Président du Conseil à partir de 1931, il entreprend de réformer uneEspagne agraire en retard, divisée et sclérosée par les inégalités. Il est notamment l'un des grands artisans de l'introduction de laséparation de l'Église et de l'État en Espagne sous laSeconde République. Malgré de nombreuses réformes majeures, Azaña s'avère incapable d'empêcher la formation de deux Espagne antagonistes durant l'entre-deux-guerres.
Élu président de la République par lesCortes au printemps 1936, il devient l'un des chefs de file du camp républicain à la suite du déclenchement de laguerre civile. De 1936 à 1939, Azaña assiste impuissant aux divisions du camp républicain et à l'internationalisation d'un conflit entre Espagnols, la guerre civile, qui se transforme à la suite de l'intervention de l'URSS, duMexique, de l'Italie fasciste et duIIIe Reich en un conflit international, laguerre d'Espagne, véritable terrain d'affrontement entre fascistes et antifascistes. À la suite de la défaite de la République et de la victoire des nationalistes deFranco, Azaña est contraint à l'exil en février 1939 et trouve refuge en France, d'abord enHaute-Savoie puis enGironde. Il meurt le àMontauban.
Outre son activité politique, Manuel Azaña est aussi un écrivain de renom dont la maîtrise de lalangue deCervantes fut récompensée par leprix national de littérature en1926 pour sa biographieVida de Don Juan Valera. Néanmoins, son œuvre la plus connue demeureLa velada en Benicarló, une réflexion sur la décennie desannées 1930 enEspagne. Rédigés en exil avant de mourir, les carnets de Manuel Azaña, intitulésDiarios, sont considérés comme l'un des documents historiques les plus importants pour la période de la guerre civile.
Né àAlcalá de Henares, dans lacommunauté de Madrid, Manuel Azaña Díaz étudie d'abord à l'Université de Saragosse, où il obtient une licence en droit en juillet 1898[1], puis à celle deMadrid, où il obtient un doctorat dans la même discipline[2]. En 1913, il participe à la fondation de la Ligue d’éducation politique qui cherche à sensibiliser les Espagnols à l’idéal républicain et parlementaire, puis à celle d’España, hebdomadaire d’opposition créé par l’écrivainJosé Ortega y Gasset, de laquelle il est directeur de 1923 à 1924.
Directeur dudit journal en 1922, il devient un des porte-parole de l’opposition républicaine à la dictature deMiguel Primo de Rivera, qu’il critique en particulier pour laguerre du Maroc en rappelant la cuisante défaite àCuba (1898). Azaña était aussi actif dans lafranc-maçonnerie[3]. Homme pondéré mais peu avare de sens critique, Azaña s’affirme bientôt comme un vrai chef politique. Il s'entoure notamment de l'homme de lettresJuan José Domenchina, futur époux de la poétesse féministeErnestina de Champourcín[4]. Il épouse le 27 février 1929Dolores Rivas Cherif, sœur de son ami le dramaturgeCipriano Rivas Cherif[5].
Franc-maçon et admiratif des institutions françaises, il rêvait de transformer l’Espagne selon un modèle de société laïque, gouvernée par les lois de la démocratie. Il n’était pas socialiste, mais savait qu’il avait besoin des socialistes pour mener à bien le projet qu’il avait conçu. Ce projet, qui prévoyait une société laïque où prévaudrait laséparation de l’Église et de l’État, exigerait pour sa mise en œuvre des négociations délicates, dans un pays où l’Église catholique et la religion avaient depuis des siècles tenu un rôle majeur[6].
Principal tenant de l’exécutif sous l’autorité du président de la République,Niceto Alcalá Zamora, il dirige, dit-il, un« gouvernement de raison » et mène une politiquelaïque radicale tout en essayant de préserver la difficile cohésion des partis républicains. Pratiquement, il épure l’armée, limite la puissance de l’Église (expropriation de nombreux couvents et monastères)[8], met en chantier de grandes réformes agraires, électorales (suffrage universel) et administratives (autonomie provinciale)[9]. En 1933, il perd les élections face à la coalition de droite regroupée dans laCEDA deJosé María Gil-Robles[10].
