Cet article traite des Templiers d'un point de vue strictement historique. Pour plus de détails sur les légendes et les théories aujourd'hui non validées sur l'ordre du Temple voir l'articleLégendes au sujet des Templiers
Cet ordre fut créé à l'occasion duconcile de Troyes dans le royaume de France (ouvert le[a]) à partir d'unemilice de Français chrétiens appelée lesPauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (du nom dutemple de Salomon, que les croisés avaient assimilé à lamosquée al-Aqsa).
L’ordre des Templiers participa activement aux batailles qui eurent lieu lors des croisades et de laReconquête ibérique contre les musulmans dans les royaumes catholiques de la péninsule Ibérique.
Afin de mener à bien ses missions et, notamment, d'en assurer le financement, il constitua à travers l'Europecatholique d'Occident et à partir dedons fonciers, un réseau demonastères appeléscommanderies, pourvus de nombreuxprivilèges notammentfiscaux. Cette activité soutenue fit de l'Ordre un interlocuteurfinancier privilégié des puissances de l'époque, le menant même à effectuer des transactions sans but lucratif avec certainsrois, ou à avoir la garde detrésors royaux.
L’ordre des Templiers fut dissous par lepape françaisClémentV, le[a], date à laquelle il fulmina la bulleVox in excelso, officialisant la dissolution de l'ordre du Temple.
Le papeUrbainII prêcha lapremière croisade le, dixième jour duconcile de Clermont. La motivation du pape à voir une telle expédition militaire prendre forme venait du fait que lespèlerins chrétiens en route vers Jérusalem étaient régulièrement victimes d'exactions voire d'assassinats[3].
Hugues de Payns le fondateur et premier maître de l'ordre du Temple, vint pour la première fois enTerre sainte en 1104 pour accompagner le comteHugues de Champagne, alors en pèlerinage[5]. Ils en revinrent en 1107[b] puis y repartirent en 1114, se mettant alors sous la protection et l'autorité deschanoines du Saint-Sépulcre, avec leurs chevaliers qui œuvrèrent alors à la défense des possessions de ces chanoines et à la protection dutombeau du Christ[2].
Une institution similaire, constituée de chevaliers appeléschevaliers de Saint-Pierre (milites sancti Petri), avait été créée en Occident pour protéger les biens des abbayes et des églises. Ces chevaliers étaient deslaïcs, mais ils profitaient des bienfaits des prières. Par analogie, les hommes chargés d'assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des chanoines étaient appelésmilites sancti Sepulcri (chevaliers du Saint-Sépulcre). Il est fort probable qu'Hugues de Payns a intégré cette institution dès 1115[7]. Tous les hommes chargés de la protection du Saint-Sépulcre logeaient chez lesHospitaliers à l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem, situé tout près.
Lorsque l'ordre de l'Hôpital, reconnu en 1113, en charge des pèlerins venant d'Occident, une idée naquit : créer une milice du Christ (militia Christi) qui ne s'occuperait que de la protection de la communauté des chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de Terre sainte, alors en proie aux brigands locaux.
C'est ainsi que l'ordre du Temple, qui se nommait à cette époquemilitia Christi, prit naissance, exerçant une fonction militaire, mais ne comprenant pas l'aspect religieux présent plus tard chez les Templiers.
Ainsi, les chanoines s'occupaient des affairesliturgiques, l'ordre de l'Hôpital s’occupait des fonctions charitables.
Cetterépartition ternaire des tâches reproduisait l'organisation de la société médiévale, composée de prêtres et moines (oratores, littéralement ceux qui prient), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores)[8].La particularité de l'ordre du temple est bien qu'ordre monastique réunissait dès le départ desoratores et desbellatores, marquant une remise en cause de la tripartition traditionnelle.
C'est le, lors duconcile de Naplouse[9], que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et deGodefroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin :pauperes commilitones Christi Templique Salomonici) : elle avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête deJérusalem, et de défendre lesÉtats latins d'Orient.
Dans un premier temps, Payns et Saint-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins ; par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre sainte fut construite à cet endroit : lechâteau Pèlerin.
Le nouvel Ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre leroi de JérusalemBaudouinII de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœuxde pauvreté,de chasteté etd'obéissance. Ils reçurent dupatriarche Gormond de Picquigny la mission de« garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (« ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones »[10]) pour la rémission de leurs péchés, mission considérée comme unquatrième vœu habituel pour les ordres religieux militaires.
Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem qui correspond aujourd'hui à lamosquée al-Aqsa, mais qui était appelée à l'époque « temple de Salomon », car étant, selon la tradition juive, située à l'emplacement dutemple de Salomon. C'est ce « temple de Salomon », dans lequel ils installèrent leurs quartiers (notamment les anciennesécuries du Temple), qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple[11]. Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'ordre du Temple. Voici donc la liste de ces chevaliers, précurseurs ou « fondateurs » de l'Ordre[12],[13], selon Guillaume de Tyr « ils n'étaient pas plus de neuf[14] » :
Geoffroy Bisol[14], (dont on dit qu'il serait originaire deFrameries dans lecomté de Hainaut ; affirmation contredite par une Charte signé en 1119, par son frère Petrus Bisol et conservée dans le Cartulaire de Chartres[15])
La notoriété de la milice ne parvenait pas à s'étendre au-delà de laTerre sainte, c'est pourquoiHugues de Payns, accompagné de cinq autres chevaliers (Godefroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bisol, Archambault de Saint-Amand et Rolland), embarqua pour l'Occident en 1127[14] afin de porter un message destiné au papeHonoriusII et àBernard de Clairvaux.
Fort du soutien du roi Baudouin et des instructions du patriarcheGormond de Jérusalem,Hugues de Payns avait les trois objectifs suivants[14] :
faire reconnaître la milice par l'Église et lui donner une règle : rattachés aux chanoines du Saint-Sépulcre, les chevaliers suivaient comme eux larègle de saint Augustin ;
donner une légitimité aux actions de la milice puisque la dénomination demoine-soldat, un amalgame d'une nouveauté absolue, pouvait être en contradiction avec les règles de l'Église et de la société en général ;
recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre la milice en Terre sainte.
La tournée occidentale des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon commença enAnjou et passa ensuite par lePoitou, laNormandie, l'Angleterre où ils reçurent de nombreux dons, laFlandre et enfin laChampagne[20].
Cette démarche d'Hugues de Payns, accompagné de ces cinq chevaliers et soutenu par le roi de Jérusalem, suivait deux tentatives infructueuses qui avaient été faites parAndré de Montbard et Gondemare, probablement en 1120 et 1125[16].
Le concile mena à la fondation de l'ordre du Temple et le dota d'une règle propre. Celle-ci prit pour base larègle de saint Benoît (présence des cisterciensBernard de Clairvaux etÉtienne Harding, fondateur deCîteaux) avec néanmoins quelques emprunts à larègle de saint Augustin, que suivaient leSaint-Sépulcre aux côtés desquels vécurent les premiers Templiers. Une fois la règle adoptée, elle devait encore être soumise à Étienne de Chartres, patriarche de Jérusalem.
L'Éloge de la nouvelle milice (De laude novæ militiæ) est une lettre que saintBernard de Clairvaux envoya àHugues de Payns, dont le titre complet étaitLiber ad milites Templi de laude novæ militiæ[22],[c] et écrite après la défaite de l'armée franque au siège deDamas en 1129.
Bernard y souligne l'originalité du nouvel ordre : le même homme se consacre autant au combat spirituel qu'aux combats dans le monde.
« Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies. (§ 1) »
De plus, ce texte contenait un passage important où saint Bernard expliquait pourquoi les Templiers avaient le droit de tuer un être humain :
« Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. […] Lors donc qu'il tue un malfaiteur, il n'est point homicide mais Malicide. […] La mort qu'il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu'il reçoit, le sien propre[23]. »
Mais pour cela, il fallait que la guerre soit « juste ». C'est l'objet du§ 2 de L'Éloge de la Nouvelle Milice. Bernard est conscient de la difficulté d'un tel concept dans la pratique, car si la guerre n'est pas juste, vouloir tuer tue l'âme de l'assassin :
« Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. […] la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. (§ 2) »
Bernard fait donc bien l'éloge de laNouvelle Milice, mais non sans nuances et précautions… Tous ses§ 7 & 8 (dans lechap. IV) tracent un portrait volontairement idéal du soldat du Christ, afin de le donner comme un modèle qui sera toujours à atteindre. Le premier à critiquer saint Bernard est le moine cistercienIsaac de Stella qui voit dans la confusion desfonctions tripartites indo-européennes (« ceux qui prient » (oratores), « ceux qui combattent » (bellatores) et « ceux qui travaillent » (laboratores)) une« monstruosité[d] », mais les contradicteurs restent minoritaires[25].
Cet éloge permit aux Templiers de rencontrer une grande ferveur et une reconnaissance générale : grâce à saint Bernard, l'ordre du Temple connut un accroissement significatif : bon nombre de chevaliers s'engagèrent pour le salut de leur âme ou, tout simplement, pour prêter main-forte en s'illustrant sur les champs de bataille.
Plusieurs bulles pontificales officialisèrent le statut de l'ordre du Temple.
Exemple de bulle pontificale (ici, bulle pontificale d'UrbainVIII en 1687).
LabulleOmne datum optimum a été publiée par lepapeInnocentII le[26] sous la maîtrise deRobert de Craon, deuxièmemaître de l'ordre du Temple. Elle fut d'une importance capitale pour l'Ordre puisqu'elle était à la base de tous les privilèges dont jouissaient les Templiers. En effet, grâce à elle, les frères du Temple eurent le droit de bénéficier de la protectionapostolique et d'avoir leurs propres prêtres.
On vit donc une nouvelle catégorie émerger dans la communauté, celle des frères chapelains qui officieraient pour les Templiers. De plus, cette bulle confirma le fait que l'ordre du Temple n'était soumis qu'à l'autorité du pape. La bulle créa aussi une concurrence pour leclergé séculier (ce que ce dernier vit souvent d'un mauvais œil). De nombreux conflits d'intérêts éclatèrent entre les Templiers et les évêques ou les curés.
Les privilèges qu'elle accorda étant souvent remis en cause, la bulleOmne datum optimum fut confirmée douze fois entre 1154 et 1194, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne fut pas aisé de retrouver l'originale[27].
La bulleMilites Templi (Chevaliers du Temple) a été publiée le[28] par le papeCélestinII. Elle permit aux chapelains du Temple de prononcer l'office une fois par an dans des régions ou villes interdites, « pour l'honneur et la révérence de leur chevalerie », sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l'église. Mais ce n'est en réalité qu'une confirmation de la bulleOmne datum optimum.
