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À partir de l’analyse d’un document d’archive, cet article propose une réflexion sur les réseaux d’influence existant autour des rois d’Aragon au tournant desxve etxvie siècles. Il met en évidence les mécanismes et motivations d’une pratique judiciaire concrète : la grâce royale. En adoptant une perspective micro-historique, il cherche à décrire les relations établies entre la royauté et une famille de juifs convertis de Saragosse : de père en fils, du prêteur au chroniqueur, les García de Santa María démontrent leur fidélité à la Couronne en mettant au service du souverain leur argent puis leur plume ; l’interdépendance entre le roi et ses prêteurs se manifeste par un besoin de liquidités d’un côté et de protection de l’autre. Du point de vue de l’histoire littéraire, cette article complète également les rares données biographiques disponibles sur l’érudit aragonais Gonzalo García de Santa María et permet de mettre en contexte certaines de ses productions historiographiques.
This article uses an archive document to look at the networks of influence woven around the Aragonese monarchs at the turn of the 15th-16th centuries. It highlights the mechanisms and the motivations behind a particular kind of judicial decision—the royal pardon. Adopting a micro-historical approach, it describes the relationships forged between the monarchs of Aragon and aconverso family of Zaragoza: from father to son, from moneylender to chronicler, the García de Santa Marías demonstrated their loyalty to the Crown by placing first their money and then their pens at their sovereign’s service; the mutual dependence of the monarch and his moneylenders was born of the former’s pressing need for liquid funds and on the latter’s need for protection. From a standpoint of literary history, this article fills out the scanty biographical information available on the Aragonese Gonzalo García de Santa María and helps place some of his historiographic work in context.
A partir del análisis de un documento de archivo, este artículo propone una reflexión sobre las redes de influencia tejidas alrededor de los reyes de Aragón a la vuelta de los siglosxv yxvi. Pone de realce los mecanismos y las motivaciones de una decisión judicial concreta: el indulto real. Pretende describir, con un enfoque microhistórico, las relaciones establecidas entre los reyes de Aragón y una familia conversa de Zaragoza: de padre a hijo, del prestamista al cronista, los García de Santa María demuestran su lealtad a la Corona poniendo a disposición del soberano primero su dinero y luego su pluma; la interdependencia entre el rey y sus prestamistas se manifiesta por una necesidad patente de liquidez, por un lado, y de protección, por el otro. Desde el punto de vista de la historia literaria, este artículo completa los escasos datos biográficos disponibles sobre el aragonés Gonzalo García de Santa María y permite contextualizar algunas de sus producciones historiográficas.
1Aux Archives de la couronne d’Aragon, dans un des registres de la chancellerie royale, se trouve la transcription d’un acte daté du 8 mai 1469 mentionnant un certain « Gondisalvus Garsias de Sancta Maria junior1 ». L’acte a été rédigé par un officier de la chancellerie, Felipe Climent2, sur ordre du roi Jean II d’Aragon alors que ce dernier parcourait ses royaumes avec sa cour itinérante. La sous-partie du registre dans laquelle l’acte a été transcrit s’intitule « Itinerum ». Il s’agit d’une déclaration d’absolution et de pardon3 prononcée à Saragosse en faveur de Gonzalo García de Santa María « le Jeune », lequel se trouvait alors inculpé dans un procès pour fraude monétaire à Lérida. Cette affaire courante, d’apparence anodine, une fois mise en contexte et décryptée à la lumière d’autres documents, apporte non seulement de précieuses informations sur le bénéficiaire de l’absolution mais illustre aussi de manière évocatrice le fonctionnement des réseaux d’influence autour du roi d’Aragon et les ressorts judiciaires sur lesquels ce dernier s’appuie pour entretenir ces réseaux. Ce sont ces trois directions que le présent article prétend explorer, sur la base d’une étude sémiologique et littérale du document dans sa structure, sa forme et son argumentation et par une approche délibérément micro-historique. Réduire l’échelle d’observation, en s’attardant ici sur le cas concret d’un individu et d’une famille, permet d’éclairer des pans oubliés de l’histoire juridique aragonaise, comme l’étude du droit de grâce royal, et de tisser quelques fragments d’une histoire relationnelle de la décision judiciaire.
2L’identification du délinquant protagoniste de l’affaire ne fait guère de doutes. Il s’agit vraisemblablement de l’Aragonais Gonzalo García de Santa María, qui allait devenir par la suite une figure marquante de la vie politique et culturelle de Saragosse à la fin duxve et au début duxvie siècle. Ce juriste de formation, qui fut entre autres jurat de la ville et lieutenant du Justice d’Aragon, fut aussi un proche collaborateur de l’imprimeur Paul Hurus, aux côtés duquel il officia comme éditeur, traducteur et correcteur4 ; il s’illustra également dans le domaine de l’historiographie en composant une histoire latine des rois d’Aragon jusqu’à Alphonse V5 et, à part, une biographie de Jean II6.
3Plusieurs indices donnent foi à une telle identification et, en premier lieu, l’utilisation du comparatif de supériorité « junior », accolé au nom de l’accusé. Ce comparatif, visant à différencier deux homonymes d’âge distinct, trouve tout spécialement son sens dans le cadre d’une homonymie familiale, lorsque celle-ci a cours entre père et fils. Or le père de l’érudit aragonais s’appelait effectivement lui aussi Gonzalo7. En deuxième lieu, il émane du texte que l’inculpé est un jeune étudiant8. Or, dans son testament, ce même érudit donne sa date de naissance : « Y porque sepan mis años, yo naci último de Mayo del año mil ccccxxxxvii, segun he fallado en un libro de mi padre9». À la date des faits, en 1469, il était donc sur le point d’avoir vingt-deux ans, ce qui correspond parfaitement au profil de l’accusé. Enfin, il est tout à fait probable que le juriste ait suivi ses études au Studium Generale de Lérida, ville du délit. Cette université était en effet la plus ancienne de la couronne d’Aragon. Elle fut fondée le 1er septembre 1300 par le roi Jacques II d’Aragon, trois ans après qu’une bulle du pape Boniface VIII en eut autorisé la création. Dès le début le droit civil, le droit canonique, la médecine, la philosophie et les arts y furent enseignés10. Quoique de nouveaux centres universitaires fussent créés ultérieurement dans la couronne d’Aragon11, Lérida conserva une place prédominante durant plusieurs siècles, notamment dans l’enseignement du droit12. Il est hautement probable que le jeune Gonzalo y étudiât, comme le firent plusieurs autres érudits présents à Saragosse au début duxvie siècle13.
