Les enclaves deForcados et deBadjibo étaient deux terrains situés à proximité du fleuveNiger, dans l’actuelNigeria, et concédés à bail à laFrance par le gouvernementbritannique au début duXXe siècle.
Elles ont été obtenues par la France après plusieurs missions de reconnaissance et de pénétration sur le Niger (Mission Hourst 1894, Granderye 1898-99,Toutée 1895 et 1899-1900,Lenfant 1901-02, etc.). La France cherchait alors à déterminer s'il était possible de ravitailler ses colonies duSoudan français par navigation sur le bas Niger, plutôt que par leSénégal qui représentait la voie d'accès traditionnelle.
Chacun de ces terrains représentait environ47 hectares[1]. Ils ont fait l'objet de deux conventions de bail signées toutes deux le, « en exécution de l’article 8 de la convention du », parThéophile Delcassé,ministre français des Affaires étrangères, et Sir Edmund Monson, ambassadeur du roiGeorge V du Royaume-Uni. Ces conventions s’inscrivent dans le cadre de la politique d’Entente cordiale entre les deux pays (après d'âpres querelles concernant la délimitation de leurs colonies respectives dans cette partie de l'Afrique) et dans le principe de la liberté de navigation sur le fleuve Niger.
Ces enclaves étaient destinées au débarquement, magasinage et transbordement des marchandises, et les seuls résidents permanents devaient être les personnels employés à cet effet, leurs familles et leurs domestiques. Le bail était dans chaque cas de 30 ans reconductible, et assorti de diverses obligations, dont celle d'enclore les terrains, et de l'interdiction du commerce de détail. Le loyer annuel convenu était de 1 franc de l’époque dans chaque cas.
Ces enclaves étaient encore mentionnées dans des manuels scolaires français en 1926[2]. Il semble que le bail n'ait pas été renouvelé à la fin de la convention.
Sur cette carte allemande de 1907 (cliquer pour agrandir), on distingue les mentions « (Franz.) Forcados » (Forcados, français) à l'ouest du delta du Niger, sur leGolfe du Bénin5° 21′ 36″ N, 5° 20′ 42″ E, et « Badjibo - Franz. Pachtung » (Badjibo, concession française) entre Bussa et Djebba, dans la région appelée Nupe.Niamey (orthographié Niame) est en haut à gauche.
L'enclave de Badjibo[3] se situait sur la rive droite du Niger, au confluent avec le ruisseau Doko (à 36 km environ en amont de Jebba[4], et en aval des rapides deBoussa, ou l'explorateur écossaisMungo Park avait perdu la vie), à lalatitude de 9° 30' N. En forme deparallélogramme, elle occupait un front de 400 m sur le fleuve pour une profondeur de 1 200 m environ, en face du village de Badjibo.
Ce terrain se trouvait à proximité immédiate deFort Arenberg, fondé parGeorges Joseph Toutée et ainsi dénommé en l'honneur d'Auguste d'Arenberg, président du « Groupe colonial » de l'époque. Toutée, parvenu le face au village de Badjibo (qui lui avait été dépeint comme une « grosse ville anglaise »), avait aménagé ce poste en février-, délimitant un terrain rectangulaire de 100 m de long sur 60 m de large. Sur place, Toutée fut en conflit avec laRoyal Niger Company qui prétendait administrer le territoire.
Le bail commençait au. L'enclave était soumise aux lois en vigueur dans leprotectorat britannique du Nigeria du Nord[5].
L'enclave de Forcados[6] se situait à l’une des embouchures du Niger, dénommée la rivière Forcados, dans la région du delta (état actuel deBayelsa).
Elle était soumise aux lois en vigueur dans leprotectorat britannique du Nigeria du Nord[5].
Il s’agissait d’un terraintrapézoïdal isocèle, dont la petite base coïncidait avec l’estuaire de Forcados, à proximité du village indigène de Gula et en face de Ogidiba. Il s'enfonçait au maximum de 700 m à l'intérieur des terres.
Le bail était daté du.
Forcados est aujourd'hui un important terminal pétrolier du Nigeria, qui a fait en 2009 l'objet d'attaques d'oléoducs de la part du groupe arméMEND (Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger) ayant conduit la compagnie pétrolièreShell à déclarer l'état de force majeure[7].
Lupton, Kenneth, ‘The Partitioning of Borgu in 1898 and the French Enclaves in Nigeria, 1900-1960’,Journal of the Historical Society of Nigeria, 12.3–4 (1984), 77–94