Pour les traditionsmonothéistes juive et chrétienne, Moïse est l'auteur sous inspiration divine duPentateuque, c'est-à-dire des cinq premiers livres de laBible, livres qui constituent laTorah juive et sont appelés la « Loi de Moïse » dans ces deux religions. C'est là que sont relatées l'histoire de Moïse lui-même, celle desPatriarches et celle du peuple d'Israël. Moïse y apparaît comme le prophète et le guide qui conduit lepeuple hébreu hors d'Égypte, où il vivait dans la servitude, après que lesdix plaies infligées à l'Égypte ont permis salibération. Fils d'Amram et deYokébed, Moïse est le premier personnage à être nommé « homme de Dieu » dans la Bible.
Selon ces traditions, Moïse écrit également « sous la dictée de Dieu » leDécalogue et tout un ensemble de lois religieuses, sociales et alimentaires. En plus de cette idée d'une rédaction mosaïque sous la dictée de Dieu connue comme la« Torah écrite », lesrabbins attribuent également à Moïse la réception prophétique de la« Torah orale » que constituent les commentaires de laLoi codifiés dans laMishna[1].
En islam, Moïse — sous le nom deMoussa — est le prophète le plus présent dans leCoran, cité à cent trente-six reprises. Il fait partie des « grands prophètes », considéré comme l'un desmessagers envoyés parAllah et il annonce le prophèteMahomet. Les récits mosaïques du Coran font référence auPentateuque et à l'Aggada mais proposent aussi des épisodes originaux, insistant sur le parallélisme entre Mahomet et Moïse.
La place précise de Moïse dans la chronologie universelle tout comme son historicité demeurent néanmoins inaccessibles pour la recherche contemporaine.
La tradition de la rédaction mosaïque de la Torah a été remise en question à partir duXVIIe siècle, entre autres parSpinoza, puis auXVIIIe siècle parJean Astruc, qui ne réfutent pas pour autant l'historicité de Moïse. C'est par la suite que se développe l’école de lacritique biblique, étudiant la Bible comme un objet scientifique.
La plupart des linguistes s'accordent sur une origine étymologiqueégyptienne du nom. Ce mot serait parvenu du latinMoyses, par le grec ancien Μωϋσῆς,Mōÿsês, lui-même depuis l’hébreu ancien מֹשֶׁה,Mošẹ, tiré de l'égyptien 𓄟,ms (mos, mes).
Ce nom apparaît dans leLivre de l'Exode. Le récit ne fait d'abord mention que de « l'enfant », sa mère ne lui donnant curieusement pas de nom à la naissance. Il faut attendre le final de l'épisode[2], en Exode 2, 10[b 1], pour que le rédacteur biblique propose un nom qui, suivant uneétymologie populaire hébraïque[3], grammaticalement fausse[4], signifierait « tiré des eaux »[5] : la fille de Pharaon découvre sur la rive du fleuve un panier où se trouve un nourrisson. Elle rend le bébé à sa mère, afin que celle-ci continue à l'allaiter. Puis, « quand [l’enfant] eut grandi, [la mère du nourrisson] l'amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse (משה,MSH,Mosheh ouMoshé), car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux »[b 2] (MSYTHW,Mechitihou).
HiéroglypheMS (s)
La recherche contemporaine s'accorde sur une origine égyptienne de ce nom[6], en lien avec l'histoire des Juifs en Égypte. Ainsi, l'étymologie hébraïque populaire proposée en Exode 2, 10, qui décrit davantage un état plutôt qu'une identité[7], ne peut cacher le caractère égyptien du patronyme : Moïse,Môseh en hébreu, constitue la déviation d'un nom très égyptien[8] dont l'affixe-mosé issu de la racine égyptiennemesi/mas/mes (enhiéroglyphe :𓄟) qui signifie « enfanter »[4] ou de la racine m-s-s signifiant « engendré par »[9], est souvent constitutive denoms théophores que portent desgrands prêtres égyptiens ou des pharaons[8] tels quePtahmosis,Thoutmosis,Ramsès[10]...
Môseh est ainsi probablement unetranslittération de la seconde partie de ce nom théophore composé[8], dont la disparition d'une éventuelle première partie désignant une divinité égyptienne a pu résulter d'une censure biblique mais dont l'existence du nom court attestée pour d'autres personnages dans la littérature égyptienne[11] rend l'hypothèse superflue[12].
Il semble que le rédacteur biblique connaisse très bien le sens égyptien du nom de Moïse : avant l'attribution de son nom en Exode 2:10, il le désigne en effet commeyèlèd (« nouveau-né, enfant ») issu de la racineyalad qui est la racine hébraïque équivalente à la racine égyptiennemesi/mas/mes[13]. Dans son récit, il réalise ainsi, par une réinterprétation tardive, une construction littéraire donnant une étiologie hébraïque au nom de Moïse[5] grâce à un procédé de style, appeléparonomase (jeu de mots qui repose sur les ressemblances graphique et phonétique), avec la racine hébraïque très rareמשה[14].
LaSeptante ne peut effectuer cette reconstitution pseudo-étymologique par ce procédé littéraire, maisPhilon d'Alexandrie[15] etFlavius Josèphe[16] trouvent un autre jeu de mots sur Moïse en l'appelant Môusês : ils rapprochent (en transcription grecque) ce Môusês du nom égyptien mṓu (« eau »), rendant compte par là de la déclaration de la fille du pharaon[17].
Les différentes formes égyptiennes possibles du nom et leurs significations respectives sont : ms-is/mos-is ou ms-isw/mos-isu (né d'un roseau), ms-SAi/mos-shai (né d'une botte de lin), ms-H/mos-eḥ ou ms-mHy/mos-meḥy (né du lin), mw-sA/mu-sa (fils du Nil), msa/mosa (tiré, accouché), ms-mw/mos-mu (né de l'eau), ms/mos ou msw/mosu (enfant), msy/mosy (enfant de), msi (produire, faire naître), msyt/mosyt (ceux qui sont nés), Ptah-mose (dans le cas de Moïse en tant que surnom). Encopte on retrouve les formes ⲙⲱⲩⲥⲏⲥMōwses (mwses) et ⲙⲱⲩ̇ⲥⲏⲥMōysās[18].
La vie de Moïse décrite dans laBible se découpe en trois parties de quarante ans, valeurs mythiques (le nombre 120 étant symbole de perfection) fréquemment employés par les rédacteurs bibliques au sujet de lalongévité des personnages de la Bible[19].
Pharaon ayant décidé le meurtre des enfants hébreux mâles, la fille de Pharaon recueille sur la rive du fleuve un panier d'osier[20] qui flotte et dans lequel est un nourrisson abandonné par sa mère hébraïque qu'elle nomme « Moïse », « sauvé des eaux ». La princesse décide d'adopter cet enfant hébreu[b 2]. Le récit rapporte l'intervention de la sœur du bébé, donc Israélite, allant proposer à la princesse d'aller chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, le rendant ainsi en fait, le temps de l'allaitement, à celle qui est sa mère biologique[b 3].
Plus tard, Moïse constate la misère de ce qu'il ignore être son peuple d’origine et tue un contremaître égyptien qui battait unHébreu. Il s’enfuit dans le désert et trouve asile auprès deJethro (ouYitro), prêtre deMadian. Moïse prête main-forte aux filles de Jethro et se marie avec l’une d’elles,Tsippora (Séphora). Il mène une vie de berger, « faisant paître ses moutons loin dans le désert »[21].