4Une fois identifié le protagoniste de l’affaire, il convient de signaler que celui-ci avait pris des risques dont il n’avait peut-être pas mesuré l’étendue en participant à cette fraude monétaire. En quoi consistait exactement le délit ? Gonzalo, avec d’autres associés se réunissant à Lérida, était accusé d’avoir cherché à faire passer des ducats turcs pour une monnaie dont l’aloi était supérieur, en l’espèce, des ducats vénitiens. Ce genre de fraude était à l’époque fort répandu. Les ducats vénitiens, très en vogue auxve siècle, étaient d’or pur. Il était fréquent, par exemple, que les marchands tentent d’introduire dans la circulation des espèces d’or analogues au point de vue du type mais frappées ailleurs et ayant un titre bien moindre ; ainsi les ducats turcs, de faible aloi. Ces spéculations malsaines étaient bien entendu punies par la loi, sans toutefois qu’ordonnances et sanctions parvinssent à y mettre un coup d’arrêt14. Si les délits monétaires, en Catalogne comme en Aragon15, étaient sévèrement punis, les peines applicables au trafic frauduleux de monnaies étrangères n’étaient probablement pas aussi lourdes que celles qui sanctionnaient la fabrication de fausse monnaie autochtone16. Mais les compilations juridiques catalanes et aragonaises restent évasives sur ce sujet et il est difficile de savoir si le risque encouru dans ce cas précis était de l’ordre de l’amende ou de l’atteinte à l’intégrité physique et juridique du coupable17. À en croire le présent document, l’auteur du délit pouvait, semble-t-il, voir ses biens confisqués et encourait l’infamie18. Le dossier de Gonzalo présentait un facteur aggravant dans le cadre de l’instruction d’un délit monétaire : son ascendanceconversa. Celle-ci a été exposée par leLibro verde mais fut également reconnue par le juriste lui-même dans le prologue de son édition d’un traité de polémique anti-juive, leDialogus pro Ecclesia contra Synagogam19. Face aux préjudices engendrés par une si dommageable condamnation, le jeune homme n’hésita pas à avoir recours au roi.
5La réponse du roi fut claire et radicale. L’acte absout García de Santa María de toute faute et annule tout type de poursuites intentées ou devant être intentées dans le futur contre lui :
… nous donnons remise, relaxe et pardon sur vos biens et votre fortune. De sorte que, en aucune manière, que ce soit à l’injonction de ceux qui se présenteraient comme des subordonnés ou leurs représentants, par nous ou nos officiers revêtus d’une quelconque autorité ou dignité, aujourd’hui ou demain, vous ne puissiez être poursuivi dans le cadre d’un tribunal ou non, et s’il arrive par la suite qu’une action soit intentée, nous la révoquons en tout pour revenir à l’état antérieur, et ordonnons qu’il y soit revenu, comme si sur ces faits aucune objection n’avait été faite contre vous et vos biens. Car nous, ayant pris en considération vos mœurs, au regard desquelles nous pensons que vous êtes, à juste titre, libre de toute faute, nous jugeons, décidons et déclarons que vous n’avez encouru nulle infamie, ni de droit ni de fait, pour les faits susdits. Et si toutefois vous en avezencouru une, cette infamie, de par nos pleins pouvoirs royaux, nous l’effaçons, ainsi que toute tache d’ignominie, et nous vous restituons et réintégrons dans vos renommée, réputation et honneur premiers, comme si, sur les faits susdits, aucune objection n’avait, en nul lieu, été portée contre vous20.
6Gonzalo est en particulier délivré de toute infamie21. Le document impose même une amende de mille florins d’or à quiconque désobéirait à cette décision. Le roi cite expressément toutes les instances et figures susceptibles de rendre la justice en Catalogne — en particulier son fils, l’infant Ferdinand, en tant que gouverneur général de tous ses territoires et lieutenant général du principat — en leur ordonnant d’appliquer cette sentence22.
7La rédaction de l’acte obéit à une structure très corsetée. Dans la première partie du document, un préambule (arenga) offre une entrée en matière à teneur philosophique suivie d’une présentation rapide de l’accusé et d’un exposé des faits (narratio) ; ensuite, l’acte livre l’interprétation et la résolution de ceux-ci par le roi. La deuxième partie constitue le dispositif de l’acte (dispositio), par lequel le roi manifeste sa volonté et fait naître l’acte juridique : il en indique la nature et adjoint une série de clauses destinées à préciser sa portée et ses effets ainsi qu’à assurer son exécution. Entre les première et deuxième parties du document se situe une forte rupture, découlant du schéma préétabli auquel celui-ci obéit. Alors que les dispositions sont une sorte de grille juridique présentant une succession de formules consacrées23 et martelées24 afin d’assurer à l’étudiant son entière protection en absolument toute circonstance, la première partie de l’acte laisse davantage de liberté au rédacteur du document. Cet espace textuel mérite d’être analysé de plus près quant à l’argumentaire développé et aux stratégies rhétoriques mobilisées.
8Tout le document, dès le préambule, est rédigé avec un objectif clair : justifier la déclaration d’absolution et de pardon prononcée par le roi. Or celle-ci intervient dans un contexte bien précis qui influe sur l’argumentaire déployé. Premier point, le plus évident : c’est la réputation et l’honneur de l’accusé (fama) qui sont en jeu. Deuxième point : la suspicion sur l’accusé est renforcée par son ascendanceconversa, en vertu des représentations négatives associées à la communauté juive dans le cadre de manipulations monétaires. Troisième point : aucune preuve, aucun témoignage ne viennent disculper Gonzalo dans cette affaire ; l’implication de celui-ci est même admise ou du moins ouvertement envisagée dans le texte de l’acte, quoiqu’elle soit ramenée au rang de « très légère faute » (« levissimam culpam25 »). En vertu de ces trois éléments, la seule option possible pour étayer l’absolution royale est de faire valoir l’intégrité intrinsèque du jeune Gonzalo García de Santa María de par son naturel même. Si celle-ci est admise, elle constitue une réponse en soi à toute accusation de crime ou d’immoralité, l’honnêteté radicale et essentielle de l’accusé entrant ainsi en contradiction avec l’accusation et l’invalidant automatiquement. C’est le raisonnement suivant qui s’applique : si Gonzalo est par nature honnête (ce qui est asséné sans relâche dans le texte), il ne peut nullement être entaché d’infamie, de droit ou de fait. Dès lors, toutes les preuves du noble caractère de Gonzalo (« honestatis omnium relatione26 ») agissent comme des preuves de l’innocence de celui-ci et/ou comme des justifications de son absolution.
9Ce raisonnement qui frôle la pétition de principe est celui qui guide la composition de la première partie de l’acte et justifie le préambule choisi. L’utilisation d’une sentence replaçant l’acte dans le contexte d’une réflexion philosophique ou morale, en guise d’exorde, est une pratique tout à fait commune. Ici, c’est une référence implicite au traitéDe miseria condicionis humane qui ouvre le texte de l’acte. Ce traité, rédigé par Lothaire de Segni — le futur pape Innocent III — autour de 1195, est un texte extrêmement populaire tout au long du Moyen Âge27. Il présente l’homme comme une créature vile, de par sa nature triviale et détestable, et encourage donc à l’humilitas. Ici, ce n’est pas toutefois sur la trivialité que repose lamiseria hominis mais sur le caractère incomplet et non-autosuffisant de sa nature. La référence au traité d’Innocent III, prise comme point de départ, est détournée vers une réflexion d’inspiration aristotélicienne renvoyant à la conception de l’homme comme animal social28 :
La condition de la nature humaine est dans des dispositions si misérables qu’elle ne se suffit pas à elle-même ou ne peut être contentée loin de l’activité des autres. Elle recherche en effet la compagnie de ses semblables pour que de là, l’un imitant l’autre, ils s’élèvent jusqu’aux vertus et aux bonnes mœurs, devenus des hommes honnêtes et droits29.
