Arthur Rimbaud écrit ses premierspoèmes à15 ans. Après une brève phase d'initiation, par assimilation du style des grands poètes contemporains (Charles Baudelaire,Victor Hugo,Théodore de Banville...), développant déjà une franche originalité dans l'approche de thèmes classiques (« Le Dormeur du val », « Vénus anadyomène »), il cherche à dépasser ces influences en développant ses propres conceptions théoriques, déclarant que le poète doit se faire« voyant », c'est-à-dire chercher et décrire l'inconnu par delà les perceptions humaines usuelles, quitte à y sacrifier sa propre intégrité mentale ou physique. Dès lors, il se met à innover radicalement en matière d'audace formelle, jusqu'à aborder le genre dupoème en prose (dont la voie avait été ouverte parAloysius Bertrand et Charles Baudelaire), parsemant ses œuvres d'apophtegmes énigmatiques comme« changer la vie »,« posséder la vérité dans une âme et un corps » ou« il faut être absolument moderne »[1], qui seront repris comme desslogans par les poètes duXXe siècle, en particulier lemouvement surréaliste. Il entretient parallèlement une aventure amoureuse tumultueuse avec le poètePaul Verlaine, qui influence profondément son œuvre.
Vers l'âge de20 ans, il renonce subitement à lalittérature, n'ayant alors publié qu'un seul ouvrageà compte d'auteur — Une saison en enfer — et quelques poèmes épars dans des revues confidentielles, ce qui contribue encore à sonmythe. Il se consacre alors dans un premier temps à l'apprentissage de plusieurs langues, puis, mû par ses idéesmarginales, anti-bourgeoises etlibertaires, choisit une vieaventureuse, dont les pérégrinations l'amènent jusqu'enAbyssinie, où il devient négociant (quincaillerie, bazar, vêtements, café, etc.) et explorateur. Sa tentative d'armerMénélik avec l'aval duConsul deFrance s'avère désastreuse pour lui ; son unique « trafic d'armes » n'a véritablement qu'une incidence politique symbolique, mais contribue à salégende. De cette seconde vie, exotique, les seuls écrits connus consistent en près de180 lettres (correspondance familiale et professionnelle) et quelques descriptions géographiques.
Des poèmes commeLe Bateau ivre,Le Dormeur du val ouVoyelles comptent parmi les plus célèbres de lapoésie française. La précocité de son génie, sa carrière littéraire fulgurante, sa vie brève et aventureuse contribuent à forger sa légende et faire de lui l'un des géants de la littérature mondiale.
Le couple n'est réuni qu'au gré de rares permissions du mari, mais cinq enfants naissent : Jean NicolasFrédéric (1853-1911) le[7], qui deviendra conducteur de voitures àAttigny ; Jean NicolasArthur le,baptisé un mois plus tard[8] ; Victorine Pauline Vitalie le[9] (elle ne vivra que quatre mois) ;Jeanne RosalieVitalie le[10], qui décèdera le 18 décembre 1875 à l'âge de 17 ans ;Frédérique MarieIsabelle (1860-1917), le[11]. Après la naissance de cette dernière, le couple vit séparé ; le capitaine Rimbaud ne reviendra plus à Charleville.
Se déclarant veuve, la mère déménage avec ses enfants, en 1861, pour habiter au 73, rue Bourbon, dans un quartier ouvrier de Charleville (qui sera le décor du poème « Les Poètes de sept ans »[12]).
En octobre, le jeune Arthur entame sa scolarité, il entre en neuvième (équivalent duCE2) à l'institution Rossat (école délabrée mais prisée de l'élite de Charleville), où il se révèle rapidement un élève brillant, récoltant les premiers prix.
Figure rigide et soucieuse de respectabilité, vigilante quant à l'éducation de ses enfants, Vitalie Rimbaud rend le climat familial étouffant.
Fin 1862, la famille déménage à nouveau pour un quartier bourgeois au 13, cours d'Orléans (actuel cours Briand).
En 1865, à la rentrée dePâques, Arthur Rimbaud quitte l'institution Rossat où il a passé le début de sa sixième, et entre au collège municipal de Charleville, où il confirme ses aptitudes exceptionnelles, collectionnant les prix d'excellence en littérature, version et thème latins. Il rédige enlatin avec aisance, despoèmes, desélégies, desdialogues. Mais il bout intérieurement, comme cela transparaît dansLes Poètes de sept ans[13] :
Tout le jour il suait d'obéissance ; très Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies. Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies En passant il tirait la langue, les deux poings À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Tous les jours avant la classe, Arthur et Frédéric montent dans une barque amarrée aux rives[14], chose que l'on peut voir dans un de ses dessins intituléNavigation, où l'un des personnages crie « au-secours »[15].
En juillet 1869, il participe aux épreuves duConcours académique[16] où il remporte facilement le premier prix de vers latins sur le thème « Jugurtha ». Le principal du collège, Jules Desdouets, aurait dit de lui :« Rien d'ordinaire ne germe dans cette tête, ce sera le génie du Mal ou celui du Bien[17]. » En obtenant tous les prix dès l'âge de quinze ans, il s'affranchit des humiliations de la petite enfance[précision nécessaire]. Pendant ces années, il a comme amiErnest Delahaye, avec qui il échange de nombreuses lettres[18].
Le, Arthur Rimbaud, alors âgé de quinze ans et demi, écrit auchef de file duParnasse,Théodore de Banville. Dans cettelettre, il transmet ses volontés de« devenir Parnassien ou rien » et de se faire publier. Pour cela, il joint trois poèmes : « Ophélie », « Sensation » et « Credo inunam ». Banville lui répond, mais les poèmes en question ne paraîtront pas dans la revue.
Son poèmeÀ la musique témoigne de son mal-être de vivre à Charleville. Rimbaud songe alors à se rendre àla capitale pourgoûter à l'esprit révolutionnaire du peuple parisien[réf. nécessaire].
Première fugue à Paris (août-septembre 1870)
Alors qu'il vient, à la fin de sa classe derhétorique, de rafler les prix les plus prestigieux, au cours des vacances scolaires d'été suivantes, le 29 août 1870, quelques jours avant labataille de Sedan, Rimbaud trompe la vigilance de sa mère (le poème « Mémoire » en décrit possiblement la scène[21]) et se sauve avec la ferme intention de se rendre àParis.
Contrôlé à son arrivée engare du Nord, il ne peut présenter qu'un billet de transport irrégulier. Les temps troublés n'invitent pas à la clémence. Tandis que lesarmées prussiennes se préparent à faire lesiège de Paris et que laTroisième République est sur le point d'être proclamée, le voilà détenu dans laprison Mazas.
De sa cellule, il écrit à Georges Izambard, àDouai[22], pour lui demander de payer sa dette. Le professeur exécute sa demande et lui paie également le voyage pour se rendre àDouai, lui offrant l'hospitalité avant de le laisser retourner à son foyer.
Rimbaud arrive à Douai vers le 8 septembre. Redoutant le retour à Charleville, il y reste trois semaines[23].Pendant ce temps, l'armée prussienne encercle la capitale à partir du 19 septembre. Jusqu'iciantimilitariste déclaré, Rimbaud est pris d'élans martiaux depuis la capitulation deSedan, si bien qu'il est décidé à suivre son professeur parti s'engager volontairement dans laGarde nationale. N'étant pas majeur, il en sera empêché malgré ses protestations.[réf. nécessaire]
Par ailleurs, Rimbaud fait la connaissance du poètePaul Demeny, un vieil ami de son hôte. Celui-ci est codirecteur d'unemaison d'édition, La Librairie artistique, où il a fait paraître unrecueil de poèmes(Les Glaneuses). Rimbaud saisit l'occasion et, dans l'espoir d'être édité, lui dépose une liasse de feuillets où il a recopié quinze de ses poèmes.
Izambard, qui a prévenu Vitalie Rimbaud de la présence de son fils à Douai, en reçoit la réponse :« chassez-le, qu'il revienne vite[24] ! » Pour calmer les esprits, il décide de raccompagner son élève jusqu'à Charleville. À leur arrivée, l'accueil est rude : une volée de gifles pour le fils, une volée de reproches, en guise de remerciements pour le professeur qui, ébahi,« s'enfuit sous l'averse[25] ».
Le « Recueil Demeny » (ou « les Cahiers de Douai »)
Lettre à Izambard le.
Le 6 octobre 1870, nouvelle fugue. Paris étant enétat de siège, Arthur Rimbaud part àCharleroi — il relate cette arrivée dans le sonnet « Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir »[26]. Rêvant d'êtrejournaliste, il tente, sans succès, de se faire engager comme rédacteur dans leJournal de Charleroi. Dans l'espoir de retrouverGeorges Izambard, il se rend àBruxelles, puis à Douai où son professeur arrive quelques jours après, aux ordres de Vitalie Rimbaud, pour le faire revenir, escorté de gendarmes, le.
Entre-temps, il est passé chezPaul Demeny pour lui déposer les sept poèmes composés au cours de ce dernier périple (dont des versions antérieures ont été transmises àThéodore de Banville et à Georges Izambard). Le, Rimbaud écrira à Demeny :« … brûlez tous les vers que je fus assez sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai ». Oubliés par Demeny, ces manuscrits seront retrouvés dix-sept ans plus tard[27]. Ceux-ci ont été répertoriés par les biographes sous l'appellation de « Cahier de Douai » ou « Recueil Demeny ».
La réouverture du collège de Charleville fréquenté par Rimbaud l'année précédente est retardée d'octobre 1870 à avril 1871. Rimbaud collabore alors modestement sous le pseudonyme de Jean Baudry[28] au journalLe Progrès des Ardennes, fondé en novembre 1870 et paru jusqu'en avril 1871. Il parvient à y faire publier, dans l'édition du, un récitsatirique,Le Rêve de Bismarck, découvert en 2008[29]. Rimbaud y développe, aprèsVictor Hugo, lasymbolique d'une ville de Paris, lumière de la Révolution, qui sera autrement difficile à combattre pour les Prussiens. Rimbaud prédit queBismarck s'y brûlera le nez.
Les lettres à Izambard et Demeny pendant la Commune (mai 1871)
Manuscrit du poèmeLes Assis (1871).
« Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. »
En, à l'issue dusiège de Paris, Rimbaud fait une nouvellefugue vers la capitale du 25 février au 10 mars. La situation politique du pays est tendue et Rimbaud cherche à entrer en contact avec de futurscommunards commeJules Vallès etEugène Vermersch, mais aussi avec le milieu des poètes ; il rencontre aussi le caricaturisteAndré Gill.
Rimbaud revient à Charleville le, avant le début de laCommune. Le collège de Charleville annonce sa réouverture pour le mois d'avril. Bien que brillant élève, Arthur Rimbaud ne retourne pas au collège. Le 17 avril, il écrit à Paul Demeny qu'il dépouille la correspondance duProgrès des Ardennes. Plusieurs témoignages prétendent qu'il serait retourné à Paris à ce moment-là[30], bien que ceci reste impossible à démontrer dans l'état actuel des recherches.
Quoi qu'il en soit, laCommune suscita l'enthousiasme du poète. Son amiErnest Delahaye se rappelle le 20 mars 1871 où tous les deux ont lancé à la« figure décomposée » des boutiquiers de Charleville :« L'ordre est vaincu[31] ! » Le poèmeChant de guerre parisien, que le poète a placé en tête de sa lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, célèbre « le printemps » qui a vu le peuple prendre le pouvoir ; quant aux « Mains de Jeanne-Marie », il les voit« merveilleuses […] / Sur le bronze des mitrailleuses. » Il ressentit ensuite très profondément la tragédie de la répression. Dans« L'Orgie parisienne » ou « Paris se repeuple », envoyé àVerlaine dans une lettre de septembre 1871, il évoque Paris après la Commune dont« les pieds ont dansé si fort dans les colères », Paris qui reçut« tant de coups de couteau ». Le poème dénonce la lâcheté des vainqueurs auxquels Rimbaud s'adresse (« Ô lâches, la voilà [Paris] ! Dégorgez dans les gares ! »)[32].
Pendant la Commune, la poésie de Rimbaud se radicalise encore, devient de plus en plussarcastique : « Les Pauvres à l'église », par exemple. L'écriture se transforme progressivement. Rimbaud en vient à critiquer fortement la poésie desromantiques et desParnassiens, et, dans sa lettre à Georges Izambard du (première lettre dite « du Voyant »), il affirme son rejet de la « poésie subjective ». C'est également dans la deuxièmelettre dite « du Voyant », adressée le 15 mai àPaul Demeny, qu'il exprime sa différence en exposant sa propre quête de la poésie : il veut se faire « voyant », par un« long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens »,« épuise[r] en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences », jusqu'à« arrive[r] à l'inconnu » — faisant ainsi écho au dernier vers du poèmeLe Voyage deCharles Baudelaire : « Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! » ; Baudelaire qu'il cite d'ailleurs comme un des rares précurseurs sur cette voie exigeante :« le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu », bien qu'il lui reproche une forme « mesquine », estimant que« les inventions d'inconnu réclament des formes nouvelles ».[réf. nécessaire]
Relations avec Verlaine (août 1871 à juillet 1873)
Le 15 août 1871, Rimbaud envoie à Théodore de Banville un poème parodique,Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs, critiquant ouvertement la poétique selon lui dépassée de son ancien maître, qui y est cité nommément.
Le 28 août, il écrit à Paul Demeny : il cherche un travail dans la capitale qui lui permette de continuer son activité de poète. Un ami de Rimbaud, Charles Auguste Bretagne (1837-1881), lui conseille d'écrire àPaul Verlaine qu'il avait connu auparavant dans lePas-de-Calais.
