouitd'une grande influence dans le pays. A la suite d'une campagneénergique, menée sur le thème de la défense de laRépublique et pour « une politique d'affaires sagementprogressiste », Louis Barthou est élu au premier tour de scrutin,par 7.038 voix contre 6.714 à son rival.
Il s'installe alors à Paris. Tandis que l'Union dela jeunesse républicaine le porte à sa présidence - postedont il démissionnera peu après, par fidélitéà Jules Ferry - les « anciens » de la Chambredécouvrent en lui un orateur énergique, mordant, dont lesinterventions sont tout de suite redoutées. La plus brillante, au coursde cette première législature, est celle qu'il fait pourréclamer la lumière sur le scandale de Panama, en 1889.Barrès, qui a assisté au débat, résume ainsi sesimpressions, dans «Leurs figures »:« Un nouveau dela majorité, une sorte de fantassin, tout de suite familier avec leschoses et les gens, de bonne humeur énergique, net dans ses propos,avocassier dans ses démarches ».
Excellent « debater », Louis Barthou serévèle aussi un parlementaire laborieux. Membre de diversesCommissions, on lui confie de nombreux rapports, notamment sur une propositionde loi relative à l'élection des conseils d'arrondissement. Maissa personnalité politique est trop forte pour qu'il ne soit pas,très rapidement, sollicité par le pouvoir. Lorsque Charles DupuyConstitue son premier ministère, en avril 1893, il propose au jeunedéputé le portefeuille du Commence. L'affaire échoueà la dernière minute, parce que Barthou passe pourlégitimiste. Mais ce n'est que partie remise. Après avoirété réélu sans concurrent aux élections du20 août 1893, au premier tour de scrutin, Barthou entre comme Ministredes Travaux publics dans le second ministère Dupuy le 30 mai 1894. Ilconservera ce poste dans le troisième, formé un mois plustard.
Son passage aux Travaux publics, marquéessentiellement par le vote de la loi sur la retraite des ouvriers mineurs, luivaut des démêlés personnels et un duel avec Jaurès.Le Conseil d'Etat ayant donné raison contre lui aux compagnies dechemins de fer, dans l'interprétation des textes relatifs aux garantiesd'intérêt, il démissionne. C'est le moment que sesadversaires choisissent pour l'accuser publiquement d'être payépar les chemins de fer du Sud. Barthou échange avec le leader socialistedeux balles sans résultat et un jury d'honneur conclut à saParfaite honnêteté. Il se marie alors avec la fille d'unnégociant.
Sous le ministère Bourgeois, Louis Barthou secantonne dans l'opposition. Favorable aux modérés quiréclament une politique d'apaisement et des réformes «pratiques », il critique vivement la politique du ministèreradical, notamment son projet d'impôt sur le revenu, sonanticléricalisme et ses tendances socialistes. Battu au Sénat,insuffisamment soutenu à la Chambre, Bourgeois se retire le 23 avril1896. Son successeur, Méline, constitue un cabinet modéréhomogène le 29 avril 1896, où Louis Barthou, Ministre del'Intérieur, va jouer pendant deux ans, le rôle principal. Celuique ses ennemis appellent un « touche-à-tout tapageur etsautillant » manifeste à ce poste difficile de grandesqualités d'homme de Gouvernement. Il a le sens de l'ordre, mais aussi dela mesure ; il est libre penseur, mais tolérant. Parmi les mesuresvotées sur son initiative, signalons la loi relative auxsociétés de secours mutuels.