La bulleMilitia Dei (Chevalerie de Dieu) a été publiée par lepapeEugèneIII, le[28]. Cette bulle permit aux Templiers de construire leurs propres oratoires, mais aussi de disposer d'une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir desdîmes et d'enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique fut étendue aux familiers du Temple (leurs paysans, troupeaux, biens…).
Des plaintes furent déposées par des Templiers auprès du pape concernant le fait que le clergé prélevait un tiers du legs fait par les personnes désireuses de se faire enterrer dans les cimetières de l'Ordre. La bulleDilecti filii ordonna en conséquence au clergé de ne se contenter que d'un quart des legs[29].
Après leconcile de Troyes, où l'idée d'une règle propre à l'ordre du Temple a été acceptée, la tâche de la rédiger fut confiée àBernard de Clairvaux, qui lui-même la fit écrire par un clerc qui faisait sûrement partie de l'entourage du légat pontifical présent au concile, Jean Michel (Jehan Michiel)[30], sur des propositions faites par Hugues de Payns.
Larègle de l'ordre du Temple faisait quelques emprunts à larègle de saint Augustin mais s'inspirait en majeure partie de larègle de saint Benoît suivie par les moines bénédictins. Elle fut cependant adaptée au genre de vie active, principalement militaire, que menaient les frères templiers. Par exemple, les jeûnes étaient moins sévères que pour les moines bénédictins, de manière à ne pas affaiblir les Templiers appelés à combattre. Par ailleurs, la règle était adaptée à la bipolarité de l'Ordre, ainsi certains articles concernaient aussi bien la vie en Occident (conventuelle) que la vie en Orient (militaire).
La règle primitive (ou latine car rédigée en latin), écrite en 1128, fut annexée au procès-verbal du concile de Troyes en 1129 et contenait soixante-douze articles. Toutefois, vers 1138, sous la maîtrise deRobert de Craon, deuxième maître de l'Ordre (1136-1149), la règle primitive fut traduite en français et modifiée. Par la suite, à différentes dates, la règle fut étoffée par l'ajout de six cent neuf retraits ou articles statutaires, notamment à propos de la hiérarchie et de la justice au sein de l'Ordre.
Ni à sa fondation, ni à aucun moment de son existence, l'Ordre ne s'est doté d'unedevise.
Les commanderies avaient, entre autres, pour rôle d'assurer de façon permanente le recrutement des frères. Ce recrutement devait être le plus large possible. Ainsi, les hommes laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient prétendre à être reçus s'ils répondaient aux critères exigés par l'Ordre.
Tout d'abord, l'entrée dans l'Ordre était gratuite et volontaire. Le candidat pouvait être pauvre. Avant toute chose, il faisait don de lui-même. Il était nécessaire qu'il fût motivé car il n'y avait pas de période d'essai par lenoviciat. L'entrée était directe (prononciation desvœux) et définitive (à vie).
Les principaux critères étaient les suivants :
être âgé de plus de18 ans (la majorité pour les garçons était fixée à16 ans) (article 58 de la règle) ;
ne pas être fiancé (article 669) ;
ne pas faire partie d'un autre ordre (article 670) ;
ne pas être endetté (article 671) ;
être en parfaite santé mentale et physique (ne pas être estropié) (article 672) ;
n'avoir soudoyé personne pour être reçu dans l'Ordre (article 673) ;
être homme libre (le serf d'aucun homme) (article 673) :
L'Europe au temps des Templiers.Possessions de l'ordre des Templiers enEurope occidentale etcentrale vers 1300.
Comme tout ordre religieux, les Templiers étaient dotés deleur propre règle et cetterègle évoluait sous forme de retraits (articles statutaires) à l'occasion des chapitres généraux[31]. C'est l'article 87 des retraits de la règle qui nous indique la répartition territoriale initiale des provinces. Le maître de l'Ordre désignait un commandeur pour les provinces suivantes[32],[33],[34] :
Les Templiers étaient organisés comme un ordre monastique, suivant la règle créée pour eux parBernard de Clairvaux. Dans chaque pays était nommé un maître qui dirigeait l'ensemble descommanderies et dépendances et tous étaient sujets du maître de l'Ordre, désigné à vie, qui supervisait à la fois les efforts militaires de l'Ordre en Orient et ses possessions financières en Occident.
Avec la forte demande de chevaliers, certains parmi eux se sont aussi engagés à la commande pendant une période prédéterminée avant d'être renvoyés à la vie séculière, comme lesFratres conjugati, qui étaient des frères mariés. Ils portaient le manteau noir ou brun avec la croix rouge pour les distinguer des frères ayant choisi le célibat et qui n'avaient pas le même statut que ces derniers.
Les frères servants (frères casaliers et frères de métiers) étaient choisis parmi les sergents qui étaient d'habiles marchands ou alors incapables de combattre en raison de leur âge ou d'une infirmité.
À tout moment, chaque chevalier avait environ dix personnes dans des positions de soutien. Quelques frères seulement se consacraient aux opérations bancaires (spécialement ceux qui étaient éduqués), car l'Ordre a souvent eu la confiance des participants aux croisades pour la bonne garde de marchandises précieuses. Cependant, la mission première des chevaliers du Temple restait la protection militaire des pèlerins de Terre sainte.
Or, ce grade n'existait pas dans la hiérarchie de l'Ordre et les Templiers eux-mêmes ne semblaient pas l'utiliser[35], ils utilisaient le terme dénominatif demaître de chevalerie.[réf. nécessaire] Cependant, dans des textes tardifs apparaissent les qualificatifs de « maître souverain » ou « maître général » de l'Ordre. Dans la règle et les retraits de l'Ordre, il est appeléLi Maistre et un grand nombre de dignitaires de la hiérarchie pouvaient être appelés ainsi sans l'adjonction d'un qualificatif particulier. Les précepteurs des commanderies pouvaient être désignés de la même façon. Il faut donc se référer au contexte du manuscrit pour savoir de qui l'on parle. En Occident comme en Orient, les hauts dignitaires étaient appelés maîtres des pays ou provinces : il y avait donc un maître en France, un maître en Angleterre, un maître en Espagne, etc. Aucune confusion n'était possible puisque l'Ordre n'était dirigé que par un seul maître à la fois, celui-ci demeurant àJérusalem. Pour désigner le chef suprême de l'Ordre, il convient de dire simplement le maître de l'Ordre et non grand maître.
Durant sa période d'existence, s'étalant de 1129[a] à 1312[a], date à laquelle le papeClémentV fulmina la bulleVox in excelso, officialisant la dissolution de l'ordre du Temple, soit183 ans, l'ordre du Temple a été dirigé par vingt-trois maîtres.
Le terme cubiculaire (cubicularius) désignait au Moyen Âge celui qu'on nommait aussi le « chambrier », c'est-à-dire le responsable de la chambre à coucher (cubiculum) dupape. Il ne doit pas être confondu avec lecamerlingue (camerarius), qui avait à l'époque la direction des finances et des ressources temporelles de la papauté. Ces fonctions bien distinctes à l'origine, ont été regroupées au début de l'Époque moderne sous le terme cubiculaires, avant d'être divisées à nouveau en plusieurs catégories decamériers.
Lescubicularii, d'abord simples domestiques du pape, avaient également des fonctions cérémonielles, d'intendance et de garde personnelle rapprochée. Ils bénéficièrent de fonctions de plus en plus importantes au fil des siècles.
Les premiers chevaliers de l'ordre du Temple à occuper cette fonction sont mentionnés par Malcolm Barber auprès du papeAlexandreIII, sans que leur nom soit cependant cité[36].
Chevaliers de l'ordre du Temple, Juan Fernandez, présent au chapitre général de l'ordre à Arles en 1296[52] Hugues de Verceil étant de plusmaître de la province de Lombardie Giacomo de Pocapalea reçoitAcquapendente en 1297[55].
BenoîtXI (1303-1304) puisClémentV (1305-1314)|en 1303 : il y avait deuxcubicularii : unHospitalier et un Templier (Giacomo de Pocapalea ?)[57], Giacomo da Montecucco (ouJacopo da Montecucco)[58] de 1304 à 1307[59]
La vocation de l'ordre du Temple était la protection des pèlerins chrétiens pour laTerre sainte. Cepèlerinage comptait parmi les trois plus importants de la chrétienté duMoyen Âge. Il durait plusieurs années et les pèlerins devaient parcourir près de douze mille kilomètres aller-retour à pied, ainsi qu'en bateau pour la traversée de lamer Méditerranée. Les convois partaient deux fois par an, au printemps et en automne[61]. Généralement, les pèlerins étaient débarqués àAcre, appelée aussiSaint-Jean-d'Acre, puis devaient se rendre à pied sur les lieux saints. En tant que gens d'armes (gendarme), les Templiers sécurisaient les routes, en particulier celle deJaffa àJérusalem et celle de Jérusalem auJourdain. Ils avaient également la garde de certains lieux saints :Bethléem,Nazareth, lemont des Oliviers, lavallée de Josaphat, le Jourdain, la colline duCalvaire et leSaint-Sépulcre à Jérusalem.
Tous les pèlerins avaient droit à la protection des Templiers. Ainsi, ces derniers participèrent auxcroisades, pèlerinages armés, pour effectuer la garde rapprochée des souverains d'Occident. Aussi, en 1147, les Templiers prêtèrent main-forte à l'armée du roiLouisVII attaquée dans les montagnes d'Asie Mineure durant ladeuxième croisade (1147-1149). Cette action permit la poursuite de l'expédition et le roi de France leur en fut très reconnaissant. Lors de latroisième croisade (1189-1192), les Templiers et les Hospitaliers assuraient respectivement l'avant-garde et l'arrière-garde de l'armée deRichard Cœur de Lion dans les combats en marche. Lors de lacinquième croisade, la participation des ordres militaires, et donc les Templiers, a été décisive dans la protection des armées royales desaint Louis devantDamiette.
L'ordre du Temple a aidé exceptionnellement les rois en proie à des difficultés financières. À plusieurs reprises dans l'histoire des croisades, les Templiers renflouèrent les caisses royales momentanément vides (croisade deLouisVII), ou payèrent les rançons de rois faits prisonniers (croisade de saint Louis).
En Orient comme en Occident, l'ordre du Temple était en possession dereliques. Il était parfois amené à les transporter pour son propre compte ou bien convoyait des reliques pour autrui. Les chapelles templières abritaient les reliques des saints auxquelles elles étaient dédiées. Parmi les plus importantes reliques de l'Ordre se trouvaient le manteau de saint Bernard, des morceaux de lacouronne d'épines, des fragments de laVraie Croix.
Il n'y a pas de consensus établi sur le symbolisme des deux chevaliers sur un même cheval. Contrairement à une idée souvent répétée, il ne s'agirait pas de mettre en avant l'idéal de pauvreté puisque l'ordre fournissait au moins trois chevaux à chacun de ses chevaliers. L'historienGeorges Bordonove exprime une hypothèse qui peut se prévaloir d'un document d'époque avecsaint Bernard dans sonDe laude novæ militiæ[62].
