Les Alains, un ancien peuple de culture guerrière, nomades puis sédentarisés, étaient largement établis en Ciscaucasie centrale correspondant aux territoires des républiques caucasiennes du Nord.
Les preuves archéologiques montrent de nombreuses traces de la présence des Alains, notamment des colonies qui sont souvent très proches les unes des autres, confirmant une forte densité de population entre le ler et le XIlle siècle.
Les travaux de l'archéologue R. Arsanukaev dans "Vainakhi et Alans" illustrent la dispersion des colonies d'Alan à travers la région : des fortifications indiquées par des triangles noirs et des colonies plus simples marquées par des cercles noirs, situées aussi bien en plaine qu'en montagne.
Les descriptions des sources arabes médiévales, comme celle du géographe Al-Masudi, témoignent également de la densité et de la continuité des habitations des Alans. Al-Masudi note que les coqs des différents villages, si proches les uns des autres, répondaient aux chants de leurs voisins, ce qui reflète l'étroite proximité de ces fermes. Malgré la richesse de ces sites, peu de fouilles archéologiques complètes ont été entreprises, en particulier dans les zones montagneuses où se trouvaient de nombreuses colonies d'Alans. Cela suggère qu'il pourrait exister encore bien plus de vestiges non découverts.
Même si il est difficile de dire si les Alains étaient exogène ou endogène du Caucase. Certains chercheurs les associent aux peuples d'origine scythique ou turcique. D’autres chercheurs comme J.A. Degen-Kovalevsky et L.A. Matsulevich soutiennent que les Alans étaient des tribus autochtones du Caucase, connues sous le nom de "Yaphetids du Caucase du Nord." Selon Degen-Kovalevsky, le terme "Alan" désignait initialement ces populations autochtones avant de s'appliquer plus tard à d'autres groupes de peuples.
Matsulevich renforce cette hypothèse en affirmant que les données archéologiques ne révèlent aucune arrivée massive d'Alans depuis une autre région. Les artefacts des cimetières, monticules et colonies de la région montrent une continuité culturelle, sans indice d'un remplacement de population significatif. Dans les régions proches des steppes, les Alans construisaient des colonies fortifiées pour se protéger des invasions extérieures.
Cette tendance indique que la frontière avec les steppes était souvent une zone de tension. Cependant, dans les plaines adjacentes aux montagnes et plus loin dans les montagnes elles-mêmes, les colonies fortifiées deviennent rares. Cela montre que les montagnes et leurs contreforts offraient une sécurité relative, permettant aux Alans d'établir des villages non fortifiés.
Desethnonymes relatifs aux Alains sont mentionnés au premier siècle avant notre ère par des auteurs grecs et chinois.
Dans saGéographie,Strabon (-63/+23), originaire duroyaume du Pont, ausud de la mer Noire,puisant dans des sources orientales et perses[réf. nécessaire], parle des « Aorses du Nord[pas clair] ». Il affirme que leur roi, Spadinès (vers -50), pouvait aligner quatre-vingt mille archers à cheval[1].
Une compilation de l'historien chinoisFan Ye (398-445), leLivre des Han postérieurs, signale que vers cette époque un royaume appeléYancai a pris le nom deAlanliao[2].
Au siècle suivant, le RomainSénèque les mentionne dans sa pièceThyeste, écrite entre 40 et 45, parlant des « féroces Alains »[3] (feroces Alani), ainsi que Pline l'Ancien dans sonHistoire naturelle[4].
Quand ils apparaissent dans l'Histoire, les Alains font partie du monde nomade iranophone qui domine les steppes euroasiatiques depuis au moins le premier millénaireav. J.-C., avec lesScythes, lesSarmates, lesSakas (Saces), lesMassagètes et lesTokhariens, dont ils partagent les traditions guerrières, religieuses et artistiques[5]. Leur langue est de typeiranien oriental, comme celles des Sarmates et des Scythes d’Europe[6].