C'est sous le ministère Mélinequ'éclate l'affaire Dreyfus. Louis Barthou adopte une position prudente:ses fonctions l'obligent à se réfugier derrièrel'autorité de la chose jugée. Il redoute, d'autre part, comme entémoigne le discours qu'il prononce à Oloron, le 24 avril 1898,qu'une propagande révisionniste imprécise fasse le jeu de laréaction et ne ruine les effets de la politique d'apaisement.L'événement confirme ses craintes: au cours de la campagneélectorale de 1898, les républicains modérés,attaqués d'un côté par la droite et les cléricaux,de l'autre par les radicaux, perdent du terrain. Barthou se demande si, dansces conditions, il ne devrait pas se rapprocher de la gauche. C'est ledébut d'une évolution que vont précipiter les outrances dela droite nationaliste et la violence des campagnes antisémites. LouisBarthou est élu président du groupe des républicains« progressistes », où se retrouvent lesmodérés qu'inquiètent les attaques contre lerégime. Il s'oppose au projet de loi déposé par leMinistère-Dupuy sur la procédure de révision et signe, auxcôtés des chefs du radicalisme et du socialisme, un manifestehostile au Gouvernement. Il vote, le 12 juin 1899, la motion dans laquelle laChambre se déclare résolue à ne soutenir qu'unministère « décidé à défendre avecénergie les institutions républicaines et à assurerl'ordre public ».
Néanmoins, pendant toute la durée duministère Waldeck-Rousseau (1899-1902) qui règledéfinitivement l'affaire Dreyfus, Barthou reste à l'écartdu pouvoir. Il ne participe pas non plus au ministère Combes quidéclenche la bataille contre le cléricalisme. Le 14 mars 1906, ilentre dans le cabinet Sarrien comme Ministre des Travaux publics et des P. T.T., poste qu'il conservera du 25 octobre 1906 au 24 juillet 1909 dans lepremier Gouvernement Clemenceau. Il mène à bien la difficileopération du rachat de la Compagnie de l'Ouest par l'Etat, fait voter laloi sur la caisse de retraite des cheminots et, remplaçant Clemenceau aumoment de la grève des postiers, fait preuve d'une grande énergiedans la défense de l'autorité de l'Etat (mai 1909). Le 24 juillet1909, Aristide Briand succède à Clemenceau, et Louis Barthoudevient Garde des Sceaux. Il occupera de nouveau cette fonction dans letroisième et le quatrième ministères Briand, du 21 janvierau 22 mars 1913-Entre temps, les esprits ont évolué. Lesélections de 1910 ont amené au pouvoir plus de 200 nouveauxdéputés qu'inquiètent l'agitation sociale et les querellesprovoquées par l'anticléricalisme. Un retour à l'ordre sedessine, que justifie aux yeux de beaucoup l'aggravation de la situationinternationale. Quelques jours avant sa chute, le ministère Briand,préoccupé par le renforcement de l'armée allemande, avaitdéposé un projet de loi portant à trois ans ladurée du service militaire. C'est ce projet que Louis Barthou,nommé président du Conseil le 22 mars 1913, va reprendre àson compte. Il forme un cabinet orienté plus à droite que leprécédent, dans lequel il détient le portefeuille del'Instruction publique, et qui, en raison de sa composition, se heurted'emblée à l'hostilité des radicaux et des socialistes. Ala tête des radicaux, Joseph Caillaux combat vigoureusement la loi detrois ans qu'il déclare inspirée par la réaction.Après des débats longs et difficiles, Louis Barthou, dans unedernière intervention, engage la responsabilité duministère : « Ce pays comprendra que, précisémentparce qu'il est fort, parce qu'il est armé, il est garanti contre toutesles agressions, contre toutes les surprises; il comprendra que c'est une loi depaix que nous lui apportons ». Le projet est voté à laChambre par 358 voix contre 204.
Mais quelques mois plus tard, Caillaux prend sa revanche:Barthou a demandé, pour combler un déficit de 800 millions,l'autorisation d'émettre un emprunt de 1.500 millions en renteperpétuelle 3 %, non soumise à l'impôt. Il est battu par 25voix d'écart et doit se retirer le 2 décembre 1913.
Redevenu simple député, il combat leministère radical de Gaston Doumergue, dont Caillaux est le Ministre desFinances. Le 17 mars 1914, il donne lecture à la tribune du «document Fabre », qui prouve que le gouvernement a imposé auprocureur la remise de l'affaire Rochette. Cette révélation faitscandale, et le Ministre de la Marine responsable doit démissionner.