10Mais plus précisément, le rédacteur de l’acte assigne à cette socialisation un objectif concret : si l’homme recherche la compagnie de ses semblables, c’est pour trouver parmi eux des modèles pour atteindre la vertu. Or Gonzalo García de Santa María est ensuite présenté comme un de ces modèles de vertu. On ne peut exiger plus de qualités, selon l’acte, à un jeune homme de son âge. L’éloge de ses mœurs et de son naturel irradie tout le texte, sous la forme d’une isotopie déclinée en « virtute et claris moribus », « honestatis » ou encore « clara indole »30 (vertueux et de mœurs respectables, honnêté, noble naturel). Ce préambule et la présentation qui est faite de l’accusé conditionnent largement l’exposition des faits et l’interprétation des relations entre Gonzalo et le groupe de fraudeurs. Il faut implicitement comprendre qu’alors que celui-ci a dépassé la vile condition de l’homme, en particulier par l’étude, les jeunes gens qui l’entourent, « avides de choses humaines31 », y sont restés profondément ancrés. La nature voulant que l’homme aspire à s’améliorer au contact d’autres hommes plus nobles, les délinquants ont recherché la compagnie de Gonzalo, lequel ne doit pas être assimilé, par sa participation aux réunions des fraudeurs et ses entretiens avec eux32, à leur groupe. La sentence du préambule ne fonctionne bel et bien que dans un seul sens : si le contact avec des individus meilleurs fait grandir l’homme, l’inverse n’est pas vrai, et un naturel vertueux n’est nullement dégradé par de mauvaises influences. Gonzalo reste donc pur de toute tache. C’est là toute la subtilité du préambule et de la narration des faits proposés.
11La mise en place de cette stratégie argumentative intervint vraisemblablement lors de la rédaction du document et doit sans nul doute être mise au compte du notaire de chancellerie, Felipe Climent. Toutefois, l’allure subjective de l’acte33 laisse entrevoir, à deux reprises, la teneur de la parole royale. Celle-ci affleure, tout d’abord, dans la désignation de l’accusé et bénéficiaire de l’absolution : « notre cher Gonzalo García de Santa María le jeune34 ». Plus loin, il faut sans doute en déceler la trace dans l’injonction suivante : « Ainsi, que les propos de vos détracteurs, qui vous outragent et portent atteinte à votre honneur, ne tuent pas votre tout jeune zèle et que ceux qui veillent à vos affaires, selon la coutume royale, ne puissent rien retrancher à vos multiples vertus35 ». Une certaine familiarité avec l’accusé est perceptible. Le ton est même clairement protecteur. Ces éléments sembleraient confirmer que le roi connaît peut-être de première main les mérites de Gonzalo (« vestrorum morum experiencia », étant donné l’expérience que nous avons de vos mœurs36). Cette familiarité, associée à une absolution contondante et exhaustive dans les clauses soigneusement énoncées, pointe clairement vers un traitement de faveur. Rien dans les faits évoqués en soi ne laissait présager une telle décision, qui ne pouvait être justifiée que par les subtils syllogismes du notaire de chancellerie. Une telle constatation pousse à s’interroger sur deux points : quels liens Gonzalo García de Santa María entretenait-il avec le roi et quels furent les motifs réels qui poussèrent Jean II à prononcer l’absolution ?
12Le recours à d’autres documents d’archives nous permet de répondre à ces questions. Ce n’est pas, en réalité, entre Jean II et l’étudiant qu’il faut voir une relation directe, mais bien plus probablement entre le roi et le père du jeune homme. Celui-ci, également nommé Gonzalo, comme indiqué plus haut, était un marchand particulièrement impliqué dans le réseau judéo-convers de Saragosse. La documentation garde trace, d’une part, de son activité mercantile et, d’autre part, de son appartenance au patriciat urbain, à travers les diverses charges municipales exercées. Qui plus est, à en croire certains documents, Gonzalo père pratiquait la créance au moins depuis les années 143037. Par exemple, en 1457, il acquit un cens qui lui fut vendu par Lope de Gurrea et Leonor de Funes, seigneurs de Gurrea, cens qu’il céda vraisemblablement en dot à sa fille38.
13Or ce marchand et créancier semblait connaître Jean II de longue date, dès avant que celui-ci ne devienne roi d’Aragon en 1458. Robert Brian Tate émet l’hypothèse que Gonzalo père put être introduit auprès de Jean de Navarre par son possible parent castillan Alvar García de Santa María : Alvar étaitcontador du roi de Navarre et apportait son soutien financier aux entreprises de celui-ci39. De fait, plusieurs Aragonais prêtaient déjà, dans les années 1440, de l’argent à Jean de Navarre : Luis Sánchez de Calatayud, Manuel Bon, Luis de la Caballería, entre autres40. Mais la documentation fait état de liens tout particuliers entre Gonzalo père et le roi de Navarre. Ainsi, peu avant la bataille d’Olmedo en 1445, le marchand de Saragosse se vit assigner une ville frontalière, Belorado, à mi-chemin entre Burgos et Logroño, le temps d’une fragile trêve entre Jean de Castille et Jean de Navarre. Il reçut également, dans le testament d’Alvar de Santa María, le pouvoir de percevoir le remboursement d’une dette contractée par Pedro Núñez Cabeza de Vaca, secrétaire et homme de confiance du roi de Navarre41. C’est donc naturellement que, lorsque Jean de Navarre devint roi d’Aragon, il eut recours aux services du créancier Gonzalo García de Santa María.
14Lorsque Jean monta sur le trône, en 1458, il trouva les caisses de la Couronne exsangues. La politique de conquête de son prédécesseur n’avait rien arrangé à un problème qu’il faut qualifier d’endémique, tout au long duxve siècle. Les finances aragonaises étaient en effet entrées dans un cercle vicieux. Les rois successifs, mus par des entreprises impérialistes extrêmement onéreuses, cherchaient à trouver des liquidités, non seulement via l’impôt ou l’absolution des délits contre monnaie sonnante et trébuchante, mais encore en recourant aux prêteurs et à la vente de cens et de rentes. Les créanciers tiraient doublement leur épingle du jeu, en prêtant à la fois aux communautés soumises à tribut et aux puissants, nobles et rois, qui cherchaient un moyen rapide de financer leur train de vie et leurs projets coûteux ou même de rembourser certaines de leurs dettes. Pendant que les prêteurs s’enrichissaient au gré des transactions, l’endettement général était en accroissement constant et les finances publiques s’enfonçaient dans une insolvabilité chronique, transmise de rois en héritiers. Jean II n’échappa pas à la règle et s’enlisa lui aussi dans de profondes dettes42. Dans ces circonstances, les créanciers judéo-convers jouèrent un rôle décisif43 et tout particulièrement ceux de Saragosse, au nombre desquels il faut donc compter le marchand Gonzalo García de Santa María.