La première mention de leurs campagnes militaires se trouve sous la plume de l’historienFlavius Josèphe (vers 37-100),juif etcitoyen romain :« Τὸ δὲ τῶν Ἀλανῶν ἔθνος ὅτι μέν εἰσι Σκύθαι περὶ τὸν Τάναιν καὶ τὴν Μαιῶτιν λίμνην κατοικοῦντες, (...) » (Quant à la nation des Alains, qui habitent chez les Scythes près de Tanai et du lac Maiotin, (...)[7], c’est-à-dire entre leDon et lamer d'Azov). Il relate ensuite un raid des Alains en Transcaucasie, dans les territoires dePacorus II, roi deMédie Atropatène, puis en Arménie, dont le roiTiridate manque être capturé.
À cette époque, les Alains apparaissent aux abords de l’Iran, où leurs incursions sont l’une des causes de la chute desParthes, dont les successeursSassanides établissent en226 un empire durable, refoulant les Alains aux confins du Don, de l’Oural et duCaucase, où ces derniers fondent un éphémère royaume.
En375, lorsque lesHuns deBalamber apparaissent dans la région de la mer Noire, ce qui va provoquer de grandes migrations chez les peuples germaniques d'Europe, une partie d’entre eux prend la fuite et se dirige vers l'ouest de l'Europe. D'autres se rallient aux Huns et entrent dans laconfédération hunnique.
Il en va de même pour les Goths, dont certains se réfugient dans l'Empire romain (les Wisigoths) tandis que d'autres se rallient (les Ostrogoths).
Durant la nuit du 31 décembre406, plusieurs groupes germains ainsi que des Alains de Germanie franchissent leRhin près deMayence : desQuades[8] et desVandales (Hasdings etSillings, conduits par deux rois différents).
SelonGrégoire de Tours[9], des Alains alliés auxVandales et aux Quades, et emmenés par leur chef Respendial[10], participent à l’écrasement desauxiliairesfrancs conduits par leduc de Mayence. Les Alains sauvent ainsi également les Vandales, qui viennent de perdre leur roi Godigisel, d’un énorme massacre.
Les envahisseurs franchissent laLoire en408, incendiant au passage lefort romain deMeung-sur-Loire. Contrairement à leurs compagnons d’armes, les Alains se divisent en divers clans et bandes armées, plusieurs historiens donnant une évaluation d’environ 3 000 individus par clan.
En411, à la suite du schisme du christianisme jovinien, advient l'intronisation deJovin comme empereur, à Mayence.Goar, chef alain etGunther, chef burgonde, assurent la protection de Jovin et de son frère Sébastien contreHonorius, empereur délégitimé parConstantin III quelques années auparavant, dont le pouvoir a été repris par Jovin.Honorius ne reconnaît pas alors Jovin comme son alter ego.Trahi par les Wisigoths qu'il a contribué à installer sur la Garonne, Jovin et son frère sont assiégés àValence (sur le Rhône), et décapités à Narbonne par Dardannus.
Selon laChronica Gallica, en 440, lepatriceAetius accorde des terres abandonnées dans la région deValence (d'où la possible origine du toponymeAllan) à un groupe d'Alains commandés par un certainSambida, dont il n'existe pas d'autre mention. Leurs relations avec leurs voisins sont aussi difficiles que celles qu'entretiennent leurs cousins installés sur les bords de la Loire.
Toujours selon laChronica Gallica, en 442, des Alains placés sous l’autorité d’un certain Eochar (il s’agit probablement de Goar, dont le nom a été déformé par les copistes) obtiennent un traité (fœdus) avec l’Empire romain : Aetius leur permet de s’installer sur la Loire, à Orléans et ses environs, mais les Alains, turbulents, sont très mal perçus par les habitants (Gaulois ou autres devenus citoyens romains). Un jour, estimant ne pas être payés assez vite ou suffisamment, des Alains n’hésitent pas à tuer des sénateurs d’Orléans. Le nom du village d’Allaines (Alena vers 1130) évoque probablement un poste des Alains dans cette région[11].