Lorsque Moïse atteint l'âge de 80 ans,Dieu se révèle à lui et lui dévoile sa mission : « L’ange de l’Éternel lui apparut au milieu d'unbuisson alors qu’il faisait paître les moutons de son beau-père[b 4]. Il conduit alors les « Enfants d'Israël » hors d’Égypte, jusqu'à la « Terre promise », lepays de Canaan, sur le seuil duquel il meurt, à 120 ans[b 5]. »
Les parents de Moïse,Amram etJocabed (hébreuYokheved), sont tous deux issus de lamaison de Lévi (qui sera consacrée plus tard au service de Dieu après l'épisode duveau d'or)[22]. Amram est le fils deQehath et le petit-fils de Lévi. Ils sont de la première génération des Hébreux qui naissent en Égypte. Moïse est donc de la deuxième génération qui voit le jour en Égypte. C'est au cours de cette génération que Pharaon donne l'ordre à son peuple d'éliminer les nouveau-nés mâles et de ne laisser vivre que les filles. Le frère de Moïse s'appelleAaron.
Après sa naissance (le 7adar selon la tradition[23]), sa mère Yokheved cache l'enfant durant trois mois puis l'abandonne dans une corbeille sur leNil, près de la rive (le 6sivan[23]). La fille dupharaon (Bithiah — hébreuBatya — dans lemidrash), qui se baignait avec des suivantes, trouve l'enfant et décide de l'adopter (inspirée dans ce geste par l’angeGabriel, selon lemidrash), bien qu'ayant immédiatement deviné[b 6] que l'enfant était hébreu[24].
Elle demande alors à une jeune fille qui observe la scène de lui trouver une nourrice parmi les Hébreux pour l'élever. Cette jeune fille,Myriam, qui est la sœur aînée de Moïse, lui présente sa mère pour être nourrice de l'enfant.
Studio d'Artemisia Gentileschi, Moïse se brûle la lèvre avec du charbon, années 1630.
Un célèbremidrash raconte qu'un jour Moïse, jouant sur les genoux du pharaon, lui dérobe sa couronne. Y voyant un mauvais présage, les mages du monarque suggèrent à celui-ci la mise à mort immédiate de l'enfant. Cependant,Jethro, prêtre deMadian, propose de mettre à l'épreuve ce qui n'était peut-être que jeu d'enfant, et fait placer Moïse devant un plateau de diamants et de braises ardentes. Moïse se précipite vers le plateau de diamants, mais trébuche (à la suite de l'intervention deGabriel) vers les braises ardentes. Dans sa frayeur, il porte ses doigts à la bouche et se brûle la langue et les lèvres. C'est de là que vient le bégaiement de Moïse. Quant à sa bouche, un pansement y est mis. Quand celui-ci est retiré, il perd un morceau important de sa lèvre. Moïse est désormais « lourd de bouche et lourd de langue » (Ex 4,10-11), ce qui inciteraYahveh à associer son frèreAaron comme porte-parole de Dieu[25].
Devenu adulte, Moïse se rend compte des difficiles conditions de vie de ses frères de sang. Voyant un Égyptien frapper un Hébreu[26], il voit qu'il est seul, tue[27] l'Égyptien et l'enterre dans le sable.
Les jours suivants, constatant que l'affaire s'était ébruitée, il s'enfuit d'Égypte vers le pays deMadiân. Parvenu à un puits, il défend des bergères de Madian contre d'autres bergers. Celles-ci lui offrent l'hospitalité en remerciement. Moïse trouve donc asile à Madian, où le prêtre,Jethro (יתרו), aussi appelé Réuel (רעואל), lui donne sa filleSéphora (צפורה) en mariage et dont il a deux fils,Gershom etÉliézer[b 7].
Alors qu'il est réfugié enMadiân et qu’il garde les troupeaux de son beau-père, Moïse vit une expérience que laBible décrit comme unevocation : Dieu l’appelle de l’intérieur d’unbuisson en feu mais qui ne se consume pas[b 8]. Sa mission consistera à libérer le peuplehébreu de l’esclavage qu’il subit enÉgypte[b 9].
Pour l’accréditer auprès des Hébreux, Dieu lui révèle son nom, en continuité avec la tradition ancestrale :Abraham,Isaac etJacob. Ce nom est le tétragrammeYHWH, expliqué en Ex 3:14 par la formule אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה (Ehyeh Asher Ehyeh)[28]. La traduction de cette formule est variable : « Je serai qui je serai », « Je suis Celui Qui suis », « Je suis qui Je serai », « Je suis qui je suis », « Je suis Celui Qui Est », etc. Dans latraduction grecque de ce passage, les termes employés ouvrent la porte à une interprétation d’ordre métaphysique : « Je suis l’Étant ».
Moïse commence par s’excuser de sa mission, prévoyant les difficultés d’avoir à affronterPharaon. Il reçoit alors des moyens et un signe qui ne le dispenseront pas de marcher dans la foi à travers les difficultés. Des moyens d’ordre surnaturel, l'Égypte subira dix fléaux envoyés par Dieu, mais aussi d’ordre naturel, comme l’aide de son frèreAaron et un signe futur consistant dans l’annonce de son retour sur ce même lieu avec le peuple.
Moïse et son frère Aaron tentent de persuader Pharaon de laisser les Hébreux quitter l’Égypte en le menaçant de terribles fléaux qui chaque fois se réalisent. Pharaon leur oppose ses magiciens (appelésJannès et Jambrès dans la tradition postérieure) et ne cède qu’après ladixième plaie. (Exode, chapitres 7 à 12.)
Les eaux du Nil deviennent sang ;
Les grenouilles envahissent l’Égypte ;
Les mouches et les moustiques attaquent la population ;
Les vermines apparaissent ;
Une épidémie de peste attaque le bétail ;
Les habitants attrapent des furoncles (lèpre) ;
La grêle détruit les récoltes ;
Les sauterelles dévorent la végétation ;
Les ténèbres règnent pendant trois jours ;
Les premiers-nés (hommes et animaux) égyptiens meurent durant la nuit.
Après sa sortie d’Égypte, Dieu fait traverser au peuple juif lamer des Joncs « à pied sec », qui se referme ensuite sur l’armée égyptienne tentant de les rattraper, et engloutit celle-ci.
Moïse conduit ensuite son peuple au pied dumont Sinaï, où il monte recevoir leDécalogue, les Tables de la Loi. Lorsqu'il descend du mont Sinaï, il voit les Hébreux, sous la conduite de son frèreAaron, adorer unveau d'or (l’adoration d’une idole était interdite par le troisième commandement). Moïse est pris d'une colère si grande qu’il fracasse les Tables de la Loi sur un rocher puis ordonne le massacre de trois mille adorateurs du veau d'or (Ex 32, 25-29). Il doit alors retourner au sommet du mont Sinaï afin de recevoir de nouvelles tables (« Exode, 34, 18 »).
Au fil des miracles, Dieu affermit l’autorité de Moïse sur le peuple, prouvant ainsi qu’il est bien son envoyé. Pourtant, le peuple ne cesse de murmurer contre Moïse et contre Dieu, répétant qu’au moins en Égypte il vivait mieux. Ensuite, le peuple arrive devant laTerre promise et Moïse envoie douze éclaireurs pour reconnaître le pays (Nb 13). Dix d’entre eux découragent le peuple d’attaquer le pays malgré le soutien de l’Éternel. Dieu se fâche et décide de les faire marcher dans le désert encore quarante années, afin qu’aucun de ceux qui étaient sortis d’Égypte n’entre dans la Terre promise hormisJosué etCaleb, les deux espions favorables à la conquête[b 10].