15Le 6 mars 1460, Jean II ordonna au bailli général du royaume d’Aragon, Martín de Lanuza, de verser à Gonzalo père soixante mille sous en remboursement de la somme que celui-ci avait avancée pour payer les villes d’Elx, Crevillent, Tárrega, Terrassa et Sabadell44. Le remboursement serait effectué par le bailli à partir d’un impôt que le roi devait percevoir de la ville de Daroca. Un mois et demi plus tard, Jean II réitéra l’ordre. Il chercha manifestement à accélérer le paiement qui se faisait attendre. Le bailli ne fut plus spécifiquement astreint à prélever l’argent de Daroca mais dut trouver dans les plus brefs délais l’intégralité de la somme nécessaire45. Dix ans plus tard, le 6 avril 1469, le roi, pour pallier d’urgentes nécessités, engagea, en échange d’un prêt de vingt et un mille sous, une liste conséquente de bijoux royaux auprès des marchands judéo-convers de Saragosse : Mosén Luis de Santángel, Micer Juan de Santángel, Pedro de Urrea, Garcí López, Francisco Climent « Mayor » — un parent du notaire de chancellerie Felipe Climent ? —… et Gonzalo García de Santa María père, qui ne manqua pas à l’appel. La dette fut payée à longue échéance : ce ne fut que treize ans plus tard, le 21 février 1482, que les bijoux furent restitués contre paiement au roi Ferdinand, successeur de Jean II. Sur un document à part, à cette même date du 21 février 1482, Micer Gonzalo, fils du marchand défunt, attesta en outre avoir reçu la somme de mille sous en remboursement d’un prêt gracieux que son père défunt avait fait au roi Jean le 8 mai 146946. Une date dont le juriste devait encore avoir un clair souvenir, puisque c’était celle de son absolution dans l’affaire du trafic de monnaie à Lérida…
16L’exacte coïncidence chronologique de ces deux actions en dit long sur les motivations du roi dans le pardon accordé au jeune étudiant Gonzalo García de Santa María. Il ne fait nul doute que le père de l’accusé acheta tout bonnement la réhabilitation de son fils. En somme, un échange de bons procédés entre deux hommes entretenant une étroite relation, de nature essentiellement économique, depuis de longues années. L’honneur du rejeton de l’un contre un prêt particulièrement avantageux, puisque sans intérêts, pour l’autre, dans une période où le roi était visiblement en recherche de liquidités47. Par ailleurs, le créancier devait avoir eu l’occasion de présenter son fils au roi ou de lui parler de ses capacités intellectuelles et de ses ambitions professionnelles. L’insistance dans le texte de la déclaration d’absolution sur la vocation du jeune accusé est en effet particulièrement frappante : « notre cher Gonzalo García de Santa María le jeune, voué aux lettres avec un si grand zèle » et plus loin « Ainsi, que les propos de vos détracteurs, qui vous outragent et portent atteinte à votre honneur, ne tuent pas votre tout jeune zèle »48. Bien évidemment, l’infamie aurait marqué un point d’arrêt regrettable à la carrière d’un jeune homme au profil prometteur, alors que le jeune Gonzalo, profitant des contacts de son père, pouvait légitimement espérer occuper une charge publique, peut-être au sein de l’administration royale ou dans un poste de confiance dans l’entourage proche du roi49.
17Ni dans les documents d’archives jusqu’ici mis à jour, ni dans les propres écrits de l’érudit ne figure toutefois la trace de l’accomplissement d’une telle carrière du temps de Jean II. Aucune autre occurrence écrite ne permet de mettre directement en rapport le juriste García de Santa María avec ce roi. Il faut dire qu’à la mort de celui-ci, en 1479, l’Aragonais n’avait que trente-deux ans et avait à peine achevé ou parachevait encore sa formation. Les bonnes relations établies entre les García de Santa María et les rois sur la base de la créance et des faveurs réciproques n’en étaient pas pour autant éteintes. Avec la maturité politique et littéraire de Micer Gonzalo, sous le règne de Ferdinand II, allait à nouveau émerger une série de documents démontrant cette proximité pérenne.
18Une première illustration de cette proximité relève de la vie institutionnelle du juriste. Celui-ci, outre une intense activité municipale et aux côtés du Justice d’Aragon, apparaît, dans la documentation, comme exerçant une charge prestigieuse : celle d’assesseur ordinaire du gouverneur d’Aragon50. C’était là une des plus hautes charges juridiques du royaume, qui était réservée aux experts aragonais — il fallait être natif du royaume — en fors et en droit. En effet, l’assesseur devait, par sa condition deletrado, pallier l’ignorance du gouverneur en la matière. Les ecclésiastiques et les hommes frappés d’infamie ne pouvaient prétendre à cette fonction. L’assesseur était désigné par le roi pour une durée indéterminée. Selon Jesús Lalinde Abadía, la Gobernación de Aragón, juridiction proche des réalités concrètes du territoire par son itinérance au sein de celui-ci, constitua souvent, au long de son histoire, un instrument de la royauté utilisé face aux autres autorités du royaume51. Il était important, pour le roi, de placer dans les fonctions d’assesseur un homme de confiance, ce que devait être, aux yeux de Ferdinand, Micer Gonzalo.
19La correspondance privée donne d’autres indices des relations étroites entre le juriste et le roi. Ainsi, en 1499, Micer Gonzalo n’hésita pas, semble-t-il52, à s’adresser directement à Ferdinand II d’Aragon pour réclamer justice au sujet d’un grave outrage qu’il avait subi53. Dans le corps de la lettre, Gonzalo rappelle au roi les services qu’il lui a rendus antérieurement en rédigeant unÁrbol de la sucesión de los Reyes de Aragon54 et en démontrant la validité de la succession féminine dans la crise de 1497-149855. Par ailleurs, Ferdinand adressa deux lettres à Micer Gonzalo en 1515 ; plus de dix ans auparavant, une autre lettre du roi le mentionnait déjà56. Ces trois courriers portent sur la rédaction et la traduction d’une biographie de Jean II. Ferdinand en fit la commande à l’érudit aragonais qui avait jadis bénéficié des faveurs et de la protection de son père. Effectivement, entre ces deux dates, Gonzalo rédigea une chronique centrée sur la guerre civile catalane qui offre une peinture élogieuse de l’action de Jean II. Celui-ci y est caractérisé par une attitude stoïque et une conduite héroïque grâce auxquelles il réussit finalement à imposer son autorité légitime sur les rebelles catalans57. La correspondance indique donc clairement que le service prêté aux princes par les García de Santa María avait changé de nature avec le changement de génération : alors que Gonzalo père avait apporté son soutien financier au roi, le fils mettait à sa disposition sa plume, à des fins politiques et comme instrument de glorification historiographique des souverains.
20La déclaration d’absolution et de pardon du 8 mai 1469 est le premier document connu mentionnant Gonzalo García de Santa María, jeune étudiant aragonais qui allait devenir, quelques années plus tard, une figure intellectuelle de renom. Significativement, cette première mention documentaire situe le jeune homme dans le cercle restreint des protégés du roi. En effet, si le rédacteur de l’acte de 1469 s’efforce de justifier en quelque mesure la décision de Jean II, celle-ci ne se fonde en réalité que sur une sentence arbitraire dénotant un traitement de faveur vis-à-vis d’un jeune homme que le roi semble connaître. L’examen d’autres sources documentaires en donne l’indiscutable explication. Le père du jeune homme, un marchandconverso de Saragosse qui était un créancier habituel du roi, avait acheté l’absolution de son fils, menacé d’infamie, en concédant à Jean II un prêt gracieux. La décision royale devait permettre au jeune Gonzalo García de Santa María de poursuivre une carrière prometteuse. Elle garantissait par ailleurs au roi la fidélité de l’étudiant qui, bien que sa grâce ait été achetée, lui restait socialement redevable et donc politiquement soumis58.