En445–448, les Alains d'Eochar[12] répriment une révolte debagaudes enArmorique pour le compte d'Aetius. S'il faut en croire laVita Germani, l'évêqueGermain d'Auxerre se serait placé sur leur route, saisissant même la bride du cheval d'Eochar pour l'empêcher d'avancer. Subjugués, les Alains se seraient alors retirés.
Comme pour la plupart des peuples barbares enmigration, les Alains n’ont laissé que très peu de traces de leur présence sur le sol gaulois, hispanique et africain.
Comme référence probable au peuple des Alains, on note par ailleursAllain (Meurthe-et-Moselle),Allamont (Meurthe-et-Moselle,de Alani monte 1194),Allon(n)e(s) (Somme,Alincourt àParnes dans l'Oise,Alania en 1095),Alaigne (Aude,de Alaniano en 1129),Alanum ? en 836,Alan (Haute Garonne), peut-êtreAllan (Drôme,Alon 1138), etc.[11],[16]. Le nomAlanus « Alain » est en effet bien assuré par les formes anciennes.
EnNormandie, dans le département duCalvados, la présence alaine est peut-être attestée (mais pas dans la toponymie, ni dans l'onomastique en général) par un important mobilier funéraire daté du début duVe siècle : « le trésor d’Airan ». Mais il s’agit plutôt d’un groupe delètes sarmates ou gothiques. Trouvé par hasard àMoult en1876, ce trésor contient un certain nombre de pièces d’orfèvreriepolychrome attribuées soit aux Alains, soit aux Huns. Latombe, située à proximité de deux stations romaines duBas Empire faisant partie de la ligne de défense dressée contre lespiratesfrisons etsaxons, a pu être celle d’une princesse barbare, qui a accompagné là son époux, un fédéré de Rome. Néanmoins, la présence d’éléments germaniques orientaux (fibule, chaîne) et romains (plaque-boucle de ceinture) aux côtés des éléments alano-sarmates rend l’origineethnique de cette femme impossible à déterminer. Cette sépulture est classée par les archéologues dans le groupe dit d'« Untersiebenbrunn », du nom de l’endroit, situé en Autriche, où a été trouvée une tombe contenant également un mobilier de provenances diverses. Il en existe plusieurs autres : Balleure (Étrigny, Bourgogne), Hochfelden (Bas-Rhin), Fürst (Bavière), Altlußheim (Bade-Wurtenberg), Beja (Portugal), etc.
Hormis les textes anciens, les témoignages directs de la présence des Alains en Gaule sont bien minces et n'égalent pas les témoignages archéologiques et toponymiques de la présence des Germains en Gaule, notamment des Francs et des Saxons dans le nord du pays.
En409, une partie des Alains, conduite parRespendial, suit encore les Vandales et les Quades jusqu’enHispanie. Là, ils errent sur les plateaux du centre de laPéninsule Ibérique, dans la région duTage. SelonIsidore de Séville et l'évêque hispaniqueHydace, en411 les envahisseurs répartissent entre eux les territoires de la péninsule par tirage au sort. Une des deux tribus vandales et les Quades s’établissent enGalice tandis que les Alains s’établissent enLusitanie et enCarthaginoise. Ils en sont brutalement délogés en418 par lesWisigoths, qui les massacrent.
Leur périple avec les Vandales se poursuit alors jusqu’enAndalousie, et les clans alains d’Hispanie, très diminués par les attaques des Wisigoths, se placent sous l’autorité des Vandales unifiés : en428, le roi vandaleGenséric prend le titre de « roi des Vandales et des Alains », et emmène en429 les 80 000Barbares qui le suivent enAfrique du Nord. L’histoire des Alains s’y confond dès lors avec celle du « royaume Vandale d'Afrique » : fondé en 429. Le royaume vandale, qui va d'Alger à Carthage, est détruit par les troupesbyzantines en533/534, lors de l’éphémère reconquête byzantine de l’Afrique du nord, les Vandales et les Alains de Carthage ayant survécu se réfugient alors auprès des peuplades berbères.