SelonNombres, 20, 7-13[b 11], Moïse, ayant, pour abreuver le peuple hébreu, frappé de son bâton[29] par deux fois le rocher de Meriba — en attirant l'attention sur lui et Aaron[b 12] au lieu du Dieu d'Israël — n’est pas autorisé à entrer en Terre promise[b 13]. Il est toutefois autorisé à l’embrasser du regard, du haut dumont Nébo où il meurt à 120 ans[b 14]. Avant de mourir, il nommeJosué comme successeur pour conquérir laTerre promise. La tradition talmudique, interprétant le début duLivre de Josué, fixe au 7Adar l'anniversaire de cette mort, que leSeder Olam Rabba[30] date de l'année 2488 de laCréation du Monde.
Moïse est le personnage le plus attesté et le plus cité dans l'ensemble des textes bibliques, apparaissant à 765 reprises dans laBible hébraïque — dont290 fois dans le seulLivre de l'Exode[31] — et à 79 reprises dans leNouveau Testament[32]. Il y apparaît essentiellement comme le médiateur de la révélation, le législateur fondamental et l'auteur du Pentateuque[31].
L'essentiel duPentateuque — leLivre de l'Exode, leLévitique, leLivre des Nombres et leDeutéronome — coïncide avec la biographie de Moïse dont le récit de la naissance — qui atteste d'une identité complexe, à la fois membre de la cour de Pharaon et du peuple d’Israël — est présentée dans L'Exode[33] et celui de la mort dans leDeutéronome, aux portes de laTerre promise[34]. Le texte biblique ne raconte rien de sa jeunesse et le présente adulte quand, notable égyptien, il ressent confusément pour la première fois sa solidarité avec le peuple hébreu[33]. Il est par ailleurs notable que, contrairement àAbraham, il n'est pas présenté comme un ancêtre et sa généalogie n'a que peu d'importance, les rédacteurs insistant davantage sur son rôle de médiateur[35]. Moïse est une des figures bibliques les plus fréquemment mentionnées dans laBible hébraïque (Ancien Testament), 772 fois, contre 247 fois pourAbraham (dont 69 fois comme Abram), 359 fois pourJacob et 1080 fois pourDavid[36].
Dans laTorah et plus particulièrement dans le Pentateuque[37], Moïse possède un statut unique parmi les hommes[b 17]. Il est qualifié de serviteur de l'Éternel[b 18] et le texte insiste à de nombreuses reprises sur sa relation privilégiée avec celui-ci[b 19] dans le dessein de présenter les paroles et décisions de Moïse comme celles de Dieu lui-même[38]. L'interlocuteur privilégié de Dieu est présenté comme prophète[b 20] prêtre[b 21], législateur[b 22] et poète[b 23] ; il est le représentant de Dieu auprès desHébreux[b 24] et dePharaon[b 25] rédempteur et meneur dupeuple d’Israël[b 26], fondateur de son administration[b 27] et du culte divin[b 28].
Champion deYHWH contre l’idolâtrie et l'apostasie[b 29], Moïse est l'intercesseur auprès de Dieu en faveur de son peuple[b 30] qui pourtant trahit sa confiance voire lui témoigne de l'hostilité[b 31]. S'il lui arrive de se voir reprocher son manque de foi[b 32], il n'en est pas moins l'« homme de Dieu »[b 33] capable de prodigieux miracles[b 34]. En relation avec sa fonction de médiateur de la révélation, Moïse est également présenté sous une apparence extra-humaine[b 35] : le Livre de L'Exode le décrit transfiguré après sa rencontre avec Dieu sur la montagne, son visage irradiant, marqué d'une aura divine[b 36].
Les auteurs duNouveau Testament ne disposent pas, à l'époque de leur rédaction, de Bible telle que nous la connaissons mais connaissent laTorah par la tradition orale, les commentaires au sein dessynagogues et les diverses traditions connues aujourd'hui sous le nom de « récits intertestamentaires »[39]. Les récits néotestamentaires vont ainsi souvent au-delà des récits proposés[38] par le Pentateuque[b 37], témoignant de traces de légendes de traditions extrabibliques[b 38] à une époque où la tradition juive continue elle-même d'ailleurs à actualiser la figure du prophète biblique[39]. Ils sont néanmoins largement en conformité avec les récits bibliques anciens[38], Moïse apparaissant comme le législateur d'Israël[b 39], l'auteur du Pentateuque[b 40] et le premier desprophètes[40].
Pour le Nouveau Testament, Moïse est d'ailleurs celui qui prophétise[38] la venue deJésus de Nazareth commeMessie[b 41] qui est présenté comme un second Moïse[b 42], incompris et rejeté comme son prédécesseur[b 43] mais qui peut se montrer, comme dans l'évangile de Matthieu dans l'épisode duSermon sur la montagne, supérieur au premier des prophètes[b 44], proposant une compréhension de la Loi de Moïse acceptable pour les disciples deJésus tant d'origine juive que d'originepaïenne[40]. Le récit biblique et traditionnel de l'enfance de Moïse sert de modèle à celle de Jésus[41] et l'adieu de Jésus sur la montagne deGalilée[b 45] est mise en parallèle avec la fin de Moïse sur lemont Nebo[b 46]. Moïse fait en personne une apparition lors de l'épisode de laTransfiguration de Jésus[42], en compagnie d'Élie au vu des apôtresPierre,Jacques etJean, pour s’entretenir avec Jésus de l'« exode qu'il allait accomplir à Jérusalem »[43], à savoir saPassion et son ascension, préludant un nouvel exode pour ses disciples[40].
Moïse est la figure bibliquevétérotestamentaire la plus fréquemment mentionnée dans le Nouveau Testament, 80 fois, contre 75 fois pourAbraham et 58 fois pourDavid[36]. Moïse apparaît à neuf reprises dans lesépîtres pauliniennes dites « authentiques » lorsquePaul de Tarse évoque la « Loi de Moïse »[b 47], loi qu'il a « écrite » et « proclamée »[b 48]. Pour Paul, les prodiges de l'exode mosaïque sont des symboles préfigurant la réalité chrétienne et lebaptême dans « le Christ Jésus »[b 49]. Selon lui, le croyant ne fait plus que s'inspirer de la Loi, au lieu de se fonder sur elle. De fait, la foi dans leChrist se substitue à la Loi, et l'apôtre du Christ exerce lui-même une mission supérieure à celle de Moïse[b 50].
Les traditions vétérotestamentaires sur Moïse sont enfin utilisées à de multiples occasions dans le Nouveau Testament[38] en matière detypologieexégétique[b 51] : dans l'interprétation de nombreux exégètes commeOrigène et à l'instar d'autres personnages (ou de certains événements) de laBible hébraïque, Moïse annonce la venue du Christ[44]. Si une large majorité desPères de l’Église, commeEusèbe de Césarée, ont été amenés à considérer le christianisme comme supérieur au judaïsme — qui n'aurait pas compris la religion des patriarches à laquelle la Loi de Moïse se serait substituée[45] —, Moïse incarne néanmoins, pour la plupart des auteurs chrétiens, le témoin des origines juives du christianisme dont l'histoire oscille entre continuité et rupture avec celles-ci[46].
