Il n'était pas prévu que le prince Albert monte sur le trône. C'est pourquoi Albert passa les premières années de sa vie dans l'ombre de son frère aîné, David (futurÉdouardVIII). Il servit dans laRoyal Navy et laRoyal Air Force durant laPremière Guerre mondiale. Après la guerre, il remplit les habituels engagements publics de son rang. IlépousaElizabeth Bowes-Lyon en 1923 et ils eurent deux filles,Élisabeth etMargaret.
À la mort de son père en 1936, son frère accéda au trône sous le nom d'ÉdouardVIII. Toutefois, moins d'un an plus tard, Édouard exprima le désir de se marier avecWallis Simpson, uneaméricaine deux foisdivorcée. Pour des raisons politiques et religieuses, lePremier ministreStanley Baldwin informa le roi qu'il ne pouvait pas l'épouser et rester roi.ÉdouardVIII choisit d'abdiquer et Albert, surmontant ses problèmes debégaiement, monta sur le trône sous le nom deGeorgeVI, devenant ainsi le troisième monarque issu de lamaison Windsor.
Durant le règne deGeorgeVI, la dislocation de l'Empire britannique et sa transition vers leCommonwealth s'accélérèrent. En effet, le parlement de l'État libre d'Irlande supprima toute référence au roi dans sa constitution et ce, le jour de l'accession au trône de ce dernier ; lepays devintofficiellement unerépublique en1949 et quitta le Commonwealth.
Victime de problèmes de santé dans les dernières années de son règne, il mourut le d'unethrombose coronaire pendant son sommeil. Après son décès en 1952, sa fille aînée lui succéda sous le nom d'ÉlisabethII.
Quatre rois :ÉdouardVII (extrême-droite), son fils George de Galles, futurGeorgeV (extrême-gauche), et ses petits-fils David, futurÉdouardVIII (arrière-plan) et Albert, futurGeorgeVI (premier-plan), vers 1908.
Le jour de sa naissance, le, coïncidait avec l'anniversaire de la mort de son arrière-grand-père, leprince consortAlbert[4],[1],[5],[6]. Le prince de Galles écrivit au duc d'York que la reine Victoria, veuve d'Albert, avait été« quelque peu bouleversée » par l'annonce de la naissance. Deux jours plus tard, il lui écrivit à nouveau :« je pense vraiment qu'elle serait satisfaite si vous lui proposiez le nom d'« Albert[7],[6] » ». La reine fut apaisée par cette idée et écrivit à la duchesse d'York :« Je suis très impatiente de voir le nouveau-né, en un jour si triste mais qui le sera moins désormais », d'autant plus qu'il sera appelé par ce cher nom qui est synonyme de tout ce qui est grand et bon[6]. Le nouveau-né fut doncbaptisé « Albert Frederick Arthur George » dans l'église St. Mary Magdalene près de Sandringham, trois mois plus tard[N 1]. En tant qu'arrière-petit-fils de la reine Victoria, il fut formellement appeléSon Altesse le prince Albert d'York dès sa naissance. Au sein de sa famille, il était couramment surnommé « Bertie[9],[1],[5],[10] ». Sa grand-mère maternelle, la duchesse de Teck, n'aimait pas le prénom qu'avait reçu le nouveau-né et elle écrivit prophétiquement qu'elle espérait que le dernier prénom« puisse supplanter le moins favorisé[11] ».
Albert souffrait d'une santé fragile et était décrit comme« facilement effrayé et quelque peu pleurnichard[12] ». Albert et David furent confiés à desnourrices, comme cela était la norme de l'époque pour les familles aristocratiques, et leurs parents, le duc et la duchesse d'York, étaient donc peu présents avec eux. Albert était touché par unbégaiement qui dura de longues années et était forcé d'écrire avec sa main droite alors qu'il était naturellement gaucher. Il souffrait degenoux cagneux, qui l'obligèrent à porter desattelles correctrices[13], et de problèmes digestifs chroniques.