L’une des rares traces de leur passage et de leur éphémère présence enOccident se trouve également en Espagne, où les Alains sont à l’origine d’unerace dechiens robustes importés par eux, race qui a gardé leur nom : lesalanos espagnols[17].
À l’est, leurs lointains cousins, après avoir survécu aux massacres desMongols ou desTatars deTamerlan auXIIIe /XIVe siècle, et après avoir assimilé des éléments caucasophones, vivent encore actuellement dans le Caucase sous le nom d’Ossètes. Ces derniers sont majoritairement dereligion chrétienne orthodoxe, avec une importante minoritémusulmane etpaïenne. Une petite partie d'entre eux, alliés aux Mongols, vivent encore aujourd'hui enMongolie, où ils portent le nom d'Asud.
L’historien-soldat romainAmmien Marcellin, témoin oculaire qui mêle ses propres observations aux relations d’autres auteurs, apporte quelques informations sur les Alains du nord du Caucase, informations qui doivent être abordées avec circonspection[18]. Il décrit leur apparence physique : les Alains sont de grande taille, ont les cheveux modérément blonds, le regard martial et sont plus civilisés dans leur manière de s’habiller et de se nourrir que les Huns.
Sur le plan des mœurs, selon lui, les Alains sont belliqueux et courageux : leur férocité et la rapidité de leurs attaques n’ont rien à envier à celles desHuns. Ils ignorent l’esclavage et méprisent les faibles et les vieillards. Ils méprisent les vieillards car pour eux (comme pour de nombreux autres peuples barbares), c’est un honneur de mourir au combat, mais un déshonneur de mourir de vieillesse. Pour ce qui est de leur mode de vie, les Alains ignorent le travail de la terre, et utilisent des chariots couverts d’écorce en guise de maisons. Ammien Marcellin leur prête encore la coutume de scalper leurs adversaires, et d’en attacher les cheveux à leur monture.
Déformation du crâne dans une tombe d'Alain àMangup - Kale, Crimée
Ils rendent aussi un culte à une divinité de la guerre (identifiée à Mars) grâce à une simple épée fichée en terre et servant d’autel (le culte d’une épée « magique » est par ailleurs prêté aux Huns). Ces informations correspondent trait pour trait aux légendes traditionnellement attachées aux peuples de cavaliers des steppes par leurs voisins sédentaires : Ammien Marcellin écrit même qu’on lui a rapporté que certains Alains orientaux seraient anthropophages.
Les sources archéologiques, quant à elles, indiquent l’existence chez les Alains d’une ou plusieurs divinités du feu et du soleil[19].
L’art décoratif des Alains est essentiellement animalier : semblable à celui des Saces jusqu’auIIe siècle, il fait la part belle aux décors polychromescloisonnés auxIIIe etIVe siècles. Ces décors se généralisent en Occident au moment des grandes invasions (IVe –VIe siècles), notamment par le relais des peuples germaniques orientaux, nombreux à adopter des motifs scythiques de l’art des steppes (Goths,Burgondes,Vandales).
Par la suite, de nombreux éléments culturels sarmato-alains se retrouvent chez les Ossètes, jusqu’auXIVe siècle.
SelonGeorges Dumézil, lesOssètes sont, linguistiquement et culturellement, le peuple contemporain le plus proche des Alains. Leurs légendes (cycle desNartes) présentent des similitudes avec les récits présents dans d'autres cultures indo-européennes, notamment celtiques (légende arthurienne).
Carte du Caucase, vers 1060.Alains du Caucase, Xe-XIIe
Après la tempêtehunnique, une partie des Alains demeure sur place, à l'est du Don. L'irruption dans la steppe de nouveaux groupes nomades,Avars etBulgares, les pousse à se replier vers lepiémont du Caucase, au sud des fleuvesKouban etTerek. Ils s'y sédentarisent, abandonnant le pastoralisme, et adoptent une économie combinant élevage et agriculture.