21De cette affaire émergent plusieurs réflexions. La dépendance des rois d’Aragon vis-à-vis de leurs créanciers, souvent judéo-convers, est bien connue. Leurs projets étaient conditionnés aux liquidités dont ces hommes disposaient ou à leur habilité financière et relationnelle pour débloquer ces fonds. Si ces créanciers, de leur côté, extrayaient des plus-values des transactions, ils tiraient également profit de la dépendance des rois à leur égard pour obtenir faveurs et protections. Celles-ci semblaient se monnayer parfois au cas par cas, comme l’illustre l’affaire qui nous occupe. L’échange constant de bons procédés tissait des liens étroits entre les familles aragonaises et la royauté : certains membres de ces familles se retrouvaient ainsi propulsés à de hautes charges, le plus souvent économiques, depuis lesquelles ils s’efforçaient de défendre les intérêts du roi en utilisant leurs réseaux de contacts. Le service rendu au souverain pouvait toutefois prendre d’autres formes. Dans le cas des García de Santa María, les excellents rapports établis entre Jean II et Gonzalo père sur les bases de la créance allaient changer de nature entre les deux fils de ceux-ci. Micer Gonzalo tâcherait en effet d’entretenir ces bonnes relations en mettant non pas son argent mais sa plume au service de Ferdinand II. L’art littéraire, versant dans le politique et l’idéologique, était pour lui la plus efficace des monnaies d’échange. L’érudit s’assurait ainsi la protection du roi dont il usa dans le règlement d’affaires courantes et peut-être aussi dans la résolution des différentes frictions qu’il connut avec l’Inquisition. De par son ascendanceconversa, Gonzalo était en effet rattaché à une communauté puissante économiquement et influente socialement, mais de plus en plus vulnérable en Aragon après l’assassinat de Pedro Arbués (1485) dans un premier temps et, ultérieurement, avec la rédaction et la diffusion duLibro Verde de Aragón (1507).
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[fo 10vº] Nos Joannes rex. Humane nature condicio sic miserabilis affecta est ut per se sola aut ab aliorum cetu aliena grato animo esse non valet. Apetit enim sui similem societatem ut inde ad virtutes et mores alter alterum imitando in probos et honestos viros evadant. Vos itaque, dilectus noster Gondisalvus Garsias de Sancta Maria junior, summa industria ad literas deditus sic virtute et claris moribus honestatis omnium relatione estis ut que in claro et eruditissimo vestre etatis requirenda sunt in vobis nec inmerito connumerari possunt. Evenit itaque in nostra civitate Ilerde quod superioribus diebus ut moris est cum aliis vobis amicis junctus ; tandem eo eventum fuit ut amici vestri humanarum rerum supra quam decuerat cupidi monetam auri vulgo dictam ducados Turcos ad maiorem et altiorem [fo 11rº] ligam qua erant extendere nissi sunt. Ita videlicet ut comparacionis illorum arte eundem Turchi ducatum ad extimacionem Veneti ducati preter honestum callide ampliare visi sunt cui errori etiam vos favere et inter eos esse fama vulgavit. Vulgavit insuper quod huiusmodi re ad officiales nostros in principatu Cathalonie perventa in eosdem socios vestros manus extendere et huiusmodi facti casum investigare curarunt. Vos inter eos inserendo et illorum errori inmiscendo, quod postquam novimus clara indole et vestrorum morum experiencia intellecta, vos ab eisdem erroribus consciencia nostra insontem habuimus vosque errore lapsum profecto minime stimamus. Et si aliquam in his culpam admisistis levissimam credimus atque dicimus, quidquit emulorum relacione in obiectum asseratur. Ne igitur maledicta vobis et honori vestro adversantium ab incepto studio cessare faciant et virtutum vestrarum cumulo quippiam detrahere valeant vestris rebus regis more consulentes.
Tenore presentis, motu nostro propio et de certa sciencia, vos, dictum Gondisalvum Garsiam de Sancta Maria, a criminibus superius insertis insontem et omni vacuum crimine dicimus et in eisdem erroribus culpam aliquam nec quidem levissimam vos admisisse decernimus et declaramus. Et si forte participio aut commutatione dictorum sociorum vestrorum aut aliorum quorumcumque seu alias modo aliquo in predictis culpam contraxistis, illam eadem superiore scienter et consulte quantumcumque gravis et enormissima fuerit vobis bonis et rebus vestris remittimus, relaxamus et perdonamus. Ita ut preceptu illorum seu dependentium emergentium aut ex eis resultantium quovismodo contra vos per nos seu officiales nostros quacumque auctoritate seu dignitate sufultos nunc seu in futurum procedi in judicio seu extra iudicium non possit et si quid inde forsan processum est, totum id revocamus et ad pristinum statum reducimus et reduci iubemus, ac si de predictis in vos et bona vestra obiectio aliqua facta non fuisset. Nos enim vestris moribus attentis quibus nosa nec immerito ab omni culpa vacare censemus infamiam juris seu facti pro predictis aliquam non incurrisse arbitramur, decernimus et declaramus. Et si aliquam attamen incurristis illam, de regie nostre potestatis plenitudine omnemque ignominie maculam a vobis abstergimus et vos ad primeve fame oppinionis et existimationis honorem restituimus et reintegramus, ac si de predictis nusquam in vos obiectum fuisset. Nec enim futuris temporibus in judicio seu extra ad consequentiam seu crimina agravandum aut alias directe seu indirecte trahi aliquantius nolumus sed ab omnibus vos omni culpa caruisse reputa[ri]b volumus et jubemus. Serenissimo propterea Ferdinando Regi Sicilie, filio [fo 11vº] primogenito nostro carissimo, in omnibus regnis et terris nostris generali Gubernatori et post felices dies nostros indubitato successori ac in principatu Cathalonie locumtinenti generali nostro sub paterne benedictionis obtentu, dicimus, gerenti Christo vices nostri generalis Gubernatoris in dicto principatu Cathalonie vicario et Curie Ilerde et aliis universis et singulis officialibus et subditis in dicto principatu Cathalonie, regnis nostris Aragonum et Valencie, et aliis quibuscumque officialibus nostris presentibus et futuris in eisdem principatu et regnis nostris, quomodolibet constitutis et constituendis, et ipsorum officialum locumtenentibus presentibus et futuris dicimus, precipimus et jubemus expresse et de certa scientia, ad nostre gratie et amoris obtentum penamque mille florenorum auri nostris inferendam erariis, ut nostram huiusmodi declarationem decretum, absolutionem et remissionem et omnia et singula in ea contenta teneant firmiter et observent et faciant ab omnibus observari, necnon processus, inquisitiones, informationes, securitates, capudleutasc et alias scripturas premissorum pretextu contra vos factas cancellent, deleant, aboleant et anullent et pro cancellatis, deletis et abolitis habeant, sicuti nos cancellamus, abolemus, delemus et anullamus et cunctis viribus carere volumus et effectu et non contrafaciant vel veniant aut aliquem contrafacere vel venire sinant aliqua ratione sive causa. In cuius rei testimonium presentem fieri jussimus, sigillo nostro in pendented munitum. Datum Cesarauguste viii die Maii anno a nativitate domini MCCCCLXVIIII regnique nostri Navarre anno XXXXIIII aliorum vero regnorum nostrorum XII. Rex Joannes.
Dominus rex mandavit michi Philipo Clementis et viderunt eam registri thesaurarius et conservator.
1 Archivo de la Corona de Aragón (ACA), Cancillería, reg. 3450, Juan II el Grande, Itinerum 10, fos 10vº-11vº (Zaragoza, 8-V-1469) [cité R3450]. L’acte est transcrit en annexe de cet article pp. 194-195. Les références de ce documents sont citées à l’occasion par Robert Brian Tate (Tate, 1970, p. 217).