À l'époque deJésus de Nazareth, la « Bible » n'existe ni comme objet, ni comme terme : seul existe un ensemble littéraire, connu depuis leIIe siècle av. J.-C. comme « la Loi », constitué des cinq livres attribués à Moïse, ainsi qu'en attestent les fragments retrouvés sur un desrouleaux deQumrân[47]. À partir de cette époque circulent ainsi dans l'ensemble du monde judaïque, à côté d'une série d'autres livres séparés, deux « biographies de Moïse » - l'une enhébreu l'autre engrec - accueillant l'intégralité de la Loi, sans se faire concurrence[48], les « cinq volumes » étant désignés comme une œuvre unique[49] non sans proposer une pluralité de versions[50]. La version grecque duPentateuque semble arrêtée à partir duIIe siècle av. J.-C. tandis que la version hébraïque connait encore des évolutions et des variations à l'époque de Jésus[51].
À la même époque, l'auteur juifPhilon d'Alexandrie, premier à donner la liste des « cinq livres » que conservent les bibles chrétiennes, propose uneVie de Moïse (bios) qu'il traite distinctement de la Loi (nomos) de Moïse qu'il proclame « prophète »[52] « législateur », « roi » etpansôphos - « détenteur de toute la sagesse » - décrivant un être « divin » assimilé aulogos, détenteur de la fonction de « grand-prêtres des cieux »[53]. Même si la postérité n'a retenu que la version biblique, Moïse a cependant fait l'objet de traitements littéraires variés dans les siècles précédant Philon[54] :Flavius Josèphe[55], cite par exemple l’Histoire de l'Égypte deManéthon qui évoque l'histoire d'un prêtrelépreux appeléOsarseph[56], figure légendaire dont le nom est forgé d'après leJoseph biblique etOsiris[57] qui, à la tête d'une bande de lépreux et de bergers proscrits, mène une révolte victorieuse contre les Égyptiens et prend le nom de « Moïse »[58] après avoir édicté des règles propres à cette communauté. Cette histoire atteste d'une importante tradition d'un Moïse-lépreux à laquelle une insertion tardive de l’Exode[59] semble répondre[56].
Aux débuts de l'Empire lagide, à la fin duIVe siècle av. J.-C., dans sonHistoire d’Égypte, l'écrivain grecHécatée d'Abdère consacre une notice ethnographique aux Juifs où il décrit les exploits de Moïse, personnage central de la nation implantée enIouda dont il est, tant sur le plan politique que le plan religieux, le fondateur, le guide et l'organisateur[60]. C'est là le premier témoignage sensiblement développé proposé par un auteur grec à propos des juifs, même si sa datation voire l'authenticité des fragments parvenus sont débattues[61].
Dans les fragments de l’œuvre d'un certainEupolémos, Moïse est désigné comme le « premier sage » (prôtos sophos), créateur de l'alphabet transmis auxPhéniciens puis aux Grecs, se référant peut-être à l'ancienne tradition desSept Sages censés précéder les philosophes et parmi lesquels on trouveSolon etThalès[62]. Durant la même période, Démétrius « le Chronographe » aurait, selonClément d'Alexandrie, rédigé un essai sur différents problèmes de chronologie biblique. Démétrius est vraisemblablement originaire dePtolémaïs en Égypte. Son livre est intituléSur les rois de Judée. Il y traite de Moïse et de Salomon.Ézéchiel « le Tragique », probablement originaire d'Alexandrie, propose lui un récit de la vie de Moïse sous forme detragédie. Plutôt fidèle au récit biblique, il présente néanmoins un épisode supplémentaire décrivant un rêve de Moïse sur le trône divin[63].
Vers le milieu duIIe siècle av. J.-C., le philosophe juifAristobule de Panéas professe que Moïse a été le maitre d'Orphée et a précédé « Pythagore, considéré comme l'inventeur de la philosophie,Socrate etPlaton dans toutes leurs investigations relatives à la Création ». À la même époque, l’historien juifArtapan d'Alexandrie mentionne Moïse dans une forme de roman historique présentant une série d'épreuves et de complots dont il sort systématiquement vainqueur[64]. Ce dernier, identifié au dieu égyptienThot/Hermès, se voit attribuer l'invention de la culture et de l'alphabet ainsi qu'il est élevé au rang d'« homme divin » (theios anêr) en tant qu'« interprète des lettres sacrées »[65] tandis qu'il est présenté comme père de la culture égyptienne - ensuite transmise aux Grecs - et non comme législateur d'Israël[64].
À l'époque deSylla, Lucius Cornelius Alexander ditPolyhistor en raison de sa grande production littéraire, compose un ouvrage intituléSur les Juifs qui n'est plus connu qu'au travers du témoignage d'Eusèbe de Césarée, où il semble s'attacher au Moïse législateur[66].
AuIer siècle,Flavius Josèphe propose une véritable « biographie » héroïque de Moïse qui se caractérise par des analogies à certains héros de la mythologie gréco-romaine commeRomulus,Œdipe ou encorePersée. Il semble que Josèphe ait utilisé diverses sources bibliques mais aussiaggadiques ou encore des mythes païens, sans qu'il soit réellement possible de démêler les influences respectives. On y retrouve l’annonce de la naissance de Moïse, son abandon, ses exploits militaires avant l'épisode de sa disparition[67].
On trouve également l'attestation d'une probableAssomption de Moïse le décrivant comme un héros supraterrestre dont la mission de médiateur lui est confiée avant même la création du monde, ainsi qu'uneœuvre apocalyptique en grec, mais d'origine sémitique, datée du début duIer siècle av. J.-C. connue sous le nom deTestament de Moïse qui condamne les « nations » réduites au rang de faire-valoir d’Israël. Pour le rédacteur de ce texte, Moïse a été voulu dès le « commencement du monde », « imaginé et inventé » à ce moment comme « médiateur de l'Alliance »[53].
Mahomet conduisant ses prédécesseurs dans la prière, manuscrit médiéval perse enluminé.
Moïse — appeléMoussa (arabe :موسى) dans leCoran — fait partie des « grandsprophètes » avecAdam,Nūḥ (Noé),Ibrahim (Abraham) etÎsâ (Jésus), prophètes qui ont façonné l'histoire religieuse de l'humanité[68], parmi les multiples prophètes qui ont précédéMahomet, le « sceau des prophètes ». LaTorah de Moïse annoncerait le prophète Mahomet[69],[b 52] et Moïse est de loin le plus cité des prophètes par le texte coranique, son nom apparaissant à cent trente-six reprises[70]. Moïse est également le seul des prophètes à avoir entendu directement Dieu lorsqu’il reçoit lestables de la Loi sur la montagne, un apanage qui lui vaut le titre dekalîm Allah — « interlocuteur de Dieu »[71].
SelonPierre Lory, la plupart des récits mosaïques du Coran sont puisés dans lePentateuque[72] mais trouvent aussi leur origine dans l'Aggada ou sont même originaux[69].Michel Cuypers propose« de comprendre ces références implicites, non comme des emprunts, des imitations ou des plagiats, comme l’a trop souvent fait à tort une critique occidentale polémique, mais comme des relectures de textes-sources, réorientés dans le sens d’une théologie nouvelle, proprement coranique »[73]. PourGeneviève Gobillot, le Coran se veut guide de lecture de la Bible et des textes apocryphes ; il« entend parfois confirmer et parfois faire ressortir la vérité des Écritures antérieures », c'est-à-dire corriger des passages« ayant subi une déformation (tahrîf) au moment de sa mise par écrit »[Note 1],[74]. Le Coran naît dans le contexte de l'Antiquité tardive caractérisé par des influences chrétiennes, juives etzoroastrienne[75],[76].