La reine Victoria mourut le et le prince de Galles lui succéda sous le nom d'ÉdouardVII. Le duc d'York devint le premier dans l'ordre de succession au trône alors que ses fils David et Albert passaient respectivement à la deuxième et à la troisième place.
En 1909, Albert entra auRoyal Naval College d'Osborne. En 1911, il arriva dans les derniers de sa promotion lors de l'examen final mais intégra néanmoins leRoyal Naval College deDartmouth[14],[15],[16]. Lorsqu'ÉdouardVII mourut en 1910, le père d'Albert devint roi sous le nom deGeorgeV. Édouard devint prince de Galles et Albert se trouvait à présent en second dans l'ordre de succession[17].
Le prince Albert (à gauche) pendant un dîner de laRAF en 1919 avecHugh Trenchard (au centre) et Christopher Courtney (à droite).
Albert passa les six premiers mois de l'année 1913 à bord du navire d'entraînementHMS Cumberland auxCaraïbes et sur la côte orientale duCanada[18]. Il embarqua ensuite en tant qu'aspirant sur leHMS Collingwood le et passa trois mois enMéditerranée. Ses collègues officiers lui donnèrent le surnom de « Mr. Johnson[19] ». Un an plus tard, il commença son service pendant laPremière Guerre mondiale. Il reçut unecitation militaire pour son rôle d'officier de tourelle à bord du HMSCollingwood durant labataille du Jutland qui fut le principal engagement naval de la guerre. Il ne participa pas à d'autres combats, principalement du fait de problèmes de santé causés par unulcère gastro-duodénal pour lequel il fut opéré en[20]. En, il fut nommé officier à labase aérienne d'entraînement duRoyal Naval Air Service àCranwell[21]. Avec la création de laRoyal Air Force (RAF) deux mois plus tard et le transfert de la base de Cranwell de la marine à l'armée de l'air, Albert intégra la Royal Air Force[20]. Il fut nomméofficier commandant à Cranwell et y resta jusqu'en[21]. Il fut le premier membre de la famille royale à obtenir son brevet de pilotage[22],[16]. Dans les dernières semaines de la guerre, il servit au sein de l'état-major de l'unité debombardement stratégique de la RAF àNancy[23]. Après la dissolution de cette unité à la fin de la guerre, il resta deux mois sur le continent avant de revenir en Grande-Bretagne[24].
En, Albert entra auTrinity College de l’université de Cambridge où il étudia l'histoire, l'économie et l'instruction civique pendant un an[25],[26]. C’est à cette époque-là qu’il aurait prononcé sur la famille royale cette phrase restée célèbre : « Nous ne sommes pas une famille. Nous sommes une entreprise. »[27] Le, il fut faitduc d'York, comte d'Inverness et baron Killarney[2]. Il commença alors à réaliser des missions plus royales. Il représentait son père lors des événements publics et ses visites de mines de charbon, d'usines et de dépôts ferroviaires lui valurent le surnom de « prince industriel[28],[29],[30] ». Son bégaiement, son embarras à ce sujet, associé à sa timidité le rendaient bien moins impressionnant que son frère aîné. Il était cependant sportif et aimait jouer au tennis[31]. Il s'intéressa aux conditions de travail et devint président de l’Industrial Welfare Society qui organisait, entre autres, des camps d'été pour mélanger les jeunes d'origines sociales variées[32],[33].
À une époque où les membres de familles royales se mariaient entre eux, il était inhabituel qu'Albert ait eu la liberté de choisir une future femme. En 1920, il rencontra pour la première fois depuis son enfance, LadyElizabeth Bowes-Lyon, la plus jeune fille ducomte et de lacomtesse de Strathmore et Kinghorne[34],[35]. Il était déterminé à l'épouser, mais elle refusa deux fois ses avances en 1921 et 1922, apparemment parce qu'elle n'était pas prête à faire les sacrifices nécessaires pour rejoindre la famille royale[36]. Après une période de séduction prolongée, Elizabeth accepta de l'épouser[37],[38].