Aux élections du 26 avril 1914, Louis Barthou estréélu sans difficultés, comme à chacune desconsultations précédentes. Mais dans l'ensemble du pays, sesadversaires politiques triomphent nettement. Il faudra la guerre pour que sefasse l' « union sacrée » et qu'apparaisse aux yeux de tous,le bien-fondé de la politique de défense préconiséepar Barthou.
L'une des premières victimes du conflit est,hélas ! le fils du député d'Oloron, Max Barthou,tué le 14 décembre à Thann. Son père,profondément ébranlé par ce drame, renonce à touteactivité politique pendant trois ans. Il ne sortira de sa retraitequ'à la fin de 1917, période critique où il devientMinistre d'Etat et membre du Comité de guerre du premierMinistère Painlevé du 12 septembre 1917, puis Ministre desAffaires étrangères, eu remplacement de Ribot à partir du23 octobre et jusqu'au 16 novembre 1917.
Après la victoire, Louis Barthou est chargédu rapport sur le traité de Versailles. Il critique l'attitude duGouvernement qui, au lieu de solliciter l'aide du Parlement l'a placédevant le fait accompli, déplore l'insuffisance des garanties obtenues,mais se félicite que les provinces d'Alsace et de Lorraine reviennentà la France et que l'Allemagne soit éliminée du Maroc.
Le 6 février 1919, Louis Barthou est reçuà l'Académie Française par Maurice Donnay. C'est ici lelieu de rappeler que la grande activité du député et duministre n'empêchaient pas l'homme de lettres, le bibliophile, lemusicologue de cultiver ses goûts favoris. Jeune avocat à Paris,il consacrait ses conférences à la politique extérieure,mais aussi à Victor Hugo. La période romantique ne cessera jamaisde le passionner. Les rares loisirs que. lui laisse une vie agitée, illes met à profit non seulement pour collectionner livres et manuscrits(sa bibliothèque est une des plus belles de Paris), mais pourécrire des ouvrages de critique et d'histoire qui témoignent desa finesse de jugement: ses essais sur Baudelaire, sur Hugo (Les amours d'unpoète), l'ouvrage monumental qu'il publie en 1918 surLamartineorateur,ses monographies sur Mirabeau, sur Danton, sur le 9 Thermidorrévèlent un esprit curieux, cultivé, perspicace. A quoi ilfaut ajouter les travaux du musicologue : conférences sur Beethoven etdeux livres sur Wagner.
Admirateur fervent de l'auteur de la Tétralogie,Louis Barthou fréquente assidûment Bayreuth, préside leComité national de propagande pour la musique, encourage la constructiondu Théâtre des Champs-Elysées. Sa place àl'Académie était donc toute désignée. Il assisterégulièrement aux séances du dictionnaire, prononce unémouvant éloge de Pierne Loti, reçoitJoseph-Bédier. On le rencontre à cette époque dans lessalons littéraires et il préside les déjeuners PaulHervieu. Après sa mort, Maurice Paléologue lira àl'Académie l'ultime discours, écrit pour la réception duduc de Broglie, au moment même où, Ministre des Affairesétrangères, Louis Barthou menait les négociations les plusdélicates.