Les différences se marquent avec les récits judaïques, revisités à la lumière de la prédication de Mahomet et à la réalité historique du cadre de celle-ci, se référant notamment aux tensions entreMecquois païens et musulmans, insistant sur l'appel aumonothéisme[69]. À la différence du récit biblique, l'histoire coranique de Moïse est présentée comme une série de décisions divines au caractère inexorable, soulignant l'appui divin aux prophètes et aux croyants, notamment contre leurs adversaires mécréants[69]. Autre divergence notable avec lePentateuque qui raconte l'histoire de tout un peuple, le Coran construit son récit autour de la figure centrale de Moïse dont lasacralité permet de désigner la communauté qui le reconnait comme élue et non l'inverse : les croyants sont choisis par Dieu et non un peuple en tant que tel, dans un argument qui vise probablement les juifs deMédine se prévalant de leur ascendance[69].
Le Coran fait nettement le parallèle entre la vie de Moïse et celle de Mahomet[70] et la figure du patriarche fonctionne comme un modèle à divers niveaux religieux et politiques[68], notamment en tant que vainqueur du Pharaon[77]. À l'instar de Moïse, Mahomet est rejeté des siens, forcé d'abandonner son pays d'origine pour un exode comparable, l'hégire. Comme le patriarche, le Prophète crée autour de son message une communauté dont il assure la défense et la cohésion, tandis qu'il la tient écartée dupolythéisme[70]. Le Coran compare explicitement les chefs mecquois avec le Pharaon et son conseil ou encore lesmunâfiqun — les « hypocrites » — qui s'opposent à Mahomet avec les agitateurs au sein du peuple israélite durant lamarche dans le désert[70]. Le Coran présente ainsi la résistance des juifs de Médine comme une reproduction de la résistance à l’œuvre divine qu'ils avaient déjà opposée à l'époque de Moïse[70].
Les récits coraniques concernant Moïse, amples et riches, ont suscité de nombreux commentaires mystiques, essentiellement dans les rangs les plus spiritualistes de l'islam, le face à face avec Dieu sous l'apparence dubuisson ardent étant la quintessence de la rencontremystique[69]. On en trouve ainsi par exemple chezJa'far al-Sâdiq,Mansur al-Hallaj ou encoreAbū l-Qāsim al-Qushayrī[68]. L'image de l'opposition entre Moïse et Pharaon reste vivace et tout homme puissant à l'attitude inique est perçu comme un « Pharaon » auquel « tout croyant peut se sentir investi de la mission de lui rappeler la dimension éthique du monothéisme coranique »[68]. Les légendes populaires musulmanes rapportent sur Moïse et les prophètes, au-delà du Coran, des anecdotes détaillées, souvent inspirées dumidrash selon Pierre Lory[69].
Moïse inaugure la série desprophètes d'Israël mais occupe une place singulière par la nature de sa rencontre avecYHWH[78]. Cette singularité est d'ailleurs soulignée dans laTorah qui se conclut par l'affirmation selon laquelle « il ne s'est plus jamais levé en Israël un prophète pareil à Moïse, lui que le Seigneur connaissait face à face »[b 53] après avoir insisté sur l'intimité particulière entre Dieu et son prophète élevant ce dernier au-dessus des autres[79]. Moïse annonce d'ailleurs lui-même la venue d'autres prophètes « comme [lui] »[b 54]. Son parcours est mis en parallèle avec celui des deux grands prophètes de l'Exil,Jérémie etÉzéchiel qui sont présentés dans un même schéma littéraire : l'élu reçoit un premier appel de Dieu auquel il est réticent en objectant sa jeunesse ou son incompétence et ses faiblesses ; Dieu refuse alors ces objections et promet son assistance qu'il manifeste par un signe, le « buisson ardent » concernant Moïse[78].
Moïse est le personnage de la Bible auquel Dieu révèle son nom — ou plutôt en donne une transcription[80] — et en explique la signification : celui-ci, répondant à une objection de Moïse qui ne sait pas qui l'envoie libérer les Hébreux, explique dans une formulation paradoxale (et difficile à rendre en français) « je suis qui je suis » ou « je serai qui je serai »[b 55] dans unjeu de mots avec lenom propre du Dieu d’Israël : l'expression hébraïque « heyèh asher heyèh »[81] joue avec la graphie hébraïque de « Yahweh »[78] mais rappelle également la promesse déjà faites à Moïse[b 56] : « je suis/serai avec toi »[80]. L'explication donnée à Moïse témoigne aussi de la volonté divine d'accompagner constamment son peuple[79].
Moïse se rend enÉgypte accompagné de Dieu qui entend manifester sa puissance et libérer lepeuple hébreu[79]. La « sortie d'Égypte » est considérée par de nombreux textes hébraïques comme l'acte constitutif de la foi d'Israël[82]. Moïse doute de la réussite de sa mission et les obstacles sont nombreux, qu'il surmonte en compagnie de son frèreAaron et avec l'aide divine. La première rencontre entre Moïse, Aaron et Pharaon échoue, ce dernier refusant de reconnaitre l'autorité deYHWH et augmentant les corvées des Hébreux. Les rencontres suivantes tournent à la confrontation où Moïse — tantôt prophète et tantôtthaumaturge selon les versions, laïque ou sacerdotale, présentées dans leLivre de l'Exode[83] — démontre la supériorité du Dieu d’Israël sur Pharaon et les dieux égyptiens en infligeant lesplaies d'Égypte dont résulte la libération des Israélites[82].
Toujours en Égypte, Moïse fonde le rituel de laPâque juive — consommation d'agneau et depain azyme — qui commémore la libération de l’esclavage égyptien[84]. Mais la libération à proprement parler intervient lors du passage de la « mer des Roseaux » ou « mer des Joncs » : grâce à l'intercession de Moïse, Dieu ouvre un passage à travers les flots dans un acte créateur — qui n'est pas sans rappeler le récit de la Création de la Genèse[b 57] — par lequel celui-ci donne naissance à son peuple[82]. La traversée de l'ouest — qui figure le couchant et la mort, vers l'est, le levant et la vie — symbolise le passage entre la mort et la vie par lequel Moïse fait accéder son peuple à la liberté[84].
Moïse fait encore là, dans sa fonction de premier « libérateur », figure d'archétype et lemidrash attend à la fin des temps un libérateureschatologique qui agirait comme lui[85].
La liberté d'Israël est encore à construire et à organiser[86] : c'est un processus « législatif » qui va conférer au peuple son identité, l'édification de réglementation des normes de coexistence qui nécessitent une figure de « législateur »[87].
Une nouvelleAlliance est scellée entre YHWH et Israël, dont Moïse est le médiateur : ce dernier prépare le peuple à la rencontre au cours de laquelle Dieu s'adresse directement auxHébreux, dans le fracas des éclairs et du tonnerre, pour transmettre lesDix commandements ; ceux-ci figurent dans deux endroits de la Bible hébraïque, dans une version sacerdotale[b 58] et une version laïque[b 59] qui se distinguent surtout par leurs interprétations respectives dushabat[86].
