À la suite de son élection comme maire de Sibiu en 2000, il acquiert progressivement une solide popularité et adhère en 2013 auParti national libéral (PNL), formation decentre droit dont il devient président l'année suivante.
Klaus Werner Iohannis est né le, dans une maison du centre historique deSibiu. L'orthographe originale de son nom (qui est allemand) est « Johannis », mais le nom a été enregistré par un officier d'état civil comme « Iohannis » sur sonacte de naissance. Il parle l'allemand et leroumain, ainsi que l'anglais.
Ses parents, Susanne et Gustav Heinz Johannis, sont issus de laminorité allemande de Transylvanie. Il a une sœur plus jeune, Krista Johannis (née en 1963). Son père a travaillé comme technicien dans une entreprise, tandis que sa mère était infirmière. En 1992, ses parents décident d'émigrer vers l'Allemagne et de s’installer àWurtzbourg, comme une majorité desaxons après la chute durideau de fer. Cependant, Iohannis choisit de rester vivre et de travailler enRoumanie. Il a déclaré dans un entretien que sa famille vit àCisnădie depuis leXVIe siècle[1].
En 1989, il épouseCarmen Lăzurcă, professeur d'anglais au collège national Gheorghe Lazăr deSibiu ; ils n'ont pas d'enfant. Iohannis est membre de l'Église évangélique de la confession d'Augsbourg de Roumanie, l'égliseluthérienne germanophone deTransylvanie.
Après avoir été diplômé de la faculté de physique de l'université Babeș-Bolyai deCluj-Napoca, Klaus Iohannis passe son doctorat. Il est professeur de physique du secondaire dans diverses écoles et collèges à Sibiu, notamment, de 1989 à 1997, aucollège national Samuel von Brukenthal, la plus ancienne école germanophone en Roumanie. De 1997 à 1999, il est inspecteur général adjoint de l'école de Sibiu, et de 1999 jusqu'à son élection comme maire, en 2000, il est inspecteur scolaire général, chef des écoles publiques dujudeț de Sibiu.
Il rejoint leForum démocratique des Allemands de Roumanie (FDGR/DFDR), parti politique roumain représentant la minorité allemande, en 1990. Il siège au conseil d'administration de l'éducation enTransylvanie à partir de 1997 et au conseil local du parti àSibiu à partir de 1998.
En 2000, leFDGR àSibiu l'investit candidat à la mairie. Bien que la part de la minorité allemande dans la population totale de Sibiu soit descendue à 1,6 %, Iohannis est élu avec 69,18 % des voix. Il est ainsi le premier maire d'origine allemande d'une ville roumaine depuis Alfred Dörr, qui fut maire deSibiu de 1940 à 1945, mais dans le contexte de laSeconde Guerre mondiale, alors que laWehrmacht occupait le pays, et que le dictateur fascisteIon Antonescu était l'allié duTroisième Reich.
Klaus Iohannis est facilement réélu en 2004, avec 88,7 % des voix. En 2008, il remporte un troisième mandat avec 87,4 %, puis un quatrième en 2012, réalisant un score de 78,4 %.
En tant que maire, il réussit à relancer la restauration des infrastructures de la ville, de son centre historique et à effectuer un resserrement de l'administration municipale. Iohannis est également largement crédité de faire de la ville l'une des plus populaires destinations touristiques de laRoumanie grâce à la rénovation complète du centre ancien. Il établit des contacts avec de nombreux investisseurs étrangers. Sibiu est désignéecapitale européenne de la culture en 2007, avecLuxembourg, qui choisit de partager ce statut avec Sibiu du fait que beaucoup desSaxons de Transylvanie ont émigré auXIIe siècle depuis ce qui est aujourd'hui le Luxembourg jusqu'enTransylvanie[2].
Le, Iohannis est désigné « personnalité de l'année pour une Roumanie européenne » (enroumain :Personalitatea anului pentru o Românie Europeană) par l'organisation Eurolink - Maison de l'Europe.