Ilsse marièrent le dans l'abbaye de Westminster. La nouvelleBritish Broadcasting Company souhaitait enregistrer et diffuser l'événement par radio, mais lechapitre de l'abbaye mit sonveto à cette idée même si ledoyen Herbert Edward Ryle y était favorable[39]. Elizabeth devint ainsiSon Altesse Royale la duchesse d'York. Ce mariage avec une personne extérieure à une famille royale était considéré comme un signe de modernité[40].
En raison de son bégaiement, Albert craignait de parler en public[42]. Après son discours de clôture de l'Exposition impériale britannique àWembley le, qui fut un supplice pour l'auditoire et pour lui-même[43],[33], il commença à voirLionel Logue, un orthophoniste australien. Le duc et Logue se livrèrent à des exercices de respiration et la duchesse s'entraîna patiemment avec lui[44],[45] ; il fut ainsi capable de parler avec moins d'hésitation[46],[47]. Avec sa meilleure élocution, Albert inaugura leParlement australien deCanberra durant une visite de l'Empire britannique en 1927[48],[49]. Son trajet maritime jusqu'en Australie, la Nouvelle-Zélande et lesFidji le fit passer enJamaïque où il joua en double au tennis avec un partenaire noir, ce qui était inhabituel pour l'époque et fut localement considéré comme un signe de tolérance[50].
Le duc et la duchesse d'York eurent deux enfants :Élisabeth (surnommée « Lilibet » par sa famille) etMargaret. Le couple et ses deux filles vécurent une vie relativement abritée dans leur résidence londonienne dePiccadilly où ils formaient une famille soudée et aimante[51]. En 1931, lePremier ministre du CanadaRichard Bedford Bennett proposa que le duc deviennegouverneur général du Canada, mais cette proposition fut rejetée par le roiGeorgeV sur les conseils de ses ministres[52].
Portrait du roiGeorgeVI en tenue d'amiral de la flotte.
GeorgeV avait de forts doutes au sujet du prince Édouard et déclara :« Je prie Dieu que mon fils aîné [Édouard] n'ait jamais ni femme ni enfant, et que rien n'empêche Bertie et Lilibet d'accéder au trône[53] ». Le,GeorgeV mourut et David monta sur le trône sous le nom d'ÉdouardVIII. Le prince Albert et ses trois frères, David,Henry etGeorge se relayèrent pour assurer la garde devant la dépouille de leur père placé dans un cercueil fermé dansWestminster Hall.
CommeÉdouardVIII n'était pas marié et n'avait aucun enfant, Albert devint l'héritier présomptif au trône. Le,ÉdouardVIIIabdiqua pour épouser samaîtresse,Wallis Simpson, une mondaineaméricaine qui avaitdivorcé de son premier mari et était en procédure de divorce avec son second.ÉdouardVIII avait été informé par lePremier ministre,Stanley Baldwin, qu'il ne pourrait pas rester roi et épouser une femme divorcée dont les précédents maris étaient encore en vie.ÉdouardVIII préféra renoncer au trône plutôt qu'à sa relation avec Simpson. Albert devint donc roi, une fonction qu'il était réticent à accepter[54]. La veille de l'abdication, il se rendit àLondres pour voir sa mère. Il écrivit dans son journal :« quand je lui ai dit ce qu'il s'était passé, j'ai craqué et fondu en larmes comme un enfant[55] ».
Le jour de l'abdication, leparlement de l'État libre d'Irlande retira toute mention directe du monarque dans la Constitution irlandaise. Le lendemain, il vota l’External Relations Act qui faisait du roi le représentant de l'Irlande dans les questions de politique internationale. Les deux actes transformaient techniquement l'État libre d'Irlande enrépublique, mais sans retirer ses liens avec leCommonwealth[56].