De 1920 à 1934, en effet, Louis Barthou ne cesseraguère de siéger au Gouvernement ou dans des organismesinternationaux où sa vieille expérience des affaires fait de luiun conseiller précieux-Ministre de la Guerre dans le septièmecabinet Briand (16 janvier 1921 - 15 janvier 1922), il dirige ensuite ladélégation française à la conférence deGênes (10 avril - 19 mai 1922), puis est désigné pourprésider la Commission des réparations, tâchedélicate dont il s'acquitte avec adresse et autorité. En juillet1922, il est devenu Sénateur. Il occupe les fonctions de Garde desSceaux dans le deuxième, le quatrième et le cinquièmecabinets Poincaré (du 15 janvier 1922 au 29 mars 1924 et du 23 juillet1926 au 29 juillet 1929) et dans le onzième cabinet Briand (29 juillet1929 - 3 novembre 1929). Ce long séjour place Vendôme lui donnel'occasion de mettre en chantier une réforme qui lui tient àcoeur et qui se heurte à de fortes résistances au sein duParlement : la réforme judiciaire. Grâce à laprocédure des décrets-lois, il peut supprimer un grand nombre detribunaux d'arrondissement. Il doit faire front, d'autre part, à unedouble agitation : celle des communistes à extrême gauche, etcelle de l'Action Française à l'extrême droite. LéonDaudet, qui le rend responsable de la mort de son fils, assassiné dansdes conditions mystérieuses, l'attaque violemment Après la chutedu deuxième cabinet Tardieu, Louis Barthou échoue àconstituer un ministère de conciliation républicaine. C'estl'époque où l'instabilité gouvernementale atteint soncomble : le cabinet Steeg, où Barthou a repris le portefeuille de laGuerre, ne dure que quarante jours (13 décembre 1930-- 22 janvier 1931).L'affaire Stavisky, succédant à quelques autres scandalesfinanciers, provoque un trouble profond et des convulsions violentes dans lepays. Lorsque Doumergue arrive au pouvoir, après les émeutes du 6février, et forme son ministère d'union nationale le 9février 1934, Il nomme Louis Barthou Ministre des Affairesétrangères. L'heure est grave : tandis qu'àl'intérieur, le nouveau Gouvernement doit régler une situationfinancière difficile, apaiser une opinion inquiète, au dehors lespectre de la guerre s agite à nouveau. L'Allemagne - où Hitlervient d'arriver au pouvoir- a quitté la S. D. N.; lesnégociations sur le désarmement se soldent par un échec.Louis Barthou va consacrer ses derniers efforts d'homme d'Etat àorganiser un système de sécurité collective.
Le 17 avril 1934, dans une note dont la brutale franchiseprovoque quelque émotion, il rejette le projet du compromis britannique,déclare que « le Gouvernement français se refusesolennellement à légaliser le réarmement allemand »et annonce eue « la France assurera désormais sasécurité par ses propres moyens». Le « moyen »essentiel auquel songe Barthou est un renforcement des alliances : il proposeraaux puissances de l'Est, inquiètes, comme la France, du redressementallemand, un projet de pacte oriental. Tel est le but des deux voyages qu'ileffectue au printemps 1934 d'abord à Prague et Varsovie, puis àBelgrade et Bucarest. L'opposition de la Pologne, engagée depuis peudans la politique de rapprochement avec l'Allemagne, la tiédeur desdirigeants yougoslaves qui voient d'un mauvais oeil le rapprochementfranco-italien, rendent l'opération difficile. Mais Barthou ne sedécourage pas : de Belgrade, il rapporte au moins une promesse : le roide Yougoslavie, Alexandre, viendra en France à l'automne; Barthouespère profiter de cette visite pour amorcer une détente etmédite de se rendre ensuite à Rome où il signera un accordavec Mussolini.
Le 9 octobre, dans l'après-midi, Alexandredébarque à Marseille où Louis Barthou est allél'accueillir. Au moment où le cortège passe devant la Bourse, unterroriste croate, Vlada Gueorguiev, rompt le barrage de police, manifestementinsuffisant, et tire plusieurs balles sur le roi. Louis Barthou se lèvepour protéger son hôte. Il est blessé à son tour.Atteint au bras, il peut descendre de voiture. Mais dans le désordre quis'ensuit, on tarde à s'occuper de lui. Il perd beaucoup de sang et meurtavant d'arriver à l'hôpital. La Chambre des Députéslui rend quelques semaines plus tard un éclatant hommage endéclarant que « M. Louis Barthou, ministre des Affairesétrangères, a bien mérité de la Patrie ».
Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly(1960/1977)
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