Rimbaud dessiné par Verlaine, en 1872.
Il est difficile de situer précisément le début de la relation épistolaire avec Paul Verlaine. Verlaine prétend avoir reçu très peu de courriers de Rimbaud et ne parle que de l'envoi de deux poèmes (« Les Premières Communions » et « Les Effarés »). Finalement, rentré à Paris de son exil après la Commune, il invite Rimbaud :« Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ! » Rimbaud arrive dans la capitale fin septembre 1871. Il est présenté et très bien accueilli par ses pairs plus âgés, au dîner des « Vilains Bonshommes » le 30 septembre. Il y rencontre quelques-uns des grands poètes de son temps. Il est successivement logé par les beaux-parents de Verlaine,rue Nicolet, non sans heurts avec sa femmeMathilde, puis chezCharles Cros,André Gill,Ernest Cabaner, et même quelques jours chezThéodore de Banville[33]. Le, Rimbaud a tout juste17 ans. Au dîner des Vilains Bonshommes, il lit ses œuvres récentes : « Les Premières communions » et surtout « Le Bateau ivre », lequel déroute son auditoire par ses audaces formelles[34].
Page de titre de l'Album zutique.
Début novembre, Rimbaud participe auCercle des poètes zutiques qui vient d'ouvrir à l'hôtel des Étrangers. Il collabore, seul ou avec Verlaine, à l'Album zutique, produisant des pastiches d'auteurs en vogue, notamment des pièces au contenu scandaleux comme leSonnet du trou du cul. En février ou en mars 1872, Rimbaud est peint parHenri Fantin-Latour, aux côtés de Verlaine, dans le tableauUn coin de table.
Au fil des mois, les provocations de Rimbaud excèdent le milieu parisien. L'incident avecÉtienne Carjat au dîner des Vilains Bonshommes du 2 mars 1872 le fait définitivement tomber en disgrâce : Rimbaud, complètement saoul, a blessé le célèbre photographe d'un coup decanne-épée. Pour sauver son mariage et rassurer ses amis, Verlaine se résigne à éloigner Rimbaud de Paris. Rimbaud se fait oublier quelque temps en retournant à Charleville. Verlaine lui écrit en secret et Rimbaud revient dans la capitale en mai 1872 ; le 7 juillet tous deux quittent Paris pour laBelgique, Verlaine ayant délaissésa femme etson enfant. Mathilde rompt alors avec lui et effectue une demande deséparation de corpset de biens. Commence pour Rimbaud et son aîné une liaison amoureuse agitée de juillet 1872 à juin 1873 ; ils vivent un temps àLondres. Rimbaud revient occasionnellement en France en décembre 1872 et en avril 1873.
Rimbaud alité après le « drame de Bruxelles », juillet 1873 (tableau peint par Jef Rosman,musée Arthur-Rimbaud).
Cette liaison tumultueuse se termine par ce que la chronique littéraire désigne sous le nom de « drame de Bruxelles ». En juin 1873, les deux amants sont à Londres et proposent des cours defrançais pour vivre. Verlaine quitte brusquement Rimbaud le 3 juillet, affirmant vouloir rejoindre sa femme, décidé à se tirer une balle dans la tête si elle ne l'accepte pas. Il retourne alors àBruxelles et réside dans un hôtel. Rimbaud le rejoint le 8 juillet. Persuadé que Verlaine n'aura pas le courage de mettre fin à ses jours, Rimbaud annonce qu'il repart seul pour Paris. Le 10 juillet 1873, Verlaine, ivre, tire sur Rimbaud à deux reprises avec un revolver, le blessant légèrement au poignet. Rimbaud se fait soigner et, craignant pour sa vie, demande la protection d'un agent de police de la ville. Verlaine est incarcéré à la prison de Bruxelles puis transféré àMons. Même si Rimbaud a retiré saplainte, l'enquête révèle l'homosexualité« active et passive » de l'accusé, circonstance jugée aggravante, et Verlaine est condamné en août 1873 à deux ans de prison pour blessure avec arme à feu[35].
Une saison en enfer etLes Illuminations (1873-1874)
Fin juillet 1873, Rimbaud rejoint la ferme familiale deRoche où il s'isole pour écrireUne saison en enfer, relatant sous forme deprose poétique cette période chaotique et douloureuse. Déjà, l'ouvrage s'achève par un premier « Adieu », comportant des formules restées célèbres comme« Il faut être absolument moderne » ou« posséder la vérité dans une âme et un corps ». Les volumes d'Une Saison en enfer sont imprimésà compte d'auteur, à Bruxelles, en octobre 1873. Ils seront réédités, sans l'autorisation de leur auteur, en septembre 1880 dans la revueLa Vogue.
Fin, Rimbaud retourne un temps àLondres en compagnie du poèteGermain Nouveau, qui participe à la mise au net des manuscrits desIlluminations, recueil à la genèse confuse et à la forme radicalement novatrice.
Une lettre de Rimbaud àJules Andrieu (ancien député de la Commune de Paris), exilé à Londres, datée du, découverte en 2018, prouve que Rimbaud était occupé par un projet littéraire-poétique,« L'Histoire splendide », au cours de ces semaines, pour lesquelles il a demandé l'aide d'Andrieu. Les poèmes en prose déjà écrits étaient probablement destinés à faire partie de ce projet. Andrieu n'a apparemment pas répondu[36],[37].
Venant d'avoir vingt ans en, Rimbaud a atteint l'âge duservice militaire, mais il ne peut se rendre à temps devant leconseil de révision pour letirage au sort, alors en vigueur. Le maire de Charleville s'en charge et n'a pas la main heureuse. De retour à Charleville le, Rimbaud fait valoir un article de la loi sur le recrutement du, qui le fait bénéficier d'une dispense grâce à son frère Frédéric, déjà engagé pour cinq ans. Il est donc dispensé du service militaire, mais pas de la période d'instruction, à laquelle il se dérobera néanmoins.
« L'Homme aux semelles de vent »
Abandon de la poésie (1875)
Après avoir étudié l'allemand depuis le début de l'année1875, Rimbaud part pour l'Allemagne le[38], pour se rendre àStuttgart, afin de parfaire son apprentissage de la langue. Verlaine, libéré depuis le, après dix-huit mois d'incarcération, transformé par des accèsmystiques, vient le voir« un chapelet aux pinces… Trois heures après on avait renié son dieu et fait saigner les quatre-vingt-dix-huit plaies de N.S. [Verlaine] est resté deux jours et demi […] [et] s'en est retourné à Paris[39]... » Rimbaud remet à Verlaine les manuscrits desIlluminations, afin qu'il les remette àGermain Nouveau, pour une éventuelle publication[40].
Fin, Rimbaud quitte Stuttgart avec, maintenant, le désir d'apprendre l'italien. Pour ce faire, il traverse laSuisse en train et, par manque d'argent, franchit leSaint-Gothard à pied. ÀMilan, une veuve charitable lui offre opportunément l'hospitalité. Il reste chez elle une trentaine de jours puis reprend la route. Victime d'uneinsolation sur le chemin deSienne, il est soigné dans un hôpital deLivourne, puis est rapatrié le à bord du vapeurGénéral Paoli. Débarqué àMarseille, il est à nouveau hospitalisé quelque temps. Après ces aventures « épastrouillantes »,dixitErnest Delahaye, il annonce à ce dernier son intention d'aller s'engager dans les rangscarlistes, histoire d'apprendre l'español (sic)[41], mais ne la concrétisera pas. Redoutant les remontrances de laMother, il traîne des pieds en vivant d'expédients dans lacité phocéenne.
Mi-août 1875, Rimbaud fait son retour à Charleville, où entre-temps sa famille a déménagé au 31, rue Saint-Barthélemy[42]. À l'instar de son ami Delahaye, Rimbaud envisage de passer sonbaccalauréat ès sciences avec l'objectif de fairePolytechnique, ce qu'il ne peut réaliser, car, âgé de21 ans en cet automne 1875, il a dépassé l'âge limite de20 ans pour y accéder. Nouvelle foucade : il suit des cours desolfège et depiano, et obtient le consentement de sa mère pour installer l'instrument au logis. À ce moment, Verlaine, qui reçoit des nouvelles de Rimbaud par une correspondance assidue avec Delahaye, est en demande d'anciens vers d'Arthur. Delahaye lui répond :« Des vers de lui ? Il y a beau temps que sa verve est à plat. Je crois même qu'il ne se souvient plus du tout d'en avoir fait[43]. »
Le 18 décembre 1875, sa sœur Vitalie meurt à17 ans et demi d'unesynovitetuberculeuse[44]. Le jour des obsèques, l'assistance observe avec étonnement le crâne rasé du fils cadet.
Vers les Indes néerlandaises (1876)
Dessin de Paul Verlaine intituléDargnières nouvelles, moquant Rimbaud dans une lettre à Ernest Delahaye, vers avril 1876 — Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.
Après avoir mûri quelques projets pour découvrir d'autres pays à moindres frais, Rimbaud reprend la route en février 1876, passant par Strasbourg, pour se rendre enAutriche et rejoindre la Turquie. Arrivé àVienne, il est victime, le samedi 26 février, d'un vol de ses économies (500 francs) ; c'est ce que rapporte le journal viennoisFremden-Blatt, dans lequel Rimbaud est dit professeur de langues, justifiant la possession d'une arme à feu pour mieux se protéger. Le périple envisagé a donc tourné court : il se retrouve ainsi sans argent, il écrit sa situation à Delahaye qui en informe Verlaine ; arrêté pourvagabondage, Rimbaud est finalement expulsé du pays et se voit contraint de regagner Charleville[45].
Muni d'un billet de train, il aboutit le 18 mai 1876 — après un contrôle à la garnison deRotterdam — dans lacaserne d'Harderwijk, où il signe un engagement pour six ans. Rimbaud et les autresmercenaires, formés et équipés, sont chargés de réprimer unerévolte dans l'île deSumatra. Le 10 juin, riches de leur prime — 300 florins au départ du bateau et 300 florins à l'arrivée à destination[46], ils sont transportés auHelder, pour embarquer à bord duPrins van Oranje, directionJava enIndonésie. Après une première escale àSouthampton et le contournement deGibraltar, le voyage connaît quelquesdésertions lors d'escales ou de passages près des côtes :Naples,Port-Saïd, traversée ducanal de Suez,Suez,Aden etPadang[47]. Le 23 juillet, lebateau vapeur accoste àBatavia (aujourd'huiJakarta). Une semaine après, les engagés reprennent la mer jusqu'àSemarang dans leCentre de Java pour être acheminés en train à lagare de Tuntang, et de là à pied jusqu'à la caserne deSalatiga.
En possession de la seconde partie de sa prime, goûtant peu ladiscipline militaire, Rimbaud déserte. Quelques semaines lui sont nécessaires pour se cacher et retourner à Semarang où il se fait enrôler sur leWandering Chief, unvoilier écossais qui appareille le 30 août pourQueenstown, enIrlande. Au bout d'un mois de mer, le navire essuie une tempête en passant lecap de Bonne-Espérance. Lamâture détériorée, il continue néanmoins sa route surSainte-Hélène, l'île de l'Ascension, lesAçores… Arrivé à Queenstown le 6 décembre,« Rimbald le marin » (comme le surnommeraGermain Nouveau quand il le rencontrera plus tard à Paris) poursuit par les étapes suivantes :Cork,Liverpool,Le Havre, Paris et« Charlestown[48] » (ainsi qu'il appelait Charleville).
1877 : voyages en Europe
La belle saison revenue, Arthur Rimbaud quitte à nouveau Charleville en 1877. Son entourage et ses amis peinent à suivre son itinéraire durant cette année. Les seules sources de renseignements, souvent contradictoires, viennent de son amiErnest Delahaye et de sa sœurIsabelle.
Seule certitude : sa présence le 14 mai àBrême où il rédigea une lettre en anglais auconsul desÉtats-Unis d'Amérique, lettre signée « John Arthur Rimbaud », et dans laquelle il demande« à quelles conditions il pourrait conclure un engagement immédiat dans la Marine américaine », en faisant valoir sa connaissance des langues anglaise, allemande, italienne et espagnole[49]. Il ne reçut apparemment pas de réponse favorable, car, selon Delahaye, il se serait rendu àCologne puis àHambourg, pour divers projets inaboutis[50].
En juin, le nom de Rimbaud est cité sur le registre des étrangers àStockholm en Suède. Le 16 juin, Delahaye écrit à Verlaine :« Du voyageur toqué pas de nouvelles. Sans doute envolé bien loin, bien loin… » Le 9 août, le même épistolier informe son ami Ernest Millot« qu'il a été signalé dernièrement àStockholm, puis àCopenhague, et pas de nouvelles depuis ». Dix-neuf ans plus tard, Delahaye rapportera dans une lettre àPaterne Berrichon, du, qu'àHambourg, Arthur s'engagea« dans la troupe du cirque Loisset, comme interprète, il passa ainsi à Copenhague, puis à Stockholm d'où rapatrié par consul français[51] ». Pour sa part, Isabelle Rimbaud réfutera l'épisode du cirque, mais mentionnera un emploi dans unescierie enSuède, dans une lettre du[52] àPaterne Berrichon (qu'elle épousera par la suite). Isabelle révélera également que son frère« visita les côtes duDanemark, de la Suède et de laNorvège, puis revint par mer jusqu'àBordeaux, sans passer le moins du monde par Hambourg[53] ».
Après un passage à Charleville, Rimbaud se rend en septembre àMarseille où il embarque pourAlexandrie enÉgypte. Pris de douleurs gastriques, peu après le début de la traversée, il est débarqué àCivitavecchia, enItalie. Il retourne à Marseille, puis en direction desArdennes pour y passer l'hiver. À cette période, sa mèreVitalie Rimbaud habite àSaint-Laurent, dans une propriété héritée de sa famille (les Cuif).