Vers 905-915, les Alains se convertissent au christianisme. Cette première conversion est fragile : dans une lettre à l'archevêque d'Alanie, le patriarche de Constantinople,Nicolas Ier Mystikos, lui recommande de faire preuve de patience, tout particulièrement à l'égard des élites, dont dépend le succès de l'œuvre missionnaire[21]. S'il faut en croire l'écrivain arabeAl-Mas'ûdî, les Alains auraient néanmoins abjuré le christianisme et expulsé le clergé byzantin en 931, une situation sans doute temporaire.
Une source russe, laChronique des temps passés, relate brièvement qu'en 965, le prince de laRus' de Kiev,Sviatoslav Ier, inflige auxKhazars une défaite, qui porte un coup mortel à leur royaume, et aussi que ce prince vainc les « Iasses et les Kassogues ». Mais les Alains semblent s'être remis de cette défaite, et connaissent un âge d'or. Ils nouent des alliances matrimoniales avec les États voisins, notamment laGéorgie. L'impératrice byzantineMarie d'Alanie en est l'exemple le plus connu. Malgré son surnom, elle n'est en fait qu'à moitié alaine, étant le fruit de l'union entre le roi géorgienBagrat IV et la princesse alaine Boréna, sœur du roi Dourgoulel.
Au cours duXIe siècle, un nouveau peuple nomade turcophone, lesCoumans, occupe lasteppe pontique. Bien que nos connaissances à propos des Alains à cette époque soient particulièrement fragmentaires, il semble que ces derniers aient entretenu des relations pacifiques avec les Coumans. AuXIIe siècle, le royaume alain s'émiette. En1222, la première incursionmongole dans la région résonne comme un coup de tonnerre. Les Alains s'allient aux Coumans pour affronter les envahisseurs, commandés par les générauxSubötaï etDjebé. Après une première bataille indécise, ces derniers recourent à une ruse : selon l'écrivain arabeIbn al-Athir[23], ils assurent les Coumans qu'ils sont de la même race qu'eux, contrairement aux Alains, et leur promettent de ne pas les attaquer s'ils abandonnent leurs alliés. Les Coumans se retirent, laissant les Mongols écraser les Alains. Leur trahison ne les sauve pas, car les Mongols renieront leur parole et les déferont à leur tour.
Les Mongols se retirent, mais en 1238-39, une grande armée mongole prend le chemin de l'ouest. Les Alains ne sont qu'une de leurs victimes lors de cette vaste entreprise de conquête. Comme c'est souvent le cas, les Alains ne figurent qu'incidemment dans les divers ouvrages qui relatent ces événements. L'historien persanDjuvaini relate[24] de manière assez confuse le siège et la prise d'une ville dont le nom arabe pourrait correspondre à Magas. Tous les Alains ne se soumettent pas.Guillaume de Rubrouck, lors de son voyage à travers l'Empire mongol en 1252-53 parle notamment desAlains ou Aas, qui sont chrétiens et combattent encore contre les Tartares.. L'empire mongol se désintègre progressivement en différentsulus rivaux. Le territoire alain se trouvait à la limite entre deux d'entre eux : laHorde d'or au nord, dont il faisait partie, et l'Ilkhanat de Perse au sud. C'est à cette époque que des groupes alains franchissent les crêtes du Caucase et pénètrent en territoire géorgien. Entre 1290 et 1310, une source anonyme géorgienne, l' Histoire des invasions mongoles fait état de combats qui eurent lieu avec des fortunes diverses entre les deux peuples, mentionnant deux chefs alains (osses en géorgien), Faredjan et Bakatar.