« Leur grandeur tient sans doute à cette dualité quasi institutionnelle : moine, mais soldat […] Dualité qu'exprime peut-être leur sceau le plus connu qui montre deux chevaliers, heaumes en têtes, lances baissées, sur le même cheval : le spirituel et le temporel […] chevauchant la même monture, menant au fond le même combat, mais avec des moyens différents »[63].
Alain Demurger explique pour sa part que certains historiens ont cru y reconnaître les deux fondateurs de l'ordre,Hughes de Payns etGodefroy de Saint-Omer. Il retient cependant une autre explication : le sceau symboliserait la vie commune, l'union et le dévouement[64].
Unchapitre (latin :capitulum, diminutif decaput, sens premier : « tête ») est une partie d'un livre qui a donné son nom à la réunion de religieux dans un monastère durant laquelle étaient lus des passages des textes sacrés ainsi que des articles de la règle. L'usage vient de la règle de saint Benoît qui demandait la lecture fréquente d'un passage de la règle à toute la communauté réunie (RB§ 66, 8). Par extension, la communauté d'un monastère est appelée le chapitre. La salle spécifiquement bâtie pour recevoir les réunions de chapitre est aussi appelée « salle capitulaire », « salle du chapitre », ou tout simplement « chapitre ». La tenue se déroule à huis clos et il est strictement interdit aux participants de répéter ou de commenter à l'extérieur ce qui s'est dit durant le chapitre.
Le lien entre l'Orient et l'Occident était essentiellement maritime. Pour les Templiers, l'expression « outre-mer » désignait l'Europe tandis que « l'en deçà des mers » et plus précisément de lamer Méditerranée, représentait l'Orient. Afin d'assurer le transport des biens, des armes, des frères de l'Ordre, des pèlerins et des chevaux, l'ordre du Temple avait fait construire ses propres bateaux. Il ne s'agissait pas d'une flotte importante, comparable à celles desXIVe et XVe siècles, mais de quelques navires qui partaient des ports deMarseille,Nice (comté de Nice),Saint-Raphaël,Collioure[61] ou d'Aigues-Mortes en France et d'autres ports italiens. Ces bateaux se rendaient dans les ports orientaux après de nombreuses escales.
On trouve comme Maîtres du passage notamment en 1255[65] :
Plutôt que de financer l'entretien de navires, l'Ordre pratiquait la location de bateaux de commerce appelés « nolis ». Inversement, la location de nefs templières à des marchands occidentaux était pratiquée. Il était d'ailleurs financièrement plus avantageux d'accéder aux ports exonérés de taxes sur les marchandises que de posséder des bateaux. Les commanderies situées dans les ports jouaient donc un rôle important dans les activités commerciales de l'Ordre. Des établissements templiers étaient installés àGênes,Pise ouVenise, mais c'était dans le Sud de l'Italie, plus particulièrement àBrindisi, que les nefs templières méditerranéennes passaient l'hiver.
Les Templiers d'Angleterre se fournissaient en vin du Poitou à partir du port deLa Rochelle[66].
On distinguait deux sortes de bateaux, lesgalères, et lesnefs. Certaines larges nefs étaient surnomméeshuissiers car dotées de portes arrière ou latérales (huis), ce qui permettait d'embarquer jusqu'à une centaine de chevaux, suspendus par des sangles afin d'assurer la stabilité de l'ensemble pendant le voyage[67].
L'article 119 des retraits de la Règle indique que« tous les vaisseaux de mer qui sont de la maison d'Acre sont au commandement du commandeur de la terre. Et le commandeur de la voûte d'Acre, et tous les frères qui sont sous ses ordres sont en son commandement et toutes les choses que les vaisseaux apportent doivent être rendues au commandeur de la terre. »
Le port d'Acre était le plus important de l'Ordre. La voûte d'Acre était le nom d'un des établissements possédés par les Templiers dans la ville, celui-ci se trouvant près du port. Entre la rue des Pisans et la rue Sainte-Anne, la voûte d'Acre comprenait un donjon et des bâtiments conventuels[68].
En Italie :
Les ports de Gênes, de Pise, de Venise, et de Brindisi pour l’hivernage des navires ; Sans oublier la Corse, la Sicile, Chypre et la Sardaigne. Dans le Sud les ports de Brindisi et de Trani, mouillage des nefs templières pour y être radoubées.
En Petite Arménie :
Le port d’Ayas
Au Moyen-Orient :
Les ports de Saint-Jean-d’Acre, de Sidon (le château de la mer), de Tyr au Sud-Liban actuel, de Jaffa, de Beyrouth, d’Ascalon (Ashkelon) et bien d’autres comme Gaza, port Bonnel, et Alexandrette en Cilicie.
Au Liban :
Le port de Tripoli, de Tortose et de Lattaquié qui sera créé en 1154 et qui fonctionnera jusqu’en 1287.
Le Templère, le Buscart, le Buszarde du Temple vers 1230 reliant l'Angleterre au continent ;
La Bonne Aventure en 1248,la Rose du Temple en 1288-1290 à Marseille ;
L'Angelica en Italie du Sud ;La Bénite[70] dont le nom Latin estSanctus navigue au cours de l’année 1248 et est affrétée officiellement par Jean1er de Dreux.
Le Faucon en 1291 (Le Falcon Templum[70]) et 1301 ainsi queLa Santa Anna en 1302 à Chypre.
La Santa Anna[71] est un navire affrété à des marchands occidentaux par l’Ordre, mouillé en 1302 à Chypre au port de Famagouste.
L'Olivette[72], bateau acheté par Roger de Flor en 1301, toujours templier et conseiller personnel de Frédéric II de Sicile, Roger de Flor avait été à nouveau accusé, mais n’a jamais été inquiété par manque de preuves tangibles contre lui.
Des hommes de toutes origines et de toutes conditions constituaient le corps du peuple templier à chaque niveau de la hiérarchie. Différents textes permettent aujourd'hui de déterminer l'apparence des frères chevaliers et sergents.
La reconnaissance de l'ordre du Temple ne passait pas seulement par l'élaboration d'une règle et d'un nom, mais aussi par l'attribution d'uncode vestimentaire particulier propre à l'ordre du Temple.
Le manteau des Templiers faisait référence à celui des moines cisterciens[réf. souhaitée].
Seuls les chevaliers, les frères issus de la noblesse, avaient le droit de porter le manteau blanc, symbole de pureté de corps et de chasteté. Les frères sergents, issus de la paysannerie, portaient quant à eux un manteau debure, sans pour autant que ce dernier ait une connotation négative. C'était l'Ordre qui remettait l'habit et c'est aussi lui qui avait le pouvoir de le reprendre. L'habit lui appartenait, et dans l'esprit de la règle, le manteau ne devait pas être un objet de vanité. Il y est dit que si un frère demandait un plus bel habit, on devait lui donner le « plus vil ».
La perte de l'habit était prononcée par la justice duchapitre pour les frères qui avaient enfreint gravement le règlement. Il signifiait un renvoi temporaire ou définitif de l'Ordre.
Dans sa bulleVox in excelso d'abolition de l'ordre du Temple, le papeClémentV indiqua qu'il supprimait« le dit ordre du Temple et son état, son habit et son nom », ce qui montre bien l'importance que l'habit avait dans l'existence de l'Ordre.
L'iconographie templière la présenta grecque simple,ancrée,fleuronnée oupattée[75]. Quelle qu'ait été sa forme, elle indiquait l'appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappelait le sang versé par le Christ. Cette croix exprimait aussi le vœu permanent decroisade à laquelle les Templiers s'engageaient à participer à tout moment. Il faut cependant préciser que tous les Templiers n'ont pas participé à une croisade. Il y a eu de nombreuses sortes de croix pour les Templiers. Il semble que la croix pattée rouge n'ait été accordée que tardivement aux Templiers, en 1147, par lepapeEugèneIII[76]. Il aurait donné le droit de la porter sur l'épaule gauche, du côté du cœur. La règle de l'Ordre et ses retraits ne faisaient pas référence à cettecroix. Cependant, la bulle papaleOmne datum optimum la nomma par deux fois. Aussi est-il permis de dire que les Templiers portaient déjà la croix rouge en 1139[77]. C'est donc sous la maîtrise deRobert de Craon, deuxième maître de l'Ordre, que la « croix de gueules » devint officiellement un insigne templier.
La couleur de cette croix n'est pas à l'origine du nom populaire de « moines rouges » donné aux Templiers. Ce nom s'explique par les récits populaires[f] et les légendes qui associent ces ordres militaires au diable et aux crimes de sang[79],[80].
Dans sonhomélie (1130-1136), appeléeDe laude novæ militiæ (Éloge de la nouvelle milice),Bernard de Clairvaux présente un portrait physique et surtout moral des Templiers, qui s'opposait à celui des chevaliers du siècle :
« Ils se coupent les cheveux ras, sachant de par l'Apôtre que c'est une ignominie pour un homme de soigner sa coiffure. On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puant la poussière, maculés par les harnais et par la chaleur… »
Bien que contemporaine des Templiers, cette description était plus allégorique que réaliste, saint Bernard ne s'étant jamais rendu en Orient. Par ailleurs, l'iconographie templière est mince. Dans les rares peintures les représentant à leur époque, leurs visages, couverts d'unheaume, d'un chapeau de fer ou d'uncamail, ne sont pas visibles ou n'apparaissent que partiellement.
Dans l'article 28, la règle latine précisait que« les frères devront avoir les cheveux ras », ceci pour des raisons à la fois pratiques et d'hygiène dont ne parlait pas saint Bernard, mais surtout« afin de se considérer comme reconnaissant la règle en permanence ». De plus,« afin de respecter la règle sans dévier, ils ne doivent avoir aucune inconvenance dans le port de la barbe et des moustaches. » Les frères chapelains étaient tonsurés et rasés. De nombreusesminiatures, qui représentent des Templiers sur le bûcher, ne sont ni contemporaines, ni réalistes. À ce moment, certains s'étaient même rasés pour montrer leur désengagement de l'Ordre.
« car de notre vie vous ne voyez que l'écorce qui est par dehors. Car l'écorce est telle que vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans. Car c'est une grande chose que vous, qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d'autrui. »
— Extrait de l'article 661 de la règle.
La règle de l'Ordre et ses retraits nous informent de manière précise sur ce que fut la vie quotidienne des Templiers en Occident comme en Orient.
Cette vie était partagée entre les temps de prières, la vie collective (repas, réunions), l'entraînement militaire, l'accompagnement et la protection des pèlerins, la gestion des biens de la maison, le commerce, la récolte des taxes et impôts dus à l'Ordre, le contrôle du travail des paysans sur les terres de l'Ordre, la diplomatie, la guerre et le combat contre lesinfidèles.