Lecourtisan etjournaliste Dermot Morrah avança qu'il y eut une brève période de spéculation sur les avantages de contourner Albert (et ses enfants) et son frèreHenry en faveur du quatrième fils deGeorgeV,George de Kent. Il semble que cela était basé sur le fait que le prince George était à ce moment le seul frère d'Édouard à avoir unfils[57],[58].
Albert prit le nom de « GeorgeVI » pour mettre l'accent sur la continuité avec son père et restaurer la confiance dans la monarchie[59],[60]. Le début de son règne fut marqué par les questions entourant son prédécesseur et frère dont les titres et les fonctions restaient à définir. Il avait été introduit commeSon Altesse Royale par le prince Édouard lors de son discours d'abdication[61],[62], maisGeorgeVI considérait qu'il avait perdu le droit de porter des titres royaux commeAltesse royale en renonçant au trône[63]. Pour régler la question, la première décision du nouveau roi fut d'accorder à son frère le titre deSon Altesse Royale le duc de Windsor, mais leslettres patentes créant le duché empêchaient sa femme ou ses futurs enfants de porter des titres royaux.GeorgeVI fut également obligé de racheter à Édouard les résidences royales deBalmoral et deSandringham House de même que les propriétés privées qui ne lui furent pas automatiquement transmises[64]. Trois jours après son accession au trône, le jour de son41e anniversaire, il fit entrer sa femme, la nouvellereine consort, dans l'ordre de la Jarretière[65].
Lecouronnement deGeorgeVI eut lieu le, la date qui avait été fixée pour le couronnement de son frère. En rupture avec la tradition, la reine Mary assista à la cérémonie pour montrer son soutien à son fils[66]. Il n'y eut pas dedarbâr organisé àDelhi comme cela avait été le cas pour son père, car le coût aurait été prohibitif pour legouvernement de l'Inde[67]. La montée en puissance dunationalisme indien signifiait également qu'une visite du couple royal aurait au mieux été ignorée[68], et une absence prolongée de Grande-Bretagne aurait été jugée néfaste dans la période tendue avant laSeconde Guerre mondiale. Deux tournées outre-mer furent néanmoins entreprises enFrance et enAmérique du Nord car cela présentait des avantages stratégiques significatifs en cas de guerre[69].
La probabilité grandissante d'une guerre enEurope domina le début du règne deGeorgeVI. Le roi était constitutionnellement forcé de soutenir lapolitique d'apaisement du Premier ministreNeville Chamberlain[13],[70]. Le couple royal invita néanmoins Chamberlain à apparaître avec lui sur le balcon deBuckingham à son retour deMunich en 1938. Cette association publique de la monarchie avec une personnalité politique était exceptionnelle car les apparitions au balcon étaient traditionnellement restreintes à la famille royale[13]. Bien que populaire auprès de l'opinion publique, la politique de Chamberlain enversAdolf Hitler était critiquée par une partie de laChambre des communes, ce qui poussa l'historien John Grigg à décrire le comportement du roi en s'associant d'aussi près avec un homme politique comme« l'acte le plus inconstitutionnel d'un souverain britannique dans le siècle actuel[71] ».
En et, le couple royal visita leCanada et lesÉtats-Unis. Il fut rejoint àOttawa par lePremier ministre canadienWilliam Lyon Mackenzie King[72] qui les présenta commeroi et reine du Canada[73],[74].GeorgeVI fut le premier souverain régnant du Canada à se rendre en Amérique du Nord même s'il s'y était déjà rendu en tant que prince Albert et duc d'York. Legouverneur général du CanadaJohn Buchan et Mackenzie King espéraient que la présence du roi au Canada démontrerait les principes duStatut de Westminster de 1931 qui reconnaissait la pleine souveraineté desdominions et stipulait que chacun représentait une monarchie séparée. Dans sa résidence canadienne deRideau Hall,GeorgeVI approuva personnellement leslettres de créance du nouvel ambassadeur américain au Canada,Daniel C. Roper. L'historien officiel de cette visite royale,Gustave Lanctot, déclara :« Lorsque Leurs Majestés entrèrent dans leur résidence canadienne, le Statut de Westminster devint pleinement réalité : le roi du Canada était rentré chez lui[75] ».