Après l'intervention divine, le peuple demande à Moïse de continuer de porter la parole divine[b 60], l'établissant en tant que le législateur nécessaire. Toutes les autres collections de lois qui figurent dans la Torah sont ainsi réputées transmises par Yahweh à Moïse qui les communique au peuple[88], bien qu'elles diffèrent notablement par leur chronologie et leur ampleur[87]. Toutes placées sous son autorité, elles sont regroupées dans la partie centrale de la Torah. Elles sont constituées ducode de l'Alliance dans l'Exode[b 61] — constituant le recueil de lois les plus anciennes —, des prescriptionssacerdotales et rituelles duLévitique[b 62] ainsi que du code dit « de sainteté »[b 63] — insistant sur la sanctification de la communauté —, et enfin ducode deutéronomique[b 64] qui remplace sous Josias le code d'alliance[86].
Le parcours de Moïse est largement inspiré par certaines conventions de l’idéologie royale[89]. Dans toute l'histoire du Proche-Orient antique, les actes législatifs fondateurs sont toujours reçus des dieux ou d'un dieu tutélaire par les rois, ce qui n'est pas le cas de la Loi d’Israël : après la disparition de laroyauté en Juda et l'Exil[90], c'est Moïse qui revêt la figure archétypale du législateur[91]. Néanmoins, le récit biblique tend à conférer une dimension royale à ce dernier dont l'histoire est construite sur le modèle du roiSargon d'Akkad - vraisemblablement pour faire de Moïse un personnage aussi important que le roi fondateur de l’empire d'Akkad[92] - et rappelle l'histoire deCyrus le Grand telle que la rapporteHérodote[93], dans des récits fabuleux qui pouvaient être connus àBabylone lors de lapériode exilique[87]. Moïse devient ainsi l'intermédiaire primordial entre Dieu et le peuple[94] à la place du souverain qui n'existe plus[90]. On retrouve le reflet de cette image royale dans le « testament » de Moïse[b 65] dont la composition est inspirée, tant dans son vocabulaire que dans sa structure, par les traités devassalité assyriens avec lesquels les suzerains orientaux obtenaient l’allégeance de leurs vassaux[95].
Moïse occupe dans le récit biblique une autre fonction typiquement royale, celle de la fondation du sanctuaire divin dans le désert : Moïse préside en effet à la création de la « Demeure »[b 66] où réside YHWH, qui préfigure peut-être leTemple de Jérusalem[96]. À l'instar d'un roi, Moïse est installé comme unvicaire divin[96].
On peut noter, enfin, que le nom lui-même de « Moïse » est un nom « royal », octroyé par une princesse égyptienne ; il est envisageable que l’auditoire du récit mosaïque n'ignorait pas que de nombreux noms pharaoniques étaient construits à partir de la racinem-s-s (« engendré par », cf. supra)[9].
Au-delà de l'aspect royal, on peut noter des éléments de quasi-divinisation du personnage qui marquent comment ce dernier est pour toujours le médiateur par excellence entre Israël et son dieu : ainsi, dès le récit de l’exode Moïse est par deux fois appelé « elohim »[b 67] par Yahweh lui-même[97].
À l'instar de la fonction centrale du roi qui est d’être le médiateur entre le peuple et les dieux[98], les récits bibliques mentionnent avec une grande constance le rôle d'intercesseur que joue Moïse et qu'il trouve d'ailleurs régulièrement lourd à porter[99]. En effet, l'établissement d'une alliance n'implique pas la parfaite entente des partenaires qui l'ont contractée[96] et le récit biblique est émaillé d'incidents et de conflits débutant avec l'épisode duVeau d'or[b 68] et la destruction desTables de la Loi par Moïse lui-même. YHWH envisage alors de supprimer le peuple qui ne doit son salut qu'à l'intervention de Moïse, lequel doit cependant lui-même intervenir avec leslévites, ordonnant le massacre de trois mille adorateurs de l'idole, au terme de quoi l'alliance est renouée et la loi à nouveau gravée[96].
Depuis le moment de lathéophanie auSinaï au cours de laquelle Moïse est devenu définitivement le médiateur entre YHWH et le peuple d'Israël[98], il doit régulièrement intervenir en faveur de ce dernier pendant la traversée du désert - qui connait plusieurs épisodes de rébellion contre Moïse, Aaron et même Yahweh - notamment lorsque le peuple se refuse à conquérir le pays promis : il le sauve à nouveau d'un destin collectif funeste par une longue intercession[100]. Cependant, le refus sera puni cette fois d'un report de quarante ans de l'arrivée en Terre promise et en l'extinction de la génération des adultes dans le désert[b 69], au nombre desquels Moïse lui-même[100]. Ce dernier n'hésite d'ailleurs pas lui-même à interpeller Yahweh avec vivacité[99] lorsqu'il s'agit de nourrir le peuple. Ces épisodes de rébellions traduisent vraisemblablement les tensions qui traversaient lejudaïsme à l'époque perse, en proie alors à une crise identitaire et structurelle[100].
Moïse est le personnage le plus important de laBible hébraïque, recevant laLoi pour le judaïsme, préfigurantJésus-Christ dans le christianisme[101]. Lesexégètes se sont engagés depuis longtemps dans la difficile quête du Moïse historique, et ce particulièrement au cours duXXe siècle[33]. Il n'existe cependant aucune trace historique de son existence en dehors de laTradition biblique. Cela fait de lui une figure mémorielle plus qu'historique[102] : le Moïse de la foi est bien plus connu que le Moïse de l'histoire[103], les deux n'étant d'ailleurs pas nécessairement différents.
Mais, si l'existence de Moïse est hors de portée de l'historiographie, les récits qui en sont rapportés ne se trouvent pas moins enracinés dans les débuts de l'histoire du proto-Israël. Rien n'interdit bien sûr qu'ils soient liés à une personnalité du nom de « Moïse »[104]. Néanmoins, en tout état de cause, l'importance du « Moïse de l'histoire » est à relativiser dans la mesure où c'est le « Moïse des textes bibliques » qui est à l'origine du judaïsme, dans une figure multiple qui reflète la diversité de celui-ci[35].
La « Vie de Moïse » est relatée dans lePentateuque, un récit rédigé en plusieurs étapes, par stratifications, qui résulterait de la mise en commun de différentes interprétations du fondateur du judaïsme[105]. LeLivre de l'Exode, dont la rédaction remonte à lapériode de la royauté[106] mais qui peut comporter des éléments plus anciens[107], est vraisemblablement marqué par l'idéologie royalenéo-assyrienne[108] dont témoigne, parmi d'autres passages[b 70], le récit de la naissance de Moïse[109]. Celle-ci est calquée sur le récit légendaire de la naissance du roiSargon d'Akkad[109], fondateur à la fin duIIIe millénaire de l'empire d'Akkad[95], dont des versions écrites existent à partir duVIIIe ou VIIe siècleav. J.-C.[110] sous la forme d'une pseudo-autobiographie[111].
Il est ainsi possible que les premiers récits concernant Moïse, en lui conférant une dimension royale et une stature aussi importante que le roi mésopotamien, soient une réplique à lapropagande assyrienne, une forme de « contre-histoire »[112] rédigée à la cour du roiJosias, vers la fin duVIIe siècle av. J.-C.[95], proposant peut-être alors une véritable « Vie de Moïse » de type biographique[110]. Ces récits initiaux —probablement destinés à l'origine à célébrer Josias lui-même[113] comme le réalisateur du pacte stipulé par Moïse entreYahweh et son peuple — s'étoffent sur plusieurs générations[114] essentiellement au cours de l'Exil à Babylone, synthétisant les interprétations des prêtres et des anciens fonctionnaires royaux, qui regroupent en Moïse toutes les institutions disparues d'Israël et deJuda, tant sacerdotales que royales[95]. Le récit reçoit sa forme finale au cours duVe siècle av. J.-C. intégrant dans ses descriptions des indications géographiques propres à cette époque, rendant dès lors inutilisables les noms de lieux pour toute tentative de reconstitution des événements ou d'identification des acteurs historiques présents derrière ces histoires[115]. Ceci n'exclut cependant pas que le récit repose sur un noyau historique dont le souvenir aurait perduré à travers les siècles[116].