Il décide de rejoindre le PNL le et se voit aussitôt nommé premier vice-président du parti, sous la présidence deCrin Antonescu. Ce dernier ayant démissionné le, Klaus Iohannis est élu le suivant pour prendre sa succession.
Le, le Parti national libéral annonce son départ du gouvernement, en réaction au refus deVictor Ponta de désigner Klaus Iohannis comme ministre de l'Intérieur[4].
Le, il arrive en deuxième position du premier tour, avec 30,4 % des voix, derrière lePremier ministre,Victor Ponta, qui est présenté comme le favori et qui totalise 40,3 % des suffrages[6]. Au second tour, le, Klaus Iohannis est élu avec 54,43 % des suffrages exprimés, profitant d'une hausse de la participation due à une mobilisation relativement forte (64,1 % de votants), notamment de la jeunesse.
Klaus Iohannis succède àTraian Băsescu, au pouvoir depuis 2004, le, devenant ainsi le sixièmeprésident de la Roumanie[7]. Dans une autobiographie publiée en, il revient sur la campagne électorale, qui selon lui« avait plutôt sa place dans les années 1990 » avec des scandales et« avec des seaux renversés sur la tête des candidats »[8].
La collaboration avec le Premier ministre social-démocrateVictor Ponta s'est détériorée à la suite des visites à l'étranger du Premier ministre sans en informer le président, mais surtout avec lamise en examen deVictor Ponta par laDirection nationale anticorruption pour 22 chefs d'accusation de corruption présumés, incitant Iohannis à exiger sa démission[9]. De même, Iohannis exprime son mécontentement avec les tentatives de modifications apportées au Code pénal[10].
Il tient une série de consultations avec lespartis politiques représentés au Parlement le, le but de ces discussions étant d'obtenir un accord politique qui assurant d'ici 2017 un budget minimal équibalent à 2 % du PIB pour leministère de la Défense nationale ; cet accord sera par la suite signé par toutes les forces politiques[11]. Le second tour de consultations est consacré au vote de la diaspora roumaine, au financement des campagnes électorales et des partis et aux levées d'immunités parlementaires[12].
Le, une décision de la cour d'appel deBrașov lui fait perdre une de ses maisons deSibiu, dont il est devenu propriétaire au moyen de faux documents[13],[14].
Au début du mois de, à la suite de l'incendie de la discothèque Colectiv et de la démission du Premier ministreVictor Ponta, Klaus Iohannis organise des consultations, en vue de la formation d'un nouveau gouvernement, avec les groupes parlementaires, comme exigé par la Constitution, mais également avec des représentants de la société civile. Il se rend égalementplace de l'Université, afin de rencontrer les manifestants qui s'y réunissent contre la corruption[15].
Le, il annonce la nomination deDacian Cioloș comme Premier ministre, déclarant« nous avons besoin d'un Premier ministre indépendant, ou technocrate comme on dit, d’une personne intègre, qui n’a pas été impliquée dans des scandales et qui a démontré être capable de gérer des situations compliquées »[16]. L'ensemble dunouveau gouvernement est composé d'individus n'étant condamnés ou poursuivis pour corruption et est composé d'un tiers de femmes[17],[18].
Début 2017, peu après la nomination dugouvernement Grindeanu, Klaus Iohannis participe aux manifestations contre le projet de réforme du Code pénal et d'amnistie des faits liés à la corruption. Le, il annonce qu'il ne promulguera pas la réforme controversée de la justice votée par le PSD[19].
Le ministre de la Justice,Tudorel Toader, lance le une procédure de destitution à l'encontre deLaura Codruța Kövesi, chef de laDirection nationale anticorruption (DNA), tandis que le président Iohannis, à qui il revient de mettre fin à ses fonctions s'il le souhaite, affirme qu'il s'est déclaré« à plusieurs reprises content de l’activité du DNA et de sa direction, un point de vue qu'il maintient »[20]. Le, une manifestation est organisée pour la soutenir[21]. Kövesi reçoit aussi le soutien du Conseil supérieur de la magistrature[22]. Le, la Cour constitutionnelle ordonne au président de la destituer, estimant que le président ne possède pas de pouvoir« discrétionnaire »[23]. L'opposition estime que la décision, prise par six juges sur neuf,« porte gravement atteinte à la crédibilité » de la cour[24]. Menacé de destitution par le PSD, Klaus Iohannis destitue finalement Laura Codruța Kövesi le[25]. Le, le ministre de la Justice nomme pour lui succéder Adina Florea, procureure à la cour d'appel de Constanta et réputée proche des sociaux-démocrates[26].