1878-1879 : départ pour l'Égypte et Chypre
Si l'on fait abstraction d'hypothétiques témoignages (voyage àHambourg et périple enSuisse selonBerrichon[54], aurait été« vu dans leQuartier latin, vers Pâques » par un ami d'Ernest Delahaye[55]), les neuf premiers mois de l'année 1878 ne sont pas plus riches de renseignements fiables que ceux de l'année précédente. En avril, les fermiers deRoche ne désirant pas renouveler leur bail, Vitalie Rimbaud a décidé de prendre en main elle-même la gestion de la ferme[56]. Fin juillet, Ernest Delahaye écrit :« L'homme aux semelles de vent est décidément lavé. Rien de rien[57]. »[précision nécessaire] Pendant l'été 1878, Arthur revient à Roche et participe auxmoissons auprès de son frère Frédéric, de retour de ses cinq années d'armée.
Le, jour de ses vingt-quatre ans, Rimbaud reprend la route ; il passe lesVosges, en particulier lecol de Bussang, traversé« dans cinquante centimètres de neige en moyenne et par une tourmente signalée ». Il franchit leSaint-Gothard dans« l'embêtement blanc qu'on croit être le milieu du sentier[58] » et traverse l'Italie jusqu'àGênes. Le dimanche 17 novembre, il décrit les péripéties de son périple dans une longue lettre à sa famille. Le même jour, son père meurt àDijon.
Le 19 novembre, Rimbaud s'embarque de Gênes pourAlexandrie. Arrivé vers le, il se met à chercher du travail. Un ingénieur français lui propose de l'employer sur un chantier situé sur l'île anglaise deChypre. Pour conclure l'affaire, il demande un indispensable certificat de travail à sa mère (lettre écrite d'Alexandrie, en décembre 1878).
Le 16 décembre, Rimbaud estchef de chantier à30 kilomètres à l'est du port deLarnaca à Chypre, dans l'entreprise Ernest Jean & Thial fils. Chargé de diriger l'exploitation d'une carrière de pierres, il tient les comptes et s'occupe de la paie des ouvriers[59].
En 1879, atteint de fièvres (possiblement dues aupaludisme), il quitte Chypre muni d'une attestation de travail, datée du 28 mai[60]. En convalescence à Roche, il se rétablit suffisamment pour apporter son aide aux moissons d'été.
Après une ultime visite de son ami Delahaye en septembre, Arthur n'attend pas la saison froide et part avec l'intention de retourner à Alexandrie. Repris par un accès de fortes fièvres à Marseille, il se résout à passer l'hiver chez sa famille — hiver qui se révèle particulièrement rigoureux.
Entre la Corne de l'Afrique et l'Arabie
« L'air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront. »
Environs d'Aden. Avant le déjeuner à Scheik Othman, vers 1880,musée Arthur Rimbaud. Arthur Rimbaud se tient debout, à gauche.
Sa santé recouvrée en mars 1880, Rimbaud rejoint de nouveau Alexandrie. Ne trouvant pas d'emploi, il débarque àChypre. Ses anciens employeurs ont fait faillite ; il réussit à décrocher un travail de surveillant sur un chantier de construction. Il s'agit de la future résidence d'été du gouverneur anglais, que l'on bâtit au sommet desmonts Troodos[61],[62].
À la fin du mois de juin, Arthur Rimbaud quitte l'île« après des disputes […] avec le payeur général et [son] ingénieur »[63]. Rendu dans le port d'Alexandrie, il n'envisage plus de retour en France.
Après avoir navigué le long ducanal de Suez jusqu'enmer Rouge, il cherche du travail dans différents ports :Djeddah,Souakim,Massaouah[63]… ÀHodeidah, auYémen, où il tombe à nouveau malade, il rencontre Trébuchet, un représentant d'une agencemarseillaise importatrice de café. Constatant qu'il connaît suffisamment lalangue arabe, ce dernier lui conseille de se rendre àAden et le recommande à P. Dubar, un agent de la maison Mazeran, Viannay, Bardey et Cie. (L'exportation decafé connaissait alors un commerce florissant, grâce à quoi le port de transit deMoka avait connu son heure de gloire avant qu'il fût supplanté par Hodeidah.)
Après avoir débarqué àSteamer Point, leport franc anglais d'Aden, Arthur Rimbaud entre en contact avec Dubar, adjoint d'Alfred Bardey (parti explorer lecontinent africain pour implanter une succursale). Après quelques jours d'essai, il est embauché le comme surveillant du tri de café.« Aden est un roc affreux, sans un seul brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne : on boit de l'eau distillée. La chaleur y est excessive[64]. » Ayant le sentiment de se faire exploiter, Rimbaud compte partir àZanzibar ou sur les côtes d'Abyssinie après avoir gagné suffisamment d'argent[65]. Revenu en octobre, Alfred Bardey lui propose de seconder Pinchard, l'agent du comptoir qu'il vient d'établir auHarar, une région d'Éthiopie colonisée par les Égyptiens. Un contrat de trois ans (1880-1883) est signé le. Accompagné du Grec Constantin Rhigas, un employé de Bardey, il effectue la traversée dugolfe d'Aden les jours suivants.
Premier séjour au Harar (1880-1881)
Autoportrait photographique d'Arthur Rimbaud àHarar, envoyé dans une lettre à sa mère, 1883,musée Arthur Rimbaud
En terresafricaines, Rimbaud et son acolyte forment unecaravane pour transporter des marchandises pour leHarar. Ils doivent parcourir trois cent cinquante kilomètres : traverser le territoire desIssas — réputés belliqueux — puis entrer dans celui desGallas où les attaques ne seront plus à craindre. Les portes de la cité fortifiée de Harar sont franchies en décembre« après vingt jours de cheval à travers le désert somali »[66] ;ils sont accueillis dans l'agence Bardey par l'agent Pinchard et un autre employégrec, Constantin Sotiro. La tenue des comptes et la paie des démarcheurs lui sont imparties. Le, il relate aux siens en quoi consiste le commerce :« [des] peaux […], du café, de l'ivoire, de l'or, des parfums, encens, musc, etc. » ; leur fait part de ses déceptions :« je n'ai pas trouvé ce que je présumais […] Je compte trouver mieux un peu plus loin » ; se plaint aussi d'une maladie qu'il aurait« pincée »[réf. nécessaire].
En mars 1881, Pinchard, atteint depaludisme, s'en va. Rimbaud assure l'intérim du comptoir jusqu'à l'arrivée d'Alfred Bardey. Bardey arrive avec l'idée d'ouvrir un magasin de produits manufacturés. Ainsi, lesindigènes venant vendre leur récolte de café dépensent leur argent en achetant toutes sortes d'ustensiles. Parmi la poignée d'occidentaux sur place, il eut son rôle à jouer dans l'adoption en Éthiopie d'un certain type de vaisselle (des récipients d'importation en métal et verre coloré, remplaçant les récipients traditionnels enivoire etterre cuite), utilisée pour boire l'hydromel local, ou l'eau-de-vie plus tardivement, d'abord parmi l'élite (à la table deMénélik II,Joseph Vitalien, etc.) ; des usages qui préfigurent l'ouverture des premiers débits de boisson (« bistrots ») destinés à la population[67]…
Arthur Rimbaud ayant toujours des velléités de fuite (Zanzibar,Panama[68]), son patron l'envoie faire des expéditions commerciales à partir du mois de mai. Ces campagnes pour destrocs de cotonnades et bibelots contrepeaux ou autres, s'avèrent risquées et peu rentables. Revenant épuisé à chaque fois, Rimbaud est à nouveau frappé de fièvre tout l'été.
Le, déçu de n'avoir pas été promu directeur de l'agence, il annonce à sa famille qu'il a« donné [sa] démission, il y a une vingtaine de jours ». Cependant, il est encore engagé pour deux ans selon son contrat… À la suite des missives qu'il reçoit de Roche, concernant sa période militaire qui n'est pas réglée et, pour pallier d'éventuelles difficultés qu'il rencontrerait pour se rendre dans d'autres pays, il fait valoir sa situation auprès duconsul de France àAden.
De son côté,Alfred Bardey part pour le siègelyonnais de la société vers le début octobre. Le frère de celui-ci devant venir le remplacer, Rimbaud gère à nouveau le comptoir en l'attendant. Pierre Bardey arrivé, Rimbaud quitte leHarar en.
Après le retour d'Arthur Rimbaud à lafactorerie de café d'Aden, c'est au tour d'Alfred Bardey de revenir en février 1882 à la suite du départ de P. Dubar pour la France (Lyon). Rimbaud en vient donc à seconder son patron durant toute l'année. En septembre, il commande tout le matériel nécessaire pour faire desphotographies, car il compte partir pour leChoa, enAbyssinie, afin de réaliser un ouvrage sur cette contrée inconnue, avec cartes,gravures et photographies, et le soumettre à laSociété de géographie de Paris, dont Alfred Bardey est membre. Ce projet d'expédition photographique ne verra pas le jour, car, le 3 novembre 1882, il annonce à sa famille son retour àHarar, prévu pour janvier 1883.
Le début de l'année 1883 est marqué par une rixe entre Rimbaud et un magasinier indigène qui lui manque de respect. Ce dernier porte alors plainte pour coups et blessures. Rimbaud évite la condamnation grâce à l'intervention duvice-consul, auquel il écrit aussitôt (le 28 janvier 1883) pour résumer les faits et solliciter sa protection[69]. De plus, son patron se porte garant de son comportement à venir. Son contrat — finissant en novembre 1883 — est renouvelé jusqu'à fin décembre 1885 et son prochain départ pourZeilah en Somalie est fixé au 22 mars 1883[70].
Arrivé à Harar en, Rimbaud remplace Pierre Bardey, destiné à succéder à son frère à Aden.
Dans une lettre écrite le à sa famille, il formule quelques réflexions sur sa vie actuelle, son avenir. Il songe à se marier, à avoir un fils[71]. Il joint aussi ses premiers travaux photographiques : trois portraits en pied de lui-même (respectivement, 1. aux bras croisés, 2. sur une terrasse et 3. devant des caféiers). Secondé par Constantin Sotiro (Sotiros Konstantinescu Chryseus,alias Adji-Abdallah), Rimbaud prend l'initiative de l'envoyer explorer l'Ogadine ; à son retour (en août) il transcrit ses notes pour en rédiger un texte descriptif que Bardey expédie à la Société de géographie de Paris. IntituléRapport sur l'Ogadine, par M. Arthur Rimbaud, agent de MM. Mazeran, Viannay et Bardey, à Harar (Afrique orientale), ce mémoire, dans lequel les mérites de Sotiro sont quelque peu occultés, est publié par la Société de géographie en février 1884 et est apprécié par lesgéographes français et étrangers[72]. Quant à Sotiro, Rimbaud exécute son portrait photographique, en tenue de chasseur parmi desbananiers. En tout, on possède actuellement de cette période huit photographies authentiquement prises par Rimbaud : sept sont conservées à la bibliothèque deCharleville-Mézières, une autre à laBnF (depuis 1969).
À Paris, pendant ce temps, Verlaine publie une étude accompagnée de poèmes sur le poète Rimbaud, dans la revueLutèce du 5 octobre au 17 novembre 1883. Cette étude paraît l'année suivante dans l'ouvrageLes Poètes maudits.
Maison Rimbaud àHarar en Éthiopie. En réalité, Rimbaud n'y a pas habité.
Au Harar, plusieurscaravanes de marchandises sont organisées jusqu'au moment où les répercussions de laguerre des mahdistes contre les occupants égyptiens et les Anglais obligent la société à abandonner lecomptoir de Harar. L'évacuation de la cité est organisée par le gouverneur d'Aden, le major Frederick Mercer Hunter, arrivé en mars, à la tête d'une colonne d'une quinzaine de soldats. L'officier britannique, insatisfait de l'hébergement offert par lepacha d'Égypte, provoque un scandale en préférant loger dans la maison de Rimbaud[73]. Le retour pour Aden se fait en compagnie de Djami Wadaï, son jeune domestiqueabyssin, et de Constantin Sotiro[74].
À la suite de la faillite de la société Mazeran, Viannay, Bardey et Cie, Rimbaud est licencié et se retrouve sans travail. Cependant,« selon les termes de [son] contrat, [il a] reçu une indemnité de trois mois d'appointements, jusqu'à fin juillet » et espère la réussite de Bardey, parti en France« pour rechercher de nouveaux fonds pour continuer les affaires »[75]. Pendant cette période de désœuvrement, il vit avec une Abyssine chrétienne, prénommée Mariam. C'est la seule liaison connue entre Rimbaud et une femme[76].
Le, il est engagé jusqu'au dans la nouvelle société créée par les frères Bardey,« aux mêmes conditions »[77]. Les mois passent et les affaires ne sont pas brillantes — ruinées par la politique menée par les Britanniques. Arthur Rimbaud va avoir vingt-neuf ans et sent qu'il se fait« très vieux, très vite, dans ces métiers idiots »[78]. Aussi cherche-t-il une occasion pour changer d'emploi.
Faute de mieux, le, il se rengage pour un an avec la maison Bardey[79]. Malgré la poursuite de l'offensive anglo-égyptienne auSoudan, Rimbaud continue donc à s'occuper des achats et des expéditions dumoka. Sans aucun jour de congé, il endure à nouveau la chaleur étouffante de l'endroit et souffre de fièvre gastrique.