Chevalier du Temple chargeant sur son destrier, chapelle templière deCressac enCharente,vers 1170-1180.
Un ordre de chevalerie ne va pas sanscheval. Ainsi, l'histoire de l'ordre du Temple fut intimement liée à cet animal. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l'Ordre pouvait faire don de sondestrier, un cheval de combat que les écuyers tenaient à dextre, c'est-à-dire de la main droite (donc à gauche). Après 1140, on comptait de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux Templiers des armes et des chevaux.
Pour équiper son armée, l'ordre du Temple fournissait trois chevaux à chacun de ses chevaliers dont l'entretien était assuré par un écuyer (articles 30 & 31 de la règle). La règle précise que les frères pouvaient avoir plus de trois chevaux, lorsque le maître les y autorisait. Cette mesure visait sans doute à prévenir la perte des chevaux, afin que les frères eussent toujours trois chevaux à disposition.
Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le vœu de pauvreté. Selon la règle (article 37)« Nous défendons totalement que les frères aient de l'or et de l'argent à leur brides, à leurs étriers et à leurs éperons ». Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise oupercheronne. Ce pouvaient être aussi des mulets appelés « bêtes mulaces ». Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi lepalefroi, plus spécialement utilisé pour les longs déplacements.
Selon les retraits, la hiérarchie de l'Ordre s'exprimait à travers l'attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi :« Le maître doit avoir quatre bêtes… » indiquant l'importance du sujet. D'ailleurs, les trois premiers articles du maître de l'Ordre (articles 77, 78 et 79) portaient sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourris en mesures d'orge (céréale coûteuse et donnant beaucoup plus d'énergie aux chevaux que la simple ration de foin) et qu'unmaréchal-ferrant se trouvait dans l'entourage du maître.
Parmi les chevaux du maître se trouvait unturcoman,pur sang arabe qui était un cheval de guerre d'élite et de grande valeur car très rapide.
C'était lemaréchal de l'Ordre qui veillait à l'entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et brides, sans lesquels la guerre n'était pas possible. Il était responsable de l'achat des chevaux (article 103) et il devait s'assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré (article 154) avant d'être écarté du service.
Les destriers étaient équipés d'une selle à « croce » (à crosse), appelée aussi selle à arçonnière, qui était une selle montante pour la guerre et qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du Sud de laFrance, mais aussi celles deCastille, d'Aragon et deGascogne, étaient spécialisées dans l'élevage des chevaux[81]. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans lesÉtats latins d'Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales desnefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l'Ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu'un Templier mourait ou était envoyé dans un autre État, ses chevaux revenaient à la maréchaussée (article 107).
Rares sont les représentations des Templiers. Il nous est cependant parvenu une peinture murale d'un chevalier du Temple en train de charger sur son destrier. Il s'agit d'une fresque de la chapelle deCressac enCharente, datant de 1170 ou 1180.
La protection du corps était assurée par[82] un écu, unhaubert (cotte de mailles) ainsi qu'un heaume ou un chapel de fer.
L'écu (ou bouclier) de forme triangulaire, pointe en bas, était fait de bois et recouvert d'une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant duXIIe siècle pour être allégé et donc plus maniable.
Lacotte de mailles était constituée de milliers d'anneaux en fer de quelques millimètres de diamètre, entrelacés et rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties :
Les chausses de mailles attachées à la ceinture par des lanières de cuir.
Lecamail ou coiffe de mailles. Un « mortier » ou casquette en tissu matelassé était posé sur la tête pour supporter le camail ainsi que leheaume.
Les mains étaient protégées par des gants en mailles appelés gants d'arme (article 325 de la règle).
Le casque était alors une calotte de fer comportant éventuellement une protection du visage fixe. Le chapel de fer devait son nom à sa forme très proche du chapeau de paille à larges bords ne protégeant pas le visage. Plus tard, le « heaume » apparut. Il couvrait toute la tête jusqu'au bas du cou.
Le sous-vêtement se composait d'une chemise de lin et debraies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses éventuellement matelassées en tissu ou cuir et attachées par des lanières, ainsi que par un « gambison » ou « gambeson » en tissu matelassé et recouvert de soie. Pour finir, lesurcot, porté sur la cotte, est aussi appelé jupon d'arme, cotte d'arme ou « tabard ». Il était cousu d'une croix rouge, insigne de l'ordre, devant comme derrière. Il permettait de reconnaître les combattants templiers sur le champ de bataille comme en tout lieu. Lebaudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d'accrocher l'épée et de maintenir le surcot près du corps.
Selon la règle (voir entre autres les travaux deGeorges Bordonove), le Templier recevait comme armement une épée, une lance, une masse et trois couteaux lors de sa réception dans l'Ordre[83].
Le drapeau de l'ordre du Temple était appelé le gonfanon baucent. Baucent, qui signifie bicolore, avait plusieurs graphies :baussant,baucent oubalcent. C'était un rectangle vertical composé de deux bandes, l'une blanche et l'autre noire, coupées au tiers supérieur. Il était le signe de ralliement des combattants templiers sur le champ de bataille, protégé en combat par une dizaine de chevaliers. Celui qui en était responsable était appelé legonfanonier. Selon la circonstance, le gonfanonier désignait un porteur qui pouvait être un écuyer, un soldat turcopole ou une sentinelle. Le gonfanonier chevauchait devant et conduisait son escadron sous le commandement du maréchal de l'Ordre.
Le gonfanon devait être visible en permanence sur le champ de bataille et c'est pourquoi il était interdit de l'abaisser. Ce manquement grave au règlement pouvait être puni par la sanction la plus sévère, c’est-à-dire la perte de l'habit qui signifiait le renvoi de l'Ordre.
Selon l'historienGeorges Bordonove[84], lorsque le gonfanon principal tombait parce que son porteur et sa garde avaient été tués, le commandeur des chevaliers déroulait un étendard de secours et reprenait la charge. Si celui-ci venait à disparaître à son tour, un commandeur d'escadron devait lever son pennon noir et blanc et rallier tous les Templiers présents.
Si les couleurs templières n'étaient plus visibles, les Templiers survivants devaient rejoindre la bannière desHospitaliers. Dans le cas où celle-ci était tombée, les Templiers devaient rallier la première bannière chrétienne qu'ils apercevaient.
Le gonfanon baucent est représenté dans les fresques de lachapelle templière San Bevignate dePérouse enItalie. La bande blanche se situe dans la partie supérieure. Il est aussi dessiné dansla chronica majorum, lesChroniques de Matthieu Paris en 1245. Dans ce cas, la bande blanche se trouve dans la partie inférieure[85].
Saint Georges était un saint très vénéré par les ordres militaires et religieux[86], mais les Templiers considéraientMarie comme leur sainte patronne[87].
Quelques années plus tard, en 1187, lors de labataille de Hattin, le chef musulmanSaladin fit décapiter au sabre, sur place et en sa présence, près de deux cent trente prisonniers templiers. Le secrétaire particulier de Saladin concluait en parlant de son maître : « Que de maux il guérit en mettant à mort un Templier ». En revanche, les chefs militaires arabes épargnaient les maîtres de l'Ordre prisonniers parce qu'ils savaient que dès qu'un maître mourait, il était immédiatement remplacé[90].
Dans l'action militaire, les Templiers étaient des soldats d'élite. Ils ont fait preuve de courage et se sont révélés être de fins stratèges. Ils étaient présents sur tous les champs de bataille où se trouvait l'armée franque et ont intégré les armées royales dès 1129[91].
Le siège de Damas ayant été une grosse défaite pour le roi de Jérusalem,BaudouinIII, celui-ci décida de lancer une attaque surAscalon.
Le maître de l'ordre,Bernard de Tramelay, appuya l'avis du roi et l'attaque fut lancée le. Ce fut une hécatombe pour les Templiers qui pénétrèrent au nombre de quarante dans la cité derrière leur maître. En effet, ils furent tous tués par les défenseurs égyptiens de la cité et leurs corps suspendus aux remparts[92].
Cet épisode a soulevé de nombreuses polémiques car certains prétendirent que les Templiers voulaient entrer seuls dans la cité afin de s'approprier tous les biens et trésors alors que d'autres pensaient qu'ils voulaient, au contraire, marquer l'Ordre d'un fait d'armes.
Cette bataille, menée le[94], fut l'une des premières du jeune roi deJérusalemBaudouinIV, alors âgé de seize ans. Les troupes du roi avaient été renforcées par quatre-vingts templiers venus deGaza à marche forcée.
Cette alliance de forces eut raison de l'armée deSaladin à Montgisard, près deRamla.
Représentation de la bataille de Hattin, provenant d'un manuscrit médiéval.
Après la mort du roiBaudouinV,Guy de Lusignan devint roi de Jérusalem par le biais de sa femmeSibylle, sœur du roiBaudouinIV.
Sur les conseils du Temple (alors commandé parGérard de Ridefort) et de l'Hôpital, Guy de Lusignan apprêta l'armée. Comme le temps était particulièrement aride et que l'unique point d'eau se situait à Hattin, près deTibériade, le roi fit prendre cette direction à ses troupes.
Le[95],Saladin encercla les Francs. Presque toute l'armée fut faite prisonnière (environ quinze mille hommes), ainsi que le roi lui-même. Saladin ayant une aversion particulière pour les Templiers, ceux-ci furent tous exécutés par décapitation (ainsi que tous les Hospitaliers). Un seul Templier fut épargné, le maître en personne :Gérard de Ridefort.
Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade fut lancée à partir de l'Europe.Richard Cœur de Lion se retrouva seul après le retrait de la majorité des troupes allemandes deFrédéric Barberousse (après la noyade de ce dernier dans un fleuve) et le retour dePhilippe Auguste en France. Le maître templierGérard de Ridefort fut capturé puis exécuté le devantAcre, il fut remplacé dans sa fonction deux ans plus tard parRobert de Sablé, grand ami du roi Richard, ayant passé dix-neuf ans à sa cour[96]. Richard fit marcher son armée le long de la mer, ce qui lui permit de rester en communication avec sa flotte et, ainsi, d'assurer continuellement l'approvisionnement de ses troupes. Formée d'une immense colonne, l'armée de Richard avait pour avant-garde le corps des Templiers mené par le nouveau maître de l'ordre du Temple,Robert de Sablé, venaient ensuite lesBretons et lesAngevins,Guy de Lusignan avec ses compatriotespoitevins, puis lesNormands et lesAnglais et enfin en arrière-garde lesHospitaliers[97].
Dans les premiers temps de la bataille, Richard subit l'initiative deSaladin mais reprit la situation en main pour finalement mettre l'armée de Saladin en déroute par deux charges successives de la chevalerie franque et ce malgré le déclenchement prématuré de la première charge[98].