L'ensemble du voyage était destiné à réduire le fort sentimentisolationniste en Amérique du Nord concernant les tensions en Europe. Même si l'objectif de la tournée était essentiellement politique, pour renforcer le soutien au Royaume-Uni dans la guerre à venir, le couple royal fut accueilli avec enthousiasme par le public[76],[77],[78]. La crainte queGeorgeVI ne soit négativement comparé avec son prédécesseurÉdouardVIII fut dissipée[79]. Le roi et la reine se rendirent à lafoire internationale de New York et séjournèrent avec leprésidentFranklin D. Roosevelt à laMaison-Blanche et à sarésidence privée deHyde Park[80]. Le couple royal forgea une relation d'amitié avec le président et cela eut un impact important sur les relations entre le Royaume-Uni et les États-Unis dans la guerre qui suivit[81],[82],[83].
Le roiGeorgeVI passant en revue les troupes dans leKent, pendant la guerre, en.
En, le Royaume-Uni, l'Afrique du Sud, l'Australie, leCanada et laNouvelle-Zélande déclarèrent la guerre à l'Allemagne nazie[84],[85]. Parmi les dominions de Sa Majesté, seule l'Irlande fit savoir qu'elle resterait neutre[86].GeorgeVI et son épouse refusèrent de quitter lacapitale britannique malgré lesbombardements allemands. Même s'ils résidèrent officiellement aupalais de Buckingham tout au long de la guerre, ils passaient généralement leurs nuits dans lechâteau de Windsor[87],[88]. Le premier raid aérien allemand sur Londres, le, tua plusieurs centaines de personnes essentiellement dans l’East End[89]. Le, le roi et la reine faillirent être tués lorsque deux bombes allemandes explosèrent dans une cour du palais de Buckingham alors qu'ils s'y trouvaient[90]. La reine commenta :« Je suis heureuse que nous ayons été bombardés. Cela me fait sentir que nous sommes l'égal de l’East End[91],[92],[93] ». La famille royale était représentée partageant les mêmes dangers et privations que le reste du pays. Elle était soumise aurationnement et laPremière dame des États-UnisEleanor Roosevelt nota le rationnement de la nourriture et de l'eau du bain pendant un séjour dans un palais de Buckingham non-chauffé et barricadé[94]. En, le frère du roi,George de Kent, fut tué lors ducrash de son hydravion militaire enÉcosse[95],[96].
En 1940,Winston Churchill succéda àNeville Chamberlain au poste dePremier ministre, même siGeorgeVI aurait préféré nommerLord Halifax[97]. Le roi fut déçu de la nomination par Churchill deLord Beaverbrook au Cabinet mais Churchill et lui développèrent la« relation personnelle la plus étroite entre un monarque et un Premier ministre dans l'histoire moderne britannique[98] ». À partir de, les deux hommes se rencontrèrent en privé chaque jeudi pendant plusieurs heures pour discuter de la guerre[99].