« Trafic » d'armes au Choa (1885 à 1887)
En septembre 1885, Arthur Rimbaud se voit proposer un marché par le Français Pierre Labatut, un trafiquant[80] établi auChoa, royaume abyssin deMénélik,négus du Shewa (Choa) jusqu'en 1889 et futur Roi des Rois (Negusä nägäst ou Negusse Negest) d'Éthiopie. Voyant là l'opportunité de faire une bonne affaire, et de changer le cours de sa vie tout en ayant un rôlegéopolitique à jouer, Rimbaud n'hésite pas à s'associer avec Labatut pour acheter en Europe des armes (passablement obsolètes) et des munitions. Ainsi, ils comptent réaliser de substantiels bénéfices en satisfaisant une commande du négus du Shewa, qu'ils auront de cette façon contribué à établir comme unificateur de la région[81], et comme opposant auxharcèlements de l'armée italienne. L'intégrité du pays sera établie lors de la décisivebataille d'Adoua[82] deux décennies plus tard[83]. Après avoir conclu cet accord, qui sera payé ensuite par le père du futurHaïlé Sélassié[81], Arthur rompt brutalement le contrat qui le lie avec la maison Bardey[84]. Quant à Mariam, elle est renvoyée dans son pays avec quelquesthalers en poche.
Abyssinie : les itinéraires deTadjourah àAnkober et d'Ankober àHarar sont visibles dans la partie inférieure droite (carte de 1882).
Fin novembre 1885, Rimbaud débarque dans le petit port deTadjourah, en terredankalie, pour monter une caravane en attendant que les armes soient réceptionnées àAden par Labatut. Lorsque ce dernier arrive fin janvier 1886 avec le chargement (deux mille quarante fusils et soixante mille cartouches), l'organisation de la caravane rencontre des difficultés. D'abord entravés par les exigences financières dusultan qui tire profit de tous convois en partance, les voilà empêchés d'entamer leur expédition à la mi-avril : l'interdiction d'importer des armes vient d'être signée entre Anglais et Français. Les deux associés écrivent alors au ministre des Affaires étrangères le 15 avril pour se sortir de cette impasse[85]. Ils obtiennent gain de cause, mais tout est remis en question quand Labatut, atteint d'un cancer, est obligé de rentrer en France (il mourra en octobre suivant). L'explorateurUgo Ferrandi(it) rencontre Arthur Rimbaud à ce moment et le décrit ainsi :« Grand, décharné, les cheveux grisonnants sur les tempes, vêtu à l'européenne […] avec des pantalons plutôt larges, un tricot, une veste ample couleur kaki, il ne portait sur la tête qu'une petite calotte également grise et bravait le soleil torride comme un indigène[86]. ».
Avec l'aval officiel duConsul de France, et muni d'une procuration de Pierre Labatut, Rimbaud se tourne versPaul Soleillet, célèbre commerçant et explorateur, qui lui aussi attend une autorisation pour faire partir sa caravane. En associant leurs convois, ils s'assurent d'une meilleure sécurité pour la traversée du territoire des redoutables guerriersdanakils. Hélas, frappé d'uneembolie, Soleillet meurt le 9 septembre.
Se retrouvant seul, Rimbaud part en octobre 1886, à la tête de sa caravane composée d'une cinquantaine de chameaux et d'une trentaine d'hommes armés. La route pour le Choa est très longue : deux mois de marche jusqu'àAnkober[87]. Après avoir traversé les terres arides des tribus danakils sous une chaleur implacable, le convoi franchit la frontière du Choa sans avoir été attaqué par les pillards. Et c'est dans un environnement verdoyant que la caravane atteint Ankober le. Rimbaud y trouve l'explorateurJules Borelli[88].
Carte schématique (au 1:9.300.000) des itinéraires de Rimbaud en Éthiopie de 1880 à 1891 (carte publiée en 1926)
Ménélik est absent, étant parti combattre l'émir Abdullaï pour s'emparer d'Harar. Rimbaud aussitôt arrivé, leschameliers, un créancier de Labatut et la veuve abyssinienne de ce dernier viennent lui réclamer avec insistance ce qui leur est soi-disant dû. Agacé par leur rapacité, il refuse de céder à leurs demandes. Ils s'en plaignent auprès de l'intendant du roi qui abonde en leur sens et le condamne à verser les sommes demandées. Au lieu d'Ankober, Ménélik va revenir en vainqueur àEntoto. Rimbaud se rend là-bas avec Borelli. Sur place, en attendant l'arrivée du roi, Rimbaud entre en contact avec son conseiller, un ingénieur suisse nomméAlfred Ilg avec qui il entretient de bons rapports. Suivi de sa colonne armée, Ménélik arrive triomphalement le. Il n'a plus vraiment besoin d'armes ni de munitions, car il en ramène en grande quantité. Il accepte néanmoins de négocier le stock à un prix très inférieur à celui escompté. De surcroît, il ne se prive pas d'exploiter la disparition de Labatut, à qui il avait passé commande, pour retrancher du prix la somme de quelques dettes supposées. Suivant cet exemple,« toute une horde de créanciers » (réels ou opportunistes) de Labatut viennent harceler Rimbaud pour être remboursés à leur tour[90]. Ménélik n'ayant pas d'argent pour le payer, Rimbaud est contraint d'accepter un bon de paiement devant lui être réglé à Harar par lerasMakonnen, cousin du roi.
Fac-similé de la lettre de Ménélik II écrite en juin 1887 à Arthur Rimbaud.
Pour qu'il aille au plus court pour toucher son argent, Ménélik lui donne l'autorisation de prendre la route qu'il a ouverte à travers le pays desItous. Cette route étant inexplorée, Borelli demande au roi la permission de l'emprunter. Rimbaud quitte doncEntoto le, en compagnie de Borelli. L'itinéraire traverse des régions inexplorées : ils furent ainsi les premiers européens à explorer l'Ogaden dans l'Éthiopie[91]. Leurs observations et descriptions sont scrupuleusement relevées et consignées à chaque étape. Jules Borelli les retranscrit dans sonjournal de voyage[92]. Rimbaud, pour sa part, transmet ses notes à Alfred Bardey qui les communiquera à laSociété de géographie[93]. Au bout de trois semaines, la caravane arrive à Harar. Borelli retourne à Entoto quinze jours après. Rimbaud, quant à lui, doit attendre pour se faire payer, mais le ras Makonnen n'a pas d'argent et transforme son bon de paiement en deux traites payables àMassaoua. Après avoir repris la route en direction deZeilah, Rimbaud regagne Aden le 25 juillet 1887. Le 30 juillet, il fait un compte-rendu détaillé de la liquidation de sa caravane au vice-consul de France, Émile de Gaspary. Résultat de« cette misérable affaire » : une perte de 60 % sur son capital,« sans compter vingt et un mois de fatigues atroces[94] ».
Avec l'intention de prendre un peu de repos en Égypte, Rimbaud embarque avec son domestique au début du mois d'août 1887 pour encaisser ses traites àMassaouah. Lorsqu'il est arrêté à son arrivée le 5 août 1887 pour défaut de passeport, l'intervention de Gaspary est nécessaire pour lui permettre de poursuivre sa route. Il est alors nanti d'un passeport, de l'argent de ses traites et d'une recommandation du consul de France de Massaouah à l'attention d'un avocat duCaire[95]. Il débarque àSuez pour se rendre en train jusqu'à la capitale, où il arrive le 20 août 1887. Dans une lettre aux siens du 23 août, il se plaint derhumatismes à l'épaule droite, au bas du dos, à la cuisse et au genou gauche.
Rimbaud entre en relation avec BorelliBey (Octave Borelli), frère aîné deJules Borelli et directeur du journalLe Bosphore égyptien. Il lui adresse les notes de son expédition duChoa, publiées dans ce journal les 25 et[96],[97].
Après avoir placé sa fortune dans une succursale duCrédit lyonnais, Rimbaud ne sait où aller pour travailler à nouveau ; il pense àZanzibar et àMadagascar. Il sollicite une mission en Afrique à la Société de géographie à Paris, sans succès. Il retourne à Aden début d'octobre 1887. Dans cette ville, les déconvenues de sa livraison d'armes le poursuivent. Il doit encore justifier le paiement d'une dette de Pierre Labatut à un certain A. Deschamps (l'affaire sera soldée le, après d'interminables échanges de courriers). Il souffre toujours de douleurs au genou gauche.[réf. nécessaire]
Dernier séjour au Harar (1888 à 1890)
En décembre 1887, malgré divers contacts entrepris, Rimbaud est toujours sans travail. Il revoitAlfred Ilg, de passage à Aden avant de se rendre àZurich (à la suite de quoi ils correspondront fréquemment). Par ailleurs, le stock d'armes dePaul Soleillet, resté àTadjourah après sa mort, a été racheté par Armand Savouré. Malgré l'embargo sur ce commerce, celui-ci compte les livrer au roi Ménélik. Pour former sa caravane, il propose à Rimbaud de tenter de se procurer des chameaux auprès duras deHarar. Pour cela, Arthur retourne sur les terres africaines mi-février 1888, de la côte à Harar ; mais, n'ayant pu convaincre le rasMakonnen, il en revient bredouille un mois plus tard, le 14 mars 1888[98].
Dans le milieu littéraire parisien, le silence et la disparition inexpliqués du poète Jean-Arthur Rimbaud entourent son nom de mystère et les interrogations qu'il suscite donnent libre cours à toutes sortes de fables — en 1887 on l'a dit mort, ce qui inspirePaul Verlaine pour écrireLaeti et errabundi[99]. En janvier 1888, le même publie à nouveau une étude biographique dans un numéro de la revueLes Hommes d'aujourd'hui consacré au poète disparu.
La route d'Entoto à Harar étant maintenant ouverte, la cité harari devient une étape obligée pour commercer avec le royaume duChoa. Rimbaud est déterminé à s'y installer pour se consacrer à un commerce plus orthodoxe (café,gomme,peaux de bêtes,musc (decivette), cotonnade,ivoire, or, ustensiles manufacturés, et fournisseur dechameaux pour caravanes). Il contacte César Tian, un important exportateur de café d'Aden, pour le représenter à Harar ; offre sa collaboration à Alfred Bardey à Aden ; àAlfred Ilg au Choa ; et à Constantin Sotiro, son ancien assistant, qui s'est établi àZeilah en Somalie. Ces accords conclus, il part édifier son comptoir : départ le 13 avril 1888 pour Zeliah, arrivée à Harar le ; il ouvre alors un commerce à son nom.
Les années1888,1889 et1890 sont consacrées à l'exploitation de safactorerie à Harar. Après la satisfaction des débuts, l'humeur devient maussade. Rimbaud s'ennuie, ainsi qu'il l'écrit à sa famille dans une lettre datée du :« Je m'ennuie beaucoup, toujours ; […] n'est-ce pas misérable, cette existence sans famille, sans occupation intellectuelle […] ? » Le 25 septembre 1888, il offre l'hospitalité à l'explorateurJules Borelli qui, venant duChoa, fait une halte d'une semaine avant de regagner le port deZeilah. Rimbaud lui obtient des chameaux[100]. Quelques semaines après, c'est au tour d'Armand Savouré, qui a enfin réussi à livrer son stock d'armes aunégus duShewa,Ménélik. Dans leurs témoignages, tous deux décriront Rimbaud comme un être intelligent, peu causant,sarcastique, ne livrant rien sur sa vie antérieure, vivant très simplement, s'occupant de ses affaires avec précision, honnêteté et fermeté[102].
De retour de Zurich, Alfred Ilg est hébergé par Rimbaud du 23 décembre 1888 au, le temps d'attendre la fin des affrontements entreIssas etGallas pour transporter en toute sécurité ses marchandises et celles de son hôte jusqu'àEntoto. Les affaires avec le conseiller du roi marcheront en bonne entente jusqu'au bout. Une autre visite est celle d'Édouard Joseph Bidault de Glatigné (1850-1925),photographe-reporter dans la région, qui séjourne fin 1888, début 1889 dans la maison de Rimbaud située juste à côté de la Factorerie ; il écrit sur ce séjour à laSociété de géographie de Paris, y joignant un cliché[103].
Le rasMakonnen quitte la ville en novembre 1888 pour rejoindre son cousin le roi qui se prépare à entrer en guerre contre l'empereurJohannès IV. Cette guerre n'aura pas lieu, car au mois demars 1889, l'empereur« eut l'idée d'aller d'abord flanquer une raclée auxmahdistes du côté deMetemma. Il y est resté, que le Diable l'emporte[104] ! » L'empereur Jean (Johannès IV) est assassiné en mars 1889. Le 3 novembre 1889, Ménélik devientNegusä nägäst (Roi des Rois) d'Éthiopie sous le nom deMénélik II.
Il faut souligner ici que lemythe faisant de Rimbaud unnégrier est infondé :« N'allez pas croire que je sois devenu marchand d'esclave », avait-il déjà écrit à sa famille le 3 décembre 1885. Il est seulement vrai qu'il demande à Ilg, dans une lettre datée du 20 décembre 1889,« deux garçons esclaves pour [son] service personnel ». Si latraite est interdite par Ménélik, elle se fait clandestinement et beaucoup d'Européens possèdent desesclaves comme domestiques sans que cela soit considéré blâmable. Le, l'ingénieur lui répond :« pardonnez-moi, je ne puis m'en occuper, je n'en ai jamais acheté et je ne veux pas commencer. Je reconnais absolument vos bon[ne]s intentions, mais même pour moi je ne le ferai jamais. »
À la veille deNoël 1889, unecaravane est attaquée par unetribu sur la route somalienne deZeilah à Harar. Deuxmissionnaires et une grande partie deschameliers sont assassinés. À la suite des représailles qui se soldent par des pertes importantes dans les rangs anglais, lesroutes commerciales sont coupées jusqu'à la mi-mars 1890. Le manque à gagner que cela occasionne est sujet de conflit avec César Tian.
