LeMiocène est la première époque duNéogène et la quatrième de l'èreCénozoïque. Il s'étend de 23,03 ± 0,05 à 5,332 ± 0,005 millions d'années[1]. Il est précédé par l'Oligocène et suivi par lePliocène.
Le nom « Miocène » a été créé parCharles Lyell à partir du grecμείων /meîon, « moins» etκαινός /kainós, « récent », car cette période comporte moins d'invertébrés marins modernes que lePliocène.
Durant sa première moitié, le Miocène connait une période de réchauffement puis d'optimum climatique. La végétation tropicale remonte vers le nord, favorisant l'expansion des faunes africaines, et notamment desHominoidea en Europe et en Asie. À partir de 14,5 millions d'années (Ma), le climat connait une tendance au refroidissement et à l'assèchement, qui se poursuivra avec des fluctuations pendant lePliocène, jusqu'à parvenir aux cycles glaciaires duPléistocène.
Ladorsale médio-atlantique poursuit son effet de tapis roulant : les Amériques continuent à s'éloigner de l'Afrique et de l'Europe.
L'Amérique du Sud accentue son choc avec les plaques du Pacifique, ce qui produit un mouvement desubduction qui entraine l'élévation de laCordillère des Andes. La même poussée en Amérique du Nord élève lesMontagnes Rocheuses et soulève la péninsulemésoaméricaine, qui s'étend vers le Sud et se rapproche de l'Amérique du Sud, sans toutefois encore l'atteindre.
Laplaque indienne poursuit sa collision avec l'Asie, l'Himalaya continue son élévation, processus encore actif de nos jours.
Au début du Miocène, les plaquesarabo-africaine eteurasiatique sont séparées par des bras de mer, qui occupent l'emplacement actuel dugolfe Persique, de l'Irak et du nord de laSyrie. Le rapprochement puis la collision des plaques au cours du Miocène inférieur entrainent un grand échange de faune terrestre entre les deux continents, facilité par l'existence d'un mêmeclimat tropical des deux côtés de l'ancien bras de mer[2]. L'océan Téthys finit ainsi de disparaitre pour laisser la place à laMer Méditerranée, laMer Noire, et laMer Caspienne.
Il y a 6 millions d'années, ledétroit de Gibraltar se ferme et la mer Méditerranée s'assèche, épisode dénommécrise de salinité messinienne. Cet épisode se termine au début duPliocène, il y a 5,3 millions d'années, par la réouverture du détroit de Gibraltar.
Ce dragonnierDracaena cinnabari deSocotra est considéré comme l'un des vestiges des forêts subtropicales du Mio-Pliocène deLaurasie, qui ont maintenant presque disparu.
Martin Pickford pense que cette forêt a commencé à reculer il y a 10 millions d'années, avant que, vers 7 millions d'années, les forêts humides se réduisent à la zone intertropicale, alors que l'Égypte entamait elle aussi une phase d'aridification[4].
À la fin du Miocène, les forêts tropicalesafricaines ont sensiblement régressé en laissant la place à de vastessavanes où lesgraminées se diversifient. De nouvelles espèces capables d'assimiler plus efficacement ledioxyde de carbone apparaissent.
Lacoévolution diffuse entre lesgraminéesen C4 (herbes des savanes) et lesongulés herbivores conduit au développement à l'explosion radiative desécosystèmesherbacés. L'assèchement du climat entraîne la régression des forêts au profit de savanes arborées au Miocène moyen, puis de savanes plus ouvertes et de prairies au Miocène supérieur et au Pliocène[5], ce qui conduit à l'essor des herbivoresbrouteurs puis paisseurs àdenturehypsodonte[6]. L'apparition des premiers hominidés et l'expansion des écosystèmes à forte biomasse en C4 est peut-être liée.« La capacité des hominidés à consommer des ressources en C4 leur a peut-être permis d'occuper ces écosystèmes particuliers où ils ont pu franchir certaines étapes évolutives conduisant aux formes plus modernes d'hominidés, dont est issu l'Homme actuel[7] ».
Toutes ou presque toutes les familles d'oiseaux existent à la fin du Miocène. C'est durant le Miocène que les oiseaux marins atteignent leur plus grande diversité.
Au début du Miocène, on assiste à l'expansion puis à une forte diversification en Afrique desHominoidea (grands singes, ou singes sans queue), apparus durant l'Oligocène. Doté d'un cerveau un peu plus volumineux que ses prédécesseurs,Proconsul africanus (vers 20 Ma) est le plus connu desHominoidea fossiles. Dès cette époque, les grands singes forment plusieursfamilles, dont certaines sortent d'Afrique, comme lesHylobatidae (gibbons) qui se répandent enAsie du sud-est, et lesHominidae qui apparaissent en Eurasie vers 17 Ma, à la faveur de la collision des plaquesarabo-africaine eteurasiatique et de l'isolement de laplaque antarctique.
Vers 16 Ma, lesHominidae se scindent en deux sous-familles, lesPonginae qui occupent toute l'Asie méridionale, de laTurquie jusqu'à laChine, et lesHomininae en Afrique et en Eurasie. C'est le temps de la« planète des singes » hominidés. Avec plusieurs dizaines d'espèces fossiles connues (il n'en reste aujourd'hui que huit), lesHominidae occupent toutes les niches écologiques des forêts de l'Ancien Monde[20].
À partir de 14,5 Ma, la tendance générale passe au lent refroidissement et assèchement du climat, qui devient progressivement plus saisonnier. Vers 10 Ma, l'extension de la calotte polaire arctique engendre la migration vers le sud de ces mêmes ceintures climatiques, jusqu'à la position qu'elles occupent actuellement. Les hominoïdes disparaissent d'Eurasie (sauf d'Asie du Sud-Est, restée tropicale, où survivent lesorangs-outans) devenue trop froide et connaissent, grâce à une nouvelle connexion entre l'Eurasie et l'Afrique, une phase de dispersion de retour vers le continent africain[18],[19].