Les chevaliers du Temple sont particulièrement actifs auprès du souverainJacquesIer d'Aragon, tant pour préparer la bataille que pour la conduire. Ils joueront un rôle déterminant dans la gestion des terres conquises, dans leur peuplement et leur rattachement durable à la couronne d'Aragon.
Le comteRobertIer d'Artois, désobéissant aux ordres de son frère le roiLouisIX, voulut attaquer les troupes égyptiennes malgré les protestations des Templiers qui lui recommandaient d'attendre le gros de l'armée royale. L'avant-garde franque pénétra dans la cité deMansourah, s'éparpillant dans les rues. Profitant de cet avantage, les forces musulmanes lancèrent une contre-attaque et harcelèrent les Francs. Ce fut une véritable hécatombe. De tous les Templiers,295 périrent. Seuls quatre ou cinq en réchappèrent. Robert Ier d'Artois lui-même, instigateur de cette attaque sans ordre, y perdit la vie[99].
Saint Louis reprit l'avantage le soir même en anéantissant les troupes qui venaient d'exterminer son avant-garde. Cependant, les Templiers avaient perdu entre-temps presque tous leurs hommes. Cette bataille indécise engendra en avril de la même année la lourde défaite deFariskur et la capture deLouisIX, libéré contre une rançon. La nouvelle de cette capture fut désastreuse car personne n'imaginait la défaite d'un roi si pieux.
Les Templiers devaient exercer une activité économique, commerciale et financière pour payer les frais inhérents au fonctionnement de l'ordre et les dépenses de leurs activités militaires en Orient. Cependant, il ne faut pas confondre cette activité économique et financière avec celle plus sophistiquée des banquiers italiens à la même époque. L'usure, c'est-à-dire une tractation comportant le paiement d'un intérêt, était interdite par l'Église aux chrétiens et de surcroît aux religieux[100].
« Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour l'argent, ni pour vivres, ni pour aucune chose qui se prête à intérêt. »
Les Templiers prêtaient de l'argent à toutes sortes de personnes ou institutions : pèlerins, croisés, marchands, congrégations monastiques, clergé, rois et princes… Le montant du remboursement pouvait parfois être supérieur à la somme initiale à la faveur d'un change de monnaie. C'était une façon admise d'éviter l'interdit d'usure.
Lors de la croisade deLouisVII, le roi de France en arrivant à Antioche demanda une aide financière aux Templiers. Le maître de l'Ordre,Évrard des Barres, fit le nécessaire. Le roi de France écrivait à son intendant en parlant des Templiers,« nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister dans ces pays [Orient] sans leur aide et leur assistance. […] Nous vous notifions qu'ils nous prêtèrent et empruntèrent en leur nom une somme considérable. Cette somme leur doit être rendue ». La somme en question représentait deux mille marcs d'argent[101].
L’activité financière de l'Ordre prévoyait que les particuliers pussent déposer leurs biens lors d'un départ en pèlerinage versJérusalem,Saint-Jacques-de-Compostelle ouRome. Les Templiers inventèrent ainsi le bon de dépôt. Lorsqu'un pèlerin confiait aux Templiers la somme nécessaire à son pèlerinage, le frère trésorier lui remettait une lettre sur laquelle était inscrite la somme déposée. Cette lettre manuscrite et authentifiée prit le nom de lettre de change. Le pèlerin pouvait ainsi voyager sans argent sur lui et se trouvait plus en sécurité. Arrivé à destination, il récupérait auprès d'autres Templiers l'intégralité de son argent en monnaie locale. Les Templiers ont mis au point et institutionnalisé le service du change des monnaies pour les pèlerins.
Tous les dons en argent de plus de centbesants étaient concentrés dans le trésor de l'Ordre. Les commanderies deParis ou deLondres servaient de centres de dépôts pour laFrance et l'Angleterre. Chaque commanderie pouvait fonctionner grâce à une trésorerie conservée dans un coffre. Au moment de l'arrestation des Templiers en 1307, il a été retrouvé un seul coffre important, celui du visiteur de France,Hugues de Pairaud. L'argent qu'il contenait a été confisqué par le roi et a immédiatement rejoint les caisses royales[102].
Que la suppression de l'Ordre parPhilippeIV le Bel ait eu pour objectif de récupérer le trésor des Templiers est une hypothèse cependant contestée, car le trésor du Temple était bien inférieur au trésor royal[103]. Le roi a en fait pallié ses difficultés financières en essayant d'établir desimpôts réguliers, en taxant lourdement lesJuifs et les banquierslombards, parfois en confisquant leurs biens et en pratiquant lesdévaluations monétaires[104].
Elle a débuté en 1146 lorsqueLouisVII, en partance pour ladeuxième croisade, avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde duTemple de Paris. Cette pratique, qui ne mêlait en rien les activités financières du Temple et celles de la Couronne, prit fin durant le règne dePhilippeIV le Bel.
Par la suite, cela se développa, si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l'Ordre. C'est ainsi qu'une autre grande personnalité,HenriII d'Angleterre, avait laissé la garde du trésor de son royaume au Temple. Par ailleurs, de nombreux Templiers de la maison d'Angleterre étaient également des conseillers royaux.
L'ordre du Temple possédait principalement deux types de patrimoines bâtis : des monastères appelés commanderies situés en Occident et des forteresses situées au Proche-Orient et dans la péninsule Ibérique.
La maison du Temple à Jérusalem fut le siège central de l'Ordre depuis sa fondation en 1129 jusqu'en 1187, date de lachute de la ville sainte reprise parSaladin. Le siège central fut alors transféré àSaint-Jean-d'Acre, ville portuaire du royaume de Jérusalem. À la suite de la perte de la ville par les chrétiens en 1291, le siège de l'Ordre fut à nouveau transféré dans la terre chrétienne la plus proche, l'île de Chypre. C'est à Chypre que vivaitJacques de Molay, le dernier maître de l'Ordre avant son retour en France pour y être arrêté. Le siège de l'Ordre n'a jamais été installé en Occident.
Pour pallier la faiblesse de leurs effectifs, les croisés entreprirent la construction de forteresses dans les États latins d'Orient. Les Templiers ont participé à cet élan en faisant édifier pour leur besoin de nouveaux châteaux forts. Ils entreprirent également de reconstruire ceux qui avaient été détruits parSaladin vers 1187 et acceptèrent d'occuper ceux que les seigneurs d'Orient (ou d'Espagne) leur donnaient faute de pouvoir les entretenir. Certains d'entre eux permettaient de sécuriser les routes fréquentées par les pèlerins chrétiens autour de Jérusalem. Servant d'établissement à la fois militaire, économique et politique de l'Ordre, laplace forte représentait pour les populations musulmanes un centre de domination chrétienne[106]. Les Templiers occupèrent un nombre plus important de places fortes dans la péninsule Ibérique lors de leur participation à laReconquista.
Il fallut attendre l'issue de latroisième croisade, menée par les rois de France, d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne, pour que les Templiers reconstituassent leur dispositif militaire en Terre sainte.
Dès 1128, l'Ordre reçoit une première donation au Portugal, des mains de la comtesse régnante du Portugal,Thérèse de León, veuve d'Henri de Bourgogne : lechâteau de Soure et ses dépendances. En 1130, l'Ordre a reçu19 propriétés foncières. Vers 1160,Gualdim Pais achève lechâteau de Tomar, qui devient le siège du Temple au Portugal.
En 1143,Raimond-BérengerIV, comte de Barcelone, demanda aux Templiers de défendre l'Église d'Occident en Espagne, de combattre lesMaures et d'exalter la foi chrétienne. Les Templiers acceptèrent non sans réticence, mais se limitèrent à défendre et pacifier les frontières chrétiennes et à coloniser l'Espagne et le Portugal. Une nouvelle population chrétienne venait en effet de s'installer autour des châteaux donnés aux Templiers, la région étant pacifiée. LaReconquista fut une guerre royale. De ce fait, les ordres de chevalerie y étaient moins autonomes qu'en Orient. Ils devaient fournir à l'armée royale un nombre variable de combattants, proportionnel à l'ampleur de l'opération militaire en cours.
L'action de l'ordre du Temple dans la péninsule Ibérique fut donc secondaire, car l'Ordre tenait à privilégier ses activités en Terre sainte. Cependant, il possédait bien plus de places fortes dans la péninsule Ibérique qu'en Orient. En effet, on dénombre au moins soixante-douze sites rien que pour l'Espagne et au moins six pour le Portugal (on compte seulement une vingtaine de places fortes en Orient). C'est également dans cette zone que l'on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme les châteaux d'Almourol,Miravet,Tomar etPeñíscola[108].
À la différence de l'Orient et de la péninsule Ibérique où les Templiers faisaient face aux musulmans, l'Europe de l’Est, où les ordres religieux-militaires étaient également implantés, les a confrontés aupaganisme. En effet, les territoires de laPologne, de laBohême, de laMoravie, de laHongrie, mais aussi de laLituanie et de laLivonie formaient un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages en grande partie non encore défrichées, pris en tenailles entre l'Occident catholique et laRussieorthodoxe.Borusses (Prussiens), Lituaniens,Lives ouCoumans, encore païens, y résistaient à l'avancée — lente mais inexorable — du christianisme depuis plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se faisait à l'initiative de la papauté mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui y voyaient l'occasion d'agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et avec l'appui des évêques, notamment celui deRiga, qui tenaient en quelque sorte des places fortes en territoire païen.
Cependant, les Templiers (tout comme les Hospitaliers, qui furent également présents en Europe orientale) cédèrent rapidement la place à l’ordre Teutonique dans la lutte contre lepaganisme dominant ces régions reculées. Les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s'ajouter à ceux de la Terre sainte et de la péninsule Ibérique, alors que l'idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l'Ordre en Terre sainte.
Autre région d'Europe orientale, mais plus méridionale, laHongrie dut faire face tout comme la Pologne aux invasions dévastatrices desMongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les Templiers envoyaient des informations aux rois occidentaux sans pour autant arriver à les alerter suffisamment pour qu'une réaction volontaire et efficace fût déclenchée[g].
Une commanderie était unmonastère dans lequel vivaient les frères de l'Ordre en Occident. Elle servait de base arrière afin de financer les activités de l'Ordre en Orient et d'assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l'Ordre. Elle s'est constituée à partir de donations foncières et immobilières. Le terme préceptorie, est employé à tort :« Il est donc absurde de parler de « préceptorie » alors que le mot français correct est « commanderie » ; et il est de plus ridicule de distinguer deux structures différentes, préceptorie et commanderie[113] ».