La recherche de la fin duXXe et du début du XXIe siècle[117] considère ainsi généralement que le personnage de Moïse est une figure reconstruite[118] dont le personnage lui-même et la réalité de son historicité échappent à l'historien[119], restant « sans doute à jamais une énigme historique »[120] ses traces étant inaccessibles[121], et présentant une figure de héros « primordiale », c'est-à-dire « mythique »[122], ainsi qu'il en va de nombreux héros fondateurs de l'Antiquité[119] traduisant ce qu'André Paul envisage comme un prototype d'« historiographie militante »[123].
Néanmoins, les spéculations de toutes sortes restent possibles et certains auteurs ont cru pouvoir identifier Moïse à divers personnages égyptiens ousémites de la courégyptienne. Outre ces candidats pour le Moïse historique, plusieurs figures qui ont pu servir de modèle aux rédacteurs bibliques pour construire le personnage de Moïse ont été proposées[124].
Ainsi un certain Ben Azèn (ou Ben-Ozen), haut fonctionnaire de la cour deRamsès II ouRamsès III qui intervient comme médiateur dans un conflit opposant les contrôleurs égyptiens auxShasou qui œuvrent comme esclaves dans les mines deTimna[125]. Ainsi unmajordome deSéthi II (1200-1194) nomméBeya qui, « vagabond d'un pays du Nord » devenu chancelier d'Égypte, intrigue avecTaousert, la femme principale du Pharaon après la mort de celui-ci et provoque uneguerre civile à la tête d'une armée de « Cananéens ». Néanmoins, des découvertes récentes, qui montrent que ce Beya n'a pas quitté le royaume, invalident cette identification[126],[127]. L'égyptologueRolf Krauss a également proposé un fils deSéthi II nomméMesesaya (ou Messouy), vice-roi de la province deKoush qui se serait rebellé contre son père, régnant plusieurs années comme pharaon sous le nom d'Amemnès, avant d'être forcé à fuir[128] ; mais les quelques parallélismes avec le récit biblique à l'appui de cette théorie - notamment le fait que l'épouse de Moïse est d'originekoushite - semblent hasardeux et sont invérifiables[129].Thomas Römer conclut dansL'invention de Dieu que Moïse« doit plutôt être compris comme une « construction » à partir de différentes traces de mémoire[130]. » Plus hasardeuses encore les théories qui voulaient faire de Moïse un disciple du « monothéisme » d'Akhenaton, voire proposant d'identifier le patriarche à ce pharaon duXIVe siècle av. J.-C. lui-même tandis que le monothéisme juif apparaît aux alentours duVIe siècle av. J.-C.[35].
Il n'en demeure pas moins que - comme dans la littérature égyptienne - le souvenir de l'expulsion desHyksôs d'Égypte auXVIe siècle av. J.-C. ou celle des pillards « Asiates » sous le règne deSethnakht (~1185) peuvent avoir laissé la trace d'une « mémoire d'exode » et que le récit biblique combine une série de souvenirs des événements opposant les populations sémites aux rois égyptiens. La construction du personnage de Moïse doit ainsi peut-être partiellement au souvenir de différents hauts fonctionnaires sémites présents à la cour des pharaons[125].
L'auteur est probablement juif, même si une telle représentation va à l’encontre de l’interdit biblique de la confection d'images : la littérature rabbinique atteste en effet qu'après la chute du Temple de 70, il est de moins en moins respecté, l’art figuratif entrant d'ailleurs largement dans les synagogues à partir duIIIe siècle[132]. Lasynagogue de Doura-Europos comporte ainsi plusieurs représentations de Moïse dans les épisodes duBuisson ardent, de lasortie d'Égypte, de la réception desTables de la Loi[133].
Le recueilPoèmes antiques et modernes d’Alfred de Vigny s'ouvre par un poème fameux,Moïse (le premier de la section inaugurale intituléeLivre mystique), écrit en 1822 ou 1823. Vigny y évoque la mort de Moïse, s'adressant à Dieu pour lui dire à quel point il est fatigué par sa mission, lui répétant ce vers devenu célèbre : « Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. » Il s'agit d'un des poèmes préférés de l'auteur, qui écrit dans une lettre à Camilla Maunoir du 26 décembre 1838 : « Aucun [de mes poèmes] n'a encore dit toute mon âme, mais s'il y en a un que je préfère aux autres, c'estMoïse. Je l'ai toujours placé le premier, peut-être à cause de sa tristesse, dont le sentiment se continue dansStello. »[136]
Thomas Mann a consacré une nouvelle à Moïse,La Loi(de) (en allemandDas Gesetz), dans laquelle il donne une description pleine d'ironie du célèbre prophète[137].
La statue représente Moïse portant descornes, tout comme celle de lafontaine de Moïse (1585), également à Rome. Ces œuvres ont été commandées par différentspapes et respectent le choix éditorial de laVulgate, traduction officielle de l'Église catholique jusqu'auXXe siècle, à propos du passage « sa peau [de Moïse] était QRN » lors de l'épisode duVeau d'or (Ex. 34:29, 35). La Vulgate traduit par « sa peau était cornue ». À l'inverse, ce sont des rayons qui apparaissent sur le tableau de Ribera (1638) et dans de nombreuses autres œuvres commandées par l'Église catholique.
SeulAquila de Sinope a fait le même choix que la Vulgate[139]. Toutes les autres traductions, aussi bien juives que chrétiennes, rendent la forme verbaleקָרַן, « QRN », par « rayonnante, resplendissante », la Septante par « chargée de gloire »[140]. La mention de la « peau rayonnante » est reprise dans l'épisode néotestamentaire de laTransfiguration.
Dans cette hypothèse, les cornes peuvent donc provenir d'une mauvaise interprétation de la Vulgate à propos d'une aura ou de rayons[141]. L'exégèse récente estime que cette traduction n'est pas solidement fondée[142] tandis que la traduction littérale de la racine « QRN » par « corne » est bien attestée, souvent associée au pouvoir divin ou royal[143]. Ainsi,Thomas Römer[144] estime que la traduction de la Vulgate est la bonne, les cornes symbolisant selon lui la force d’un dieu ou d’un roi qui le représente, et que les cornes de Moïse expriment son statut particulier de médiateur, sa proximité inégalée avec Dieu[145].
La traduction « sa peau était cornue » au lieu de « sa peau rayonnait » semble provenir d'une confusion entre les mots hébreuxkaran, « rayonner », etkeren, « corne ». Or, comme le souligneCharles Szlakmann, « les versets emploient à trois reprises le même verbe, « rayonner », et non un substantif qui pourrait être traduit par le mot « cornes ». Lorsque la Bible veut parler de cornes, comme enLévitique 4:7 par exemple, « les cornes de l'autel », elle emploie le motkarnoth[146] ». Dans la Bible hébraïque, « les cornes ne sont jamais des attributs divins, mais sont toujours associées à l'animalité. Quant à Moïse, il reste un homme, la Bible insiste sans cesse sur « l'homme Moïse »,ha-ich Mocheh. Il n'y a aucun exemple de personnages mi-homme mi-bête, du typesatyre,centaure ousphinx. La tradition hébraïque a précisément en horreur tout ce qui peut rappeler l'animalité en l'homme[146] ».