2 Il s’agit d’une figure prometteuse de la chancellerie. Il sera plus tard protonotaire de Ferdinand II d’Aragon.
3 Cette typologie est donnée par le texte de l’acte lui-même et est à rapprocher, dans les catégories diplomatiques standards, des lettres de rémission et d’abolition. VoirCárcel Ortí (éd.), 1997, nos 497 et 498.
4 García de Santa María est surtout connu pour son édition des fors d’Aragon, parue en 1496 (Fori regni Aragonum,García de Santa María[éd.]).
5 J’ai édité cette chronique intituléeRegum Aragonum res geste dans ma thèse de doctorat (Baron, inédit). Ces textes, dont l’unique témoignage connu est un manuscrit conservé à la Bibliothèque de Catalogne (GonzaloGarcía de Santa María,Regum Aragonum res geste,Biblioteca de Catalunya, mss. 992), sont une traduction abrégée et remaniée de laCorónica de Gauberto Fabricio de Vagad (Vagad,Corónica).
6 Le terme de « biographie » utilisé dans la littérature critique doit toutefois être nuancé puisque l’œuvre, bien qu’elle s’intituleSerenissimi principis Joannis Secundi Aragonum regis vita, est un récit essentiellement centré sur la guerre civile catalane (García de Santa María,Serenissimi principis).
7 LeLibro Verde de Aragón, qui donne cette information (El libro verde, p. 84), semble sur ce point digne de foi. La documentation confirme sa version.
8 « Gonzalo García de Santa María le jeune, voué aux lettres avec une si grande application » (« Gondisalvus Garsias de Sancta Maria junior summa industria ad literas deditus ») [R3450, fo 10vº ; voir annexe pp. 194-195] et plus loin « Ainsi, que les propos de vos détracteurs qui vous outragent et portent atteinte à votre honneur ne tuent pas votre tout jeune zèle à l’étude » (« Ne igitur maledicta vobis et honori vestro adversantium ab incepto studio cessare faciant ») [R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194].
9 Serrano y Sanz, 1914, p. 477.
10 La faculté de théologie fut fondée, quant à elle, par une bulle papale du 19 octobre 1426. VoirRashdall, 1895, t. II, 1e partie, « Italy-Spain-France-Germany-Scotland, etc. », pp. 86-90.
11 Chronologiquement, les universités de Perpignan et Huesca furent fondées auxive siècle, celles de Catania, Gérone, Majorque et Valence auxve. Quant aux universités de Barcelone et Saragosse (dans ce dernier cas malgré les initiatives du prince Ferdinand, de l’archevêque de Saragosse et des jurats de la ville dans les années 1470-1480), elles n’entrèrent en fonctionnement comme Studia Generalia de toutes les facultés que dans la deuxième moitié duxvie siècle. VoirClaramunt, 2007, pp. 777-788. Sur l’histoire de l’université de Saragosse en particulier, voirBorao, 1987.
12 Font Rius, 1967, p. 89.
13 Ainsi par exemple Andrés Vives ou Alfonso de Segura. Gonzalo n’apparaît pas dans le registre d’étudiants et de professeurs établi par Josep Lladonosa i Pujol mais son auteur précise qu’il n’est nullement exhaustif (Lladonosa i Pujol, 1970).
14 Voir l’analyse de Roger Vallentin pour la région d’Avignon, le Dauphiné et la Provence (Vallentin, 1893, pp. 280-281).
15 Le délinquant, dans le cas qui nous intéresse, pouvait réclamer à être jugé selon le droit foral aragonais.
16 María Tausiet, évoquant le processus de développement du droit pénal monétaire à la fin du Moyen Âge et dans le courant duxvie siècle en Europe, souligne que : « Falsificar moneda se consideraba uno de los máximos atropellos contra la justicia, hasta el punto de equipararse a un delito de alta traición.Si bien es cierto que cualquier tipo de fraude era vista en sí mismo como una deslealtad, en el caso concreto de la falsificación de moneda se entendía que, más que nunca, estaba poniéndose en cuestión la autoridad sagrada del rey, a quien, como representante de Dios, correspondía el monopolio de su emisión.[…]Dicho crimen se consideraba, por consiguiente, de lesa majestad divina y humana… » (Tausiet, 2011, p. 326). Elle rappelle par ailleurs au sujet du faux-monnayage qu’en vertu des fors d’Aragon « Tanto el procedimiento inquisitivo como la aplicación de tormento quedaban absolutamente prohibidos a la hora de juzgar cualquier delito, excepto en los casos de crímenes excepcionalmente graves o “atroces”. […]Entre estos se incluían el bandolerismo, la brujería y la falsificación de moneda; quienes los cometían eran considerados absolutamente nefastos y, por tanto, merecedores de ser castigados con la pena de muerte de la forma más rápida y eficaz posible » (ibid., pp. 326-327).Sur le caractère exceptionnel des procédures en cas de faux-monnayage en Aragon, voir égalementLluis y Navas-Brusi, 1956, pp. 74-77. Ce même auteur souligne la sévérité des dispositions juridiques catalanes, l’usatge simili modo présentant tout délit monétaire comme un attentat contre le prince et laissant toute latitude à celui-ci pour juger du châtiment (Id., 1954, pp. 25-27).
17 Sur le trafic de monnaie en bandes organisées et ses dangers en France à la même époque, voirCoativy, 2006, p. 244 etFeller, 1986, pp. 99-109 et pp. 115-127.
18 C’est du moins ce qui transparaît de la formule de pardon et d’absolution employée (voir plus bas).
19El libro verde, p. 84 etDialogus pro Ecclesia contra Synagogam,García de Santa María(éd.), fos aiiirº-aiiivº. Dans le prologue de ce second ouvrage, Gonzalo affirme que Pablo de Santa María, évêque de Burgos et auteur des célèbresSiete edades del mundo, était son grand-oncle.
20 « …vobis bonis et rebus vestris remittimus, relaxamus et perdonamus.Ita ut preceptu illorum seu dependentium emergentium aut ex eis resultantium quovismodo contra vos per nos seu officiales nostros quacumque auctoritate seu dignitate sufultos nunc seu in futurum procedi in judicio seu extra iudicium non possit et si quid inde forsan processum est, totum id revocamus et ad pristinum statum reducimus et reduci iubemus, ac si de predictis in vos et bona vestra obiectio aliqua facta non fuisset. Nos enim vestris moribus attentis quibus nos[lire vos] nec immerito ab omni culpa vacare censemus infamiam juris seu facti pro predictis aliquam non incurrisse arbitramur decernimus et declaramus.Et si aliquam attamen incurristis illam de regie nostre potestatis plenitudine omnemque ignominie maculam a vobis abstergimus et vos ad primeve fame oppinionis et existimationis honorem restituimus et reintegramus ac si de predictis nusquam in vos obiectum fuisset » (R3450, fo 11rº ; voir annexe pp. 194-195).