Il porte alors une responsabilité non négligeable dans la montée aux extrêmes que connaît le pays en se compromettant lourdement dansles insurrections socialistes et anarchistes de septembre et d', planifiées comme coup d'État par leurs chefs, qui ont lieu dans plus de 20 provinces, entre autres en Catalogne, à Madrid et dans les mines des Asturies[11],[12].
Le, il est élu président de la République en remplacement d'Alcalá-Zamora. Éloigné des leviers de l’État, il assiste impuissant au« printemps tragique ». En proie à une grave crise politique ponctuée de grèves, d’enlèvements, d’assassinats d'opposants commecelui deJosé Calvo-Sotelo, le pays se délite sous ses yeux. En, les générauxEmilio Mola etFrancisco Franco organisent le soulèvement militaire nationaliste et le putsch qui rallient plusieurs régions d'Espagne et marquent le début de laguerre civile.
Franco s'approchant de Madrid, le gouvernement demande à Azaña de se réfugier àBarcelone, tandis que son gouvernement s'installera àValence. Azaña conserve la présidence de la République, et malgré de nombreuses négociations avec la France et le Royaume-Uni, il n'a pas d'influence sur les événements et la perd progressivement auprès des gouvernements qui se succèdent jusqu’en 1939.
Le enfin, peu avant la chute de laCatalogne, il fuit l’Espagne en passant du mas deCan Barris vers le col de Lli, àLa Vajol, et rejoint la diaspora républicaine enFrance. Il arrive àCollonges-sous-Salève le, à la Prasle, maison de l’ethnologueMarcel Griaule et de sa femme Jeanne Griaule[14],[15], d'où il envoie sa démission de président de la République espagnole le au président du Congrès des députés, démission acceptée par la représentation permanente des Cortes le suivant[16]. Le, contraint par les autorités, il quitte Collonges-sous-Salève pourLe Pyla-sur-Mer etArcachon[17].
Tombe de Manuel Azaña à Montauban.
Il meurt le àMontauban dans l’hôtel du Midi, abritant le siège de lalégation du Mexique, où il avait reçu asile en vue d’entraver les manœuvres des polices pétainiste et franquiste visant à son enlèvement. Le, son cercueil est amené au cimetière de la ville recouvert d’undrapeau mexicain, répliquant en cela à l’interdiction faite par« le préfet Albert Durocher d'apposer des drapeaux républicains avant la visite du maréchal Pétain à Montauban. »[18]. Selon l'historienMax Lagarrigue :« Ce jour-là, plus de 3 000 républicains espagnols et de nombreuses personnalités » l'accompagnèrent jusqu'au cimetière communal de la cité d'Ingres où il repose encore aujourd'hui.
Le rôle de Manuel Azaña et sa responsabilité dans la venue de laguerre civile espagnole sont l'objet de débats entre les historiens. Si des historiens tels que l'anglaisHugh Thomas portent un regard positif sur son action dans les mois qui précèdent le conflit, vision partagée parBartolomé Bennassar et des personnalités politiques espagnoles commeJosé María Aznar qui évoque« la lucidité et l’intelligence de Manuel Azaña », d'autres comme le spécialiste de l'Espagne franquisteStanley Payne voient au contraire dans Azaña l'un des principaux responsables du conflit[19].
↑René Martinez, « La Seconde République espagnole 1931-1939 »,Humanisme. Revue des francs-maçons et du Grand Orient de France, Paris,vol. 2007,no 1 (n° 276),,p. 39-48(lire en ligne, consulté le).
↑Olivier Bot, « Le dernier acte de la République espagnole fut signé en 1939 dans le Grand Genève. Samedi, la table sur laquelle le président espagnol signa sa démission en 1939 a été restituée à l'Espagne lors d'une cérémonie à Collonges-sous-Salève »,La Tribune de Genève,Genève, Tamedia Publications romandes SA,(lire en ligne, consulté le).
↑« Diario de Sesiones del Congreso de los Diputados, 3 marzo 1939 », dansLa España política del siglo XX, en fotografías y documentos: Tomo tercero: La Guerra Civil: 1936-1939, éd. Fernando Díaz-Plaja, Barcelone, 1970, p. 501-503.
L'association Présence Manuel Azaña (France) entend préserver la mémoire et l'histoire du dernier président de la République et celle des Républicains espagnols. Elle a son siège àMontauban et organise chaque année, le jour anniversaire de sa disparition, lesJournées Manuel Azaña 2009.