1998 : Le dessin animéLe Prince d'Égypte, par les studiosDreamWorks, qui couvre leschapitres 1 à 20 de l’Exode. Ce film a été interdit dans des pays à majorité musulmane comme lesîles Maldives ou laMalaisie, car Moïse, en tant que messager de Dieu reconnu par l’islam, ne peut être représenté.
Dalle gravée avec incrustations de plomb, provenant du dallage de l'église St-Nicaise, exposée dans labasilique St-Remi de Reims, Pharaon poursuivant Moïse et les Juifs,XIIIe s.
↑Par exemple, la Torah (Nombres 31, 1-20) qui fait de Moïse et son peuple des conquérants sanglants deMadian est corrigée par le Coran (2, 58-59) qui décrit« une déformation du texte par des hommes qui ont trouvé quelque intérêt à mettre par écrit le fait que Moïse aurait donné l’ordre, au nom de Dieu, dans un moment d’emportement, de raser une cité, de détruire ses troupeaux et ses biens, ainsi que de tuer les femmes et les enfants, toutes choses interdites par la Loi judaïque de la guerre (Deutéronome 20, 10-16) »
↑ThomasRömer,Moïse en version originale : Enquête sur le récit de la sortie de l'Égypte, Bayard Culture,, 277 p.(ISBN978-2-227-48956-1,lire en ligne), pt66-67
↑a etbThomasRömer,Moïse en version originale : Enquête sur le récit de la sortie de l'Égypte, Bayard Culture,, 277 p.(ISBN978-2-227-48956-1,lire en ligne), pt66
↑a etb. Le nom de Moïse, ou Moshé, est mal expliqué dans letexte massorétique, le rédacteur proposant « Car je l'ai tiré des eaux. » Or, Moshé, participe actif de masha (littéralement « tiré de »), signifie au mieux « celui qui tire, tirant » (la syntaxe correcte aurait dû êtreמָשׁוּי, « mashuy »), ce qui suggère la difficulté du rédacteur biblique à trouver une racine hébraïque satisfaisante à cerécit étiologique et confirme l'origine égyptienne du nom. Source :Thomas Römer,La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques duCollège de France, 13 mars 2014, 19 min 30 s.
↑a etbThomasRömer,« Moïse : un héros royal entre échec et divinisation », dans Philippe Borgeaud, Thomas Römer et Youri Volokhine (éds.),Interprétations de Moïse : Égypte, Judée, Grèce et Rome, Leiden-Boston,Brill,(ISBN978-9004-1795-30),p. 189
↑« Le dieu (Ptah,Thot,Râ...) a engendré », cité parThomasRömer,Moïse en version originale : Enquête sur le récit de la sortie de l'Égypte, Bayard Culture,, pt66. Le nom composéana(t)mosé, trouvé enSamarie, est construit sur le même modèle, combinant la racine égyptienne avec la divinitécananéenneAnat ; cf.(en)Geoffrey W. Bromiley,The International Standard Bible Encyclopedia. Volume 4, Wm. B. Eerdmans Publishing,,p. 417
↑On connait sous ce nom un officier et un contremaître égyptiens ; cf.ThomasRömer,Moïse en version originale : Enquête sur le récit de la sortie de l'Égypte, Bayard Culture,, 277 p.(ISBN978-2-227-48956-1,lire en ligne), pt67
↑ThomasRömer,Moïse en version originale : Enquête sur le récit de la sortie de l'Égypte, Bayard Culture,, 277 p.(ISBN978-2-227-48956-1,lire en ligne), pt67
↑Diana Vikander Edelman, Philip R. Davies, Christophe Nihan, Thomas C. Römer,Clés pour le Pentateuque. État de la recherche et thèmes fondamentaux,Labor et Fides,,p. 34
↑Holman Bible Editorial Staff,Holman Concise Bible Dictionary, B&H Publishing Group, USA, 2011, p. 435
↑Cette capacité de la princesse est étonnante : le midrashExxode Rabba explique qu'elle l'a vu circoncis mais les Égyptiens pratiquent partiellement la circoncision et chez les Juifs, la circoncision est un rite de puberté, n'étant pratiqué le huitième jour que tardivement, lors de la rédaction dudocument sacerdotal de la Torah. Source :Thomas Römer,La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques duCollège de France, 13 mars 2014, 13 min 30 s.
↑FabioPorzia,« Je serai qui je serai (Exode 3,14) : Portrait d'une divinité qui serait sans nom et sans image », dans Corinne Bonnet (dir.),Noms de dieux : Portraits de divinités antiques, Toulouse, Anacharsis,coll. « Essais / Histoire » (no 5),(ISBN979-10-279-0408-2),p. 269
↑ThomasRömer,« Moïse : un héros royal entre échec et divinisation », dans Philippe Borgeaud, Thomas Römer et Youri Volokhine (éds.),Interprétations de Moïse : Égypte, Judée, Grèce et Rome, Leiden-Boston,Brill,(ISBN978-9004-1795-30),p. 198
↑ThomasRömer,« Moïse : un héros royal entre échec et divinisation », dans Philippe Borgeaud, Thomas Römer et Youri Volokhine (éds.),Interprétations de Moïse : Égypte, Judée, Grèce et Rome, Laiden-Boston,Brill,(ISBN978-9004-1795-30),p. 190
↑I, 108-121, cité par M. Liverani, op. cit. 2008,p. 472
↑ThomasRömer,« Moïse : un héros royal entre échec et divinisation », dans Philippe Borgeaud, Thomas Römer et Youri Volokhine (éds.),Interprétations de Moïse : Égypte, Judée, Grèce et Rome, Leiden-Boston,Brill,(ISBN978-9004-1795-30),p. 197
↑a etbThomasRömer,« Moïse : un héros royal entre échec et divinisation », dans Philippe Borgeaud, Thomas Römer et Youri Volokhine (éds.),Interprétations de Moïse : Égypte, Judée, Grèce et Rome, Leiden-Boston,Brill,(ISBN978-9004-1795-30),p. 192
↑Jean-Daniel Macchi,« Exode », dans Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan (éds.),Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides,(ISBN978-2-8309-1368-2),p. 261-264
↑Même la recherche traditionnelle qui prétend souvent désormais prendre en compte la critique historique mais qui, si elle s'accorde à nier l'authenticité des Patriarches ou pour assumer que les récits sur Moïse sont tardifs, peine à détacher le personnage d'une lecture qui fixe, suivant le fil du récit biblique, un âge des Patriarches au début de l'histoire d'Israël plutôt que d'en faire l'analyse à l'époque de sa rédaction ; cf.MarioLiverani (trad. de l'italien),La Bible et l'invention de l'histoire : histoire ancienne d'Israël, Montrouge,Bayard,, 615 p.(ISBN978-2-227-47478-9),p. 504
↑Jean-MarieHusser,« L'approche historique des documents fondateurs : La Bible », dansReligions et modernité : Actes de l’université d’automne de Guebwiller, 27-30 octobre 2003, direction de l'Enseignement scolaire en collaboration avec le CRDP de Versailles,coll. « Les Actes de la DESCO »,,p. 45
↑David Toshio Tsumura,« Janus Parallelisme in Hab. III 4 », dans Jan Joosten (dir.),Vetus Testamentum: A quarterly published by the International Organization for the Study of the Old Testament, Leiden/Boston, Brill,(9789004258020),p. 114