À la fin du Miocène, lessavanes et lesprairies se développent tandis que le couvert arboré régresse, se réduisant essentiellement à lazone intertropicale. LesHomininae d'Europe, espècesarboricoles,végétariennes etfrugivores, s'éteignent. Sur le continent européen se met en place une autre« planète des singes » avec l'arrivée d'uncercopithécoïde (singe à queue), leMésopithèque(en). Ce cercopithécoïde qui annonce l'expansion des singes à queue, notamment lesmacaques en Asie et, plus tard, lesbabouins en Afrique, est unfolivore strict,spécialisation alimentaire mieux adaptée à des environnements devenus à la fois moins arborés et plus saisonniers[20]. Cependant, leGrécopithèque, un homininé européen trouvé enGrèce et enBulgarie et daté de 7,2 Ma, possède une denture qui semble l'apparenter auxHominina. Selon certains auteurs, il pourrait être l'un des premiers représentants de la lignée humaine[21].
Leshomininés africains sont bien plus mal connus que leurs cousins européens. La période allant de 12 Ma à 7 Ma a livré très peu de fossiles en Afrique, ce qui ne permet pas d'imaginer une phylogénie même provisoire. Sur ce continent considéré comme le berceau de lalignée humaine, lafragmentation des forêts en zone intertropicale n'exclut pas l’existence d’îlots forestiers de dimensions plus réduites, comme laforêt claire (mêlant espacesarborés et espacesgraminéens). D'ascendance encore discutée en raison de leurs caractèresen mosaïque, les premiershominines consensuels sont connus en Afrique à partir de 7 Ma, avecSahelanthropus tchadensis, puisArdipithecus kadabba (5,8 à 5,3 Ma) etOrrorin tugenensis (5,9 Ma) qui montre unebipédie avancée tout en conservant des membres supérieurs adaptés à la vie arboricole. Le refroidissement et l'assèchement climatiques n'empêchent pas l'existence de paysages mosaïques (rivières, lacs, marécages, zones boisées, ilots forestiers, savane arborée, prairies herbeuses et zones désertiques) dans lesquels apparaissent auPliocène vers 4,2 Ma lesaustralopithèques, à la bipédie plus affirmée. Il faut attendre 2,8 Ma et l'orée duPléistocène pour trouver le premier fossile attribué au genreHomo[22].
↑Étude publiée par l'académie des sciences (Palévol. 2006) à partir des découvertes de Martin Pickford (paléontologue au MNHN) et de ses collègues de l'université deMenoufia (Égypte), dans l'actueldésert libyque d'Égypte
↑Gérard Fonty, Annick Bernalier-Donadille, Evelyne Forano, Pascale Mosoni,Consommation et digestion des végétaux, Quæ,,p. 27.
↑Herve Bocherens, « L'apparition des plantes en C4 il y a 8 millions d’années. Apport du traçage par 13C dans les mammifères fossiles »,Lettre Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC),no 16,,p. 57.
↑a etbC. Bulot et L. Ginsburg, « Gisements à Mammifères miocènes du Haut-Armagnac et âge des plus anciens Proboscidiens d'Europe occidentale »,Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences de Paris,2e série,vol. 316,no 7,,p. 1011-1016.
↑E. Cerdeño, « Étude sur Diaceratherium aurelianense et Brachypotherium brachypus (Rhinocerotidae, Mammalia) du Miocène moyen de France »,Bulletin du Muséum national d'histoire naturelle,vol. 15,nos 1-4,,p. 25-77.
↑C. Guérin et P. Mein, « Les principaux gisements de mammifères miocènes et pliocènes du domaine rhodanien »,Doc. Lab. Géol. Fac. Sci. Lyon,no 49,,p. 131-170
↑J. Viret,Catalogue critique de la faune des mammifères Miocènes de La Grive Saint-Alban (Isère), A. Rey & Co,, 102 p..
↑P. Mein, « Composition quantitative des faunes de mammifères du Miocène moyen et supérieur de la région lyonnaise »,Paléobiologie continentale,vol. 14,no 2,,p. 339-346.
↑Léonard Ginsburg, « Les faunes de mammifères terrestres du Miocène moyen des Faluns du bassin de Savigné-sur-Lathan (France) »,Geodiversitas,vol. 23,no 3,,p. 381-394(lire en ligne, consulté le).
↑Léonard Ginsburg, « Les mammifères des sables du Miocène inférieur des Beilleaux à Savigné-sur-Lathan (Indre-et-Loire) »,Bulletin du Muséum national d'histoire naturelle,vol. 11,no 2,,p. 101-121.
↑S. Baudelot et A. Collier, « Les faunes de mammifères Miocènes du Haut-Armagnac (Gers, France) : Les Gliridés (Mammalia, Rodentia) »,Geobios,vol. 15,no 5,,p. 705-727(résumé).
↑P.-O. Antoine, F. Duranthon et P. Tassy, « L'apport des grands mammifères (Rhinocérotidés, Suoidés, Proboscidiens) à la connaissance des gisements du Miocène d'Aquitaine (France) »,Mémoires et travaux de l'Institut de Montpellier,no 21,,p. 581-590(lire en ligne, consulté le)
Hugueney, M. (1997),Biochronologie mammalienne dans le Paléogène et le Miocène inférieur du centre de la France: synthèse réactualisée. Mémoires et travaux de l'Institut de Montpellier, (21), 417-430 (Fiche Inist-CNRS).