Tout au long de la guerre, le couple royal s'efforça de soutenir le moral de la population britannique en se rendant sur les sites des bombardements et des usines de munitions. Le roi se rendit également auprès des troupes enFrance en, enAfrique du Nord et àMalte en, enNormandie en, dans le sud de l'Italie en et dans lesPays-Bas en de la même année[100]. Leur popularité auprès du public et leur détermination apparemment sans limites assurèrent leur place de symbole de la résistance de la nation[101]. Le, les foules en liesse criaient devant le palais de Buckingham,We want the King ! (« Nous voulons le Roi ! »).GeorgeVI invita donc Churchill à apparaître avec lui sur le balcon du palais comme il l'avait fait avec Chamberlain sept ans plus tôt[102]. Au soir du, son discours retransmis sur laBBC, station radio alors en pleine heure de gloire, est écouté par un taux record de 80 % des Britanniques[103]. En,GeorgeVI s'adressa auxNations unies pour leur premièreAssemblée qui fut organisée à Londres et réaffirma« [sa] conviction dans l'égalité des droits des hommes et des femmes et des nations grandes ou petites[104] ».
Dissolution de l'Empire britannique et développement du Commonwealth
GeorgeVI (à droite) avec le Premier ministre britanniqueClement Attlee en.
Le règne deGeorgeVI vit l'accélération de la dissolution de l'Empire britannique et son remplacement par leCommonwealth. LeStatut de Westminster de 1931 avait déjà officiellement reconnu les résolutions desconférences impériales de1926 et1930 stipulant que les dominions étaient desÉtats égaux au Royaume-Uni. Néanmoins, trois d'entre-eux ne disposaient pas encore d'une pleine souveraineté, le Royaume-Uni possédait un pouvoir sur les constitutions duCanada, de l'Australie et de laNouvelle-Zélande. Le processus de transformation d'un Empire à une association volontaire d'États souverains avec leCommonwealth après la Seconde Guerre mondiale se développa sous le mandat du Premier ministreClement Attlee[105]. L'Inde britannique sedivisa en deux dominions indépendants, l'Inde et lePakistan, en 1947[106].GeorgeVI abandonna le titre d'empereur des Indes et devint roi de l'Inde et du Pakistan. Peu après éclata lapremière guerre indo-pakistanaise. Roi des deux pays, le monarque resta neutre et ne se mêla pas du conflit. Il cessa d'être roi de l'Inde en 1950 lorsque le pays devint une république au sein duCommonwealth, mais resta roi du Pakistan jusqu'à sa mort. D'autres pays quittèrent leCommonwealth comme laBirmanie en, laPalestine (divisée entreIsraël et les États arabes) en et l'Irlande en[107].
En 1947, le roi et sa famille se rendirent enAfrique du Sud[108]. LePremier ministre sud-africain,Jan Smuts, se préparait à des élections et espérait profiter politiquement de la visite[109].GeorgeVI fut cependant consterné quand le gouvernement sud-africain lui demanda de ne serrer la main qu'à des Blancs[110] et fit référence à ses gardes du corps sud-africains comme à la « Gestapo »[111],[112]. Malgré la tournée royale, Jan Smuts perdit lesélections de et le nouveau gouvernement renforça la politique deségrégation raciale en instaurant l'apartheid.
GeorgeVI meurt àSandringham, où il s'était retiré avec sa famille pour fêterNoël, à l'.
Le, malgré les conseils de ses proches, George VI se rend à l'aéroport de Londres-Heathrow pour assister au départ de la princesse Élisabeth et du prince Philip vers l'Australie. C’est la dernière fois que le souverain, malade et physiquement affaibli, apparaît en public.
Dans la nuit du 5 au 6 février 1952, âgé de 56 ans, il meurt dans son sommeil d’unethrombose coronaire dans sa résidence deSandringham House. À 7 h 30 du matin, son valet de pied venu le réveiller découvre le corps inanimé du souverain. Il transmet la nouvelle par téléphone aupalais de Buckingham en utilisant une phrase codée (« Hyde Park Corner ») afin d'éviter que les standardistes soient informées de la mort du roi[122].
La princesse Élisabeth apprend la nouvelle alors qu'elle se trouve auKenya, sur le chemin de retour de son voyage en Australie. Elle devient la reineÉlisabethII à l'âge de25 ans.