Dans les premières années de sa création, les dons fonciers ont permis à l'Ordre de s'établir partout en Europe. Puis, il y a eu trois grandes vagues de donations de 1130 à 1140, de 1180 à 1190 et de 1210 à 1220[114]. Tout d'abord, on peut noter que tous les hommes qui entraient dans l'Ordre pouvaient faire le don d'une partie de leurs biens au Temple. Ensuite, les dons pouvaient provenir de toutes les catégories sociales, du roi au laïc. Par exemple, le roiHenriII d'Angleterre céda au Temple la maison forte deSainte-Vaubourg et son droit de passage sur la Seine auVal-de-la-Haye, enNormandie. Un autre exemple que l'on peut citer est le don fait en 1255 par le chanoine Étienne Collomb de lacathédrale Saint-Étienne d'Auxerre d'uncens perçu dans le bourg deSaint-Amatre[115].
Même si les dons étaient en majorité composés de biens fonciers ou de revenus portant sur des terres, les dons de rentes ou revenus commerciaux n'étaient pas négligeables. Par exemple,LouisVII céda en 1143-1144 une rente de vingt-sept livres établies sur les étals des changeurs àParis[116].
Les dons pouvaient être de trois natures différentes :
donationpro anima : il pouvait s'agir d'une donation importante (qui était souvent à l'origine de la création d'une commanderie) ou alors d'un don foncier mineur ne portant que sur quelques parcelles. La motivation du donateur était d'invoquer le salut de son âme ou la rémission de ses péchés ;
donationin extremis : ce type de donation était réalisé en majeure partie par des pèlerins agissant par précaution. Ils effectuaient ce don avant de partir en Terre sainte. Peu nombreuses, ces donations ont été vite remplacées par le legs testamentaire ;
donation rémunérée : le donateur agissait dans le but de percevoir un contre-don. Il ne s'agissait pas exactement d'une vente mais plutôt d'un don rémunéré, assurant le donateur d'un avoir lui permettant de recevoir de quoi vivre. Le bénéficiaire (à cette occasion l'ordre du Temple) était également gagnant dans ce type de don, le contre-don étant d'une valeur inférieure. Le but de ce type de donation était de faciliter le processus de don, sachant que la cession de tout ou partie d'un bien foncier pouvait sérieusement entamer le revenu du donateur ou celui de ses héritiers. Il n'était pas rare d'ailleurs que certains conflits entre l'ordre et des héritiers survinssent en de pareils cas, le litige se réglant parfois par le biais de la justice.
Après la réception de ces dons, il restait à l'ordre du Temple d'organiser et de rassembler le tout en un ensemble cohérent. Pour ce faire, les Templiers ont procédé à nombre d'échanges ou de ventes afin de structurer leurs commanderies et de rassembler les terres pour optimiser le revenu qui pouvait en être tiré. On peut prendre le processus deremembrement comme parallèle, tout au moins à propos du regroupement des terres autour ou dépendant d'une commanderie.
SelonGeorges Bordonove, on peut estimer le nombre de commanderies templières en France à 700[117] La qualité de ces vestiges est très diverse aujourd'hui. Très peu ont pu garder intégralement leurs bâtiments. Certaines commanderies ont été totalement détruites et n'existent plus qu'à l'état archéologique, ce qui est le cas par exemple de lacommanderie de Payns dans lefief du fondateur de l'Ordre. EnFrance, trois commanderies ouvertes au public présentent un ensemble complet[h] : pour le nord, lacommanderie de Coulommiers, en région centre se trouve lacommanderie d'Arville et au sud lacommanderie de La Couvertoirade.
Seuls les documents d'archives et en particulier lescartulaires de l'ordre du Temple permettent d'attester de l'origine templière d'un bâtiment.
La chute de l'ordre du Temple fait également l'objet d'une polémique. Cependant, les raisons pour lesquelles l'Ordre a été éliminé sont beaucoup plus complexes et celles exposées ci-dessous n'en représentent probablement qu'une partie.
Le[118], les croisés perdirentSaint-Jean-d'Acre à l'issue d'unsiège sanglant. Les chrétiens furent alors obligés de quitter laTerre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers ainsi que lesHospitaliers n'échappèrent pas à cet exode. La maîtrise de l'Ordre fut déplacée àChypre. Or, une fois expulsé de Terre sainte, avec la quasi-impossibilité de la reconquérir, la question de l'utilité de l'ordre du Temple s'est posée car il avait été créé à l'origine pour défendre les pèlerins allant àJérusalem sur letombeau du Christ. Ayant perdu la Terre sainte et donc la raison même de leur existence, une partie de l'Ordre se pervertit.
Le peuple percevait d'ailleurs depuis plusieurs décennies les chevaliers comme des seigneurs orgueilleux et cupides menant une vie désordonnée (les expressions populaires « boire comme un Templier » ou « jurer comme un Templier » sont révélatrices à cet égard)[119] : dès 1274 audeuxième concile de Lyon, ils durent produire un mémoire pour justifier leur existence[120].
Une querelle opposait également le roi de FrancePhilippeIV le Bel au papeBonifaceVIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant unebulle pontificale en 1302,Unam Sanctam. La réponse du roi de France arriva sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel excommunia en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulleSuper Patri Solio[i].BonifaceVIII mourut le, peu après l'attentat d'Anagni. Son successeur,BenoîtXI, eut un pontificat très bref puisqu'il mourut à son tour le.ClémentV fut élu pour lui succéder le.
Or, à la suite de la chute de Saint-Jean-d'Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en Occident occuper leurscommanderies. Les Templiers possédaient d'immenses richesses (certains vivant dans un luxe ostentatoire alors qu'ils avaient faitvœu de pauvreté), augmentées par les redevances (droits d'octroi, depéage, dedouane,banalités, etc.) et les bénéfices issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…). Ils possédaient également une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers[121] entraînés au combat, force entièrement dévouée aupape : une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le pouvoir en place. Il faut ajouter que les légistes royaux, formés audroit romain, cherchaient à exalter la puissance de lasouveraineté royale ; or la présence du Temple en tant quejuridictionpontificale limitait grandement le pouvoir du roi sur son propreterritoire.
L'attentat d'Anagni est un des reflets de cette lutte des légistes pour assurer un pouvoir aussi peu limité que possible au roi. La position des légistes, notammentGuillaume de Nogaret, en tant que conseillers du roi, a sûrement eu une influence sur Philippe le Bel.
Enfin, certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l'Ordre àJacques de Molay, maître du Temple élu en 1293 àChypre après la perte de Saint-Jean-d'Acre. En effet, à la suite de cette défaite, un projet de croisade germa de nouveau dans l'esprit de certains rois chrétiens, mais aussi et surtout dans celui du papeClémentV. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre sainte et le fit savoir dans une lettre qu'il envoya à Jacques de Molay en 1306. Le maître y répondit qu'il s'opposait à cette idée, craignant que l'ordre du Temple soit fondu dans celui des Hospitaliers, sans pour autant être catégorique. Cependant, les arguments qu'il avança pour étayer ses propres vues étaient bien minces. Enfin, Jacques de Molay manqua de diplomatie en refusant au roi d'être fait chevalier du Temple à titre honorifique[119].
Aujourd'hui, l’implication du pape dans l’arrestation des Templiers peut faire polémique. Certains historiens parlent de trois rencontres entre Philippe le Bel etClémentV, étalées de 1306 à 1308, au cours desquelles fut discuté le sort des Templiers[j].
Toutefois, ces historiens se fondent sur un chroniqueur italien du nom deGiovanni Villani, seule source contemporaine à indiquer une rencontre en 1305 entre le roi et le pape qui, selon ses dires, devait aborder la question de la suppression de l'Ordre. Certains autres historiens estiment que cette source est sujette à caution, car les Italiens avaient alors un fort ressentiment contreClémentV, pape français[122],[123],[124]. Les mêmes historiens attestent d'une rencontre entre le roi de France et le pape au mois de, quelques mois donc avant l'arrestation. Les légistes royaux invoqueront, un an après, cette rencontre en affirmant que le pape avait alors donné son autorisation au roi pour procéder à cette arrestation[125].
Par la bulleFaciens misericordiam,ClémentV nomma en 1308 des commissions pontificales chargées d'enquêter sur l'Ordre, en marge de la procédure séculière engagée par le roi de France,PhilippeIV le Bel.
Procès-verbal d’interrogatoire de treize Templiers du bailliage de Caen par quatre dominicains du couvent de Caen commis par Guillaume de Paris, inquisiteur de France et deux commissaires royaux, Hugues du Châtel et Enguerrand de Villers,Archives nationales.
L'idée de détruire l'ordre du Temple était déjà présente dans l'esprit du roiPhilippeIV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d'aveux afin d'entamer une procédure. Ce fut chose faite grâce à un atout majeur déniché parGuillaume de Nogaret en la personne d'un ancien Templierrenégat :Esquieu de Floyran (aussi dénommé « Sequin de Floyran », ou encore « Esquieu de Floyrac »). Selon la thèse officielle, Esquieu de Floyran (bourgeois de Béziers ou prieur de Montfaucon) était emprisonné pour meurtre et partageait sa cellule avec un Templier condamné à mort qui se confessa à lui, lui avouant le reniement du Christ, les pratiques obscènes des rites d'entrée dans l'Ordre et la sodomie.
Esquieu de Floyran n’ayant pas réussi à vendre ses rumeurs àJacquesII d'Aragon, y parvint en 1305 auprès du roi de France, Guillaume de Nogaret payant par la suite Esquieu de Floyran afin de diffuser au sein de la population les idées de« reniement du Christ et crachat sur la croix, relations charnelles entre frères, baisers obscènes exercés par les chevaliers du Temple »[126]. Philippe le Bel écrivit au Pape pour lui faire part du contenu de ces aveux[119].
En même temps,Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda l'ouverture d'une enquête pontificale. Le pape la lui accorda le[125]. Cependant, Philippe le Bel n'attendit pas les résultats de l'enquête, prépara l'arrestation à l’abbaye Notre-Dame-La-Royale, près de Pontoise, le jour de la fête de l’exaltation de la Sainte-Croix[127]. Il dépêcha des messagers le[128] à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers des Templiers ainsi qu'à leur arrestation massive en France au cours d'une même journée, le vendredi[129]. Le but d'une action menée en quelques heures était de profiter du fait que les Templiers étaient disséminés sur tout le territoire et ainsi d'éviter que ces derniers, alarmés par l'arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupassent et ne devinssent alors difficiles à arrêter.
Au matin du,Guillaume de Nogaret, porteur d'une ordonnance royale qui commandait l'arrestation des Templiers, pénètre avec des hommes d'armes dans l'enceinte duTemple de Paris où résidait le maître de l'OrdreJacques de Molay. À la vue de l'ordonnance royale, les 139 Templiers résidant à Paris se laissèrent emmener sans aucune résistance.