Liquidation du comptoir et retour en France (fin 1890 - début 1891)
En 1890, Rimbaud songe à se rendre à Aden pour liquider ses affaires avec César Tian. Ensuite, il se rendrait en France dans l'espoir de se marier. À Paris,Anatole Baju, rédacteur en chef de la revueLe Décadent, divulgue des renseignements reçus sur Arthur Rimbaud : il est vivant et vit à Aden. Le, Laurent de Gavoty, directeur de la revue littéraire marseillaiseLa France moderne, lui écrit par le biais du consul de France à Aden pour dire qu'il a lu ses« beaux vers » et qu'il serait« heureux et fier de voir le chef de l'école décadente et symboliste » collaborer pour sa publication[106].Edmond de Goncourt note dans son journal, à la date du 8 février 1891 :« Darzens nous apprend que Rimbaud est maintenant établi marchand à Aden et que dans les lettres qu'il lui écrivait il parlait de son passé comme d'une énorme fumisterie[107]. »
Vue d'Aden en 1920.
Dans une lettre écrite le, Arthur Rimbaud demande à sa mère de lui faire parvenir unbas à varices, car il en souffre à la jambe droite depuis plusieurs semaines. Il lui signale aussi une« douleur rhumatismale » au genou droit. Il pense que cette infirmité lui a été causée« par de trop grands efforts à cheval, et aussi par des marches fatigantes ». Un médecin, consulté un mois plus tard, lui conseille d'aller se faire soigner en Europe le plus rapidement possible. Bientôt, ne pouvant plus se déplacer, il dirige ses affaires en position allongée. Au vu de l'aggravation rapide de son mal de genou et de l'état de raideur de sa jambe, il liquide à la hâte toutes ses marchandises pour quitter le pays. Il est transporté par des porteurs sur unecivière construite selon ses plans ; la caravane prend le départ au matin du 7 avril 1891. Djami, son domestique, est du voyage. Malgré les souffrances, accentuées par l'inconfort, les intempéries et la longueur du déplacement, il note les faits marquants de chaque étape jusqu'à son arrivée au port deZeïlah, le 18 avril[108]. Débarqué àSteamer Point trois jours après, Rimbaud est hébergé chez César Tian, le temps pour eux de régler leurs comptes. Il est hospitalisé aussitôt après ; les médecins lui diagnostiquent unesynovite à un stade si avancé qu'uneamputation semble inévitable. Cependant, on lui accorde quelques jours de repos pour en mesurer les éventuels bienfaits. Devant le peu d'amélioration, il lui est conseillé de rentrer en France. Le 9 mai, on l'embarque sur l'Amazone, untrois-mâts goélette à vapeur desMessageries maritimes, à destination deMarseille[109].
Rimbaud et l'islam
Selon l'explorateur Ugo Ferrandi qui le voyait régulièrement, ses propos ayant été repris parAlain Borer dans son ouvrageRimbaud en Abyssinie[110], Arthur Rimbaud possédait unCoran annoté par son père, et un second acheté chezHachette en 1883. Afin de se fondre dans la population et d'être mieux perçu, il adoptait les us et coutumes du pays où il séjournait et n'hésitait pas à revêtir le costume d'un marchandarabe. Mais Borer nie que Rimbaud se soit jamaisconverti à l'islam. LeDictionnaire Rimbaud, de même, ajoute en se fondant sur les propos de Ferrandi que Rimbaud donnait des conférences sur le Coran, qu'il était un« arabisant érudit », mais n'affirme pas que Rimbaud se serait converti à l'islam[111].
Par ailleurs, selon Savouré, cité parAlain Borer dans sa biographie, Rimbaud« est parti vers 1886-1887, prêchant le Coran comme moyen de pénétrer dans des régions alors inconnues de l'Afrique ». Cela lui valut d'être battu, une fois, du fait de ses interprétations personnelles[110]. SelonInes Horchani, ce qui est remarquable dans le lien qu'entretient Rimbaud avec l'islam, c'est son intérêt constant pour le Coran dans ses deux vies — sa vie de poète et sa vie de négociant — et dans ses deux œuvres — ses poésies de jeunesse et ses correspondances de voyage.Ines Horchani montre que ce qui paraît avoir guidé les lectures que fait Rimbaud du Coran, à quinze ans comme à plus de trente ans, c’est sa quête desagesse. Et étonnamment, ce qui le déçoit à quinze ans dans le texte sacré desmusulmans semble l’aider à vivre les années sombres qui précèdent sa mort. À quinze ans, dansUne saison en enfer, il parle de la« sagesse bâtarde du Coran ». Et plus tard dans sa vie, il écrit aux siens duHarar en 1883, « Comme les musulmans, je sais que ce qui arrive arrive, et c’est tout » ou encore depuis Aden en 1885 :« Enfin, comme disent les musulmans : C’est écrit ! – C’est la vie. »[112].
Sa sœur,Isabelle Rimbaud, rapporte de son côté lesdéliresmystiques d'Arthur sur son lit de mort : il se serait écrié à maintes reprises « Allah Kérim » (« Dieu est généreux » ou « c'est la volonté de Dieu »)[113]. En se fondant sur ses dires, le poèteMalcolm de Chazal affirme, contrairement à Alain Borer, que« Rimbaud au Harrar s'était converti à la foi musulmane et pratiquait »[114]. C'est aussi ce qu'affirme lecheikh SiHamza Boubakeur (orthographié à tort « Borbakeur » par Borer), dans la présentation de satraduction du Coran[115].
Mai à août 1891 : convalescence et opération
Arthur Rimbaud est débarqué àMarseille le.« Me trouvant par trop faible à l'arrivée ici, et saisi par le froid, j'ai dû entrer ici à l'hôpital de la Conception […]. Je suis très mal, très mal, je suis réduit à l'état de squelette par cette maladie de ma jambe droite, qui est devenue à présent énorme[116]… » Les médecins diagnostiquent unnéoplasme de la cuisse. Le 22, on lui annonce qu'il va falloir l'amputer. Il envoie immédiatement untélégramme à sa famille pour que l'une ou l'autre vienne à Marseille régler ses affaires. Sa mère lui répond aussitôt en lui annonçant son arrivée pour le lendemain, 23 mai au soir.
Arthur Rimbaud mourant, dessiné par sa sœur Isabelle.
Après l'opération, le lundi, Rimbaud reçoit des lettres de sympathie deConstantin Sotiro etCésar Tian[Qui ?][117].Le 8 juin,madame Rimbaud écrit àsa fille pour lui annoncer son nécessaire retour à la ferme de Roche malgré les supplications de son fils pour qu'elle reste auprès de lui. Lacicatrisation faite, il ne subsiste qu'une douleur localisée. Le 24 juin, il s'exerce à se déplacer avec des béquilles. Le 2 juillet, il écrit qu'il a commandé unejambe de bois. D'autre part, maintenant qu'il se trouve en France, il s'inquiète inconsidérément, malgré son état, concernant sapériode d'instruction militaire à laquelle il a réussi à se soustraire jusqu'à présent. Craignant de se faire piéger en retournant auprès des siens, il les charge de faire le nécessaire pour éclaircir sa situation. Le 8 juillet, sa sœur l'informe qu'il peut obtenir son congé définitif commeréformé en se présentant devant les autorités militaires de Marseille ou de Mézières. En juillet, Rimbaud ne peut se servir de sa jambe artificielle, car elle enflamme le moignon. En attendant qu'il se renforce, il continue à « béquiller », mais, à la longue, cela lui occasionne de fortesnévralgies dans le bras et l'épaule droite ainsi que dans sa jambe valide[réf. nécessaire].
Le 23 juillet, suivant le conseil de son médecin, il quitte l'hôpital. Arrivé le lendemain en gare deVoncq, il se fait conduire à la ferme de Roche. Ni ses anciens amis ni son frère ne sont avertis de son retour. Au lieu de s'améliorer, son état empire. Lesinsomnies et lemanque d'appétit le reprennent. Les douleurs occasionnées par les béquilles, la jambe de bois ou les promenades encarriole le contraignent bientôt à l'inactivité. Le médecin constate une augmentation de volume du moignon et une rigidité du bras droit[118]. Mais, ne renonçant pas à retourner au Harar, il prend la résolution de retourner se faire soigner à Marseille, ainsi il serait« à portée de se faire embarquer pour Aden, au premier mieux senti[119] ». Le 23 août, il reprend le train pour Marseille accompagné de sa sœurIsabelle. Après le calvaire subi tout au long du voyage, il est admis à l'hospice de la Conception le lendemain soir.
Septembre à novembre 1891 : maladie et mort à Marseille
« Mais la noire alchimie et les saintes études Répugnent au blessé, sombre savant d'orgueil ; Il sent marcher sur lui d'atroces solitudes. Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil, Qu'il croie aux vastes fins, Rêves ou Promenades Immenses, à travers les nuits de Vérité Et t'appelle en son âme et ses membres malades Ô Mort mystérieuse, ô sœur de charité. »
Isabelle Rimbaud, qui loge en ville, se rend tous les jours à son chevet. Un mois plus tard, elle rapporte à sa mère les réponses faites à ses questions par les médecins :« Sa vie est une question de jours, de quelques mois peut-être[120] ». Le, il a trente-sept ans. Selon la lettre exaltée qu'Isabelle écrit huit jours après à sa mère, son frère aurait manifesté une ferveur mystique exacerbée durant cette épreuve. Arthur Rimbaud va alors à unemesse et seconfesse. Isabelle Rimbaud décrit :« Quand le prêtre est sorti, il m'a dit en me regardant d'un air troublé, un air étrange : « Votre frère a la foi, mon enfant. Que nous disiez-vous donc ? Il a la foi, et je n'ai même jamais vu de foi de cette qualité » »[121],[122]. Dans sa lettre, Isabelle décrit aussi la progression ducancer : son bras droit enflé, le gauche à moitié paralysé, son corps en proie à de vives douleurs, sa maigreur. Elle raconte ses délires, lors desquels il l'appelle parfois Djami[123].
Le 9 novembre, il dicte à sa sœur un message sibyllin, débutant par un inventaire obscur évoquant des « lots » de « dents » (dont on peut supposer qu'il s'agit en fait dedéfenses enivoire) :« M. le Directeur, […] envoyez-moi donc le prix des services d'Aphinar à Suez. Je suis complètement paralysé donc je désire me trouver de bonne heure à bord. Dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord... » Il meurt le lendemain, mardi 10 novembre — à dix heures du matin selon l'état civil[124], deux heures de l'après-midi selon sa sœur[125] —, d'une« carcinose généralisée[126] ». Son corps est ramené àCharleville, où les obsèques se déroulent le dans l'intimité la plus restreinte[127],[128]. Seul un article du journalL'Écho de Paris fera état de son décès, dans sa rubrique nécrologique du[129].
Arthur Rimbaud est inhumé dans le caveau familial auprès de son grand-père, Jean Nicolas Cuif, et de sa sœurVitalie[130]. En 1907, sa mère, morte à Roche le, à l'âge de82 ans, les y rejoint. Son frère Frédéric meurt à58 ans des suites d'une fracture d'une jambe, le, àVouziers. Sa sœurIsabelle se marie en 1897 avecPaterne Berrichon — tous deux se voudront les gardiens de la mémoire du poète ; elle meurt à57 ans d'uncancer, le, àNeuilly-sur-Seine.
Œuvres
Liste chronologique des poèmes en vers et en prose
Chronologie des poèmes en vers et en prose
Conçue en référence à celle établie parAlain Borerin,Arthur Rimbaud - Œuvre-vie,Arléa/Le Seuil,1991.
1864 (?)
« Prologue » (extrait du cahier intitulé,Conspecto[131], pages 10 et 11, publié par Paterne Berrichon en 1897)
« Lettre de Charles d'Orléans à Louis XI » (printemps 1870 ; publié pour la première fois en novembre 1891 dans laRevue de l'évolution sociale scientifique et littéraire)
Nota bene : Les initiales du ou des auteurs des pastiches sont apposées sous le nom du poète parodié.
« L'Idole / Sonnet du Trou du Cul » (signé « Alfred Mérat / P.V. – A.R. » ; les quatrains sont de Paul Verlaine et les tercets d'Arthur Rimbaud ; paru dans la revueLittérature, numéro de mai 1922)
« Lys » (signé « Armand Sylvestre / A. R. »)
« Les Lèvres closes / Vu à Rome » (signé « Léon Dierx / A.R. »)
« Fête galante » (signé « Paul Verlaine / A. R. »)
« J’occupais un wagon de troisième… » (non signé)
« Je préfère sans doute… » (signé « François Coppée / A.R. »)
Proses évangéliques (trois textes (sans titre) publiés pour la première fois, pour l'un par Paterne Berrichon en septembre 1897 dansLa Revue blanche, et pour les deux autres par Henri Matarasso en janvier 1948 dansLe Mercure de France ; le titre « Proses évangéliques » n'est pas de Arthur Rimbaud).
1873
Une saison en enfer (daté « avril-août, 1873 » ; recueil de poèmes en prose imprimés à compte d'auteur à Bruxelles en octobre 1873)
1872-1875
Illuminations (42 poèmes en prose ou en vers libres, plus 6 fragments au statut incertain, parus en 1886 sans que l'auteur en ait connaissance)
1875
La Chambrée de nuit (court texte inclus à lalettre adressée à Ernest Delahaye le 14 octobre 1875 ; dernier texte versifié connu d'Arthur Rimbaud, à ce titre certaines éditions l'incluent aux « Derniers vers » bien qu'il s'agisse d'une ritournelle désinvolte plutôt que d'un poème à proprement parler)
Les témoignages d'Izambard, Delahaye et Verlaine attestent de l'existence de nombreux autres poèmes, qui n'ont jamais été retrouvés[136] : le « Cahier Labarrière » (aurait contenu une soixantaine de poèmes[137]), « La Chasse spirituelle »…
Premières éditions des œuvres poétiques et de la correspondance
Lettres de Jean-Arthur Rimbaud – Égypte, Arabie, Éthiopie, avec une introduction et des notes parPaterne Berrichon, Société duMercure de France, Paris,1899.