21 Le droit romain distingue deux types d’infamie, distinction reprise dans la présente déclaration d’absolution et de pardon : l’infamie de droit et de fait. L’infamie de fait est le déshonneur et la dégradation qui découlent d’un acte jugé contraire à la morale, à l’ordre public ou aux bonnes mœurs. Selon Juan Álvarez Posadilla, « la infamia de hecho es la pérdida de la reputación (nacida de nuestros excesos y conducta) en la opinión de los hombres » (Álvarez Posadilla, 1815, t. III, p. 37, diálogo 3). L’infamie de droit est une sanction pénale, conséquence d’une condamnation. Elle entraîne ladiminutio status. Ainsi, dans lesPartidas, engendrait-elle la perte de toutes les dignités et l’interdiction d’occuper des charges publiques (Rodríguez Flores, 1971, p. 195). Dans sa matérialisation sous forme de marque corporelle associée à une sanction pénale et à une flétrissure morale, sous l’Ancien régime, elle constitue une forme archaïque de casier judiciaire (Porret, 2000, p. 98). Dans son analyse historique du pardon royal en Castille, María Inmaculada Rodríguez Flores indique que, en toute logique, seule l’infamie de droit peut faire l’objet d’une grâce ou d’un pardon. À l’inverse, comme stipulé dans lesPartidas, « la fama de hecho, aparece bien claro, una vez perdida era irrecuperable, perdiéndose de una vez para siempre […]“Infamia facti non potest aboleri…”, escribía Gregorio López » (Rodríguez Flores, 1971, p. 194). La chercheuse signale toutefois un cas de pardon, qu’elle qualifie de « curieux », car portant explicitement sur une infamie de fait et de droit. Il s’agit du pardon concédé par Jean II de Castille à la veuve du connétable Álvaro de Luna et à ceux qui résistèrent aux côtés de celle-ci dans la forteresse d’Escalona en 1453 (ibid., p. 195). Il conviendrait néanmoins d’interroger le caractère exceptionnel d’un pardon portant sur les deux types d’infamie hors des frontières de Castille auxxiveet xve siècles. Ainsi, dans les actes nommant les vicaires impériaux du Saint-Empire, leur est donnée la faculté de prononcer ou de supprimer l’infamie de fait ou de droit (« infamiam tam juris quam facti irrogandi, absolvendi/tollendi et disponendi »). Voir par exemple les actes émanant des empereurs Venceslas Ier en 1383 (Codex diplomaticus, p. 269), Sigismond Ier en 1412 (Codex juris, p. 306) et Charles IV en 1472 (Thomas, 1992, p. 150). Sur la portée des formules de « restitutio in pristinum statum » et l’évolution des verbes choisis pour signifier les effets du pardon sur l’infamie, María Inmaculada Flores Rodríguez réunit un grand nombre d’exemples castillans (Rodríguez Flores, 1971, pp. 202-208).
22 Ce sont approximativement les vingt dernières lignes de l’acte, plus exactement de « Serenissimo propterea Ferdinando Regi Sicilie » à « aliqua ratione sive causa » (R3450, fos 10rº-11rº ; voir annexe p. 195).
23 Cette deuxième partie commence par ces mots : « Tenore presentis motu nostro propio et de certa sciencia… » (Par la teneur du présent document,motu proprio etde certa scientia…) [R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194]. Elle suit un schéma très similaire à celui que décrit Claude Gauvard au sujet des octrois de grâce par le roi de France à la fin du Moyen Âge (Gauvard, 2001, pp. 37-38). Dans le cas castillan, certains auteurs ont mis en rapport l’usage des clausesmotu proprio etde certa scientia avec une manifestation autoritaire du pouvoir royal au cours duxve siècle (voir en particulierDios, 1993, p. 71).
24 « …cancellent deleant aboleant et anullent et pro cancellatis deletis et abolitis habeant sicuti nos cancellamus abolemus delemus et anullamus » (… qu’ils les cancellent, suppriment, abolissent et annulent et qu’ils les tiennent pour supprimés et abolis, de même que nous les cancellons, abolissons, supprimons et annulons) [R3450, fo 11vº ; voir annexe p. 195].
25 R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194.
26 R3450, fo 10vº ; voir annexe p. 194.
27 John C. Moore parle de plus de sept cents manuscrits recensés (Moore, 1981, p. 553). María José Vega affirme, quant à elle, que leDe miseria fut un texte « leidísimo, del que sobreviven centenares de manuscritos, que se copió, tradujo, adaptó e imprimió continuamente, que inspiró a predicadores y moralistas, y que tuvo una legión de imitadores en la literatura devocional europea hasta bien entrado el Barroco […]fue traducido o adaptado a todas las lenguas europeas desde el sigloxiii, impregnó la tradición religiosa y la literatura vernacular, y generó una tradición propia, porque sentó un conjunto distintivo de temas y autoridades que perduraría en obras posteriores. Suscitó, en suma, la escritura de otros tratados de miseria hominis que perpetúan la materia, la disposición y el estilo de su obra » (Vega, 2011, pp. 1 et 3). Cette lecture ontologique n’est toutefois qu’un des panneaux du diptyque, évoqué par Lothaire de Segni lui-même, qui pose, face à l’humilitas et la misère de l’homme, sadignitas (Id., 2003, pp. 6-9).
28 Nombreux sont par ailleurs les auteurs anciens, de Sénèque, dans leDe Beneficiis, à saint Augustin et aux Pères de l’Église, qui ont dépeint un homme que la nature pousse à vivre en société. Au Moyen Âge, la principale référence est saint Thomas d’Aquin, dans laSumma contra Gentiles. Edgar Scully a collecté tous les exemples pertinents sur ce point dans l’œuvre de l’Aquinate (Scully, 1982, pp. 49-59).
29 « Humane nature condicio sic miserabilis affecta est ut per se sola aut ab aliorum cetu aliena grato animo esse non valet.Apetit enim sui similem societatem ut inde ad virtutes et mores alter alterum imitando in probos et honestos viros evadant » (R3450, fo 10vº ; voir annexe p. 194).
30 R3450, fos 10vº-11rº ; voir annexe p. 194.
31 « humanarum rerum […]cupidi » (R3450, fo 10vº ; voir annexe p. 194).
32 « participio aut commutatione dictorum sociorum vestrorum » (R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194).
33 VoirCárcel Ortí (éd.), 1997, nos 165 et 167ª : « L’allure ou caractère d’un texte est l’aspect formel général de sa rédaction. Celle-ci suit normalement les usages de l’époque ou de la chancellerie concernée » ; « On distingue plus spécialement dans la rédaction des actes une allure subjective si l’auteur de l’acte s’exprime, dans le verbe du dispositif, à la première personne ».
34 « Dilectus noster Gondisalvus Garsias de Sancta Maria junior » (R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194).
35 « Ne igitur maledicta vobis et honori vestro adversantium ab incepto studio cessare faciant et virtutum vestrarum cumulo quippiam detrahere valeant vestris rebus regis more consulentes » (R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194).
36 R3450, fo 11rº ; voir annexe p. 194.
37 En 1430, un citoyen de Luna lui doit cent florins (Serrano y Sanz, 1918, p. 494, note 3).
38 Archivo Histórico Nacional, sección Nobleza, Parcent, C. 184, D. 17 (Zaragoza, 17-V-1531) et D. 21 (Zaragoza, 4-II-1539).
39 Tate, 1970, p. 215.
40 Marín Padilla, 2000, pp. 496-497.
41 Cantera Burgos, 1952, p. 172 etZurita,Anales, 1967-1977, t. VI, livre XV, chap. xxx, p. 321 (la page est manquante dans l’édition électronique,Zurita,Anales, 2003).