Un scénario identique se déroula au même moment dans toute laFrance. La plupart des Templiers présents dans lescommanderies furent arrêtés. Ils n'opposèrent aucune résistance. Quelques-uns réussirent à s'échapper avant ou pendant les arrestations. Les prisonniers furent enfermés pour la plupart à Paris,Caen,Rouen et auchâteau de Gisors. Tous leurs biens furent inventoriés et confiés à la garde du Trésor royal.
Tous les Templiers duroyaume de France avaient été arrêtés,PhilippeIV le Bel enjoignit aux souverains européens (Espagne et Angleterre) de faire de même. Tous refusèrent par crainte du pape. Le roi de France n'en fut pas découragé et ouvrit donc leprocès des Templiers.
Cependant, l'ordre du Temple, ordre religieux, ne relevait à ce titre de la justice laïque. Philippe le Bel demanda donc à son confesseur,Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers, trente-huit moururent sous la torture, mais le processus des « aveux » avait été enclenché, donnant lieu aux accusations d'hérésie et d'idolâtrie[119]. Parmi les péchés confessés le plus souvent, l'Inquisition enregistra le reniement de laSainte-Croix, le reniement duChrist, la sodomie, le « baiser immonde »[130] et l'adoration d'une idole (appelée leBaphomet). Seuls trois templiers résistèrent à la torture et n'avouèrent aucun comportement obscène.
Afin de protéger l'ordre du Temple, le papeClémentV publia la bullePastoralis preeminentie qui ordonnait aux souverains européens d'arrêter les Templiers qui résidaient chez eux et de mettre leurs biens sous la gestion de l'Église. Le roi convoqua à Tours lesétats généraux de 1308 pour légaliser son coup de force :les représentants approuvèrent la condamnation de l'Ordre alors que le Pape avait fait interrompre la procédure royale enclenchée par Philippe le Bel[11]. De plus, le pape demandait à entendre lui-même les Templiers àPoitiers. Mais, la plupart des dignitaires étant emprisonnés àChinon, le roi Philippe le Bel prétexta que les prisonniers (soixante-douze en tout, triés par le roi lui-même) étaient trop faibles pour faire le voyage. Le pape délégua alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins à Chinon. Le manuscrit ouparchemin de Chinon qui rend compte de cette entrevue indique que le papeClémentV a donné l'absolution aux dirigeants de l'Ordre à cette occasion[k].
La première commission pontificale se tint le[131] à Paris. Elle avait pour but de juger l'ordre du Temple en tant que personne morale et non les personnes physiques. Pour ce faire, elle envoya dès le une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés pour qu’ils comparussent devant la commission. Un seul frère dénonça les aveux faits sous la torture : Ponsard de Gisy, précepteur de lacommanderie de Payns. Le, quinze Templiers sur seize clamèrent leur innocence. Ils furent bientôt suivis par la plupart de leurs frères.
Le roi de France souhaita alors gagner du temps et fit nommer à l'archiépiscopat deSens un archevêque qui lui était totalement dévoué, Philippe de Marigny, demi-frère d'Enguerrand de Marigny.
Celui-ci envoya aubûcher, le[132], cinquante-quatre templiers relaps, pour avoir renié leurs aveux faits sous latorture en 1307. Tous les interrogatoires furent terminés le[133].
Cependant, lors du concile, quelques Templiers décidèrent de se présenter : ils étaient au nombre de sept et désiraient défendre l'Ordre. Le roi, voulant en finir avec l'ordre du Temple, partit en direction deVienne avec des gens d'arme afin de faire pression surClémentV. Il arriva sur place le. Le[135], le Pape fulmina la bulleVox in excelso qui ordonnait l'abolition définitive de l'Ordre. Pour ce qui est du sort des Templiers et de leurs biens, le pape fulmina deux autres bulles :
Considerantes dudum le[138] quant à elle, déterminait le sort des hommes. Ceux ayant avoué ou ayant été déclarés innocents se verraient attribuer une rente et pourraient vivre dans une maison de l'Ordre alors que tous ceux ayant nié ou s'étant rétractés, subiraient un châtiment sévère (la peine de mort).
Toutefois, le sort des dignitaires de l'ordre du Temple restait entre les mains du pape[139].
Une commission pontificale fut nommée le[140]. Elle était constituée de trois cardinaux et d'avoués du roi de France et devait statuer sur le sort des quatre dignitaires de l'Ordre. Devant cette commission, ils réitérèrent leurs aveux. Le ou[141], les quatre templiers furent amenés sur le parvis deNotre-Dame de Paris afin que l'on leur lût la sentence. C'est là queJacques de Molay, maître de l'ordre du Temple,Geoffroy de Charnay, précepteur deNormandie,Hugues de Pairaud, visiteur de France, et Geoffroy de Goneville, précepteur enPoitou — Aquitaine, apprirent leur condamnation à la prison à vie.
Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clamèrent leur innocence. Ayant menti aux juges de l'Inquisition, ils furent déclarésrelaps et remis au bras séculier (en l'occurrence, la justice royale). Voici la description qu'en fit, dans saChronique latine,Guillaume de Nangis, un chroniqueur de l'époque :« Mais alors que les cardinaux pensaient avoir mis un terme à cette affaire, voilà que tout à coup et inopinément deux d'entre eux, le grand maître et le maître de Normandie, se défendirent opiniâtrement contre le cardinal qui avait prononcé le sermon et contre l'archevêque de SensPhilippe de Marigny, revenant sur leur confession et sur tout ce qu'ils avaient avoué »[l].
Le lendemain, Philippe le Bel convoqua son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamna les deux Templiers au bûcher. Ils furent conduits sur l'île aux Juifs[m] afin d'y être brûlés vifs.Geoffroi (ou Godefroi) de Paris, témoin oculaire de cette exécution, rapporta dans saChronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l'Ordre :« Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamné à tort : Dieu vengera notre mort. » Proclamant jusqu’à la fin son innocence et celle de l'Ordre, Jacques de Molay s'en référa donc à la justice divine et c'est devant le tribunal divin qu'ilassignait ceux qui sur Terre l'avaient jugé. La malédiction légendaire de Jacques de Molay« Vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération » lancée par des ésotéristes et historiens par la suite inspiraLes Rois maudits deMaurice Druon. Les deux condamnés demandèrent à tourner leurs visages vers la cathédraleNotre-Dame pour prier. C'est avec la plus grande dignité qu'ils moururent. Guillaume de Nangis ajouta :« On les vit si résolus à subir le supplice du feu, avec une telle volonté, qu'ils soulevèrent l'admiration chez tous ceux qui assistèrent à leur mort… ».
La décision royale avait été si rapide que l'on s'aperçut après coup que la petite île où l'on avait dressé le bûcher ne se trouvait pas sous la juridiction royale, mais sous celle des moines deSaint-Germain-des-Prés. Le roi dut donc confirmer par écrit que l'exécution ne portait nullement atteinte à leurs droits sur l'île[143].
Giovanni Villani, contemporain des Templiers, mais qui n'assista pas à la scène, ajouta dans saNova Cronica que« le roi de France et ses fils éprouvèrent grande honte de ce péché », et que« la nuit après que ledit Maître et son compagnon eurent été martyrisés, leurs cendres et leurs os furent recueillis comme des reliques sacrées par les frères et d'autres religieuses personnes, et emmenés en lieux consacrés »[144]. Ce témoignage est toutefois sujet à suspicion, Villani étant un Florentin et ayant rédigé son ouvrage entre une et deux décennies après les faits.
Il indique que le papeClémentV a finalement absous secrètement les dirigeants de l'Ordre. Leur condamnation et mise à mort sur le bûcher est donc bel et bien la responsabilité du roiPhilippe le Bel et non celle du pape ni de l'Église[145] contrairement à une fausse idée largement répandue[146]. Les quatre dignitaires qui ont avoué ont tous été absous, mais seuls les deux qui ont ensuite renié leurs aveux ont été exécutés.
La dissolution de l'Ordre lors duconcile de Vienne et ensuite la mort deJacques de Molay marquèrent la fin officielle de l'ordre du Temple. Les biens templiers, en particulier les commanderies, furent reversés par la bulle papaleAd providam en majeure partie auxHospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Pour autant, tous les chevaliers, frères et servants templiers n'ont pas été exécutés, bon nombre d'entre eux sont retournés à la vie civile ou ont été accueillis par d’autres ordres religieux.
L'Ordre étant déclaré éteint en 1312, le papeClémentV ordonne de faire comparaître tous les Templiers des provinces, et de les faire juger par desconciles provinciaux. S'ils sont absous, on pourra leur donner une pension prise sur les biens de l'Ordre. En Catalogne par exemple, le mot de la fin est donné par l'archevêque de Tarragone, Guillem de Rocabertí, qui prononce, le, l'innocence de tous les Templiers catalans[147]. Lacommanderie du Mas Deu, devenue possession hospitalière, verse des pensions aux chevaliers, mais également aux non-nobles et aux frères servants[148].
En, le papeJeanXXII s'adresse aux évêques de France, pour les avertir que certains frères de l'ex-ordre du Temple « avaient repris les vêtements laïques », et leur demande de supprimer les pensions aux frères qui ne se soumettraient pas à cet avertissement[149].
Philippe le Bel voulant mettre la main sur certains des biens des Templiers, les Hospitaliers n'auront de cesse de faire respecter les décisions papales, et finiront par obtenir à peu près partout, là où était décidée la dévolution des biens des Templiers[o].
Dans leroyaume d'Aragon, les Templiers se répartirent dans différents ordres, principalement dans l’ordre de Montesa, créé en 1317 par le roi d’AragonJacquesII, à partir de la branche des Templiers reconnue innocente lors du procès de 1312 en France. Les biens du Temple y furent transférés en 1319[150], mais également dans l'ordre de Saint-Georges d'Alfama, créé dans la même période par fusion entre l’ordre de Calatrava et les Templiers de France réfugiés en Espagne.
Quant aux biens des Templiers, dans leroyaume d'Aragon et lecomté de Barcelone, ils iront à l’Hôpital lorsque les Templiers ne les avaient pas déjà vendus à des personnes de confiance, et dans leroyaume de Valence, les biens templiers et ceux des Hospitaliers seront fusionnés dans le nouvelordre de Montesa[p].
Au Portugal, ils passèrent à l'ordre du Christ. Successeur« légitime du Temple »[151], la Milice du Christ est fondée en 1319 par le roiDenisIer et le papeJeanXXII. Les biens des Templiers ont été « réservés » à l'initiative du roi, pour la Couronne portugaise à partir de 1309, et transférés à l’ordre du Christ en 1323. On retrouve de nombreuses influences de l’ordre du Christ dès le début des « Grandes découvertes » portugaises[152], dont on verra la croix sur les voiles des navires deVasco de Gama lors du passage ducap de Bonne-Espérance en 1498 (alors que les voiles des navires deChristophe Colomb lors de sa traversée de l'Atlantique en 1492, portent plus probablement la croix de l’ordre de Calatrava).