La première édition desŒuvres complètes dans la Pléiade, texte établi et annoté par André Rolland de René-ville et Jules Mouquet, date de1946.
Rimbaud - Œuvres complètes, édition établie, présentée et annotée par André Guyaux avec la collaboration d'Aurélia Cervoni, NRF/Gallimard, coll.Bibliothèque de la Pléiade, Paris,2009, 1 152 p.(ISBN9782070116010).
Les Poètes maudits de Paul Verlaine, introduction et notes de Michel Décaudin, éd. CDU SEDES,1995, 76 p.(ISBN2-718-10554-2).
Rimbaud – L’œuvre intégrale manuscrite, édition établie et commentée par Claude Jeancolas, Textuel/Le Seuil,1997, 681 p. (3 cahiers)(ISBN978-2-909317-27-4).
Les Lettres manuscrites de Rimbaud, d’Europe, d’Afrique et d’Arabie +commentaires, transcriptions et cheminements, édition établie et commentée par Claude Jeancolas, Textuel/Le Seuil, 1997, 544 p. (4 cahiers)(ISBN978-2-909317-44-1).
Le poème a probablement été composé dans lesArdennes, avant le départ de Rimbaud pour Paris en septembre 1871. Il est vraisemblable qu'il ait voulu présenter aux poètes établis qu'il allait y rencontrer une œuvre qui fût l'aboutissement de sa période d'initiation, à la manière des apprentis présentant leurchef-d'œuvre[140]. Il aurait lu ce poème au dîner desVilains Bonshommes le 30 septembre 1871[141]. Une copie en a été faite par Verlaine durant ce séjour parisien[142].
Ce recueil présente la particularité d'être le seul dont Rimbaud ait lui-même géré la publication, se mettant, pour cela, en relation avec un éditeur de Bruxelles en août ou septembre 1873, pour uneédition à compte d'auteur, grâce à une avance de fonds de samère[143],[144]. Verlaine y voit une« prodigieuse autobiographie spirituelle » de Rimbaud[145]. C'est une succession deproses, en apparence différentes dans leurs thèmes et leurs intentions, où il retrace à sa manière cette période de septembre 1871 à juillet 1873, durant laquelle il a finalement frôlé la mort, lors du « drame de Bruxelles » entre lui et Verlaine. Le texte a été daté par lui en fin de manuscrit : « avril-août, 1873 ».
Il reste des zones d'ombre sur ce que Verlaine a appelé« de superbes fragments »[146], édités sous le titreIlluminations. Ces textes auraient été composés entre 1872 et 1875, selon le récit de Verlaine, mais il n'y a pas de manuscrit proprement dit : uniquement des feuillets détachés, sans pagination, réunis à l'occasion de la publication dans un ordre non défini par l'auteur[147].
Sur le plan de la forme, Arthur Rimbaud, d'abord imitateur doué, a pratiqué uneversification de plus en plus ambitieuse, évoluant très rapidement, jusqu'à « déglinguer » littéralement la mécanique ancienne du vers, autour de 1872, dans les trois quatrains de « Tête de faune » puis dans un ensemble de compositions souvent réunies sous le titre apocryphe deDerniers vers, ou encore deVers nouveaux et chansons (selon son amiErnest Delahaye, il aurait rêvé d'un recueil intituléÉtudes néantes)[148].
Avec un penchant pour l'hermétisme qu'il partage avec d'autres poètes contemporains, ou quasi contemporains, commeGérard de Nerval,Stéphane Mallarmé, et quelquefoisPaul Verlaine, Rimbaud a le génie des images saisissantes, et des associations surprenantes[149]. Outre les propos des deux lettres dites « du voyant », les poèmes souvent cités à cet égard sont « Le Bateau ivre » et « Voyelles », ainsi que les proses desIlluminations. Il y a une grande hétérogénéité de forme dans son œuvre, et des ruptures. Influencé initialement par lesparnassiens, il n'hésite pas, par la suite, à casser une forme lyrique trop littéraire à ses yeux, à recourir à un langage technique ou populaire, voire grossier, à employer la dérision[150]. Puis, il invente le vers libre en France avec deux poèmes desIlluminations : « Marine » et « Mouvement »[151]. Certains symbolistes, commeGustave Kahn, se sont attribué « l'invention » duvers libre, mais ce dernier avait justement contribué en 1886 à la première publication desIlluminations (dont les textes sont antérieurs à cette publication d'au moins une dizaine d'années) et aucune production significative de poème en vers libre non rimbaldien n'a été attestée à une date antérieure[151]. Rimbaud a donné ses lettres de noblesse à un type de poème en prose distinct d'expériences plus prosaïques du type duSpleen de Paris deBaudelaire. Les ressources poétiques de la langue sont encore exploitées sous un jour différent dans le recueil en prose pseudo-autobiographiqueUne saison en enfer.
Émile Jacoby[158] ? Récemment, cette photo serait plus vraisemblablement attribuée à Louis Eugène Vassogne (1836-1881)[159]: photographie de Frédéric et Arthur Rimbaud en communiants(21,5 × 14,5 cm), 1866[160].
Alfred Garnier : huile sur carton(21 × 17 cm), 1872[164].
Jef Rosman : peinture à l'huile sur panneau d'acajou(25 × 32 cm),1873, exposé au musée Arthur-Rimbaud de Charleville-Mézières[165].
Germain Nouveau : faute de précision, il est présumé que Rimbaud soit représenté sur un ou deux dessins exécutés en 1876[166].
Isabelle Rimbaud : croquis et dessins 1879-1891.
Anonyme : photographie légendée« Environs d'Aden. Avant le déjeuner à Scheick Otman [sic][167]. », où Rimbaud pose en compagnie de cinq hommes sur les marches de la maison d'Hassan Ali, en 1880[168] ?
Anonyme : photographie faite à Aden(9,6 × 13,6 cm), avec « Hôtel de l'Univers » inscrit au dos. Selon les premières investigations, rapportées par les découvreurs Alban Caussé et Jacques Desse (libraires de livres anciens), aidés en cela par Jean-Jacques Lefrère (biographe de Rimbaud), le jeune homme assis en compagnie de six autres personnes sur le perron de l'hôtel, est bien Arthur Rimbaud, présent dans ce port, depuis la première quinzaine d'août 1880[171].
Frédéric-Auguste Cazals : « croquis d'après documents » du profil de Rimbaud avec l'ombre portée de Verlaine(10 × 12,5 cm), 1889[175].
Arthur Rimbaud, photographe
Comptant partir pour le continent africain, Arthur Rimbaud écrit à sa famille le pour leur annoncer qu'il a commandé au colonel P. Dubar[176], àLyon tout le matériel photographique nécessaire afin d'en tirer« une petite fortune, en peu de temps, […] les reproductions de ces contrées ignorées et des types singuliers qu'elles renferment devant se vendre en France[177] ». Il reçoit enfin son appareil en mars 1883. Installé dans la succursale deHarar, en avril, Rimbaud fait parvenir trois photographies à sa famille :« …de moi-même par moi-même. […] Ceci est seulement pour rappeler ma figure, et vous donner une idée des paysages d'ici[178]… » Le 20 mai, il leur écrit :« La photographie marche bien. C'est une bonne idée que j'ai eue. Je vous enverrai bientôt des choses réussies. » Le 26 août 1883, Rimbaud écrit à Bardey qui est à Vichy :« J'avais lâché ce travail [de photographe] à cause des pluies… Je vais le reprendre avec le beau temps et je pourrais vous envoyer des choses vraiment curieuses. »
De retour à Aden, en janvier 1885 :« Je ne vous envoie pas ma photographie ; j'évite avec soin tous les frais inutiles[179]. » Et le :« L'appareil photographique, à mon grand regret, je l'ai vendu, mais sans perte. »
Voici les seules qui nous sont parvenues identifiées :
Autoportrait,« …debout sur une terrasse de la maison[178] [Mazeran, Viannay et Bardey de Harar]… »(18 × 13 cm), 1883[180].
Autoportrait,« …debout dans un jardin de café[178] [auHarar]… »(18 × 13 cm), 1883[181].
Autoportrait,« …les bras croisés dans un jardin de bananes[178] [au Harar] »(18 × 13 cm), 1883[182].
Sotiro, l'adjoint de Rimbaud[184], en tenue de chasseur parmi des bananiers du « jardins de Raouf Pacha »[185].
Cour intérieure de la maison Bardey (sur la gauche, on aperçoit la rampe de l'escalier qui mène à la terrasse où Rimbaud s'est photographié). Au verso de cette photographie, est inscrit :« Vue du magasin de manutention. Fabricant dedaboulas (sac en cuir) à l'heure duKât (Khat) »[186],(122 × 16 cm), 1883.
La coupole du mausolée de Cheikh-Ubader, père protecteur de la ville de Harar ; lieu vénéré des Hararis(12 × 17 cm)[187].
Une huitième photographie serait, selon Serge Plantureux, mentionnée dans une lettre d'Alfred Bardey, au catalogue de la bibliothèque de Charleville-Mézières :Portrait de Ahmed Ouady, militaire égyptien[188].
En 2019, Hugues Fontaine découvre dans les fonds duWeltmuseum de Vienne (Autriche) trois photographies prises par Arthur Rimbaud en Afrique vers 1887[189]. Celles-ci font partie des archives de l'explorateur autrichien Philipp Paulitschke, qui précise dans son registre que les clichés auraient été pris par Rimbaud. Ces trois photographies représentent un guerrier éthiopien se faisant laver les pieds par un enfant, la Katama (citadelle) de Ras Darghé, et enfin deux enfants autour d'une table[190]. Le musée Arthur Rimbaud a dédié en 2019 une exposition à « Rimbaud photographe », qui dévoilait notamment ces trois photographies.
Germaine Richier : 24eaux-fortes en noir(29 × 38 cm),Une saison en Enfer avec extraits desDéserts de l'amour et desIlluminations, éd. A. Gonin, Lausanne,1953.
Dominique Sosolic : 10 gravures en taille douce (sur cuivre), pour 3 ouvrages,Poésies,Une saison en Enfer (précédé deNouvelles Poésies),Les Illuminations (suivi dePoésies diverses), Club du livre, Paris,1984,1986 et1988.
Adaptations musicales de l’œuvre
Opéras
Lorenzo Ferrero :Rimbaud, ou Le Fils du soleil, opéra en trois actes, 1978.
Matthias Pintscher :L'Espace dernier, « théâtre musical en quatre parties sur des textes et images autour de l'œuvre et de la vie d'Arthur Rimbaud », 2004 (créé à l'Opéra-Bastille).
Jean-Pierre Stora : « Bal des pendus », « Le bateau ivre », « Sensation », « Voyelles », « Roman », « Ma Bohème », « Bonne pensée du matin », « L'éternité », « Chanson de la plus haute tour », « Première soirée », « Au Cabaret Vert, cinq heures du soir », « Loin des oiseaux… », « Ô saisons, ô châteaux… », « À la musique », « Aube », « Marine », « Alchimie du verbe », « Faim / Le loup criait… »[200], « L'étoile a pleuré rose », « Matin / Génie », « Les remembrances du vieillard idiot », « Le forgeron » –Répertoire SACEM.
Ghédalia Tazartès : « Credo in Unam » (« Soleil et chair »), « Sensation », « Le Dormeur du Val », « Le Cœur volé », « Ma bohème », « Oraison du soir » – mini-CD5 Rimbaud 1 Verlaine, Jardin au Fou, 2006.
Hector Zazou et autres :Work in Progress..., enregistrement collectif CD 4 titres, « Faim » (Une saison en enfer), « À une raison » et « Royauté » (Les Illuminations), et « Lettre au directeur des Messageries maritimes », édition spéciale pour la « Parade sauvage pour Arthur Rimbaud » (Grande halle de la Villette), célébration du centenaire de la mort du poète, production artistique d'Hector Zazou, avec la contribution deRyūichi Sakamoto,John Cale,David Sylvian,Richard Bohringer,Steve Shehan,Daniel Yvinec, LesAzmaris d'Éthiopie,Sacem,1991.
: inauguration de la « maison Rimbaud », àHarar. Malgré le nom qui lui a été attribuée, cette vaste et luxueuse bâtisse en bois à étages d'inspiration indienne, ne fut pas habitée par Arthur Rimbaud, car construite après sa mort.
: jour anniversaire des150 ans de sa naissance : inauguration dela Maison des Ailleurs, 7 quai Arthur-Rimbaud, à Charleville-Mézières. La famille Rimbaud l'habita de 1869 à 1875.
, inauguration d'une stèle surmontée d'un buste d'Arthur Rimbaud, square de la gare, àCharleville-Mézières : buste sculpté par Pierre Dufour — aliasPaterne Berrichon, époux d'Isabelle Rimbaud —, d'après les photos d'Étienne Carjat. Ce buste fut subtilisé par l'occupant pendant laPremière Guerre mondiale.
« Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes, Et les ressacs et les courants, je sais le soir, L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir. »
, jour du centenaire de sa mort : sculpture en bronze de Michel Gillet, installée sur l'île du Vieux-Moulin puis dans le square de la gare, à Charleville-Mézières
1997 : « Il faut être absolument moderne », statue d'Hervé Tonglet, place Jacques-Félix, aux abords du collège Arthur Rimbaud, à Charleville-Mézières.