Au début duXIVe siècle, les Alains apparaissent en tant que mercenaires ou auxiliaires de l’empereur byzantin,Andronic II Paléologue, comme le signale l’historien catalan Ramon Muntaner lorsqu’il relate l’expédition de laCompagnie catalane en Orient[25]. Leur chef Georges Gircon débarrasse l’empire du chef desCatalans,Roger de Flor, le, àAndrinople, obéissant aux ordres deMichel IX, le fils dubasileus. Ces Alains sont défaits plus tard, en 1306, par les Catalans, et Gircon est tué et décapité. Il semble que Gircon n'appréciait pas Roger de Flor, car à la suite d’une querelle entre les hommes de la Compagnie et des Alains, son fils trouve la mort, source d’une haine qui n’allait être assouvie qu’avec la mort du César. On a aussi supposé des origines alanes aux forces byzantines de l'ordre appeléesΒαρδαριῶταιVardariotai, dans lesBalkans[26].
Sous les noms deIasses,Iazyges, Jasons, Jasones, Jassics, Jászok et Iaşi, les Alains apparaissent aussiXIVe siècle comme mercenaires dans laHongrie médiévale (où des comtés leur sont octroyés par le roi à l'est deBuda : la région du Jászság (pays iasse), autour deBerényszállás) et dans la principauté deMoldavie, où la capitale de leurcomté: Aski, apparaît sous le nom deCivitas Iassiorum, en roumainIași. Ils s'y sont rapidement assimilés aux populations locales et se fondent parmi lesMagyars ou lesRoumains[27]. En Moldavie, le nomAlani pour désigner le territoire n'est plus utilisé après l'installation duvoïvode Bogdan en 1342, ce qui indique que les Iasses avaient déjà disparu. En Hongrie, une églisefranciscaine est érigée àJászberény en 1474 afin de convertir au catholicisme les Iasses chrétiens byzantins, et c'est en partie en conséquence de cette conversion qu'en l'espace d'un siècle, ils perdent leur langue, et s'assimilent aux populations environnantes[28].
Après le ralliement, dès1238, d'une partie des Alains aux envahisseurs mongols, des troupes alaines sont incorporées dans l'armée mongole, et même dans la garde du grand khan. Elles suivent son armée jusqu'en Extrême-Orient. Comme c'est souvent le cas pour les Alains, leurs heurs et malheurs ne nous sont connus que par bribes. Au détour d'une page duLivre de Marco Polo, nous apprenons qu'en 1275, alors que des soldats alains viennent de s'emparer d'une ville du sud de la Chine, ils s'enivrent : la population en profite pour les tuer tous, et en représailles les Mongols massacrent tous les habitants[29]. Ces Alains (en mongolAsud, c'est-à-dire le motAsse suivi du pluriel mongol-ud[30]) jouent un grand rôle dans la conquête de la Chine parKubilai Khan. Au début duXIVe siècle, l'armée mongole compte environ 30 000 Alains, probablement installés à proximité dePékin. Cette communauté (si on y ajoute les familles des soldats) relativement nombreuse, conserve la religion chrétienne (une ambassade est envoyée par eux en1336 au papeBenoît XII enAvignon). Après le renversement en1368 de la dynastieYuan, les Alains suivent le repli des Mongols vers l'Asie Centrale, où ils finiront par se fondre progressivement là encore dans la population[31].
Lalangue originelle des Alains doit être dumoyen iraniennord-oriental de typescythe (selonGeorges Dumézil), probablement semblable à celui desSarmates. Elle évolue par la suite chez leurs descendants duCaucase auMoyen Âge pour devenir l’ossète actuel, mais la caractéristique commune de la plupart des Alains semble être leur propension à adopter la langue du pays où ils s’établissent, et à s’assimiler ainsi aux populations locales. Dumézil a supposé que cette propension exprimait leur aspiration à sesédentariser.
↑Alexander Kazhdan (dir.), article « Vardariotai », in:Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Pres, 1991, 1re éd., vol. 3, p. 2153,(ISBN9780195046526) et 0-19-504652-8, LCCN 90023208.
↑Nathalie Kálnoky : Des princesscythes aux capitaines des Iasses : Présence iranienne dans les chroniques médiévales et des privilèges des peuples auxiliaires militaires, L'Harmattan, Paris, 2006Titre de la Revue : Droit et cultures [cote INIST : 24217], no 52.