La nouvelle est rendue publique à 11 h par un journaliste de laBBC, John Snagge, qui prononce ces mots : « C’est avec la plus grande tristesse que nous faisons l’annonce suivante… ». La nouvelle est répétée à sept reprises à un intervalle de quinze minutes, puis la radio cesse d'émettre pendant cinq heures. La clocheGreat Tom de lacathédrale Saint‑Paul sonne chaque minute pendant deux heures, ainsi que les cloches de l'abbaye de Westminster. La cloche de Sébastopol, trophée installé au château de Windsor, qui ne sonne qu’à la mort d'un monarque, sonne56 fois, autant que d'années de la vie deGeorgeVI, entre 13 h 27 et 14 h 22.
Le cercueil deGeorgeVI est transporté le 12 février de l'église Sainte-Marie-Madeleine aupalais de Westminster, où, pendant trois jours, des milliers de personnes défilent devant la dépouille du roi afin de lui rendre un dernier hommage[124].
Lorsque le convoi funèbre arrive à Windsor, le cortège est similaire à celui de Londres, mais de taille réduite. Après une cérémonie religieuse,GeorgeVI est inhumé dans leRoyal Vault, un caveau situé dans lachapelle Saint-Georges duchâteau de Windsor.
Statue deGeorgeVI dans les jardins de Carlton à Londres.
Selon letravailliste George Hardie, la crise d'abdication de 1936 fit« plus pour lerépublicanisme que cinquante années de propagande[N 2] ».GeorgeVI écrivit à son frère Édouard après son abdication qu'il avait assumé avec réticence« un trône à bascule » (dans le sens de trône dépendant de la stricte succession) et qu'il essayait de« le rendre à nouveau stable[N 3] ».GeorgeVI était devenu roi à un moment où le soutien du public à la monarchie était en plein déclin. Durant son règne, les Britanniques endurèrent les difficultés de la guerre et le pouvoir impérial dans les colonies sombra. Cependant, son image d'homme de famille respectueux et son courage personnel restaurèrent la popularité de l'institution monarchique[129],[130]. Il fut le fondateur d'un nouveau Royaume-Uni, privé de ses dominions et d'une Irlande devenue indépendante, mais riche d'un capital humain qui avait fait corps avec la monarchie. L'homme timide s'était révélé un chef dévoué à ses sujets qui le lui rendirent dans leur respect pour sa fille,ÉlisabethII. Le roi ou la reine du Royaume-Uni étaient devenus l'âme de la Nation.
En tant que duc d'York, Albert portait lesarmoiries royales du Royaume-Uni différenciées par unlambel de trois pointsargent dont le central présentait uneancreazur ; cette différence avait été accordée à son pèreGeorgeV lorsqu'il était duc d'York et elle fut également placée sur les armoiries de son petit-fils, le princeAndrew d'York. Lors de son règne, il portait les armoiries royales non différenciées[138].
↑ArthurBousfield et GarryToffoli,Royal Spring : The Royal Tour of 1939 and the Queen Mother in Canada, Toronto, Dundurn Press,, 96 p.(ISBN1-55002-065-X,lire en ligne),p. 60, 66
↑GustaveLanctot,Royal Tour of KingGeorgeVI and Queen Elizabeth in Canada and the United States of America 1939, Toronto, E.p. Taylor Foundation,
↑WilliamGalbraith, « Fiftieth Anniversary of the 1939 Royal Visit »,Canadian Parliamentary Review, Ottawa, Commonwealth Parliamentary Association,vol. 12,,p. 7-9(lire en ligne, consulté le)
↑WillSwift,The Roosevelts and the Royals : Franklin and Eleanor, the King and Queen of England, and the Friendship that Changed History, John Wiley & Sons,
1. Prince de Saxe-Cobourg et Gotha par naissance puis crééprince consort par la reineVictoria. 2. Prince de Grèce et de Danemark par naissance puis créé prince du Royaume-Uni par la reineÉlisabeth II.