2004 : « L'homme aux semelles de vent », sculpture d'Éric Sléziak, quai Rimbaud, à la gare deVoncq. Point de départ des fugues et voyages de Rimbaud pour fuir « Charlestown ».
2004 : « Je m'entête affreusement à adorer la liberté libre », sculpture d'Éric Sléziak, près du site où se trouvait la ferme familiale, àRoche.
14 juin 2012 : inauguration d'une décoration murale (Street art)rue Férou, à Paris, reproduisant intégralement le poème « Le Bateau ivre »[203]. Cette œuvre, financée par l'Ambassade des Pays-Bas et réalisée par lecalligrapheJan Willem Bruins est située face à l'emplacement d'un restaurant aujourd'hui disparu où Rimbaud a récité ce texte le 30 septembre 1871.
, jour anniversaire de sa naissance : cour intérieure de l'hôpital de la Conception àMarseille, à l'initiative d'une association de poètes marseillais, « Les Amis d'Arion ».
« J'ai tendu des cordes de clocher à clocher. Des guirlandes de fenêtre à fenêtre. Des chaînes d'or d'étoile à étoile Et je danse. »
, jour du centenaire de sa naissance : 7, quai Arthur-Rimbaud, à Charleville-Mézières. La famille Rimbaud l'habita de1869 à1875 (devenula Maison des Ailleurs, en2004 – voir Musées ci-dessus).
, jour du centenaire de sa mort : « Il faut être absolument moderne », plaque apposée par la communauté française de Belgique, au 1,rue des Brasseurs, àBruxelles, à l'endroit où s'élevait l'hôtel « À la ville de Courtrai », où Verlaine blessa Rimbaud le.
19?? : 8,Great College Street, quartier deCamden, àLondres : Rimbaud et Verlaine habitèrent cette maison lors de leur deuxième séjour londonien, de mai à juillet 1873.
19?? : sur les lieux qui inspirèrent le poète, àRoche.
: 8, rue Victor-Cousin,Paris5e, à l'initiative de l'Association internationale des amis de Rimbaud. En juin 1872, Arthur Rimbaud occupa dans l'hôtel Cluny, « une chambre jolie » qu'il a quelque peu décrite dans une lettre adressée à son amiErnest Delahaye[204].
: au coin des ruesdu Vieux-Colombier etBonaparte (coin Nord-Ouest de laplace Saint-Sulpice), à Paris6e, à l'initiative de l'Association internationale des Amis de Rimbaud, à l'endroit où, le, eut lieu, au restaurant du premier étage du marchand de vin Ferdinand Denogeant, le dîner mensuel des « Vilains-Bonshommes » où Arthur Rimbaud fut présenté parPaul Verlaine aux poètes parnassiens[205].
Parcours Rimbaud à Charleville-Mézières
Depuis 2015, la ville de Charleville-Mézières fait réaliser des fresques monumentales réinterprétant les poèmes d'Arthur Rimbaud par lestreet art, afin de permettre aux promeneurs de lire sa poésie directement depuis l'espace public[206].
Fresques sur les poèmes d'Arthur Rimbaud à Charleville-Mézières
2015, "Voyelles", mur de la médiathèque Voyelles, rue de l'Église.
2017, "Ophélie", rue Michelet, fresque réalisée par DIZAT du collectif Creative Color
2018, "Ma Bohème", au 11 rue de Gonzague, fresque réalisée par SMAK3 du collectif Creative Color
2018, "Le Dormeur du Val", au 120 avenue Charles Boutet, devant le cimetière où est enterré Rimbaud, fresque réalisée par Rodes
2018, "Le Bateau ivre", au 16 rue Ledru-Rollin, fresque réalisée par Polar
2018, "Les Ponts", au 52 rue du Theux, fresque réalisée par Sophie Canillac du collectif Muralistes.art
2019, "Enfance", au 28 cours Briand, fresque réalisée par Pierre Mathieu
2019, "Le Cœur supplicié", au 19 rue Louis Fraison, fresque réalisée par Ardif
2019, "Départ", au 17 rue Louis Fraison, fresque réalisée par 2SHY
2019, "L'Éternité", au 23 rue Louis Fraison, fresque réalisée pa Mural'Art
2019, "Sensation", au 21 rue Louis Fraison, fresque réalisée par Damien Auriault
André Klenes – Quintet, « Ballade sur le Nom de Rimbaud », Sébastien Surel, violon – Chikako Hosoda, violon – Pierre Heneaux, violon – Sébastien Walnier, violoncelle – André Klenes, contrebasse – Sarah Klenes, voix ; 2009.
2007 :I'm Not There, film deTodd Haynes, 135 min, où l'une des personnalités de Bob Dylan, incarnée parBen Whishaw, est très fortement inspirée d'Arthur Rimbaud.
Émissions de radio
Émissions de radio
1980 :Les Vivants et les Dieux. Rimbaud : Les Illuminations, émission de Philippe Nemo et de J.-P. Giusto, diffusé les1er et 15 décembre surFrance Culture.
2013 :Henri Guillemin raconte Paul Verlaine et Rimbaud, émission diffusée le 23 août à 21 h surFrance Culture[209].
Pièces de théâtre
Et Dieu créa Rimbaud, pièce écrite par Michael Zolciak, avec Vincent Marbeau etJonathan Kerr, jouée en novembre et décembre2015 : à la Comédie Saint-Michel àParis.
Une Saison en enfer, mise en scène et avecCarole Bouquet, théâtre Hébertot, 2017.
Une Saison en enfer, mise en scène d'Ulysse Di Gregorio, avec Jean-Quentin Châtelain, théâtre du Lucernaire, 2017.
Logiciel informatique
En 1991, année de célébration de la disparition du poète, est lancé le logiciel ARThur, conçu surAmiga par Claude Douay et Michel Fages (pour Rimage) dans le but de mieux percevoir la pertinence visionnaire du poème « Voyelles », utilisé tel un algorithme informatique : il suffisait d'y rentrer un texte enASCII ou de saisir un mot au clavier pour obtenir rapidement une palette, incrémentée par la présence des voyelles itérées pour l'occasion, et mise en œuvre dans des infographies abstraites (sur le modèle fractal) avec une genèse aussitôt perceptible à l'écran. Ce fut le premier logiciel bureautico-graphique« certifié rigoureusement inutile »[210].
Prix Arthur Rimbaud de la Maison de la Poésie de Paris
Le prix Arthur Rimbaud de laMaison de la Poésie de Paris est décerné chaque année par la FondationÉmile Blémont depuis 1928. L'objectif est d'attirer l’attention sur des recueils et divers livres de grande qualité littéraire[211]. Le dernier lauréat en date en 2023 est Arthur Billerey[212].
Le Festival de musique « Le cabaret vert » qui a lieu chaque année à Charleville-Mézières, a pris cette dénomination en référence à un poème d'Arthur Rimbaud.
Timbres
En 1951, un timbre français, dessiné parPaul Lemagny et reprenant le portrait duCoin de table est émis en France (15 francs)[213], un des 3 timbres de la sériePoètes symbolistes, avecCharles Baudelaire (8 francs) etPaul Verlaine (12 francs). C'est le seul timbre français consacré au poète.
En, une centaine d'intellectuels et écrivains, soutenus par neuf anciensministres de la Culture et par la ministre en titre,Roselyne Bachelot, défendent l'entrée auPanthéon de Rimbaud « en même temps » quePaul Verlaine. Leur pétition, qui met en avant l'homosexualité des poètes (mais ne propose pas de les faire rentrer au Panthéon « en couple »), est signée par plus de 5 000 personnes et les 2 000 membres de la fondation Verlaine et Rimbaud[214],[215]. Elle suscite immédiatement un vif débat. L'arrière-arrière petite-nièce de Rimbaud s'oppose à cette « panthéonisation », mais sans en avoir le droit moral ni juridique[216]. D'autres écrivains et universitaires expriment également leur désapprobation à travers plusieurs appels et textes[217]. Dans le monde politique et en opposition très forte aux anciens ministres signataires,Dominique de Villepin, auteur de plusieurs essais sur la poésie, signe lui aussi une tribune dansLe Monde pour s'insurger contre ce projet qui « serait trahir ces esprits rebelles » et « réduire leur œuvre respective à leur passion amoureuse »[218].
On relève notamment que la majorité des critiques reconnus ayant écrit de multiples essais sur Rimbaud, ou dirigé les éditions de son œuvre, telsPierre Brunel,André Guyaux,Jean-Luc Steinmetz ouSteve Murphy, s'opposent tous à ce projet, qui leur semble unerécupération et dénaturation de la révolte « libre » du poète[219]. Et de même que les surréalistes s'élevèrent contre l'édification d'une statue de Rimbaud àCharleville en 1927[220], la plupart des écrivains et poètes vivants ayant écrit sur Rimbaud, s'opposent à cette célébration, commeGérard Macé,Marcelin Pleynet,Alain Borer,Bernard Noël,Christian Prigent,Pierre Michon[221]. Outre la récupération et la dénaturation, beaucoup d'opposants dénoncent une procédure institutionnelle incohérente par rapport à la personnalité du poète ainsi que la superficialité d'une association à une homosexualité qui ne reste pas avérée[222]. Au-delà de la question du Panthéon, ce très vif débat confirme à la fois la place de « l'enjeu homosexuel » à travers cette commémoration et l'importance de Rimbaud dans l'imaginaire français.Dans un courrier daté du adressé à l'avocat de la famille, lePrésident de la République françaiseEmmanuel Macron rejette l'idée d'une entrée au Panthéon et adopte ainsi le souhait de la famille de conserver la sépulture du poète dans le caveau familial[223].
Le poète antifranquisteFélix Francisco Casanova (1956-1976), mort prématurément à l'âge de vingt ans, est surnomméLe Rimbaud espagnol[227].
Notes et références
↑Henri Meschonnic, « Il faut être absolument moderne, un slogan de moins pour la postérité »,Modernité modernité, coll. Folio-Essais, Gallimard, 1994,p. 121-127.
↑Le poème est daté du « 26 mai 1871 », mais il ne s'agirait que d'une date symbolique. Le poète qui n'aime pas « Dieu ; mais les hommes […] Noirs, en blouse » commémorait vraisemblablement laSemaine sanglante. Dans le même ordre d'idées, le poème « Les Pauvres à l'Église » est daté évasivement de 1871 dans une lettre du mois de juin. Certains poèmes pourraient être plus anciens qu'on ne le croit de quelques mois.
↑Après avoir été en possession de divers collectionneurs, ils sont conservés au département des Manuscrits de laBritish Library deLondres, depuis 1985.
↑Texte découvert en avril 2008 à Charleville-Mézières par Patrick Taliercio, cinéaste, lors du tournage d'un documentaire surLa2e Fugue de Rimbaud et authentifié par Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud et auteur de plusieurs ouvrages sur le poète, dansLe Figaro du. Ainsi, « Le Rêve de Bismarck » figure dans la troisième édition de laPléiade desŒuvres complètes de Rimbaud, réalisée sous la direction d'André Guyaux, parue en février2009.
↑Notamment celui d'Ernest Delahaye qui, dansSouvenirs familiers à propos de Rimbaud, Verlaine et Germain Nouveau, éditions Albert Messein 1925, raconte une anecdote, tenue de Rimbaud et située àVillers-Cotterêts sur le trajet de son retour à pieds de Paris à Charleville après ce séjour durant la Commune.
↑SelonPaul Verlaine, Rimbaud aurait composé à la suite de lasemaine sanglante (du 21 au 28 mai) un poème intitulé « Les Veilleurs », probablement en alexandrins et comptant 52 vers, que Verlaine décrit dansLes Poètes maudits comme« ce que M. Arthur Rimbaud a écrit de plus beau, de beaucoup ! » Ce poème n'a pas été retrouvé.
↑Théodore de Banville lui aurait demandé pourquoi il n'avait pas écrit « Je suis comme un bateau ivre... », à la suite de quoi il l'aurait traité de « vieux con ». Arthur Rimbaud –Œuvres, Pocket Classiques, préface de Pascaline Mourier-Casile (1990),p. 16
↑Lettre adressée àErnest Delahaye, vraisemblablement datée du par erreur, car le cachet de la poste affiche la date du, selon Pierre Petitfils,Rimbaud, éd.Julliard, coll. « Les Vivants », 1982,p. 247).
↑Lettre de Delahaye à Verlaine, conservée à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet.Cf. Frédéric Eigeldinger et André Gendre,Delahaye témoin de Rimbaud, éd. La Baconnière,Neuchâtel, 1974,p. 241.
↑Ernest Delahaye,Rimbaud - l’Artiste et l’être moral, éd. Messein, 1923.
↑Manuscrit conservé à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, feuillet 29 (Frédéric Eigeldinger et André Gendre,Delahaye témoin de Rimbaud, la Baconnière, 1974,p. 257).
↑Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1972,p. 773.
↑Lettre écrite àRoche, le, au rédacteur en chef duPetit Ardennais qui venait de consacrer un article au poète le 15 décembre. VoirŒuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1972,p. 716.
↑Paterne Berrichon,La Vie de Jean-Arthur Rimbaud, société duMercure de France, 1897.
↑Lettre d'Ernest Delahaye à Verlaine, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.
↑Ian Campbell, « The bïrïll man of Harer: The contribution of Arthur Rimbaud to the evolution of a uniquely Ethiopian drinking-vessel »,Annales d’Éthiopie, vol. XXVI, 2011,p. 179-205[lire en ligne].