En Angleterre, le roiÉdouardII a tout d'abord refusé d’arrêter les Templiers et de saisir leurs biens. Il convoque son sénéchal deGuyenne et lui demande de rendre compte, à la suite de quoi, il rédige le, puis le, des lettres au pape, ainsi qu'auroi du Portugal, deCastille, d'Aragon et deNaples. Il y défend les chevaliers du Temple, et les encourage à faire de même[153],[154]. Le, il reçoit confirmation du Pape d'arrêter les Templiers. Il ordonne, le, que l'on se saisisse de tous les membres de l'Ordre présents dans son pays, et qu'on les assigne à résidence, sans recourir à la torture[155].
Un tribunal est dressé en 1309, qui finit par absoudre en 1310 les Templiers repentis. Le transfert des biens des Templiers vers lesHospitaliers, ordonné par la bulle papale deClémentV en 1312, n’a de plus pas été exécuté avant 1324. C’est à cette date que l'église du Temple, siège des Templiers à Londres, fut transférée aux Hospitaliers, avant de revenir à la couronne d’Angleterre en 1540 lorsque le roiHenriVIII dissout l’ordre des Hospitaliers, confisqua leurs biens, et nomma le prêtre de l'église du Temple « the Master of the Temple »[156].
En Écosse, l'ordre deClémentV de confisquer tous les biens des Templiers, n'est pas totalement appliqué, en particulier depuis queRobertIer d'Écosse a été excommunié, et n'obéit plus au pape.William de Lamberton, évêque de St Andrew, accorde en 1311 sa protection aux Templiers en Écosse. En 1312, ils sont même absous en Angleterre et en Écosse parÉdouardII, et réconciliés dans l'Église[157]. Puis en 1314, les Templiers auraient aidé Robert de Bruce à remporter labataille de Bannockburn contre les Anglais[158] mais leur présence au sein de cette bataille est hypothétique[q]. Par contre, de nombreuses traces templières ont été laissées en Écosse bien après 1307, dans le cimetière deKilmartin par exemple, dans laRosslyn Chapel ou encore dans le village deKilmory(en).
En Europe centrale, les biens de l'Ordre furent confisqués puis redistribués pour certains auxHospitaliers, et pour d'autres à l'ordre Teutonique. Mais peu d'arrestations eurent lieu dans cette province, et aucun Templier ne fut exécuté[159].
Les princes allemands, séculiers et ecclésiastiques, avaient pour grand nombre pris parti pour les Templiers. L'Ordre, se sentant soutenu par la noblesse et les princes, semble s'être peu préoccupé de cet appareil judiciaire : lesynode de laprovince ecclésiastique de Mayence renvoya absous tous ceux de sa circonscription. Le synode de la province deTrêves fut réuni, et après une enquête, prononça également une sentence d'absolution. Enhardis par ces deux jugements, les Templiers essayèrent de se maintenir sur les bords duRhin, dans leLuxembourg et le diocèse de Trêves, et probablement aussi dans leduché de Lorraine[160].
Restés sous la protection de leur famille et des seigneurs locaux, beaucoup de chevaliers se virent attribuer une rente à vie, et d'importantes indemnités durent même être versées par lesHospitaliers, en dédommagement des biens confisqués, à tel point qu'ils durent parfois revendre les biens qui venaient de leur être attribués[159].
L'historien et archevêqueGuillaume de Tyr rédige à partir de 1167Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, ouvrage dans lequel il se révèle d'abord favorable aux Templiers puis de plus en plus critique à leur égard à mesure qu'ils prennent de la puissance (privilèges pontificaux comme l'exemption de ladîme et de l'excommunication, droit de réaliser des quêtes dans les églises, comptes à rendre exclusivement au pape)[119]. Peu à peu, dit-il, les membres de l'Ordre deviennent arrogants et irrespectueux envers la hiérarchie ecclésiastique etséculière : Guillaume de Tyr est ainsi à l'origine des premières légendes sur les Templiers, tantôt apologétiques (légende des neuf chevaliers[r] restés seuls pendant neuf ans), tantôt critiques, les accusant notamment à plusieurs reprises de trahir les chrétiens pour de l'argent[161].
La fin tragique des Templiers a contribué à générer des légendes à leur sujet. Parmi d'autres, leur quête supposée duSaint Graal, l'existence d'un trésor caché (comme celui envisagé àRennes-le-Château par exemple), leur découverte éventuelle de documents cachés sous leTemple d'Hérode[162], certaines hypothèses de leurs liens avec lesfrancs-maçons[163],[164]. De plus, certains groupements ou sociétés secrètes (tels que laRose-Croix) ou certainessectes[s], telles que l'ordre du Temple solaire (et ses survivances, comme laMilitia Templi ou l’Ordo Templi Orientis) se réclameront par la suite de l'Ordre, affirmant leur filiation en s'appuyant sur la survivance secrète de l'Ordre, sans parvenir pour autant à le prouver, ou en produisant même parfois de faux documents.
↑abcd ete« À partir d'une minutieuse analyse des documents existants, Rudolf Hiestand a proposé une autre date pour le concile de Troyes et, en conséquence, une autre date pour la fondation de l'Ordre. Les chartes du nord-est de la France sont alors datées dans le style (florentin) de l'Annonciation, qui fait débuter l'année non pas le, comme dans notre actuel calendrier, mais le. L'année 1129 commence donc le de notre année 1129, mais jusqu'au les hommes d'alors vivaient toujours en 1128. Le concile de Troyes, réuni le selon les textes de l'époque, s'est donc tenu le de notre actuel calendrier. […] La démonstration a convaincu et la correction de date proposée pour le concile de Troyes est désormais acceptée par les historiens[1]. »
↑Le comte Hugues de Champagne effectua par la suite deux autres pèlerinages, le dernier étant en 1125 à la conclusion duquel il devint lui-même un Templier.
↑Pour avoir le texte latin original : J. Leclercq et H.M. Rochais, « Liber ad milites Templi de laude novæ militiæ » dansSancti Bernardi opera,III, Rome, 1963,p. 229-237.
↑Isaac de l'Étoile y voit un« nouveau monstre » qu'il présente en ces termes :« À coups de lances et de gourdins, forcer les incroyants à la foi ; ceux qui ne portent pas le nom du Christ, les piller licitement et les occire religieusement ; quant à ceux qui de ce fait tomberaient durant ces brigandages, les proclamer martyrs du Christ »[24].
↑plusieurs cubiculaires pouvaient être en fonction en même temps, comme cela est mentionné dans cette charte
↑« Dans quelques cantons de Bretagne, le peuple croit encore voir errer la nuit les Templiers ou moines rouges montés sur des squelettes de chevaux recouverts de draps mortuaires. Ils poursuivaient les voyageurs, s'attaquant de préférence aux jeunes gens et aux jeunes filles qu'ils enlevaient et qu'on ne revoyait jamais[78] ».
↑Il faut garder à l'esprit que les sites templiers ont été utilisés et modifiés plusieurs siècles. Il n'existe aujourd'hui aucun site qui soit complètement d'origine templière.
↑En 2002,Barbara Frale redécouvre une copie du parchemin de Chinon dans lesarchives apostoliques du Vatican. Voir« Le Parchemin de Chinon : absolution papale du dernier Templier : maître Jacques de Molay »,Journal of Medieval History,no 30,,p. 127.
↑Guillaume de Nangis, cité par Malcolm Barber[142].
↑L’île aux Juifs, aussi nomméeÎle des Javiaux, ensuite appelée île des Templiers, est une île dans Paris sur la Seine qui était juste à l’ouest de l’île de la Cité. Elle a été ensuite, avec deux autres petites îles à côté, rattachée à l'île de la Cité.
↑Actes du procès des Templiers : publication ROME, jeudi (ZENIT.org) — Les Archives secrètes du Vatican publient les actes du procès contre les Templiers : une publication qui sera présentée à la presse le… Il s’agit d’une édition originale des actes du procès, reproduisant les pièces originales. Cette édition sera limitée à799 exemplaires… Elle s’inscrit dans la série desExemplaria Prætiosa, reproduisant fidèlement les documents les plus rares des archives secrètes du Vatican.
↑Les deux fondateurs Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, accompagnés des chevaliers Geoffroy, Godemar, Roral, Payen de Montdidier, Geoffroy Bisol, Archambaud de Saint-Amand et André de Montbard.
↑Groupements classés comme sectes selon le rapport parlementaire françaisno 2 468.
↑a etbPierre-Vincent Claverie, « La marine du Temple dans l'Orient des croisades », dans Michel Balardet al., Les Ordres militaires et la mer, La Rochelle, Éditions du cths, 2005 (lire en ligne [archive])
↑M. Starnawska, « Crusade orders on Polish Lands during the Middle Ages. Adaptation in a Peripherical Environment », dansQuæstiones medii ævi novæ, Institut historique de l'université de Varsovie,t. II,p. 128 et 137-139, 1997.
↑Antoine du Bourg,Ordre de Malte : Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le Sud-Ouest de la France…, Toulouse, L. Sistac et J. Boubée,,p. 9,lire en ligne surGallica.
Alain Demurger,Le Peuple templier, 1307-1312. Catalogue prosopographique des templiers présents ou (et) cités dans les procès-verbaux des interrogatoires faits dans le royaume de France entre 1307 et 1312, CNRS Éditions, 2020.
Patrick Huchet,Les Templiers, de la gloire à la tragédie, Ouest-France,, 126 p.(ISBN978-2-7373-5033-7).
Valérie Alaniece et François Gilet,Les Templiers et leurs Commanderies, l'exemple d'Avalleur en Champagne, Langres, Dominique Gueniot,, 276 p.(ISBN2-87825-117-2).
Simonetta Cerrini,Le dernier jugement des Templiers, Flammarion, 2018.
Alain Demurger,Le Peuple templier, 1307-1312. Catalogue prosopographique des templiers présents ou (et) cités dans les procès-verbaux des interrogatoires faits dans le royaume de France entre 1307 et 1312, CNRS Éditions, 2020.
Julien Théry, « Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des « perfides Templiers » et la pontificalisation de la royauté française », dansLes Templiers dans l’Aube, Troyes, La Vie en Champagne, 2013,p. 175-214[lire en ligne].
Julien Théry, « 'Nous ne craignons pas de mourir'. La chute des Templiers », dansLes trente nuits qui ont fait l'histoire, Belin, 2014,p. 105-115(ISBN9782701190105).
Michel Lamy,Les Templiers, ces grands seigneurs aux blancs manteaux : leurs mœurs, leurs rites, leurs secrets, Bordeaux, Éditions Aubéron,, 330 p.(ISBN2-908650-25-8).
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