Le, il annonce son intention de briguer un second mandat présidentiel[27]. Il arrive en tête du premier tour avec 37,8 % des suffrages, devant l'ancienne Première ministreViorica Dăncilă[28]. Il refuse de débattre avec celle-ci en vue du second tour[29]. Il est réélu le avec 66,09 % des suffrages exprimés[30] et prête serment le suivant[31].
Le, Klaus Iohannis annonce sa candidature pour succéder àJens Stoltenberg ausecrétariat général de l'OTAN[32]. Mais le gouvernement roumain apporte son soutien àMark Rutte, ancienPremier ministre des Pays-Bas, ce qui conduit Klaus Iohannis à se retirer[33]. Selon les médias, il s'est ainsi tiré une « balle dans le pied » alors que la candidature de Mark Rutte avait été validée par tous les États membres[34].
En, son nom est rayé de la liste des chefs d’État conviés à rencontrer le nouveau patron de l’alliance transatlantique en pleinecrise politique intérieure, ce qui fait de lui unparia sur la scène internationale[34].
Impopularité, crise politique de 2024-2025 et démission
À la fin de sa présidence, Klaus Iohannis, ciblé par une campagne de critiques, devient impopulaire, accusé d'être un « roi fainéant », de se consacrer davantage à sa ville natale de Sibiu et aux affaires étrangères (on lui reproche voyages et leur coût) qu'au pays[34].
S'il reste apprécié de dirigeants européens, les politologues soulignent sa discrétion (il a rompu avec l'« hyper-présidence » de son prédécesseurTraian Băsescu et l'échec de son plan visant à faire de l'éducation la priorité nationale du pays : 250 000 élèves ont abandonné l’école sous sa présidence, soit 150 000 de plus qu’avant son arrivée au pouvoir, les écoles publiques ayant connu le plus grand déclin dans tous les tests internationaux[35],[34]. Sa gestion de lapandémie de Covid-19 est également décriée, tout comme son silence de plusieurs jours lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie[34].
Le, à deux jours du second tour de l'élection présidentielle allant opposer le candidat d'extrême droitepro-russe favori du scrutin,Călin Georgescu, et la libéraleElena Lasconi, laCour constitutionnelle annule l'ensemble du processus électoral en invoquant des soupçons d’ingérence russe. Ayant reconduit le social-démocrateMarcel Ciolacu à la tête du gouvernement, Klaus Iohannis est, selonLe Figaro, alors jugé par« beaucoup » comme étant le principal responsable de la crise politique en cours. Trois semaines plus tôt, il avait déclaré :« Je vous demande pardon d’avoir, au fil des ans, pris des décisions nécessaires, mais qui vous ont déplu et que, très probablement, je n’ai pas suffisamment expliquées ». L'universitaire Silvia Marton explique alors que cemea culpa arrive« trop tard pour l’exonérer de sa responsabilité politique et morale dans une crise aussi sérieuse » ; elle juge que« lorsqu’un extrémiste est arrivé à la surprise générale au second tour de la présidentielle, Iohannis s’est contenté d’articuler des excuses étrangement narcissiques »[34]. Pour certains gouvernements européens comme ceux de l'Autriche, de la Hongrie, de la Slovaquie ou de la Bulgarie, les preuves d’une ingérence russe de nature à justifier une décision aussi grave que l’annulation du processus électoral semblent avoir été jugées un peu maigres[34]. Le, des dizaines de milliers de personnes manifestent contre cette décision[36],[37].