↑Contrat de Rimbaud avec la maison Bardey, d'Aden, dansŒuvres complètes, établies par Antoine Adam, Bibliothèque de la Pléiade,1979,p. 395.
↑Trafic, dans cette acception vieillie, désignait alors un commerce de marchandises (n'ayant rien d'illicite ou de clandestin). On disait trafiquant d'armes, mais aussi trafiquant de perles, etc. Utilisé depuis leXVIe siècle le mot « trafiquant » n'avait pas encore un sens péjoratif (désignant un négoce illicite), apparu au milieu duXIXe siècle. On parle aujourd'hui plus volontiers de « négociants », même si le commerce des armes a considérablement pris de l'importance…
↑« Ménélik avait une armée de 100 000 hommes équipés de fusils modernes, sans compter ceux qui n'avaient que des armes à feu anciennes ou des lances. La bataille d'Adoua fut une éclatante victoire pour Ménélik et pour l'Éthiopie. Baratieri avait attaqué le. Le 1er mars était un jour de fête pour l'église éthiopienne et le général italien Baratieri pensait que beaucoup de soldats seraient occupés par des rites religieux. Au lieu de cela, il tomba sur 100 000 hommes armés et prêts à en découdre. L'Éthiopie resta ainsi cette seule terre africaine non colonisée. » (Roots & Culture).
↑Engagement de Pierre Labatut, conclu le 5 octobre 1885 et certificat délivré par Alfred Bardet le 14 octobre, dansŒuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1979,p. 403 & 404.
↑Labatut et Rimbaud au ministre des Affaires étrangères, dansŒuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1979,p. 415.
↑L’Éthiopie méridionale – Journal de mon voyage aux pays Amhara, Oromo et Sidama - septembre 1885 à novembre 1888, Paris, Ancienne maison Quantin, librairies-imprimeries réunies, 1890.
↑« Lettre du consul de France à Massaouah au marquis de Grimaldi-Régusse, le 12 août 1887 », dansŒuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 1979,p. 429.
↑Témoignages de Jules Borelli à la biographe anglaise Enid Starkie et à Paterne Berrichon et témoignage d'Armand Savouré à Georges Maurevert et à Isabelle Rimbaud[101].
↑Extraits de la lettre adressée à sa mère et à sa sœur. Dans sa détresse, Rimbaud fait des erreurs en datant sa lettre au vendredi 23 mai alors que le cachet de la poste marseillaise porte la date du jeudi 21 mai.Cf.Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, 1979,p. 665 et notep. 1179.
↑Cinq ans plus tard, dans une lettre àPaterne Berrichon, datée du, elle révélera« une exclamation qui revenait sans cesse sur ses lèvres :Allah ! Allah Kerim ! (« C'est la volonté de Dieu ! ») ». VoirŒuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, 1979,p. 754.
↑Respectant les dernières volontés de son frère, Isabelle fit le nécessaire pour léguer sept cent cinquantethalers à son domestique Djami Wadaï — comme il était mort depuis peu, ce furent sa veuve et son jeune enfant qui héritèrent de celegs.
↑Deux ans après sa mort, en date du,Germain Nouveau lui écrit une lettre dans laquelle il dit qu'il serait heureux d'avoir de ses nouvelles, signant « ton vieux copain d'antan bien cordial ». Cela montre le silence qui entoure sa mort (Lire en ligne).
↑« L'Écho de Paris », surGallica,(consulté le) :« On annonce la mort d'Arthur Rimbaud. Il rentrait en France après une longue absence, pour se faire soigner d'une affection à la jambe contractée dans ses voyages. Il est mort enrade de Marseille. Son corps a été inhumé dans le cimetière de Charleville, le 23 novembre, au moment même où un incident rappelait de nouveau l'attention sur son nom et sur ses poésies, lesIlluminations. »,p. 4.
↑Pamphlet contre lesVersaillais, au moment où le gouvernement Thiers s'apprête à écraser la Commune.
↑Source :Arthur Rimbaud - Œuvre-vie, édition établie parAlain Borer, Arléa/Le Seuil, 1991, p. 264 à 282.
↑« Bruxelles, boulevard du Régent » est une indication de lieu au début du poème plutôt qu'un véritable titre ; de même il est indiqué « juillet » mais au début du poème, il s'agit donc plus vraisemblablement de la date de la scène évoquée plutôt que de la date de composition – de même qu'après le titre du poème « Le Forgeron » il est indiqué Tuileries, 20 juin 1792 ».
↑« Il courut tous les Continents, tous les Océans, pauvrement, fièrement (riche d'ailleurs, s'il l'eût voulu, de famille et de position, après avoir écrit, en prose encore, une série de superbes fragments, les Illuminations, à tout jamais perdus, nous le craignons bien. » Verlaine,Les Poètes maudits, Léon Vanier, 1884,p. 38.
↑Philippe Émile Jacobs, dit Jacoby, photographe établi à Charleville, créa le quotidienProgrès des Ardennes[157].
↑Étude sur cette photo par Aban Caussé et Jacques Desse sur le site issuu.com (Les Libraires Associés). Des comparaisons permettent de relier la photo sans peu de doute au photographe Vassogne qui exerçait à Charleville.
↑Arnaud Delas, spécialiste de clichés anciens, rendit publique sa découverte en 1998. Ce cliché est conservé au musée Arthur-Rimbaud, à Charleville-Mézières. Première publication : Claude Jeancolas,L’Afrique de Rimbaud, éd.Éditions Textuel, 1999.
↑En référence aux lettres à sa famille écrite àAden, les 17 et. À la suite de l'identification de l'explorateurÉdouard-Henri Lucereau sur la photo, puis de la lettre autographe de celui-ci, datée du, provenant du Centre des archives diplomatiques deNantes[169], Caussé, Desse et Lefrère pensent pouvoir dater le cliché au mois d', sachant que Lucereau sera assassiné en, au cours d'une expédition[170].
↑Conservé au musée Arthur-Rimbaud, Charleville-Mézières. Première publication : François Ruchon,Rimbaud - Documents iconographiques, coll. « Visages d'hommes célèbres », éd. Pierre Caillet, Vésenaz-Genève,1946.
↑Conservé au musée Arthur-Rimbaud, Charleville-Mézières. Première publication, en frontispice du tome 3 d'Arthur Rimbaud - Œuvres complètes, éd. La Banderole, 1922.
↑Le Grec, Sotiros Konstantinescu Chryseus, dit Sotiro, avait été recruté chez Mazeran, Viannay et Bardey lors de la création du comptoir de Harar[183].
↑Lettre de Bardey à Rimbaud du 24 juillet 1883, envoyée depuis Vichy.
↑Cliché conservé au musée Arthur-Rimbaud, Charleville-Mézières.
↑a etbPhotographie conservée au musée Arthur-Rimbaud, Charleville-Mézières.
↑Pierre Dufour épousa Isabelle Rimbaud en 1897. Après la mort de celle-ci (en1917), il se remarie. Il meurt en 1922 et est enterré dans le caveau de Charleville.
↑En frontispice du livre de Marcel Coulon,Problème de Rimbaud, poète maudit, Paris, 1923.
↑ExpositionL'Or Des Iles, villa de Noailles àHyères, en juillet-août 1991.
↑a etbParue dansRimbaud vu par des peintres contemporains, Henri Matarasso éditeur, Paris, 1962.
↑Parue dansLes Poètes maudits, dePaul Verlaine, éd. Les Bibliophiles du Palais,1938.
↑Parue dansLe Regard bleu de Rimbaud, Claude Jeancolas, éd. F.V.W., Paris, 2007.
↑L'une est parue pour un article deStéphane Mallarmé dans la revue nord-américaineThe Chap Book, du ; l'autre pourLe Livre des masques, Remy de Gourmont, Paris, 1896.
↑Poèmes en vers figurant dans la section « Alchimie du verbe » d'Une Saison en Enfer.
↑Production P.E.S (Productions et Éditions Sonores, Paris), distribuée par les Industries Musicales et Electriques Pathé Marconi sous références 2 C 06411 473 et 2 C 06411 474
↑Claude Carton (texte), Claude Van Luyn (photos),Rimbaud, retour sur images…, Éditions Anciaux, 2004.
↑Même s'il est fort probable que Rimbaud y ait lu « Le Bateau ivre », il est à préciser qu'aucun témoin n'a rapporté les poèmes qui furent lus ce soir-là.
↑Jean-Luc Steinmetz : « L’art libéré de toute couronne mortuaire. Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, stupeur au Panthéon »,L'Humanité, 25 septembre 2020[2] ; entretien avecAndré Guyaux : « Rimbaud et Verlaine au Panthéon ? “Laissons les poètes libres !” »,L'Obs, 11 septembre 2020[3].
↑Alain Borer : « Panthéoniser Rimbaud et Verlaine serait un contresens »,La Croix, 15 septembre 2020[4] ; contre la panthéonisation de Rimbaud et Verlaine : « Les ennemis jurés d’Arthur Rimbaud et de Paul Verlaine », texte signé par François Leperlier, et de nombreuses personnalités du monde poétique, commeBernard Noël,Christian Prigent, Dominique Rabourdin,Georges Sebbag, Anne-Marie Beeckman, dansPoezibao, 9 novembre 2020[5]. Voir aussi le texte deVincent Teixeira, « La mascarade des embaumeurs. Rimbaud et lesPanthéonades », paru sur le site des éditions Pierre Mainard[6].
↑Robin Richardot, « Rimbaud au Panthéon, les rimbaldiens se rebellent »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le)
↑« Arthur Rimbaud n’entrera pas au Panthéon, conformément au souhait de sa famille, a décidé Emmanuel Macron »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le)
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Henri Peyre,Rimbaud vu par Verlaine (lettres échangées, articles, préfaces et poèmes de Verlaine relatifs à Rimbaud), Ėditions A.-G. Nizet, Paris, 1975, 221 p.
Isabelle Rimbaud,Reliques (Rimbaud mourant, Mon frère Arthur, Le Dernier voyage de Rimbaud, Rimbaud catholique),Mercure de France, Paris,1921, 215 p.
Ernest Delahaye,Mon ami Rimbaud, illustré par Jean-Michel Vecchiet, éd. Naïve, coll. « Livre d’heures », dirigée par Jean Rouaud, 2010, 48 p.(ISBN978-2-350-21215-9).
Alfred Bardey,Barr-Adjam (préface de Claude Jeancolas), L’Archange Minotaure, 2010, 512 p.(ISBN978-2-35463-052-2).
Correspondance
Arthur Rimbaud,Correspondance 1888-1891, échanges entre Rimbaud et Alfred Ilg, jeune ingénieur suisse établi en Abyssinie, préface et notes de Jean Voellmy, Nrf Gallimard, 1965.
Rimbaud,Je ne suis pas venu ici pour être heureux, Correspondance, ensemble de quelque deux cent lettres choisies, présentée et annotées par Jean-Luc Steinmetz, Flammarion, Paris, 2015 ; rééd. 2021(ISBN978-2-0802-4428-4).
Jean-Pierre Bobillot,Rimbaud : le meurtre d'Orphée : crise de Verbe et chimie des vers ou la Commune dans le poème, Paris, Éditions Honoré Champion, 2004.
Alain Jouffroy,Arthur Rimbaud et la Liberté libre, Paris, Le Rocher, 1991.
Françoise Lalande,Madame Rimbaud, Paris, Presses de la Renaissance, 1987 ; rééd. Labor, 2000.
Annick Louis,Homo Explorator. L’écriture non littéraire d’Arthur Rimbaud, Lucio V. Mansilla et Heinrich Schliemann, Paris, Classiques Garnier, coll. « Littérature, histoire, politique », 2022.
Jacques Perrin (dir.),Rimbaud au Japon, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1992.
Raymond Perrin,Rimbaud, un pierrot dans l'embêtement blanc. Lecture deLa Lettre de Gênes de 1978, Paris, L'Harmattan, coll. « Critiques littéraires », 2009 (édition revue en 2013).
Raymond Perrin,Rimbaud et la rimbaldo-fiction : chance ou malchance pour la rimbaldie, Paris, L'Harmattan, 2019. Nouvelle édition entièrement revue, 2020.
Rimbaud, documents iconographiques, collectionVisages d'hommes célèbres dirigée par François Ruchon et Pierre Cailler, imprimé en Suisse, 212 pages, 1946.
Ernest Pignon-Ernest,Arthur Rimbaud, préface deJack Lang, Ministre de la Culture et de la Communication, L'Iconothèque, Ėditions J.C. Lattès, 1991, 126 p.
Coédition avec Paris Bibliothèques — Catalogue de l'expositionRimbaudmania : L'Éternité d'une icône, la plus grande collection éphémère jamais réunie autour d'Arthur Rimbaud. Présentée à Paris à partir du, prolongée jusqu'au, et àCharleville-Mézières du au
L. Forestier, « Rimbaud et le Latin »,La Réception du latin duXIXe siècle à nos jours,Actes du colloque d’Angers des 23 et 24 septembre 1994, éd. G. Cesbron, L. Richer, Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1996,p. 27-33.
Dirk Sacré, E. Van Peer, « Pour une édition critique des vers latins de Rimbaud »,Humanistica Lovaniensia, Leuven,no 43, 1994,p. 426-433.
↑Recueil réunissant la totalité des écrits d'Yves Bonnefoy sur Rimbaud, dont son étude sur Rimbaud éditée en 1961, un texte sur madame Rimbaud et un essai inédit.
↑Autour de la tombe d'Arthur Rimbaud à Charleville-Mézières, défile une galerie de portraits : des admirateurs du poète, de toutes nationalités et de tous milieux, aux employés municipaux. Ce documentaire fut sélectionné pour le29e festival international de film documentaire,Cinéma du réel, en mars2007.