42Marín Padilla, 2000, pp. 493-496.
43 « No puede afirmarse, rotundamente, que los acreedores de monarcas y nobles fueran siempre neófitos o conversos, pero era a los más pudientes nuevos cristianos a quienes se solían pedir “ayuda”, que ellos “graciosamente” concedían o se encargaban de buscar, en el desempeño de sus cargos de tesoreros reales, tesoreros generales del reino, procuradores de nobles o administradores de bienes » (ibid., p. 494).
44 En effet, il avait souhaité faire donation de ces villes à sa femme, Juana Enríquez, en 1458 (Tate, 1970, p. 216).
45 ACA, Cancillería, reg. 3417, Juan II el Grande, Pecunie 1, fos 171vº (Daroca, 6-III-1460) et 180rº-vº (Barcelona, 17-V-1460).
46 Ces informations ont été mises au jour par Encarnación Marín Padilla à partir de documents notariaux (Marín Padilla, 2000, pp. 497-498 et 500-501).
47 On peut légitimement se demander si, deux ans plus tard, c’est encore contre versement que Jean II intervint en faveur de Gonzalo García de Santa María père au cours d’un procès. Le marchand s’était plaint auprès du roi de la partialité du Justice d’Aragon et de ses lieutenants (ACA, Cancillería, reg. 3450, Juan II el Grande, Itinerum 10, fos 145vº-146vº. Zaragoza, 20-II-1471).
48 « dilectus noster Gondisalvus Garsias de Sancta Maria junior summa industria ad literas deditus », « Ne igitur maledicta vobis et honori vestro adversantium ab incepto studio cessare faciant » (R3450, fos 10vº-11rº ; voir annexe p. 194).
49 Les judéo-convers d’origine aragonaise y étaient fortement représentés, bien que le climax de leur influence se situât sous le règne du successeur de Jean II, Ferdinand II d’Aragon. Ce fut du moins du temps de ce dernier que leur présence fut la plus « visible » : Henry Kamen rappelle que cinq d’entre eux — Luis de Santángel, intendant en chef ; Gabriel Sánchez, trésorier ; Sancho de Paternoy, maître des comptes ; Felipe Climent, protonotaire ; Alfonso de la Caballería, vicechancelier — occupaient alors les plus hautes charges du royaume (Kamen, 2004, pp. 35-36). On trouvera des informations détaillées sur ces personnages dansSerrano y Sanz, 1918, pp. xcvii-cclvii. C’étaient là autant de familles que fréquentaient les Garcia de Santa María.
50 À partir de l’analyse de documents d’archives, nous savons qu’il était assesseur au moins en 1501 et en 1504. Voir les capitulations matrimoniales de la fille de Micer Gonzalo (Serrano y Sanz, 1916, p. 257) ainsi que deux actes relatifs au fils du juriste : une quittance (Archivo municipal de Zaragoza, serie diplomática, Ápoca, P159, microfilm 1532.Zaragoza, 17-XII-1504) et un testament (Archivo Histórico de Protocolos de Zaragoza, Notario Miguel Villanueva, Testamento, Pedro García de Santa María, 25-XII-1504, fo 1).Nous ignorons toutefois la date à laquelle il initia cette activité et celle à laquelle il cessa de l’exercer. Le mandat de l’assesseur s’achevait par renoncement, privation ou mort de l’intéressé.
51 Lalinde Abadía, 1962, pp. 291-295. Voir égalementSarasa Sánchez, 1999, pp. 9-20.
52 Seul le brouillon autographe de la lettre est conservé (Biblioteca Nacional de España, mss/9571, fos 1rº-1vº). Nous n’avons pas de trace de sa réception par le roi.
53 Suite à un procès où il avait été avocat pour la partie adverse, Gonzalo fut sévèrement rossé par un des sbires du Comte d’Evol.
54 Ce texte est à l’heure actuelle perdu.
55 Cette crise s’ouvrit à la mort du prince Juan, en octobre 1497. Les Cortes aragonaises rechignaient à jurer Isabelle, reine de Portugal et héritière de la couronne de Castille, comme héritière du trône en Aragon, parce que le couple royal portugais n’avait pas encore eu de fils. Gonzalo aurait donc pris la défense d’Isabelle tandis que sa mère, Isabelle Ie de Castille, s’impatientait et menaçait les cours aragonaises. La crise est racontée par le menu par Zurita, qui fait également état des prétentions d’Enrique Fortuna, petit-fils de Ferdinand Ier d’Aragon par son père (Zurita,Anales, 2003, livre III, chap. xxx). Bien que les Cortes aragonaises fléchissent, Isabelle ne serait jamais jurée héritière puisqu’elle mourut en couches en 1498. Gonzalo écrivit en ces termes à Ferdinand : « Ca no quiero dexar de recordar a vuestra Alteza que el primer letrado que scriuió algo e embió el arbol de la succession de los Reies de Aragon e mostró que muier podia succeder en estos Reinos fue io » (Serrano y Sanz, 1899, p. 338).
56 Real Academia de la Historia, mss. A-11, fo 292rº : lettre de Ferdinand le Catholique à son protonotaire Felipe Clemente (Grenade, 16-1-1501) ; mss. A-14, fo 218vº : lettre de Ferdinand le Catholique à Gonzalo de Santa María (Burgos, 30-V-1515) ; mss. A-14, fo 220rº : lettre de Ferdinand le Catholique à Gonzalo García de Santa María (Aranda de Duero, 2-VIII-1515). Robert Brian Tate transcrit en partie ces lettres dansTate, 1970, pp. 230-231.
57 Robert Brian Tate commente plus en détail cette chronique qu’il n’hésite pas à qualifier d’« ejemplo más acabado de biografía humanística que ofrece la Península Ibérica en el umbral del Renacimiento » (ibid., p. 229).
58 Sur l’utilisation de la grâce, de plus en plus standardisée dans son expression documentaire, comme instrument de sujétion politique et mode de gouvernement, voirMillet (éd.), 2003, et en particulierGauvard,2003.Dans le même ouvrage collectif, Olivier Mattéoni propose une réflexion intéressante sur le phénomène de dépendance et de soumission des officiers adressant des requêtes au roi en France à la fin du Moyen Âge (Mattéoni, 2003).
* L’orthographe du document a été respectée, la ponctuation modernisée. Aucune correction n’a été apportée au texte. Est placée entre crochets toute proposition de résolution d’une résolution d’une difficulté de lecture. Un retour à la ligne a été inséré pour séparer l’exorde du dispositif.
Haut de pagea Lirevos.
b Tache sur le manuscrit.
c Caution ou garanties déposées en échange de la liberté d’un prisonnier ou de la remise des biens placés sous autorité judiciaire. Mot tiré des fors d’Aragon (voir l’entrée « Capleuta » dans le Glossarium mediae et infimae latinitatis de Du Cange).
d Comprendreimpendente.
Haut de pageMathildeBaron,« « Humane nature condicio sic miserabilis » », Mélanges de la Casa de Velázquez, 43-2 | 2013, 177-195.
MathildeBaron,« « Humane nature condicio sic miserabilis » », Mélanges de la Casa de Velázquez [En ligne], 43-2 | 2013, mis en ligne le15 novembre 2015, consulté le03 avril 2025.URL : http://journals.openedition.org/mcv/5251 ;DOI : https://doi.org/10.4000/mcv.5251
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