Alors qu'unenouvelle élection présidentielle est prévue les et, et qu'il fait face à une procédure de destitution soutenue par le bloc d'extrême droite composé de l'Alliance pour l'unité des Roumains (AUR), deS.O.S. Roumanie (SOS), et duParti de la jeunesse (POT), ainsi que par l'Union sauvez la Roumanie (USR), il annonce le qu'il démissionnera le« afin d'épargner à la Roumanie et aux citoyens roumains une crise »[38]. La motion était alors en mesure d'être adoptée par le ralliement de quelques parlementaires du bloc pro-européen[39],[40]. Celle-ci a par ailleurs abouti à la troisième tentative, après avoir obtenu le ralliement de l'USR[41]. Jusqu'à l'élection de mai, c'est alors le président duSénat,Ilie Bolojan, qui assure l'intérim.
Dès son élection, en, Klaus Iohannis affiche sa volonté de lutter contre lacorruption et envoie des messages de soutien aux procureurs enquêtant sur les cas sensibles desoligarques et des personnalités politiques accusées de corruption, comme lors du congrès annuel de laDirection nationale anticorruption le, lors duquel il apporte son appui au parquet anticorruption[42],[43].
En 2018, il déclare que les flux migratoires« doivent être contrôlés » et soutient le renforcement des frontières extérieures de l'Europe[46]. Il accepte le quota de migrants fixé pour son pays par l'UE, mais ajoute qu'il s'oppose toujours à ce que des quotas obligatoires soient fixés par laCommission[47].
Il déclare, en 2014, qu'« aucune personne ne devrait être persécutée parce qu'elle appartient à un autre groupe, ni être répudiée juste parce qu'elle est différente »[48]. Néanmoins, à propos de la reconnaissance juridique descouples de même sexe en Roumanie, il prend acte que, vu laforte influence de l'Église orthodoxe roumaine (notamment dans les campagnes),« la société roumaine n'est pas prête pour une réponse catégorique »[48]. Dans le même entretien, il se dit« prêt à ouvrir la question » et affirme :« Nous devons accepter que toute minorité ait des droits, et une majorité n'est forte que si elle protège les minorités[48]. »
En ce qui concerne l'initiative visant à modifier l'article 48 de la Constitution (interdiction du mariage homosexuel) lancée par laCoalition pour la famille(en), Klaus Iohannis réaffirme les principes de tolérance et d'acceptation mutuelle[49]. Il déclare ainsi lors d'une conférence de presse :« Il est faux de donner de l'importance ou de suivre le fanatisme religieux et les ultimatums. Je ne crois pas en eux et je ne les soutiens pas. Je crois en la tolérance, la confiance et l'ouverture aux autres »[50]. Ainsi, il est le premier haut responsable du pays à ouvrir le débat sur les mariages de même sexe[51]. Sa réaction a été saluée par plusieurs médias internationaux, notammentThe Washington Post[52],[53], tandis que des organisations religieuses et conservatrices roumaines ont critiqué sa position sur les droits des LGBT.
↑Il y déclare :« D'année en année, l'activité de la Direction nationale anticorruption est devenue plus efficace, de par le nombre et la complexité des dossiers instruits, ainsi que de par les décisions finales de confiscation et de recouvrement de biens acquis illégalement. Vous êtes un modèle d'institution qui fonctionne et créez une norme de performance. Grâce à votre activité et vos réalisations, vous avez gagné l'appréciation des citoyens roumains qui veulent vivre dans une société juste ; dans un pays sans corruption, dans lequel les élus les représentent, et dans lequel ceux qui exercent des fonctions publiques sont réellement au service des personnes. Les résultats obtenus grâce à vous dans la lutte contre la corruption, appréciés également au-delà des frontières de la Roumanie, sont une garantie que le processus de consolidation de la démocratie et de l'État de droit en Roumanie est sur la bonne voie. Je suis convaincu que nous réussirons à être de plus en plus puissants dans l'application du principe constitutionnel selon lequel personne n'est au-dessus de la loi, et à nous aligner sur les pratiques en vigueur dans démocraties consolidées, qui mettent le citoyen au centre de toute politique publique. ».